{"id":21414,"date":"2026-10-25T17:08:30","date_gmt":"2026-10-25T17:08:30","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=transmission-autosomique-dominante"},"modified":"2026-10-25T17:08:30","modified_gmt":"2026-10-25T17:08:30","slug":"transmission-autosomique-dominante","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=transmission-autosomique-dominante","title":{"rendered":"Autosomique dominant : M\u00e9canismes et port\u00e9e clinique"},"content":{"rendered":"<p>La transmission autosomique dominante constitue l&rsquo;un des piliers fondamentaux de la g\u00e9n\u00e9tique formelle et de la m\u00e9decine mol\u00e9culaire contemporaine, d\u00e9signant un mod\u00e8le d&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 au sein duquel la pr\u00e9sence d&rsquo;une unique copie alt\u00e9r\u00e9e d&rsquo;un g\u00e8ne localis\u00e9 sur un chromosome non sexuel suffit amplement \u00e0 induire l&rsquo;expression ph\u00e9notypique d&rsquo;un trait ou d&rsquo;une pathologie. Dans le champ des neurosciences, de la psychiatrie biologique et de la psychologie clinique, ce m\u00e9canisme h\u00e9r\u00e9ditaire occupe une place de premier ordre, puisqu&rsquo;il pr\u00e9side au d\u00e9clenchement d&rsquo;affections neurod\u00e9veloppementales et neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives complexes telles que la maladie de Huntington, les formes monog\u00e9niques de la maladie d&rsquo;Alzheimer pr\u00e9coce ou la neurofibromatose de type 1. L&rsquo;\u00e9tude approfondie de ce mode de transmission r\u00e9v\u00e8le non seulement la rigueur des lois de la s\u00e9gr\u00e9gation m\u00e9iotique, mais expose \u00e9galement la complexit\u00e9 des facteurs modulateurs cellulaires et les bouleversements psychologiques intenses subis par les individus et les lign\u00e9es familiales confront\u00e9s au risque g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<h2>Autosomique dominant<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le mode de transmission autosomique dominant qualifie un profil d&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 mend\u00e9lienne dans lequel un all\u00e8le mut\u00e9 situ\u00e9 sur un autosome (chromosome non sexuel, num\u00e9rot\u00e9 de 1 \u00e0 22 chez l&rsquo;\u00eatre humain) s&rsquo;exprime au d\u00e9triment de l&rsquo;all\u00e8le sauvage normal, produisant une manifestation ph\u00e9notypique clinique ou biologique chez les individus h\u00e9t\u00e9rozygotes. De ce fait, un sujet porteur d&rsquo;une seule copie du variant pathog\u00e8ne poss\u00e8de une probabilit\u00e9 th\u00e9orique de 50&nbsp;% de transmettre cette anomalie g\u00e9n\u00e9tique \u00e0 chacune de ses descendances, ind\u00e9pendamment du sexe de l&rsquo;enfant con\u00e7u.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cette r\u00e8gle probabiliste stricte, le concept d&rsquo;autosomie dominante implique que l&rsquo;affection ne saute g\u00e9n\u00e9ralement pas de g\u00e9n\u00e9ration et se d\u00e9ploie de mani\u00e8re verticale le long de l&rsquo;arbre g\u00e9n\u00e9alogique. Les deux sexes pr\u00e9sentent une vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9quivalente face \u00e0 la survenue de la mutation et \u00e0 sa transmission, distinguant formellement ce m\u00e9canisme des liaisons aux gonosomes X et Y. N\u00e9anmoins, l&rsquo;expression finale du trait demeure modul\u00e9e par des subtilit\u00e9s biologiques fondamentales telles que la p\u00e9n\u00e9trance et l&rsquo;expressivit\u00e9 clinique.<\/p>\n<p>En psychopathologie et en neurologie g\u00e9n\u00e9tique, ce sch\u00e9ma implique que la d\u00e9tention de la mutation conf\u00e8re souvent un d\u00e9terminisme lourd, o\u00f9 la survenue future de troubles cognitifs, moteurs ou thymiques majeurs s&rsquo;av\u00e8re programm\u00e9e dans le g\u00e9nome individuel, posant d&rsquo;immenses d\u00e9fis quant \u00e0 la pr\u00e9diction, l&rsquo;adaptation psychosociale et la prise en charge pr\u00e9ventive.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab autosomique \u00bb d\u00e9rive de la racine grecque <em>autos<\/em> (\u03b1\u1f50\u03c4\u03cc\u03c2), signifiant \u00ab soi-m\u00eame \u00bb, \u00ab identique \u00bb ou \u00ab de son propre chef \u00bb, combin\u00e9e au mot <em>soma<\/em> (\u03c3\u1ff6\u03bc\u03b1), qui renvoie au \u00ab corps \u00bb. Forg\u00e9 au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle par le cytologiste Thomas Harrison Montgomery en 1904, le substantif \u00ab autosome \u00bb a \u00e9t\u00e9 cr\u00e9\u00e9 pour diff\u00e9rencier les chromosomes homologues morphologiquement r\u00e9guliers des allosomes ou h\u00e9t\u00e9rochromosomes r\u00e9gissant la diff\u00e9renciation sexuelle. Ainsi, \u00ab autosomique \u00bb renvoie \u00e9tymologiquement \u00e0 ce qui rel\u00e8ve des corpuscules cellulaires propres et communs \u00e0 l&rsquo;ensemble des membres d&rsquo;une esp\u00e8ce.<\/p>\n<p>Le qualificatif \u00ab dominant \u00bb puise pour sa part ses origines dans le verbe latin <em>dominari<\/em> (\u00ab r\u00e9gner sur \u00bb, \u00ab dominer \u00bb), lui-m\u00eame issu de <em>dominus<\/em> (\u00ab ma\u00eetre de maison \u00bb, \u00ab souverain \u00bb). C&rsquo;est le moine augustinien <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gregor_Mendel\">Gregor Mendel<\/a> qui introduisit cette terminologie (en allemand <em>dominierend<\/em>) dans son article canonique de 1865, <em>Versuche \u00fcber Pflanzen-Hybriden<\/em>. Mendel utilisa ce terme pour caract\u00e9riser les caract\u00e8res parentaux qui s&rsquo;exprimaient int\u00e9gralement et uniform\u00e9ment dans la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration filiale (F1), masquant la manifestation des traits oppos\u00e9s qu&rsquo;il nomma r\u00e9cessifs.<\/p>\n<p>La fusion des deux notions sous l&rsquo;expression \u00ab transmission autosomique dominante \u00bb s&rsquo;est consolid\u00e9e dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle au confluent de la cytog\u00e9n\u00e9tique moderne, de la biochimie et de la m\u00e9decine interne, s&rsquo;int\u00e9grant au corpus m\u00e9dical francophone pour formaliser un mod\u00e8le rigide de distribution allolique conforme aux lois fondamentales de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et formes grammaticales<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression \u00ab autosomique dominant \u00bb se transcrit dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) sous la forme \/o.to.z\u0254.mik d\u0254.mi.n\u0251\u0303\/ au masculin, et \/o.to.z\u0254.mik d\u0254.mi.n\u0251\u0303t\/ au f\u00e9minin. Le terme \u00ab autosomique \u00bb fait l&rsquo;objet d&rsquo;une prononciation fluide sans hiatus particulier, tandis que \u00ab dominant \u00bb respecte l&rsquo;\u00e9lision de la consonne finale muette au masculin et la sonorisation de l&rsquo;occlusive alv\u00e9olaire sourde \/t\/ au f\u00e9minin.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, \u00ab autosomique dominant \u00bb fonctionne comme une locution adjectivale compos\u00e9e de deux adjectifs \u00e9pith\u00e8tes coordonn\u00e9s ou juxtapos\u00e9s, qualifiant le plus souvent les substantifs \u00ab mode \u00bb, \u00ab patron \u00bb, \u00ab trait \u00bb ou \u00ab caract\u00e8re \u00bb au masculin (\u00ab un mode autosomique dominant \u00bb). Lorsqu&rsquo;elle qualifie des concepts f\u00e9minins tels qu&rsquo;une \u00ab transmission \u00bb, une \u00ab h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 \u00bb, une \u00ab mutation \u00bb ou une \u00ab affection \u00bb, elle s&rsquo;accorde rigoureusement en genre et en nombre : \u00ab transmission autosomique dominante \u00bb, \u00ab affections autosomiques dominantes \u00bb.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique, on retrouve parfois l&rsquo;ellipse \u00ab une dominante autosomique \u00bb employ\u00e9e substantivement, bien que l&rsquo;usage acad\u00e9mique pr\u00e9conise la locution compl\u00e8te ou l&#8217;emploi de l&rsquo;acronyme AD (souvent utilis\u00e9 par analogie avec la nomenclature internationale) pour d\u00e9signer ce paradigme g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 autosomique dominante op\u00e8re selon le principe fondamental de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rozygotie pathologique. Chaque \u00eatre humain poss\u00e9dant deux all\u00e8les pour l&rsquo;ensemble des g\u00e8nes autosomiques (l&rsquo;un d&rsquo;origine paternelle, l&rsquo;autre d&rsquo;origine maternelle), un individu h\u00e9t\u00e9rozygote pour une affection dominante porte un all\u00e8le mut\u00e9 (souvent not\u00e9 <em>A<\/em>) et un all\u00e8le normal de type sauvage (not\u00e9 <em>a<\/em>). La pr\u00e9sence de l&rsquo;all\u00e8le <em>A<\/em> alt\u00e8re la fonction cellulaire de telle sorte que la copie saine <em>a<\/em> ne parvient pas \u00e0 compenser le dysfonctionnement induit, provoquant le d\u00e9veloppement du ph\u00e9notype morbide.<\/p>\n<p>Les m\u00e9canismes mol\u00e9culaires sous-tendant la dominance ph\u00e9notypique s&rsquo;articulent principalement autour de trois dynamiques distinctes : l&rsquo;haplo-insuffisance, le gain de fonction toxique et l&rsquo;effet dominant n\u00e9gatif. L&rsquo;haplo-insuffisance survient lorsque la r\u00e9duction de 50&nbsp;% de la production de la prot\u00e9ine normale, secondaire \u00e0 la perte de fonction de l&rsquo;all\u00e8le mut\u00e9, s&rsquo;av\u00e8re insuffisante pour maintenir une hom\u00e9ostasie physiologique normale. Le gain de fonction implique quant \u00e0 lui que la prot\u00e9ine mutante acquiert une propri\u00e9t\u00e9 biologique nouvelle, anormale et toxique pour la cellule, comme on l&rsquo;observe classiquement dans les prot\u00e9inopathies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives. Enfin, l&rsquo;effet dominant n\u00e9gatif d\u00e9crit la situation o\u00f9 la prot\u00e9ine alt\u00e9r\u00e9e interf\u00e8re structurellement avec la cha\u00eene polypeptidique saine produite par l&rsquo;all\u00e8le normal, ruinant la fonction de complexes multim\u00e9riques entiers.<\/p>\n<p>Bien que la r\u00e8gle mend\u00e9lienne postule un lien direct entre le g\u00e9notype et le ph\u00e9notype, les observations cliniques r\u00e9v\u00e8lent des variations significatives. La p\u00e9n\u00e9trance g\u00e9n\u00e9tique d\u00e9signe la proportion d&rsquo;individus porteurs du g\u00e9notype mut\u00e9 qui d\u00e9veloppent effectivement les signes cliniques associ\u00e9s. Si la p\u00e9n\u00e9trance est dite compl\u00e8te (ou de 100&nbsp;%), tout porteur de la mutation manifestera la maladie au cours de son existence. Toutefois, dans de nombreuses pathologies autosomiques dominantes, la p\u00e9n\u00e9trance est incompl\u00e8te ou d\u00e9pendante de l&rsquo;\u00e2ge (p\u00e9n\u00e9trance tardive), signifiant que certains sujets demeurent cliniquement indemnes toute leur vie en d\u00e9pit de la d\u00e9tention du variant d\u00e9l\u00e9t\u00e8re.<\/p>\n<p>\u00c0 la p\u00e9n\u00e9trance s&rsquo;ajoute le concept d&rsquo;expressivit\u00e9 variable, qui d\u00e9crit la diversit\u00e9 qualitative et quantitative des manifestations cliniques observables entre des individus partageant la m\u00eame mutation, y compris au sein d&rsquo;une m\u00eame fratrie. Ainsi, un parent pr\u00e9sentant une forme d&rsquo;expression b\u00e9nigne et asymptomatique peut transmettre la mutation \u00e0 un enfant qui d\u00e9veloppera une forme s\u00e9v\u00e8re invalidante. Cette variabilit\u00e9 r\u00e9sulte de l&rsquo;intervention de g\u00e8nes modificateurs \u00e9pistatiques, d&rsquo;alt\u00e9rations stochastiques lors du d\u00e9veloppement embryonnaire et de l&rsquo;influence de facteurs environnementaux ou \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la transmission autosomique dominante s&rsquo;enracine dans la r\u00e9volution conceptuelle initi\u00e9e par Gregor Mendel au sein du monast\u00e8re de Brno en 1865. Par ses hybridations m\u00e9thodiques sur le pois potager (<em>Pisum sativum<\/em>), Mendel a d\u00e9duit l&rsquo;existence d&rsquo;unit\u00e9s particulaires d&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 (les futurs g\u00e8nes) et formalis\u00e9 le comportement des all\u00e8les dominants capables d&rsquo;occulter l&rsquo;expression des all\u00e8les r\u00e9cessifs d\u00e8s lors qu&rsquo;ils coexistent dans un m\u00eame organisme.<\/p>\n<p>Lors de la red\u00e9couverte des travaux de Mendel au tournant de l&rsquo;ann\u00e9e 1900 par Hugo de Vries, Carl Correns et Erich von Tschermak, la communaut\u00e9 scientifique s&rsquo;est empress\u00e9e de tester l&rsquo;applicabilit\u00e9 de ces lois au r\u00e8gne animal et \u00e0 l&rsquo;esp\u00e8ce humaine. D\u00e8s 1905, le m\u00e9decin et biologiste am\u00e9ricain William Ernest Castle et le g\u00e9n\u00e9ticien britannique William Bateson ont identifi\u00e9 les premiers traits humains ob\u00e9issant \u00e0 une dynamique autosomique dominante, notamment la brachydactylie \u00e9tudi\u00e9e en d\u00e9tail par William C. Farabee. Pour la premi\u00e8re fois, la transmission d&rsquo;une malformation cong\u00e9nitale humaine \u00e9tait explicit\u00e9e par les r\u00e8gles rigoureuses du mend\u00e9lisme.<\/p>\n<p>En neuropsychiatrie, la reconnaissance des maladies autosomiques dominantes a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par les travaux pionniers du m\u00e9decin am\u00e9ricain <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/George_Huntington\">George Huntington<\/a>. En 1872, dans son essai intitul\u00e9 <em>On Chorea<\/em>, Huntington d\u00e9crivit minutieusement une affection chor\u00e9ique h\u00e9r\u00e9ditaire s\u00e9v\u00e8re s\u00e9vissant au sein de familles de Long Island. Il mit en exergue trois caract\u00e9ristiques majeures : son caract\u00e8re h\u00e9r\u00e9ditaire ind\u00e9l\u00e9bile, sa propension \u00e0 la folie et au suicide, et son apparition pr\u00e9f\u00e9rentielle \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte. Bien que Huntington n&rsquo;ait pas dispos\u00e9 du vocabulaire g\u00e9n\u00e9tique moderne, sa description clinique minutieuse correspondait rigoureusement au mod\u00e8le d&rsquo;une pathologie autosomique dominante \u00e0 p\u00e9n\u00e9trance compl\u00e8te d\u00e9pendante de l&rsquo;\u00e2ge.<\/p>\n<p>Durant la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;av\u00e8nement de la biologie mol\u00e9culaire et de la cartographie chromosomique a transform\u00e9 cette approche ph\u00e9nom\u00e9nologique. En 1983, James Gusella et ses collaborateurs ont localis\u00e9 le marqueur g\u00e9n\u00e9tique de la chor\u00e9e de Huntington sur le bras court du chromosome 4 par l&rsquo;analyse des polymorphismes de longueur des fragments de restriction (RFLP). En 1993, le consortium international de recherche a formellement isol\u00e9 le g\u00e8ne <em>HTT<\/em> et identifi\u00e9 la cause mutationnelle : une expansion instable de triplets trinucl\u00e9otidiques CAG. Cette avanc\u00e9e spectaculaire a ouvert l&rsquo;\u00e8re moderne du d\u00e9chiffrage des anomalies autosomiques dominantes, ouvrant la voie \u00e0 la g\u00e9nomique m\u00e9dicale et au conseil g\u00e9n\u00e9tique informatif.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le cadre th\u00e9orique sous-jacent \u00e0 la transmission autosomique dominante repose sur les postulats de la g\u00e9n\u00e9tique formelle, enrichis par les apports de la thermodynamique mol\u00e9culaire et de la biologie cellulaire. Le premier fondement r\u00e9side dans la premi\u00e8re loi de Mendel, ou loi d&rsquo;uniformit\u00e9 des hybrides de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, et la deuxi\u00e8me loi, relative \u00e0 la s\u00e9gr\u00e9gation ind\u00e9pendante des all\u00e8les durant la m\u00e9iose. Lors de la gam\u00e9togen\u00e8se, la s\u00e9paration des chromosomes homologues assure qu&rsquo;un gam\u00e8te ne re\u00e7oit qu&rsquo;un seul des deux all\u00e8les parentaux. Chez un parent h\u00e9t\u00e9rozygote (not\u00e9 <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Aa\">$Aa$<\/span>), 50&nbsp;% des spermatozo\u00efdes ou des ovocytes h\u00e9bergent l&rsquo;all\u00e8le mut\u00e9 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"A\">$A$<\/span>), tandis que les 50&nbsp;% restants portent l&rsquo;all\u00e8le sauvage (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"a\">$a$<\/span>).<\/p>\n<p>Dans un croisement th\u00e9orique entre un individu h\u00e9t\u00e9rozygote affect\u00e9 (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Aa\">$Aa$<\/span>) et un partenaire sain homozygote (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"aa\">$aa$<\/span>), l&rsquo;\u00e9chiquier de croisement pr\u00e9voit une descendance compos\u00e9e statistiquement de 50&nbsp;% d&rsquo;h\u00e9t\u00e9rozygotes atteints (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Aa\">$Aa$<\/span>) et de 50&nbsp;% d&rsquo;homozygotes sains (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"aa\">$aa$<\/span>). Dans les rares \u00e9ventualit\u00e9s d&rsquo;unions entre deux h\u00e9t\u00e9rozygotes atteints (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Aa \times Aa\">$Aa \times Aa$<\/span>), la r\u00e9partition g\u00e9notypique th\u00e9orique engendre 25&nbsp;% d&rsquo;homozygotes sains (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"aa\">$aa$<\/span>), 50&nbsp;% d&rsquo;h\u00e9t\u00e9rozygotes atteints (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Aa\">$Aa$<\/span>) et 25&nbsp;% d&rsquo;homozygotes mut\u00e9s (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"AA\">$AA$<\/span>). Chez l&rsquo;humain, la condition homozygote mut\u00e9e (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"AA\">$AA$<\/span>) conduit fr\u00e9quemment \u00e0 une l\u00e9talit\u00e9 embryonnaire pr\u00e9coce ou \u00e0 un tableau clinique consid\u00e9rablement aggrav\u00e9, attestant de l&rsquo;impact dosim\u00e9trique des variants pathog\u00e8nes dominants.<\/p>\n<p>Sur le versant neuropsychologique et biopsychosocial, l&rsquo;assise th\u00e9orique s&rsquo;articule avec le mod\u00e8le vuln\u00e9rabilit\u00e9-stress propos\u00e9 par Zubin et Spring. Si la mutation autosomique dominante fournit le substrat biologique primaire n\u00e9cessaire et parfois suffisant pour d\u00e9clencher un processus psychopathologique ou neurocognitif, la temporalit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9mergence des sympt\u00f4mes, leur vitesse de progression et la capacit\u00e9 de l&rsquo;individu \u00e0 mobiliser des strat\u00e9gies de coping d\u00e9pendent de multiples r\u00e9serves cognitives et de dynamiques relationnelles syst\u00e9miques.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse fine d&rsquo;un profil de transmission autosomique dominante requiert la d\u00e9composition syst\u00e9matique de ses param\u00e8tres biologiques et m\u00e9canistiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>P\u00e9n\u00e9trance compl\u00e8te :<\/strong> Situation dans laquelle 100&nbsp;% des individus porteurs du variant pathog\u00e8ne d\u00e9veloppent les sympt\u00f4mes de la maladie au cours de leur vie, pourvu qu&rsquo;ils atteignent l&rsquo;\u00e2ge critique d&rsquo;expression (par exemple, la maladie de Huntington).<\/li>\n<li><strong>P\u00e9n\u00e9trance incompl\u00e8te ou r\u00e9duite :<\/strong> Configuration o\u00f9 certains sujets porteurs de l&rsquo;all\u00e8le d\u00e9l\u00e9t\u00e8re ne d\u00e9velopperont jamais la maladie sur le plan ph\u00e9notypique, tout en conservant la capacit\u00e9 int\u00e9grale de la transmettre \u00e0 50&nbsp;% de leur descendance.<\/li>\n<li><strong>Expressivit\u00e9 variable :<\/strong> Fluctuations intra- et interfamiliales de l&rsquo;intensit\u00e9, de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 et du spectre clinique des manifestations ph\u00e9notypiques chez des individus porteurs d&rsquo;un variant g\u00e9n\u00e9tique strictement identique.<\/li>\n<li><strong>Mutation de novo (n\u00e9omutation) :<\/strong> Apparition d&rsquo;un variant pathog\u00e8ne chez un sujet dont aucun des g\u00e9niteurs n&rsquo;est porteur, r\u00e9sultant d&rsquo;un accident mutationnel survenu lors de la gam\u00e9togen\u00e8se parentale ou dans les stades pr\u00e9coces du d\u00e9veloppement post-zygotique.<\/li>\n<li><strong>Mosa\u00efcisme germinal :<\/strong> Pr\u00e9sence d&rsquo;une sous-population de cellules germinales porteuses de la mutation chez un parent cliniquement sain, expliquant la survenue r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d&rsquo;une maladie dominante chez plusieurs enfants d&rsquo;un couple non affect\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;anticipation g\u00e9n\u00e9tique :<\/strong> Aggravation de la gravit\u00e9 clinique ou survenue \u00e0 un \u00e2ge de plus en plus pr\u00e9coce d&rsquo;une affection au fil des g\u00e9n\u00e9rations successives, typiquement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;instabilit\u00e9 et \u00e0 l&rsquo;amplification des expansions de triplets trinucl\u00e9otidiques.<\/li>\n<li><strong>Gain de fonction toxique versus haplo-insuffisance :<\/strong> Dichotomie m\u00e9canistique distinguant la gen\u00e8se d&rsquo;une activit\u00e9 cellulaire anormale et n\u00e9faste caus\u00e9e par la prot\u00e9ine alt\u00e9r\u00e9e, de la simple carence quantitative en prot\u00e9ine fonctionnelle indispensable.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Le cas paradigmatique de la <a href=\"https:\/\/www.inserm.fr\/dossier\/huntington-maladie\/\">maladie de Huntington<\/a> illustre magistralement la complexit\u00e9 des pathologies autosomiques dominantes \u00e0 expression neuropsychiatrique. Caus\u00e9e par une expansion instable de triplets CAG dans le g\u00e8ne <em>HTT<\/em> codant la huntingtine, cette affection neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative se d\u00e9clare g\u00e9n\u00e9ralement entre 35 et 50 ans. Sur le plan clinique, l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rozygotie conduit \u00e0 une perte neuronale striatale massive, induisant un tr\u00e9pied symptomatique associant des troubles moteurs chor\u00e9iques, un d\u00e9clin cognitif sous-cortico-frontal et de profondes alt\u00e9rations psychiatriques (d\u00e9pression majeure, irritabilit\u00e9, agressivit\u00e9, impulsivit\u00e9 et risque suicidaire \u00e9lev\u00e9). Dans une famille affect\u00e9e, chaque enfant d&rsquo;un parent atteint vit sous l&rsquo;\u00e9p\u00e9e de Damocl\u00e8s d&rsquo;un risque de transmission de 50&nbsp;%, g\u00e9n\u00e9rant des angoisses existentielles consid\u00e9rables au sein de la fratrie.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me exemple clinique classique est incarn\u00e9 par la <a href=\"https:\/\/www.orpha.net\/fr\/disease\/detail\/636\">neurofibromatose de type 1<\/a> (NF1 ou maladie de Recklinghausen), r\u00e9sultant de mutations h\u00e9t\u00e9rozygotes dans le g\u00e8ne suppresseur de tumeurs <em>NF1<\/em> localis\u00e9 sur le chromosome 17. Pr\u00e9sentant une p\u00e9n\u00e9trance quasi compl\u00e8te \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte mais une expressivit\u00e9 extr\u00eamement variable, la NF1 se manifeste par des taches caf\u00e9-au-lait cutan\u00e9es, des lentigines axillaires et des neurofibromes b\u00e9nins ou plexiformes. Sur le versant neurod\u00e9veloppemental et psychologique, environ 30 \u00e0 50&nbsp;% des enfants porteurs pr\u00e9sentent des troubles sp\u00e9cifiques des apprentissages, des dysfonctions ex\u00e9cutives ou un trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 (TDAH), imposant des prises en charge psycho\u00e9ducatives individualis\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, les formes monog\u00e9niques pr\u00e9coces de la maladie d&rsquo;Alzheimer familiale offrent un \u00e9clairage saisissant sur l&rsquo;impact des dominances autosomiques. Induites par des mutations dans les g\u00e8nes <em>APP<\/em> (chromosome 21), <em>PSEN1<\/em> (chromosome 14) ou <em>PSEN2<\/em> (chromosome 1), ces variantes rarissimes d\u00e9clenchent des amn\u00e9sies ant\u00e9rogrades s\u00e9v\u00e8res et des alt\u00e9rations cognitives d\u00e8s la quarantaine ou la cinquantaine. Contrairement aux formes sporadiques polyg\u00e9niques li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;all\u00e8le APOE-\u03b54, l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 est ici strictement d\u00e9terministe : la possession de la mutation garantit l&rsquo;apparition inexorable de la neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence amylo\u00efde.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation clinique d&rsquo;un profil autosomique dominant commence obligatoirement par la construction minutieuse d&rsquo;un arbre g\u00e9n\u00e9alogique m\u00e9dical (pedigree) portant au minimum sur trois g\u00e9n\u00e9rations. Le g\u00e9n\u00e9ticien et le conseiller en g\u00e9n\u00e9tique y rel\u00e8vent le statut ph\u00e9notypique, l&rsquo;\u00e2ge de d\u00e9but des troubles, la cause des d\u00e9c\u00e8s et l&rsquo;origine ethnique des ascendants et collat\u00e9raux. L&rsquo;identification d&rsquo;une transmission de p\u00e8re \u00e0 fils permet d&rsquo;exclure formellement une liaison au chromosome X, confortant l&rsquo;hypoth\u00e8se autosomique.<\/p>\n<p>Le diagnostic de certitude repose aujourd&rsquo;hui sur les outils de la biologie mol\u00e9culaire. Le s\u00e9quen\u00e7age haut d\u00e9bit de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration (NGS), via des panels de g\u00e8nes cibl\u00e9s, le s\u00e9quen\u00e7age de l&rsquo;exome entier (WES) ou du g\u00e9nome entier (WGS), permet d&rsquo;identifier ponctuellement des substitutions nucl\u00e9otidiques, des insertions, des d\u00e9l\u00e9tions ou des variations du nombre de copies (CNV). Pour les maladies \u00e0 triplets instables, la r\u00e9action en cha\u00eene par polym\u00e9rase (PCR) fluorescente coupl\u00e9e \u00e0 la technique de Southern blot demeure indispensable pour quantifier avec exactitude le nombre de r\u00e9p\u00e9titions trinucl\u00e9otidiques.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, l&rsquo;\u00e9valuation s&rsquo;appuie sur des batteries standardis\u00e9es explorant l&rsquo;efficience globale, les fonctions ex\u00e9cutives, l&rsquo;inhibition cognitive, la m\u00e9moire de travail et la cognition sociale. Dans les cohortes de sujets \u00e0 risque g\u00e9n\u00e9tique de maladie de Huntington ou d&rsquo;Alzheimer pr\u00e9coce, des outils sensibles comme la passation informatis\u00e9e de t\u00e2ches d&rsquo;attention soutenue et des \u00e9chelles thymiques (BDI, MADRS, HADS) permettent de d\u00e9tecter les infimes oscillations infra-cliniques et d&rsquo;objectiver le retentissement psychologique de l&rsquo;incertitude g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du mode autosomique dominant poss\u00e8de des retomb\u00e9es directes dans le domaine de la m\u00e9decine pr\u00e9ventive, de la bio\u00e9thique et du conseil g\u00e9n\u00e9tique. Le test pr\u00e9symptomatique ou pr\u00e9dictif repr\u00e9sente l&rsquo;une des applications les plus d\u00e9licates de cette discipline. Propos\u00e9 \u00e0 des individus asymptomatiques majeurs issus d&rsquo;une famille au sein de laquelle une mutation dominante a \u00e9t\u00e9 formellement caract\u00e9ris\u00e9e, ce test ob\u00e9it \u00e0 un encadrement m\u00e9dico-psychologique extr\u00eamement strict, formalis\u00e9 par des consensus internationaux.<\/p>\n<p>Le protocole d&rsquo;accompagnement comprend plusieurs consultations pluridisciplinaires obligatoires r\u00e9unissant un m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9ticien, un psychologue clinicien ou psychiatre, et un travailleur social. L&rsquo;objectif est d&rsquo;\u00e9valuer les motivations r\u00e9elles du consultant, sa capacit\u00e9 de r\u00e9silience, ses soutiens sociaux et sa pr\u00e9paration \u00e0 recevoir un r\u00e9sultat binaire potentiellement d\u00e9vastateur. L&rsquo;enjeu psychique gravite autour de la rupture du sentiment de temporalit\u00e9, de la confrontation \u00e0 un destin biologique scell\u00e9 et de l&rsquo;angoisse li\u00e9e \u00e0 la transmission future \u00e0 ses propres enfants.<\/p>\n<p>Sur le plan reproductif, la certitude d&rsquo;une transmission autosomique dominante permet aux couples demandeurs d&rsquo;acc\u00e9der au diagnostic pr\u00e9natal (DPN) par amniocent\u00e8se ou choriocent\u00e8se, ou au diagnostic g\u00e9n\u00e9tique pr\u00e9implantatoire (DPI) dans le cadre d&rsquo;une f\u00e9condation in vitro (FIV). Le DPI offre la possibilit\u00e9 de s\u00e9lectionner exclusivement les embryons indemnes de l&rsquo;all\u00e8le d\u00e9l\u00e9t\u00e8re avant leur transfert intra-ut\u00e9rin, \u00e9liminant ainsi le risque d&rsquo;affliger l&rsquo;enfant \u00e0 na\u00eetre tout en pr\u00e9servant le parent d&rsquo;une interruption m\u00e9dicale de grossesse.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine s&rsquo;efforce d&rsquo;\u00e9lucider les myst\u00e8res qui entourent la r\u00e9gulation \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique et mol\u00e9culaire de la dominance. De vastes cohortes internationales multicentriques, \u00e0 l&rsquo;image des consortiums <em>TRACK-HD<\/em>, <em>PREDICT-HD<\/em> et de l&rsquo;initiative <em>DIAN<\/em> (Dominantly Inherited Alzheimer Network), ont suivi des centaines de porteurs pr\u00e9-manifestes de mutations autosomiques dominantes sur plusieurs d\u00e9cennies. Leurs conclusions d\u00e9montrent que des alt\u00e9rations structurelles c\u00e9r\u00e9brales et des anomalies des marqueurs biologiques (\u00e0 l&rsquo;instar des neurofilaments \u00e0 cha\u00eene l\u00e9g\u00e8re, NfL) sont mesurables dans le liquide c\u00e9phalorachidien et le plasma sanguin plus de 15 \u00e0 20 ans avant l&rsquo;\u00e9mergence des premiers signes moteurs ou d\u00e9mentiels patents.<\/p>\n<p>Des travaux empiriques pionniers conduits par des \u00e9quipes internationales de neurobiologistes ont \u00e9galement d\u00e9montr\u00e9 que des variants g\u00e9n\u00e9tiques r\u00e9gulateurs modifient l&rsquo;\u00e2ge de d\u00e9but de la maladie de Huntington. Des g\u00e8nes impliqu\u00e9s dans la machinerie de r\u00e9paration des m\u00e9sappariements de l&rsquo;ADN (comme <em>MSH3<\/em>, <em>FAN1<\/em> et <em>MLH1<\/em>) agissent comme de puissants modulateurs de l&rsquo;instabilit\u00e9 somatique des expansions CAG au niveau des neurones striataux, d\u00e9montrant que la dominance ph\u00e9notypique s&rsquo;inscrit dans un dialogue mol\u00e9culaire complexe.<\/p>\n<p>En psychologie de la sant\u00e9, les donn\u00e9es empiriques recueillies aupr\u00e8s de milliers de consultants r\u00e9v\u00e8lent le ph\u00e9nom\u00e8ne paradoxal de la \u00ab culpabilit\u00e9 du survivant \u00bb. Les individus d\u00e9couvrant qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas h\u00e9rit\u00e9 de la mutation familiale dominante d\u00e9veloppent fr\u00e9quemment des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs ou des crises identitaires majeures, d\u00e9stabilis\u00e9s par l&rsquo;impossibilit\u00e9 de partager le destin tragique de leurs fr\u00e8res et s\u0153urs atteints.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;accueil et la conceptualisation de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 autosomique dominante fluctuent grandement selon les contextes culturels, religieux et sociologiques. Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, l&rsquo;apparition verticale r\u00e9currente d&rsquo;une pathologie neuropsychiatrique au sein d&rsquo;une lign\u00e9e fait souvent l&rsquo;objet d&rsquo;interpr\u00e9tations cosmologiques, m\u00e9taphysiques ou mystiques, \u00e9tant interpr\u00e9t\u00e9e comme une mal\u00e9diction ancestrale, un ch\u00e2timent divin ou une rupture d&rsquo;harmonie clanique. Ces repr\u00e9sentations peuvent exacerber la stigmatisation sociale et engendrer l&rsquo;ostracisme syst\u00e9matique des familles concern\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans certains contextes, le risque de r\u00e9currence de 50&nbsp;% p\u00e8se lourdement sur l&rsquo;acc\u00e8s au mariage et la valorisation communautaire des individus. Dans certains pays du pourtour m\u00e9diterran\u00e9en ou du Moyen-Orient, o\u00f9 la consanguinit\u00e9 peut par ailleurs \u00eatre valoris\u00e9e pour des raisons patrimoniales, les familles tentent parfois de taire ou de masquer l&rsquo;existence d&rsquo;affections dominantes afin de pr\u00e9server l&rsquo;honneur et l&rsquo;alliance matrimoniale des plus jeunes g\u00e9n\u00e9rations.<\/p>\n<p>Sur le plan juridique et bio\u00e9thique, les pays occidentaux ont instaur\u00e9 des l\u00e9gislations restrictives (\u00e0 l&rsquo;instar de la loi GINA aux \u00c9tats-Unis ou des lois de bio\u00e9thique en France) pour interdire aux assureurs et aux employeurs d&rsquo;exiger des tests g\u00e9n\u00e9tiques pr\u00e9dictifs ou d&rsquo;exploiter leurs r\u00e9sultats, pr\u00e9venant ainsi la constitution d&rsquo;un sous-prol\u00e9tariat biologique stigmatis\u00e9 en raison de sa charge g\u00e9nomique h\u00e9r\u00e9ditaire.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>La notion classique d&rsquo;autosomie dominante, telle qu&rsquo;h\u00e9rit\u00e9e du mod\u00e8le mend\u00e9lien lin\u00e9aire \u00ab un g\u00e8ne &#8211; une enzyme &#8211; une maladie \u00bb, fait l&rsquo;objet de r\u00e9visions conceptuelles profondes face aux donn\u00e9es de la g\u00e9nomique contemporaine. La critique majeure \u00e9mane de la prise de conscience que le d\u00e9terminisme g\u00e9n\u00e9tique absolu constitue une exception plut\u00f4t que la r\u00e8gle. La pr\u00e9sence quasi universelle de p\u00e9n\u00e9trance incompl\u00e8te et d&rsquo;expressivit\u00e9 fluctuante met \u00e0 mal le r\u00e9ductionnisme g\u00e9n\u00e9tique strict, d\u00e9montrant que le g\u00e9nome op\u00e8re comme un r\u00e9seau dynamique et interd\u00e9pendant.<\/p>\n<p>Une controverse clinique aigu\u00eb concerne la gestion des variants de signification ind\u00e9termin\u00e9e (VUS) g\u00e9n\u00e9r\u00e9s en abondance par le s\u00e9quen\u00e7age d&rsquo;exome. Qualifier \u00e0 tort un variant rare de dominant pathog\u00e8ne fait courir le risque dramatique d&rsquo;interventions m\u00e9dicales inappropri\u00e9es, d&rsquo;interruptions de grossesse non justifi\u00e9es ou de traumatismes psychologiques massifs inflig\u00e9s aux familles. Les crit\u00e8res stricts \u00e9tablis par l&rsquo;American College of Medical Genetics and Genomics (ACMG) visent \u00e0 juguler ces d\u00e9rives nosologiques.<\/p>\n<p>Enfin, le d\u00e9pistage pr\u00e9symptomatique soul\u00e8ve des d\u00e9bats \u00e9thiques vertigineux lorsqu&rsquo;il s&rsquo;applique \u00e0 des maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives incurables chez des mineurs. Le consensus international refuse cat\u00e9goriquement le d\u00e9pistage des enfants pour des affections autosomiques dominantes d&rsquo;apparition tardive \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, \u00e9rigeant en principe intangible le droit de l&rsquo;enfant \u00e0 un avenir ouvert et la pr\u00e9servation de son autonomie d\u00e9cisionnelle future.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute ambigu\u00eft\u00e9 nosologique, il convient de discriminer pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 autosomique dominante des autres mod\u00e8les g\u00e9n\u00e9tiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Autosomique r\u00e9cessif :<\/strong> Exige la pr\u00e9sence concomitante de deux all\u00e8les mut\u00e9s (\u00e9tat homozygote ou h\u00e9t\u00e9rozygote composite) pour exprimer le ph\u00e9notype morbide. Les parents d&rsquo;un enfant atteint sont g\u00e9n\u00e9ralement des porteurs sains h\u00e9t\u00e9rozygotes, et le risque de r\u00e9currence pour la fratrie s&rsquo;\u00e9tablit \u00e0 25&nbsp;%, sans transmission verticale syst\u00e9matique.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9r\u00e9dit\u00e9 li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;X :<\/strong> D\u00e9coule de variants situ\u00e9s sur le chromosome sexuel X. Elle se distingue par une asym\u00e9trie d&rsquo;expression frappante entre les sexes : les hommes h\u00e9mizygotes (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"XY\">$XY$<\/span>) expriment g\u00e9n\u00e9ralement une forme compl\u00e8te et grave, et la transmission directe d&rsquo;un p\u00e8re atteint \u00e0 son fils est biologiquement impossible.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9r\u00e9dit\u00e9 mitochondriale :<\/strong> Exclusivement transmise par la m\u00e8re via les mitochondries de l&rsquo;ovocyte. Elle ne suit aucune r\u00e9partition mend\u00e9lienne, touche indiff\u00e9remment les deux sexes dans la descendance d&rsquo;une femme affect\u00e9e, mais n&rsquo;est jamais transmise par les p\u00e8res atteints.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9r\u00e9dit\u00e9 polyg\u00e9nique et multifactorielle :<\/strong> R\u00e9sulte de l&rsquo;effet cumulatif d&rsquo;un grand nombre de polymorphismes g\u00e9n\u00e9tiques \u00e0 faible effet, combin\u00e9s \u00e0 des expositions environnementales sp\u00e9cifiques (schizophr\u00e9nie, trouble bipolaire, autisme), sans profil de transmission s\u00e9gr\u00e9gatif clair.<\/li>\n<li><strong>Codominance :<\/strong> Modalit\u00e9 dans laquelle deux all\u00e8les distincts s&rsquo;expriment simultan\u00e9ment et pleinement chez l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rozygote sans se masquer mutuellement (comme le syst\u00e8me des groupes sanguins ABO, avec l&rsquo;all\u00e8le A et l&rsquo;all\u00e8le B).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En somme, le mod\u00e8le autosomique dominant constitue une modalit\u00e9 fondamentale de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 humaine, marqu\u00e9e par des principes universels et des subtilit\u00e9s biologiques d\u00e9cisives :<\/p>\n<ul>\n<li>Il implique qu&rsquo;une seule copie d&rsquo;un all\u00e8le alt\u00e9r\u00e9 situ\u00e9 sur un chromosome non sexuel suffit \u00e0 d\u00e9clencher l&rsquo;apparition de l&rsquo;affection ou du caract\u00e8re.<\/li>\n<li>Chaque individu porteur transmet la mutation \u00e0 sa descendance avec un risque probabiliste strict de 50&nbsp;% \u00e0 chaque conception, ind\u00e9pendamment du sexe de l&rsquo;enfant.<\/li>\n<li>La transmission g\u00e9n\u00e9alogique se d\u00e9ploie verticalement \u00e0 travers les g\u00e9n\u00e9rations sans interruption spontan\u00e9e, sous r\u00e9serve que la p\u00e9n\u00e9trance soit compl\u00e8te.<\/li>\n<li>Les m\u00e9canismes biologiques mol\u00e9culaires dominants rel\u00e8vent typiquement de l&rsquo;haplo-insuffisance, du gain de fonction toxique prot\u00e9ique ou de l&rsquo;effet dominant n\u00e9gatif.<\/li>\n<li>L&rsquo;expressivit\u00e9 variable et la p\u00e9n\u00e9trance d\u00e9pendante de l&rsquo;\u00e2ge complexifient les pr\u00e9visions pronostiques et n\u00e9cessitent des bilans cliniques et mol\u00e9culaires rigoureux.<\/li>\n<li>La dimension psychologique entourant le d\u00e9pistage g\u00e9n\u00e9tique pr\u00e9dictif de ces affections impose un encadrement \u00e9thique et multidisciplinaire rigoureux pour pr\u00e9server l&rsquo;\u00e9quilibre mental des personnes \u00e0 risque.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Harper, P. S. (2004). <em>Practical Genetic Counselling<\/em> (6e \u00e9d.). Hodder Arnold.<\/li>\n<li>Huntington, G. (1872). On chorea. <em>The Medical and Surgical Reporter<\/em>, 26(15), 317-321. <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Huntington%27s_disease\">https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Huntington&rsquo;s_disease<\/a><\/li>\n<li>Mendel, G. (1866). Versuche \u00fcber Pflanzen-Hybriden. <em>Verhandlungen des naturforschenden Vereines in Br\u00fcnn<\/em>, 4, 3-47. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gregor_Mendel\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gregor_Mendel<\/a><\/li>\n<li>Nussbaum, R. L., McInnes, R. R., &amp; Willard, H. F. (2015). <em>Thompson &amp; Thompson Genetics in Medicine<\/em> (8e \u00e9d.). Elsevier.<\/li>\n<li>Ross, C. A., &amp; Tabrizi, S. J. (2011). Huntington&rsquo;s disease: From molecular pathogenesis to clinical features. <em>The Lancet Neurology<\/em>, 10(1), 83-98. <a href=\"https:\/\/www.inserm.fr\/dossier\/huntington-maladie\/\">https:\/\/www.inserm.fr\/dossier\/huntington-maladie\/<\/a><\/li>\n<li>Strachan, T., &amp; Read, A. (2018). <em>Human Molecular Genetics<\/em> (5e \u00e9d.). CRC Press. <a href=\"https:\/\/www.orpha.net\/\">https:\/\/www.orpha.net\/<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Analyse approfondie de la transmission autosomique dominante : principes mend\u00e9liens, p\u00e9n\u00e9trance, expressivit\u00e9 et retentissement neuropsychiatrique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[31486,459,6890],"tags":[35795,829,35796,35797,34396,35798],"class_list":["post-21414","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-genetique-medicale","category-neurosciences","category-psychiatrie-biologique","tag-autosomique-dominant","tag-conseil-genetique","tag-heredite-mendelienne","tag-maladie-de-huntington","tag-neurogenetique","tag-penetrance-genetique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21414","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21414\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21414"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21414"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21414"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}