{"id":21412,"date":"2026-10-25T17:03:18","date_gmt":"2026-10-25T17:03:18","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=autosomique-genetique-psychologie"},"modified":"2026-10-25T17:03:18","modified_gmt":"2026-10-25T17:03:18","slug":"autosomique-genetique-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=autosomique-genetique-psychologie","title":{"rendered":"Autosomique : Cl\u00e9 g\u00e9n\u00e9tique du psychisme"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;exploration des bases biologiques r\u00e9gissant le comportement humain, la cognition et les troubles psychiatriques repose fondamentalement sur la compr\u00e9hension des lois de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 chromosomique. Au c\u0153ur de cette architecture se trouve la transmission autosomique, un m\u00e9canisme par lequel les g\u00e8nes situ\u00e9s sur les chromosomes non sexuels fa\u00e7onnent notre vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychologique, nos fonctions neurobiologiques et notre d\u00e9veloppement neurocognitif.<\/p>\n<h2>Autosomique : D\u00e9finition, G\u00e9n\u00e9tique et Neuropsychologie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>En g\u00e9n\u00e9tique et en psychiatrie biologique, l&rsquo;adjectif <strong>autosomique<\/strong> (ou <em>autosomal<\/em>) qualifie tout g\u00e8ne, locus, all\u00e8le ou trait h\u00e9r\u00e9ditaire localis\u00e9 sur un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Autosome\">autosome<\/a>, c&rsquo;est-\u00e0-dire un chromosome non sexuel. Chez l&rsquo;\u00eatre humain, cela concerne les vingt-deux paires de chromosomes homologues communes aux deux sexes, \u00e0 l&rsquo;exclusion des chromosomes sexuels X et Y (gonosomes ou allosomes).<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et neurod\u00e9veloppemental, l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 autosomique englobe les modalit\u00e9s selon lesquelles des all\u00e8les sp\u00e9cifiques influencent le risque, l&rsquo;apparition ou la pathogen\u00e8se de perturbations cognitives, affectives et comportementales. Contrairement aux anomalies li\u00e9es aux chromosomes sexuels, les caract\u00e9ristiques autosomiques sont h\u00e9rit\u00e9es et distribu\u00e9es avec une probabilit\u00e9 identique chez les individus de sexe biologique masculin et f\u00e9minin, bien que l&rsquo;expression ph\u00e9notypique finale puisse subir des modulations \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques et environnementales complexes.<\/p>\n<p>Dans la recherche contemporaine en g\u00e9n\u00e9tique comportementale, la notion autosomique s&rsquo;est \u00e9largie pour d\u00e9crire \u00e0 la fois des maladies monog\u00e9niques mend\u00e9liennes \u00e0 fort impact psychiatrique (comme la maladie de Huntington) et la composante autosomique pr\u00e9dominante des scores de risque polyg\u00e9nique (PRS) impliqu\u00e9s dans des troubles h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes tels que la schizophr\u00e9nie, le trouble bipolaire ou les troubles du spectre de l&rsquo;autisme.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le qualificatif <em>autosomique<\/em> d\u00e9rive directement du substantif <em>autosome<\/em>, un n\u00e9ologisme scientifique forg\u00e9 au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle \u00e0 partir du grec ancien. Le pr\u00e9fixe <strong>\u03b1\u1f50\u03c4\u03cc\u03c2<\/strong> (<em>aut\u00f3s<\/em>) signifie \u00ab soi-m\u00eame \u00bb, \u00ab propre \u00bb ou \u00ab identique \u00bb, tandis que le terme <strong>\u03c3\u1ff6\u03bc\u03b1<\/strong> (<em>s\u00f4ma<\/em>), g\u00e9nitif <em>s\u00f4matos<\/em>, renvoie au \u00ab corps \u00bb ou \u00e0 la \u00ab structure mat\u00e9rielle \u00bb.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9nomination a \u00e9t\u00e9 introduite en 1906 par le biologiste am\u00e9ricain Thomas Harrison Montgomery Jr. afin d&rsquo;\u00e9tablir une distinction formelle entre les chromosomes structurels standards (les autosomes), dont les paires sont strictement morphologiquement identiques dans les deux sexes, et les chromosomes accessoires alors appel\u00e9s \u00ab h\u00e9t\u00e9rochromosomes \u00bb ou \u00ab allosomes \u00bb (les chromosomes sexuels). L&rsquo;adjectif s&rsquo;est ensuite diffus\u00e9 dans la litt\u00e9rature francophone biom\u00e9dicale et psychiatrique pour qualifier les modes de s\u00e9gr\u00e9gation mend\u00e9lienne ind\u00e9pendants du sexe biologique.<\/p>\n<p>L&rsquo;anglicisme <em>autosomal<\/em> est parfois employ\u00e9 de mani\u00e8re interchangeable dans certaines publications biom\u00e9dicales traduites de l&rsquo;anglais, mais le terme acad\u00e9mique normalis\u00e9 en langue fran\u00e7aise demeure <em>autosomique<\/em>.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Le mot <strong>autosomique<\/strong> est un adjectif qualificatif \u00e9pic\u00e8ne (pr\u00e9sentant la m\u00eame terminaison graphique au masculin et au f\u00e9minin singulier). Sa prononciation en fran\u00e7ais standard s&rsquo;\u00e9crit en alphabet phon\u00e9tique international sous la forme : <strong>\/o.t\u0254.z\u0254.mik\/<\/strong>.<\/p>\n<p>Au pluriel, il s&rsquo;accorde r\u00e9guli\u00e8rement en prenant un \u00ab s \u00bb final : <em>autosomiques<\/em> (\/o.t\u0254.z\u0254.mik\/). Il est couramment employ\u00e9 comme modificateur au sein de syntagmes nominaux sp\u00e9cialis\u00e9s : \u00ab transmission autosomique \u00bb, \u00ab locus autosomique \u00bb, \u00ab aberration autosomique \u00bb, \u00ab polymorphisme autosomique \u00bb ou \u00ab h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 autosomique dominante \u00bb.<\/p>\n<p>Bien que son utilisation substantiv\u00e9e soit rare (\u00ab un autosomique \u00bb n&rsquo;existe pas en bonne nomenclature), on observe occasionnellement dans la litt\u00e9rature de g\u00e9n\u00e9tique quantitative l&#8217;emploi substantif pluriel pour d\u00e9signer collectivement les g\u00e8nes situ\u00e9s sur ces chromosomes (par exemple : \u00ab les variations de l&rsquo;autosomique versus du gonosomique \u00bb), bien que l&rsquo;usage de la locution nominale \u00ab le g\u00e9nome autosomique \u00bb soit nettement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre la nature autosomique d&rsquo;un trait ou d&rsquo;une pathologie n\u00e9cessite d&rsquo;appr\u00e9hender l&rsquo;organisation du caryotype humain. L&rsquo;esp\u00e8ce humaine poss\u00e8de 46 chromosomes r\u00e9partis en 23 paires : 22 paires d&rsquo;autosomes num\u00e9rot\u00e9es de 1 \u00e0 22 selon leur taille d\u00e9croissante et la position de leur centrom\u00e8re, et une 23e paire constitu\u00e9e des chromosomes sexuels (XX chez la femme g\u00e9n\u00e9tique, XY chez l&rsquo;homme g\u00e9n\u00e9tique). L&rsquo;immense majorit\u00e9 du patrimoine g\u00e9n\u00e9tique codant et r\u00e9gulateur \u2013 estim\u00e9e \u00e0 plus de 95 % de l&rsquo;ADN fonctionnel \u2013 est port\u00e9e par le g\u00e9nome autosomique.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences du comportement et de la psychologie clinique, qualifier un ph\u00e9notype d&rsquo;autosomique implique deux principes fondamentaux : l&rsquo;\u00e9quipartition sexuelle th\u00e9orique et la diplo\u00efdie fonctionnelle. Chaque individu h\u00e9rite d&rsquo;une copie maternelle et d&rsquo;une copie paternelle de chaque g\u00e8ne autosomique. En l&rsquo;absence de biais particulier, les probabilit\u00e9s de transmission d&rsquo;un all\u00e8le donn\u00e9 par un parent h\u00e9t\u00e9rozygote \u00e0 sa descendance ob\u00e9issent rigoureusement \u00e0 la loi mend\u00e9lienne de s\u00e9gr\u00e9gation \u00e9gale (probabilit\u00e9 de 50 % \u00e0 chaque conception), ind\u00e9pendamment du sexe de l&rsquo;enfant.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la r\u00e9alit\u00e9 neurobiologique et clinique apporte des nuances cruciales \u00e0 cette simplicit\u00e9 m\u00e9canique. M\u00eame lorsqu&rsquo;un facteur \u00e9tiologique primaire est purement autosomique, des m\u00e9canismes modulateurs peuvent en modifier radicalement la pr\u00e9sentation :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La p\u00e9n\u00e9trance incompl\u00e8te :<\/strong> La pr\u00e9sence d&rsquo;une mutation autosomique d\u00e9l\u00e9t\u00e8re ne garantit pas n\u00e9cessairement l&rsquo;expression clinique du trouble psychologique, sous l&rsquo;influence d&rsquo;autres locus g\u00e9n\u00e9tiques r\u00e9gulateurs et de l&rsquo;environnement de vie.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;expressivit\u00e9 variable :<\/strong> Au sein d&rsquo;une m\u00eame lign\u00e9e familiale partageant une anomalie autosomique identique, certains sujets manifesteront des troubles psychiatriques s\u00e9v\u00e8res (d\u00e9pression majeure r\u00e9currente, psychose), tandis que d&rsquo;autres ne pr\u00e9senteront que des traits de personnalit\u00e9 atypiques ou des difficult\u00e9s d&rsquo;apprentissage mineures.<\/li>\n<li><strong>L&#8217;empreinte g\u00e9nomique parentale :<\/strong> Il s&rsquo;agit d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique par lequel certains g\u00e8nes autosomiques ne sont transcrits qu&rsquo;\u00e0 partir de l&rsquo;all\u00e8le h\u00e9rit\u00e9 de la m\u00e8re ou de celui h\u00e9rit\u00e9 du p\u00e8re, introduisant une asym\u00e9trie parentale majeure sans alt\u00e9rer la localisation chromosomique du g\u00e8ne.<\/li>\n<li><strong>Le dimorphisme sexuel d&rsquo;expression :<\/strong> Bien que le locus incrimin\u00e9 soit autosomique, l&rsquo;interaction avec le milieu hormonal (androg\u00e8nes, \u0153strog\u00e8nes) ou les r\u00e9seaux r\u00e9gulateurs sp\u00e9cifiques au sexe peut faire varier l&rsquo;incidence clinique, comme observ\u00e9 dans les diff\u00e9rences de ratio hommes\/femmes pour l&rsquo;autisme ou les troubles d\u00e9pressifs.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la notion autosomique s&rsquo;entrelace intimement avec la naissance de la g\u00e9n\u00e9tique moderne et ses applications progressives aux sciences psychologiques et psychiatriques. Apr\u00e8s la red\u00e9couverte des travaux de Gregor Mendel en 1900, les premi\u00e8res d\u00e9cennies du si\u00e8cle se sont consacr\u00e9es \u00e0 identifier la base physique de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9. Les travaux pionniers de Thomas Hunt Morgan et de son \u00e9quipe sur <em>Drosophila melanogaster<\/em> \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Columbia ont confirm\u00e9 que les g\u00e8nes occupent des positions physiques fixes (locus) sur des filaments nucl\u00e9aires, formalisant la th\u00e9orie chromosomique de l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le champ neuropsychiatrique, la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle a vu la description clinique m\u00e9ticuleuse d&rsquo;affections h\u00e9r\u00e9ditaires familiales majeures. En 1872, George Huntington avait d\u00e9crit la chor\u00e9e qui porte son nom ; il fallut attendre l&rsquo;essor de la cytog\u00e9n\u00e9tique pour confirmer que cette pathologie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative associ\u00e9e \u00e0 de profonds troubles psychiatriques (d\u00e9pression, labilit\u00e9 \u00e9motionnelle, alt\u00e9rations ex\u00e9cutives, id\u00e9es d\u00e9lirantes) se transmettait selon un mode autosomique dominant typique.<\/p>\n<p>Un jalon historique a \u00e9t\u00e9 franchi en 1959 lorsque le m\u00e9decin et g\u00e9n\u00e9ticien fran\u00e7ais <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/J%C3%A9r%C3%B4me_Lejeune\">J\u00e9r\u00f4me Lejeune<\/a> et ses collaborateurs ont identifi\u00e9 la trisomie 21 (syndrome de Down). Il s&rsquo;agissait de la premi\u00e8re d\u00e9monstration scientifique directe qu&rsquo;une anomalie du nombre d&rsquo;autosomes pouvait engendrer une d\u00e9ficience intellectuelle globale et des modifications structurelles du syst\u00e8me nerveux central, liant d\u00e9finitivement la cytog\u00e9n\u00e9tique autosomique au fonctionnement cognitif humain.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1970 et 1980, le d\u00e9veloppement des techniques de biologie mol\u00e9culaire, du clonage positionnel et de l&rsquo;analyse de liaison (<em>linkage analysis<\/em>) a permis de cartographier avec pr\u00e9cision les g\u00e8nes autosomiques responsables de maladies neuropsychiatriques mend\u00e9liennes. L&rsquo;identification en 1993 du g\u00e8ne <em>HTT<\/em> (huntingtine) sur le bras court du chromosome autosomique 4 a constitu\u00e9 une perc\u00e9e retentissante, fournissant le mod\u00e8le canonique d&rsquo;une mutation autosomique dominante \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition de trinucl\u00e9otides alt\u00e9rant la r\u00e9gulation cognitive et \u00e9motionnelle.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 2000, le s\u00e9quen\u00e7age complet du g\u00e9nome humain et l&rsquo;av\u00e8nement des \u00e9tudes d&rsquo;association pang\u00e9nomique (GWAS) ont fait basculer la recherche psychiatrique du paradigme monog\u00e9nique autosomique vers le mod\u00e8le de la polyg\u00e9nicit\u00e9 complexe. Les consortiums internationaux comme le <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/nature13595\">Psychiatric Genomics Consortium<\/a> ont d\u00e9montr\u00e9 que des centaines de variants autosomiques communs, ayant chacun un effet infinit\u00e9simal individuel, interagissent de fa\u00e7on additive pour fa\u00e7onner la vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux grands troubles mentaux.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;int\u00e9gration de la g\u00e9n\u00e9tique autosomique dans le corpus psychologique s&rsquo;articule autour de plusieurs th\u00e9ories fondamentales unifiant la biologie de l&rsquo;\u00e9volution, la g\u00e9n\u00e9tique quantitative et les mod\u00e8les vuln\u00e9rabilit\u00e9-stress.<\/p>\n<p>La <strong>th\u00e9orie quantitative de l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9<\/strong>, d\u00e9velopp\u00e9e originellement par Ronald Fisher en 1918, postule que les traits psychologiques continus (intelligence, traits de personnalit\u00e9 du mod\u00e8le Big Five, r\u00e9activit\u00e9 au stress) r\u00e9sultent de l&rsquo;action combin\u00e9e d&rsquo;une multitude de polymorphismes autosomiques. Selon ce cadre, la variance ph\u00e9notypique au sein d&rsquo;une population se d\u00e9compose en variance g\u00e9n\u00e9tique additive (principalement autosomique), variance de dominance, interactions \u00e9pistatiques et influences environnementales partag\u00e9es et non partag\u00e9es.<\/p>\n<p>En psychopathologie, la g\u00e9n\u00e9tique autosomique sous-tend le <strong>mod\u00e8le diath\u00e8se-stress<\/strong> (vuln\u00e9rabilit\u00e9-stress). Dans cette perspective, la possession d&rsquo;une configuration allique autosomique \u00e0 haut risque ne constitue pas en soi une fatalit\u00e9 clinique, mais \u00e9tablit une \u00ab diath\u00e8se \u00bb neurobiologique. Cette derni\u00e8re correspond le plus souvent \u00e0 des modifications de la neurogen\u00e8se, de la synaptogen\u00e8se, de la recapture des neurotransmetteurs ou de la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien. La survenue du trouble requiert la rencontre entre cette architecture autosomique vuln\u00e9rable et des facteurs environnementaux d\u00e9l\u00e9t\u00e8res (traumatismes infantiles, isolement social, infections n\u00e9onatales, stresseurs aigus).<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le <strong>mod\u00e8le polyg\u00e9nique infinit\u00e9simal<\/strong> de Falconer s&rsquo;applique avec une pertinence remarquable aux troubles mentaux majeurs. Ce mod\u00e8le propose l&rsquo;existence d&rsquo;une variable latente continue appel\u00e9e \u00ab responsabilit\u00e9 \u00bb (<em>liability<\/em>), distribu\u00e9e de fa\u00e7on gaussienne dans la population g\u00e9n\u00e9rale sous l&rsquo;effet de milliers de micro-variants autosomiques. Le franchissement d&rsquo;un seuil critique de responsabilit\u00e9 pr\u00e9cipite l&rsquo;individu dans l&rsquo;\u00e9tat ph\u00e9notypique pathologique cat\u00e9goriel, \u00e9clairant pourquoi les apparent\u00e9s de premier degr\u00e9 d&rsquo;un patient souffrant de schizophr\u00e9nie ou de trouble bipolaire pr\u00e9sentent un risque accru sans que la transmission ne suive une formule mend\u00e9lienne simple.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Dans l&rsquo;analyse g\u00e9n\u00e9tique des fonctions c\u00e9r\u00e9brales et de la sant\u00e9 mentale, la transmission autosomique se d\u00e9cline en plusieurs cat\u00e9gories et configurations structurelles distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>H\u00e9r\u00e9dit\u00e9 autosomique dominante (AD) :<\/strong> Une seule copie mut\u00e9e de l&rsquo;all\u00e8le autosomique port\u00e9e par l&rsquo;un des deux parents suffit pour manifester le ph\u00e9notype ou transmettre un risque majeur (50 % de risque th\u00e9orique \u00e0 chaque grossesse). L&rsquo;exemple psychiatrique embl\u00e9matique reste la chor\u00e9e de Huntington. Ces affections ne sautent g\u00e9n\u00e9ralement pas de g\u00e9n\u00e9ration dans les g\u00e9n\u00e9alogies, sauf ph\u00e9nom\u00e8ne de p\u00e9n\u00e9trance r\u00e9duite.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9r\u00e9dit\u00e9 autosomique r\u00e9cessive (AR) :<\/strong> L&rsquo;expression du trouble requiert la pr\u00e9sence de deux all\u00e8les mut\u00e9s identiques ou h\u00e9t\u00e9rozygotes composites (l&rsquo;un h\u00e9rit\u00e9 du p\u00e8re, l&rsquo;autre de la m\u00e8re). Les parents sont le plus souvent des porteurs sains asymptomatiques. Le risque d&rsquo;atteinte est de 25 % \u00e0 chaque grossesse. Ce m\u00e9canisme sous-tend des erreurs inn\u00e9es du m\u00e9tabolisme provoquant d&rsquo;importants retards cognitifs et des troubles du comportement, tels que la ph\u00e9nylc\u00e9tonurie.<\/li>\n<li><strong>Anomalies autosomiques de structure :<\/strong> Variations du nombre de copies (CNV) autosomiques comprenant des microd\u00e9l\u00e9tions ou des microduplications sur les bras chromosomiques. La microd\u00e9l\u00e9tion 22q11.2 constitue le prototype par excellence de cette dimension, conf\u00e9rant un risque extraordinairement \u00e9lev\u00e9 de schizophr\u00e9nie et de troubles cognitifs.<\/li>\n<li><strong>Aneuplo\u00efdies autosomiques :<\/strong> Alt\u00e9rations du nombre global de chromosomes par perte ou gain (ex. trisomies 21, 18, 13). Ces configurations provoquent une perturbation dosique de centaines de g\u00e8nes simultan\u00e9ment, entra\u00eenant une d\u00e9sorganisation globale de la maturation c\u00e9r\u00e9brale et des comp\u00e9tences intellectuelles.<\/li>\n<li><strong>Architecture autosomique polyg\u00e9nique :<\/strong> Ensemble vaste de polymorphismes d&rsquo;un seul nucl\u00e9otide (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Polymorphisme_de_nucl%C3%A9otide_simple\">SNP<\/a>) r\u00e9partis de fa\u00e7on ubiquitaire sur les 22 paires d&rsquo;autosomes, dont l&rsquo;agr\u00e9gation statistique pond\u00e9r\u00e9e compose le score de risque g\u00e9n\u00e9tique pour les ph\u00e9notypes complexes.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;impact des m\u00e9canismes autosomiques en neuropsychiatrie, plusieurs situations cliniques typiques peuvent \u00eatre examin\u00e9es :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : La chor\u00e9e de Huntington (transmission autosomique dominante).<\/strong> Un patient de 42 ans consulte initialement pour des manifestations thymiques atypiques : acc\u00e8s de col\u00e8re inattendus, anxi\u00e9t\u00e9 aigu\u00eb, retrait social et id\u00e9es d\u00e9lirantes de pers\u00e9cution, initialement \u00e9tiquet\u00e9es comme une d\u00e9pression r\u00e9sistante ou un \u00e9pisode psychotique tardif. L&rsquo;exploration de l&rsquo;arbre g\u00e9n\u00e9alogique r\u00e9v\u00e8le que son p\u00e8re est d\u00e9c\u00e9d\u00e9 institutionnalis\u00e9 avec un diagnostic vague de \u00ab d\u00e9mence pr\u00e9coce motrice \u00bb. Le test g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire identifie une expansion anormale de triplets CAG (plus de 40 r\u00e9p\u00e9titions) sur le g\u00e8ne <em>HTT<\/em>, localis\u00e9 sur l&rsquo;autosome 4p16.3. Ce cas d\u00e9montre avec acuit\u00e9 comment une mutation autosomique dominante affecte directement les circuits cortico-striataux, engendrant une alt\u00e9ration psychiatrique pr\u00e9coce avant m\u00eame la pr\u00e9dominance des mouvements involontaires chor\u00e9iques.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : La ph\u00e9nylc\u00e9tonurie (transmission autosomique r\u00e9cessive).<\/strong> Deux parents parfaitement sains accueillent leur premier enfant. En l&rsquo;absence de d\u00e9pistage n\u00e9onatal pr\u00e9coce, l&rsquo;enfant aurait d\u00e9velopp\u00e9 une d\u00e9ficience intellectuelle profonde, une microc\u00e9phalie, des crises d&rsquo;\u00e9pilepsie et des st\u00e9r\u00e9otypies comportementales s\u00e9v\u00e8res mimant un autisme lourd. Le d\u00e9faut enzymatique autosomique r\u00e9cessif touchant le g\u00e8ne <em>PAH<\/em> sur le chromosome 12 emp\u00eache la m\u00e9tabolisation de l&rsquo;acide amin\u00e9 ph\u00e9nylalanine en tyrosine. L&rsquo;accumulation toxique de ph\u00e9nylalanine l\u00e8se irr\u00e9versiblement les axones c\u00e9r\u00e9braux en d\u00e9veloppement. Une prise en charge di\u00e9t\u00e9tique stricte d\u00e8s la maternit\u00e9 neutralise la toxicit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, illustrant comment une vuln\u00e9rabilit\u00e9 autosomique r\u00e9cessive d\u00e9vastatrice peut \u00eatre jugul\u00e9e par une intervention environnementale opportune.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Le syndrome de microd\u00e9l\u00e9tion 22q11.2 (anomalie autosomique structurale).<\/strong> Une adolescente de 15 ans suivie depuis l&rsquo;enfance pour un retard de langage, des difficult\u00e9s arithm\u00e9tiques et une cardiopathie cong\u00e9nitale commence \u00e0 verbaliser des hallucinations auditives, une dissociation cognitive et un sentiment aigu d&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 corporelle. L&rsquo;analyse par hybridation g\u00e9nomique comparative r\u00e9v\u00e8le une microd\u00e9l\u00e9tion h\u00e9t\u00e9rozygote d&rsquo;environ 3 m\u00e9gabases sur la r\u00e9gion chromosomique 22q11.2. Cette mutation autosomique majore de pr\u00e8s de 30 fois le risque de d\u00e9velopper une schizophr\u00e9nie av\u00e9r\u00e9e, \u00e9clairant les bases neurod\u00e9veloppementales sous-jacentes \u00e0 la rupture psychotique.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation des d\u00e9terminants autosomiques dans l&rsquo;\u00e9valuation psychologique et m\u00e9dicale fait appel \u00e0 une batterie d&rsquo;instruments sophistiqu\u00e9s, allant de la g\u00e9n\u00e9alogie clinique aux plateformes de biotechnologie de pointe :<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>enqu\u00eate g\u00e9n\u00e9alogique et l&rsquo;anamn\u00e8se familiale<\/strong> demeurent la premi\u00e8re \u00e9tape m\u00e9thodologique. Le clinicien dresse un arbre g\u00e9n\u00e9alogique sur au moins trois g\u00e9n\u00e9rations, en rep\u00e9rant la pr\u00e9sence de troubles de l&rsquo;humeur, de conduites suicidaires, de troubles psychotiques ou de d\u00e9mences. L&rsquo;absence de biais de transmission li\u00e9e au sexe paternel ou maternel fournit de premiers indices pr\u00e9cieux d&rsquo;une implication autosomique.<\/p>\n<p>La <strong>cytog\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire<\/strong>, notamment le caryotype conventionnel haute r\u00e9solution, la technique FISH (fluorescence in situ hybridization) et surtout les puces d&rsquo;hybridation g\u00e9nomique comparative (ACPA ou microarrays chromosomiques), constitue le standard diagnostique pour explorer les anomalies autosomiques de structure. Ces outils rep\u00e8rent des gains ou pertes de mat\u00e9riel chromosomique (CNV) invisibles au microscope optique classique chez les patients atteints de troubles s\u00e9v\u00e8res du neurod\u00e9veloppement ou de psychoses atypiques.<\/p>\n<p>Le <strong>s\u00e9quen\u00e7age de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration (NGS)<\/strong>, incluant le s\u00e9quen\u00e7age cibl\u00e9 de panels de g\u00e8nes neuropsychiatriques, l&rsquo;exome complet (WES) et le g\u00e9nome entier (WGS), permet d&rsquo;analyser la s\u00e9quence nucl\u00e9otidique exacte des 22 paires d&rsquo;autosomes. Il d\u00e9tecte des mutations ponctuelles, de courtes insertions ou d\u00e9l\u00e9tions (indels) et des variations \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques dans des g\u00e8nes hautement sp\u00e9cialis\u00e9s du fonctionnement synaptique.<\/p>\n<p>Enfin, en psychologie quantitative contemporaine, l&rsquo;outil analytique par excellence est le <strong>score de risque polyg\u00e9nique (PRS)<\/strong>. Obtenu via le g\u00e9notypage de puces de polymorphismes nucl\u00e9otidiques (SNP), le PRS quantifie l&rsquo;accumulation pond\u00e9r\u00e9e d&rsquo;all\u00e8les autosomiques \u00e0 risque chez un individu sp\u00e9cifique, convertissant des millions de donn\u00e9es de s\u00e9quen\u00e7age en une mesure continue utilisable dans les mod\u00e8les pr\u00e9dictifs neuroscientifiques et \u00e9pid\u00e9miologiques.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension des m\u00e9canismes autosomiques n&rsquo;est pas un exercice purement acad\u00e9mique ; elle modifie radicalement les trajectoires cliniques, le conseil g\u00e9n\u00e9tique et les interventions psychoth\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<p>En <strong>conseil g\u00e9n\u00e9tique et psychologie p\u00e9rinatale<\/strong>, la confirmation d&rsquo;une transmission autosomique dominante ou r\u00e9cessive permet d&rsquo;informer les futurs parents avec une rigueur statistique rigoureuse quant aux risques de transmission \u00e0 leur descendance. Le r\u00f4le du psychologue au sein des \u00e9quipes de g\u00e9n\u00e9tique clinique s&rsquo;av\u00e8re capital pour accompagner les patients dans le traumatisme de l&rsquo;annonce, la culpabilit\u00e9 parentale \u00e9ventuelle et les dilemmes \u00e9thiques pos\u00e9s par le diagnostic pr\u00e9natal ou le diagnostic g\u00e9n\u00e9tique pr\u00e9implantatoire (DPI).<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie de pr\u00e9cision et pharmacog\u00e9n\u00e9tique<\/strong>, l&rsquo;exploration des g\u00e8nes autosomiques codant pour les enzymes h\u00e9patiques du cytochrome P450 (situ\u00e9s notamment sur les autosomes 22 pour le g\u00e8ne <em>CYP2D6<\/em> ou 10 pour le <em>CYP2C19<\/em>) transforme la prise en charge th\u00e9rapeutique. Le statut m\u00e9taboliseur (lent, normal ou ultrarapide) de chaque patient, dictated par des all\u00e8les autosomiques, conditionne la r\u00e9ponse th\u00e9rapeutique, l&rsquo;inefficacit\u00e9 ou la toxicit\u00e9 des antid\u00e9presseurs et des antipsychotiques usuels, permettant une adaptation posologique individualis\u00e9e guid\u00e9e par le profil g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<p>Sur le plan <strong>psycho\u00e9ducatif et d\u00e9culpabilisant<\/strong>, identifier la nature biologique et autosomique d&rsquo;une affection psychiatrique permet souvent de soulager une culpabilit\u00e9 familiale \u00e9touffante. Pour les parents d&rsquo;enfants autistes ou pour les proches de patients schizophr\u00e8nes, comprendre que des facteurs g\u00e9nomiques structuraux autosomiques sont \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre balaye les th\u00e9ories culpabilisantes historiques attribuant abusivement l&rsquo;origine des troubles \u00e0 des carences \u00e9ducatives ou affectives pr\u00e9coces.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique contemporaine a produit un volume massif de donn\u00e9es corroborant le r\u00f4le central des chromosomes autosomiques dans l&rsquo;\u00e9tiologie des variations psychologiques et cognitives normales et pathologiques.<\/p>\n<p>Les m\u00e9ta-analyses majeures conduites sur les jumeaux \u2013 en particulier les travaux de Polderman et collaborateurs (2015) portant sur plus de 14 millions de paires de jumeaux \u2013 ont d\u00e9finitivement \u00e9tabli que l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 moyenne des traits comportementaux et psychiatriques avoisine 49 %. L&rsquo;immense majorit\u00e9 de cette variance g\u00e9n\u00e9tique estim\u00e9e correspond \u00e0 des effets g\u00e9n\u00e9tiques additifs autosomiques, partag\u00e9s de fa\u00e7on \u00e9quivalente entre jumeaux monozygotes et dizygotes selon les degr\u00e9s de parent\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la schizophr\u00e9nie, les \u00e9tudes pang\u00e9nomiques publi\u00e9es par le consortium PGC dans des revues phares telles que <em>Nature<\/em> ont permis d&rsquo;identifier plus de 280 locus autosomiques associ\u00e9s de mani\u00e8re significative au risque de pathologie. Parmi ces r\u00e9gions, l&rsquo;une des associations les plus robustes concerne le complexe majeur d&rsquo;histocompatibilit\u00e9 (CMH), situ\u00e9 sur le bras court de l&rsquo;autosome 6. Les travaux conduits par Sekar et al. (2016) ont d\u00e9montr\u00e9 avec brio que des variations structurales autosomiques du composant du compl\u00e9ment C4 entra\u00eenent une suractivation de l&rsquo;\u00e9lagage synaptique microgliaire durant l&rsquo;adolescence, fournissant le m\u00e9canisme neurobiologique exact reliant un variant autosomique \u00e0 la d\u00e9sorganisation cortico-synaptique observ\u00e9e dans la maladie.<\/p>\n<p>De m\u00eame, pour les aptitudes cognitives g\u00e9n\u00e9rales (\u00ab facteur <em>g<\/em> \u00bb d&rsquo;intelligence), les m\u00e9ta-analyses de GWAS men\u00e9es par Savage et al. (2018) sur plus de 250 000 individus ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 des centaines de locus g\u00e9nomiques autosomiques associ\u00e9s aux performances cognitives, impliqu\u00e9s principalement dans la diff\u00e9renciation neuronale, la transmission synaptique et la neurogen\u00e8se corticale.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Si la structure biologique des 22 autosomes est universelle au sein de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, la perception, la signification et les implications sociales des traits et maladies autosomiques sont profond\u00e9ment d\u00e9pendantes du contexte culturel et g\u00e9opolitique.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles ou dans les r\u00e9gions du monde o\u00f9 la pratique des mariages consanguins (endogamie pr\u00e9f\u00e9rentielle) est culturellement valoris\u00e9e, l&rsquo;incidence des affections psychiatriques et neurod\u00e9veloppementales autosomiques r\u00e9cessives est nettement plus \u00e9lev\u00e9e que dans les populations pratiquant une panmixie large. L&rsquo;h\u00e9t\u00e9rozygotie partag\u00e9e pour des all\u00e8les mutants r\u00e9cessifs familiaux se traduit par une pr\u00e9valence accrue de retards mentaux s\u00e9v\u00e8res, de surdit\u00e9s associ\u00e9es \u00e0 des troubles autistiques ou de dysplasies c\u00e9r\u00e9brales h\u00e9r\u00e9ditaires. Dans ces contextes, le psychologue transculturel et le g\u00e9n\u00e9ticien doivent naviguer avec tact entre respect des coutumes communautaires et pr\u00e9vention \u00e9clair\u00e9e des risques de transmission g\u00e9n\u00e9tique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;interpr\u00e9tation causale des mutations autosomiques varie consid\u00e9rablement d&rsquo;une culture \u00e0 l&rsquo;autre. Dans les pays occidentaux hautement m\u00e9dicalis\u00e9s, l&rsquo;explication g\u00e9n\u00e9tique autosomique est per\u00e7ue comme un fait scientifique mat\u00e9rialiste rassurant ou pr\u00e9dictif. Dans d&rsquo;autres contextes culturels, la survenue d&rsquo;un trouble psychiatrique chez un porteur d&rsquo;une anomalie autosomique peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e selon des grilles de lecture spirituelles, m\u00e9taphysiques ou magico-religieuses (mauvais \u0153il, mal\u00e9diction familiale, punition des anc\u00eatres), o\u00f9 le caract\u00e8re h\u00e9r\u00e9ditaire renforce parfois la stigmatisation sociale de l&rsquo;ensemble du lignage familial (\u00ab sang g\u00e2t\u00e9 \u00bb), compliquant les unions matrimoniales des fr\u00e8res et s\u0153urs sains.<\/p>\n<p>Enfin, il convient de souligner un biais \u00e9pist\u00e9mologique majeur dans la recherche contemporaine : l&rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 des cohortes GWAS ayant servi \u00e0 d\u00e9couvrir les locus autosomiques li\u00e9s aux fonctions mentales est issue de populations d&rsquo;ascendance europ\u00e9enne (populations dites \u00ab WEIRD \u00bb : Western, Educated, Industrialized, Rich, Democratic). Les scores de risque polyg\u00e9nique autosomiques calcul\u00e9s sur ces bases s&rsquo;av\u00e8rent beaucoup moins pr\u00e9cis et pr\u00e9dictifs lorsqu&rsquo;ils sont appliqu\u00e9s \u00e0 des individus d&rsquo;ascendance africaine, asiatique ou am\u00e9rindienne, soulignant la n\u00e9cessit\u00e9 urgente d&rsquo;une diversification plan\u00e9taire des banques de donn\u00e9es g\u00e9nomiques.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La focalisation sur les d\u00e9terminants autosomiques dans l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;esprit humain et de ses dysfonctionnements ne va pas sans controverses conceptuelles et m\u00e9thodologiques aigu\u00ebs.<\/p>\n<p>Le principal \u00e9cueil th\u00e9orique r\u00e9side dans le <strong>r\u00e9ductionnisme g\u00e9n\u00e9tique<\/strong> ou le <em>d\u00e9terminisme biologique<\/em>. R\u00e9duire la souffrance psychique, l&rsquo;inadaptation sociale ou l&rsquo;intelligence \u00e0 l&rsquo;expression directe d&rsquo;un ensemble de g\u00e8nes autosomiques m\u00e9conna\u00eet fondamentalement la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, la subjectivit\u00e9 individuelle et l&rsquo;impact d\u00e9terminant de l&rsquo;environnement social. Les critiques rappellent avec insistance qu&rsquo;aucun all\u00e8le autosomique individuel ne code directement pour une \u00ab id\u00e9e d\u00e9lirante \u00bb, une \u00ab tristesse de l&rsquo;humeur \u00bb ou un \u00ab choix de vie \u00bb ; les g\u00e8nes codent exclusivement des cha\u00eenes polypeptidiques (prot\u00e9ines), qui s&rsquo;organisent en r\u00e9seaux cellulaires, lesquels interagissent dans des structures c\u00e9r\u00e9brales sensibles en continu aux stimuli relationnels et exp\u00e9rientiels.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9bat majeur concerne la fameuse <strong>\u00ab h\u00e9ritabilit\u00e9 manquante \u00bb<\/strong> (<em>missing heritability<\/em>). Durant la derni\u00e8re d\u00e9cennie, les \u00e9tudes pang\u00e9nomiques (GWAS) portant sur les locus autosomiques n&rsquo;ont r\u00e9ussi \u00e0 expliquer qu&rsquo;une fraction relativement modeste de l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 estim\u00e9e historiquement par les \u00e9tudes de jumeaux. Plusieurs hypoth\u00e8ses continuent de s&rsquo;affronter pour r\u00e9soudre cette \u00e9nigme : r\u00f4le des variants autosomiques rares ind\u00e9tectables par les puces standard, interactions g\u00e8ne-environnement complexes non captur\u00e9es par les mod\u00e8les additifs simples, ou surestimation math\u00e9matique originelle de l&rsquo;h\u00e9ritabilit\u00e9 dans les \u00e9tudes de jumeaux en raison d&rsquo;environnements partag\u00e9s plus homog\u00e8nes que suppos\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, les <strong>enjeux \u00e9thiques<\/strong> li\u00e9s aux tests pr\u00e9dictifs autosomiques suscitent une vive inqui\u00e9tude. La commercialisation directe aux consommateurs de tests g\u00e9n\u00e9tiques analysant des centaines de SNP autosomiques expose des individus \u00e0 des informations statistiques complexes, souvent mal comprises, g\u00e9n\u00e9rant une anxi\u00e9t\u00e9 pathologique injustifi\u00e9e (\u00ab fatalisme g\u00e9n\u00e9tique \u00bb) ou le risque d&rsquo;une discrimination assurantielle et professionnelle pr\u00e9judiciable.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour clarifier sans ambigu\u00eft\u00e9 la terminologie scientifique, il convient de distinguer le terme <em>autosomique<\/em> de concepts voisins ou oppos\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Autosomique vs Gonosomique (ou li\u00e9 au sexe) :<\/strong> Alors que les g\u00e8nes autosomiques sont situ\u00e9s sur les 22 paires de chromosomes standards \u00e9quitablement r\u00e9partis entre sexes, les traits gonosomiques r\u00e9sident sur les chromosomes sexuels (X ou Y). L&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 li\u00e9e au chromosome X pr\u00e9sente des profils de transmission tr\u00e8s asym\u00e9triques selon le sexe des parents et des enfants (ex. le syndrome de l&rsquo;X fragile ou le daltonisme), contrairement \u00e0 la sym\u00e9trie autosomique.<\/li>\n<li><strong>Autosomique vs Mitochondrial :<\/strong> L&rsquo;ADN mitochondrial (ADNmt) n&rsquo;est pas situ\u00e9 dans le noyau cellulaire mais au sein des mitochondries cytoplasmiques. Sa transmission est strictement matrilin\u00e9aire (seule la m\u00e8re transmet ses mitochondries \u00e0 toute sa descendance), ce qui le diff\u00e9rencie radicalement de la double contribution parentale des autosomes.<\/li>\n<li><strong>Monog\u00e9nique autosomique vs Polyg\u00e9nique autosomique :<\/strong> Le caract\u00e8re monog\u00e9nique implique qu&rsquo;un seul g\u00e8ne d\u00e9faillant sur un autosome suffit \u00e0 provoquer le trouble \u00e0 lui seul (effet mend\u00e9lien majeur), tandis que le caract\u00e8re polyg\u00e9nique implique la combinaison diffuse de centaines ou milliers de variations autosomiques \u00e0 effets modestes.<\/li>\n<li><strong>Autosome vs Somatique :<\/strong> Bien qu&rsquo;ils partagent la m\u00eame racine \u00e9tymologique (<em>s\u00f4ma<\/em>), il ne faut pas confondre une \u00ab cellule somatique \u00bb (cellule du corps par opposition aux gam\u00e8tes ou cellules germinales) avec un \u00ab autosome \u00bb (chromosome non sexuel pr\u00e9sent tant dans les cellules somatiques que germinales).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La notion de transmission autosomique constitue l&rsquo;un des piliers cardinaux de la g\u00e9n\u00e9tique biologique moderne et de la psychopathologie contemporaine. En condens\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li>Le terme autosomique d\u00e9signe tout ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9n\u00e9tique, g\u00e8ne ou anomalie localis\u00e9 sur les 22 paires de chromosomes non sexuels partag\u00e9es par les hommes et les femmes.<\/li>\n<li>L&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 autosomique classique s&rsquo;exprime selon deux modalit\u00e9s mend\u00e9liennes principales : dominante (un all\u00e8le mut\u00e9 suffit) ou r\u00e9cessive (deux all\u00e8les mut\u00e9s sont n\u00e9cessaires), avec une probabilit\u00e9 \u00e9gale de distribution statistique ind\u00e9pendamment du sexe de l&rsquo;enfant.<\/li>\n<li>En psychiatrie et psychologie, les troubles monog\u00e9niques autosomiques francs (comme la maladie de Huntington ou la ph\u00e9nylc\u00e9tonurie) c\u00f4toient d\u00e9sormais des architectures chromosomiques structurales (microd\u00e9l\u00e9tion 22q11.2) et d&rsquo;immenses r\u00e9seaux polyg\u00e9niques autosomiques de vuln\u00e9rabilit\u00e9.<\/li>\n<li>La biologie autosomique ne prescrit pas une fatalit\u00e9 comportementale rigide : son expression d\u00e9pend intimement de l&rsquo;\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique, du neurod\u00e9veloppement et des facteurs environnementaux dans le cadre du mod\u00e8le diath\u00e8se-stress.<\/li>\n<li>La ma\u00eetrise de ces concepts permet aux psychologues, neuropsychologues et psychiatres de mener des \u00e9valuations cliniques fines, d&rsquo;accompagner humainement le conseil g\u00e9n\u00e9tique et de combattre les visions st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es ou culpabilisantes de la maladie mentale.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Fisher, R. A. (1918). The correlation between relatives on the supposition of Mendelian inheritance. <em>Transactions of the Royal Society of Edinburgh<\/em>, 52(2), 399\u2013433. <a href=\"https:\/\/www.cambridge.org\/core\/journals\/transactions-of-the-royal-society-of-edinburgh\/article\/abs\/correlation-between-relatives-on-the-supposition-of-mendelian-inheritance\/0C2BF8B2B7D034BB0D1C6F8E93EF30D1\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/S008045680001216X<\/a><\/li>\n<li>Polderman, T. J., Benyamin, B., de Leeuw, C. A., Sullivan, P. F., van Bochoven, A., Visscher, P. M., &amp; Posthuma, D. (2015). Meta-analysis of the heritability of human traits based on fifty years of twin studies. <em>Nature Genetics<\/em>, 47(7), 702\u2013709. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/ng.3285\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/ng.3285<\/a><\/li>\n<li>Savage, J. E., Jansen, P. R., Stringer, S., Watanabe, K., Bryois, J., de Leeuw, C. A., Nagel, M., Awasthi, S., PBIC, Coleman, J. R. I., Ripke, S., &amp; Posthuma, D. (2018). Genome-wide association meta-analysis in 269,867 individuals identifies new genetic mechanisms for intelligence. <em>Nature Genetics<\/em>, 50(7), 912\u2013919. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41588-018-0152-6\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41588-018-0152-6<\/a><\/li>\n<li>Schizophrenia Working Group of the Psychiatric Genomics Consortium. (2014). Biological insights from 108 schizophrenia-associated genetic loci. <em>Nature<\/em>, 511(7510), 421\u2013427. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature13595\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature13595<\/a><\/li>\n<li>Sekar, A., Bialas, A. R., de Rivera, H., Davis, A., Hammond, T. R., Kamitaki, N., Tooley, K., Presumey, J., Baum, M., Van Doren, V., Genovese, G., Rose, S. A., Handsaker, R. E., Schizophrenia Working Group of the Psychiatric Genomics Consortium, Daly, M. J., Carroll, M. C., Stevens, B., &amp; McCarroll, S. A. (2016). Schizophrenia risk from complex variation of complement component 4. <em>Nature<\/em>, 530(7589), 177\u2013183. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature16549\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature16549<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la d\u00e9finition d\u00e9taill\u00e9e du terme autosomique, ses modes de transmission mend\u00e9lienne et son impact majeur en g\u00e9n\u00e9tique comportementale et en psychiatrie.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3332,46,6890],"tags":[35789,35791,7584,35790,35792,1434],"class_list":["post-21412","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-genetique-comportementale","category-neuropsychologie","category-psychiatrie-biologique","tag-autosomique","tag-chromosomes","tag-genetique-comportementale","tag-heredite","tag-maladies-autosomiques","tag-neuropsychiatrie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21412","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21412\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21412"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21412"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21412"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}