{"id":21410,"date":"2026-10-25T16:58:14","date_gmt":"2026-10-25T16:58:14","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=autosexualite-attraction-tournee-vers-soi"},"modified":"2026-10-25T16:58:14","modified_gmt":"2026-10-25T16:58:14","slug":"autosexualite-attraction-tournee-vers-soi","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=autosexualite-attraction-tournee-vers-soi","title":{"rendered":"Autosexualit\u00e9 : L&rsquo;attraction tourn\u00e9e vers soi"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;exploration des orientations humaines contemporaines r\u00e9v\u00e8le une diversit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique bien plus vaste que les sch\u00e9mas dyadiques traditionnels. L&rsquo;<strong>autosexualit\u00e9<\/strong> \u00e9merge \u00e0 la crois\u00e9e de la sexologie clinique, de la psychologie diff\u00e9rentielle et des th\u00e9ories queers comme une modalit\u00e9 affective et \u00e9rotique singuli\u00e8re, o\u00f9 l&rsquo;attirance sexuelle d&rsquo;un individu s&rsquo;adresse pr\u00e9f\u00e9rentiellement ou exclusivement \u00e0 sa propre personne. Longtemps rel\u00e9gu\u00e9e au rang de simple comportement masturbatoire ou pathologis\u00e9e sous le prisme du narcissisme primaire, cette orientation interroge en profondeur les paradigmes relationnels et invite \u00e0 reconsid\u00e9rer la nature m\u00eame du d\u00e9sir sexuel.<\/p>\n<h2>L&rsquo;autosexualit\u00e9<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>autosexualit\u00e9<\/strong> d\u00e9signe une orientation ou une configuration \u00e9rotique caract\u00e9ris\u00e9e par une attirance sexuelle \u00e9prouv\u00e9e envers soi-m\u00eame, soit de mani\u00e8re pr\u00e9dominante, soit de fa\u00e7on exclusive. Dans cette perspective, la satisfaction, le d\u00e9sir et l&rsquo;investissement libidinal ne requi\u00e8rent pas n\u00e9cessairement de partenaire externe pour se manifester ou s&rsquo;accomplir pleinement.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique et sexologique, l&rsquo;autosexualit\u00e9 transcende la simple pratique de l&rsquo;auto\u00e9rotisme ou de la masturbation r\u00e9cr\u00e9ative. Alors que l&rsquo;acte auto\u00e9rotique constitue un comportement physiologique universellement partag\u00e9 \u00e0 des degr\u00e9s divers, l&rsquo;autosexualit\u00e9 implique une composante identitaire et subjective profonde : le sujet constitue son propre objet de fantasme, d&rsquo;attachement sensuel et de valorisation \u00e9rotique. L&rsquo;individu autosexuel se per\u00e7oit lui-m\u00eame comme une source intrins\u00e8que et suffisante d&rsquo;excitation et d&rsquo;\u00e9panouissement intime.<\/p>\n<p>Ce concept s&rsquo;articule fr\u00e9quemment sur un continuum incluant l&rsquo;<em>autoromantisme<\/em>, o\u00f9 la dimension \u00e9motionnelle, romantique et affective est \u00e9galement orient\u00e9e vers sa propre personne. L&rsquo;autosexualit\u00e9 bouscule ainsi l&rsquo;axiome voulant que l&rsquo;attraction sexuelle soit invariablement allosexuelle \u2014 c&rsquo;est-\u00e0-dire polaris\u00e9e vers autrui \u2014, offrant une grille de lecture autonome pour comprendre les individus qui ressentent peu ou pas d&rsquo;attirance envers des partenaires externes, tout en maintenant une vie \u00e9rotique riche et auto-dirig\u00e9e.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable <em>autosexualit\u00e9<\/em> est un n\u00e9ologisme savant issu de l&rsquo;agr\u00e9gation de deux racines \u00e9tymologiques distinctes : le pr\u00e9fixe grec <em>autos<\/em> (\u03b1\u1f50\u03c4\u03cc\u03c2), signifiant \u00ab soi-m\u00eame \u00bb, \u00ab par soi-m\u00eame \u00bb ou \u00ab propre \u00bb, et le substantif d&rsquo;origine latine <em>sexualitas<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>secare<\/em> (\u00ab couper \u00bb, \u00ab diviser \u00bb), qui a donn\u00e9 naissance en fran\u00e7ais moderne \u00e0 la notion de sexualit\u00e9 en tant qu&rsquo;ensemble des ph\u00e9nom\u00e8nes structurant la vie reproductive, affective et \u00e9rotique.<\/p>\n<p>Sur le plan historique et s\u00e9mantique, le concept d\u00e9coule directement des travaux du m\u00e9decin et sexologue britannique <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Havelock_Ellis\">Havelock Ellis<\/a>, qui forge \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle (1898) le terme d&rsquo;<em>auto-erotism<\/em> (auto\u00e9rotisme) pour d\u00e9signer les manifestations physiologiques et psychiques de la pulsion sexuelle qui s&rsquo;\u00e9veillent spontan\u00e9ment sans impulsion ext\u00e9rieure directe. Plus tard, au cours du XXe si\u00e8cle, les th\u00e9oriciens de la psychologie clinique et les pionniers des \u00e9tudes sur le genre ont fait \u00e9voluer ce lexique : le passage de la notion descriptive de \u00ab comportement auto\u00e9rotique \u00bb au concept identitaire d&rsquo;\u00ab autosexualit\u00e9 \u00bb s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 pour distinguer une orientation structurelle d&rsquo;une simple modalit\u00e9 technique de soulagement physiologique.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature francophone, le terme a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 par calque linguistique direct de l&rsquo;anglais <em>autosexuality<\/em>, conservant sa morphologie savante et s&rsquo;alignant sur la taxonomie des orientations sexuelles modernes (h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9, homosexualit\u00e9, bisexualit\u00e9, pansexualit\u00e9, asexualit\u00e9).<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, le terme <strong>autosexualit\u00e9<\/strong> se prononce phon\u00e9tiquement \/o.to.s\u025bk.s\u0265a.li.te\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un nom commun f\u00e9minin invariable au pluriel dans son usage abstrait, bien que le pluriel r\u00e9gulier <em>autosexualit\u00e9s<\/em> puisse \u00eatre employ\u00e9 dans la recherche qualitative pour d\u00e9signer la pluralit\u00e9 des exp\u00e9riences v\u00e9cues.<\/p>\n<p>Le champ lexical comprend \u00e9galement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Autosexuel<\/strong> (adjectif masculin, \/o.to.s\u025bk.s\u0265\u025bl\/) et <strong>autosexuelle<\/strong> (adjectif f\u00e9minin, \/o.to.s\u025bk.s\u0265\u025bl\/) : qualifie ce qui rel\u00e8ve de cette orientation ou la personne qui s&rsquo;y identifie.<\/li>\n<li><strong>Autosexuel(le)<\/strong> (substantif) : d\u00e9signe une personne dont l&rsquo;orientation \u00e9rotique principale est dirig\u00e9e vers elle-m\u00eame.<\/li>\n<li><strong>Autoromantique<\/strong> (adjectif et substantif) : caract\u00e9rise l&rsquo;orientation affective et relationnelle compl\u00e9mentaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans les contextes acad\u00e9miques et cliniques, le terme est employ\u00e9 comme un substantif non gradu\u00e9 lorsqu&rsquo;il d\u00e9signe une cat\u00e9gorie d&rsquo;orientation, mais il peut s&#8217;employer de fa\u00e7on scalaire dans la psychom\u00e9trie moderne pour traduire l&rsquo;intensit\u00e9 d&rsquo;un trait ou d&rsquo;une dimension psychosexuelle (par exemple : \u00ab pr\u00e9senter un niveau marqu\u00e9 d&rsquo;autosexualit\u00e9 \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;autosexualit\u00e9 avec rigueur, il est indispensable de la distinguer des mod\u00e8les conventionnels de la sexualit\u00e9 humaine, historiquement domin\u00e9s par le postulat \u00ab allosexuel \u00bb. L&rsquo;allosexualit\u00e9 d\u00e9signe la propension \u00e0 \u00e9prouver de l&rsquo;attirance sexuelle pour d&rsquo;autres individus. Le paradigme dominant pr\u00e9sume que le d\u00e9sir sexuel est fondamentalement relationnel, interpersonnel et tourn\u00e9 vers un objet externe. L&rsquo;autosexualit\u00e9 remet en question cette pr\u00e9misse fondamentale en affirmant la l\u00e9gitimit\u00e9 psychique d&rsquo;un investissement pulsionnel orient\u00e9 vers le soi.<\/p>\n<p>L&rsquo;autosexualit\u00e9 ne doit pas \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 un palliatif ou \u00e0 une forme de repli par d\u00e9faut. Pour une personne autosexuelle, la solitude \u00e9rotique ne d\u00e9coule pas d&rsquo;un d\u00e9ficit de comp\u00e9tences sociales, d&rsquo;une anxi\u00e9t\u00e9 relationnelle ou d&rsquo;un \u00e9chec \u00e0 s\u00e9duire un partenaire. Au contraire, elle repr\u00e9sente l&rsquo;\u00e9tat optimal de d\u00e9ploiement du plaisir. Le sujet ressent une r\u00e9elle attirance esth\u00e9tique, sensuelle et \u00e9rotique pour son propre corps, ses propres sensations et son monde imaginaire. Le contact avec autrui peut \u00eatre per\u00e7u comme redondant, distrayant, voire encombrant au regard de l&rsquo;intensit\u00e9 et de l&rsquo;intimit\u00e9 \u00e9prouv\u00e9es dans le rapport \u00e0 soi.<\/p>\n<p>Sur le spectre de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Asexuality\">asexualit\u00e9<\/a>, l&rsquo;autosexualit\u00e9 occupe une place singuli\u00e8re. De nombreuses taxonomies queers et sexologiques contemporaines situent l&rsquo;autosexualit\u00e9 sous l&rsquo;\u00e9gide de la \u00ab n\u00e9buleuse asexuelle \u00bb (le spectre *ace*). En effet, vis-\u00e0-vis des partenaires externes, une personne autosexuelle peut manifester une absence totale d&rsquo;attirance allosexuelle (se comportant ainsi comme asexuelle d&rsquo;un point de vue interpersonnel), tout en conservant une libido puissante et active focalis\u00e9e sur elle-m\u00eame. Pour d&rsquo;autres auteurs, l&rsquo;autosexualit\u00e9 constitue une orientation \u00e0 part enti\u00e8re, au m\u00eame titre que l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rosexualit\u00e9 ou l&rsquo;homosexualit\u00e9, car elle poss\u00e8de son propre vecteur d&rsquo;attirance dirig\u00e9e, son propre objet \u00e9rotique (le soi) et ses propres dynamiques de gratification.<\/p>\n<p>Enfin, les limites de l&rsquo;autosexualit\u00e9 englobent des configurations mixtes. Certains individus s&rsquo;identifient comme gray-autosexuels ou allosexuels-autosexuels, maintenant une capacit\u00e9 d&rsquo;attirance pour autrui tout en conservant une composante autosexuelle majeure et indispensable \u00e0 leur \u00e9quilibre psychique. L&rsquo;orientation n&rsquo;est donc pas n\u00e9cessairement exclusive, mais elle pose l&rsquo;autonomie \u00e9rotique comme une fin en soi plut\u00f4t que comme une simple \u00e9tape transitoire.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;autosexualit\u00e9 s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;\u00e9volution g\u00e9n\u00e9rale de la nosographie psychiatrique et des \u00e9tudes sur la sexualit\u00e9 humaine depuis le XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque victorienne, toute manifestation sexuelle d\u00e9pourvue de vis\u00e9e procr\u00e9atrice ou d\u00e9gag\u00e9e du lien conjugal est stigmatis\u00e9e. En 1898, <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Havelock_Ellis\">Havelock Ellis<\/a> publie son \u00e9tude s\u00e9minale sur l&rsquo;auto\u00e9rotisme, qu&rsquo;il d\u00e9finit comme l&rsquo;ensemble des ph\u00e9nom\u00e8nes o\u00f9 le stimulus sexuel ne provient pas directement d&rsquo;un objet externe. Ellis adopte une posture novatrice pour l&rsquo;\u00e9poque : plut\u00f4t que de criminaliser ou de m\u00e9dicaliser la masturbation, il la replace au sein d&rsquo;une \u00e9conomie physiologique normale du corps humain.<\/p>\n<p>Peu apr\u00e8s, <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Sigmund_Freud\">Sigmund Freud<\/a> reprend le concept d&rsquo;Ellis pour l&rsquo;int\u00e9grer au corpus psychanalytique naissant dans ses <em>Trois essais sur la th\u00e9orie sexuelle<\/em> (1905). Freud postule que l&rsquo;auto\u00e9rotisme constitue le stade primordial et anarchique du d\u00e9veloppement psychosexuel infantile, au cours duquel les pulsions partielles recherchent une satisfaction sur le corps propre sans unification d&rsquo;objet. Dans la m\u00e9tapsychologie freudienne, ce stade pr\u00e9c\u00e8de le narcissisme primaire, o\u00f9 le Moi s&rsquo;unifie et devient le premier grand r\u00e9servoir de la libido, avant que celle-ci ne s&rsquo;investisse sur des objets ext\u00e9rieurs (libido d&rsquo;objet). Durant la majeure partie du XXe si\u00e8cle, une fixation durable ou un retour exclusif \u00e0 ce fonctionnement auto-centr\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte est consid\u00e9r\u00e9 par la psychanalyse classique comme une r\u00e9gression pathologique ou un indice de structure narcissique ou psychotique.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1970 et 1980, le vent de la r\u00e9volution sexuelle et l&rsquo;\u00e9mergence des mouvements f\u00e9ministes modifient ce regard. Des autrices et sexologues telles que Betty Dodson r\u00e9habilitent la masturbation et le rapport \u00e0 son propre corps comme des actes d&rsquo;\u00e9mancipation politique, d&rsquo;auto-connaissance et de souverainet\u00e9 corporelle. En 1989, le sexologue et psychologue clinicien Bernard Apfelbaum propose d&rsquo;utiliser le terme \u00ab autosexuel \u00bb dans un sens descriptif pour rendre compte de patients qui ne d\u00e9veloppent spontan\u00e9ment aucun d\u00e9sir sexuel orient\u00e9 vers autrui, mais dont la vie \u00e9rotique personnelle est stable et exempte de souffrance ou de blocage organique.<\/p>\n<p>Avec l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;Internet au tournant du XXIe si\u00e8cle et la cr\u00e9ation de communaut\u00e9s comme l&rsquo;AVEN (<em>Asexual Visibility and Education Network<\/em>) fond\u00e9e en 2001 par David Jay, les personnes exp\u00e9rimentant cette dissociation entre sexualit\u00e9 solitaire et absence d&rsquo;attraction pour autrui trouvent un espace d&rsquo;\u00e9laboration conceptuelle. Le mot \u00ab autosexualit\u00e9 \u00bb s&rsquo;affranchit alors du carcan purement nosologique pour s&rsquo;\u00e9riger en auto-d\u00e9signation identitaire l\u00e9gitime.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse th\u00e9orique de l&rsquo;autosexualit\u00e9 convoque plusieurs cadres conceptuels majeurs en sciences humaines et psychologiques :<\/p>\n<p><strong>1. Le mod\u00e8le bidimensionnel de l&rsquo;attraction sexuelle de Michael Storms (1980) :<\/strong><br \/>Dans sa critique de l&rsquo;\u00e9chelle unidimensionnelle de Kinsey, Storms a propos\u00e9 un mod\u00e8le orthogonal \u00e0 deux axes mesurant respectivement l&rsquo;attraction envers son propre genre (homo-\u00e9rotisme) et l&rsquo;attraction envers l&rsquo;autre genre (h\u00e9t\u00e9ro-\u00e9rotisme). Ce croisement permet de formaliser quatre quadrants : h\u00e9t\u00e9rosexuel, homosexuel, bisexuel et asexuel. Les th\u00e9oriciens contemporains prolongent le travail de Storms en int\u00e9grant un axe tertiaire : la directionalit\u00e9 vers autrui (allosexualit\u00e9) versus la directionalit\u00e9 vers soi (autosexualit\u00e9). Cela permet de concevoir une sexualit\u00e9 riche et active sans n\u00e9cessiter d&rsquo;attraction envers un quelconque genre externe.<\/p>\n<p><strong>2. La th\u00e9orie psychanalytique et m\u00e9tapsychologique du narcissisme :<\/strong><br \/>La conceptualisation freudienne distingue la libido du Moi (ou narcissique) de la libido d&rsquo;objet. Bien que Freud et ses successeurs aient initialement per\u00e7u le retrait durable de la libido d&rsquo;objet comme une faille relationnelle, les lectures contemporaines inspir\u00e9es de Donald Winnicott et de la capacit\u00e9 d&rsquo;\u00eatre seul soulignent que l&rsquo;investissement positif de son propre espace psychique et corporel constitue un socle fondamental de l&rsquo;hom\u00e9ostasie \u00e9motionnelle. Dans l&rsquo;autosexualit\u00e9, la libido narcissique ne correspond pas \u00e0 une blessure ou \u00e0 un trouble de la personnalit\u00e9, mais \u00e0 une configuration \u00e9nerg\u00e9tique stable o\u00f9 le Moi est investi \u00e9rotiquement comme objet d&rsquo;amour.<\/p>\n<p><strong>3. Le constructivisme social et les th\u00e9ories queers :<\/strong><br \/>Des penseurs comme Michel Foucault ont d\u00e9montr\u00e9 comment la psychiatrie moderne a produit des cat\u00e9gories rigides d&rsquo;orientation afin de r\u00e9guler les corps. Dans ce sillage, les th\u00e9ories queers postulent que l&rsquo;injonction au couple dyadique (\u00ab l&rsquo;amatonormativit\u00e9 \u00bb th\u00e9oris\u00e9e par Elizabeth Brake) et l&rsquo;obligation d&rsquo;\u00e9prouver du d\u00e9sir pour un tiers rel\u00e8vent d&rsquo;une construction id\u00e9ologique. L&rsquo;autosexualit\u00e9 est ainsi th\u00e9oris\u00e9e comme une d\u00e9construction de l&rsquo;imp\u00e9ratif allonormatif, affirmant que le corps propre n&rsquo;est pas simplement un instrument, mais une alt\u00e9rit\u00e9 intime l\u00e9gitime.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;autosexualit\u00e9 se d\u00e9cline selon plusieurs facettes cognitives, affectives et comportementales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;autosexualit\u00e9 exclusive :<\/strong> Configuration dans laquelle l&rsquo;individu n&rsquo;\u00e9prouve d&rsquo;attirance sexuelle et de d\u00e9sir d&rsquo;intimit\u00e9 sensuelle qu&rsquo;exclusivement envers lui-m\u00eame. Tout rapprochement physique avec un tiers est v\u00e9cu comme ind\u00e9sirable, d\u00e9nu\u00e9 d&rsquo;int\u00e9r\u00eat ou intrusif.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;autosexualit\u00e9 primaire :<\/strong> Pr\u00e9sente d\u00e8s l&rsquo;\u00e9veil pubertaire et constante au cours du cycle de vie, sans ant\u00e9c\u00e9dent d&rsquo;attirance allosexuelle significative.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;autosexualit\u00e9 secondaire ou r\u00e9actionnelle :<\/strong> Modalit\u00e9 \u00e9mergeant \u00e0 la suite de ruptures biographiques, de r\u00e9\u00e9valuations personnelles ou d&rsquo;un d\u00e9sinvestissement progressif de la sph\u00e8re relationnelle au profit d&rsquo;une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 solitaire.<\/li>\n<li><strong>La dimension autoromantique :<\/strong> Pr\u00e9sence de sentiments romantiques dirig\u00e9s vers soi-m\u00eame. L&rsquo;individu pratique l&rsquo;auto-s\u00e9duction, s&rsquo;offre des moments intimes d&rsquo;affection, ressent une tendresse profonde pour son \u00eatre et c\u00e9l\u00e8bre son engagement envers lui-m\u00eame (\u00ab sologamie \u00bb symbolique).<\/li>\n<li><strong>La composante esth\u00e9tico-\u00e9rotique :<\/strong> Capacit\u00e9 \u00e0 ressentir une excitation sexuelle en observant son propre reflet, en touchant sa propre peau ou en contemplant des repr\u00e9sentations photographiques de soi, sans qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un fantasme de domination ou d&rsquo;exhibitionnisme destin\u00e9 \u00e0 captiver autrui.<\/li>\n<li><strong>Le versant cognitif et fantasmatique :<\/strong> Pr\u00e9dominance de sc\u00e9narios int\u00e9rieurs o\u00f9 le sujet interagit avec lui-m\u00eame, explore ses propres sensations ou d\u00e9double sa conscience dans l&rsquo;imaginaire \u00e9rotique sans introduire de partenaires tiers.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de mieux cerner l&rsquo;expression de l&rsquo;autosexualit\u00e9 dans le r\u00e9el, trois vignettes synth\u00e9tiques illustrent sa diversit\u00e9 clinique et fonctionnelle :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Julien, 28 ans \u2013 L&rsquo;autosexualit\u00e9 exclusive v\u00e9cue dans la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9<\/strong><br \/>Julien n&rsquo;a jamais ressenti d&rsquo;attirance sexuelle envers ses pairs durant son adolescence. Alors que ses amis commen\u00e7aient \u00e0 former des couples, il constatait l&rsquo;absence totale de d\u00e9sir \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;hommes ou de femmes. Pour autant, Julien poss\u00e8de une libido tonique et r\u00e9guli\u00e8re. Lors de ses moments d&rsquo;intimit\u00e9, il ne s&rsquo;appuie sur aucun contenu pornographique figurant d&rsquo;autres individus ; il utilise un miroir ou ferme les yeux pour se concentrer sur ses propres sensations corporelles et l&rsquo;amour qu&rsquo;il porte \u00e0 son enveloppe charnelle. Il n&rsquo;exprime aucune souffrance psychologique, vit une vie sociale \u00e9panouie et a trouv\u00e9 dans le terme \u00ab autosexuel \u00bb une grille de lecture apaisante qui a lev\u00e9 la culpabilit\u00e9 li\u00e9e au fait de ne pas chercher de conjoint.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Camille, 35 ans \u2013 L&rsquo;autosexualit\u00e9 au sein d&rsquo;une relation platonique<\/strong><br \/>Camille vit en colocation bienveillante avec un ami proche dans un partenariat affectif non sexuel. Pendant des ann\u00e9es, ses tentatives de relations traditionnelles se sont heurt\u00e9es \u00e0 un blocage r\u00e9current : la pr\u00e9sence physique d&rsquo;un partenaire pendant l&rsquo;acte sexuel \u00e9teignait son d\u00e9sir. Camille a r\u00e9alis\u00e9 que son \u00e9rotisme \u00e9tait strictement autosexuel. Elle s&rsquo;\u00e9panouit dans des rituels solitaires soign\u00e9s (bains aromatiques, lingerie port\u00e9e pour elle-m\u00eame, caresses prolong\u00e9es), tout en maintenant des liens affectifs et intellectuels profonds avec autrui sans sexualit\u00e9 partag\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Sarah, 42 ans \u2013 L&rsquo;autoromantisme affirm\u00e9<\/strong><br \/>Apr\u00e8s plusieurs mariages infructueux marqu\u00e9s par un sentiment d&rsquo;inad\u00e9quation sexuelle, Sarah a pris conscience que sa v\u00e9ritable attirance s&rsquo;adressait \u00e0 elle-m\u00eame. Elle a organis\u00e9 une c\u00e9r\u00e9monie symbolique de sologamie pour c\u00e9l\u00e9brer son engagement envers sa propre personne. Elle s&#8217;emm\u00e8ne r\u00e9guli\u00e8rement au restaurant pour des rendez-vous intimes en t\u00eate-\u00e0-t\u00eate et consacre son \u00e9nergie \u00e9rotique et sentimentale \u00e0 honorer sa propre existence, qualifiant son autosexualit\u00e9 de source de lib\u00e9ration existentielle.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>Dans la pratique psychologique et sexologique, l&rsquo;autosexualit\u00e9 ne fait pas l&rsquo;objet d&rsquo;un diagnostic cat\u00e9goriel au sein des manuels diagnostiques standards tels que le <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Diagnostic_and_Statistical_Manual_of_Mental_Disorders\">DSM-5-TR<\/a> ou la <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/International_Classification_of_Diseases\">CIM-11<\/a>, car elle n&rsquo;est pas intrins\u00e8quement g\u00e9n\u00e9ratrice de d\u00e9tresse ou d&rsquo;alt\u00e9ration du fonctionnement.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;\u00e9valuation psychom\u00e9trique et clinique, plusieurs axes sont utilis\u00e9s pour mesurer et explorer ce trait :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;entretien clinique semi-structur\u00e9 :<\/strong> Il vise \u00e0 \u00e9valuer la directionalit\u00e9 de la pulsion libidinale, la nature des fantasmes \u00e9rotiques et l&rsquo;absence ou la pr\u00e9sence d&rsquo;une souffrance psychique subjective. Le praticien s&rsquo;assure que le comportement ne d\u00e9coule pas d&rsquo;un \u00e9vitement phobique (trouble d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sociale, traumatisme sexuel non r\u00e9solu) ou d&rsquo;un repli cons\u00e9cutif \u00e0 une d\u00e9pression caract\u00e9ris\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;orientation sexuelle d&rsquo;Eysenck (adaptations) :<\/strong> Bien que focalis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;origine sur les dimensions extraversion\/n\u00e9vrosisme et les pulsions conventionnelles, certaines d\u00e9clinaisons modernes en recherche int\u00e8grent des sous-\u00e9chelles \u00e9valuant l&rsquo;auto-suffisance \u00e9rotique.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00c9chelle d&rsquo;asexualit\u00e9 d&rsquo;Aken et al. (Asexual Identification Scale &#8211; AIS) :<\/strong> Utilis\u00e9e pour quantifier l&rsquo;absence d&rsquo;attirance sexuelle pour autrui. Lorsque l&rsquo;AIS r\u00e9v\u00e8le un score \u00e9lev\u00e9 corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 une fr\u00e9quence \u00e9lev\u00e9e d&rsquo;activit\u00e9 masturbatoire assortie de fantasmes centr\u00e9s sur le soi, l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;autosexualit\u00e9 se profile.<\/li>\n<li><strong>Le diagnostic diff\u00e9rentiel en pratique clinique :<\/strong> Il est primordial de distinguer l&rsquo;autosexualit\u00e9 fonctionnelle du trouble de la personnalit\u00e9 narcissique. Dans l&rsquo;autosexualit\u00e9, il n&rsquo;y a pas de besoin pathologique d&rsquo;admiration externe, de sentiment de grandeur d\u00e9mesur\u00e9, d&rsquo;exploitation interpersonnelle ou de m\u00e9pris envers autrui.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension de l&rsquo;autosexualit\u00e9 offre des retomb\u00e9es directes dans plusieurs sph\u00e8res de la vie quotidienne et clinique :<\/p>\n<p><strong>En psycho-\u00e9ducation et sexoth\u00e9rapie :<\/strong><br \/>L&rsquo;int\u00e9gration du concept d&rsquo;autosexualit\u00e9 permet aux th\u00e9rapeutes de d\u00e9pathologiser les patients qui consultent pour ce qu&rsquo;ils croient \u00eatre une \u00ab baisse de libido \u00bb ou un \u00ab trouble du d\u00e9sir hypoactif \u00bb. En constatant que le d\u00e9sir existe mais qu&rsquo;il est auto-dirig\u00e9, le th\u00e9rapeute aide le consultant \u00e0 abandonner les injonctions \u00e0 la performance conjugale pour embrasser son \u00e9cologie intime propre, \u00e9vitant ainsi des th\u00e9rapies de conversion relationnelles d\u00e9l\u00e9t\u00e8res.<\/p>\n<p><strong>Dans le champ du conseil conjugal :<\/strong><br \/>Certaines personnes autosexuelles sont engag\u00e9es dans des mariages ou des partenariats pour des motifs d&rsquo;attachement \u00e9motionnel, de coparentalit\u00e9 ou d&rsquo;affinit\u00e9 intellectuelle. Conna\u00eetre l&rsquo;autosexualit\u00e9 permet aux partenaires de ren\u00e9gocier les accords intimes (ouverture du couple, dissociation de la tendresse et du co\u00eft, reconnaissance de moments d&rsquo;intimit\u00e9 solitaire sacralis\u00e9s) sans interpr\u00e9ter l&rsquo;absence d&rsquo;attirance physique comme un rejet de la valeur de la personne.<\/p>\n<p><strong>Sur le plan du d\u00e9veloppement personnel et de la sant\u00e9 mentale :<\/strong><br \/>La reconnaissance sociale de l&rsquo;autosexualit\u00e9 brise l&rsquo;isolement et la honte int\u00e9rioris\u00e9e. Elle favorise le respect de son rythme psychique, l&rsquo;autonomie affective et combat la stigmatisation s\u00e9culaire qui p\u00e8se sur les modes de vie c\u00e9libataires et auto-centr\u00e9s \u00e9panouis.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Bien que la litt\u00e9rature consacr\u00e9e sp\u00e9cifiquement au terme \u00ab autosexualit\u00e9 \u00bb demeure \u00e9mergente par rapport aux orientations classiques, des corpus empiriques solides \u00e9tayent ses manifestations :<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes pionni\u00e8res d&rsquo;Anthony Bogaert (2004, 2015) sur l&rsquo;asexualit\u00e9 ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une proportion substantielle d&rsquo;individus asexuels sur le plan relationnel d\u00e9clarent des comportements masturbatoires r\u00e9guliers et une activit\u00e9 imaginaire active. Bogaert a propos\u00e9 le concept d&rsquo;\u00ab attraction dirig\u00e9e vers un objet non conventionnel \u00bb, dont le soi est la premi\u00e8re instance. Les donn\u00e9es indiquent que cette population ne pr\u00e9sente pas d&rsquo;anomalies hormonales ou neurobiologiques, corroborant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une variation naturelle de la cognition sexuelle.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la sexologie contemporaine, des enqu\u00eates quantitatives conduites en ligne aupr\u00e8s des communaut\u00e9s queers (notamment les recensements p\u00e9riodiques de l&rsquo;AVEN et les travaux universitaires sur les micro-identit\u00e9s) soulignent que plusieurs milliers de r\u00e9pondants revendiquent une identit\u00e9 autosexuelle ou autoromantique. Ces \u00e9tudes d\u00e9montrent une corr\u00e9lation positive entre la d\u00e9couverte de ce terme et une am\u00e9lioration significative de l&rsquo;estime de soi, attestant de l&rsquo;utilit\u00e9 clinique du concept.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les recherches de Lori Brotto (2018) sur la sant\u00e9 sexuelle et la pleine conscience ont mis en lumi\u00e8re que la focalisation sur ses propres sensations somatiques sans attente de performance externe optimise l&rsquo;\u00e9quilibre psycho-\u00e9motionnel, prouvant que l&rsquo;\u00e9rotisme orient\u00e9 vers soi participe pleinement au maintien du bien-\u00eatre g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La perception de l&rsquo;autosexualit\u00e9 varie consid\u00e9rablement d&rsquo;une culture \u00e0 l&rsquo;autre, refl\u00e9tant les normes sociales r\u00e9gissant le r\u00f4le de l&rsquo;individu et de la famille.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales individualistes contemporaines, la r\u00e9habilitation du bien-\u00eatre personnel, l&rsquo;autoconservation \u00e9thique et la remise en question du mod\u00e8le patriarcal ont permis l&rsquo;\u00e9closion de mouvements comme la sologamie (se marier avec soi-m\u00eame), particuli\u00e8rement visible aux \u00c9tats-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et en France. Cependant, m\u00eame dans ces contextes, persiste une forte pression allonormative qui associe la r\u00e9ussite de vie adulte \u00e0 la formation d&rsquo;un couple cohabitant.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les cultures collectivistes (notamment en Asie orientale ou dans certaines r\u00e9gions d&rsquo;Afrique et du Moyen-Orient), o\u00f9 le lignage familial, la pi\u00e9t\u00e9 filiale et la descendance sont des imp\u00e9ratifs cardinaux, l&rsquo;autosexualit\u00e9 se heurte \u00e0 une incompr\u00e9hension radicale. Elle peut y \u00eatre per\u00e7ue comme un \u00e9go\u00efsme destructeur des devoirs communautaires ou une anomalie morale inadmissible.<\/p>\n<p>Toutefois, dans le Japon contemporain, un ph\u00e9nom\u00e8ne sociologique singulier illustre des dynamiques proches : le mouvement dit des <em>hitorikiri<\/em> ou l&rsquo;essor du mariage avec soi-m\u00eame et du c\u00e9libat assum\u00e9 (ph\u00e9nom\u00e8ne *parasite single* puis transition vers la culture de l&rsquo;autonomie solitaire) t\u00e9moignent d&rsquo;une r\u00e9affectation des ressources affectives vers l&rsquo;individu face aux contraintes suffocantes des r\u00f4les de genre traditionnels.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;autosexualit\u00e9 suscite d&rsquo;intenses d\u00e9bats au sein des sciences humaines et de la sexologie :<\/p>\n<p><strong>1. Surm\u00e9dicalisation ou fragmentation identitaire excessive :<\/strong><br \/>Certains sociologues et cliniciens critiques estiment que la multiplication des labels sous le spectre queer fragmente ind\u00fbment la sexualit\u00e9 humaine. Les d\u00e9tracteurs soutiennent que nommer \u00ab autosexualit\u00e9 \u00bb ce qui n&rsquo;est au fond qu&rsquo;une vie masturbatoire autonome ou un trait de personnalit\u00e9 introverti risque de transformer en \u00e9tiquette identitaire un comportement universel.<\/p>\n<p><strong>2. Le risque de confusion avec le concept controvers\u00e9 d&rsquo;autogynephilie :<\/strong><br \/>Le psychiatre Ray Blanchard a propos\u00e9 \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 le concept controvers\u00e9 d&rsquo;\u00ab autogynephilie \u00bb pour d\u00e9crire l&rsquo;excitation d&rsquo;un homme \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e ou \u00e0 l&rsquo;image de lui-m\u00eame en tant que femme. Cette th\u00e9orie, vivement contest\u00e9e par les th\u00e9oriciens transgenres et de nombreux psychologues pour son caract\u00e8re r\u00e9ducteur et stigmatisant, est parfois amalgam\u00e9e \u00e0 tort avec l&rsquo;autosexualit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale, cr\u00e9ant des confusions conceptuelles majeures dans la recherche.<\/p>\n<p><strong>3. Isolement affectif et \u00e9vitement d\u00e9fensif :<\/strong><br \/>D&rsquo;un point de vue psychopathologique, certains praticiens soulignent le risque de valider comme une \u00ab orientation \u00bb ce qui pourrait \u00eatre, chez certains individus fragiles, une strat\u00e9gie de repli phobique ou un m\u00e9canisme de d\u00e9fense \u00e9labor\u00e9 contre la blessure relationnelle, la peur du rejet ou des traumatismes d&rsquo;attachement non trait\u00e9s.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour pr\u00e9server la clart\u00e9 taxonomique, il convient de diff\u00e9rencier rigoureusement l&rsquo;autosexualit\u00e9 de concepts voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Auto\u00e9rotisme :<\/strong> D\u00e9signe un acte comportemental et physiologique de stimulation du corps sans participation d&rsquo;un tiers. L&rsquo;auto\u00e9rotisme est une pratique ; l&rsquo;autosexualit\u00e9 est une orientation psychique et une structure d&rsquo;attirance.<\/li>\n<li><strong>Asexualit\u00e9 :<\/strong> D\u00e9finit l&rsquo;absence d&rsquo;attirance sexuelle envers autrui. L&rsquo;autosexuel partage cette absence de d\u00e9sir allosexuel, mais investit activement et positivement son corps comme objet sexuel.<\/li>\n<li><strong>Narcissisme :<\/strong> Au sens psychanalytique, investissement du Moi par la pulsion ; au sens clinique, trouble de la personnalit\u00e9 caract\u00e9ris\u00e9 par un manque d&#8217;empathie, la m\u00e9galomanie et le besoin d&rsquo;admiration. L&rsquo;autosexualit\u00e9 n&rsquo;implique aucune pr\u00e9tention de sup\u00e9riorit\u00e9 ni alt\u00e9ration morale du lien \u00e0 autrui.<\/li>\n<li><strong>Autoromantisme :<\/strong> Orientation sentimentale caract\u00e9ris\u00e9e par le fait de ressentir une attirance romantique et affective envers soi-m\u00eame, distincte mais fr\u00e9quemment conjointe \u00e0 l&rsquo;autosexualit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Sologamie :<\/strong> Acte social, c\u00e9r\u00e9moniel ou l\u00e9gal symbolique par lequel un individu s&rsquo;unit publiquement \u00e0 lui-m\u00eame dans un serment d&rsquo;amour-propre et de fid\u00e9lit\u00e9 int\u00e9rieure.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, l&rsquo;autosexualit\u00e9 repr\u00e9sente une cl\u00e9 de compr\u00e9hension pr\u00e9cieuse de la diversit\u00e9 \u00e9rotique contemporaine :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle d\u00e9signe une attirance sexuelle prioritairement ou exclusivement orient\u00e9e vers soi-m\u00eame, d\u00e9passant la simple pratique de la masturbation.<\/li>\n<li>Elle prend racine dans les concepts historiques d&rsquo;auto\u00e9rotisme (Havelock Ellis) et de narcissisme primitif (Freud), tout en s&rsquo;en \u00e9mancipant pour devenir une identit\u00e9 positive et non pathologique.<\/li>\n<li>Elle s&rsquo;inscrit aux confins du spectre asexuel et des nouvelles typologies de la sexualit\u00e9 humaine, contestant l&rsquo;imp\u00e9ratif allonormatif voulant que tout d\u00e9sir doive s&rsquo;adresser \u00e0 autrui.<\/li>\n<li>Elle ne rel\u00e8ve pas d&rsquo;un d\u00e9ficit social, d&rsquo;un narcissisme clinique d\u00e9l\u00e9t\u00e8re ou d&rsquo;un trouble psychiatrique, mais constitue une configuration stable de l&rsquo;\u00e9conomie affective.<\/li>\n<li>Son accueil et sa conceptualisation varient profond\u00e9ment selon les contextes culturels, oscillant entre \u00e9mancipation f\u00e9ministe\/individualiste et r\u00e9sistance aux normes communautaires dyadiques.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul style=\"list-style-type: none; padding-left: 0;\">\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Apfelbaum, B. (1989). Retarded ejaculation: A much-misunderstood syndrome. In S. R. Leiblum &#038; R. C. Rosen (Eds.), <em>Principles and practice of sex therapy<\/em> (pp. 168\u2013206). Guilford Press.<\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Bogaert, A. F. (2004). Asexuality: Its prevalence and associated factors in a national probability sample. <em>The Journal of Sex Research<\/em>, 41(3), 279\u2013287. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/00224490409552235\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/00224490409552235<\/a><\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Bogaert, A. F. (2015). <em>Understanding asexuality<\/em>. Rowman &#038; Littlefield Publishers.<\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Brotto, L. (2018). <em>Better sex through mindfulness: How women can cultivate desire<\/em>. Greystone Books.<\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Ellis, H. (1898). Auto-erotism: A psychological study. <em>The Alienist and Neurologist<\/em>, 19(2), 260\u2013299.<\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Freud, S. (1905). <em>Drei Abhandlungen zur Sexualtheorie<\/em> [Trois essais sur la th\u00e9orie sexuelle]. Franz Deuticke.<\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 12px;\">Storms, M. D. (1980). Theories of sexual orientation. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 38(5), 783\u2013792. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.38.5.783\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.38.5.783<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;autosexualit\u00e9 d\u00e9signe une orientation intime et \u00e9rotique o\u00f9 l&rsquo;attirance sexuelle est dirig\u00e9e vers soi-m\u00eame, red\u00e9finissant l&rsquo;\u00e9panouissement intime au-del\u00e0 de l&rsquo;allonormativit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[35785,291,32],"tags":[35787,34919,149,35786,35782,251,24265],"class_list":["post-21410","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-identites-de-genre-et-orientations","category-psychologie","category-sexologie","tag-allosexualite","tag-asexualite","tag-autoerotisme","tag-autoromantisme","tag-autosexualite","tag-orientation-sexuelle","tag-psychologie-sexuelle"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21410","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21410\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21410"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21410"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21410"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}