{"id":21378,"date":"2026-10-25T15:42:10","date_gmt":"2026-10-25T15:42:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=hyperreflexie-autonome-crise-neurovegetative"},"modified":"2026-10-25T15:42:10","modified_gmt":"2026-10-25T15:42:10","slug":"hyperreflexie-autonome-crise-neurovegetative","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=hyperreflexie-autonome-crise-neurovegetative","title":{"rendered":"Hyperr\u00e9flexie autonome : Temp\u00eate neurov\u00e9g\u00e9tative"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome repr\u00e9sente l&rsquo;une des urgences m\u00e9dicales et neuropsychiatriques les plus critiques observ\u00e9es chez les personnes ayant subi une l\u00e9sion m\u00e9dullaire haute. Cette perturbation massive de l&rsquo;hom\u00e9ostasie v\u00e9g\u00e9tative d\u00e9clenche une d\u00e9charge sympathique incontr\u00f4l\u00e9e qui menace directement l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 cardiovasculaire et le fonctionnement psychologique du patient. Comprendre ses m\u00e9canismes intriqu\u00e9s permet de saisir l&rsquo;interd\u00e9pendance profonde entre la moelle spinale, le syst\u00e8me nerveux central et l&rsquo;\u00e9quilibre \u00e9motionnel de l&rsquo;individu.<\/p>\n<h2>Hyperr\u00e9flexie autonome<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome, fr\u00e9quemment qualifi\u00e9e de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dysr%C3%A9flexie_autonome\">dysr\u00e9flexie autonome<\/a>, est un syndrome clinique aigu caract\u00e9ris\u00e9 par une r\u00e9ponse r\u00e9flexe exag\u00e9r\u00e9e et d\u00e9sinhib\u00e9e du syst\u00e8me nerveux sympathique en r\u00e9action \u00e0 une stimulation nociceptive ou non nociceptive survenant sous le niveau d&rsquo;une l\u00e9sion de la moelle \u00e9pini\u00e8re. Elle survient principalement chez les individus pr\u00e9sentant une atteinte m\u00e9dullaire situ\u00e9e au niveau m\u00e9tam\u00e9rique thoracique T6 ou au-dessus de celui-ci.<\/p>\n<p>Sur le plan neurophysiologique, cette condition se manifeste par une hypertension art\u00e9rielle paroxystique et s\u00e9v\u00e8re, accompagn\u00e9e de signes vasomoteurs diff\u00e9rentiels r\u00e9partis entre la partie sup\u00e9rieure et la partie inf\u00e9rieure du corps. Au-dessus de la l\u00e9sion, le patient pr\u00e9sente une vasodilatation cutan\u00e9e compensatoire, des sueurs profuses, des c\u00e9phal\u00e9es explosives et une bradycardie r\u00e9flexe d&rsquo;origine vagale. En revanche, en dessous du niveau de la section m\u00e9dullaire, pr\u00e9domine une vasoconstriction art\u00e9riolaire intense induite par l&rsquo;activit\u00e9 noradr\u00e9nergique non modul\u00e9e par les centres enc\u00e9phaliques.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychologie et de la psychologie de la sant\u00e9, l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome ne constitue pas uniquement un ph\u00e9nom\u00e8ne h\u00e9modynamique r\u00e9flexe. Elle engendre un retentissement affectif et cognitif consid\u00e9rable, se traduisant par un \u00e9tat d&rsquo;angoisse panique imminent, un sentiment d&rsquo;oppression catastrophique et, \u00e0 long terme, des perturbations de l&rsquo;autor\u00e9gulation \u00e9motionnelle et de la cognition en raison des micro-l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brovasculaires induites par les \u00e0-coups hypertensifs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab hyperr\u00e9flexie \u00bb est compos\u00e9 du pr\u00e9fixe grec <em>hyper-<\/em> (\u1f51\u03c0\u03ad\u03c1), signifiant \u00ab au-dessus \u00bb, \u00ab au-del\u00e0 \u00bb ou \u00ab avec exc\u00e8s \u00bb, et du substantif latin <em>reflexus<\/em>, participe pass\u00e9 du verbe <em>reflectere<\/em>, qui signifie \u00ab courber en arri\u00e8re \u00bb, \u00ab refl\u00e9ter \u00bb ou \u00ab renvoyer \u00bb. Le terme renvoie ainsi litt\u00e9ralement \u00e0 un renvoi ou un rebond m\u00e9canique excessif du signal nerveux sans int\u00e9gration centrale mod\u00e9ratrice.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab autonome \u00bb trouve son origine dans le grec ancien <em>autonomos<\/em> (\u03b1\u1f50\u03c4\u03cc\u03bd\u03bf\u03bc\u03bf\u03c2), forg\u00e9 \u00e0 partir de <em>autos<\/em> (\u03b1\u1f50\u03c4\u03cc\u03c2, \u00ab soi-m\u00eame \u00bb) et de <em>nomos<\/em> (\u03bd\u03cc\u03bc\u03bf\u03c2, \u00ab loi \u00bb ou \u00ab r\u00e8gle \u00bb). Appliqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;anatomie fonctionnelle par le physiologiste britannique John Newport Langley au tout d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, ce concept d\u00e9signe la partie involontaire du syst\u00e8me nerveux charg\u00e9e d&rsquo;assurer l&rsquo;\u00e9quilibre visc\u00e9ral et v\u00e9g\u00e9tatif sans intervention directe de la volont\u00e9 consciente.<\/p>\n<p>Historiquement, l&rsquo;expression concurrente \u00ab dysr\u00e9flexie \u00bb s&rsquo;est construite sur le pr\u00e9fixe grec <em>dys-<\/em> (\u03b4\u03c5\u03c3-), traduisant l&rsquo;id\u00e9e de dysfonctionnement, d&rsquo;anomalie ou de difficult\u00e9. Bien que les deux termes soient employ\u00e9s de fa\u00e7on interchangeable dans la litt\u00e9rature biom\u00e9dicale contemporaine, \u00ab hyperr\u00e9flexie autonome \u00bb souligne sp\u00e9cifiquement l&rsquo;exacerbation quantitative du r\u00e9flexe spinal, tandis que \u00ab dysr\u00e9flexie \u00bb met l&rsquo;accent sur la d\u00e9sorganisation qualitative et le d\u00e9faut de r\u00e9gulation globale du r\u00e9seau nerveux autonome.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Le terme s&rsquo;\u00e9nonce phon\u00e9tiquement en fran\u00e7ais standard selon l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme \/i.p\u025b\u0281.\u0281e.fl\u025bk.si o.t\u0254.nom\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier compos\u00e9 d&rsquo;un nom commun et d&rsquo;un adjectif \u00e9pith\u00e8te accord\u00e9 au f\u00e9minin (\u00ab une hyperr\u00e9flexie autonome \u00bb). Au pluriel, la locution prend la marque graphique d&rsquo;usage : \u00ab des hyperr\u00e9flexies autonomes \u00bb (\/i.p\u025b\u0281.\u0281e.fl\u025bk.si o.t\u0254.nom\/).<\/p>\n<p>Dans les contextes m\u00e9dicaux et psychopathologiques francophones, on rencontre \u00e9galement les variantes synonymiques \u00ab dysr\u00e9flexie autonome \u00bb (\/dis.\u0281e.fl\u025bk.si o.t\u0254.nom\/) et, plus rarement, \u00ab hyperr\u00e9flexie v\u00e9g\u00e9tative \u00bb. L&rsquo;abr\u00e9viation clinique internationale courante est \u00ab HA \u00bb ou \u00ab DA \u00bb, parfois d\u00e9sign\u00e9e dans les publications francophones sp\u00e9cialis\u00e9es sous le sigle anglophone import\u00e9 \u00ab AD \u00bb pour <em>Autonomic Dysreflexia<\/em>.<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, le terme est employ\u00e9 comme sujet ou compl\u00e9ment d&rsquo;objet direct dans les descriptions cliniques de la traumatologie vert\u00e9brom\u00e9dullaire (par exemple : \u00ab Le patient a d\u00e9velopp\u00e9 une hyperr\u00e9flexie autonome \u00e0 la suite d&rsquo;un globe v\u00e9sical m\u00e9connu \u00bb). Il s&rsquo;utilise \u00e9galement comme d\u00e9terminant nosologique dans l&rsquo;\u00e9valuation des crises hypertensives secondaires de la r\u00e9adaptation neurologique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender en profondeur l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome, il est indispensable de d\u00e9cortiquer l&rsquo;architecture du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_nerveux_autonome\">syst\u00e8me nerveux autonome<\/a> et la rupture fonctionnelle caus\u00e9e par une l\u00e9sion de la moelle \u00e9pini\u00e8re. Dans des conditions physiologiques normales, toute aff\u00e9rence visc\u00e9rale ou cutan\u00e9e potentiellement d\u00e9sagr\u00e9able, telle qu&rsquo;une distension de la paroi v\u00e9sicale ou un \u00e9tirement rectal, envoie des potentiels d&rsquo;action le long des fibres aff\u00e9rentes p\u00e9riph\u00e9riques vers la corne dorsale de la moelle \u00e9pini\u00e8re.<\/p>\n<p>Ces influx activent imm\u00e9diatement les neurones pr\u00e9ganglionnaires du syst\u00e8me nerveux sympathique situ\u00e9s dans la colonne interm\u00e9dio-lat\u00e9rale de la moelle entre T1 et L2. En temps normal, cette stimulation entra\u00eene une lib\u00e9ration localis\u00e9e de noradr\u00e9naline, compens\u00e9e presque instantan\u00e9ment par des m\u00e9canismes d&rsquo;inhibition descendante \u00e9manant des centres supra-spinaux, notamment du bulbe rachidien, de l&rsquo;hypothalamus et de la formation r\u00e9ticul\u00e9e. L&rsquo;enc\u00e9phale ajuste en permanence le tonus vasculaire pour maintenir la pression art\u00e9rielle dans une fourchette \u00e9troite.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;une transsection compl\u00e8te ou incompl\u00e8te s\u00e9v\u00e8re de la moelle survient au-dessus de T6, la connexion anatomique et fonctionnelle entre le tronc c\u00e9r\u00e9bral et la moelle sous-l\u00e9sionnelle est d\u00e9finitivement rompue. En pr\u00e9sence d&rsquo;un stimulus d\u00e9clencheur dans la zone sous-l\u00e9sionnelle, le message aff\u00e9rent stimule les neurones sympathiques de la moelle \u00e9pini\u00e8re isol\u00e9e. Faute de modulation inhibitrice descendante, une d\u00e9charge sympathique massive et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e se d\u00e9clenche dans l&rsquo;ensemble de la cha\u00eene ganglionnaire paravert\u00e9brale sous-jacente.<\/p>\n<p>Cette cascade noradr\u00e9nergique engendre une vasoconstriction art\u00e9rielle violente dans le lit vasculaire splanchnique, qui constitue le plus vaste r\u00e9servoir sanguin de l&rsquo;organisme. Le d\u00e9placement massif de volume sanguin vers la circulation syst\u00e9mique g\u00e9n\u00e8re une hausse spectaculaire de la pression art\u00e9rielle systolique et diastolique, pouvant atteindre des valeurs critiques sup\u00e9rieures \u00e0 250\/130 mmHg. En r\u00e9ponse \u00e0 cette pouss\u00e9e barom\u00e9trique, les baror\u00e9cepteurs carotidiens et aortiques d\u00e9tectent l&rsquo;anomalie et transmettent l&rsquo;information au cerveau via les nerfs glosso-pharyngien et vague.<\/p>\n<p>Le syst\u00e8me nerveux central tente alors d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment de juguler l&rsquo;hypertension par deux voies. D&rsquo;une part, il active le noyau moteur dorsal du nerf vague, ce qui d\u00e9clenche une bradycardie r\u00e9flexe puissante mais souvent insuffisante pour contrer la r\u00e9sistance vasculaire p\u00e9riph\u00e9rique. D&rsquo;autre part, il tente d&rsquo;envoyer des signaux vasodilatateurs inhibiteurs descendants le long de la moelle. Or, ces influx inhibiteurs se heurtent \u00e0 la barri\u00e8re physique de la l\u00e9sion m\u00e9dullaire et ne parviennent jamais aux vaisseaux splanchniques et sous-l\u00e9sionnels. Il en r\u00e9sulte un d\u00e9couplage physiologique absolu entre le haut et le bas du corps.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La premi\u00e8re description formelle de ce syndrome dans les annales m\u00e9dicales remonte \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle. En 1890, le m\u00e9decin et neurologue britannique James Bowlby observe des pouss\u00e9es de sueurs inexpliqu\u00e9es et des r\u00e9actions vaso-motrices anormales chez des soldats ayant subi des traumatismes rachidiens. Toutefois, la compr\u00e9hension physiopathologique demeurait alors totalement balbutiante, et les manifestations \u00e9taient fr\u00e9quemment confondues avec des crises d&rsquo;hyst\u00e9rie masculine ou des acc\u00e8s septiques.<\/p>\n<p>En 1917, le neurologue britannique Sir Henry Head, en collaboration avec George Riddoch, publie une \u00e9tude s\u00e9minale consacr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;exploration des r\u00e9flexes spinaux chez les bless\u00e9s de guerre atteints de sections m\u00e9dullaires compl\u00e8tes. Ils identifient ce qu&rsquo;ils nomment alors la \u00ab r\u00e9action en masse \u00bb (<em>mass reflex<\/em>), au cours de laquelle une stimulation tactile sous la l\u00e9sion d\u00e9clenche simultan\u00e9ment des spasmes musculaires des membres inf\u00e9rieurs, une \u00e9vacuation v\u00e9sicale involontaire et une sudation torrentielle de la moiti\u00e9 sup\u00e9rieure du corps.<\/p>\n<p>Le tournant conceptuel majeur s&rsquo;op\u00e8re au milieu du XXe si\u00e8cle gr\u00e2ce aux travaux pionniers de Ludwig Guttmann, p\u00e8re de la r\u00e9habilitation moderne des parapl\u00e9giques et fondateur des Jeux paralympiques de Stoke Mandeville. En 1947, avec son collogue David Whitteridge, Guttmann documente m\u00e9ticuleusement les alt\u00e9rations cardiovasculaires associ\u00e9es \u00e0 la distension v\u00e9sicale chez les traumatis\u00e9s m\u00e9dullaires. Leurs trac\u00e9s pl\u00e9thysmographiques d\u00e9montrent sans \u00e9quivoque que la vasoconstriction sous-l\u00e9sionnelle provoque une hypertension syst\u00e9mique majeure coupl\u00e9e \u00e0 une vasodilatation c\u00e9phalique.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1970 et 1980, le perfectionnement des dosages radio-immunologiques des cat\u00e9cholamines plasmatiques a permis de prouver la lib\u00e9ration explosive de noradr\u00e9naline et de dopamine-b\u00eata-hydroxylase durant ces \u00e9pisodes. Ces d\u00e9couvertes ont d\u00e9finitivement rang\u00e9 l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome parmi les urgences neurog\u00e9niques majeures, incitant la m\u00e9decine physique et de r\u00e9adaptation \u00e0 concevoir des protocoles th\u00e9rapeutiques standardis\u00e9s afin de pr\u00e9venir les h\u00e9morragies c\u00e9r\u00e9brales et les d\u00e9c\u00e8s subits.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome s&rsquo;appuie sur plusieurs mod\u00e8les th\u00e9oriques issus de la neurobiologie int\u00e9grative, de la physiologie cardiovasculaire et de la psychosomatique. Le mod\u00e8le central repose sur la th\u00e9orie de la d\u00e9sinhibition spinale descendante, postul\u00e9e par Sherrington et raffin\u00e9e par les neurophysiologistes modernes. Selon ce cadre th\u00e9orique, la moelle \u00e9pini\u00e8re n&rsquo;est pas un simple relais conducteur passif, mais un centre d&rsquo;int\u00e9gration r\u00e9flexe dot\u00e9 d&rsquo;une circuiterie complexe normalement r\u00e9gul\u00e9e en amont par des freins synaptiques gabaergiques et s\u00e9rotoninergiques issus du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Un second cadre th\u00e9orique fondamental est celui de la plasticit\u00e9 synaptique maladaptative post-l\u00e9sionnelle. Les recherches contemporaines d\u00e9montrent qu&rsquo;apr\u00e8s une d\u00e9aff\u00e9rentation centrale, la moelle \u00e9pini\u00e8re sous-jacente subit un remodelage structural pathologique :<\/p>\n<ul>\n<li>Un bourgeonnement axonal anarchique (<em>axonal sprouting<\/em>) des fibres peptidergiques primaires de petit calibre (fibres C et A-delta) affluant dans les cornes post\u00e9rieures.<\/li>\n<li>Une surexpression des r\u00e9cepteurs alpha-1 adr\u00e9nergiques sur la membrane des cellules musculaires lisses des parois vasculaires, engendrant un ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;hypersensibilit\u00e9 de d\u00e9nervation p\u00e9riph\u00e9rique.<\/li>\n<li>Une r\u00e9organisation morphologique d\u00e9l\u00e9t\u00e8re des neurones pr\u00e9ganglionnaires sympathiques, dont l&rsquo;arbre dendritique s&rsquo;\u00e9tend de mani\u00e8re aberrante, abaissant le seuil de d\u00e9clenchement du potentiel d&rsquo;action.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome s&rsquo;articule \u00e9troitement avec les th\u00e9ories de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Int%C3%A9roception\">int\u00e9roception<\/a> et de la conscience corporelle d\u00e9velopp\u00e9es notamment par Antonio Damasio et Bud Craig. Selon la th\u00e9orie des marqueurs somatiques, le cerveau interpr\u00e8te en continu les signaux visc\u00e9raux pour construire l&rsquo;\u00e9tat affectif de fond. Dans l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome, la privation du feedback visc\u00e9ral sous-l\u00e9sionnel coupl\u00e9e \u00e0 la temp\u00eate sensorielle c\u00e9phalique d\u00e9sorganise compl\u00e8tement le syst\u00e8me de cartographie insulaire du soi, plongeant l&rsquo;individu dans un \u00e9tat de d\u00e9tresse psychologique indicible souvent compar\u00e9 aux crises de panique spontan\u00e9es.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression clinique de l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome est polymorphe et se d\u00e9cline en diff\u00e9rentes facettes symptomatiques et chronologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Signes cardiovasculaires majeurs :<\/strong> \u00c9l\u00e9vation paroxystique de la tension art\u00e9rielle (la pression systolique pouvant d\u00e9passer de 20 \u00e0 40 mmHg la valeur de base habituelle du patient m\u00e9dullaire, qui tourne souvent autour de 90-100 mmHg), bradycardie sinusale r\u00e9flexe, ou parfois tachycardie paradoxale due \u00e0 une d\u00e9charge sympathique pr\u00e9coce avant l&rsquo;engagement vagal.<\/li>\n<li><strong>Signes vasomoteurs c\u00e9phaliques (sus-l\u00e9sionnels) :<\/strong> C\u00e9phal\u00e9e pulsatile violente et soudaine (localis\u00e9e principalement au niveau frontal et occipital), congestion nasale, \u00e9ryth\u00e8me cutan\u00e9 (flushing) du visage, du cou et du thorax sup\u00e9rieur, transpiration profuse (diaphor\u00e8se) et mydriase ou flou visuel passager.<\/li>\n<li><strong>Signes p\u00e9riph\u00e9riques sous-l\u00e9sionnels :<\/strong> P\u00e2leur cadav\u00e9rique des t\u00e9guments, refroidissement cutan\u00e9 marqu\u00e9 des extr\u00e9mit\u00e9s inf\u00e9rieures et pilo\u00e9rection (chair de poule prononc\u00e9e) li\u00e9e \u00e0 la stimulation des muscles arrecteurs des poils par voie noradr\u00e9nergique.<\/li>\n<li><strong>Formes cliniques \u00e9volutives :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Forme aigu\u00eb typique :<\/em> Urgence vitale explosive d\u00e9clench\u00e9e par un facteur d\u00e9clenchant net, c\u00e9dant \u00e0 l&rsquo;\u00e9vacuation de la cause.<\/li>\n<li><em>Forme chronique ou silencieuse :<\/em> Pouss\u00e9es hypertensives mod\u00e9r\u00e9es et r\u00e9currentes sans symptomatologie subjective bruyante, insidieusement destructrices pour la microcirculation c\u00e9r\u00e9brale et r\u00e9nale.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Composantes psychologiques et neurocognitives :<\/strong> Sensation de mort imminente, anxi\u00e9t\u00e9 aigu\u00eb flottante, irritabilit\u00e9 subite, sentiment de dissociation ou de d\u00e9personnalisation face aux manifestations physiques non ma\u00eetrisables, et \u00e9tat de stupeur confusionnelle cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;\u0153d\u00e8me c\u00e9r\u00e9bral transitoire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Consid\u00e9rons le cas clinique de Thomas, 32 ans, t\u00e9trapl\u00e9gique incomplet au niveau C6 depuis un accident de plongeon survenu trois ans plus t\u00f4t. Alors qu&rsquo;il participe \u00e0 une s\u00e9ance de r\u00e9\u00e9ducation ergoth\u00e9rapique, Thomas est soudainement pris d&rsquo;une c\u00e9phal\u00e9e d&rsquo;une violence inou\u00efe, qualifi\u00e9e de \u00ab broyage de cr\u00e2ne \u00bb, accompagn\u00e9e d&rsquo;une sudation si abondante que son visage et son t-shirt sont tremp\u00e9s en quelques secondes. Sa th\u00e9rapeute constate une rougeur vive de son cou, tandis que ses jambes, froides au toucher, pr\u00e9sentent une pilo\u00e9rection marqu\u00e9e. La prise de tension art\u00e9rielle r\u00e9v\u00e8le un chiffre alarmant de 210\/115 mmHg, alors que sa valeur habituelle est de 95\/60 mmHg. Le moniteur cardiaque indique une fr\u00e9quence \u00e0 44 battements par minute.<\/p>\n<p>Le m\u00e9decin de r\u00e9\u00e9ducation applique imm\u00e9diatement la conduite d&rsquo;urgence : Thomas est redress\u00e9 en position assise \u00e0 90 degr\u00e9s pour exploiter la stase veineuse orthostatique et abaisser la pression intracr\u00e2nienne. Tous ses v\u00eatements serr\u00e9s et sangles de maintien sont desserr\u00e9s. L&rsquo;investigation primaire de la sonde urinaire \u00e0 demeure r\u00e9v\u00e8le que la tubulure est pli\u00e9e et coinc\u00e9e sous le coussin du fauteuil roulant, provoquant une r\u00e9tention aigu\u00eb d&rsquo;urine estim\u00e9e \u00e0 plus de 700 millilitres. D\u00e8s que la tubulure est d\u00e9pli\u00e9e et que l&rsquo;urine s&rsquo;\u00e9coule librement, la tension art\u00e9rielle redescend \u00e0 120\/75 mmHg en moins de dix minutes, et la c\u00e9phal\u00e9e s&rsquo;estompe rapidement.<\/p>\n<p>Un second exemple illustre une forme plus insidieuse li\u00e9e \u00e0 des d\u00e9terminants psychologiques et sensoriels. Marc, 45 ans, parapl\u00e9gique de niveau T4, consulte pour des \u00e9pisodes nocturnes r\u00e9currents de cauchemars angoissants suivis de r\u00e9veils en nage et d&rsquo;un \u00e9tat d&rsquo;\u00e9puisement matinal. L&rsquo;enregistrement ambulatoire continu de la pression art\u00e9rielle met en \u00e9vidence des pics hypertensifs r\u00e9p\u00e9t\u00e9s durant la nuit. L&rsquo;examen minutieux permet d&rsquo;identifier la pr\u00e9sence d&rsquo;un ongle d&rsquo;orteil incarn\u00e9 infect\u00e9, indolore sur le plan conscient en raison de la perte de sensibilit\u00e9 somesth\u00e9sique, mais agissant comme un foyer d&rsquo;aff\u00e9rences nociceptives continues dans la moelle spinale, d\u00e9clenchant l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome nocturne.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>Le diagnostic et l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome reposent sur une surveillance clinique rigoureuse coupl\u00e9e \u00e0 des protocoles de monitorage h\u00e9modynamique standardis\u00e9s. \u00c9tant donn\u00e9 que la pression art\u00e9rielle basale des individus ayant une l\u00e9sion m\u00e9dullaire haute est fr\u00e9quemment abaiss\u00e9e (souvent entre 90\/60 et 100\/70 mmHg en raison de la perte du tonus sympathique de base), une tension art\u00e9rielle mesur\u00e9e \u00e0 130\/85 mmHg, qui serait jug\u00e9e normale chez un individu valide, peut d\u00e9j\u00e0 correspondre \u00e0 un pic de dysr\u00e9flexie critique chez un patient t\u00e9trapl\u00e9gique.<\/p>\n<p>Les outils et d\u00e9marches d&rsquo;\u00e9valuation comprennent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Monitorage ambulatoire de la pression art\u00e9rielle (MAPA sur 24 heures) :<\/strong> Dispositif primordial pour d\u00e9masquer les formes silencieuses ou nocturnes, corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 un carnet o\u00f9 le sujet consigne ses activit\u00e9s, les sondages urinaires et les repas.<\/li>\n<li><strong>\u00c9chelle internationale d&rsquo;\u00e9valuation de la fonction autonome post-l\u00e9sion m\u00e9dullaire (ISAFSCI &#8211; <em>International Standards to document remaining Autonomic Function after Spinal Cord Injury<\/em>) :<\/strong> Cet instrument standardis\u00e9 permet de classifier l&rsquo;\u00e9tendue de l&rsquo;atteinte v\u00e9g\u00e9tative, incluant le contr\u00f4le sudomoteur, vasomoteur et visc\u00e9ral.<\/li>\n<li><strong>Bilan urodynamique sous contr\u00f4le manom\u00e9trique et cardiovasculaire :<\/strong> Cet examen permet d&rsquo;observer en direct le comportement tensionnel du patient lors du remplissage progressif de la vessie, identifiant la pression d\u00e9trusorienne critique \u00e0 laquelle s&rsquo;amorce la d\u00e9charge sympathique.<\/li>\n<li><strong>\u00c9valuation neuropsychologique et psychopathologique :<\/strong> L&rsquo;utilisation d&rsquo;\u00e9chelles d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 standardis\u00e9es telles que l&rsquo;Inventaire d&rsquo;Anxi\u00e9t\u00e9 \u00c9tat-Trait de Spielberger (STAI) ou l&rsquo;\u00c9chelle Hospitali\u00e8re d&rsquo;Anxi\u00e9t\u00e9 et de D\u00e9pression (HADS) aide \u00e0 mesurer l&rsquo;impact de l&rsquo;anticipation anxieuse et du traumatisme psychique g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par les crises.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie de l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome a des retomb\u00e9es directes dans les domaines de la r\u00e9adaptation fonctionnelle, de la psychologie de la sant\u00e9, de l&rsquo;\u00e9ducation th\u00e9rapeutique et de la pratique sportive adapt\u00e9e. En milieu hospitalier et ambulatoire, l&rsquo;\u00e9ducation du patient et de son entourage constitue le pivot central de la pr\u00e9vention. Les programmes psycho\u00e9ducatifs apprennent aux patients \u00e0 cartographier leurs propres d\u00e9clencheurs : globe v\u00e9sical, f\u00e9calome, escarre cutan\u00e9e, v\u00eatements compressifs, br\u00fblures m\u00e9connues, rapports sexuels ou contractions ut\u00e9rines lors du travail obst\u00e9trical.<\/p>\n<p>Sur le plan psychoth\u00e9rapeutique, vivre avec la menace permanente d&rsquo;une pouss\u00e9e hypertensive potentiellement mortelle induit fr\u00e9quemment un trouble anxieux g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 ou une phobie int\u00e9roceptive. Les approches comportementales et cognitives (TCC) adapt\u00e9es aident les patients \u00e0 discriminer les sensations corporelles b\u00e9nignes des v\u00e9ritables prodromes de la crise. L&rsquo;apprentissage de techniques de r\u00e9gulation vagale par la coh\u00e9rence cardiaque ou la respiration lente diaphragmatique (pour les niveaux moteurs le permettant) permet de stimuler le contingent parasympathique cr\u00e2nien et d&rsquo;att\u00e9nuer la panique r\u00e9actionnelle.<\/p>\n<p>Dans le domaine du sport paralympique de haut niveau, l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome soul\u00e8ve des enjeux \u00e9thiques et sanitaires majeurs \u00e0 travers la pratique dangereuse du \u00ab boosting \u00bb. Certains athl\u00e8tes t\u00e9trapl\u00e9giques s&rsquo;infligeaient d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment des stimulations nociceptives sous-l\u00e9sionnelles avant une \u00e9preuve (par exemple en clamant leur sonde urinaire pour distendre leur vessie ou en serrant excessivement les sangles de leur fauteuil) afin de d\u00e9clencher intentionnellement une hyperr\u00e9flexie autonome mod\u00e9r\u00e9e. Le d\u00e9ferlement de cat\u00e9cholamines qui en r\u00e9sulte accro\u00eet le d\u00e9bit cardiaque et la consommation d&rsquo;oxyg\u00e8ne, am\u00e9liorant les performances d&rsquo;endurance de pr\u00e8s de 10 %, au p\u00e9ril de leur vie. Le Comit\u00e9 International Paralympique a formellement banni cette pratique, proc\u00e9dant \u00e0 des contr\u00f4les tensionnels stricts avant le d\u00e9part des courses.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations scientifiques contemporaines sur l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome mobilisent la biologie mol\u00e9culaire, la neuro-imagerie fonctionnelle et la pharmacologie translationnelle. Les travaux exp\u00e9rimentaux men\u00e9s chez le rongeur par des \u00e9quipes comme celles de Weaver et de Rabchevsky ont d\u00e9montr\u00e9 le r\u00f4le central du facteur de croissance nerveuse (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Facteur_de_croissance_nerveuse\">NGF<\/a> &#8211; <em>Nerve Growth Factor<\/em>) dans la pathogen\u00e8se du syndrome. La lib\u00e9ration intraspinale accrue de NGF apr\u00e8s le traumatisme stimule activement la prolif\u00e9ration axonale d\u00e9l\u00e9t\u00e8re des fibres C nociceptives dans la zone p\u00e9ryl\u00e9sionnelle.<\/p>\n<p>Par ailleurs, des \u00e9tudes neurocognitives longitudinales conduites chez des bless\u00e9s m\u00e9dullaires chroniques ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une corr\u00e9lation statistiquement significative entre la fr\u00e9quence des \u00e9pisodes d&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome et le d\u00e9clin pr\u00e9coce de certaines fonctions ex\u00e9cutives, notamment la vitesse de traitement de l&rsquo;information et la flexibilit\u00e9 cognitive. Les chocs h\u00e9modynamiques it\u00e9ratifs cr\u00e9ent des l\u00e9sions de la substance blanche c\u00e9r\u00e9brale, objectivables par imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) en tenseur de diffusion sous la forme d&rsquo;hyperintensit\u00e9s p\u00e9riventriculaires similaires \u00e0 celles observ\u00e9es dans la leucoara\u00efose hypertensive classique.<\/p>\n<p>Sur le versant pharmacologique, la recherche explore l&rsquo;efficacit\u00e9 de mol\u00e9cules ciblant les voies inhibitrices spinaux. L&rsquo;administration intrath\u00e9cale de baclof\u00e8ne (agoniste des r\u00e9cepteurs GABA-B) ou l&rsquo;injection intrad\u00e9trusorienne de toxine botulique de type A ont prouv\u00e9 empiriquement leur capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9duire de fa\u00e7on substantielle la survenue des crises en \u00e9liminant les spasmes v\u00e9sicaux non inhib\u00e9s \u00e0 l&rsquo;origine du cercle vicieux r\u00e9flexe.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La prise en charge et la perception de l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome varient significativement selon les contextes g\u00e9ographiques, les syst\u00e8mes de sant\u00e9 et les repr\u00e9sentations socioculturelles du handicap physique. Dans les pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9 dot\u00e9s de centres de r\u00e9\u00e9ducation neurologique hypersp\u00e9cialis\u00e9s, la culture de l&rsquo;autonomisation et de l&rsquo;autosondage urinaire st\u00e9rile permet de r\u00e9duire notablement la fr\u00e9quence des crises d\u00e9clench\u00e9es par les r\u00e9tentions urinaires et les infections r\u00e9nales.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les contextes o\u00f9 l&rsquo;acc\u00e8s au mat\u00e9riel m\u00e9dical st\u00e9rile (sondes \u00e0 usage unique, poches de recueil, coussins d&rsquo;assise anti-escarres) est pr\u00e9caire, l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome demeure une cause majeure de mortalit\u00e9 \u00e9vitable chez les bless\u00e9s m\u00e9dullaires. Dans de nombreuses cultures traditionnelles, les acc\u00e8s paroxystiques de sueurs, de grimaces et de tremblements associ\u00e9s \u00e0 la crise peuvent \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 tort comme des manifestations de possession spirituelle, des acc\u00e8s de folie ou des crises comitiales, retardant le geste salvateur d&rsquo;urgence qu&rsquo;est la vidange v\u00e9sicale.<\/p>\n<p>Les disparit\u00e9s s&rsquo;observent \u00e9galement dans l&rsquo;expression linguistique de la plainte. Alors que les patients occidentaux form\u00e9s rapportent pr\u00e9cis\u00e9ment des \u00ab battements dans la t\u00eate \u00bb ou des \u00ab sueurs froides \u00bb, d&rsquo;autres groupes culturels expriment la crise par des idiomes de d\u00e9tresse somatique globale, d\u00e9crivant une sensation d&rsquo;oppression thoracique, de chaleur magmatique interne ou d&rsquo;angoisse de suffocation, ce qui impose aux soignants une grande vigilance d&rsquo;\u00e9coute clinique.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Plusieurs d\u00e9bats animent la communaut\u00e9 scientifique quant \u00e0 la d\u00e9finition et aux seuils d&rsquo;intervention de ce syndrome. L&rsquo;une des controverses centrales concerne la d\u00e9finition quantitative universelle de la crise. Si la plupart des soci\u00e9t\u00e9s savantes s&rsquo;accordent sur le crit\u00e8re d&rsquo;une \u00e9l\u00e9vation de 20 mmHg de la pression systolique par rapport au niveau de base, certains cliniciens soulignent que ce seuil est trop restrictif et risque de n\u00e9gliger des d\u00e9charges sympathiques infracliniques n\u00e9fastes sur le long terme pour le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Une autre controverse clinique majeure concerne l&rsquo;utilisation des th\u00e9rapeutiques hypotensives d&rsquo;urgence. L&rsquo;usage historique de la nif\u00e9dipine sublinguale par capsule perc\u00e9e, longtemps consid\u00e9r\u00e9e comme le traitement pharmacologique de r\u00e9f\u00e9rence en cas d&rsquo;\u00e9chec des mesures m\u00e9caniques, fait l&rsquo;objet de vives critiques en raison du risque d&rsquo;hypotension art\u00e9rielle brutale et d&rsquo;accident vasculaire isch\u00e9mique cons\u00e9cutif. Les consensus actuels recommandent plut\u00f4t des agents \u00e0 courte dur\u00e9e d&rsquo;action, tels que les d\u00e9riv\u00e9s nitr\u00e9s topiques (pommade ou patch de trinitrine) qui peuvent \u00eatre retir\u00e9s d\u00e8s que la tension se normalise.<\/p>\n<p>Enfin, le diagnostic diff\u00e9rentiel avec les troubles psychiatriques aigus suscite de nombreuses discussions. La ressemblance symptomatique frappante entre une crise d&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome d\u00e9butante et une attaque de panique ou un trouble somatoforme conduit parfois \u00e0 des errances diagnostiques tragiques : administrer un anxiolytique s\u00e9datif \u00e0 un patient t\u00e9trapl\u00e9gique en train de faire une h\u00e9morragie m\u00e9ning\u00e9e sous l&rsquo;effet d&rsquo;une r\u00e9tention aigu\u00eb d&rsquo;urine constitue une faute m\u00e9dicale gravissime.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour assurer une parfaite clart\u00e9 nosologique, l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome doit \u00eatre soigneusement distingu\u00e9e d&rsquo;autres entit\u00e9s cliniques apparent\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Hypotension orthostatique :<\/strong> Trouble h\u00e9modynamique inverse tr\u00e8s fr\u00e9quent chez les m\u00eames patients, caract\u00e9ris\u00e9 par une chute de la tension lors du passage \u00e0 la station assise ou debout par d\u00e9faut de vasoconstriction sympathique r\u00e9flexe, alors que l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome se d\u00e9finit par une hausse tensionnelle critique.<\/li>\n<li><strong>Ph\u00e9ochromocytome :<\/strong> Tumeur neuroendocrine de la m\u00e9dullosurr\u00e9nale s\u00e9cr\u00e9tant de fa\u00e7on intermittente des cat\u00e9cholamines, g\u00e9n\u00e9rant des triades c\u00e9phal\u00e9es-sueurs-palpitations identiques \u00e0 l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome, mais sans corr\u00e9lation avec une stimulation spinale m\u00e9canique sous-l\u00e9sionnelle.<\/li>\n<li><strong>Crise de panique (Attaque d&rsquo;angoisse aigu\u00eb) :<\/strong> \u00c9pisode psychique d&rsquo;angoisse massive accompagn\u00e9 de tachycardie et d&rsquo;hyperventilation, mais sans l&rsquo;asym\u00e9trie thermique et vasomotrice corporelle sp\u00e9cifique (flushing sus-l\u00e9sionnel et vasoconstriction sous-l\u00e9sionnelle) typique de l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome.<\/li>\n<li><strong>Temp\u00eate autonome paroxystique (Dystonie neurov\u00e9g\u00e9tative centrale) :<\/strong> Syndrome d&#8217;emballement sympathique observ\u00e9 chez les traumatis\u00e9s cr\u00e2niens graves ou apr\u00e8s anoxie c\u00e9r\u00e9brale, r\u00e9sultant d&rsquo;une d\u00e9connexion dienc\u00e9phalique corticale et non d&rsquo;une l\u00e9sion de la moelle \u00e9pini\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de sevrage :<\/strong> R\u00e9action d&rsquo;hyperactivit\u00e9 adr\u00e9nergique observ\u00e9e lors de l&rsquo;arr\u00eat brutal d&rsquo;agents s\u00e9datifs ou d&rsquo;opio\u00efdes, impliquant les neurones du locus coeruleus c\u00e9r\u00e9bral plut\u00f4t que le r\u00e9flexe segmentaire m\u00e9dullaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome demeure une urgence m\u00e9dicale, neuropsychiatrique et fonctionnelle absolue qui exige une r\u00e9activit\u00e9 imm\u00e9diate et une compr\u00e9hension rigoureuse de ses circuits physiologiques :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle frappe principalement les personnes vivant avec une l\u00e9sion de la moelle \u00e9pini\u00e8re \u00e9gale ou sup\u00e9rieure au niveau thoracique T6.<\/li>\n<li>Elle d\u00e9coule d&rsquo;un r\u00e9flexe sympathique spinal non modul\u00e9 par les centres c\u00e9r\u00e9braux, d\u00e9clench\u00e9 par un stimulus nociceptif ou visc\u00e9ral situ\u00e9 sous la l\u00e9sion.<\/li>\n<li>La triade cardinale associe une hypertension art\u00e9rielle paroxystique s\u00e9v\u00e8re, des c\u00e9phal\u00e9es explosives et une sudation sus-l\u00e9sionnelle intense accompagn\u00e9e de bradycardie r\u00e9flexe.<\/li>\n<li>La distension de la vessie (globe urinaire) et la r\u00e9pl\u00e9tion f\u00e9cale repr\u00e9sentent plus de 80 % des causes d\u00e9clenchantes identifiables.<\/li>\n<li>La prise en charge initiale impose de redresser imm\u00e9diatement le patient \u00e0 la verticale et de lever sans d\u00e9lai le stimulus d\u00e9clencheur avant toute escalade m\u00e9dicamenteuse.<\/li>\n<li>La dimension psychologique int\u00e8gre la gestion de la terreur panique li\u00e9e aux crises et la mise en \u0153uvre d&rsquo;une psycho\u00e9ducation pr\u00e9ventive rigoureuse.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Curt, A., Nitsche, B., Rodic, B., Schurch, B., &amp; Dietz, V. (1997). Assessment of autonomic dysreflexia in patients with spinal cord injury. <em>Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry<\/em>, 62(5), 473-477. <a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC1074112\/\">https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC1074112\/<\/a><\/li>\n<li>Guttmann, L., &amp; Whitteridge, D. (1947). Effects of bladder distension on autonomic mechanisms after spinal cord injuries. <em>Brain: A Journal of Neurology<\/em>, 70(4), 361-404. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/70.4.361\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/70.4.361<\/a><\/li>\n<li>Krassioukov, A., Biering-S\u00f8rensen, F., Donovan, W., Kennelly, M., Kirshblum, S., Nixon, V., &amp; Vogel, L. (2012). International standards to document remaining autonomic function after spinal cord injury. <em>The Journal of Spinal Cord Medicine<\/em>, 35(4), 201-210. <a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC3425877\/\">https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC3425877\/<\/a><\/li>\n<li>Rabchevsky, A. G. (2006). Segmental organization of spinal reflexes mediating autonomic dysreflexia after spinal cord injury. <em>Progress in Brain Research<\/em>, 152, 265-274. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-6123(05)52017-6\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-6123(05)52017-6<\/a><\/li>\n<li>Weaver, L. C., Marsh, D. R., Gris, D., Brown, A., &amp; Dekaban, G. A. (2006). Autonomic dysreflexia after spinal cord injury: Central mechanisms and targets for therapy. <em>Progress in Brain Research<\/em>, 152, 245-263. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-6123(05)52016-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-6123(05)52016-4<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome est une urgence m\u00e9dicale caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9charge sympathique incontr\u00f4l\u00e9e apr\u00e8s une l\u00e9sion m\u00e9dullaire haute, causant une violente pouss\u00e9e hypertensive.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,7010,3],"tags":[35718,35724,35719,392,8006,35725],"class_list":["post-21378","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-physiologie","category-psychologie-clinique","tag-dysreflexie-autonome","tag-hyperreflexie-autonome","tag-hypertension-paroxystique","tag-lesion-medullaire","tag-systeme-nerveux-autonome","tag-urgence-cardiovasculaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21378","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21378\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21378"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21378"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21378"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}