{"id":21375,"date":"2026-10-25T15:33:14","date_gmt":"2026-10-25T15:33:14","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=dysreflexie-autonome-urgence-neurovegetative"},"modified":"2026-10-25T15:33:14","modified_gmt":"2026-10-25T15:33:14","slug":"dysreflexie-autonome-urgence-neurovegetative","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=dysreflexie-autonome-urgence-neurovegetative","title":{"rendered":"Dysr\u00e9flexie autonome : Urgence neurov\u00e9g\u00e9tative"},"content":{"rendered":"<p>Caract\u00e9ris\u00e9e par un d\u00e9r\u00e8glement aigu, paroxystique et potentiellement mortel du syst\u00e8me nerveux autonome, la dysr\u00e9flexie autonome constitue l&rsquo;une des urgences m\u00e9dicales et neuropsychologiques les plus critiques chez les personnes atteintes de traumatismes m\u00e9dullaires hauts. Ce dysfonctionnement massif se manifeste par une r\u00e9ponse sympathique incontr\u00f4l\u00e9e face \u00e0 un stimulus nociceptif sous-l\u00e9sionnel, g\u00e9n\u00e9rant une \u00e9l\u00e9vation brutale de la pression art\u00e9rielle que les m\u00e9canismes inhibiteurs centraux ne parviennent plus \u00e0 juguler.<\/p>\n<h2>Dysr\u00e9flexie autonome<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La dysr\u00e9flexie autonome, parfois d\u00e9sign\u00e9e sous le terme d&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome, est un syndrome clinique caract\u00e9ris\u00e9 par une d\u00e9charge sympathique paroxystique et disproportionn\u00e9e survenant principalement chez les individus pr\u00e9sentant une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%C3%A9sion_de_la_moelle_%C3%A9pini%C3%A8re\">l\u00e9sion de la moelle \u00e9pini\u00e8re<\/a> situ\u00e9e au niveau ou au-dessus de la sixi\u00e8me vert\u00e8bre thoracique (T6). Elle se traduit par une hypertension art\u00e9rielle s\u00e9v\u00e8re, une bradycardie r\u00e9flexe ou une tachycardie relative, ainsi qu&rsquo;une constellation de signes v\u00e9g\u00e9tatifs cr\u00e2niens et sous-l\u00e9sionnels cons\u00e9cutifs \u00e0 une stimulation p\u00e9riph\u00e9rique sous la zone bless\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et neuropsychologique, la dysr\u00e9flexie autonome repr\u00e9sente une rupture catastrophique de l&rsquo;hom\u00e9ostasie somato-psychique. L&rsquo;onde hypertensive soudaine d\u00e9clenche non seulement une menace somatique imminente (accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, convulsions, h\u00e9morragie r\u00e9tinienne ou d\u00e9c\u00e8s), mais provoque \u00e9galement une d\u00e9tresse psychologique aigu\u00eb marqu\u00e9e par une anxi\u00e9t\u00e9 panique, un sentiment de mort imminente, une confusion cognitive transitoire et des alt\u00e9rations majeures de la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle. L&rsquo;impossibilit\u00e9 pour le cerveau de transmettre des messages freinateurs descendants engendre une scission fonctionnelle dramatique entre le syst\u00e8me nerveux central c\u00e9phalique et le contingent autonome spinal autonome r\u00e9siduel.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab dysr\u00e9flexie autonome \u00bb tire ses racines de la linguistique m\u00e9dicale gr\u00e9co-latine classique. Le pr\u00e9fixe grec <em>dys-<\/em> (\u03b4\u03c5\u03c3-) exprime l&rsquo;anomalie, la difficult\u00e9, la dysfonction ou la perturbation pathologique d&rsquo;une fonction physiologique normale. Le radical \u00ab r\u00e9flexie \u00bb d\u00e9rive du bas latin <em>reflexio<\/em>, issu du verbe <em>reflectere<\/em> (\u00ab courber en arri\u00e8re \u00bb, \u00ab refl\u00e9ter \u00bb), d\u00e9signant en neurophysiologie une r\u00e9ponse motrice ou v\u00e9g\u00e9tative automatique et st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e survenant en r\u00e9ponse \u00e0 un influx aff\u00e9rent sans intervention de la volont\u00e9 consciente.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab autonome \u00bb trouve son origine dans le grec ancien <em>autonomos<\/em> (\u03b1\u1f50\u03c4\u03cc\u03bd\u03bf\u03bc\u03bf\u03c2), compos\u00e9 de <em>auto-<\/em> (\u03b1\u1f50\u03c4\u03cc\u03c2, \u00ab soi-m\u00eame \u00bb) et de <em>nomos<\/em> (\u03bd\u03cc\u03bc\u03bf\u03c2, \u00ab loi \u00bb, \u00ab r\u00e8gle \u00bb), qualifiant ce qui se gouverne selon ses propres lois. Dans le vocabulaire biom\u00e9dical contemporain, il fait directement r\u00e9f\u00e9rence au <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_nerveux_autonome\">syst\u00e8me nerveux autonome<\/a>, division du syst\u00e8me nerveux r\u00e9gulant les fonctions v\u00e9g\u00e9tatives involontaires. Le terme est apparu dans la litt\u00e9rature scientifique anglo-saxonne sous la forme <em>autonomic dysreflexia<\/em> au milieu du vingti\u00e8me si\u00e8cle, succ\u00e9dant \u00e0 des d\u00e9nominations plus descriptives telles que l&rsquo;hyperr\u00e9flexie autonome ou le syndrome de d\u00e9charge v\u00e9g\u00e9tative paroxystique post-traumatique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le terme se transcrit en alphabet phon\u00e9tique international sous la forme \/dis.\u0281e.fl\u025bk.si o.t\u0254.nom\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier compos\u00e9 d&rsquo;un substantif abstrait (\u00ab dysr\u00e9flexie \u00bb) et d&rsquo;un adjectif relationnel \u00e9pith\u00e8te (\u00ab autonome \u00bb ou parfois \u00ab autonomique \u00bb). Au pluriel, il prend la forme orthographique r\u00e9guli\u00e8re \u00ab dysr\u00e9flexies autonomes \u00bb, bien que son usage au singulier pr\u00e9domine largement dans la litt\u00e9rature clinique en raison de sa nature syndromique globale.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage clinique et neuropsychologique francophone, on observe des variantes terminologiques synonymiques, notamment \u00ab hyperr\u00e9flexie autonome \u00bb, \u00ab dysautonomie paroxystique spinale \u00bb ou \u00ab orage v\u00e9g\u00e9tatif post-l\u00e9sionnel \u00bb. L&rsquo;abr\u00e9viation couramment admise dans les dossiers m\u00e9dicaux et les publications sp\u00e9cialis\u00e9es est \u00ab DA \u00bb (ou \u00ab AD \u00bb d&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;acronyme anglophone <em>Autonomic Dysreflexia<\/em>). L&#8217;emploi de termes adjectivaux d\u00e9riv\u00e9s tels que \u00ab \u00e9pisode dysr\u00e9flexique \u00bb ou \u00ab profil dysr\u00e9flexique \u00bb est habituel pour d\u00e9crire les manifestations et les vuln\u00e9rabilit\u00e9s propres aux patients atteints de blessures m\u00e9dullaires hautes.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La dysr\u00e9flexie autonome est l&rsquo;expression symptomatique d&rsquo;une d\u00e9sinhibition physiologique majeure r\u00e9sultant de la rupture des voies anatomiques descendantes de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Moelle_%C3%A9pini%C3%A8re\">moelle \u00e9pini\u00e8re<\/a>. Chez un individu neurotypique indemne de l\u00e9sion, toute stimulation nociceptive ou proprioceptive d&rsquo;origine pelvienne, abdominale ou cutan\u00e9e g\u00e9n\u00e8re un influx aff\u00e9rent qui chemine le long des cordons spinaux vers les centres d&rsquo;int\u00e9gration enc\u00e9phaliques. En r\u00e9ponse, les centres bulbaires et hypothalamiques orchestrent une r\u00e9gulation \u00e9quilibr\u00e9e du tonus sympathique par l&rsquo;interm\u00e9diaire de voies bulbo-spinales inhibitrices, maintenant la pression art\u00e9rielle et le d\u00e9bit sanguin visc\u00e9ral dans des marges physiologiques stables.<\/p>\n<p>Lors d&rsquo;un traumatisme de la moelle \u00e9pini\u00e8re situ\u00e9 au-dessus de l&rsquo;\u00e9mergence du plexus splanchnique (typiquement au niveau T6 ou sup\u00e9rieur), la connexion entre les centres vasomoteurs du tronc c\u00e9r\u00e9bral et la cha\u00eene sympathique thoraco-lombaire est d\u00e9finitivement ou temporairement interrompue. Lorsqu&rsquo;un stimulus nociceptif ou distensif prend naissance sous le niveau l\u00e9sionnel \u2014 par exemple une r\u00e9pl\u00e9tion v\u00e9sicale excessive, un f\u00e9calome ou une l\u00e9sion cutan\u00e9e \u2014, l&rsquo;influx aff\u00e9rent p\u00e9n\u00e8tre dans la corne dorsale de la moelle \u00e9pini\u00e8re sous-l\u00e9sionnelle. Faute d&rsquo;int\u00e9gration et de modulation supraspinale, cet influx active massivement les motoneurones sympathiques pr\u00e9ganglionnaires des segments dorsaux inf\u00e9rieurs et lombaires (T5-L2).<\/p>\n<p>Cette stimulation sympathique sous-l\u00e9sionnelle entra\u00eene une vasoconstriction art\u00e9riolaire diffuse et f\u00e9roce au sein du lit vasculaire splanchnique, qui constitue le plus vaste r\u00e9servoir h\u00e9modynamique de l&rsquo;organisme humain. Cette vasoconstriction massive propulse de volumineuses quantit\u00e9s de sang vers la circulation g\u00e9n\u00e9rale, causant une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hypertension_art%C3%A9rielle\">hypertension art\u00e9rielle<\/a> aigu\u00eb pouvant atteindre des valeurs critiques d\u00e9passant 250 \u00e0 300 mmHg de pression systolique. Cette pouss\u00e9e hypertensive subite active intens\u00e9ment les baror\u00e9cepteurs situ\u00e9s au niveau du sinus carotidien et de la crosse aortique.<\/p>\n<p>Les informations baror\u00e9ceptrices sont transmises au tronc c\u00e9r\u00e9bral par les nerfs glossopharyngien (IX) et vague (X). Le centre cardiovasculaire bulbaire tente imm\u00e9diatement d&rsquo;endiguer cette hypertension par deux m\u00e9canismes distincts : l&rsquo;augmentation du tonus parasympathique vagal dirig\u00e9 vers le c\u0153ur, provoquant une bradycardie compensatrice marqu\u00e9e, et l&rsquo;\u00e9mission d&rsquo;influx sympathoinhibiteurs descendants. Toutefois, ces signaux inhibiteurs descendants se heurtent \u00e0 la rupture m\u00e9dullaire et ne parviennent jamais aux segments sympathiques sous-l\u00e9sionnels. Le patient se retrouve alors dans un \u00e9tat paradoxal scind\u00e9 en deux territoires : une vasodilatation parasympathique et sympathique r\u00e9siduelle au-dessus de la l\u00e9sion (flush cutan\u00e9, c\u00e9phal\u00e9es pulsatiles, hypersudation, congestion nasale) et une vasoconstriction sympathique forcen\u00e9e en dessous du niveau de la l\u00e9sion (p\u00e2leur, froideur cutan\u00e9e, pilo\u00e9rection).<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La documentation scientifique de la dysr\u00e9flexie autonome a d\u00e9but\u00e9 \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle gr\u00e2ce aux travaux pionniers du chirurgien et neurologue britannique James Mackenzie. En 1897, Mackenzie nota des r\u00e9actions vasomotrices et des pouss\u00e9es hypertensives inhabituelles lors de la distension v\u00e9sicale chez des patients parapl\u00e9giques. N\u00e9anmoins, l&rsquo;observation d\u00e9taill\u00e9e et la premi\u00e8re mod\u00e9lisation syst\u00e9matique du ph\u00e9nom\u00e8ne sont attribu\u00e9es au neurologue britannique Sir Ludwig Guttmann et au chirurgien David Whitteridge, qui publi\u00e8rent en 1947 un article s\u00e9minal dans le journal <em>Brain<\/em> d\u00e9crivant avec rigueur les perturbations h\u00e9modynamiques et autonomes associ\u00e9es aux traumatismes spinaux hauts.<\/p>\n<p>Dans le contexte des bless\u00e9s de guerre de la Seconde Guerre mondiale accueillis au Centre national des l\u00e9sions m\u00e9dullaires de Stoke Mandeville, Ludwig Guttmann observa que la distension de la vessie ou du rectum d\u00e9clenchait chez les t\u00e9trapl\u00e9giques et les parapl\u00e9giques de niveau haut des c\u00e9phal\u00e9es explosives accompagn\u00e9es d&rsquo;une \u00e9l\u00e9vation prodigieuse de la pression art\u00e9rielle et d&rsquo;une hypersudation faciale. Guttmann comprit que ces manifestations n&rsquo;\u00e9taient point des crises hyst\u00e9riques ou des d\u00e9compensations psychotiques, mais bien la cons\u00e9quence neurophysiologique d&rsquo;une perte d&rsquo;inhibition centrale sur les eff\u00e9rences sympathiques spinales autonomes.<\/p>\n<p>Au fil des d\u00e9cennies 1970 et 1980, le d\u00e9veloppement des technologies de monitorage invasif et la pharmacologie cardiovasculaire ont permis d&rsquo;affiner la compr\u00e9hension des r\u00e9cepteurs adr\u00e9nergiques impliqu\u00e9s, d\u00e9montrant une hypersensibilit\u00e9 de d\u00e9nervation des r\u00e9cepteurs alpha-adr\u00e9nergiques sous la l\u00e9sion. Au tournant du vingt-et-uni\u00e8me si\u00e8cle, les neurosciences computationnelles et la neuropsychologie de r\u00e9adaptation ont \u00e9largi l&rsquo;\u00e9tude de la dysr\u00e9flexie autonome aux micro-\u00e9pisodes silencieux (formes asymptomatiques ou paucisymptomatiques), mettant en \u00e9vidence leurs r\u00e9percussions chroniques d\u00e9l\u00e9t\u00e8res sur la perfusion c\u00e9r\u00e9brale, la cognition globale, les fonctions ex\u00e9cutives et le statut affectif des patients m\u00e9dullol\u00e9s\u00e9s.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>Le cadre th\u00e9orique sous-jacent \u00e0 la dysr\u00e9flexie autonome repose sur les mod\u00e8les de neuroplasticit\u00e9 maladaptative post-l\u00e9sionnelle et sur la th\u00e9orie de la boucle de r\u00e9troaction sensorimotrice et autonome d\u00e9connect\u00e9e. Apr\u00e8s une transsection ou une contusion s\u00e9v\u00e8re de la moelle \u00e9pini\u00e8re, la perte des influences inhibitrices descendantes d&rsquo;origine r\u00e9ticulospinale et raph\u00e9spinale (notamment les projections s\u00e9rotoninergiques et noradr\u00e9nergiques) provoque un remaniement structurel progressif au sein de la corne dorsale et de la colonne interm\u00e9diolat\u00e9rale de la moelle \u00e9pini\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce processus de plasticit\u00e9 inadapt\u00e9e se traduit par un bourgeonnement collat\u00e9ral (<em>axonal sprouting<\/em>) exub\u00e9rant des aff\u00e9rences nociceptives primaires peptidergiques de petit calibre (fibres C et A-delta) exprimant la substance P et le peptide reli\u00e9 au g\u00e8ne de la calcitonine (CGRP). Ce foisonnement synaptique anarchique accro\u00eet la connectivit\u00e9 entre les aff\u00e9rences sensitives sous-l\u00e9sionnelles et les neurones pr\u00e9ganglionnaires sympathiques, abaissant drastiquement le seuil d&rsquo;activation des r\u00e9flexes sympathiques spinaux.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la th\u00e9orie de l&rsquo;hypersensibilit\u00e9 de d\u00e9nervation post-synaptique explique pourquoi les parois art\u00e9riolaires du territoire splanchnique r\u00e9agissent avec une vigueur d\u00e9mesur\u00e9e \u00e0 des concentrations m\u00eame modestes de noradr\u00e9naline. L&rsquo;expression accrue et l&rsquo;hyper-r\u00e9activit\u00e9 des adr\u00e9nor\u00e9cepteurs vasculaires alpha-1 amplifient le spasme h\u00e9modynamique, transformant un signal nociceptif banal (tel qu&rsquo;une irritation de la muqueuse v\u00e9sicale) en une crise hypertensive d&rsquo;une violence extr\u00eame.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neuropsychologique et int\u00e9gratif, le mod\u00e8le de l&rsquo;int\u00e9roception bris\u00e9e th\u00e9oris\u00e9 dans les neurosciences contemporaines illustre comment la d\u00e9connexion de l&rsquo;axe enc\u00e9phale-moelle alt\u00e8re la cartographie corporelle centrale. Les structures c\u00e9r\u00e9brales sup\u00e9rieures (cortex insulaire, cortex cingulaire ant\u00e9rieur, amygdale) re\u00e7oivent des signaux h\u00e9modynamiques discordants relay\u00e9s uniquement par voie vagale haute, g\u00e9n\u00e9rant une dissonance neurovisc\u00e9rale majeure per\u00e7ue par le sujet conscient comme une angoisse existentielle ind\u00e9chiffrable.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>La pr\u00e9sentation clinique de la dysr\u00e9flexie autonome est h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne et s&rsquo;articule autour de multiples dimensions s\u00e9miologiques, physiologiques et chronologiques qu&rsquo;il convient de classifier m\u00e9thodiquement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Manifestations cardiovasculaires centrales :<\/strong> Hypertension art\u00e9rielle paroxystique s\u00e9v\u00e8re (d\u00e9finie chez le patient t\u00e9trapl\u00e9gique par une \u00e9l\u00e9vation de plus de 20 \u00e0 40 mmHg au-dessus de sa pression basale habituelle), accompagn\u00e9e d&rsquo;une bradycardie r\u00e9flexe m\u00e9di\u00e9e par le nerf vague ou d&rsquo;une arythmie (extrasystoles, bloc auriculo-ventriculaire, voire fibrillation).<\/li>\n<li><strong>Signes vasomoteurs sus-l\u00e9sionnels (parasympathiques\/inhibition r\u00e9siduelle) :<\/strong> C\u00e9phal\u00e9es pulsatiles r\u00e9tro-orbitaires ou occipitales d&rsquo;intensit\u00e9 fulgurante, \u00e9ryth\u00e8me cutan\u00e9 (flush) du visage, du cou et des \u00e9paules, hypersudation profuse c\u00e9phalique, myosis, congestion nasale et vision floue.<\/li>\n<li><strong>Signes vasomoteurs sous-l\u00e9sionnels (hyperactivit\u00e9 sympathique) :<\/strong> P\u00e2leur t\u00e9gumentaire marqu\u00e9e, peau glac\u00e9e au toucher, pilo\u00e9rection prononc\u00e9e (\u00ab chair de poule \u00bb) et spasmes musculaires involontaires des membres inf\u00e9rieurs.<\/li>\n<li><strong>Sous-type classique ou symptomatique :<\/strong> Crise aigu\u00eb spectaculaire combinant hypertension majeure, c\u00e9phal\u00e9es insoutenables et sueurs profuses, exigeant une intervention m\u00e9dicale imm\u00e9diate sous peine d&rsquo;engagement vital.<\/li>\n<li><strong>Sous-type silencieux ou asymptomatique :<\/strong> \u00c9l\u00e9vations tensionnelles paroxystiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es mais non ressenties subjectivement par le patient, fr\u00e9quemment observ\u00e9es lors de man\u0153uvres d&rsquo;\u00e9vacuation f\u00e9cale ou d&rsquo;actes d&rsquo;autosondage, responsables d&rsquo;un stress vasculaire c\u00e9r\u00e9bral chronique insidieux.<\/li>\n<li><strong>Dimension neuropsychologique et comportementale :<\/strong> \u00c9tat de sid\u00e9ration anxieuse, sensation d&rsquo;oppression thoracique assimilable \u00e0 une attaque de panique, irritabilit\u00e9 soudaine, labilit\u00e9 \u00e9motionnelle et ralentissement psychomoteur transitoire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 clinique de cette pathologie, deux vignettes cliniques embl\u00e9matiques d\u00e9montrent la diversit\u00e9 de ses modes d&rsquo;expression et l&rsquo;importance cruciale d&rsquo;une prise en charge diagnostique prompte :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Crise paroxystique secondaire \u00e0 une r\u00e9tention urinaire aigu\u00eb.<\/strong> Monsieur L., 34 ans, t\u00e9trapl\u00e9gique complet de niveau moteur et sensitif C6 (score AIS A) cons\u00e9cutif \u00e0 un accident de plongeon six ans auparavant, pr\u00e9sente une tension art\u00e9rielle habituelle au repos oscillant autour de 90\/60 mmHg. En milieu d&rsquo;apr\u00e8s-midi, lors d&rsquo;une s\u00e9ance d&rsquo;ergoth\u00e9rapie, il se plaint d&rsquo;une c\u00e9phal\u00e9e battante d&rsquo;installation brutale, se tenant la t\u00eate et devenant rouge \u00e9carlate au niveau du visage. En quelques minutes, des gouttes de sueur inondent son front, tandis que ses jambes deviennent p\u00e2les, froides et agit\u00e9es de secousses cloniques intenses. L&rsquo;\u00e9valuation des constantes vitales met en \u00e9vidence une pression art\u00e9rielle affolante de 210\/115 mmHg et une fr\u00e9quence cardiaque descendue \u00e0 42 battements par minute. L&rsquo;interrogatoire rapide et la palpation suspubienne r\u00e9v\u00e8lent un globe v\u00e9sical sous tension : la sonde urinaire \u00e0 demeure s&rsquo;\u00e9tait coud\u00e9e dans son pantalon lors du dernier transfert en fauteuil roulant. Le redressement imm\u00e9diat du patient en position assise stricte et le d\u00e9sentortillement de la sonde permettent l&rsquo;\u00e9vacuation rapide de 750 ml d&rsquo;urine claire. En moins de dix minutes, la pression art\u00e9rielle redescend \u00e0 105\/65 mmHg, la bradycardie se corrige spontan\u00e9ment et les c\u00e9phal\u00e9es disparaissent totalement, \u00e9vitant le recours aux antihypertenseurs d&rsquo;urgence.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Forme subaigu\u00eb m\u00e9connue d&rsquo;origine cutan\u00e9e.<\/strong> Madame B., 52 ans, parapl\u00e9gique de niveau T4 suite \u00e0 un cavernome intram\u00e9dullaire op\u00e9r\u00e9, signale depuis trois semaines \u00e0 son neuropsychologue des acc\u00e8s d&rsquo;angoisse inexpliqu\u00e9s, une fatigue matinale accrue, des difficult\u00e9s d&rsquo;attention soutenue et des impressions de bouff\u00e9es vasomotrices quotidiennes. Le bilan psychologique initial \u00e9voquait une r\u00e9activation de trouble anxieux g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9. Cependant, la mise en place d&rsquo;un enregistrement ambulatoire de la pression art\u00e9rielle (MAPA) sur 48 heures r\u00e9v\u00e8le de multiples pics hypertensifs paroxystiques diurnes atteignant 170\/95 mmHg, sans corr\u00e9lation avec des stresseurs environnementaux per\u00e7us. Un examen somatique approfondi men\u00e9 par le m\u00e9decin r\u00e9\u00e9ducateur met en lumi\u00e8re un ongle incarn\u00e9 infect\u00e9 avec panaris d\u00e9butant au niveau du gros orteil droit, totalement insensible en raison de la parapl\u00e9gie. Apr\u00e8s ex\u00e9r\u00e8se chirurgicale sous anesth\u00e9sie locale de l&rsquo;ongle incarn\u00e9 et antibioth\u00e9rapie, les fluctuations hypertensives ont enti\u00e8rement r\u00e9gress\u00e9, entra\u00eenant une normalisation de l&rsquo;humeur, une disparition compl\u00e8te des pseudo-attaques de panique et une restauration de l&rsquo;efficience cognitive de la patiente.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>Le diagnostic de la dysr\u00e9flexie autonome est avant tout clinique et repose sur une anamn\u00e8se minutieuse coupl\u00e9e \u00e0 une surveillance rigoureuse des constantes h\u00e9modynamiques. Chez un sujet atteint de l\u00e9sion m\u00e9dullaire sup\u00e9rieure \u00e0 T6, l&rsquo;absence de tonus sympathique basal conf\u00e8re habituellement une pression art\u00e9rielle physiologique remarquablement basse (pression systolique oscillant typiquement entre 80 et 100 mmHg). Par cons\u00e9quent, les crit\u00e8res internationaux \u00e9tablis par l&rsquo;<em>American Spinal Injury Association<\/em> (ASIA) et l&rsquo;<em>International Spinal Cord Society<\/em> (ISCoS) d\u00e9finissent un \u00e9pisode de dysr\u00e9flexie autonome par une \u00e9l\u00e9vation de la pression art\u00e9rielle systolique de plus de 20 mmHg par rapport aux valeurs basales individuelles, qu&rsquo;elle soit ou non accompagn\u00e9e de sympt\u00f4mes subjectifs.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation standardis\u00e9e s&rsquo;appuie sur le protocole d&rsquo;\u00e9valuation clinique et neurologique ASIA\/ISCoS, ainsi que sur l&rsquo;<em>Autonomic Standards Assessment Form<\/em> (ISAFSCI), qui documente l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 ou la d\u00e9t\u00e9rioration du syst\u00e8me nerveux autonome chez le bless\u00e9 m\u00e9dullaire. Lors d&rsquo;une suspicion de crise, le protocole diagnostique impose la prise imm\u00e9diate et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de la pression art\u00e9rielle toutes les deux \u00e0 cinq minutes \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un tensiom\u00e8tre calibr\u00e9.<\/p>\n<p>L&rsquo;exploration des causes sous-jacentes exige une d\u00e9marche syst\u00e9matique par \u00e9limination, orient\u00e9e par la r\u00e8gle mn\u00e9motechnique des stimuli d\u00e9clencheurs les plus fr\u00e9quents :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Origine v\u00e9sicale et r\u00e9nale (75-85 % des cas) :<\/strong> R\u00e9tention aigu\u00eb d&rsquo;urine, obstruction ou coudure d&rsquo;une sonde v\u00e9sicale, spasmes du d\u00e9trusor, infection urinaire, lithiase intrav\u00e9sicale.<\/li>\n<li><strong>Origine gastro-intestinale et pelvienne (10-15 % des cas) :<\/strong> F\u00e9calome, impaction stercorale, constipation opini\u00e2tre, h\u00e9morro\u00efdes thrombos\u00e9es, fissure anale, man\u0153uvres d&rsquo;\u00e9vacuation manuelle agressives, abdomen aigu chirurgical (appendicite, chol\u00e9cystite sans douleur consciente).<\/li>\n<li><strong>Origine cutan\u00e9e et phan\u00e9rienne (5-10 % des cas) :<\/strong> Escarres de d\u00e9cubitus, br\u00fblures, ongles incarn\u00e9s, v\u00eatements trop serr\u00e9s, plis de draps irritants, piq\u00fbres d&rsquo;insectes sous-l\u00e9sionnelles.<\/li>\n<li><strong>Origine g\u00e9nitale et reproductive :<\/strong> Rapports sexuels, \u00e9jaculation, stimulation vibratoire p\u00e9nienne, contractions ut\u00e9rines du travail obst\u00e9trical, pose d&rsquo;un st\u00e9rilet.<\/li>\n<li><strong>Origine iatrog\u00e8ne ou musculo-squelettique :<\/strong> Fractures osseuses occultes des membres inf\u00e9rieurs, luxation coxo-f\u00e9morale, interventions chirurgicales ou endoscopiques sous-l\u00e9sionnelles sans anesth\u00e9sie ad\u00e9quate.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications cliniques et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La reconnaissance de la dysr\u00e9flexie autonome transforme fondamentalement la pratique m\u00e9dicale, r\u00e9\u00e9ducative et psychosociale aupr\u00e8s des populations bless\u00e9es m\u00e9dullaires. Dans le domaine de la m\u00e9decine d&rsquo;urgence et de r\u00e9adaptation, la prise en charge imm\u00e9diate d&rsquo;une crise constitue un algorithme non n\u00e9gociable : le patient doit \u00eatre assis imm\u00e9diatement \u00e0 90 degr\u00e9s, jambes pendantes hors du lit, afin de favoriser le stockage veineux orthostatique dans les membres inf\u00e9rieurs et d&rsquo;abaisser passivement la pression intracr\u00e2nienne et art\u00e9rielle par gravit\u00e9.<\/p>\n<p>Les v\u00eatements compressifs, ceintures abdominales et bas de contention doivent \u00eatre retir\u00e9s sur-le-champ. Si la d\u00e9sobstruction urinaire ou l&rsquo;\u00e9limination du facteur causal m\u00e9canique ne suffit pas \u00e0 faire chuter la pression sous le seuil d&rsquo;alerte en moins de quelques minutes, une pharmacoth\u00e9rapie d&rsquo;action rapide \u00e0 demi-vie courte doit \u00eatre administr\u00e9e, privil\u00e9giant les d\u00e9riv\u00e9s nitr\u00e9s sublinguaux (trinitrine en spray ou patch transdermique) ou les antihypertenseurs oraux tels que la nif\u00e9dipine \u00e0 lib\u00e9ration imm\u00e9diate (\u00e0 manipuler avec pr\u00e9caution pour \u00e9viter les chutes tensionnelles brutales) ou le captopril.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et psycho\u00e9ducatif, l&rsquo;enjeu r\u00e9side dans l&rsquo;\u00e9ducation th\u00e9rapeutique du patient et de ses proches aidants. Tout patient \u00e0 risque doit \u00eatre dot\u00e9 d&rsquo;une carte d&rsquo;urgence m\u00e9dicale (\u00ab Carte Dysr\u00e9flexie Autonome \u00bb) expliquant la conduite \u00e0 tenir aux professionnels de sant\u00e9 de premi\u00e8re ligne, pompiers ou ambulanciers souvent peu familiers avec cette urgence neurov\u00e9g\u00e9tative. La pr\u00e9vention des crises repose sur l&rsquo;autogestion minutieuse des programmes de vidange v\u00e9sicale et intestinale, l&rsquo;inspection cutan\u00e9e pluriquotidienne et l&rsquo;identification pr\u00e9coce des prodromes \u00e9motionnels et physiques.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques contemporaines indiquent qu&rsquo;entre 50 % et 90 % des individus pr\u00e9sentant une l\u00e9sion m\u00e9dullaire cervicale ou thoracique haute (\u00e9gale ou sup\u00e9rieure \u00e0 T6) subissent des \u00e9pisodes de dysr\u00e9flexie autonome au cours de leur existence. La fr\u00e9quence de ces \u00e9pisodes varie consid\u00e9rablement, allant de plusieurs crises par jour \u00e0 des occurrences sporadiques mensuelles. Les travaux pionniers de chercheurs comme Andrei Krassioukov et ses collaborateurs ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la grande majorit\u00e9 de ces acc\u00e8s sont en r\u00e9alit\u00e9 silencieux, \u00e9chappant \u00e0 la conscience du sujet mais exer\u00e7ant une contrainte h\u00e9modynamique s\u00e9v\u00e8re et r\u00e9p\u00e9t\u00e9e sur l&rsquo;arbre vasculaire c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes empiriques r\u00e9centes utilisant le Doppler transcr\u00e2nien et l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;au cours de chaque \u00e9pisode dysr\u00e9flexique, l&rsquo;autor\u00e9gulation c\u00e9r\u00e9brovasculaire est mise \u00e0 rude \u00e9preuve par l&rsquo;hyperperfusion brutale. Les recherches dirig\u00e9es par Jill Wecht et Victoria Claydon ont mis en \u00e9vidence une association statistiquement robuste entre la chronicit\u00e9 des micro-\u00e9pisodes de dysr\u00e9flexie et un d\u00e9clin pr\u00e9coce des performances neuropsychologiques, en particulier dans les domaines de la vitesse de traitement de l&rsquo;information, de la flexibilit\u00e9 cognitive et de la m\u00e9moire de travail.<\/p>\n<p>Sur le plan fondamental, les investigations men\u00e9es sur des mod\u00e8les animaux murins de transsection spinale ont valid\u00e9 le r\u00f4le critique des neurotrophines, singuli\u00e8rement du facteur de croissance nerveuse (<em>Nerve Growth Factor<\/em> ou NGF), dans le bourgeonnement anormal des fibres aff\u00e9rentes CGRP-positives au sein de la moelle \u00e9pini\u00e8re lombo-sacr\u00e9e. Les approches th\u00e9rapeutiques exp\u00e9rimentales actuelles s&rsquo;orientent vers des th\u00e9rapies g\u00e9niques neutralisant le NGF intrath\u00e9cal, des mol\u00e9cules bloquant s\u00e9lectivement les canaux ioniques m\u00e9cano-sensibles v\u00e9sicaux, ou encore l&rsquo;utilisation de la stimulation \u00e9lectrique \u00e9pidurale de la moelle \u00e9pini\u00e8re pour r\u00e9tablir une neuromodulation autonome artificielle et stabiliser la pression art\u00e9rielle.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression, la perception et la prise en charge de la dysr\u00e9flexie autonome varient significativement selon les contextes g\u00e9ographiques, socio-\u00e9conomiques et culturels des syst\u00e8mes de sant\u00e9. Dans les nations disposant de r\u00e9seaux sp\u00e9cialis\u00e9s de neuro-r\u00e9habilitation (Europe occidentale, Am\u00e9rique du Nord, Australie), l&rsquo;appareillage moderne par sondes urinaires hydrophiles autolubrifiantes \u00e0 usage unique et la disponibilit\u00e9 de protocoles d&rsquo;urgence standardis\u00e9s ont consid\u00e9rablement r\u00e9duit la mortalit\u00e9 par h\u00e9morragie c\u00e9r\u00e9brale secondaire.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire o\u00f9 les personnes bless\u00e9es m\u00e9dullaires manquent d&rsquo;acc\u00e8s aux consommables pour sondage intermittent propre et doivent r\u00e9utiliser du mat\u00e9riel non st\u00e9rile ou porter des sondes \u00e0 demeure occluses de fa\u00e7on chronique, la dysr\u00e9flexie autonome demeure une cause majeure de mortalit\u00e9 pr\u00e9coce \u00e9vitable. Le manque de formation des \u00e9quipes m\u00e9dicales g\u00e9n\u00e9ralistes en milieu communautaire aboutit fr\u00e9quemment \u00e0 des erreurs catastrophiques : assimiler l&rsquo;hypertension paroxystique d&rsquo;un jeune t\u00e9trapl\u00e9gique \u00e0 une crise d&rsquo;angoisse banale et lui administrer un anxiolytique sans vider sa vessie peut sceller une issue fatale.<\/p>\n<p>Il existe \u00e9galement un contexte particulier et controvers\u00e9 dans le domaine du handisport de haut niveau : la pratique du \u00ab <em>boosting<\/em> \u00bb. Certains athl\u00e8tes paralympiques t\u00e9trapl\u00e9giques ont intentionnellement d\u00e9clench\u00e9 des \u00e9pisodes de dysr\u00e9flexie autonome contr\u00f4l\u00e9e avant une \u00e9preuve de course en fauteuil en serrant excessivement des sangles abdominales, en clamant leur sonde urinaire ou en comprimant leurs testicules. Cette man\u0153uvre d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e vise \u00e0 provoquer une d\u00e9charge sympathique massive, augmentant le d\u00e9bit cardiaque, la ventilation alv\u00e9olaire et l&rsquo;apport d&rsquo;oxyg\u00e8ne aux muscles du haut du corps pour am\u00e9liorer la performance chronom\u00e9trique. Strictement interdite par le Comit\u00e9 International Paralympique (CIP) en raison du danger mortel encouru, cette pratique fait d\u00e9sormais l&rsquo;objet de contr\u00f4les tensionnels stricts avant chaque comp\u00e9tition sportive officielle.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>Bien que le consensus physiopathologique g\u00e9n\u00e9ral soit \u00e9tabli, plusieurs d\u00e9bats scientifiques persistent dans la communaut\u00e9 neurologique. Le premier controverse porte sur le seuil diagnostique pr\u00e9cis de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation tensionnelle. Alors que le seuil de 20 mmHg d&rsquo;augmentation de la pression art\u00e9rielle systolique fix\u00e9 par l&rsquo;ISCoS est tr\u00e8s sensible, certains cliniciens soulignent qu&rsquo;il peut g\u00e9n\u00e9rer des faux positifs chez des patients dont la pression varie naturellement au cours d&rsquo;efforts physiques intenses ou d&rsquo;\u00e9motions vives sans qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une dysr\u00e9flexie autonome vraie.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me point de d\u00e9bat concerne la fronti\u00e8re floue entre la dysr\u00e9flexie autonome et le syndrome de tachycardie posturale orthostatique (POTS) ou les autres formes d&rsquo;instabilit\u00e9 vasomotrice chez les patients porteurs de l\u00e9sions incompl\u00e8tes (AIS B, C ou D). Dans les l\u00e9sions incompl\u00e8tes, la persistance de voies ascendantes ou descendantes partielles modifie l&rsquo;expression ph\u00e9notypique du syndrome, rendant le tableau clinique b\u00e2tard et source d&rsquo;errances diagnostiques prolong\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, la distinction diagnostique entre une crise de dysr\u00e9flexie autonome d\u00e9butante et une crise de panique avec manifestations somatiques repr\u00e9sente un pi\u00e8ge diagnostique neuropsychologique majeur. Chez un patient m\u00e9dullol\u00e9s\u00e9 haut, l&rsquo;angoisse massive peut \u00eatre soit la cause psychog\u00e8ne d&rsquo;une pouss\u00e9e adr\u00e9nergique mod\u00e9r\u00e9e, soit la cons\u00e9quence neurophysiologique directe de l&rsquo;onde hypertensive dysr\u00e9flexique stimulant les r\u00e9cepteurs vestibulaires et carotidiens. Traiter une authentique crise dysr\u00e9flexique par un traitement psychotrope en n\u00e9gligeant l&rsquo;examen de la sonde urinaire constitue une faute clinique aux cons\u00e9quences neurologiques potentiellement irr\u00e9versibles.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour garantir une pr\u00e9cision nosologique sans ambigu\u00eft\u00e9, la dysr\u00e9flexie autonome doit \u00eatre soigneusement distingu\u00e9e d&rsquo;autres syndromes touchant la r\u00e9gulation cardiovasculaire et v\u00e9g\u00e9tative :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Hypotension orthostatique spinale :<\/strong> Chute brutale de la pression art\u00e9rielle lors du passage en position verticale due \u00e0 la mise en r\u00e9serve du sang dans les membres inf\u00e9rieurs par d\u00e9ficit de tonus sympathique basal. Il s&rsquo;agit du miroir h\u00e9modynamique inverse de la dysr\u00e9flexie autonome, bien qu&rsquo;un m\u00eame patient puisse souffrir alternativement des deux troubles dans la m\u00eame journ\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Ph\u00e9ochromocytome :<\/strong> Tumeur neuroendocrine de la m\u00e9dullosurr\u00e9nale s\u00e9cr\u00e9tant des cat\u00e9cholamines de fa\u00e7on autonome et anarchique, provoquant des pouss\u00e9es hypertensives paroxystiques similaires mais sans rapport avec une l\u00e9sion m\u00e9dullaire ni avec un stimulus somatique sous-l\u00e9sionnel sp\u00e9cifique.<\/li>\n<li><strong>Crise de panique (Trouble panique) :<\/strong> \u00c9pisode d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 aigu\u00eb paroxystique d&rsquo;origine centrale avec activation sympathique diffuse, mais sans dissociation topographique entre le haut et le bas du corps (absence de p\u00e2leur sous-l\u00e9sionnelle contrastant avec un flush facial) et sans bradycardie baror\u00e9flexe s\u00e9v\u00e8re concomitante.<\/li>\n<li><strong>Syndrome d&rsquo;hyperactivit\u00e9 autonome paroxystique (Storming v\u00e9g\u00e9tatif) :<\/strong> Observ\u00e9 apr\u00e8s des traumatismes cr\u00e2niens s\u00e9v\u00e8res ou des enc\u00e9phalopathies anoxiques, caract\u00e9ris\u00e9 par des crises d&rsquo;hyperthermie, tachycardie, tachypn\u00e9e et dystonie, d&rsquo;origine enc\u00e9phalique et non m\u00e9dullaire.<\/li>\n<li><strong>Temp\u00eate thyro\u00efdienne :<\/strong> Exacerbation aigu\u00eb mortelle d&rsquo;une hyperthyro\u00efdie se manifestant par une tachycardie extr\u00eame, une hyperthermie et une agitation, mais sans lien avec des stimulations m\u00e9caniques sous-l\u00e9sionnelles.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En r\u00e9capitulation, la dysr\u00e9flexie autonome est une urgence m\u00e9dicale et neuropsychologique absolue qui d\u00e9coule de la perte de coordination entre l&rsquo;enc\u00e9phale et les voies sympathiques spinales sous-jacentes \u00e0 une l\u00e9sion de la moelle \u00e9pini\u00e8re au-dessus de T6. Elle se caract\u00e9rise par une pouss\u00e9e hypertensive paroxystique d\u00e9clench\u00e9e par un stimulus douloureux ou distensif situ\u00e9 sous la l\u00e9sion, le plus souvent d&rsquo;origine v\u00e9sicale ou intestinale.<\/p>\n<p>Les manifestations cliniques cardinales associent une c\u00e9phal\u00e9e explosive, une vasodilatation sus-l\u00e9sionnelle avec sueurs et congestion faciale, une bradycardie r\u00e9flexe m\u00e9di\u00e9e par les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Baror%C3%A9cepteur\">baror\u00e9cepteurs<\/a>, et une vasoconstriction sous-l\u00e9sionnelle responsable de p\u00e2leur cutan\u00e9e. Le premier geste th\u00e9rapeutique salutaire consiste \u00e0 asseoir imm\u00e9diatement le patient et \u00e0 supprimer sans d\u00e9lai l&rsquo;agent causal d\u00e9clencheur. L&rsquo;\u00e9ducation continue du patient, la formation des soignants et la pr\u00e9vention des stimulations nociceptives pelviennes constituent les piliers intangibles de la prise en charge pour pr\u00e9server le pronostic vital et les facult\u00e9s neurocognitives \u00e0 long terme.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Blackmer, J. (2003). Rehabilitation medicine: 1. Autonomic dysreflexia. <em>Canadian Medical Association Journal<\/em>, 169(9), 931-935. https:\/\/www.cmaj.ca\/content\/169\/9\/931<\/li>\n<li>Guttmann, L., &amp; Whitteridge, D. (1947). Effects of bladder distension on autonomic mechanisms after spinal cord injuries. <em>Brain<\/em>, 70(4), 361-404. https:\/\/doi.org\/10.1093\/brain\/70.4.361<\/li>\n<li>Krassioukov, A., Biering-S\u00f8rensen, F., Donovan, W., Kennelly, M., Kirshblum, S., Stockglausner, B., &amp; Wecht, J. (2021). International standards to document remaining autonomic function after spinal cord injury. <em>Topics in Spinal Cord Injury Rehabilitation<\/em>, 27(2), 1-22. https:\/\/doi.org\/10.46292\/sci2702-1<\/li>\n<li>Rabchevsky, A. G., &amp; Kitzman, P. H. (2011). Autonomic dysreflexia: Emerging mechanisms and pharmacological targets. <em>Neurotherapeutics<\/em>, 8(2), 229-238. https:\/\/doi.org\/10.1007\/s13311-011-0027-2<\/li>\n<li>Wecht, J. M., &amp; Bauman, W. A. (2018). Autonomic cardiovascular dysfunction in spinal cord injury. <em>Neurologic Clinics<\/em>, 36(3), 571-589. https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.ncl.2018.04.010<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La dysr\u00e9flexie autonome est une urgence m\u00e9dicale paroxystique survenant lors d&rsquo;une l\u00e9sion m\u00e9dullaire haute (T6 ou plus), caus\u00e9e par une r\u00e9ponse sympathique incontr\u00f4l\u00e9e face \u00e0 un stimulus sous-l\u00e9sionnel.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,459],"tags":[35718,35719,33036,35721,8006,35720],"class_list":["post-21375","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-neurosciences","tag-dysreflexie-autonome","tag-hypertension-paroxystique","tag-moelle-epiniere","tag-neuro-rehabilitation","tag-systeme-nerveux-autonome","tag-tetraplegie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21375","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21375\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21375"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21375"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21375"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}