{"id":21334,"date":"2026-10-25T13:50:05","date_gmt":"2026-10-25T13:50:05","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=autohypnose-auto-regulation-conscience"},"modified":"2026-10-25T13:50:05","modified_gmt":"2026-10-25T13:50:05","slug":"autohypnose-auto-regulation-conscience","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=autohypnose-auto-regulation-conscience","title":{"rendered":"Autohypnose : L&rsquo;art de l&rsquo;auto-r\u00e9gulation"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;autohypnose repr\u00e9sente une facult\u00e9 cognitive remarquable permettant \u00e0 un individu d&rsquo;induire d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment un \u00e9tat modifi\u00e9 de conscience sans l&rsquo;intervention directe d&rsquo;un praticien tiers. \u00c0 l&rsquo;intersection de la psychologie clinique, des neurosciences cognitives et de la m\u00e9decine int\u00e9grative, ce processus d&rsquo;auto-induction sollicite l&rsquo;attention focalis\u00e9e, l&rsquo;imagerie mentale et la r\u00e9ceptivit\u00e9 suggestive afin de moduler les fonctions psychophysiologiques de l&rsquo;organisme. L&rsquo;exploration scientifique de cette technique \u00e9claire d&rsquo;un jour nouveau les m\u00e9canismes d&rsquo;autor\u00e9gulation, la neuroplasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale et le dialogue constant entre le corps et l&rsquo;esprit.<\/p>\n<h2>Autohypnose<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;autohypnose d\u00e9signe un ensemble de proc\u00e9dures cognitives et comportementales par lesquelles un sujet s&rsquo;auto-administre des suggestions et induit volontairement un \u00e9tat d&rsquo;hypnose sans m\u00e9diation h\u00e9t\u00e9ronome ext\u00e9rieure. Cet \u00e9tat de conscience particulier se caract\u00e9rise par une focalisation attentionnelle accrue, une absorption perceptive intense et une r\u00e9duction sensible de la conscience p\u00e9riph\u00e9rique critique.<\/p>\n<p>Sur le plan psychodynamique et cognitif, l&rsquo;autohypnose ne consiste nullement en une perte de contr\u00f4le ou un \u00e9tat d&rsquo;inconscience passive. Elle constitue, bien au contraire, une forme exacerb\u00e9e d&rsquo;autor\u00e9gulation cognitive et affective o\u00f9 la personne utilise intentionnellement des symboles, des m\u00e9taphores ou des formulations verbales directes afin de transformer ses perceptions int\u00e9roceptives et nociceptives, de recalibrer ses r\u00e9actions physiologiques autonomes et de restructurer ses sch\u00e9mas cognitifs latents.<\/p>\n<p>Dans le domaine contemporain des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neurosciences_cognitives\">neurosciences cognitives<\/a>, l&rsquo;autohypnose est conceptualis\u00e9e comme une modulation dirig\u00e9e des r\u00e9seaux neuronaux de grande \u00e9chelle, impliquant notamment le r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (Default Mode Network) et le r\u00e9seau d&rsquo;attention ex\u00e9cutive dorsolat\u00e9rale. Elle offre ainsi un terrain d&rsquo;investigation privil\u00e9gi\u00e9 pour comprendre comment la volition consciente peut exercer une influence descendante (top-down) sur des processus physiologiques involontaires.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab autohypnose \u00bb est un n\u00e9ologisme savant form\u00e9 par la concat\u00e9nation de deux racines issues du grec ancien. Le pr\u00e9fixe \u00ab auto- \u00bb provient de <em>autos<\/em> (\u03b1\u1f50\u03c4\u03cc\u03c2), signifiant \u00ab de soi-m\u00eame \u00bb, \u00ab propre \u00bb ou \u00ab spontan\u00e9 \u00bb, d\u00e9signant l&rsquo;agentivit\u00e9 autonome de l&rsquo;individu qui s&rsquo;applique l&rsquo;action \u00e0 lui-m\u00eame sans interm\u00e9diaire ext\u00e9rieur.<\/p>\n<p>Le second \u00e9l\u00e9ment lexical d\u00e9coule de <em>hypnos<\/em> (\u1f55\u03c0\u03bd\u03bf\u03c2), d\u00e9signant le \u00ab sommeil \u00bb ou la divinit\u00e9 all\u00e9gorique grecque personnifiant le repos nocturne, fr\u00e8re jumeau de Thanatos (la mort). Ce terme fut initialement introduit dans la nosologie m\u00e9dicale moderne par le chirurgien \u00e9cossais <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/James_Braid_(m%C3%A9decin)\">James Braid<\/a> vers 1843, \u00e0 travers le vocable \u00ab neuro-hypnotisme \u00bb (sommeil du syst\u00e8me nerveux), pour \u00e9manciper l&rsquo;\u00e9tude de la transe du magn\u00e9tisme animal fluide de Franz-Anton Mesmer.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjonction formelle du pr\u00e9fixe r\u00e9flexif pour forger \u00ab autohypnose \u00bb (ou <em>auto-hypnotism<\/em> en anglais) s&rsquo;est consolid\u00e9e \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle sous la plume de pionniers tels que Braid lui-m\u00eame dans ses \u00e9crits tardifs, puis reprise par l&rsquo;\u00e9cole de Nancy avec Ambroise-Auguste Li\u00e9beault et Hippolyte Bernheim. Le terme a ainsi p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 la terminologie psychologique et psychiatrique francophone pour distinguer explicitement la suggestion solitaire de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rohypnose r\u00e9gie par le clinicien.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le mot se prononce en fran\u00e7ais standard [o.to.ip.noz] ou [\u0254.to.ip.noz]. Le \u00ab h \u00bb initial de la racine hypnotique est totalement muet, assurant une liaison douce et continue entre le pr\u00e9fixe vocalique et le radical.<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, \u00ab autohypnose \u00bb est un substantif f\u00e9minin singulier (des autohypnoses au pluriel, bien que l&rsquo;usage abstrait privil\u00e9gie g\u00e9n\u00e9ralement le singulier). On rel\u00e8ve occasionnellement dans les publications plus anciennes la graphie avec trait d&rsquo;union (\u00ab auto-hypnose \u00bb), mais l&rsquo;orthographe soud\u00e9e moderne (\u00ab autohypnose \u00bb) pr\u00e9vaut d\u00e9sormais dans la litt\u00e9rature scientifique et les dictionnaires lexicographiques actuels.<\/p>\n<p>Ses d\u00e9riv\u00e9s morphologiques incluent l&rsquo;adjectif \u00ab autohypnotique \u00bb (par exemple, un protocole autohypnotique), l&rsquo;adverbe rare \u00ab autohypnotiquement \u00bb, ainsi que la locution verbale \u00ab pratiquer l&rsquo;autohypnose \u00bb ou le n\u00e9ologisme d&rsquo;action \u00ab s&rsquo;autohypnotiser \u00bb, verbe pronominal transitif du premier groupe couramment employ\u00e9 en pratique clinique pour d\u00e9crire l&rsquo;amorce de la transe.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;autohypnose dans sa complexit\u00e9, il convient de diss\u00e9quer la dynamique attentionnelle et ph\u00e9nom\u00e9nologique qui sous-tend cet \u00e9tat. Contrairement au sommeil physiologique ordinaire, o\u00f9 l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie r\u00e9v\u00e8le une synchronisation globale par ondes lentes et une atonie musculaire involontaire, l&rsquo;autohypnose correspond \u00e0 une veille paradoxale hautement focalis\u00e9e. L&rsquo;individu s&rsquo;abstrait temporairement de son environnement spatial imm\u00e9diat tout en conservant une conscience m\u00e9tacognitive aiguis\u00e9e de ses intentions int\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Le champ conceptuel de l&rsquo;autohypnose repose sur trois axes fondamentaux : l&rsquo;absorption mentale, la dissociation fonctionnelle et la suggestibilit\u00e9 auto-induite. L&rsquo;absorption d\u00e9signe l&rsquo;engagement total des ressources cognitives sur un objet interne, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;un point fixe de focalisation visuelle, du rythme respiratoire ou d&rsquo;un sc\u00e9nario imaginaire kinesth\u00e9sique. Cette concentration unilat\u00e9rale produit un effet de r\u00e9tr\u00e9cissement du champ de conscience p\u00e9riph\u00e9rique, estompant les stimuli sensoriels distracteurs externes ainsi que les ruminations discursives.<\/p>\n<p>La dissociation fonctionnelle, quant \u00e0 elle, renvoie \u00e0 la s\u00e9paration ph\u00e9nom\u00e9nologique transitoire entre l&rsquo;instance qui observe et celle qui ex\u00e9cute ou ressent. Lors d&rsquo;un exercice d&rsquo;autohypnose, l&rsquo;individu fait l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;une d\u00e9connexion partielle entre le contr\u00f4le volontaire explicite et l&rsquo;\u00e9mergence de r\u00e9ponses physiologiques ou id\u00e9omotrices. Par exemple, un bras peut sembler s&rsquo;\u00e9lever de mani\u00e8re spontan\u00e9e ou une anesth\u00e9sie sensorielle peut se d\u00e9velopper comme si elle survenait de mani\u00e8re autonome, bien qu&rsquo;elle ait \u00e9t\u00e9 initialement programm\u00e9e par l&rsquo;intention du sujet.<\/p>\n<p>Enfin, la suggestibilit\u00e9 autog\u00e8ne constitue le vecteur th\u00e9rapeutique central. Une fois la transe autohypnotique stabilis\u00e9e, les barri\u00e8res critiques de l&rsquo;analyse rationnelle imm\u00e9diate s&rsquo;assouplissent sans pour autant dispara\u00eetre. Le sujet introduit alors des formulations positives, des images symboliques ou des recadrages affectifs qui s&rsquo;impr\u00e8gnent plus directement dans les r\u00e9seaux neuronaux sous-corticaux, modulant l&rsquo;activit\u00e9 du syst\u00e8me nerveux autonome sans rencontrer la r\u00e9sistance dialectique habituelle propre \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de veille ordinaire.<\/p>\n<p>Les limites de l&rsquo;autohypnose doivent \u00e9galement \u00eatre clarifi\u00e9es avec rigueur scientifique. Elle ne conf\u00e8re aucun super-pouvoir et ne saurait contourner les lois fondamentales de la physiologie humaine. Elle n&rsquo;autorise pas non plus la manipulation involontaire de la personnalit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;insu de soi-m\u00eame : l&rsquo;autohypnose demeure une pratique intrins\u00e8quement align\u00e9e sur les valeurs, les d\u00e9sirs conscients et les d\u00e9fenses psychologiques du sujet. Si une suggestion g\u00e9n\u00e8re un conflit \u00e9thique ou une anxi\u00e9t\u00e9 intol\u00e9rable, la transe s&rsquo;interrompt spontan\u00e9ment, ramenant imm\u00e9diatement l&rsquo;individu \u00e0 la veille standard.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>Bien que des pratiques d&rsquo;incubation, de m\u00e9ditation profonde et d&rsquo;auto-transe rituelle soient document\u00e9es depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 grecque, \u00e9gyptienne et au sein des traditions orientales, l&rsquo;histoire formelle de l&rsquo;autohypnose commence avec la m\u00e9dicalisation du magn\u00e9tisme au XIXe si\u00e8cle. James Braid, dans son trait\u00e9 <em>Neurypnology<\/em> (1843), documenta non seulement l&rsquo;induction sur autrui mais constata qu&rsquo;en fixant un objet brillant et en concentrant son esprit sur une seule id\u00e9e, il parvenait \u00e0 modifier son propre tonus musculaire et son seuil douloureux sans intervention ext\u00e9rieure.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, les ma\u00eetres de l&rsquo;\u00c9cole de Nancy, notamment le pharmacien \u00c9mile Cou\u00e9, comprirent que toute hypnose r\u00e9ussie reposait fondamentalement sur l&rsquo;assentiment du sujet. Cou\u00e9 th\u00e9orisa ainsi que \u00ab l&rsquo;hypnose n&rsquo;existe pas en soi, il n&rsquo;y a que l&rsquo;autosuggestion \u00bb. Sa c\u00e9l\u00e8bre m\u00e9thode, fond\u00e9e sur la r\u00e9p\u00e9tition quotidienne et rythm\u00e9e de maximes conscientes (\u00ab Tous les jours, \u00e0 tous points de vue, je vais de mieux en mieux \u00bb), constituait une forme rudimentaire mais pr\u00e9curseure d&rsquo;autohypnose dirig\u00e9e, marquant le passage de l&rsquo;injonction autoritaire du magn\u00e9tiseur \u00e0 l&rsquo;autonomie du patient.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement en Europe continentale, le neurologue allemand <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Johannes_Heinrich_Schultz\">Johannes Heinrich Schultz<\/a> d\u00e9veloppa au d\u00e9but des ann\u00e9es 1930 le \u00ab Training Autog\u00e8ne \u00bb. Directement inspir\u00e9 des recherches sur l&rsquo;hypnose de l&rsquo;Institut de Berlin dirig\u00e9 par Oskar Vogt, Schultz formalisa une s\u00e9quence standardis\u00e9e d&rsquo;autohypnose par paliers physiologiques (lourdeur, chaleur, r\u00e9gulation cardiaque, respiration, chaleur abdominale, fra\u00eecheur du front), d\u00e9montrant empiriquement qu&rsquo;un entra\u00eenement autog\u00e8ne m\u00e9thodique modifiait les param\u00e8tres v\u00e9g\u00e9tatifs des patients n\u00e9vros\u00e9s.<\/p>\n<p>Le milieu du XXe si\u00e8cle vit l&rsquo;av\u00e8nement de la r\u00e9volution ericksonienne men\u00e9e par le psychiatre am\u00e9ricain <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Milton_Erickson\">Milton H. Erickson<\/a>. Erickson d\u00e9mystifia radicalement la transe formelle, affirmant que l&rsquo;\u00e9tat hypnotique est un processus naturel que tout \u00eatre humain exp\u00e9rimente quotidiennement au cours de moments de distraction ou de r\u00eaverie diurne. Il encouragea ses patients \u00e0 cultiver l&rsquo;autohypnose naturaliste, utilisant des m\u00e9taphores libres, des contes int\u00e9rieurs et l&rsquo;exploitation des ressources inconscientes sans recourir aux rituels rigides de l&rsquo;\u00e9cole classique.<\/p>\n<p>Depuis la fin du XXe si\u00e8cle et au cours des premi\u00e8res d\u00e9cennies du XXIe si\u00e8cle, l&rsquo;autohypnose a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9e dans les programmes de m\u00e9decine hospitali\u00e8re, d&rsquo;oncologie et de prise en charge des douleurs chroniques. Sous l&rsquo;impulsion de cliniciens-chercheurs contemporains, elle a acquis un statut th\u00e9rapeutique respect\u00e9, soutenu par des protocoles valid\u00e9s d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle d\u00e9montrant objectivement ses corr\u00e9lats neurobiologiques.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension scientifique de l&rsquo;autohypnose s&rsquo;articule autour de plusieurs cadres conceptuels majeurs d\u00e9velopp\u00e9s au cours du dernier si\u00e8cle. Le premier d&rsquo;entre eux est la <strong>th\u00e9orie n\u00e9o-dissociative<\/strong> formul\u00e9e par Ernest Hilgard dans les ann\u00e9es 1970. Selon Hilgard, les structures cognitives humaines sont organis\u00e9es de mani\u00e8re hi\u00e9rarchique avec un syst\u00e8me de contr\u00f4le centralis\u00e9. Lors de l&rsquo;autohypnose, une dissociation structurelle s&rsquo;op\u00e8re : des syst\u00e8mes ex\u00e9cutifs subordonn\u00e9s sont temporairement d\u00e9coupl\u00e9s du moniteur central conscient, permettant l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un \u00ab observateur cach\u00e9 \u00bb (<em>hidden observer<\/em>) capable de surveiller la situation tandis que d&rsquo;autres modules cognitifs ex\u00e9cutent les suggestions sans effort d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 per\u00e7u.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9 de cette vision dissociative, la <strong>th\u00e9orie socio-cognitive<\/strong> d\u00e9fendue par des chercheurs comme Nicholas Spanos et Irving Kirsch soutient que l&rsquo;autohypnose ne refl\u00e8te pas un \u00e9tat alt\u00e9r\u00e9 myst\u00e9rieux, mais d\u00e9coule des attentes de r\u00f4le, de la motivation intrins\u00e8que et des croyances de l&rsquo;individu (<em>response expectancy theory<\/em>). Selon cette perspective, lorsqu&rsquo;un sujet s&rsquo;engage dans l&rsquo;autohypnose, il mobilise activement ses capacit\u00e9s imaginatives pour faire correspondre son comportement et son v\u00e9cu subjectif aux attentes qu&rsquo;il a pr\u00e9alablement form\u00e9es quant aux effets de la transe.<\/p>\n<p>Sur le versant psychophysiologique moderne, la <strong>th\u00e9orie neuro-cognitive<\/strong> relie l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;autohypnose \u00e0 des reconfigurations dynamiques des r\u00e9seaux cortico-sous-corticaux. Des travaux r\u00e9cents en imagerie fonctionnelle indiquent que l&rsquo;\u00e9tat hypnotique auto-induit entra\u00eene une diminution significative de l&rsquo;activit\u00e9 du cortex cingulaire ant\u00e9rieur dorsal (responsable de la d\u00e9tection des conflits et du doute analytique) et une connectivit\u00e9 fonctionnelle alt\u00e9r\u00e9e entre le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et le r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut, expliquant la suspension du bavardage mental habituel au profit d&rsquo;un engagement immersif sans critique r\u00e9flexive.<\/p>\n<p>Enfin, la <strong>th\u00e9orie de la plasticit\u00e9 synaptique et du recadrage mn\u00e9sique<\/strong>, influenc\u00e9e par les sciences cognitives contemporaines, sugg\u00e8re que l&rsquo;autohypnose facilite la r\u00e9activation labilis\u00e9e de m\u00e9moires \u00e9motionnelles dysfonctionnelles. En plongeant le cerveau dans un \u00e9tat d&rsquo;hypersuggestibilit\u00e9 coupl\u00e9 \u00e0 une profonde d\u00e9tente neurov\u00e9g\u00e9tative, l&rsquo;individu cr\u00e9e des conditions optimales pour la reconsolidation m\u00e9morielle, neutralisant les charges anxiog\u00e8nes attach\u00e9es \u00e0 d&rsquo;anciens traumatismes ou conditionnements aversifs.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;autohypnose se d\u00e9compose en une s\u00e9rie de phases s\u00e9quentielles et comprend plusieurs dimensions op\u00e9rationnelles distinctes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La phase de pr\u00e9paration et fixation de l&rsquo;intention :<\/strong> D\u00e9termination pr\u00e9alable et lucide de l&rsquo;objectif vis\u00e9 par la s\u00e9ance (analg\u00e9sie, s\u00e9dation de l&rsquo;angoisse, facilitation du sommeil) et installation dans un environnement s\u00e9cure exempt d&rsquo;interruptions perturbatrices.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;induction autog\u00e8ne :<\/strong> M\u00e9thode choisie par le sujet pour initier la rupture avec le mode de veille vigile ; elle peut s&rsquo;appuyer sur la fixation visuelle, la focalisation somatique, le d\u00e9compte respiratoire ou des techniques de relaxation musculaire progressive.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;approfondissement de la transe :<\/strong> Utilisation de visualisations cin\u00e9tiques ou spatiales (descente d&rsquo;un escalier, immersion dans un paysage serein, m\u00e9taphore de l&rsquo;ascenseur) visant \u00e0 accentuer l&rsquo;\u00e9tat de rel\u00e2chement et l&rsquo;absorption psychologique.<\/li>\n<li><strong>Le travail suggestif sp\u00e9cifique :<\/strong> Administration de suggestions sous forme d&rsquo;affirmations verbales int\u00e9rieures, d&rsquo;imagerie guid\u00e9e polysensorielle (visuelle, auditive, thermique, kinesth\u00e9sique) ou de m\u00e9taphores th\u00e9rapeutiques personnalis\u00e9es adapt\u00e9es \u00e0 la pathologie ou au sympt\u00f4me cibl\u00e9.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;ancrage post-hypnotique :<\/strong> Association conditionn\u00e9e entre un stimulus pr\u00e9cis (geste tactile, pression des doigts, mot-cl\u00e9 int\u00e9rieur) et l&rsquo;\u00e9tat psychophysique optimal g\u00e9n\u00e9r\u00e9 pendant la s\u00e9ance, permettant une r\u00e9activation rapide ult\u00e9rieure en conditions r\u00e9elles.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9orientation et sortie de transe :<\/strong> Processus structur\u00e9 et progressif d&rsquo;\u00e9mersion o\u00f9 l&rsquo;individu reprend pleinement conscience de son tonus musculaire, de l&rsquo;espace environnant et de son orientation temporelle, sans sensation de l\u00e9thargie r\u00e9siduelle.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En mati\u00e8re de typologie, on distingue classiquement l&rsquo;<strong>autohypnose structur\u00e9e<\/strong> (fond\u00e9e sur des scripts rigides et des protocoles pr\u00e9\u00e9tablis, \u00e0 l&rsquo;instar du training autog\u00e8ne) et l&rsquo;<strong>autohypnose fluide ou \u00e9ricksonienne<\/strong> (qui privil\u00e9gie l&rsquo;association libre d&rsquo;images, l&rsquo;accueil bienveillant des pens\u00e9es spontan\u00e9es et l&rsquo;utilisation m\u00e9taphorique non directive des exp\u00e9riences int\u00e9rieures).<\/p>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>Pour concr\u00e9tiser le fonctionnement de l&rsquo;autohypnose, examinons le cas clinique d&rsquo;un patient souffrant du syndrome de l&rsquo;intestin irritable (SII), une pathologie fonctionnelle gastro-intestinale hautement r\u00e9active au stress psychologique. Ce patient est initi\u00e9 par son psychoth\u00e9rapeute \u00e0 un protocole standardis\u00e9 d&rsquo;autohypnose digestive d\u00e9riv\u00e9 du protocole de Manchester mis au point par Peter Whorwell. Une fois chez lui, le patient s&rsquo;assoit confortablement et amorce son induction par une respiration rythm\u00e9e en coh\u00e9rence cardiaque.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;il acc\u00e8de \u00e0 la transe, il visualise son syst\u00e8me digestif non plus comme un r\u00e9seau irrit\u00e9 et spasmodique, mais sous la m\u00e9taphore d&rsquo;une rivi\u00e8re aux eaux calmes et temp\u00e9r\u00e9es s&rsquo;\u00e9coulant avec fluidit\u00e9 \u00e0 travers un lit de mousse douce. Simultan\u00e9ment, il pose ses mains r\u00e9chauff\u00e9es sur son abdomen. En s&rsquo;auto-administrant la suggestion que \u00ab chaque cycle respiratoire apporte un apaisement r\u00e9gulier et une chaleur protectrice \u00e0 la muqueuse intestinale \u00bb, il parvient \u00e0 r\u00e9duire drastiquement l&rsquo;hyperalg\u00e9sie visc\u00e9rale. En quelques semaines de pratique biquotidienne de quinze minutes, la fr\u00e9quence de ses coliques diminue de plus de 60 %, d\u00e9montrant l&rsquo;impact clinique mesurable de l&rsquo;auto-intervention.<\/p>\n<p>Une seconde illustration concerne la prise en charge de la douleur aigu\u00eb en contexte hospitalier lors de soins invasifs chez les grands br\u00fbl\u00e9s. Avant chaque changement de pansement, souvent source de douleurs paroxystiques r\u00e9fractaires aux analg\u00e9siques opio\u00efdes, la patiente utilise un ancrage autohypnotique : en joignant le pouce et l&rsquo;index de sa main gauche, elle r\u00e9active instantan\u00e9ment une sc\u00e8ne mentale dans laquelle elle marche pieds nus dans une neige immacul\u00e9e et glac\u00e9e. Cette technique de \u00ab bo\u00eete \u00e0 froid \u00bb ou de \u00ab gant anesth\u00e9sique \u00bb lui permet d&rsquo;induire une analg\u00e9sie relative sur ses zones de br\u00fblures, modulant son seuil de tol\u00e9rance sans alt\u00e9rer sa lucidit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychom\u00e9trique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des comp\u00e9tences li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;autohypnose croise des \u00e9chelles de susceptibilit\u00e9 hypnotique standardis\u00e9es et des inventaires psychom\u00e9triques d&rsquo;absorption et d&rsquo;autor\u00e9gulation. Bien que la majorit\u00e9 des \u00e9chelles classiques aient \u00e9t\u00e9 con\u00e7ues pour l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rohypnose, elles constituent un pr\u00e9dicteur robuste de la facilit\u00e9 avec laquelle un individu parviendra \u00e0 ma\u00eetriser l&rsquo;autohypnose.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9chelle de susceptibilit\u00e9 hypnotique de Stanford (<em>Stanford Hypnotic Susceptibility Scale<\/em>, SHSS) d\u00e9velopp\u00e9e par Hilgard et Weitzenhoffer, ainsi que l&rsquo;\u00e9chelle collective de Harvard (<em>Harvard Group Scale of Hypnotic Susceptibility<\/em>, HGSHS:A) de Shor et Orne, mesurent la r\u00e9activit\u00e9 d&rsquo;un sujet \u00e0 une s\u00e9rie d&rsquo;items moteurs, id\u00e9omoteurs et cognitifs. Les sujets affichant des scores \u00e9lev\u00e9s (hautement hypnotisables) d\u00e9veloppent g\u00e9n\u00e9ralement une capacit\u00e9 d&rsquo;autohypnose plus rapide et profonde, bien que des individus aux scores interm\u00e9diaires puissent acqu\u00e9rir d&rsquo;excellentes comp\u00e9tences autohypnotiques par un entra\u00eenement assidu.<\/p>\n<p>Sur le plan sp\u00e9cifique de l&rsquo;auto-induction, l&rsquo;\u00e9chelle <em>Inventory of Hypnotic Depth<\/em> (IHD) et la <em>Self-Hypnosis Experience Scale<\/em> (SHES) \u00e9valuent la profondeur subjective de la transe auto-g\u00e9n\u00e9r\u00e9e, la sensation d&rsquo;automaticit\u00e9, l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;imagerie sensorielle et le degr\u00e9 de modification temporelle. Par ailleurs, la c\u00e9l\u00e8bre \u00e9chelle d&rsquo;absorption de Tellegen (<em>Tellegen Absorption Scale<\/em>, TAS) mesure la disposition g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;un individu \u00e0 s&rsquo;immerger totalement dans une exp\u00e9rience sensorielle ou imaginaire, corr\u00e9lant de mani\u00e8re tr\u00e8s significative avec la r\u00e9ussite des pratiques autohypnotiques r\u00e9guli\u00e8res.<\/p>\n<p>Au niveau neurophysiologique, les chercheurs recourent \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) quantitative pour mesurer l&rsquo;augmentation de la puissance des ondes th\u00eata (4 \u00e0 8 Hz) dans les r\u00e9gions fronto-centrales et la d\u00e9synchronisation des ondes alpha, signatures \u00e9lectro-physiologiques objectives de l&rsquo;\u00e9tat de transe hypnotique, permettant de valider la r\u00e9alit\u00e9 somatique du processus au-del\u00e0 du seul rapport verbal du sujet.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les domaines d&rsquo;application de l&rsquo;autohypnose sont vastes et solidement ancr\u00e9s dans la m\u00e9decine contemporaine et la psychoth\u00e9rapie factuelle :<\/p>\n<p><strong>M\u00e9decine de la douleur et anesth\u00e9sie :<\/strong> L&rsquo;autohypnose est consid\u00e9r\u00e9e comme l&rsquo;un des outils non pharmacologiques les plus efficients pour la gestion des c\u00e9phal\u00e9es de tension, des migraines chroniques, de la fibromyalgie et des douleurs neuropathiques. Dans les blocs op\u00e9ratoires, la technique de l&rsquo;hypnos\u00e9dation associe anesth\u00e9sie locale, s\u00e9dation intraveineuse minimale et autohypnose guid\u00e9e, \u00e9vitant l&rsquo;anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale chez des patients fragiles subissant des interventions de chirurgie mammaire, thyro\u00efdienne ou plastique.<\/p>\n<p><strong>Troubles anxieux et somatoformes :<\/strong> Dans la prise en charge du trouble panique, de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et du syndrome de stress post-traumatique (SSPT), l&rsquo;autohypnose fournit au patient un \u00ab refuge int\u00e9rieur \u00bb s\u00e9curisant. Elle permet une r\u00e9\u00e9ducation du tonus vagal en stimulant la branche parasympathique du syst\u00e8me nerveux autonome, contrant les d\u00e9charges adr\u00e9nergiques excessives caract\u00e9ristiques des crises d&rsquo;angoisse.<\/p>\n<p><strong>Oncologie et soins de support :<\/strong> Les protocoles autohypnotiques sont fr\u00e9quemment dispens\u00e9s dans les centres anticanc\u00e9reux pour r\u00e9duire les naus\u00e9es et vomissements anticipatoires li\u00e9s \u00e0 la chimioth\u00e9rapie, att\u00e9nuer la fatigue li\u00e9e au cancer et am\u00e9liorer la qualit\u00e9 de vie globale des personnes sous radioth\u00e9rapie.<\/p>\n<p><strong>Optimisation de la performance sportive et artistique :<\/strong> Les athl\u00e8tes de haut niveau et les musiciens concertistes exploitent l&rsquo;autohypnose pour la r\u00e9p\u00e9tition mentale motrice (entra\u00eenement id\u00e9omoteur), la gestion du trac pr\u00e9-comp\u00e9titif et l&rsquo;ancrage de sensations d&rsquo;aisance et de fluidit\u00e9 motrice (\u00e9tat de \u00ab flow \u00bb), optimisant l&rsquo;ex\u00e9cution gestuelle sous forte contrainte comp\u00e9titive.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La recherche sur l&rsquo;autohypnose a connu une formidable acc\u00e9l\u00e9ration gr\u00e2ce aux neurosciences int\u00e9gratives. Les travaux pionniers du neuropsychologue Pierre Rainville et de ses collaborateurs \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Montr\u00e9al ont permis de dissocier les composantes sensorielles et affectives de la douleur. Leurs \u00e9tudes en tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) et IRMf ont d\u00e9montr\u00e9 que les suggestions hypnotiques d&rsquo;att\u00e9nuation de la p\u00e9nibilit\u00e9 douloureuse n&rsquo;alt\u00e8rent pas n\u00e9cessairement le cortex somatosensoriel primaire (S1), mais r\u00e9duisent directement et significativement l&rsquo;activation du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_cingulaire_ant%C3%A9rieur\">cortex cingulaire ant\u00e9rieur<\/a> (ACC, aire 24 de Brodmann), structure ma\u00eetresse de la d\u00e9tresse affective li\u00e9e \u00e0 la nociception.<\/p>\n<p>Dans une s\u00e9rie d&rsquo;essais cliniques randomis\u00e9s men\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Stanford par l&rsquo;\u00e9quipe du Dr <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/David_Spiegel_(psychiatre)\">David Spiegel<\/a>, l&rsquo;apprentissage de l&rsquo;autohypnose chez des femmes atteintes d&rsquo;un cancer du sein m\u00e9tastatique a d\u00e9montr\u00e9 non seulement un soulagement p\u00e9renne des scores de douleur et d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 par rapport au groupe t\u00e9moin, mais a \u00e9galement sugg\u00e9r\u00e9 un impact positif sur l&rsquo;adh\u00e9sion th\u00e9rapeutique et la survie globale \u00e0 long terme, probablement m\u00e9di\u00e9 par la normalisation des profils de cortisol salivaire diurne.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, les m\u00e9ta-analyses publi\u00e9es dans des revues m\u00e9dicales de r\u00e9f\u00e9rence (telles que <em>The Lancet<\/em> ou les revues de la collaboration Cochrane) confirment l&rsquo;efficacit\u00e9 clinique de l&rsquo;autohypnose dans la r\u00e9duction de la douleur lors des accouchements, limitant le recours \u00e0 la p\u00e9ridurale m\u00e9dicamenteuse sans induire d&rsquo;effets ind\u00e9sirables pour le f\u0153tus ou la m\u00e8re. Ces donn\u00e9es placent l&rsquo;autohypnose au rang des interventions th\u00e9rapeutiques d&rsquo;autor\u00e9gulation non invasives b\u00e9n\u00e9ficiant des niveaux de preuve les plus solides en m\u00e9decine corps-esprit.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation et l&rsquo;acceptabilit\u00e9 de l&rsquo;autohypnose varient grandement selon les contextes socioculturels et les syst\u00e8mes de croyance. Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es, l&rsquo;autohypnose a longtemps souffert de repr\u00e9sentations biais\u00e9es propag\u00e9es par le cin\u00e9ma, le magn\u00e9tisme th\u00e9\u00e2tral et l&rsquo;hypnose de spectacle, o\u00f9 elle est encore trop souvent assimil\u00e9e \u00e0 tort \u00e0 une perte de volont\u00e9, \u00e0 une amn\u00e9sie manipul\u00e9e ou \u00e0 une soumission mystique.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans de nombreuses cultures traditionnelles (notamment au sein du chamanisme d&rsquo;Asie centrale, des traditions am\u00e9rindiennes ou de certaines pratiques spirituelles hindoues et bouddhistes), des \u00e9tats modifi\u00e9s de conscience auto-induits par la psalmodie, la respiration rythm\u00e9e (Pranayama) ou le tambour sont reconnus depuis des mill\u00e9naires comme des \u00e9tats th\u00e9rapeutiques et de transcendance parfaitement int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 la vie communautaire normale, d\u00e9pourvus de toute connotation psychopathologique.<\/p>\n<p>Dans la pratique clinique contemporaine transculturelle, le th\u00e9rapeute doit adapter son langage d&rsquo;induction. Alors qu&rsquo;un patient occidental urbain sera r\u00e9ceptif \u00e0 des concepts neurobiologiques d&rsquo;autor\u00e9gulation vagale ou de recalibrage synaptique, des patients issus de cultures plus holistiques r\u00e9pondront plus favorablement \u00e0 des m\u00e9taphores li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9quilibre des \u00e9nergies vitales, aux \u00e9l\u00e9ments naturels (l&rsquo;eau, le vent, la terre) ou \u00e0 des figures arch\u00e9typales de sagesse protectrice, attestant de la n\u00e9cessaire plasticit\u00e9 narrative de l&rsquo;autohypnose.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites \u00e9pist\u00e9mologiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;accumulation de preuves empiriques rigoureuses, l&rsquo;autohypnose fait l&rsquo;objet de plusieurs d\u00e9bats et controverses r\u00e9currents dans la communaut\u00e9 scientifique. L&rsquo;une des principales querelles \u00e9pist\u00e9mologiques oppose les partisans de la \u00ab transe comme \u00e9tat sp\u00e9cifique \u00bb (th\u00e9oriciens de l&rsquo;\u00e9tat) aux tenants de la \u00ab non-transe \u00bb qui estiment que tous les ph\u00e9nom\u00e8nes autohypnotiques s&rsquo;expliquent exhaustivement par l&rsquo;effet placebo, la suggestibilit\u00e9 ordinaire, le conditionnement pavlovien et la conformit\u00e9 aux attentes sociopsychologiques sans qu&rsquo;il soit besoin de postuler un \u00e9tat neurophysiologique distinct.<\/p>\n<p>Une seconde pr\u00e9occupation \u00e9thique et clinique concerne le ph\u00e9nom\u00e8ne des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Faux_souvenirs\">faux souvenirs induits<\/a>. Bien que ce risque soit nettement plus prononc\u00e9 dans le cadre de l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rohypnose men\u00e9e par des praticiens non qualifi\u00e9s cherchant \u00e0 faire \u00e9merger des m\u00e9moires pr\u00e9tendument refoul\u00e9es, une autohypnose mal orient\u00e9e, guid\u00e9e par des lectures conspirationnistes ou des croyances erron\u00e9es, peut conduire le sujet \u00e0 cristalliser de fausses repr\u00e9sentations mn\u00e9siques tr\u00e8s vivaces sur son pass\u00e9 personnel, source d&rsquo;une d\u00e9tresse psychologique iatrog\u00e8ne majeure.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;autohypnose pr\u00e9sente des contre-indications formelles qui doivent \u00eatre scrupuleusement respect\u00e9es par les soignants. Elle est formellement d\u00e9conseill\u00e9e chez les patients souffrant de d\u00e9compensations psychotiques aigu\u00ebs, de schizophr\u00e9nie avec id\u00e9es d\u00e9lirantes de contr\u00f4le ou de personnalit\u00e9s limites (borderline) hautement dissociatives. Dans ces configurations cliniques fragiles, l&rsquo;auto-induction d&rsquo;un \u00e9tat dissociatif risque de fracturer davantage un sentiment d&rsquo;identit\u00e9 du Moi d\u00e9j\u00e0 d\u00e9faillant et de pr\u00e9cipiter une bouff\u00e9e d\u00e9lirante ou un \u00e9pisode de d\u00e9personnalisation angoissant.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour d\u00e9limiter rigoureusement l&rsquo;autohypnose, il est indispensable de la distinguer d&rsquo;autres pratiques psycho-corporelles apparent\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>H\u00e9t\u00e9rohypnose :<\/strong> Pratique hypnotique dans laquelle le processus d&rsquo;induction et l&rsquo;orientation des suggestions sont dirig\u00e9s par un tiers (le clinicien ou l&rsquo;hypnoth\u00e9rapeute), tandis que l&rsquo;autohypnose place le sujet comme l&rsquo;unique initiateur et pilote de son exp\u00e9rience int\u00e9rieure.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9ditation de pleine conscience (Mindfulness) :<\/strong> La pleine conscience invite \u00e0 une attention ouverte, sans jugement et sans recherche de modification de ce qui \u00e9merge dans l&rsquo;instant pr\u00e9sent ; l&rsquo;autohypnose, quant \u00e0 elle, utilise une attention focalis\u00e9e et dirig\u00e9e d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment vers un but transformationnel sp\u00e9cifique (modifier une sensation, instaurer un calme cibl\u00e9 ou remodeler une \u00e9motion).<\/li>\n<li><strong>Relaxation progressive de Jacobson :<\/strong> Technique strictement neuromusculaire consistant \u00e0 contracter puis rel\u00e2cher volontairement des groupes musculaires pr\u00e9cis ; l&rsquo;autohypnose transcende la simple d\u00e9tente somatique en op\u00e9rant une immersion cognitive et un travail suggestif m\u00e9taphorique complexe.<\/li>\n<li><strong>Autosuggestion pure (M\u00e9thode Cou\u00e9) :<\/strong> R\u00e9p\u00e9tition verbale consciente et rythm\u00e9e de formules positives sans recherche d&rsquo;un \u00e9tat dissociatif ou d&rsquo;absorption mentale profonde, contrairement \u00e0 l&rsquo;autohypnose qui requiert l&rsquo;\u00e9tablissement pr\u00e9alable d&rsquo;une transe pour potentialiser l&rsquo;assimilation des suggestions.<\/li>\n<li><strong>R\u00eaverie diurne (Mind-wandering) :<\/strong> D\u00e9rive spontan\u00e9e, passive et non contr\u00f4l\u00e9e du fil des pens\u00e9es sans objectif particulier, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de l&rsquo;autohypnose qui demeure une activit\u00e9 cognitive intentionnelle et structur\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;autohypnose s&rsquo;affirme comme une m\u00e9thode d&rsquo;autor\u00e9gulation psychophysiologique \u00e9prouv\u00e9e, scientifiquement valid\u00e9e et cliniquement f\u00e9conde. Ses enseignements majeurs se r\u00e9sument ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle constitue un \u00e9tat modifi\u00e9 de conscience vigile caract\u00e9ris\u00e9 par une attention focalis\u00e9e intense, une absorption imaginaire et une suggestibilit\u00e9 dirig\u00e9e.<\/li>\n<li>Ses fondements neurobiologiques reposent sur une modulation descendante des r\u00e9seaux neuronaux de l&rsquo;attention ex\u00e9cutive et de la d\u00e9tresse affective (notamment le cortex cingulaire ant\u00e9rieur).<\/li>\n<li>Elle conf\u00e8re au patient une autonomie th\u00e9rapeutique compl\u00e8te, particuli\u00e8rement efficiente dans le traitement des douleurs chroniques, la r\u00e9gulation des phobies, la gestion de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et la m\u00e9decine de support.<\/li>\n<li>Elle requiert un apprentissage m\u00e9thodologique rigoureux, combinant des phases d&rsquo;induction, de suggestion cibl\u00e9e, d&rsquo;ancrage et de d\u00e9sinduction progressive.<\/li>\n<li>Elle se distingue nettement de la m\u00e9ditation passive et de la r\u00eaverie involontaire par son orientation strat\u00e9gique vers un objectif pr\u00e9cis de modification du comportement ou du ressenti.<\/li>\n<li>Elle n\u00e9cessite un cadre \u00e9thique et prudent, \u00e9tant formellement contre-indiqu\u00e9e chez les individus souffrant de troubles psychotiques instables ou de graves \u00e9tats dissociatifs de l&rsquo;identit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Erickson, M. H., &#038; Rossi, E. L. (1979). <em>Hypnotherapy: An exploratory casebook<\/em>. Irvington Publishers. <a href=\"https:\/\/www.worldcat.org\/title\/hypnotherapy-an-exploratory-casebook\/oclc\/4957199\">https:\/\/www.worldcat.org\/title\/hypnotherapy-an-exploratory-casebook\/oclc\/4957199<\/a><\/li>\n<li>Hilgard, E. R. (1977). <em>Divided consciousness: Multiple controls in human thought and action<\/em>. John Wiley &#038; Sons. <a href=\"https:\/\/psycnet.apa.org\/record\/1977-28562-000\">https:\/\/psycnet.apa.org\/record\/1977-28562-000<\/a><\/li>\n<li>Kirsch, I. (1991). The altered state of hypnosis: A critical appraisal. <em>Contemporary Hypnosis<\/em>, 8(2), 65-72. <a href=\"https:\/\/onlinelibrary.wiley.com\/journal\/15570657\">https:\/\/onlinelibrary.wiley.com\/journal\/15570657<\/a><\/li>\n<li>Rainville, P., Duncan, G. H., Price, D. D., Carrier, B., &#038; Bushnell, M. C. (1997). Pain affect encoded in human anterior cingulate but not somatosensory cortex. <em>Science<\/em>, 277(5328), 968-971. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.277.5328.968\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.277.5328.968<\/a><\/li>\n<li>Spiegel, D. (2013). Tranceformations: hypnosis in brain and body. <em>Depression and Anxiety<\/em>, 30(4), 342-352. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/da.22046\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/da.22046<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;autohypnose est une pratique d&rsquo;autor\u00e9gulation psychologique permettant d&rsquo;induire volontairement un \u00e9tat modifi\u00e9 de conscience afin d&rsquo;apaiser la douleur et le stress.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1387,3,1399],"tags":[35642,976,1740,737,7793,2054],"class_list":["post-21334","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences-cognitives","category-psychologie-clinique","category-psychotherapie","tag-autohypnose","tag-autoregulation","tag-conscience","tag-gestion-de-la-douleur","tag-hypnose","tag-neurosciences"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21334","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21334\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21334"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21334"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21334"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}