{"id":21313,"date":"2026-10-25T12:53:18","date_gmt":"2026-10-25T12:53:18","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=auto-assassinatophilie"},"modified":"2026-10-25T12:53:18","modified_gmt":"2026-10-25T12:53:18","slug":"auto-assassinatophilie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=auto-assassinatophilie","title":{"rendered":"Auto-assassinatophilie : D\u00e9sir et p\u00e9ril mortel"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;auto-assassinatophilie repr\u00e9sente l&rsquo;une des expressions les plus \u00e9nigmatiques et extr\u00eames du spectre des paraphilies, conjuguant de mani\u00e8re paradoxale l&rsquo;excitation \u00e9rotique et la perspective de sa propre destruction violente. D\u00e9finie au sein de la sexologie moderne comme une variante paraphilique rare, elle interpelle profond\u00e9ment les fronti\u00e8res th\u00e9oriques qui s\u00e9parent les pulsions vitales de l&rsquo;instinct d&rsquo;autoconservation. L&rsquo;analyse clinique de cette manifestation exige une rigueur m\u00e9thodologique absolue, situant le ph\u00e9nom\u00e8ne au carrefour de la psychopathologie, de la m\u00e9decine l\u00e9gale et des th\u00e9ories psychodynamiques contemporaines.<\/p>\n<h2>Auto-assassinatophilie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>auto-assassinatophilie<\/strong> est une paraphilie caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;obtention d&rsquo;une excitation sexuelle ou de l&rsquo;orgasme par le fantasme, la mise en sc\u00e8ne ou la survenue r\u00e9elle de son propre assassinat ou d&rsquo;une situation mortelle provoqu\u00e9e par autrui. Contrairement aux formes conventionnelles de masochisme \u00e9rotique o\u00f9 la douleur ou la soumission demeurent sous le contr\u00f4le implicite d&rsquo;un contrat fantasmatique, cette condition implique sp\u00e9cifiquement la rupture l\u00e9tale orchestr\u00e9e par un tiers agresseur.<\/p>\n<p>Dans la nosographie psychiatrique, cette manifestation s&rsquo;inscrit au sein des int\u00e9r\u00eats sexuels atypiques et ne constitue un trouble diagnostiquable, selon les crit\u00e8res du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux\">DSM<\/a>), que lorsqu&rsquo;elle entra\u00eene une d\u00e9tresse cliniquement significative, une alt\u00e9ration majeure du fonctionnement psychosocial ou un passage \u00e0 l&rsquo;acte exposant le sujet ou autrui \u00e0 un p\u00e9ril physique imminent. La majorit\u00e9 des individus concern\u00e9s limitent cette inclinaison \u00e0 des sc\u00e9narios imaginaires hautement \u00e9labor\u00e9s, bien que le risque de bascule comportementale conf\u00e8re \u00e0 ce ph\u00e9nom\u00e8ne une gravit\u00e9 m\u00e9dico-l\u00e9gale singuli\u00e8re.<\/p>\n<p>L&rsquo;intensit\u00e9 \u00e9rotique ne d\u00e9coule pas prioritairement de la souffrance physique pr\u00e9liminaire, mais du caract\u00e8re absolu, fatal et irr\u00e9versible de l&rsquo;agression. Le sujet investit libidinalement la figure du bourreau ou de l&rsquo;assassin comme le vecteur ultime de son apog\u00e9e \u00e9rotique, op\u00e9rant une fusion indissociable entre l&rsquo;extase orgasmique et l&rsquo;an\u00e9antissement somatique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab auto-assassinatophilie \u00bb est un n\u00e9ologisme savant form\u00e9 par l&rsquo;adjonction de racines d&rsquo;origines grecque, arabe m\u00e9di\u00e9vale et latine, illustrant la construction lexicologique typique de la sexologie clinique du XXe si\u00e8cle. Le pr\u00e9fixe <em>auto-<\/em> est issu du grec ancien <em>aut\u00f3s<\/em> (\u03b1\u1f50\u03c4\u03cc\u03c2), signifiant \u00ab soi-m\u00eame \u00bb, soulignant que le sujet est le point focal et la cible finale de l&rsquo;acte fantasm\u00e9.<\/p>\n<p>La composante centrale \u00ab assassinat \u00bb d\u00e9rive, par l&rsquo;interm\u00e9diaire de l&rsquo;italien <em>assassino<\/em> et du latin m\u00e9di\u00e9val, du vocable arabe m\u00e9di\u00e9val <em>\u1e25a\u0161\u0161\u0101\u0161\u012bn<\/em> (d\u00e9signant historiquement les membres de la secte isma\u00e9lienne des Niz\u00e2rites sous Hassan-i Sabb\u00e2h, r\u00e9put\u00e9s pour ex\u00e9cuter des meurtres politiques cibl\u00e9s). Cette racine s&rsquo;est universellement charg\u00e9e dans les langues romanes de la signification d&rsquo;un homicide perp\u00e9tr\u00e9 avec pr\u00e9m\u00e9ditation ou par guet-apens. Enfin, le suffixe <em>-philie<\/em> provient du grec ancien <em>phil\u00eda<\/em> (\u03c6\u03b9\u03bb\u03af\u03b1), d\u00e9notant l&rsquo;attirance, l&rsquo;affinit\u00e9 \u00e9lective ou l&rsquo;amour passionn\u00e9, traditionnellement employ\u00e9 en psychiatrie pour d\u00e9signer une focalisation \u00e9rotique pr\u00e9f\u00e9rentielle ou exclusive.<\/p>\n<p>Le mot a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9 dans la litt\u00e9rature scientifique anglophone sous la graphie <em>autoassassinophilia<\/em> par le psychologue et sexologue <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/John_Money\">John Money<\/a> dans les ann\u00e9es 1980, dans le cadre de ses travaux exhaustifs visant \u00e0 cartographier les diff\u00e9rentes d\u00e9clinaisons des cartes d&rsquo;amour \u00e9rotiques (<em>lovemaps<\/em>) et leurs d\u00e9viations pathologiques. Il a ensuite \u00e9t\u00e9 translitt\u00e9r\u00e9 dans la litt\u00e9rature francophone m\u00e9dico-l\u00e9gale et psychiatrique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan morphologique et grammatical, \u00ab auto-assassinatophilie \u00bb est un substantif f\u00e9minin singulier. Son pluriel r\u00e9gulier s&rsquo;\u00e9crit \u00ab auto-assassinatophilies \u00bb, bien que l&rsquo;usage d\u00e9signe le plus souvent le concept sous sa forme ind\u00e9nombrable. L&rsquo;adjectif correspondant est \u00ab auto-assassinatophile \u00bb (\u00e9pic\u00e8ne au singulier), qualifiant aussi bien le processus fantasmatique, la sc\u00e9narisation \u00e9rotique que l&rsquo;individu qui \u00e9prouve cette attraction singuli\u00e8re.<\/p>\n<p>La transcription phon\u00e9tique internationale de ce vocable en fran\u00e7ais standard est \/o.to.a.sa.si.na.to.fi.li\/. La scansion syllabique comprend huit syllabes : au-to-as-sas-si-na-to-phi-lie. L&rsquo;accent tonique principal porte, selon les r\u00e8gles de la prosodie fran\u00e7aise, sur la derni\u00e8re syllabe prononc\u00e9e [li].<\/p>\n<p>Dans les textes sp\u00e9cialis\u00e9s francophones, on rencontre parfois la variante graphique sans trait d&rsquo;union (\u00ab autoassassinatophilie \u00bb), calqu\u00e9e sur l&rsquo;anglais, bien que l&rsquo;orthographe avec trait d&rsquo;union soit g\u00e9n\u00e9ralement privil\u00e9gi\u00e9e par les lexicographes pour pr\u00e9server la lisibilit\u00e9 morphologique des \u00e9l\u00e9ments pr\u00e9fix\u00e9s comportant une succession de voyelles et de consonnes sibillantes.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>D&rsquo;un point de vue conceptuel, l&rsquo;auto-assassinatophilie se distingue radicalement des simples r\u00eaveries de victimisation passive. Elle se structure autour d&rsquo;une \u00e9quation psychologique o\u00f9 la suppression de l&rsquo;existence par un tiers constitue la condition <em>sine qua non<\/em> de l&rsquo;\u00e9veil sexuel. Le sc\u00e9nario psychique ne recherche pas une mort paisible ou accidentelle, mais une pr\u00e9dation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, hostile et m\u00e9thodique dirig\u00e9e contre soi-m\u00eame. Cette dynamique implique une d\u00e9personnalisation consentie o\u00f9 la victime s&rsquo;offre, dans son th\u00e9\u00e2tre int\u00e9rieur, comme l&rsquo;objet sacrificiel d&rsquo;un bourreau id\u00e9alis\u00e9 ou terrifiant.<\/p>\n<p>La d\u00e9limitation clinique de l&rsquo;auto-assassinatophilie impose de circonscrire pr\u00e9cis\u00e9ment son champ ph\u00e9nom\u00e9nologique. Elle ne se confond pas avec une pulsion suicidaire classique d\u00e9pourvue de coloration \u00e9rotique. Chez l&rsquo;individu suicidaire traditionnel, la mort est envisag\u00e9e comme l&rsquo;unique moyen d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 une douleur psychique intol\u00e9rable (la psychache de Shneidman), tandis que chez l&rsquo;auto-assassinatophile, la mise \u00e0 mort est une source paradoxale d&rsquo;extase et de d\u00e9charge voluptueuse. L&rsquo;intention primaire n&rsquo;est pas le non-\u00eatre en tant que n\u00e9ant, mais l&rsquo;exp\u00e9rience sensorielle et \u00e9motionnelle paroxystique de la terreur l\u00e9tale \u00e9rotis\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette organisation fantasmatique op\u00e8re selon un gradient d&rsquo;intensit\u00e9 variable. Chez la plupart des individus, elle demeure confin\u00e9e au domaine de l&rsquo;imagination masturbatoire ou de r\u00e9cits \u00e9rotiques sp\u00e9cialis\u00e9s, sans jamais franchir le seuil du r\u00e9el. \u00c0 un niveau interm\u00e9diaire, elle peut se traduire par des jeux de r\u00f4le sexuels consensuels extr\u00eamement balis\u00e9s (<em>edgeplay<\/em> au sein des pratiques BDSM), o\u00f9 des armes factices, des mises en sc\u00e8ne de capture ou des simulacres d&rsquo;ex\u00e9cution sont employ\u00e9s pour induire une pouss\u00e9e d&rsquo;adr\u00e9naline \u00e9rotis\u00e9e tout en maintenant des protocoles de s\u00e9curit\u00e9 rigoureux. Au niveau le plus pathologique et rarissime, le sujet est pouss\u00e9 par sa compulsion \u00e0 rechercher activement des situations de danger objectif, en provoquant des criminels potentiels ou en fr\u00e9quentant des lieux hostiles dans l&rsquo;espoir inconscient ou d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de subir une issue fatale.<\/p>\n<p>Le sentiment de vuln\u00e9rabilit\u00e9 absolue joue un r\u00f4le primordial dans la dynamique psychique du trouble. L&rsquo;imminence de la destruction corporelle d\u00e9samorce brutalement tous les m\u00e9canismes de d\u00e9fense habituels de l&rsquo;ego, provoquant une r\u00e9gression psychique massive o\u00f9 le l\u00e2cher-prise total devient synonyme de jouissance. La fronti\u00e8re entre la panique somatique et l&rsquo;excitation g\u00e9nitale s&rsquo;estompe, le syst\u00e8me nerveux interpr\u00e9tant l&rsquo;activation neurov\u00e9g\u00e9tative extr\u00eame comme une d\u00e9charge libidinale surmultipli\u00e9e.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>Bien que le comportement et les fantasmes sous-jacents existent probablement depuis les temps anciens \u2014 comme en t\u00e9moignent certaines narrations mythologiques o\u00f9 la mort violente inflig\u00e9e par des divinit\u00e9s ou des h\u00e9ros acquiert une coloration extatique \u2014, l&rsquo;individualisation nosologique de l&rsquo;auto-assassinatophilie est relativement contemporaine. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, les pionniers de la psychopathologie sexuelle comme <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Richard_von_Krafft-Ebing\">Richard von Krafft-Ebing<\/a> documentent dans <em>Psychopathia Sexualis<\/em> (1886) des observations de masochisme moral et physique o\u00f9 certains patients expriment le d\u00e9sir d&rsquo;\u00eatre poignard\u00e9s, \u00e9touff\u00e9s ou an\u00e9antis par leur partenaire, sans toutefois isoler ce trait sous une entit\u00e9 sp\u00e9cifique distincte du masochisme g\u00e9n\u00e9ral.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1920 et 1930, le psychiatre autrichien Wilhelm Stekel et le psychanalyste Theodor Reik abordent ces ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e0 travers le concept de \u00ab masochisme thanatologique \u00bb, observant comment certains sujets \u00e9rotisent les peines capitales ou les assassinats historiques. Ils mettent en lumi\u00e8re la mani\u00e8re dont les rituels de culpabilit\u00e9 inconsciente peuvent transformer la punition supr\u00eame en gratification libidinale supr\u00eame.<\/p>\n<p>C&rsquo;est v\u00e9ritablement en 1984 et 1986 que le terme fait son entr\u00e9e formelle dans la taxonomie psychiatrique sous la plume de John Money, chercheur et clinicien \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Johns Hopkins. Dans son ouvrage fondamental <em>Venuses Penuses: The Teratology of Love<\/em>, Money entreprend de r\u00e9pertorier de mani\u00e8re quasi encyclop\u00e9dique les distorsions du d\u00e9veloppement psycho-sexuel. Il isole l&rsquo;auto-assassinatophilie au sein d&rsquo;un sous-groupe de paraphilies dites \u00ab pr\u00e9datrices et sacrificielles \u00bb, aux c\u00f4t\u00e9s de la biastophilie (excitation li\u00e9e au viol d&rsquo;une victime) et de la symphorophilie (excitation d\u00e9clench\u00e9e par le spectacle d&rsquo;un d\u00e9sastre ou d&rsquo;une catastrophe).<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1990 et 2000, avec l&rsquo;essor d&rsquo;Internet et la diffusion de forums sp\u00e9cialis\u00e9s dans les f\u00e9tichismes marginaux, des cliniciens et criminologues tels qu&rsquo;Anil Aggrawal ont r\u00e9examin\u00e9 cette cat\u00e9gorie paraphilique pour \u00e9valuer son implication potentielle dans des homicides non \u00e9lucid\u00e9s, des suicides par personne interpos\u00e9e (<em>suicide by cop<\/em>) ou des disparitions volontaires. Le concept a ainsi \u00e9volu\u00e9 d&rsquo;une curiosit\u00e9 th\u00e9orique rare vers une pr\u00e9occupation tangible pour la psychiatrie m\u00e9dicol\u00e9gale et la criminologie comportementale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;explication th\u00e9orique de l&rsquo;auto-assassinatophilie mobilise plusieurs courants majeurs de la psychologie et des neurosciences. La th\u00e9orie psychanalytique fournit l&rsquo;un des premiers mod\u00e8les explicatifs \u00e0 travers le concept freudien de la pulsion de mort (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Pulsion_de_mort\">Todestrieb<\/a>), introduit par Sigmund Freud dans <em>Au-del\u00e0 du principe de plaisir<\/em> (1920). Selon ce prisme, l&rsquo;auto-assassinatophilie illustre une tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de l&rsquo;organisme pour lier la pulsion de destruction \u00e0 \u00c9ros. En sexualisant la pulsion d&rsquo;an\u00e9antissement, l&rsquo;appareil psychique transforme une angoisse traumatique intol\u00e9rable en une exp\u00e9rience de plaisir sous contr\u00f4le fantasmatique, \u00e9rigeant la mort en objet \u00e9rotis\u00e9 ultime.<\/p>\n<p>Du c\u00f4t\u00e9 des th\u00e9ories comportementales et de l&rsquo;apprentissage, le conditionnement pavlovien et le renforcement op\u00e9rant \u00e9clairent la gen\u00e8se de telles d\u00e9viations. Une exp\u00e9rience pr\u00e9coce combinant une menace vitale aigu\u00eb, une d\u00e9charge massive du syst\u00e8me nerveux sympathique et une activation g\u00e9nitale fortuite (par exemple, lors de la pubert\u00e9) peut cr\u00e9er une association mn\u00e9sique ind\u00e9l\u00e9bile. La r\u00e9p\u00e9tition de sc\u00e9narios masturbatoires adoss\u00e9s \u00e0 ce traumatisme ancre progressivement le sch\u00e9ma dans ce que John Money nomme la \u00ab carte d&rsquo;amour \u00bb (<em>lovemap<\/em>), devenant le circuit pr\u00e9f\u00e9rentiel par lequel l&rsquo;organisme mobilise son excitation.<\/p>\n<p>Les neurosciences cognitives et affectives proposent une explication physiologique fond\u00e9e sur l&rsquo;erreur d&rsquo;attribution de l&rsquo;\u00e9veil neurov\u00e9g\u00e9tatif (th\u00e9orie de Schachter-Singer). L&rsquo;activation induite par la terreur \u2014 caract\u00e9ris\u00e9e par une lib\u00e9ration massive de cat\u00e9cholamines (adr\u00e9naline, noradr\u00e9naline), d&rsquo;endorphines et de dopamine \u2014 partage une signature somatique presque identique avec l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;excitation sexuelle intense (tachycardie, tachypn\u00e9e, mydriase, hypertonie musculaire). Chez les sujets pr\u00e9sentant des vuln\u00e9rabilit\u00e9s neurobiologiques sp\u00e9cifiques, le cortex pr\u00e9frontal peut \u00e9chouer \u00e0 discriminer la valence n\u00e9gative du p\u00e9ril mortel, fusionnant le signal d&rsquo;alarme de survie avec les circuits de r\u00e9compense m\u00e9solimbiques.<\/p>\n<p>Enfin, la psychologie \u00e9volutionniste avance parfois l&rsquo;hypoth\u00e8se de sous-syst\u00e8mes comportementaux d\u00e9tourn\u00e9s. Dans des conditions de pr\u00e9dation in\u00e9vitable, certaines r\u00e9ponses d&rsquo;inhibition de l&rsquo;action ou de feinte de mort (<em>tonic immobility<\/em>) s&rsquo;accompagnent de d\u00e9charges opiac\u00e9es endog\u00e8nes destin\u00e9es \u00e0 engourdir la douleur physique. L&rsquo;auto-assassinatophile d\u00e9tournerait ces adaptations archa\u00efques de sid\u00e9ration et de soumission totale pour les int\u00e9grer \u00e0 ses sch\u00e9mas reproductifs et \u00e9rotiques.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;auto-assassinatophilie ne se pr\u00e9sente pas comme une entit\u00e9 monolithique ; elle se d\u00e9ploie selon plusieurs axes ph\u00e9nom\u00e9nologiques et comportementaux que le clinicien doit soigneusement d\u00e9composer :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La modalit\u00e9 d&rsquo;ex\u00e9cution fantasm\u00e9e :<\/strong> Le sc\u00e9nario central varie grandement selon les individus. Il peut impliquer une arme \u00e0 feu (ex\u00e9cution sommaire, tir embusqu\u00e9), une arme blanche (\u00e9visc\u00e9ration, \u00e9gorgement \u00e9rotis\u00e9), la strangulation manuelle ou des dispositifs sophistiqu\u00e9s de pi\u00e8ges mortels. La nature de l&rsquo;arme symbolise souvent le degr\u00e9 d&rsquo;intimit\u00e9 ou de distance d\u00e9sir\u00e9 avec l&rsquo;agresseur.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;identit\u00e9 et la posture de l&rsquo;agresseur :<\/strong> Le pr\u00e9dateur peut \u00eatre conceptualis\u00e9 sous les traits d&rsquo;un tueur \u00e0 gages m\u00e9thodique et impassible, d&rsquo;un maniaque impr\u00e9visible guid\u00e9 par la d\u00e9mence, ou d&rsquo;une figure d&rsquo;autorit\u00e9 d\u00e9voy\u00e9e. L&rsquo;asym\u00e9trie de pouvoir totale entre le bourreau tout-puissant et la victime sans d\u00e9fense constitue l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment \u00e9rotisant pivot.<\/li>\n<li><strong>Le degr\u00e9 d&rsquo;immersion dans la r\u00e9alit\u00e9 :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Le niveau purement id\u00e9atoire :<\/em> L&rsquo;activit\u00e9 reste cantonn\u00e9e \u00e0 des fantasmes solitaires durant la masturbation ou \u00e0 la consommation de pornographie violente sp\u00e9cialis\u00e9e, sans danger pour l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 physique.<\/li>\n<li><em>Le niveau de sc\u00e9narisation consensuelle :<\/em> Recours \u00e0 des pratiques th\u00e9\u00e2tralis\u00e9es de type BDSM o\u00f9 l&rsquo;acte de meurtre est simul\u00e9 sans intention de causer de pr\u00e9judice r\u00e9el, avec des codes de rupture (<em>safewords<\/em>).<\/li>\n<li><em>Le niveau de mise en danger objective :<\/em> Comportements de recherche active de risque l\u00e9tal (errance nocturne d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e dans des zones criminog\u00e8nes, provocation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d&rsquo;individus dangereux, qu\u00eate d&rsquo;un partenaire en ligne pour concr\u00e9tiser l&rsquo;assassinat).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;association \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9visibilit\u00e9 :<\/strong> Pour un grand nombre de sujets, le plaisir \u00e9rotique atteint son paroxysme lorsque le moment et le lieu pr\u00e9cis de l&rsquo;assassinat demeurent inconnus, g\u00e9n\u00e9rant un \u00e9tat d&rsquo;hypervigilance et d&rsquo;angoisse chronique que le cerveau convertit en excitation permanente.<\/li>\n<li><strong>Le statut de la douleur :<\/strong> Contrairement \u00e0 l&rsquo;algolagnie pure, la douleur somatique prolong\u00e9e n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement recherch\u00e9e ; c&rsquo;est le choc de l&rsquo;assassinat, la rupture brutale de la vie et le statut d&rsquo;offrande sacrificielle qui constituent le noyau de la gratification.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Bien que les cas document\u00e9s avec rigueur soient peu nombreux dans la litt\u00e9rature clinique en raison de la clandestinit\u00e9 des pratiques et du taux d&rsquo;attrition l\u00e9tale potentiel, plusieurs vignettes cliniques et m\u00e9dicol\u00e9gales permettent d&rsquo;illustrer la r\u00e9alit\u00e9 de ce trouble.<\/p>\n<p>Un premier cas classique concerne un homme d&rsquo;une trentaine d&rsquo;ann\u00e9es, sans ant\u00e9c\u00e9dents de violences interpersonnelles, consultant pour une anxi\u00e9t\u00e9 s\u00e9v\u00e8re cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;envahissement de sa vie psychique par des obsessions \u00e9rotiques d&#8217;embuscade. D\u00e8s l&rsquo;adolescence, son excitation d\u00e9pendait exclusivement de la visualisation d&rsquo;un tireur embusqu\u00e9 l&rsquo;abattant par surprise au sortir de son domicile. Pour parvenir \u00e0 l&rsquo;orgasme, il devait \u00e9couter des enregistrements de bruits de pas nocturnes ou contempler des photos de ruelles sombres en s&rsquo;imaginant vis\u00e9 par le canon d&rsquo;une arme. Chez ce patient, aucun passage \u00e0 l&rsquo;acte direct n&rsquo;avait eu lieu, mais l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 \u00e9prouver du d\u00e9sir pour un partenaire r\u00e9el et la peur panique de perdre le contr\u00f4le de ses pulsions avaient motiv\u00e9 sa d\u00e9marche th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Un second exemple, document\u00e9 dans les annales m\u00e9dico-l\u00e9gales internationales, concerne des individus ayant utilis\u00e9 des plateformes num\u00e9riques ou des petites annonces pour solliciter des tueurs r\u00e9els afin d&rsquo;organiser leur propre ex\u00e9cution dans des conditions hautement ritualis\u00e9es. Dans certaines affaires judiciaires complexes \u00e0 l&rsquo;intersection du suicide assist\u00e9 ill\u00e9gal et de l&rsquo;homicide, l&rsquo;enqu\u00eate a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la victime avait m\u00e9ticuleusement n\u00e9goci\u00e9 les d\u00e9tails de son propre tr\u00e9pas en exigeant que l&rsquo;assassinat comporte des composantes d&rsquo;humiliation et de surprise \u00e9rotis\u00e9es, prouvant l&rsquo;influence motrice de l&rsquo;auto-assassinatophilie dans la d\u00e9cision de mourir.<\/p>\n<p>Enfin, le cas historique c\u00e9l\u00e8bre mais controvers\u00e9 d&rsquo;Armin Meiwes et de Bernd Brandes en Allemagne illustre la convergence dramatique entre l&rsquo;autophagophilie, l&rsquo;auto-assassinatophilie et le cannibalisme sexuel. La victime s&rsquo;\u00e9tait port\u00e9e volontaire pour \u00eatre tu\u00e9e, d\u00e9pec\u00e9e et consomm\u00e9e, manifestant au cours des enregistrements vid\u00e9o de l&rsquo;acte une excitation intense face \u00e0 la r\u00e9alisation imminente de son propre an\u00e9antissement corporel orchestr\u00e9 par son partenaire.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et mesure clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation clinique d&rsquo;un patient suspect\u00e9 de pr\u00e9senter une auto-assassinatophilie constitue un d\u00e9fi diagnostique d&rsquo;une complexit\u00e9 extr\u00eame. Le clinicien doit naviguer entre le respect de la vie priv\u00e9e fantasmatique du patient et l&rsquo;obligation l\u00e9gale et \u00e9thique de protection contre les conduites autodestructrices imminentes. L&rsquo;\u00e9valuation commence obligatoirement par un entretien psychiatrique semi-structur\u00e9 approfondi, analysant l&rsquo;histoire d\u00e9veloppementale, les premi\u00e8res manifestations sexuelles et la pr\u00e9sence de traumatismes pr\u00e9coces physiques ou sexuels.<\/p>\n<p>Le diagnostic diff\u00e9rentiel s&rsquo;articule autour des crit\u00e8res du DSM-5-TR relatifs aux troubles paraphiliques non sp\u00e9cifi\u00e9s. Le praticien doit \u00e9valuer l&rsquo;intensit\u00e9 du d\u00e9sir, la fr\u00e9quence des fantasmes et, surtout, l&rsquo;existence de plans d&rsquo;action concrets. Des \u00e9chelles standardis\u00e9es d&rsquo;\u00e9valuation du risque suicidaire (telles que l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;\u00e9valuation du suicide de Columbia ou l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;id\u00e9ation suicidaire de Beck) sont syst\u00e9matiquement administr\u00e9es pour isoler la composante d\u00e9pressive classique de la dynamique paraphilique \u00e9rotis\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan psychophysiologique, des centres hautement sp\u00e9cialis\u00e9s de sexologie m\u00e9dicol\u00e9gale peuvent th\u00e9oriquement recourir \u00e0 la pl\u00e9thysmographie p\u00e9nienne (chez l&rsquo;homme) ou \u00e0 la photopl\u00e9thysmographie vaginale (chez la femme) pour mesurer les variations du flux sanguin g\u00e9nital en r\u00e9ponse \u00e0 des stimuli audio ou visuels repr\u00e9sentant diverses sc\u00e8nes de violence et de mise \u00e0 mort. Toutefois, pour des raisons \u00e9thiques \u00e9videntes li\u00e9es \u00e0 la gravit\u00e9 extr\u00eame de ces repr\u00e9sentations, l&rsquo;utilisation de tels paradigmes reste strictement encadr\u00e9e par des comit\u00e9s d&rsquo;\u00e9thique et demeure exceptionnelle en dehors de protocoles d&rsquo;expertise judiciaire stricts.<\/p>\n<p>L&rsquo;examen doit \u00e9galement rechercher des comorbidit\u00e9s psychiatriques majeures, notamment les troubles de la personnalit\u00e9 (trouble de la personnalit\u00e9 borderline, antisociale ou schizotypique), les troubles de l&rsquo;humeur avec caract\u00e9ristiques psychotiques, les addictions comportementales ou chimiques qui favoriseraient une d\u00e9sinhibition p\u00e9rilleuse, ainsi que les troubles dissociatifs de l&rsquo;identit\u00e9.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique et m\u00e9dico-l\u00e9gale<\/h3>\n<p>La pertinence de l&rsquo;auto-assassinatophilie se manifeste de fa\u00e7on \u00e9clatante dans le champ de la psychiatrie l\u00e9gale et de la criminologie appliqu\u00e9e. Lorsqu&rsquo;un individu est retrouv\u00e9 mort dans des circonstances \u00e9voquant un homicide violent mais que certains \u00e9l\u00e9ments mat\u00e9riels sugg\u00e8rent une coop\u00e9ration, voire une incitation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de la part de la victime, la reconnaissance de cette paraphilie peut \u00eatre d\u00e9terminante pour reconstituer la dynamique du crime et \u00e9clairer le degr\u00e9 de responsabilit\u00e9 p\u00e9nale de l&rsquo;auteur des faits.<\/p>\n<p>Dans les affaires de \u00ab suicide par personne interpos\u00e9e \u00bb (notamment lorsqu&rsquo;un suspect adopte un comportement ostensiblement mena\u00e7ant et l\u00e9tal face aux forces de l&rsquo;ordre pour contraindre les policiers \u00e0 faire feu), l&rsquo;auto-assassinatophilie sous-jacente doit parfois \u00eatre envisag\u00e9e comme le moteur inconscient ou conscient de l&rsquo;agression, modifiant la compr\u00e9hension clinique du drame au-del\u00e0 du simple geste d\u00e9pressif ou d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Sur le versant th\u00e9rapeutique, la prise en charge clinique d&rsquo;un patient auto-assassinatophile requiert une intervention multimodale combinant psychoth\u00e9rapie et pharmacoth\u00e9rapie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Th\u00e9rapies cognitivo-comportementales (TCC) :<\/strong> Utilisation de techniques de restructuration cognitive pour identifier les distorsions de pens\u00e9e liant le danger l\u00e9tal \u00e0 la gratification, associ\u00e9es \u00e0 des techniques de d\u00e9sensibilisation ou de reconditionnement masturbatoire visant \u00e0 dissocier l&rsquo;orgasme des sc\u00e9narios d&rsquo;ex\u00e9cution.<\/li>\n<li><strong>Approches psychodynamiques :<\/strong> Travail en profondeur sur le traitement des traumatismes archa\u00efques, l&rsquo;\u00e9laboration de la culpabilit\u00e9 inconsciente et la r\u00e9appropriation du sentiment de s\u00e9curit\u00e9 corporelle face aux angoisses d&rsquo;engloutissement ou de destruction.<\/li>\n<li><strong>Interventions pharmacologiques :<\/strong> En cas de risque comportemental ou de pulsions obs\u00e9dantes incontr\u00f4lables, l&rsquo;administration d&rsquo;inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Inhibiteur_s%C3%A9lectif_de_la_recapture_de_la_s%C3%A9rotonine\">ISRS<\/a>) \u00e0 hautes doses permet de r\u00e9duire l&rsquo;impulsivit\u00e9 et la r\u00e9currence des pens\u00e9es intrusives. Dans les situations de danger critique o\u00f9 le passage \u00e0 l&rsquo;acte para\u00eet imminent, des traitements hormonaux anti-androg\u00e9niques (ac\u00e9tate de cyprot\u00e9rone, agonistes de la GnRH) peuvent \u00eatre discut\u00e9s pour suspendre temporairement la libido et pr\u00e9server la vie du patient.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherches et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es empiriques sur l&rsquo;auto-assassinatophilie demeurent extr\u00eamement parcellaires dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale contemporaine. En raison de sa pr\u00e9valence statistique pr\u00e9sum\u00e9e infime et de la stigmatisation extr\u00eame entourant ce type de fantasmes, la constitution d&rsquo;\u00e9chantillons repr\u00e9sentatifs \u00e0 grande \u00e9chelle s&rsquo;est av\u00e9r\u00e9e impossible. La quasi-totalit\u00e9 des connaissances publi\u00e9es repose sur des s\u00e9ries de cas cliniques (<em>case reports<\/em>) et des analyses qualitatives issues de la criminologie.<\/p>\n<p>Les synth\u00e8ses publi\u00e9es par le psychiatre Anil Aggrawal dans les ann\u00e9es 2000 et 2010 soulignent que les sujets auto-assassinatophiles sont majoritairement des hommes, bien que des manifestations f\u00e9minines soient identifi\u00e9es dans la pratique clinique. Les \u00e9tudes r\u00e9trospectives de dossiers m\u00e9dico-l\u00e9gaux sugg\u00e8rent que nombre de ces individus m\u00e8nent une existence sociale apparemment banale et non violente en surface, maintenant une compartimentation \u00e9tanche entre leur sph\u00e8re professionnelle et leur vie psychosexuelle secr\u00e8te.<\/p>\n<p>Des recherches men\u00e9es sur les communaut\u00e9s en ligne marginales ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les espaces virtuels ont facilit\u00e9 la rencontre entre individus exprimant des fantasmes compl\u00e9mentaires, c&rsquo;est-\u00e0-dire la conjonction entre un profil auto-assassinatophile (d\u00e9sirant \u00eatre tu\u00e9) et un profil \u00e9rotophonophile ou pr\u00e9dateur sadique (d\u00e9sirant tuer pour son propre plaisir sexuel). Ces observations empiriques soul\u00e8vent des questions urgentes quant au r\u00f4le d&rsquo;Internet comme amplificateur de risque, favorisant le passage d&rsquo;une paraphilie purement fantastique \u00e0 une mise en danger physique effective.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des d\u00e9fis m\u00e9thodologiques majeurs point\u00e9s par les chercheurs r\u00e9side dans le biais de survie : les sujets qui franchissent le pas et r\u00e9alisent pleinement leur fantasme ultime meurent au cours de l&rsquo;acte, leurs dossiers \u00e9tant alors class\u00e9s comme des homicides conventionnels ou des d\u00e9c\u00e8s inexpliqu\u00e9s, \u00e9chappant ainsi aux registres de la recherche clinique psychiatrique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La manifestation et la perception de l&rsquo;auto-assassinatophilie sont profond\u00e9ment tributaires des contextes culturels, des tabous religieux et des repr\u00e9sentations soci\u00e9tales de la violence et de la sexualit\u00e9. Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales contemporaines, fortement impr\u00e9gn\u00e9es par la consommation m\u00e9diatique de r\u00e9cits de crimes r\u00e9els (<em>true crime<\/em>), la figure du tueur en s\u00e9rie a fait l&rsquo;objet d&rsquo;une \u00e9rotisation paradoxale au sein de certaines sous-cultures populaires, cr\u00e9ant un terreau propice \u00e0 l&rsquo;incorporation de l&rsquo;assassin comme idole sexuelle au d\u00e9triment de l&rsquo;autoconservation.<\/p>\n<p>Dans des cultures orient\u00e9es vers l&rsquo;honneur collectif ou le sacrifice rituel, le fantasme d&rsquo;une mort glorieuse inflig\u00e9e par autrui peut s&rsquo;inscrire dans des cadres id\u00e9ologiques o\u00f9 l&rsquo;an\u00e9antissement individuel est valoris\u00e9, compliquant la distinction entre une adh\u00e9sion doctrinale fanatis\u00e9e et une motivation \u00e9rotico-paraphilique d\u00e9guis\u00e9e. Des anthropologues ont document\u00e9 comment certains mythes h\u00e9ro\u00efques ou martyrologiques comportent des descriptions de mise \u00e0 mort o\u00f9 le langage employ\u00e9 par les martyrs confine \u00e0 l&rsquo;extase mystico-\u00e9rotique.<\/p>\n<p>De plus, l&rsquo;acc\u00e8s diff\u00e9rentiel aux armes \u00e0 feu selon les l\u00e9gislations nationales fa\u00e7onne directement l&rsquo;expression ph\u00e9nom\u00e9nologique du trouble. Aux \u00c9tats-Unis, par exemple, la disponibilit\u00e9 des armes l\u00e9tales et la r\u00e9currence des incidents arm\u00e9s favorisent des sc\u00e9narios fantasmatiques ax\u00e9s sur les fusillades et les confrontations polici\u00e8res arm\u00e9es, tandis que dans les pays europ\u00e9ens o\u00f9 la d\u00e9tention d&rsquo;armes est strictement r\u00e9glement\u00e9e, les fantasmes s&rsquo;orientent plus fr\u00e9quemment vers les armes blanches, les attaques nocturnes de r\u00f4deurs ou la strangulation.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;autonomie nosologique de l&rsquo;auto-assassinatophilie fait l&rsquo;objet de vives controverses au sein de la communaut\u00e9 scientifique. Nombre de psychiatres critiques soutiennent que la prolif\u00e9ration de n\u00e9ologismes paraphiliques \u2014 initi\u00e9e en grande partie par John Money \u2014 fragmente artificiellement ce qui ne rel\u00e8ve au fond que d&rsquo;une variante extr\u00eame du masochisme sexuel g\u00e9n\u00e9ral. Selon cette perspective, cr\u00e9er une cat\u00e9gorie diagnostique distincte pour chaque objet ou sc\u00e9nario fantasmatique singulier rel\u00e8verait d&rsquo;une d\u00e9rive taxinomique inutile compliquant la nosographie sans apporter de b\u00e9n\u00e9fice th\u00e9rapeutique r\u00e9el.<\/p>\n<p>Une autre controverse fondamentale concerne la fronti\u00e8re entre libert\u00e9 fantasmatique priv\u00e9e et pathologie mentale. Certains th\u00e9oriciens des \u00e9tudes de genre et militants des sexualit\u00e9s alternatives d\u00e9noncent la pathologisation syst\u00e9matique de fantasmes morbides lorsqu&rsquo;ils demeurent purement imaginaires et n&#8217;empi\u00e8tent pas sur la s\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;autrui. Ils rappellent que le cerveau humain explore r\u00e9guli\u00e8rement des th\u00e8mes tabous ou transgressifs dans ses r\u00eaveries sans que cela ne constitue la signature d&rsquo;une maladie psychiatrique sous-jacente.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9dico-l\u00e9gal, l&rsquo;existence m\u00eame de l&rsquo;auto-assassinatophilie suscite des d\u00e9bats \u00e9thiques aigus lorsqu&rsquo;elle est invoqu\u00e9e comme ligne de d\u00e9fense par des agresseurs ou des meurtriers. All\u00e9guer que la victime \u00e9tait demandeuse de son propre assassinat pour des motifs \u00e9rotiques risque de transformer le proc\u00e8s p\u00e9nal en une entreprise de victim-blaming inadmissible, d\u00e9responsabilisant l&rsquo;assaillant sous pr\u00e9texte d&rsquo;un pr\u00e9tendu consentement masochiste \u00e0 la mort. Le consensus juridique international r\u00e9affirme qu&rsquo;aucun individu ne peut consentir l\u00e9galement \u00e0 son propre meurtre, privant cette paraphilie de toute validit\u00e9 exon\u00e9ratoire en mati\u00e8re de responsabilit\u00e9 criminelle.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion conceptuelle, il est imp\u00e9ratif de situer l&rsquo;auto-assassinatophilie par rapport \u00e0 d&rsquo;autres entit\u00e9s paraphiliques ou psychiatriques proches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hybristophilie\">Hybristophilie<\/a> :<\/strong> Attirance sexuelle pour des individus ayant commis des crimes graves ou violents (souvent des criminels incarc\u00e9r\u00e9s). La personne hybristophile ne d\u00e9sire pas n\u00e9cessairement \u00eatre la victime de son partenaire, mais est excit\u00e9e par la dangerosit\u00e9, la notori\u00e9t\u00e9 ou la transgression morale de celui-ci.<\/li>\n<li><strong>Masochisme sexuel :<\/strong> Condition o\u00f9 l&rsquo;excitation d\u00e9coule de l&rsquo;acte d&rsquo;\u00eatre humili\u00e9, battu, ligot\u00e9 ou soumis \u00e0 la souffrance. Alors que le masochiste recherche g\u00e9n\u00e9ralement l&rsquo;exp\u00e9rience de la douleur sous condition de pr\u00e9servation de la vie, l&rsquo;auto-assassinatophile fait de la mort violente d\u00e9finitive l&rsquo;objectif culminant du fantasme.<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Asphyxiophilie\">Asphyxiophilie<\/a> (ou hypoxyphilie) :<\/strong> Recherche de l&rsquo;excitation sexuelle par la privation d&rsquo;oxyg\u00e8ne (strangulation, pendaison, \u00e9touffement). Dans l&rsquo;asphyxiophilie, la mort n&rsquo;est pas le but recherch\u00e9 mais un accident catastrophique cons\u00e9cutif \u00e0 une erreur de protocole, tandis que l&rsquo;auto-assassinatophilie valorise la fatalit\u00e9 de la mise \u00e0 mort elle-m\u00eame.<\/li>\n<li><strong>\u00c9rotophonophilie :<\/strong> Paraphilie sym\u00e9trique et oppos\u00e9e, dans laquelle l&rsquo;excitation sexuelle d\u00e9pend de l&rsquo;acte de tuer autrui. L&rsquo;\u00e9rotophonophile est le bourreau, alors que l&rsquo;auto-assassinatophile est la victime consentante ou recherch\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Symphorophilie :<\/strong> Excitation provoqu\u00e9e par le spectacle d&rsquo;une catastrophe naturelle, d&rsquo;un incendie ou d&rsquo;un accident de la circulation sans que le sujet ne soit obligatoirement la victime cibl\u00e9e par un meurtre pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;auto-assassinatophilie se situe \u00e0 la limite extr\u00eame de l&rsquo;exp\u00e9rience psychosexuelle, incarnant la collision absolue entre le d\u00e9sir \u00e9rotique et la mort violente pr\u00e9m\u00e9dit\u00e9e. Introduite par John Money au sein de sa typologie des paraphilies complexes, cette condition demeure d&rsquo;une pr\u00e9valence clinique exceptionnelle mais rev\u00eat une gravit\u00e9 potentielle consid\u00e9rable.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation clinique exige d&rsquo;\u00e9tablir une distinction rigoureuse entre le fantasme imaginaire inoffensif, les jeux de r\u00f4les th\u00e9\u00e2tralis\u00e9s sans danger, et le passage \u00e0 l&rsquo;acte r\u00e9el conduisant \u00e0 une mise en danger mortelle. La prise en charge th\u00e9rapeutique repose prioritairement sur la pr\u00e9vention du risque vital, le recours aux th\u00e9rapies cognitivo-comportementales et, lorsque l&rsquo;intensit\u00e9 impulsive l&rsquo;exige, la prescription d&rsquo;agents pharmacologiques r\u00e9duisant l&rsquo;obsessionnalit\u00e9 ou l&rsquo;activit\u00e9 hormonale sexuelle.<\/p>\n<p>Sur le terrain m\u00e9dico-l\u00e9gal, l&rsquo;auto-assassinatophilie \u00e9claire de mani\u00e8re complexe certains homicides singuliers, mais ne saurait en aucun cas constituer une justification l\u00e9gale ou une excuse absolutoire pour les auteurs de violences mortelles, le droit r\u00e9affirmant l&rsquo;inviolabilit\u00e9 absolue de la vie humaine quelles que soient les inclinaisons subjectives de la victime.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Aggrawal, A. (2009). <em>Forensic and medico-legal aspects of sexual crimes and unusual sexual practices<\/em>. CRC Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1201\/9781420043099\">https:\/\/doi.org\/10.1201\/9781420043099<\/a><\/p>\n<p>American Psychiatric Association. (2022). <em>Diagnostic and statistical manual of mental disorders<\/em> (5th ed., text rev.; DSM-5-TR). American Psychiatric Publishing. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425787\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.books.9780890425787<\/a><\/p>\n<p>Kafka, M. P. (2010). The DSM-diagnostic criteria for paraphilia not otherwise specified. <em>The Journal of Sex Research<\/em>, 47(2), 123\u2013129. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/00224490903543089\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/00224490903543089<\/a><\/p>\n<p>Krafft-Ebing, R. von. (1886). <em>Psychopathia sexualis: Mit besonderer Ber\u00fccksichtigung der contr\u00e4ren Sexualempfindung<\/em>. Enke.<\/p>\n<p>Money, J. (1984). Paraphilias: Phenomenology and classification. <em>American Journal of Psychotherapy<\/em>, 38(2), 164\u2013179. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.psychotherapy.1984.38.2.164\">https:\/\/doi.org\/10.1176\/appi.psychotherapy.1984.38.2.164<\/a><\/p>\n<p>Money, J. (1986). <em>Lovemaps: Clinical concepts of sexual\/erotic health and pathology, paraphilia, and gender transposition in childhood, adolescence, and maturity<\/em>. Irvington Publishers.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;auto-assassinatophilie est une paraphilie rare o\u00f9 l&rsquo;excitation sexuelle d\u00e9pend du fantasme ou de la mise en sc\u00e8ne de son propre meurtre par autrui.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[476,859,145],"tags":[35595,7600,35596,28778,33731,4052],"class_list":["post-21313","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychiatrie","category-psychopathologie","category-sexologie-clinique","tag-auto-assassinatophilie","tag-john-money","tag-masochisme-sexuel","tag-paraphilie","tag-psychiatrie-legale","tag-psychopathologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21313","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21313\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21313"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21313"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21313"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}