{"id":21287,"date":"2026-10-25T11:52:31","date_gmt":"2026-10-25T11:52:31","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=auricule-architecture-psychologie-auditive"},"modified":"2026-10-25T11:52:31","modified_gmt":"2026-10-25T11:52:31","slug":"auricule-architecture-psychologie-auditive","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=auricule-architecture-psychologie-auditive","title":{"rendered":"Auricule : Architecture et psychologie auditive"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;auricule, commun\u00e9ment d\u00e9sign\u00e9e sous le nom de pavillon de l&rsquo;oreille, constitue l&rsquo;interface morphologique primaire entre l&rsquo;environnement acoustique tridimensionnel et le syst\u00e8me nerveux central. Loin d&rsquo;\u00eatre un simple r\u00e9ceptacle passif en p\u00e9riph\u00e9rie du cr\u00e2ne, cette structure cartilagineuse complexe joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la psychoacoustique spatiale, le filtrage spectral des fr\u00e9quences et l&rsquo;int\u00e9gration perceptive indispensable \u00e0 l&rsquo;orientation comportementale. L&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;auricule r\u00e9v\u00e8le ainsi une convergence remarquable entre l&rsquo;anatomie biom\u00e9canique, la plasticit\u00e9 neurocognitive et l&rsquo;exp\u00e9rience subjective du champ sonore.<\/p>\n<h2>Pavillon auriculaire (Auricule)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>auricule<\/strong> (ou pavillon auriculaire) est la partie visible externe de l&rsquo;oreille, constitu\u00e9e d&rsquo;une armature fibro-cartilagineuse recouverte de t\u00e9guments, pr\u00e9sentant des reliefs et des d\u00e9pressions caract\u00e9ristiques qui canalisent les ondes m\u00e9caniques vers le m\u00e9at acoustique externe. Sur le plan psychoacoustique et neurosensoriel, elle agit comme un filtre acoustique directionnel asym\u00e9trique dont la g\u00e9om\u00e9trie modifie l&rsquo;onde sonore en fonction de son angle d&rsquo;incidence, encodant ainsi des indices spectraux essentiels \u00e0 la localisation spatiale tridimensionnelle des stimuli.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de son r\u00f4le anatomique fondamental au sein de l&rsquo;oreille externe, l&rsquo;auricule repr\u00e9sente un composant capital dans les th\u00e9ories de la perception \u00e9cologique et des neurosciences cognitives. Sa configuration unique pour chaque individu conf\u00e8re une signature spectrale personnalis\u00e9e aux sons per\u00e7us, obligeant le syst\u00e8me auditif central \u00e0 apprendre et \u00e0 mettre continuellement \u00e0 jour une repr\u00e9sentation interne de son propre filtre p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<p>En neurosciences appliqu\u00e9es et en psychologie clinique, l&rsquo;auricule attire \u00e9galement une attention croissante en raison de son innervation sensorielle dense, issue notamment de la branche auriculaire du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Nerf_vague\">nerf vague<\/a>, ce qui en fait un site privil\u00e9gi\u00e9 d&rsquo;intervention non invasive pour la modulation des \u00e9tats affectifs et des r\u00e9gulations autonomiques.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab auricule \u00bb tire son origine du substantif latin <em>auricula<\/em>, qui est le diminutif d&rsquo;<em>auris<\/em>, d\u00e9signant l&rsquo;oreille. Dans la langue latine classique, <em>auricula<\/em> faisait r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la partie ext\u00e9rieure et charnue de l&rsquo;organe auditif, souvent employ\u00e9e famili\u00e8rement pour d\u00e9signer le lobe ou l&rsquo;oreille externe dans son ensemble. Le glissement s\u00e9mantique s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9 par m\u00e9tonymie au sein de la m\u00e9decine antique et m\u00e9di\u00e9vale pour distinguer les expansions p\u00e9riph\u00e9riques visibles des conduits internes plus myst\u00e9rieux et inaccessibles.<\/p>\n<p>Introduit dans le lexique anatomique fran\u00e7ais d\u00e8s le bas Moyen \u00c2ge et stabilis\u00e9 \u00e0 la Renaissance avec les travaux de pionniers tels qu&rsquo;Andr\u00e9 V\u00e9sale, le mot a longtemps coexist\u00e9 avec le terme \u00ab pavillon \u00bb, m\u00e9taphore architecturale et maritime \u00e9voquant la forme \u00e9vas\u00e9e d&rsquo;un cornet acoustique ou d&rsquo;un pavillon de trompette. Dans la nomenclature anatomique moderne francophone et internationale (<em>Terminologia Anatomica<\/em>), le latin <em>auricula<\/em> a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9 pour d\u00e9signer le pavillon auriculaire, se distinguant rigoureusement des auricules cardiaques (appendices atriaux), souvent sources d&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 polys\u00e9mique dans la litt\u00e9rature biologique transversale.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction de ce concept dans les sciences de l&rsquo;esprit et la psychoacoustique moderne remonte \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, lorsque des physiciens et physiologistes ont commenc\u00e9 \u00e0 \u00e9tudier la physique ondulatoire du son au contact du corps humain. Le terme est alors pass\u00e9 du champ strictement descriptif de l&rsquo;anatomie \u00e0 celui des mod\u00e9lisations math\u00e9matiques du traitement du signal sensoriel.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le vocable \u00ab auricule \u00bb se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme [o.\u0281i.kyl]. La prononciation est caract\u00e9ris\u00e9e par une voyelle initiale ferm\u00e9e post\u00e9rieure arrondie ou mi-ferm\u00e9e, suivie de voyelles ant\u00e9rieures aigu\u00ebs, ce qui exige une articulation nette pour \u00e9viter toute confusion avec des d\u00e9riv\u00e9s morphologiques voisins.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, \u00ab auricule \u00bb est un substantif, le plus couramment employ\u00e9 au genre f\u00e9minin dans le langage m\u00e9dical contemporain (\u00ab une auricule \u00bb), bien que des dictionnaires historiques et certains manuels anatomiques aient parfois tol\u00e9r\u00e9 le genre masculin lorsqu&rsquo;il d\u00e9signait les cavit\u00e9s accessoires du c\u0153ur. Dans le contexte de l&rsquo;audition, l&rsquo;usage pl\u00e9onasmique ou clarificateur \u00ab pavillon auriculaire \u00bb ou \u00ab auricule de l&rsquo;oreille \u00bb est fr\u00e9quemment adopt\u00e9 dans la litt\u00e9rature scientifique pour \u00e9viter toute m\u00e9prise avec les structures atriales cardio-vasculaires.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage syntaxique en psychoacoustique et psychophysique, le terme appara\u00eet g\u00e9n\u00e9ralement au singulier lors de descriptions structurales formelles, mais il est mobilis\u00e9 au pluriel (\u00ab les auricules \u00bb) d\u00e8s lors que sont abord\u00e9es les questions de couplage binaural, d&rsquo;asym\u00e9trie fonctionnelle corporelle ou d&rsquo;analyses spectrales crois\u00e9es.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>D&rsquo;un point de vue neurocognitif et perceptif, l&rsquo;auricule ne doit pas \u00eatre r\u00e9duite \u00e0 un simple amplificateur passif. Si sa forme d&rsquo;entonnoir permet effectivement un gain acoustique modeste \u2014 typiquement de l&rsquo;ordre de 5 \u00e0 15 dB dans la plage critique de 2 \u00e0 5 kHz, correspondant aux fr\u00e9quences fondamentales de la communication parl\u00e9e et des cris d&rsquo;alerte \u2014, sa fonction la plus remarquable r\u00e9side dans le filtrage directionnel d\u00e9pendant de la fr\u00e9quence (direction-dependent filtering). Lorsque les ondes sonores atteignent le cr\u00e2ne, elles frappent les reliefs asym\u00e9triques du pavillon, subissant une s\u00e9rie de diffractions, de r\u00e9flexions et de r\u00e9sonances destructives ou constructives avant de p\u00e9n\u00e9trer dans le conduit auditif externe.<\/p>\n<p>Ces interactions physiques g\u00e9n\u00e8rent des \u00ab encoches spectrales \u00bb (spectral notches) ou des creux d&rsquo;att\u00e9nuation \u00e9troits dans le spectre de fr\u00e9quences qui atteint le tympan. De mani\u00e8re fondamentale, la fr\u00e9quence exacte et la profondeur de ces encoches varient de mani\u00e8re d\u00e9terministe en fonction de la position spatiale de la source sonore, en particulier sur le plan sagittal vertical (\u00e9l\u00e9vation) et sur l&rsquo;axe ant\u00e9ro-post\u00e9rieur (distinction devant\/derri\u00e8re). Alors que les indices binauraux classiques \u2014 la diff\u00e9rence temporelle interaurale (ITD) et la diff\u00e9rence d&rsquo;intensit\u00e9 interaurale (ILD) \u2014 sont remarquablement efficaces pour situer une source sur le plan horizontal, ils s&rsquo;av\u00e8rent incapables de r\u00e9soudre l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 spatiale connue sous le nom de \u00ab c\u00f4ne de confusion \u00bb. Deux sources situ\u00e9es sym\u00e9triquement devant et derri\u00e8re l&rsquo;individu, ou situ\u00e9es \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9l\u00e9vations le long d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ratrice conique, produisent des ITD et des ILD identiques. C&rsquo;est l&rsquo;auricule qui l\u00e8ve cette ind\u00e9termination gr\u00e2ce \u00e0 son empreinte spectrale monaurale unique.<\/p>\n<p>Le cerveau proc\u00e8de ensuite \u00e0 un d\u00e9codage psychoacoustique complexe. Le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_auditif\">cortex auditif<\/a> primaire et secondaire, articul\u00e9 avec le colliculus inf\u00e9rieur, compare le spectre d&rsquo;amplitude re\u00e7u aux repr\u00e9sentations mn\u00e9siques internes des propri\u00e9t\u00e9s de transformation acoustique de l&rsquo;organisme. Ce processus s&rsquo;appuie sur la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fonction_de_transfert_relative_%C3%A0_la_t%C3%AAte\">fonction de transfert relative \u00e0 la t\u00eate<\/a> (HRTF, pour <em>Head-Related Transfer Function<\/em>). L&rsquo;auricule en constitue la variable la plus individualis\u00e9e et la plus d\u00e9pendante des hautes fr\u00e9quences (au-del\u00e0 de 4 kHz). Sans les perturbations spectrales introduites par les cr\u00eates et cavit\u00e9s de l&rsquo;auricule, l&rsquo;auditeur percevrait les sons comme \u00e9tant localis\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de sa propre t\u00eate, ph\u00e9nom\u00e8ne bien connu lors de l&rsquo;\u00e9coute st\u00e9r\u00e9ophonique au casque sans traitement spatialis\u00e9.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;auricule intervient dans le cadre de la perception corporelle globale et du sch\u00e9ma corporel. Sa structure somatosensorielle s&rsquo;int\u00e8gre aux mod\u00e8les internes de l&rsquo;orientation c\u00e9phalique. Les mouvements infimes de la t\u00eate conjugu\u00e9s aux transformations spectrales produites par l&rsquo;auricule fournissent des indices dynamiques continus, transformant une sensation auditive brute en un flux perceptif tridimensionnel stable, robuste face aux r\u00e9verb\u00e9rations de l&rsquo;environnement physique.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration scientifique de l&rsquo;auricule a d\u00e9but\u00e9 sous l&rsquo;angle de la morphologie descriptive. Durant l&rsquo;Antiquit\u00e9, les m\u00e9decins hippocratiques et Galien consid\u00e9raient principalement le pavillon comme une protection m\u00e9canique pr\u00e9servant le conduit auditif des agressions ext\u00e9rieures et de la poussi\u00e8re. Aristote avait not\u00e9 avec sagacit\u00e9 que l&rsquo;homme est l&rsquo;un des rares mammif\u00e8res incapable d&rsquo;orienter activement ses pavillons vers les stimuli sonores, voyant dans cette immobilit\u00e9 relative une contrepartie \u00e0 la posture \u00e9rig\u00e9e et \u00e0 la mobilit\u00e9 du cou.<\/p>\n<p>Il a fallu attendre le XIXe si\u00e8cle pour que les fondations de l&rsquo;acoustique physiologique \u00e9mergent. Lord Rayleigh (John William Strutt), dans son trait\u00e9 s\u00e9minal de 1907, a \u00e9labor\u00e9 la th\u00e9orie duplex de la localisation sonore, postulant que les diff\u00e9rences de temps dominaient aux basses fr\u00e9quences et les diff\u00e9rences d&rsquo;intensit\u00e9 aux hautes fr\u00e9quences. Cependant, la th\u00e9orie de Rayleigh laissait sans r\u00e9ponse la r\u00e9solution du plan vertical et la discrimination avant-arri\u00e8re. C&rsquo;est au cours de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle que le r\u00f4le spectral pr\u00e9cis de l&rsquo;auricule a \u00e9t\u00e9 v\u00e9ritablement compris. En 1967, Dwight Wayne Batteau a publi\u00e9 une \u00e9tude r\u00e9volutionnaire d\u00e9montrant que les minuscules retards de r\u00e9flexion engendr\u00e9s par les convolutions du pavillon constituaient le m\u00e9canisme fondamental permettant au cerveau de localiser les sources dans l&rsquo;espace tridimensionnel.<\/p>\n<p>Les d\u00e9cennies 1970 et 1980 ont vu les travaux de Jens Blauert formaliser la psychoacoustique spatiale moderne. Blauert a introduit la notion de \u00ab bandes directionnelles \u00bb, prouvant que l&rsquo;amplification ou l&rsquo;att\u00e9nuation de bandes de fr\u00e9quences sp\u00e9cifiques par l&rsquo;auricule induit syst\u00e9matiquement l&rsquo;illusion d&rsquo;une source sonore situ\u00e9e en haut, en bas, devant ou derri\u00e8re. Dans les ann\u00e9es 1990, des chercheurs comme Paul Hofman ont d\u00e9montr\u00e9 la formidable plasticit\u00e9 du syst\u00e8me nerveux central face aux modifications morphologiques de l&rsquo;auricule, marquant un tournant d\u00e9cisif dans l&rsquo;int\u00e9gration de la neuroplasticit\u00e9 au sein de la psychologie de la perception.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;auricule en sciences psychologiques s&rsquo;ancre principalement dans trois paradigmes th\u00e9oriques : la psychoacoustique computationnelle, l&rsquo;approche \u00e9cologique de la perception et la th\u00e9orie de l&rsquo;inf\u00e9rence bay\u00e9sienne sensorielle.<\/p>\n<p>Dans le cadre de la psychoacoustique computationnelle, l&rsquo;auricule est mod\u00e9lis\u00e9e comme un filtre lin\u00e9aire \u00e0 r\u00e9ponse impulsionnelle spatio-temporelle. Les signaux acoustiques sont soumis \u00e0 une convolution math\u00e9matique d\u00e9termin\u00e9e par l&rsquo;anatomie de l&rsquo;auricule avant d&rsquo;atteindre la cochl\u00e9e. Les th\u00e9ories du traitement du signal auditif stipulent que le syst\u00e8me nerveux effectue une d\u00e9convolution ou une analyse spectrale par banques de filtres (via la membrane basilaire et les noyaux cochl\u00e9aires) afin d&rsquo;extraire les minima spectraux (notches). Ces calculs neuronaux complexes permettent au cerveau de reconstruire la g\u00e9om\u00e9trie de la sc\u00e8ne acoustique \u00e0 partir d&rsquo;un simple signal monaural combin\u00e9 aux indices binauraux.<\/p>\n<p>L&rsquo;approche \u00e9cologique de la perception, inaugur\u00e9e par James J. Gibson, offre un cadre conceptuel alternatif et compl\u00e9mentaire. Selon cette th\u00e9orie, la perception n&rsquo;est pas une simple op\u00e9ration de calcul sur des donn\u00e9es passives, mais un acte exploratoire dynamique. L&rsquo;immobilit\u00e9 intrins\u00e8que des muscles de l&rsquo;auricule humaine est compens\u00e9e par la motricit\u00e9 c\u00e9phalique. L&rsquo;observateur explore activement l&rsquo;\u00ab affordance acoustique \u00bb de son environnement en d\u00e9pla\u00e7ant son corps, ce qui modifie instantan\u00e9ment les angles d&rsquo;incidence sonore sur l&rsquo;auricule. La variation continue du filtrage spectral auriculaire durant la rotation de la t\u00eate g\u00e9n\u00e8re des invariants perceptifs qui renseignent le sujet non seulement sur l&#8217;emplacement de l&rsquo;objet sonore, mais aussi sur son propre sch\u00e9ma corporel dans l&rsquo;espace.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le bay\u00e9sien de la perception auditive postule que le cerveau utilise des \u00ab a priori \u00bb (priors) statistiques sur la structure acoustique du monde ext\u00e9rieur pour interpr\u00e9ter les modifications spectrales ambigu\u00ebs introduites par l&rsquo;auricule. Face \u00e0 un son de nature inconnue, le syst\u00e8me nerveux central pond\u00e8re les indices spectraux fournis par l&rsquo;auricule \u00e0 l&rsquo;aune de ses attentes probabilistes pour distinguer le timbre intrins\u00e8que de la source sonore de la d\u00e9formation spectrale induite par la morphologie du pavillon.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;auricule se compose d&rsquo;une structure morphologique hautement diff\u00e9renci\u00e9e, chaque sous-\u00e9l\u00e9ment exer\u00e7ant un impact acoustique et biom\u00e9canique particulier sur le front d&rsquo;onde incident :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;h\u00e9lix (ou h\u00e9lice) :<\/strong> Le repli cartilagineux semi-circulaire qui forme le bord ext\u00e9rieur incurv\u00e9 du pavillon. Il assure la rigidit\u00e9 globale de l&rsquo;organe et g\u00e9n\u00e8re les premi\u00e8res diffractions acoustiques pour les ondes provenant des secteurs post\u00e9rieurs et sup\u00e9rieurs.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;anth\u00e9lix :<\/strong> Une \u00e9minence courbe situ\u00e9e concentriquement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de l&rsquo;h\u00e9lix, se divisant dans sa portion sup\u00e9rieure en deux branches (cr\u00eates de l&rsquo;anth\u00e9lix) d\u00e9limitant la fosse naviculaire. L&rsquo;anth\u00e9lix sert de r\u00e9flecteur interm\u00e9diaire pour les ondes de fr\u00e9quences interm\u00e9diaires.<\/li>\n<li><strong>La conque :<\/strong> La d\u00e9pression profonde et centrale qui m\u00e8ne directement \u00e0 l&rsquo;orifice du m\u00e9at acoustique externe. Divis\u00e9e par la racine de l&rsquo;h\u00e9lix en cymba et cavum, la conque agit comme la cavit\u00e9 r\u00e9sonante principale du pavillon, amplifiant les fr\u00e9quences comprises entre 3 et 5 kHz et cr\u00e9ant les encoches spectrales les plus prononc\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Le tragus :<\/strong> Une petite projection cartilagineuse triangulaire situ\u00e9e en avant de l&rsquo;ouverture du m\u00e9at auditif. Il produit une r\u00e9flexion acoustique d&rsquo;un d\u00e9lai extr\u00eamement court (quelques dizaines de microsecondes) par rapport au son direct, fournissant un indice spectral critique pour discriminer l&rsquo;origine ant\u00e9rieure ou post\u00e9rieure de la source sonore.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;antitragus :<\/strong> Le renflement cartilagineux situ\u00e9 en regard du tragus, juste au-dessus du lobule, s\u00e9par\u00e9 de ce dernier par l&rsquo;\u00e9chancrure intertragienne, contribuant aux r\u00e9flexions verticales des sons montants.<\/li>\n<li><strong>Le lobule (ou lobe de l&rsquo;oreille) :<\/strong> La partie inf\u00e9rieure charnue, non cartilagineuse, vascularis\u00e9e et richement pourvue en tissu adipeux. Bien que son r\u00f4le acoustique direct soit marginal par rapport aux reliefs cartilagineux, il participe \u00e0 l&rsquo;imp\u00e9dance acoustique globale du visage et poss\u00e8de une valeur somatosensorielle et esth\u00e9tique consid\u00e9rable.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer de mani\u00e8re concr\u00e8te le fonctionnement psychoacoustique de l&rsquo;auricule, prenons l&rsquo;exemple c\u00e9l\u00e8bre de l&rsquo;exp\u00e9rience pionni\u00e8re de Hofman et de ses collaborateurs (1998). Des volontaires sains ont \u00e9t\u00e9 \u00e9quip\u00e9s d&rsquo;inserts en silicone sur mesure plac\u00e9s \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de leur auricule, modifiant instantan\u00e9ment la morphologie de leurs conques et de leurs reliefs cartilagineux. D\u00e8s l&rsquo;insertion des moules, la capacit\u00e9 des participants \u00e0 localiser l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des sons s&rsquo;est effondr\u00e9e : leur syst\u00e8me nerveux central, utilisant toujours son mod\u00e8le interne d&rsquo;indices spectraux fond\u00e9 sur l&rsquo;auricule naturelle, interpr\u00e9tait de fa\u00e7on erron\u00e9e les nouvelles modifications fr\u00e9quentielles. Toutefois, apr\u00e8s plusieurs semaines de port continu des inserts, les sujets ont r\u00e9appris avec pr\u00e9cision \u00e0 localiser les sons en \u00e9l\u00e9vation, sans perdre pour autant la m\u00e9moire spectrale de leurs oreilles naturelles lors du retrait des moules. Cette \u00e9tude classique prouve exp\u00e9rimentalement que le cerveau humain maintient des cartes plastiques superpos\u00e9es de ses propres r\u00e9cepteurs p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<p>Un autre cas concret concerne l&rsquo;exp\u00e9rience courante de l&rsquo;\u00ab \u00e9coute au casque \u00bb. Lorsqu&rsquo;un enregistrement st\u00e9r\u00e9o conventionnel est diffus\u00e9 par des \u00e9couteurs ins\u00e9r\u00e9s dans le conduit auditif, l&rsquo;auricule est enti\u00e8rement court-circuit\u00e9e. L&rsquo;absence de filtrage spectral par le pavillon produit une illusion de \u00ab lat\u00e9ralisation intra-cr\u00e2nienne \u00bb : la musique semble na\u00eetre au centre du cr\u00e2ne ou le long d&rsquo;une ligne reliant les deux oreilles, plut\u00f4t que de provenir d&rsquo;un espace tridimensionnel externe. En revanche, si la bande sonore est pr\u00e9alablement filtr\u00e9e par une fonction de transfert personnalis\u00e9e int\u00e9grant l&rsquo;auricule du sujet (audio binaural spatialis\u00e9), l&rsquo;auditeur fait l&rsquo;exp\u00e9rience d&rsquo;une ext\u00e9riorisation saisissante, les sources sonores \u00e9tant per\u00e7ues comme flottant physiquement autour de lui dans la pi\u00e8ce.<\/p>\n<p>Dans le domaine clinique, le cas des enfants n\u00e9s avec une microtie (ag\u00e9n\u00e9sie cong\u00e9nitale de l&rsquo;auricule) fournit un mod\u00e8le saisissant. Outre les difficult\u00e9s de transmission m\u00e9canique du son, ces enfants pr\u00e9sentent un d\u00e9ficit marqu\u00e9 de l&rsquo;orientation spatiale sonore et souffrent fr\u00e9quemment de r\u00e9percussions psychoaffectives touchant l&rsquo;estime de soi et l&rsquo;int\u00e9gration des pairs, soulignant le r\u00f4le \u00e0 la fois fonctionnel, sensoriel et social de cet organe visible.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des fonctions de l&rsquo;auricule fait appel \u00e0 un ensemble d&rsquo;outils issus de l&rsquo;acoustique physique, de la psychoacoustique exp\u00e9rimentale et de l&rsquo;imagerie biom\u00e9dicale. La m\u00e9thode de r\u00e9f\u00e9rence consiste \u00e0 mesurer exp\u00e9rimentalement la fonction de transfert li\u00e9e \u00e0 la t\u00eate (HRTF). Cette mesure s&rsquo;effectue dans une chambre an\u00e9cho\u00efque (chambre sourde) : un microphone miniature est plac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e du conduit auditif ou au fond de la conque du sujet, tandis qu&rsquo;un haut-parleur \u00e9met des balayages sinuso\u00efdaux ou des signaux pseudo-al\u00e9atoires depuis diverses positions sur une sph\u00e8re entourant la personne. L&rsquo;analyse de Fourier du signal enregistr\u00e9 permet de cartographier la r\u00e9ponse en fr\u00e9quence sp\u00e9cifique de l&rsquo;auricule pour chaque azimut et \u00e9l\u00e9vation.<\/p>\n<p>Pour les besoins standardis\u00e9s de l&rsquo;industrie audio et de la recherche en laboratoire, les scientifiques utilisent fr\u00e9quemment des mannequins acoustiques normalis\u00e9s, tels que le syst\u00e8me KEMAR (<em>Knowles Electronics Manikin for Acoustic Research<\/em>). Ce type de simulateur int\u00e8gre des moulages d&rsquo;auricules humaines r\u00e9alistes poss\u00e9dant les propri\u00e9t\u00e9s \u00e9lastiques et g\u00e9om\u00e9triques moyennes de la population adulte, permettant d&rsquo;enregistrer des bases de donn\u00e9es binaurales reproductibles.<\/p>\n<p>Au niveau clinique et neuropsychologique, les capacit\u00e9s de localisation auditive d\u00e9pendantes de l&rsquo;auricule sont mesur\u00e9es via le seuil minimal d&rsquo;angle audible (<em>Minimum Audible Angle<\/em>, MAA) sur le plan vertical et dans les t\u00e2ches de discrimination avant\/arri\u00e8re. Les protocoles informatis\u00e9s projettent des bruits blancs filtr\u00e9s ou des clics \u00e0 diff\u00e9rentes \u00e9l\u00e9vations pendant que le sujet indique la direction per\u00e7ue \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un pointeur laser ou d&rsquo;un casque de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle \u00e9quip\u00e9 de capteurs de trajectoire c\u00e9phalique.<\/p>\n<p>Enfin, la morphom\u00e9trie optique 3D et le scan laser de surface permettent aujourd&rsquo;hui une mod\u00e9lisation par \u00e9l\u00e9ments finis (BEM, <em>Boundary Element Method<\/em>) de l&rsquo;auricule. Cette technique computationnelle simule num\u00e9riquement les \u00e9quations de propagation d&rsquo;onde autour du maillage tridimensionnel du pavillon individuel, dispensant parfois de la lourde proc\u00e9dure de mesure physique en chambre an\u00e9cho\u00efque.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les propri\u00e9t\u00e9s psychoacoustiques et anatomiques de l&rsquo;auricule trouvent des applications directes dans une multitude de domaines allant des technologies immersives \u00e0 la psychiatrie interventionnelle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e9alit\u00e9 virtuelle, jeux vid\u00e9o et m\u00e9tavers :<\/strong> L&rsquo;int\u00e9gration des filtres spectraux auriculaires dans les moteurs audio tridimensionnels permet de cr\u00e9er des environnements sonores virtuels indiscernables de la r\u00e9alit\u00e9. L&rsquo;individualisation de ces profils spectraux am\u00e9liore l&rsquo;immersion cognitive et r\u00e9duit la fatigue mentale li\u00e9e aux conflits de perception spatiale.<\/li>\n<li><strong>Conception d&rsquo;appareils auditifs et d&rsquo;implants :<\/strong> Les aides auditives modernes exploitent des microphones orient\u00e9s et des algorithmes d&rsquo;\u00e9mulation de l&rsquo;auricule. Lorsque l&rsquo;appareil est situ\u00e9 derri\u00e8re le pavillon (contour d&rsquo;oreille traditionnel), les indices spectraux naturels sont perdus ; les processeurs de signal r\u00e9injectent donc artificiellement la r\u00e9ponse impulsionnelle de l&rsquo;auricule pour restaurer la perception de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation et la s\u00e9paration des sources sonores en milieu bruyant (effet \u00ab cocktail party \u00bb).<\/li>\n<li><strong>Psychiatrie et neurostimulation vagale auriculaire (taVNS) :<\/strong> La conque et le tragus re\u00e7oivent une innervation exclusive par le rameau auriculaire du nerf vague (nerf d&rsquo;Arnold). La stimulation \u00e9lectrique transcutan\u00e9e de ces zones auriculaires module l&rsquo;activit\u00e9 du tronc c\u00e9r\u00e9bral (notamment le noyau du tractus solitaire et le locus coeruleus) et du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut, offrant une modalit\u00e9 th\u00e9rapeutique prometteuse dans le traitement de la d\u00e9pression r\u00e9sistante, des troubles anxieux et de l&rsquo;\u00e9pilepsie.<\/li>\n<li><strong>Chirurgie reconstructrice et psychologie de l&rsquo;apparence :<\/strong> La correction chirurgicale des d\u00e9formations auriculaires (comme l&rsquo;otoplastie pour oreilles d\u00e9coll\u00e9es ou la reconstruction de microtie) a un impact psychologique profond. Elle permet de restaurer l&rsquo;image corporelle, d&rsquo;att\u00e9nuer l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sociale et de d\u00e9samorcer les traumatismes li\u00e9s au harc\u00e8lement scolaire chez l&rsquo;enfant et l&rsquo;adolescent.<\/li>\n<li><strong>Ergonomie industrielle et t\u00e9l\u00e9communications :<\/strong> L&rsquo;\u00e9tude biom\u00e9canique du pavillon guide la mod\u00e9lisation morphologique des transducteurs intra-auriculaires, des casques de communication militaires et des bouchons de protection acoustique sur mesure afin de pr\u00e9server l&rsquo;intelligibilit\u00e9 vocale sans alt\u00e9rer les r\u00e9flexes de survie li\u00e9s au rep\u00e9rage spatial.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine sur l&rsquo;auricule a apport\u00e9 des preuves cruciales quant \u00e0 la fa\u00e7on dont l&rsquo;information sensorielle p\u00e9riph\u00e9rique fa\u00e7onne les processus corticaux sup\u00e9rieurs. L&rsquo;\u00e9quipe d&rsquo;Andrew King \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 d&rsquo;Oxford a d\u00e9montr\u00e9, \u00e0 travers des mod\u00e8les animaux et humains, que la plasticit\u00e9 adaptative aux alt\u00e9rations du pavillon auriculaire d\u00e9pend \u00e9troitement de signaux d&rsquo;erreur multimodaux. Le recalibrage des cartes auditives spatiales dans le colliculus sup\u00e9rieur ne s&rsquo;op\u00e8re de mani\u00e8re optimale que si l&rsquo;organisme b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un retour visuel et proprioceptif concomitant lors de ses mouvements de t\u00eate dans l&rsquo;espace.<\/p>\n<p>Des travaux d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) men\u00e9s par des \u00e9quipes de neurosciences cognitives ont mis en \u00e9vidence que les indices spectraux g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;auricule sont trait\u00e9s de mani\u00e8re hi\u00e9rarchique au sein du cerveau. Si le cortex auditif primaire (aire de Heschl) encode fid\u00e8lement le contenu spectral brut, c&rsquo;est au sein du gyrus temporal sup\u00e9rieur et du cortex pari\u00e9tal post\u00e9rieur (la voie auditive dorsale dite \u00ab du o\u00f9 \u00bb) que ces modifications de fr\u00e9quences sont transform\u00e9es en coordonn\u00e9es d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation spatiales \u00e9gocentriques conscientes.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la sant\u00e9 mentale, de nombreuses m\u00e9ta-analyses confirment l&rsquo;efficacit\u00e9 clinique de la stimulation de l&rsquo;auricule via le nerf vague. Les enregistrements par \u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) r\u00e9v\u00e8lent que la stimulation non invasive de la conque auriculaire provoque une augmentation mesurable des potentiels \u00e9voqu\u00e9s sensoriels P300 et une modulation de la variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque (VFC), t\u00e9moignant d&rsquo;une bascule de l&rsquo;\u00e9quilibre autonome vers une pr\u00e9dominance parasympathique r\u00e9gulatrice de l&rsquo;hom\u00e9ostasie \u00e9motionnelle.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;auricule est investie d&rsquo;une charge symbolique, rituelle et esth\u00e9tique consid\u00e9rable qui varie selon les soci\u00e9t\u00e9s et les \u00e9poques historiques. Sur le plan anthropologique, les modifications corporelles de l&rsquo;auricule constituent l&rsquo;une des pratiques ornementales les plus universelles de l&rsquo;humanit\u00e9. De nombreuses cultures traditionnelles, telles que les peuples Padaung en Birmanie, les Masa\u00ef en Afrique de l&rsquo;Est ou les civilisations m\u00e9soam\u00e9ricaines pr\u00e9colombiennes, pratiquaient l&rsquo;\u00e9tirement progressif du lobule \u00e0 l&rsquo;aide de poids et de plateaux d&rsquo;oreille, symbolisant la maturit\u00e9 sociale, la noblesse, la sagesse ou l&rsquo;appartenance clanique.<\/p>\n<p>Dans la tradition occidentale contemporaine, le per\u00e7age du lobule est souvent l&rsquo;un des premiers actes de marquage corporel institutionnalis\u00e9s et socialement tol\u00e9r\u00e9s d\u00e8s l&rsquo;enfance. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;importance accord\u00e9e \u00e0 la morphologie du pavillon peut devenir une source de souffrance psychique majeure. Les canons esth\u00e9tiques euro-am\u00e9ricains valorisent une auricule plaqu\u00e9e harmonieusement contre l&rsquo;\u00e9caille temporale, avec un angle auriculo-c\u00e9phalique n&rsquo;exc\u00e9dant pas 20 \u00e0 30 degr\u00e9s. L&rsquo;alt\u00e9ration de cette norme morphologique (\u00ab oreilles d\u00e9coll\u00e9es \u00bb) expose souvent les individus, d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, \u00e0 des moqueries interpersonnelles r\u00e9currentes pouvant d\u00e9boucher sur des tableaux de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Peur_d%27une_dysmorphie_corporelle\">dysmorphophobie<\/a> (trouble dysmorphique corporel).<\/p>\n<p>Sur le plan symbolique, l&rsquo;auricule incarne dans de multiples cosmogonies l&rsquo;organe de la r\u00e9ceptivit\u00e9 spirituelle, de l&rsquo;\u00e9coute active et de l&rsquo;ob\u00e9issance aux pr\u00e9ceptes moraux. Dans la philosophie bouddhiste, les repr\u00e9sentations iconographiques de Siddh\u00e2rtha Gautama comportent de longs lobes \u00e9tir\u00e9s, rappel des parures princi\u00e8res qu&rsquo;il portait autrefois mais aussi m\u00e9taphore visuelle d&rsquo;une capacit\u00e9 sup\u00e9rieure d&rsquo;attention et de compassion bienveillante envers la souffrance universelle du monde.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude et l&rsquo;application des concepts li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;auricule ne sont pas exemptes de controverses m\u00e9thodologiques et conceptuelles au sein des communaut\u00e9s scientifiques. Le principal d\u00e9bat concerne la primaut\u00e9 respective des indices spectraux monauraux d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;auricule par rapport aux indices binauraux dynamiques. Si certains chercheurs affirment que l&rsquo;auricule est absolument indispensable \u00e0 l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation, d&rsquo;autres d\u00e9montrent que des individus d\u00e9pourvus de reliefs auriculaires peuvent compenser cette perte de mani\u00e8re quasi int\u00e9grale en effectuant de micro-mouvements exploratoires continus de la t\u00eate, s&rsquo;appuyant alors exclusivement sur les variations dynamiques des d\u00e9calages temporels interauraux.<\/p>\n<p>Une autre controverse r\u00e9currente en acoustique virtuelle concerne le compromis entre la personnalisation des HRTF et leur g\u00e9n\u00e9ralisation industrielle. La capture pr\u00e9cise de la g\u00e9om\u00e9trie de l&rsquo;auricule de chaque utilisateur est un processus chronophage et co\u00fbteux. Or, l&rsquo;utilisation de mod\u00e8les d&rsquo;auricules g\u00e9n\u00e9riques standardis\u00e9es g\u00e9n\u00e8re souvent des distorsions de localisation substantielles (confusions avant-arri\u00e8re syst\u00e9matiques et incapacit\u00e9 \u00e0 percevoir la hauteur r\u00e9elle du son), illustrant les limites actuelles des algorithmes d&rsquo;ext\u00e9riorisation acoustique grand public.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychologie clinique, les m\u00e9canismes exacts sous-tendant la stimulation auriculaire du nerf vague font encore l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e2pres discussions. Plusieurs auteurs pointent du doigt la variabilit\u00e9 anatomique consid\u00e9rable de l&rsquo;innervation de la conque et du tragus selon les individus, sugg\u00e9rant qu&rsquo;une stimulation d\u00e9livr\u00e9e sur une m\u00eame coordonn\u00e9e anatomique de l&rsquo;auricule peut chez certains sujets stimuler le nerf grand auriculaire (branche spinale) plut\u00f4t que le nerf vague, expliquant en partie les divergences d&rsquo;efficacit\u00e9 clinique observ\u00e9es dans les essais randomis\u00e9s.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Il importe de d\u00e9limiter rigoureusement l&rsquo;auricule par rapport aux concepts anatomiques, physiologiques et acoustiques connexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Pavillon auriculaire :<\/strong> Synonyme exact d&rsquo;auricule dans le contexte de l&rsquo;oreille externe, \u00ab pavillon \u00bb \u00e9tant le terme historique d&rsquo;usage courant tandis qu&rsquo;\u00ab auricule \u00bb est le vocable officiel issu de la terminologie biom\u00e9dicale internationale.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9at acoustique externe (conduit auditif externe) :<\/strong> Canal ost\u00e9o-cartilagineux reliant l&rsquo;auricule \u00e0 la membrane tympanique. L&rsquo;auricule concentre et filtre l&rsquo;onde sonore, tandis que le conduit agit comme un r\u00e9sonateur quart-d&rsquo;onde tubulaire amplifiant les fr\u00e9quences autour de 3 kHz.<\/li>\n<li><strong>Conque :<\/strong> Sous-structure anatomique la plus profonde du pavillon auriculaire. La conque est un composant de l&rsquo;auricule, mais elle ne doit pas \u00eatre confondue avec l&rsquo;ensemble du pavillon, bien qu&rsquo;elle en soit le contributeur acoustique majeur.<\/li>\n<li><strong>Fonction de transfert li\u00e9e \u00e0 la t\u00eate (HRTF) :<\/strong> Mod\u00e9lisation math\u00e9matique tridimensionnelle d\u00e9crivant l&rsquo;ensemble des transformations acoustiques op\u00e9r\u00e9es par le torse, le cou, la bo\u00eete cr\u00e2nienne et les auricules. L&rsquo;auricule fournit les composantes \u00e0 haute fr\u00e9quence et l&rsquo;asym\u00e9trie n\u00e9cessaire \u00e0 la HRTF.<\/li>\n<li><strong>Indices binauraux (ITD \/ ILD) :<\/strong> Diff\u00e9rences de temps et d&rsquo;intensit\u00e9 per\u00e7ues entre les deux oreilles pour la localisation sur le plan horizontal, \u00e0 distinguer formellement des indices monauraux spectraux induits intrins\u00e8quement par la morphologie de chaque auricule.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;auricule se r\u00e9v\u00e8le \u00eatre une structure biologique sophistiqu\u00e9e dont les r\u00e9percussions s&rsquo;\u00e9tendent des lois physiques de la diffraction acoustique jusqu&rsquo;aux m\u00e9andres de la psychologie cognitive et clinique. Organe cl\u00e9 de la perception tridimensionnelle, elle sculpte passivement les ondes sonores par ses convolutions cartilagineuses pour doter l&rsquo;auditeur d&rsquo;une repr\u00e9sentation spatiale du monde ext\u00e9rieur, levant avec \u00e9l\u00e9gance les ambigu\u00eft\u00e9s directionnelles du plan vertical.<\/p>\n<p>Les propri\u00e9t\u00e9s de l&rsquo;auricule t\u00e9moignent de l&rsquo;\u00e9tonnante plasticit\u00e9 neuronale de l&rsquo;enc\u00e9phale humain, capable de recalibrer ses mod\u00e8les internes en cas de modifications anatomiques, tout en constituant un levier technologique majeur pour le d\u00e9veloppement des univers sonores immersifs de demain. Par son innervation vagale singuli\u00e8re et sa place centrale au sein du sch\u00e9ma corporel et esth\u00e9tique, l&rsquo;auricule demeure un objet d&rsquo;\u00e9tude transversal incontournable, situ\u00e9 au carrefour des neurosciences, de l&rsquo;ing\u00e9nierie sensorielle et des sciences de l&rsquo;esprit.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Batteau, D. W. (1967). The role of the pinna in human localization. <em>Proceedings of the Royal Society of London. Series B. Biological Sciences<\/em>, 168(1011), 158\u2013180. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspb.1967.0058\">https:\/\/doi.org\/10.1098\/rspb.1967.0058<\/a><\/li>\n<li>Blauert, J. (1997). <em>Spatial Hearing: The Psychophysics of Human Sound Localization<\/em> (\u00c9d. r\u00e9vis\u00e9e). MIT Press. <a href=\"https:\/\/mitpress.mit.edu\/9780262024136\/spatial-hearing\/\">https:\/\/mitpress.mit.edu\/9780262024136\/spatial-hearing\/<\/a><\/li>\n<li>Hofman, P. M., Van Riswick, J. G., &#038; Van Opstal, A. J. (1998). Relearning sound localization with new ears. <em>Nature Neuroscience<\/em>, 1(5), 417\u2013421. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/1633\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/1633<\/a><\/li>\n<li>King, A. J., Dahmen, J. C., Keating, P., Leach, N. D., Nodal, F. R., &#038; Bajo, V. M. (2011). Neural circuits underlying adaptation and learning in the perception of auditory space. <em>Neuroscience &#038; Biobehavioral Reviews<\/em>, 35(10), 2129\u20132139. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neubiorev.2011.03.008\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.neubiorev.2011.03.008<\/a><\/li>\n<li>Rangasamy, V. (2023). Transcutaneous auricular vagus nerve stimulation: A review of potential mechanisms and clinical applications. <em>Journal of Clinical Medicine<\/em>, 12(8), 2845. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3390\/jcm12082845\">https:\/\/doi.org\/10.3390\/jcm12082845<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez le r\u00f4le fondamental de l&rsquo;auricule (pavillon auriculaire) : anatomie externe, filtrage psychoacoustique, plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale et applications cliniques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[459,4562,4578],"tags":[35536,35538,31380,35537,21406,5217],"class_list":["post-21287","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-perception-sensorielle","category-psychoacoustique","tag-auricule","tag-hrtf","tag-localisation-sonore","tag-pavillon-auriculaire","tag-perception-spatiale","tag-psychoacoustique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21287","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21287\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21287"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21287"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21287"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}