{"id":21282,"date":"2026-10-25T11:38:15","date_gmt":"2026-10-25T11:38:15","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=communication-augmentative-voix-inclusion"},"modified":"2026-10-25T11:38:15","modified_gmt":"2026-10-25T11:38:15","slug":"communication-augmentative-voix-inclusion","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=communication-augmentative-voix-inclusion","title":{"rendered":"Communication augmentative : Voix et inclusion"},"content":{"rendered":"<p>La communication humaine repr\u00e9sente le fondement de la socialisation, du d\u00e9veloppement cognitif et de l\u2019autod\u00e9termination de l\u2019individu au sein de son environnement. Lorsque des alt\u00e9rations motrices, sensorielles, neurologiques ou d\u00e9veloppementales compromettent la parole articul\u00e9e, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Communication_am%C3%A9lior%C3%A9e_et_alternative\">communication am\u00e9lior\u00e9e et alternative<\/a> s&rsquo;impose comme une passerelle indispensable vers l&rsquo;\u00e9change interpersonnel et l&rsquo;autonomie.<\/p>\n<h2>Communication alternative et augmentative<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La communication augmentative et alternative (couramment d\u00e9sign\u00e9e sous le sigle CAA) englobe l\u2019ensemble des outils, syst\u00e8mes, strat\u00e9gies et m\u00e9thodes p\u00e9dagogiques ou cliniques destin\u00e9s \u00e0 compenser, compl\u00e9ter ou remplacer temporairement ou d\u00e9finitivement le langage oral chez des personnes pr\u00e9sentant des limitations s\u00e9v\u00e8res de la parole articul\u00e9e ou de la compr\u00e9hension verbale.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel et psychologique, le volet \u00ab augmentatif \u00bb qualifie les approches qui viennent \u00e9tayer, enrichir et soutenir une parole r\u00e9siduelle, h\u00e9sitante ou partiellement inintelligible, tandis que le volet \u00ab alternatif \u00bb fait r\u00e9f\u00e9rence aux dispositifs qui se substituent int\u00e9gralement \u00e0 l\u2019expression vocale naturelle lorsque celle-ci fait d\u00e9faut. La CAA ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une simple proth\u00e8se technique : elle constitue un syst\u00e8me s\u00e9miotique, interactionnel et cognitif complexe qui r\u00e9organise la pragmatique communicationnelle de l\u2019utilisateur et de son entourage.<\/p>\n<p>Dans le champ de la psychologie du d\u00e9veloppement, de la neuropsychologie et de l&rsquo;orthophonie, la communication augmentative est d\u00e9sormais conceptualis\u00e9e comme un droit fondamental favorisant la participation sociale, la scolarisation, l\u2019acc\u00e8s aux apprentissages scolaires et universitaires, ainsi que la pr\u00e9servation de la sant\u00e9 psychologique et de l&rsquo;estime de soi tout au long de la trajectoire de vie.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab communication augmentative \u00bb d\u00e9rive de deux racines distinctes mais compl\u00e9mentaires. Le substantif \u00ab communication \u00bb est issu du latin classique <em>communicatio<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 de <em>communicare<\/em> (\u00ab mettre en commun, partager, entrer en relation \u00bb), lui-m\u00eame rattach\u00e9 au radical <em>communis<\/em>, qui renvoie \u00e0 ce qui appartient \u00e0 plusieurs individus ou \u00e0 la communaut\u00e9.<\/p>\n<p>Le qualificatif \u00ab augmentatif \u00bb provient du verbe latin <em>augmentare<\/em> (\u00ab accro\u00eetre, fortifier, d\u00e9velopper \u00bb), issu du participe pass\u00e9 <em>augmentum<\/em> (accroissement), lui-m\u00eame reli\u00e9 \u00e0 la racine indo-europ\u00e9enne <em>*aug-<\/em> signifiant \u00ab grandir \u00bb ou \u00ab faire cro\u00eetre \u00bb. Dans la litt\u00e9rature anglophone sp\u00e9cialis\u00e9e, le domaine s\u2019est structur\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 1970 sous la d\u00e9signation \u00ab Augmentative and Alternative Communication \u00bb (AAC), avant d&rsquo;\u00eatre transpos\u00e9 dans la francophonie clinique et acad\u00e9mique sous les appellations de \u00ab communication alternative et augmentative \u00bb (CAA) ou \u00ab communication am\u00e9lior\u00e9e et alternative \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction de ce vocable dans le champ de la r\u00e9adaptation neuropsychologique et de la psycho\u00e9ducation a marqu\u00e9 une rupture \u00e9pist\u00e9mologique majeure : il s&rsquo;agissait de d\u00e9passer l&rsquo;imp\u00e9ratif normatif de la r\u00e9\u00e9ducation exclusive de la parole acoustique pour embrasser une pluralit\u00e9 s\u00e9miotique o\u00f9 le geste, le symbole graphique et la technologie num\u00e9rique concourent \u00e0 l&rsquo;\u00e9dification du sens partag\u00e9.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, \u00ab communication augmentative \u00bb est une locution nominale f\u00e9minine, form\u00e9e du nom commun singulier \u00ab communication \u00bb et de l\u2019adjectif qualificatif \u00ab augmentative \u00bb (f\u00e9minin de \u00ab augmentatif \u00bb). Au pluriel, elle devient \u00ab communications augmentatives \u00bb, bien que l&rsquo;usage th\u00e9orique privil\u00e9gie le singulier g\u00e9n\u00e9rique ou l&rsquo;acronyme \u00ab CAA \u00bb (trait\u00e9 comme un nom f\u00e9minin : \u00ab la CAA \u00bb).<\/p>\n<p>En phon\u00e9tique fran\u00e7aise internationale, l&rsquo;expression se transcrit : \/k\u0254.my.ni.ka.sj\u0254\u0303 o\u0261.m\u0251\u0303.ta.tiv\/. La prononciation du segment initial \u00ab augmentative \u00bb requiert une voyelle mi-ferm\u00e9e post\u00e9rieure arrondie [o] suivie de la consonne occlusive vois\u00e9e [\u0261], \u00e9vitant toute nasalisation fautive du premier phon\u00e8me.<\/p>\n<p>Dans les \u00e9crits scientifiques et les guides de bonnes pratiques cliniques, la locution est fr\u00e9quemment coordonn\u00e9e avec son corollaire : \u00ab communication alternative et augmentative \u00bb. Elle s&#8217;emploie tant pour d\u00e9signer le champ disciplinaire (\u00ab la recherche en communication augmentative \u00bb) que le dispositif \u00e9cologique d\u00e9ploy\u00e9 (\u00ab la mise en \u0153uvre d&rsquo;une communication augmentative individualis\u00e9e \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La communication augmentative et alternative ne se cantonne nullement \u00e0 la manipulation d\u2019un instrument m\u00e9canique ou informatique ; elle constitue un syst\u00e8me multimodal global reposant sur l\u2019interaction dynamique de quatre piliers fondamentaux : les symboles, les aides techniques, les techniques de s\u00e9lection et les strat\u00e9gies communicationnelles. Comprendre la CAA implique d\u2019analyser comment ces dimensions s&rsquo;articulent pour permettre l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une v\u00e9ritable comp\u00e9tence pragmatique chez des individus priv\u00e9s de la motricit\u00e9 phonatoire.<\/p>\n<p>Les symboles correspondent aux repr\u00e9sentations visuelles, tactiles, auditives ou motrices mobilis\u00e9es pour signifier un r\u00e9f\u00e9rent. Ils se distribuent le long d&rsquo;un continuum d&rsquo;iconicit\u00e9 et d&rsquo;arbitraire, allant de l&rsquo;objet r\u00e9el ou miniature aux photographies haute fid\u00e9lit\u00e9, en passant par les pictogrammes stylis\u00e9s, les syst\u00e8mes id\u00e9ographiques (tels que les symboles Bliss) jusqu&rsquo;au code orthographique alphab\u00e9tique traditionnel. L&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 ces repr\u00e9sentations symboliques sollicite directement les capacit\u00e9s de cat\u00e9gorisation conceptuelle, de m\u00e9moire s\u00e9mantique et de m\u00e9talinguistique de l&rsquo;utilisateur.<\/p>\n<p>Les aides techniques (ou supports) englobent tout artefact mat\u00e9riel ou logiciel servant d&rsquo;interface communicative. Traditionnellement class\u00e9es en syst\u00e8mes \u00ab basse technologie \u00bb (classeurs de communication papier, tableaux th\u00e9matiques, calendriers visuels) et syst\u00e8mes \u00ab haute technologie \u00bb (tablettes num\u00e9riques \u00e9quip\u00e9es d&rsquo;applications d\u00e9di\u00e9es, synth\u00e9tiseurs vocaux portables, dispositifs de pointage oculaire sophistiqu\u00e9s), ces aides n&rsquo;ont de valeur que si elles sont adapt\u00e9es aux capacit\u00e9s perceptives, motrices et attentionnelles de l&rsquo;usager.<\/p>\n<p>Les techniques de s\u00e9lection d\u00e9crivent la modalit\u00e9 par laquelle la personne choisit le symbole d\u00e9sir\u00e9. La s\u00e9lection directe \u2014 par contact digital, d\u00e9signation manuelle, stylet optique ou commande oculaire \u2014 est cognitivement la plus directe mais requiert une motricit\u00e9 fine pr\u00e9serv\u00e9e ou un calibrage pr\u00e9cis. Lorsque les atteintes motrices sont trop invalidantes, la s\u00e9lection indirecte par balayage (visuel ou auditif, command\u00e9 par un ou plusieurs contacteurs adapt\u00e9s positionn\u00e9s au niveau de la t\u00eate, du genou ou du doigt) est requise, imposant une charge ex\u00e9cutive, temporelle et attentionnelle beaucoup plus dense.<\/p>\n<p>Enfin, les strat\u00e9gies communicationnelles constituent la dimension dynamique et interpersonnelle de la CAA. Elles renvoient aux r\u00e8gles pragmatiques, \u00e0 la gestion du tour de parole, \u00e0 la vitesse de transmission du message, aux tactiques de r\u00e9paration des pannes conversationnelles et \u00e0 la fa\u00e7on dont l&rsquo;interlocuteur soutient activement l&rsquo;\u00e9change. Sans une formation ad\u00e9quate des partenaires de communication (famille, \u00e9ducateurs, soignants), m\u00eame le dispositif technologique le plus perfectionn\u00e9 risque de sombrer dans l&rsquo;abandon technique.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9mergence historique de la communication augmentative s\u2019inscrit dans le sillage des progr\u00e8s de la r\u00e9habilitation physique et de la reconnaissance des droits des personnes en situation de handicap tout au long de la seconde moiti\u00e9 du vingti\u00e8me si\u00e8cle. Avant les ann\u00e9es 1950, les personnes priv\u00e9es de parole en raison d&rsquo;une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paralysie_c%C3%A9r%C3%A9brale\">paralysie c\u00e9r\u00e9brale<\/a> cong\u00e9nitale ou d&rsquo;affections neurologiques acquises \u00e9taient le plus souvent consid\u00e9r\u00e9es comme d\u00e9ficientes intellectuelles et rel\u00e9gu\u00e9es au silence ou \u00e0 une prise en charge asilaire.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es 1950 et 1960 ont vu na\u00eetre des initiatives pionni\u00e8res et empiriques men\u00e9es par des orthophonistes, des r\u00e9\u00e9ducateurs et des p\u00e9dagogues novateurs. En Europe et en Am\u00e9rique du Nord, des professionnels ont commenc\u00e9 \u00e0 concevoir des carnets de communication artisanaux constitu\u00e9s de lettres d\u00e9coup\u00e9es ou de photographies coll\u00e9es sur du carton, destin\u00e9s aux survivants de la poliomy\u00e9lite ou \u00e0 des traumatis\u00e9s cr\u00e2niens.<\/p>\n<p>Un tournant fondamental survient en 1971 \u00e0 Toronto, au centre de r\u00e9adaptation pour enfants de l&rsquo;Ontario (Ontario Crippled Children&rsquo;s Centre), o\u00f9 Shirley McNaughton et son \u00e9quipe d\u00e9couvrent le syst\u00e8me de symboles s\u00e9miographiques invent\u00e9 par Charles K. Bliss (les symboles Bliss). Con\u00e7u originellement comme une langue universelle d&rsquo;harmonie internationale, le syst\u00e8me Bliss est r\u00e9appropri\u00e9 avec succ\u00e8s par des enfants pr\u00e9sentant une infirmit\u00e9 motrice c\u00e9r\u00e9brale s\u00e9v\u00e8re, d\u00e9montrant pour la premi\u00e8re fois que l&rsquo;absence de parole n&rsquo;entravait nullement la pens\u00e9e symbolique abstraite.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1980, le champ gagne ses lettres de noblesse acad\u00e9mique avec la fondation en 1983 de l&rsquo;ISAAC (International Society for Augmentative and Alternative Communication). Cette d\u00e9cennie est marqu\u00e9e par l&rsquo;irruption de la micro-informatique et des premiers synth\u00e9tiseurs vocaux portables, \u00e0 l&rsquo;image du c\u00e9l\u00e8bre appareil mobilis\u00e9 par le physicien Stephen Hawking. Les d\u00e9bats th\u00e9oriques s&rsquo;affranchissent progressivement du mod\u00e8le m\u00e9dical strict pour int\u00e9grer la sociolinguistique et les sciences de l&rsquo;\u00e9ducation.<\/p>\n<p>Des ann\u00e9es 1990 \u00e0 nos jours, l&rsquo;essor des neurotechnologies, la d\u00e9mocratisation des tablettes tactiles grand public et les perfectionnements algorithmiques des commandes par le regard ont r\u00e9volutionn\u00e9 l&rsquo;accessibilit\u00e9 de ces outils. Le paradigme contemporain s&rsquo;est affranchi de l&rsquo;id\u00e9ologie des \u00ab pr\u00e9requis stricts \u00bb (qui exigeait de prouver un certain quotient intellectuel pour b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;une aide) pour affirmer le principe d&rsquo;une pr\u00e9somption de comp\u00e9tence chez tout individu d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La communication augmentative et alternative repose sur une armature pluridisciplinaire o\u00f9 dialoguent la psychologie cognitive, la th\u00e9orie vygotskienne du d\u00e9veloppement, la linguistique pragmatique et la th\u00e9orie des syst\u00e8mes dynamiques. Ces mod\u00e8les conceptuels permettent de comprendre comment l&rsquo;outil technique m\u00e9diatise l&rsquo;esprit et transforme l&rsquo;architecture des \u00e9changes sociaux.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie socioculturelle de Lev Vygotski fournit un ancrage fondamental. Pour Vygotski, le d\u00e9veloppement des fonctions psychologiques sup\u00e9rieures s&rsquo;op\u00e8re par l&rsquo;int\u00e9riorisation d&rsquo;outils et de signes culturels socialement m\u00e9diatis\u00e9s. Dans le cadre de la CAA, le symbole graphique ou la voix num\u00e9ris\u00e9e ne fait pas que transmettre un message pr\u00e9existant ; il constitue l&rsquo;instrument s\u00e9miotique par lequel l&rsquo;enfant structure sa pens\u00e9e, conceptualise le r\u00e9el et acc\u00e8de \u00e0 la r\u00e9gulation de son propre comportement. La zone proximale de d\u00e9veloppement prend ici tout son sens \u00e0 travers l&rsquo;intervention structurante du partenaire de communication agissant comme \u00e9tayage (scaffolding).<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le de la comp\u00e9tence communicationnelle d\u00e9velopp\u00e9 par Janice Light au tournant des ann\u00e9es 1980 et actualis\u00e9 ult\u00e9rieurement constitue le paradigme clinique de r\u00e9f\u00e9rence en CAA. Light postule que la comp\u00e9tence ne r\u00e9side pas dans l&rsquo;outil, mais dans l&rsquo;int\u00e9gration harmonieuse de quatre dimensions interd\u00e9pendantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La comp\u00e9tence linguistique :<\/strong> ma\u00eetrise du code de la langue maternelle parl\u00e9e par la communaut\u00e9 et ma\u00eetrise du syst\u00e8me s\u00e9miotique propre \u00e0 l&rsquo;aide (connaissance des pictogrammes, de leur grammaire et de leur syntaxe).<\/li>\n<li><strong>La comp\u00e9tence op\u00e9rationnelle :<\/strong> habilet\u00e9s motrices, perceptives et techniques requises pour manipuler le support (allumer l&rsquo;appareil, naviguer entre les pages-\u00e9crans, actionner un contacteur, nettoyer le bo\u00eetier).<\/li>\n<li><strong>La comp\u00e9tence sociale :<\/strong> r\u00e8gles pragmatiques de l&rsquo;interaction (initier une conversation, alterner les tours de parole, maintenir un sujet, exprimer des d\u00e9sirs, des sentiments ou des refus polis).<\/li>\n<li><strong>La comp\u00e9tence strat\u00e9gique :<\/strong> m\u00e9canismes d&rsquo;adaptation et de compensation d\u00e9ploy\u00e9s par l&rsquo;usager pour contourner les limites inh\u00e9rentes \u00e0 son syst\u00e8me (demander du temps \u00e0 l&rsquo;interlocuteur, r\u00e9parer un contresens, combiner un geste r\u00e9siduel avec un symbole sonore).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Enfin, la pragmatique linguistique, issue des travaux d&rsquo;Austin et de Searle sur les actes de langage, rappelle que communiquer ne consiste pas seulement \u00e0 nommer des objets (fonction r\u00e9f\u00e9rentielle), mais \u00e0 agir sur le monde et sur autrui : demander, ordonner, protester, plaisanter, affirmer des liens d&rsquo;appartenance. La CAA moderne structure ses lexiques de fa\u00e7on \u00e0 couvrir la diversit\u00e9 de ces fonctions communicatives.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>Afin de cat\u00e9goriser la multiplicit\u00e9 des solutions existantes, la litt\u00e9rature psychologique et ergonomique structure la CAA selon plusieurs continuums taxinomiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Syst\u00e8mes non assist\u00e9s (sans aide mat\u00e9rielle) :<\/strong> reposent exclusivement sur le corps de l&rsquo;individu sans recours \u00e0 un art\u00e9fact ext\u00e9rieur. Ils incluent les expressions faciales, les regards dirig\u00e9s, les vocalisations signifiantes, les gestes conventionnels, les mouvements corporels globaux et les langues des signes formelles ou syst\u00e8mes gestuels codifi\u00e9s (comme le Makaton gestuel ou le vocabulaire Borel-Maisonny).<\/li>\n<li><strong>Syst\u00e8mes assist\u00e9s (avec aide mat\u00e9rielle) :<\/strong> n\u00e9cessitent un support externe manipulable par l&rsquo;usager ou l&rsquo;interlocuteur. On y distingue :\n<ul>\n<li><em>Basse technologie (Low-tech) :<\/em> classeurs de communication \u00e0 bandes velcros (comme dans la m\u00e9thodologie PECS), panneaux th\u00e9matiques statiques plastifi\u00e9s, tableaux orthographiques alphab\u00e9tiques (code E-TRAN manipul\u00e9 par le regard direct), ardoises transparentes.<\/li>\n<li><em>Haute technologie (High-tech) :<\/em> g\u00e9n\u00e9rateurs de parole autonomes (VOCA &#8211; Voice Output Communication Aids), applications de communication dynamiques sur tablettes num\u00e9riques (TouchChat, Snap Core First, Proloquo2Go), ordinateurs int\u00e9grant des cam\u00e9ras infrarouges de poursuite oculaire (eye-tracking) et algorithmes pr\u00e9dictifs neuronaux.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Vocabulaire de base (Core Vocabulary) versus vocabulaire sp\u00e9cifique (Fringe Vocabulary) :<\/strong> le vocabulaire de base est constitu\u00e9 d&rsquo;une petite s\u00e9lection de mots (environ 200 \u00e0 400 unit\u00e9s linguistiques : pronoms, verbes d&rsquo;action, pr\u00e9positions, modalisateurs) repr\u00e9sentant 80 % des interactions verbales quotidiennes d&rsquo;un locuteur standard ; le vocabulaire sp\u00e9cifique rassemble les noms propres, les termes contextuels et techniques d&rsquo;usage plus rare mais indispensables \u00e0 la pr\u00e9cision narrative.<\/li>\n<li><strong>Modalit\u00e9s d&rsquo;acc\u00e8s physique et moteur :<\/strong> s\u00e9lection directe tactile, pointage digital assist\u00e9, poursuite pupillaire infrarouge, captation myo\u00e9lectrique des micro-mouvements musculaires ou interfaces cerveau-machine (BCI) encore \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat de recherche exp\u00e9rimentale pour les \u00e9tats de d\u00e9saff\u00e9rentation motrice totale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la plasticit\u00e9 et la contextualisation de ces approches, trois cas cliniques types m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;enfant avec un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_du_spectre_de_l%27autisme\">trouble du spectre de l&rsquo;autisme<\/a> (TSA).<\/strong> Lucas, 4 ans, pr\u00e9sente une absence totale de langage oral, de s\u00e9v\u00e8res difficult\u00e9s de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle et des crises d&rsquo;h\u00e9t\u00e9ro-agressivit\u00e9 d\u00e9clench\u00e9es par l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 faire comprendre ses besoins fondamentaux. Une prise en charge pr\u00e9coce introduit le PECS (Picture Exchange Communication System), bas\u00e9 sur l&rsquo;\u00e9change physique d&rsquo;images, coupl\u00e9 \u00e0 une mod\u00e9lisation sur tablette tactile munie d&rsquo;un logiciel de communication pictographique dynamique. En quelques mois, Lucas apprend \u00e0 donner une image pour obtenir un renfor\u00e7ateur, puis \u00e0 structurer des phrases simples (\u00ab Je veux + compote \u00bb). La diminution spectaculaire des comportements d\u00e9fis confirme l&rsquo;hypoth\u00e8se psychologique que l&rsquo;agressivit\u00e9 constituait une modalit\u00e9 communicationnelle dysfonctionnelle faute d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 un syst\u00e8me s\u00e9miotique fonctionnel.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : L&rsquo;adulte atteint de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Scl%C3%A9rose_lat%C3%A9rale_amyotrophique\">scl\u00e9rose lat\u00e9rale amyotrophique<\/a> (SLA).<\/strong> Michel, 58 ans, cadre administratif, subit une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence rapide des motoneurones \u00e0 d\u00e9but bulbaire. La perte de l&rsquo;intelligibilit\u00e9 de la parole survient en moins de huit mois, rapidement suivie d&rsquo;une t\u00e9trapl\u00e9gie flasque. Gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;anticipation de l&rsquo;\u00e9quipe pluridisciplinaire, une banque vocale personnalis\u00e9e (\u00ab voice banking \u00bb) a \u00e9t\u00e9 enregistr\u00e9e avant l&rsquo;aphonie compl\u00e8te. Michel est \u00e9quip\u00e9 d&rsquo;une commande par le regard mont\u00e9e sur son fauteuil roulant. L&rsquo;appareil lui permet non seulement d&rsquo;activer sa voix synth\u00e9tique reconstitu\u00e9e pour \u00e9changer avec son \u00e9pouse, mais \u00e9galement de r\u00e9diger des courriels, de pr\u00e9server ses liens intellectuels et de conserver son autonomie d\u00e9cisionnelle quant \u00e0 ses directives de fin de vie.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : La jeune adulte avec polyhandicap ou paralysie c\u00e9r\u00e9brale ath\u00e9tosique.<\/strong> Samira, 22 ans, pr\u00e9sente une quadripl\u00e9gie spastique et dyskin\u00e9tique s\u00e9v\u00e8re. Ses mouvements involontaires proscrivent le pointage digital ou la commande oculaire stable. Les th\u00e9rapeutes configurent un syst\u00e8me de balayage auditif et visuel pas \u00e0 pas actionn\u00e9 par un contacteur ultrasensible log\u00e9 dans l&rsquo;appui-t\u00eate de son fauteuil, command\u00e9 par des micro-inclinaisons de la tempe gauche. Par ce proc\u00e9d\u00e9 indirect, Samira acc\u00e8de \u00e0 un r\u00e9pertoire symbolique et textuel, participant activement aux r\u00e9unions de son foyer d&rsquo;accueil m\u00e9dicalis\u00e9 et exprimant ses choix vestimentaires, relationnels et r\u00e9cr\u00e9atifs.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et mesure clinique<\/h3>\n<p>L\u2019\u00e9valuation des besoins en communication augmentative et alternative est un processus holistique, non standardis\u00e9 au sens psychom\u00e9trique classique, qui r\u00e9cuse la notion de test unique de quotient intellectuel pour adopter une d\u00e9marche \u00e9cosyst\u00e9mique centr\u00e9e sur la personne et son milieu de vie.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le d\u2019\u00e9valuation le plus rigoureux sur le plan clinique est le Mod\u00e8le de Participation (Participation Model), formul\u00e9 par David Beukelman et Pat Mirenda. Ce cadre d&rsquo;analyse commence par cartographier les patterns de participation sociale des pairs neurotypiques dans les contextes de vie de l&rsquo;usager (classe, travail, foyer), puis identifie les \u00e9carts de participation chez la personne concern\u00e9e. Il s\u00e9pare scrupuleusement les \u00ab barri\u00e8res d\u2019acc\u00e8s \u00bb (propres aux capacit\u00e9s motrices, cognitives, sensorielles et linguistiques de l\u2019individu) des \u00ab barri\u00e8res d\u2019opportunit\u00e9 \u00bb (impos\u00e9es par l&rsquo;environnement : politiques institutionnelles n\u00e9gatives, pr\u00e9jug\u00e9s des soignants, manque de formation des aidants, indisponibilit\u00e9 du mat\u00e9riel).<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation psychologique et orthophonique explore syst\u00e9matiquement :<\/p>\n<ul>\n<li>La sph\u00e8re sensorielle et perceptive (acuit\u00e9 visuelle, champ visuel, discrimination auditive, contrastes chromatiques).<\/li>\n<li>Les capacit\u00e9s motrices (stabilit\u00e9 posturale, motricit\u00e9 oculaire, contr\u00f4le segmentaire des membres, fatigue musculaire).<\/li>\n<li>Les habilet\u00e9s cognitives et langagi\u00e8res (attention conjointe, compr\u00e9hension verbale passive, capacit\u00e9s d&rsquo;appariement figuratif, repr\u00e9sentations symboliques, comp\u00e9tences mn\u00e9siques et fonctions ex\u00e9cutives).<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00e9cologie communicationnelle (attentes de la famille, motivations de l&rsquo;individu, partenaires r\u00e9guliers, environnements physiques).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Des grilles cliniques standardis\u00e9es, \u00e0 l&rsquo;instar de la <em>Communication Matrix<\/em> d\u00e9velopp\u00e9e par Charity Rowland, permettent de situer les comp\u00e9tences communicationnelles non verbales sur un continuum d\u00e9veloppemental en sept niveaux (des comportements pr\u00e9-intentionnels jusqu&rsquo;au langage symbolique abstrait), offrant un \u00e9talonnage sensible des progr\u00e8s cliniques au-del\u00e0 des \u00e9chelles psychom\u00e9triques traditionnelles.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les champs d\u2019application de la communication augmentative s&rsquo;\u00e9tendent aujourd&rsquo;hui bien au-del\u00e0 de la p\u00e9diatrie sp\u00e9cialis\u00e9e du handicap moteur, irriguant de multiples secteurs de la pratique psychologique, m\u00e9dicale et soci\u00e9tale.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;\u00e9ducation inclusive, la CAA transforme radicalement la scolarisation d&rsquo;\u00e9l\u00e8ves pr\u00e9sentant des troubles s\u00e9v\u00e8res de la parole ou des troubles neurod\u00e9veloppementaux complexes. L&rsquo;utilisation d&rsquo;outils visuels et d&rsquo;affichages d&rsquo;aide \u00e0 la communication permet d&rsquo;acc\u00e9der au socle commun de connaissances, \u00e0 la lecture partag\u00e9e enrichie et \u00e0 l&rsquo;\u00e9criture pr\u00e9coce. Les \u00e9l\u00e8ves ne sont plus de simples auditeurs passifs : ils peuvent r\u00e9pondre aux questions de l&rsquo;enseignant, interagir avec leurs pairs lors des travaux de groupe et affirmer leur identit\u00e9 scolaire.<\/p>\n<p>En milieu hospitalier d&rsquo;urgence, de soins intensifs ou de r\u00e9animation, les patients intub\u00e9s, s\u00e9dat\u00e9s ou atteints d&rsquo;un syndrome de verrouillage (locked-in syndrome) cons\u00e9cutif \u00e0 un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral du tronc basilaire se trouvent brutalement coup\u00e9s de tout \u00e9change. Le d\u00e9ploiement de protocoles de CAA d&rsquo;urgence (tableaux de lettres haute visibilit\u00e9, \u00e9chelles de douleur visuelles analogiques adapt\u00e9es, capteurs infrarouges de clignement palp\u00e9bral) permet de restaurer le dialogue avec l&rsquo;\u00e9quipe m\u00e9dicale, d&rsquo;\u00e9valuer le confort psychologique, de g\u00e9rer la douleur et de respecter l&rsquo;autonomie \u00e9thique du malade.<\/p>\n<p>Dans la prise en charge de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Aphasie\">aphasie<\/a> s\u00e9v\u00e8re post-AVC et des pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives du grand \u00e2ge (maladie d&rsquo;Alzheimer, aphasie primaire progressive), la CAA soutient la communication r\u00e9siduelle, limite les ruptures conversationnelles au sein du couple ou de la famille et r\u00e9duit significativement les manifestations d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de d\u00e9pression r\u00e9actionnelle induites par la perte de connexion relationnelle.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine en psychologie cognitive, en linguistique appliqu\u00e9e et en neurosciences fournit un corpus robuste de donn\u00e9es empiriques validant l&rsquo;efficacit\u00e9 et la pertinence clinique de la CAA tout au long de la vie.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des r\u00e9sultats scientifiques les plus remarquables concerne la r\u00e9futation d\u00e9finitive du mythe selon lequel l&rsquo;introduction d&rsquo;un syst\u00e8me de communication technique entraverait ou retarderait l&rsquo;\u00e9mergence de la parole naturelle chez les jeunes enfants. La m\u00e9ta-analyse pionni\u00e8re de Millar, Light et Schlosser (2006), corrobor\u00e9e par les travaux ult\u00e9rieurs de Schlosser et Wendt, a d\u00e9montr\u00e9 de fa\u00e7on univoque que l&rsquo;introduction pr\u00e9coce de la CAA n&rsquo;inhibe jamais la production vocale ; au contraire, elle induit une am\u00e9lioration mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 substantielle de la parole chez la majorit\u00e9 des enfants, tout en enrichissant le vocabulaire r\u00e9ceptif et la morphosyntaxe.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes longitudinales men\u00e9es par Romski et Sevcik sur des cohortes de jeunes enfants porteurs de retards de d\u00e9veloppement majeurs ont prouv\u00e9 que l&rsquo;exposition conjointe \u00e0 la parole augment\u00e9e (syst\u00e8mes vocaux num\u00e9riques manipul\u00e9s par l&rsquo;adulte dans des contextes de jeu) optimise les processus de cartographie lexicale (fast-mapping) et favorise une \u00e9mergence plus rapide des initiatives de communication spontan\u00e9e comparativement aux prises en charge verbales conventionnelles exclusives.<\/p>\n<p>Sur le plan des neurosciences de la r\u00e9habilitation, l&rsquo;imagerie fonctionnelle montre que l&rsquo;utilisation r\u00e9guli\u00e8re de symboles visuels et d&rsquo;interfaces techniques mobilise des r\u00e9seaux neuronaux multimodaux (cortex visuel primaire, zones associatives temporo-pari\u00e9tales, aires pr\u00e9motrices), favorisant des r\u00e9organisations neuroplastiques compensatrices chez les personnes ayant subi des l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales p\u00e9rinatales ou acquises.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et linguistiques<\/h3>\n<p>La conception et l&rsquo;impl\u00e9mentation des syst\u00e8mes de communication augmentative sont profond\u00e9ment ancr\u00e9es dans des postulats culturels qui m\u00e9ritent une d\u00e9construction anthropologique et psychologique exigeante.<\/p>\n<p>Les banques de symboles graphiques les plus r\u00e9pandues \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale ont \u00e9t\u00e9 \u00e9labor\u00e9es au sein de contextes occidentaux anglo-saxons industrialis\u00e9s. Elles v\u00e9hiculent in\u00e9vitablement des st\u00e9r\u00e9otypes culturels, des repr\u00e9sentations de l&rsquo;organisation familiale nucl\u00e9aire, des codes vestimentaires et des habitudes culinaires qui peuvent entrer en dissonance frontale avec les repr\u00e9sentations de familles issues de cultures traditionnelles ou collectivistes. Les praticiens doivent veiller \u00e0 l&rsquo;adaptation transculturelle des pictogrammes pour ne pas imposer une s\u00e9miotique allog\u00e8ne.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les diff\u00e9rentes langues ne s&rsquo;adaptent pas avec la m\u00eame aisance aux architectures logicielles standardis\u00e9es de la CAA, initialement con\u00e7ues pour des langues \u00e0 morphologie pauvre comme l&rsquo;anglais. Dans les langues \u00e0 morphologie flexionnelle riche ou \u00e0 agglutination complexe (telles que le fran\u00e7ais, l&rsquo;arabe, le basque ou les langues inuit), la gestion des accords de genre, de nombre, des conjugaisons et des clitiques exige des am\u00e9nagements logiciels sophistiqu\u00e9s afin que l&rsquo;usager ne soit pas cantonn\u00e9 \u00e0 une syntaxe t\u00e9l\u00e9graphique r\u00e9ductrice.<\/p>\n<p>Sur le plan pragmatique, les normes interactionnelles varient selon les soci\u00e9t\u00e9s : le contact visuel direct, la valorisation de l&rsquo;individualisme expressif ou l&rsquo;affirmation p\u00e9remptoire de d\u00e9sirs personnels \u2014 souvent \u00e9rig\u00e9s en objectifs prioritaires par les programmes occidentaux de CAA \u2014 peuvent \u00eatre per\u00e7us comme transgressifs ou impolis dans des contextes culturels valorisant la d\u00e9f\u00e9rence, l&rsquo;harmonie communautaire et l&rsquo;implicite contextuel.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de ses apports incontestables, le champ de la communication augmentative n&rsquo;est pas exempt de d\u00e9rives m\u00e9thodologiques, de limites pratiques et de controverses scientifiques vives qui ont jalonn\u00e9 son histoire r\u00e9cente.<\/p>\n<p>La controverse la plus d\u00e9vastatrice de l&rsquo;histoire du domaine demeure sans conteste celle de la \u00ab Communication Facilit\u00e9e \u00bb (Facilitated Communication &#8211; FC), promue massivement au cours des ann\u00e9es 1980 et 1990 par Rosemary Crossley et Douglas Biklen. Dans cette technique, un \u00ab facilitateur \u00bb soutient physiquement la main, le poignet ou le bras d&rsquo;une personne muette (le plus souvent autiste ou lourdement polyhandicap\u00e9e) pendant qu&rsquo;elle tape sur un clavier. Des centaines d&rsquo;\u00e9tudes exp\u00e9rimentales rigoureuses en double aveugle ont \u00e9tabli de mani\u00e8re indiscutable que les messages produits \u00e9taient le fruit exclusif de l&rsquo;influence inconsciente du facilitateur (effet id\u00e9omoteur), sans que la personne handicap\u00e9e n&rsquo;en soit l&rsquo;autrice r\u00e9elle. Cette pseudoscience a conduit \u00e0 de faux aveux, \u00e0 des accusations calomnieuses d&rsquo;abus sexuels intrafamiliaux et au d\u00e9tournement de ressources th\u00e9rapeutiques cruciales. L&rsquo;ensemble des instances scientifiques et psychologiques internationales (APA, ISAAC, ASHA) condamne formellement la communication facilit\u00e9e et rappelle l&rsquo;imp\u00e9ratif absolu d&rsquo;assurer une communication totalement ind\u00e9pendante.<\/p>\n<p>Une autre limite structurelle majeure r\u00e9side dans le taux \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;abandon technologique. Les donn\u00e9es de la recherche indiquent qu&rsquo;entre 30 % et 50 % des syst\u00e8mes de haute technologie prescrits finissent par \u00eatre d\u00e9laiss\u00e9s par les familles ou les usagers. Cet \u00e9chec d\u00e9coule fr\u00e9quemment d&rsquo;un d\u00e9calage entre la complexit\u00e9 ergonomique de l&rsquo;appareil et la r\u00e9alit\u00e9 quotidienne du domicile, d&rsquo;une focalisation exclusive sur la machine au d\u00e9triment de l&rsquo;accompagnement humain, ou encore de la lourdeur de la maintenance technique.<\/p>\n<p>Enfin, la limitation du d\u00e9bit temporel d&rsquo;\u00e9mission demeure une contrainte neurophysiologique majeure : alors qu&rsquo;une conversation orale naturelle oscille entre 150 et 200 mots par minute, un utilisateur exp\u00e9riment\u00e9 de CAA parvient rarement \u00e0 d\u00e9passer 10 \u00e0 25 mots par minute, m\u00eame avec des moteurs d&rsquo;intelligence artificielle pr\u00e9dictifs hautement calibr\u00e9s, ce qui g\u00e9n\u00e8re une dissym\u00e9trie conversationnelle permanente et une vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux interruptions intempestives par les locuteurs verbaux.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour pr\u00e9venir toute confusion nosographique et terminologique, la communication augmentative doit \u00eatre rigoureusement distingu\u00e9e des concepts voisins suivants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Communication alternative :<\/strong> composante intrins\u00e8que de la CAA qui se substitue enti\u00e8rement \u00e0 la parole lorsqu&rsquo;elle est totalement inexistante, tandis que la <em>communication augmentative<\/em> soutient et compl\u00e8te des vocalisations ou une parole partiellement fonctionnelle mais imparfaite.<\/li>\n<li><strong>Technologie d&rsquo;assistance (Assistive Technology) :<\/strong> concept parapluie englobant tous les dispositifs mat\u00e9riels visant \u00e0 compenser une situation de handicap (fauteuils roulants motoris\u00e9s, proth\u00e8ses auditives, domotique adapt\u00e9e) ; la CAA constitue le sous-ensemble sp\u00e9cifique d\u00e9di\u00e9 \u00e0 l&rsquo;expression s\u00e9miotique et linguistique.<\/li>\n<li><strong>Langue des signes :<\/strong> langues naturelles \u00e0 part enti\u00e8re, dot\u00e9es d&rsquo;une syntaxe spatio-temporelle complexe, d&rsquo;une grammaire autonome et d&rsquo;une histoire culturelle partag\u00e9e au sein de la communaut\u00e9 sourde ; la CAA gestuelle emprunte parfois des signes conventionnels mais s&rsquo;applique majoritairement \u00e0 des populations entendantes priv\u00e9es d&rsquo;expression motrice.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9\u00e9ducation orthophonique classique :<\/strong> vis\u00e9e r\u00e9\u00e9ducative centr\u00e9e sur la restauration biom\u00e9canique ou articulatoire du conduit vocal et des praxies bucco-faciales, tandis que la CAA privil\u00e9gie d&#8217;embl\u00e9e la compensation fonctionnelle \u00e9cologique imm\u00e9diate, sans attendre une hypoth\u00e9tique r\u00e9cup\u00e9ration physique.<\/li>\n<li><strong>Communication non verbale naturelle :<\/strong> ensemble des signaux corporels universels et involontaires (mimiques, posture, distance prox\u00e9mique) accompagnant le langage humain, alors que la CAA formalise un syst\u00e8me de symboles d\u00e9lib\u00e9r\u00e9s et explicites structur\u00e9s pour v\u00e9hiculer du sens propositionnel.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La communication alternative et augmentative repr\u00e9sente une avanc\u00e9e s\u00e9miotique, technologique et \u00e9thique d\u00e9terminante pour la reconnaissance de la dignit\u00e9 et des comp\u00e9tences de toute personne humaine confront\u00e9e \u00e0 des entraves massives de la parole orale.<\/p>\n<p>Les postulats fondamentaux qui guident aujourd&rsquo;hui la recherche et l&rsquo;intervention clinique peuvent \u00eatre r\u00e9sum\u00e9s comme suit :<\/p>\n<ul>\n<li>La communication est un besoin primaire et un droit fondamental inali\u00e9nable qui conditionne l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;autonomie, \u00e0 la citoyennet\u00e9 et \u00e0 la sant\u00e9 mentale.<\/li>\n<li>Il n&rsquo;existe aucun pr\u00e9requis cognitif, comportemental ou d&rsquo;\u00e2ge pour d\u00e9buter la mise en place d&rsquo;un syst\u00e8me de CAA ; la pr\u00e9somption de comp\u00e9tence doit gouverner toute intervention.<\/li>\n<li>La CAA ne d\u00e9courage ni ne bloque l&rsquo;apprentissage de la parole vocale ; les donn\u00e9es scientifiques d\u00e9montrent rigoureusement qu&rsquo;elle en stimule au contraire le d\u00e9veloppement et l&rsquo;enrichissement.<\/li>\n<li>L&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;un syst\u00e8me ne d\u00e9pend pas de son degr\u00e9 de sophistication technologique, mais de son ad\u00e9quation aux comp\u00e9tences de l&rsquo;usager et de l&rsquo;implication active et form\u00e9e de ses partenaires de communication r\u00e9guliers.<\/li>\n<li>Le syst\u00e8me doit \u00eatre multimodal, flexible et \u00e9volutif, associant des solutions l\u00e9g\u00e8res sur papier \u00e0 des outils num\u00e9riques de pointe pour s\u00e9curiser la communication en tout lieu et en toute circonstance.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Beukelman, D. R., &amp; Light, J. C. (2020). <em>Augmentative &amp; alternative communication: Supporting children and adults with complex communication needs<\/em> (5th ed.). Paul H. Brookes Publishing.<\/p>\n<p>Light, J., &amp; McNaughton, D. (2014). Communicative competence for individuals who require augmentative and alternative communication: A new definition for a new era of communication? <em>Augmentative and Alternative Communication<\/em>, 30(1), 1\u201318. https:\/\/doi.org\/10.3109\/07434618.2014.885080<\/p>\n<p>Millar, D. C., Light, J. C., &amp; Schlosser, R. W. (2006). The impact of augmentative and alternative communication instructional methods on speech production of individuals with autism spectrum disorders: A systematic review. <em>Journal of Speech, Language, and Hearing Research<\/em>, 49(2), 248\u2013264. https:\/\/doi.org\/10.1044\/1092-4388(2006\/021)<\/p>\n<p>Romski, M., Sevcik, R. A., Barton-Hulsey, A., &amp; Cheslock, M. (2015). Early intervention and AAC: What a difference 30 years makes. <em>Augmentative and Alternative Communication<\/em>, 31(3), 181\u2013202. https:\/\/doi.org\/10.3109\/07434618.2015.1064163<\/p>\n<p>Schlosser, R. W., &amp; Wendt, O. (2008). Alternative and augmentative communication intervention for speech and language impairments in children with autism: A systematic review. <em>Alternative Medicine Review<\/em>, 13(4), 309\u2013322.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la communication augmentative et alternative (CAA) : d\u00e9finitions, mod\u00e8les th\u00e9oriques, technologies d&rsquo;assistance et rep\u00e8res cliniques complets.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[35527,127,12859],"tags":[13064,1608,35528,17109,1021,26366],"class_list":["post-21282","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-orthophonie-et-neuropsychologie","category-psychologie-du-developpement","category-technologies-dassistance","tag-accessibilite","tag-caa","tag-communication-augmentative","tag-inclusion","tag-orthophonie","tag-technologies-dassistance"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21282","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21282\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21282"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21282"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21282"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}