{"id":21266,"date":"2026-10-25T11:02:13","date_gmt":"2026-10-25T11:02:13","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=memoire-sensorielle-auditive-echoique"},"modified":"2026-10-25T11:02:13","modified_gmt":"2026-10-25T11:02:13","slug":"memoire-sensorielle-auditive-echoique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=memoire-sensorielle-auditive-echoique","title":{"rendered":"M\u00e9moire \u00e9cho\u00efque : L&rsquo;\u00e9cho \u00e9ph\u00e9m\u00e8re du son"},"content":{"rendered":"<p>La perception du flux sonore constitue l&rsquo;un des d\u00e9fis computationnels majeurs auxquels le syst\u00e8me cognitif humain est continuellement confront\u00e9. Contrairement aux stimuli visuels qui persistent souvent de mani\u00e8re statique dans l&rsquo;espace physique, les ondes acoustiques disparaissent instantan\u00e9ment d\u00e8s leur \u00e9mission. La <strong>m\u00e9moire sensorielle auditive<\/strong>, traditionnellement d\u00e9sign\u00e9e sous le nom de m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque, constitue l&rsquo;architecture cognitive fondamentale qui retient une r\u00e9plique quasi photographique et fid\u00e8le du signal sonore durant une fraction de seconde \u00e0 plusieurs secondes, permettant ainsi son analyse perceptive et linguistique ult\u00e9rieure.<\/p>\n<h2>M\u00e9moire sensorielle auditive (M\u00e9moire \u00e9cho\u00efque)<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La m\u00e9moire sensorielle auditive est le sous-syst\u00e8me de la m\u00e9moire sensorielle responsable de la r\u00e9tention automatique, pr\u00e9-attentive et \u00e9ph\u00e9m\u00e8re des informations acoustiques brutes per\u00e7ues par l&rsquo;appareil auditif. Elle maintient les propri\u00e9t\u00e9s spectrales, temporelles et d&rsquo;intensit\u00e9 du son pendant une dur\u00e9e oscillant g\u00e9n\u00e9ralement entre deux et quatre secondes apr\u00e8s l&rsquo;extinction physique du stimulus. Cette persistance auditive permet aux m\u00e9canismes cognitifs sup\u00e9rieurs de segmenter le signal continu en unit\u00e9s signifiantes.<\/p>\n<p>Dans le domaine des sciences cognitives, ce registre agit comme un tampon d&rsquo;entr\u00e9e analogique qui emp\u00eache l&rsquo;effacement imm\u00e9diat des donn\u00e9es phon\u00e9tiques et environnementales. Sans cette persistance temporaire, l&rsquo;analyse de phrases complexes, la localisation spatiale d&rsquo;une source mouvante et la reconnaissance de m\u00e9lodies musicales seraient math\u00e9matiquement impossibles, car les \u00e9l\u00e9ments initiaux du signal dispara\u00eetraient de la conscience avant que les \u00e9l\u00e9ments terminaux ne soient r\u00e9ceptionn\u00e9s.<\/p>\n<p>Ce m\u00e9canisme op\u00e8re principalement en amont de la focalisation de l&rsquo;attention s\u00e9lective. Il conserve une grande quantit\u00e9 d&rsquo;informations \u00e0 haute r\u00e9solution physique, bien que la grande majorit\u00e9 de ces empreintes sensorielles subissent un d\u00e9clin passif rapide ou un masquage r\u00e9troactif si elles ne sont pas rapidement transf\u00e9r\u00e9es vers la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9moire_de_travail\">m\u00e9moire de travail<\/a> par le biais de processus attentionnels actifs.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab m\u00e9moire sensorielle auditive \u00bb combine le substantif \u00ab m\u00e9moire \u00bb, issu du latin classique <em>memoria<\/em> (\u00ab facult\u00e9 de se souvenir, facult\u00e9 de conserver le souvenir \u00bb), avec l&rsquo;adjectif \u00ab sensorielle \u00bb, d\u00e9riv\u00e9 du bas-latin <em>sensorium<\/em> (\u00ab si\u00e8ge des sens \u00bb, lui-m\u00eame issu de <em>sentire<\/em>, \u00ab percevoir, ressentir \u00bb), et \u00ab auditive \u00bb, tir\u00e9 du latin <em>auditivus<\/em>, forg\u00e9 sur le supin <em>auditum<\/em> du verbe <em>audire<\/em> (\u00ab \u00e9couter, entendre \u00bb). L&rsquo;\u00e9tymologie renvoie donc explicitement \u00e0 l&rsquo;aptitude physique et neurologique de retenir ce qui a frapp\u00e9 l&rsquo;ou\u00efe.<\/p>\n<p>Le terme technique synonyme \u00ab m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque \u00bb (en anglais <em>echoic memory<\/em>) a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 en 1967 par le psychologue cognitiviste am\u00e9ricain Ulric Neisser dans son ouvrage fondateur <em>Cognitive Psychology<\/em>. Neisser cherchait un \u00e9quivalent acoustique direct au concept de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9moire_iconique\">m\u00e9moire iconique<\/a> qu&rsquo;il venait d&rsquo;attribuer au registre visuel \u00e9tudi\u00e9 par George Sperling. Il s&rsquo;est inspir\u00e9 de la figure mythologique grecque \u00c9cho (<em>\u1f28\u03c7\u03ce<\/em>), nymphe condamn\u00e9e \u00e0 ne r\u00e9p\u00e9ter que les derniers mots qu&rsquo;elle entendait, ainsi que du mot latin <em>echo<\/em>, signifiant la r\u00e9percussion d&rsquo;un son.<\/p>\n<p>En langue fran\u00e7aise, la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e emploie de fa\u00e7on interchangeable les locutions \u00ab m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque \u00bb, \u00ab registre sensoriel auditif \u00bb et \u00ab m\u00e9moire sensorielle auditive \u00bb. Si \u00ab m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque \u00bb insiste sur la nature r\u00e9verb\u00e9rante et transitoire de la trace, \u00ab m\u00e9moire sensorielle auditive \u00bb privil\u00e9gie l&rsquo;ancrage structural au sein des taxonomies s\u00e9rielles de la psychologie du traitement de l&rsquo;information.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, \u00ab m\u00e9moire sensorielle auditive \u00bb se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme : \/me.mwa\u0281 s\u0251\u0303.s\u0254.\u0281j\u025bl o.di.tiv\/. La variante \u00ab m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque \u00bb se prononce : \/me.mwa\u0281 e.k\u0254.ik\/.<\/p>\n<p>Du point de vue grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier. Le nom commun \u00ab m\u00e9moire \u00bb est f\u00e9minin lorsqu&rsquo;il d\u00e9signe la facult\u00e9 cognitive ou le syst\u00e8me psychophysiologique de conservation des \u00e9tats de conscience pass\u00e9s (\u00e0 distinguer du masculin \u00ab un m\u00e9moire \u00bb, qui d\u00e9signe un trait\u00e9 scientifique ou un texte juridique). Les adjectifs qualificatifs \u00ab sensorielle \u00bb et \u00ab auditive \u00bb s&rsquo;accordent en genre et en nombre avec le substantif f\u00e9minin.<\/p>\n<p>Dans le discours acad\u00e9mique, le terme s&#8217;emploie principalement sans article ind\u00e9fini lorsqu&rsquo;il d\u00e9signe la fonction abstraite (\u00ab le r\u00f4le de la m\u00e9moire sensorielle auditive dans la perception de la parole \u00bb), ou avec un article d\u00e9fini pour circonscrire une entit\u00e9 fonctionnelle mod\u00e9lis\u00e9e (\u00ab la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque montre une capacit\u00e9 de r\u00e9tention temporelle sup\u00e9rieure \u00e0 la m\u00e9moire iconique \u00bb). Son pluriel (\u00ab des m\u00e9moires sensorielles auditives \u00bb) est grammaticalement correct mais s&rsquo;av\u00e8re exceptionnel dans l&rsquo;usage scientifique, le concept r\u00e9f\u00e9rant \u00e0 une architecture fonctionnelle g\u00e9n\u00e9rique de l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La m\u00e9moire sensorielle auditive se d\u00e9finit par trois caract\u00e9ristiques structurales fondamentales : une capacit\u00e9 virtuellement illimit\u00e9e pour les attributs physiques, une fid\u00e9lit\u00e9 acoustique brute sans traitement s\u00e9mantique pr\u00e9alable, et une d\u00e9gradation temporelle automatique rapide. Contrairement au syst\u00e8me visuel qui b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une distribution spatiale bidimensionnelle simultan\u00e9e sur la r\u00e9tine, le syst\u00e8me auditif est intrins\u00e8quement contraint par la dimension temporelle : les sons se d\u00e9ploient, changent de fr\u00e9quence et se dissipent dans le temps. Pour comprendre un mot polysyllabique, l&rsquo;auditeur doit \u00eatre en mesure de combiner le son du d\u00e9but du mot avec celui de la fin. La m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque fournit ce pont temporel indispensable.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;une onde sonore frappe la membrane tympanique, traverse la cha\u00eene des osselets et stimule les cellules cili\u00e9es de la cochl\u00e9e, une cascade de signaux bio\u00e9lectriques est transmise le long des voies auditives ascendantes jusqu&rsquo;au cortex auditif primaire (aire de Heschl). Durant cette transmission initiale, le signal n&rsquo;est pas seulement analys\u00e9 ; il est \u00e9galement pr\u00e9serv\u00e9 sous une forme neuronale active pendant un laps de temps substantiel. Ce maintien ne requiert aucun effort conscient, aucune intention d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de m\u00e9morisation et ne consomme pas les ressources attentionnelles limit\u00e9es de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;architecture cognitive, la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque se d\u00e9compose traditionnellement en deux phases ou composantes temporelles distinctes, formalis\u00e9es notamment par les travaux de Cowan :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Une phase initiale ultra-courte (environ 150 \u00e0 300 millisecondes) :<\/strong> Cette premi\u00e8re phase correspond \u00e0 la persistance sensorielle proprement dite. Elle prolonge directement la sensation auditive et est intimement li\u00e9e aux processus de fusion temporelle, \u00e0 la d\u00e9tection de la sonie et \u00e0 la localisation par diff\u00e9rence de temps interaural. Si un second son survient dans cet intervalle, il peut se fusionner avec le premier ou en masquer la perception.<\/li>\n<li><strong>Une phase prolong\u00e9e d&rsquo;information auditive (pouvant atteindre 2 \u00e0 10 secondes selon les paradigmes) :<\/strong> Cette seconde phase conserve les caract\u00e9ristiques acoustiques pr\u00e9cises (hauteur, timbre, intonation, intensit\u00e9) avant toute cat\u00e9gorisation linguistique abstraite. Elle permet au syst\u00e8me cognitif de \u00ab r\u00e9\u00e9couter \u00bb un stimulus qui vient de dispara\u00eetre pour en extraire le sens si l&rsquo;attention est sollicit\u00e9e a posteriori.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Les limites de ce registre sont d\u00e9finies par deux m\u00e9canismes d&rsquo;oubli principaux : l&rsquo;estompage passif (le d\u00e9clin graduel de la trace bio\u00e9lectrique au fil des millisecondes) et l&rsquo;interf\u00e9rence par masquage auditif. Le masquage r\u00e9troactif survient lorsqu&rsquo;un nouveau stimulus sonore vient remplacer ou d\u00e9grader l&rsquo;information r\u00e9siduelle contenue dans le tampon, un ph\u00e9nom\u00e8ne particuli\u00e8rement observable dans le traitement continu de la parole fluide.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la m\u00e9moire sensorielle auditive s&rsquo;inscrit au c\u0153ur de la r\u00e9volution cognitive du milieu du XXe si\u00e8cle, qui a marqu\u00e9 le d\u00e9clin du b\u00e9haviorisme au profit du paradigme du traitement de l&rsquo;information. Bien que des philosophes classiques comme John Locke et des psychologues pionniers comme William James aient \u00e9voqu\u00e9 la r\u00e9manence des sensations imm\u00e9diates (James parlant de \u00ab m\u00e9moire primaire \u00bb), la d\u00e9monstration exp\u00e9rimentale de l&rsquo;existence d&rsquo;un tampon sensoriel sp\u00e9cifique a d&rsquo;abord \u00e9merg\u00e9 pour la modalit\u00e9 visuelle.<\/p>\n<p>En 1960, George Sperling publie sa c\u00e9l\u00e8bre exp\u00e9rience sur la m\u00e9moire iconique \u00e0 l&rsquo;aide de la technique du rapport partiel, prouvant que les individus retiennent bri\u00e8vement plus d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments visuels qu&rsquo;ils ne peuvent en nommer. D\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1960, les chercheurs ont postul\u00e9 l&rsquo;existence d&rsquo;un \u00e9quivalent acoustique. En 1967, Ulric Neisser officialise l&rsquo;appellation <em>echoic memory<\/em> dans son manuel fondateur, incitant la communaut\u00e9 scientifique \u00e0 concevoir des protocoles exp\u00e9rimentaux adapt\u00e9s \u00e0 la nature intrins\u00e8quement temporelle de l&rsquo;audition.<\/p>\n<p>En 1972, Massaro propose un mod\u00e8le exp\u00e9rimental d\u00e9montrant que la reconnaissance des sons d\u00e9pend d&rsquo;une m\u00e9moire perceptive auditive d&rsquo;environ 250 millisecondes, constamment vuln\u00e9rable au masquage. Parall\u00e8lement, Darwin, Turvey et Crowder (1972) transposent magistralement la t\u00e2che de rapport partiel de Sperling au domaine auditif via une technique d&rsquo;\u00e9coute dichotique \u00e0 trois canaux distincts (gauche, droite et centre virtuel). Leurs r\u00e9sultats ont prouv\u00e9 sans ambigu\u00eft\u00e9 que le registre auditif stockait une grande quantit\u00e9 de donn\u00e9es pendant au moins 2 \u00e0 4 secondes, d\u00e9passant largement la dur\u00e9e de persistance de la m\u00e9moire iconique visuelle (qui ne dure g\u00e9n\u00e9ralement que 250 \u00e0 500 millisecondes).<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1970 et durant les ann\u00e9es 1980, le d\u00e9veloppement des techniques \u00e9lectrophysiologiques non invasives, notamment l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) et la magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG), a propuls\u00e9 l&rsquo;\u00e9tude du registre \u00e9cho\u00efque dans l&rsquo;\u00e8re des neurosciences computationnelles. La d\u00e9couverte par le chercheur finlandais Risto N\u00e4\u00e4t\u00e4nen de la n\u00e9gativit\u00e9 de discordance (<em>Mismatch Negativity<\/em> ou MMN) en 1978 a fourni un biomarqueur objectif direct des traces r\u00e9siduelles de la m\u00e9moire sensorielle auditive, affranchissant d\u00e9finitivement la recherche de la d\u00e9pendance aux rapports comportementaux subjectifs des participants.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La m\u00e9moire sensorielle auditive repose sur plusieurs piliers th\u00e9oriques articul\u00e9s entre les mod\u00e8les d&rsquo;architecture cognitive et les d\u00e9couvertes neurophysiologiques des syst\u00e8mes sensoriels :<\/p>\n<p><strong>Le mod\u00e8le modal d&rsquo;Atkinson et Shiffrin (1968) :<\/strong> Dans ce cadre th\u00e9orique classique du traitement de l&rsquo;information humaine, l&rsquo;esprit est structur\u00e9 en registres sensoriels (visuel, auditif, haptique), m\u00e9moire \u00e0 court terme (MCT) et m\u00e9moire \u00e0 long terme (MLT). La m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque y occupe la place du filtre d&rsquo;entr\u00e9e. Elle a pour mission de maintenir temporairement la richesse analogique de l&rsquo;environnement sonore afin de donner au processeur central le temps n\u00e9cessaire pour s\u00e9lectionner, via l&rsquo;attention dirig\u00e9e, les fragments acoustiques dignes d&rsquo;\u00eatre recod\u00e9s phonologiquement dans la m\u00e9moire \u00e0 court terme.<\/p>\n<p><strong>Le mod\u00e8le de la m\u00e9moire de travail de Baddeley et Hitch :<\/strong> Dans les r\u00e9visions successives du mod\u00e8le de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9moire_de_travail\">Baddeley<\/a>, la m\u00e9moire sensorielle auditive sert de pourvoyeur direct pour la boucle phonologique, sp\u00e9cifiquement le tampon phonologique \u00e0 court terme. Tandis que la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque retient le signal brut (fr\u00e9quence, timbre, prosodie), la boucle phonologique encode une repr\u00e9sentation articulatoire et abstraite de la langue. Les transferts entre ces deux syst\u00e8mes expliquent pourquoi les sons verbaux entrent de fa\u00e7on automatique et quasi obligatoire dans le syst\u00e8me phonologique, m\u00eame lorsque le sujet tente de les ignorer (l&rsquo;effet de parole non pertinente).<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de la m\u00e9moire int\u00e9gr\u00e9e de Nelson Cowan (1988, 1995) :<\/strong> Cowan rejette le d\u00e9coupage rigide en magasins physiquement s\u00e9par\u00e9s. Dans son mod\u00e8le d&rsquo;activation attentionnelle, la m\u00e9moire sensorielle auditive correspond \u00e0 l&rsquo;activation transitoire des r\u00e9seaux neuronaux du cortex auditif eux-m\u00eames. Cowan distingue une composante tr\u00e8s br\u00e8ve (phase 1, li\u00e9e aux r\u00e9ponses neuronales synchrones de la voie auditive) et une composante interm\u00e9diaire (phase 2, li\u00e9e au maintien des patrons d&rsquo;activation dans les aires auditives secondaires). La m\u00e9moire \u00e0 court terme n&rsquo;est alors que la fraction de cette m\u00e9moire sensorielle activ\u00e9e qui se trouve plac\u00e9e sous le faisceau de l&rsquo;attention consciente.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie du codage pr\u00e9dictif :<\/strong> Sur le plan neurobiologique moderne, la m\u00e9moire sensorielle auditive est interpr\u00e9t\u00e9e comme un mod\u00e8le interne pr\u00e9dictif g\u00e9n\u00e9r\u00e9 de mani\u00e8re dynamique par le cortex c\u00e9r\u00e9bral. Les neurones corticaux ne se contentent pas de subir passivement les sons ; ils conservent une trace statistique des r\u00e9gularit\u00e9s du pass\u00e9 imm\u00e9diat afin d&rsquo;anticiper les occurrences sonores \u00e0 venir. L&rsquo;apparition d&rsquo;un stimulus inhabituel d\u00e9clenche une erreur de pr\u00e9diction, mat\u00e9rialis\u00e9e par la MMN, validant l&rsquo;id\u00e9e que le tampon \u00e9cho\u00efque est un syst\u00e8me hautement adaptatif optimis\u00e9 pour la d\u00e9tection du changement.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse structurelle de la m\u00e9moire sensorielle auditive met en \u00e9vidence plusieurs axes discriminants, composantes op\u00e9rationnelles et sous-types fonctionnels :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La composante temporelle imm\u00e9diate (Persistance sensorielle brute) :<\/strong> D&rsquo;une dur\u00e9e de 100 \u00e0 300 millisecondes, elle pr\u00e9serve la forme d&rsquo;onde acoustique continue et permet l&rsquo;int\u00e9gration temporelle de l&rsquo;\u00e9nergie acoustique (la sonie per\u00e7ue d&rsquo;un son augmente jusqu&rsquo;\u00e0 environ 200 ms).<\/li>\n<li><strong>La composante de persistance de l&rsquo;information (M\u00e9moire \u00e9cho\u00efque prolong\u00e9e) :<\/strong> D&rsquo;une dur\u00e9e de 2 \u00e0 10 secondes (et parfois mesur\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 20 secondes dans des contextes \u00e0 tr\u00e8s faible niveau d&rsquo;interf\u00e9rence), elle conserve les abstractions physiques comme la hauteur fondamentale, la distribution des formants vocaux et le tempo musical.<\/li>\n<li><strong>La dimension spectrale :<\/strong> Capacit\u00e9 \u00e0 retenir fid\u00e8lement l&rsquo;enveloppe fr\u00e9quentielle du signal, permettant de distinguer deux timbres d&rsquo;instruments jouant la m\u00eame note sans analyse lexicale.<\/li>\n<li><strong>La dimension spatiale :<\/strong> R\u00e9tention des indices biauriculaires, notamment les diff\u00e9rences de temps interaurales (ITD) et les diff\u00e9rences d&rsquo;intensit\u00e9 interaurales (ILD), essentielles pour cartographier mentalement la source d&rsquo;un son qui a d\u00e9j\u00e0 cess\u00e9.<\/li>\n<li><strong>La capacit\u00e9 de stockage :<\/strong> Virtuellement globale pour l&rsquo;ensemble des stimuli physiques parvenant \u00e0 la cochl\u00e9e, mais hautement p\u00e9rissable ; le goulot d&rsquo;\u00e9tranglement n&rsquo;est pas la capacit\u00e9 d&rsquo;enregistrement, mais la vitesse \u00e0 laquelle l&rsquo;attention s\u00e9lective peut extraire les informations avant leur effacement.<\/li>\n<li><strong>Le mode de d\u00e9gradation :<\/strong> S&rsquo;op\u00e8re par dissipation passive (entropie neuronale spontan\u00e9e) et par interf\u00e9rence de substitution (\u00e9crasement du contenu par un son succ\u00e9dant dans le m\u00eame registre fr\u00e9quentiel).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le fonctionnement concret de la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque au quotidien et en pathologie, plusieurs situations types peuvent \u00eatre mobilis\u00e9es :<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;effet du \u00ab Qu&rsquo;as-tu dit ? Ah, oui&#8230; \u00bb :<\/strong> Une illustration quotidienne omnipr\u00e9sente survient lorsqu&rsquo;un individu est absorb\u00e9 par une t\u00e2che de lecture et qu&rsquo;un coll\u00e8gue lui pose une question. Dans un premier temps, l&rsquo;individu l\u00e8ve les yeux et demande machinalement \u00ab Qu&rsquo;est-ce que tu as dit ? \u00bb, n&rsquo;ayant pas \u00e9cout\u00e9 attentivement. Cependant, avant m\u00eame que l&rsquo;interlocuteur n&rsquo;ait le temps de r\u00e9p\u00e9ter, l&rsquo;individu r\u00e9pond \u00e0 la question. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est rendu possible parce que le flux sonore de la question \u00e9tait fid\u00e8lement stock\u00e9 dans sa m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque pendant 2 \u00e0 3 secondes. Le cerveau a orient\u00e9 r\u00e9troactivement son attention vers le tampon acoustique r\u00e9siduel et a d\u00e9cod\u00e9 la phrase a posteriori.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;effet de r\u00e9cence et le suffixe acoustique en psychologie exp\u00e9rimentale :<\/strong> Si l&rsquo;on demande \u00e0 un sujet de m\u00e9moriser une liste de dix chiffres pr\u00e9sent\u00e9s oralement, il se souviendra particuli\u00e8rement bien du dernier chiffre : c&rsquo;est l&rsquo;effet de r\u00e9cence acoustique, d\u00fb \u00e0 la pr\u00e9sence encore fra\u00eeche du dernier mot dans le registre \u00e9cho\u00efque. En revanche, si l&rsquo;exp\u00e9rimentateur prononce imm\u00e9diatement un mot neutre non pertinent \u00e0 la fin de la liste (par exemple le mot \u00ab z\u00e9ro \u00bb ou \u00ab stop \u00bb), le rappel du dernier chiffre chute dramatiquement. Ce mot intrus agit comme un \u00ab suffixe auditif \u00bb qui remplace et \u00e9crase physiquement la trace sensorielle du dernier chiffre dans la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique : Les troubles du traitement auditif central (TTAC) :<\/strong> Chez certains enfants ne pr\u00e9sentant aucune surdit\u00e9 p\u00e9riph\u00e9rique \u00e0 l&rsquo;audiogramme, des difficult\u00e9s s\u00e9v\u00e8res de compr\u00e9hension du langage oral en milieu bruyant sont constat\u00e9es. Les bilans \u00e9lectrophysiologiques r\u00e9v\u00e8lent fr\u00e9quemment une att\u00e9nuation ou une disparition pr\u00e9matur\u00e9e de la n\u00e9gativit\u00e9 de discordance (MMN) au-del\u00e0 d&rsquo;un d\u00e9lai de 500 millisecondes. Leur m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque s&rsquo;estompe trop vite, les emp\u00eachant d&rsquo;int\u00e9grer les syllabes cons\u00e9cutives pour former des mots entiers lors d&rsquo;un d\u00e9bit verbal rapide.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La mesure d&rsquo;un registre aussi fugace que la m\u00e9moire sensorielle auditive a exig\u00e9 le d\u00e9veloppement de paradigmes comportementaux ing\u00e9nieux et de biomarqueurs neurophysiologiques d&rsquo;une pr\u00e9cision millim\u00e9trique :<\/p>\n<p><strong>Le paradigme du rapport partiel auditif (Darwin, Turvey et Crowder) :<\/strong> Inspir\u00e9 des travaux visuels de Sperling, ce protocole pr\u00e9sente simultan\u00e9ment aux sujets trois s\u00e9quences d&rsquo;items (chiffres ou lettres) diffus\u00e9es par des \u00e9couteurs st\u00e9r\u00e9o : une s\u00e9quence \u00e0 l&rsquo;oreille gauche, une \u00e0 l&rsquo;oreille droite, et une per\u00e7ue au centre (son diotique). \u00c0 la fin de la pr\u00e9sentation, un indice visuel lumineux indique au participant quel flux sonore il doit restituer. En variant le d\u00e9lai entre la fin de l&rsquo;\u00e9coute et l&rsquo;apparition de l&rsquo;indice visuel (de 0 \u00e0 4 secondes), les chercheurs mesurent la vitesse exacte \u00e0 laquelle la trace acoustique brute d\u00e9cline dans le registre \u00e9cho\u00efque.<\/p>\n<p><strong>La n\u00e9gativit\u00e9 de discordance (<em>Mismatch Negativity<\/em> ou MMN) :<\/strong> Mesur\u00e9e par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89lectroenc%C3%A9phalographie\">\u00e9lectroenc\u00e9phalographie<\/a>, la MMN est l&rsquo;outil de r\u00e9f\u00e9rence mondial pour sonder la m\u00e9moire sensorielle auditive sans n\u00e9cessiter la participation active du sujet. Le protocole utilise un paradigme dit \u00ab oddball \u00bb : une s\u00e9quence de sons identiques r\u00e9guliers (standards, par exemple des bips \u00e0 1000 Hz) est p\u00e9riodiquement interrompue par un son diff\u00e9rant l\u00e9g\u00e8rement par sa fr\u00e9quence, sa dur\u00e9e ou son intensit\u00e9 (d\u00e9viant, par exemple un bip \u00e0 1050 Hz). M\u00eame si le sujet regarde un film muet et ignore totalement les sons, le cortex auditif g\u00e9n\u00e8re une onde n\u00e9gative fronto-centrale entre 100 et 250 millisecondes apr\u00e8s le stimulus d\u00e9viant. L&rsquo;existence de cette onde prouve que le cerveau a compar\u00e9 le son nouveau \u00e0 la trace laiss\u00e9e en m\u00e9moire sensorielle par les sons pr\u00e9c\u00e9dents. En augmentant l&rsquo;intervalle inter-stimulus (ISI) de 1 \u00e0 plusieurs secondes, on peut d\u00e9terminer avec une exactitude clinique la dur\u00e9e maximale de survie de la trace \u00e9cho\u00efque chez un individu donn\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Le paradigme de masquage auditif r\u00e9troactif :<\/strong> Cette t\u00e2che psychophysique consiste \u00e0 \u00e9mettre un son cible bref (par exemple un son pur) suivi, apr\u00e8s un intervalle de temps variable (l&rsquo;intervalle inter-stimulus ou SOA), par un bruit blanc masquant. En \u00e9valuant le seuil de d\u00e9tection ou de discrimination du premier son en fonction du d\u00e9lai d&rsquo;apparition du masque, on d\u00e9termine la dur\u00e9e minimale n\u00e9cessaire au syst\u00e8me nerveux pour extraire l&rsquo;information avant que le tampon sensoriel ne soit alt\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension de la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque irrigue de multiples domaines appliqu\u00e9s, de la conception technologique \u00e0 la prise en charge clinique :<\/p>\n<p><strong>Conception d&rsquo;interfaces vocales et ergonomie sonore :<\/strong> Les concepteurs de syst\u00e8mes interactifs vocaux (assistants personnels, serveurs vocaux interactifs, alertes dans les cockpits d&rsquo;avions de chasse) s&rsquo;appuient sur les limites temporelles de la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque pour calibrer la cadence de diffusion des messages. Une alerte sonore critique doit comporter des espacements temporels pr\u00e9cis pour \u00e9viter le masquage r\u00e9troactif des param\u00e8tres cl\u00e9s par les bruits ambiants ou les messages cons\u00e9cutifs.<\/p>\n<p><strong>P\u00e9dagogie et apprentissage des langues \u00e9trang\u00e8res :<\/strong> Dans l&rsquo;acquisition d&rsquo;une langue seconde, la capacit\u00e9 \u00e0 discriminer des contrastes phon\u00e9miques in\u00e9dits (comme la distinction entre les voyelles courtes et longues en anglais pour un francophone) d\u00e9pend de la finesse de l&#8217;empreinte laiss\u00e9e dans la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque. Les logiciels d&rsquo;entra\u00eenement phon\u00e9tique modernes introduisent des intervalles de r\u00e9p\u00e9tition calcul\u00e9s pour optimiser le renforcement de la trace sensorielle avant son d\u00e9clin, facilitant ainsi l&rsquo;encodage vers la m\u00e9moire \u00e0 long terme.<\/p>\n<p><strong>Audiologie et appareillage auditif :<\/strong> Les proth\u00e8ses auditives num\u00e9riques modernes et les processeurs d&rsquo;implants cochl\u00e9aires int\u00e8grent d\u00e9sormais des algorithmes de r\u00e9duction de bruit qui tiennent compte de la persistance \u00e9cho\u00efque. Si les algorithmes appliquent une compression temporelle excessive ou un filtrage trop agressif, ils d\u00e9truisent les micro-indices acoustiques indispensables \u00e0 la reconstitution du signal vocal au sein du registre sensoriel de l&rsquo;utilisateur malentendant.<\/p>\n<p><strong>G\u00e9rontologie et d\u00e9tection pr\u00e9coce du vieillissement cognitif :<\/strong> Le d\u00e9clin de la dur\u00e9e de vie de la m\u00e9moire sensorielle auditive, mesur\u00e9 par la diminution de l&rsquo;amplitude de la MMN lors d&rsquo;intervalles inter-stimulus longs, constitue l&rsquo;un des biomarqueurs les plus pr\u00e9coces du d\u00e9clin neurocognitif et des syndromes d\u00e9mentiels d\u00e9butants, bien avant que les tests neuropsychologiques sur papier ne r\u00e9v\u00e8lent des d\u00e9ficits francs.<\/p>\n<h3>11. Recherches et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es accumul\u00e9es au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies ont permis de raffiner notre compr\u00e9hension des bases neurales de ce registre sensoriel. L&rsquo;\u00e9quipe men\u00e9e par Winkler, N\u00e4\u00e4t\u00e4nen et leurs collaborateurs a d\u00e9montr\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 1990 que la m\u00e9moire sensorielle auditive ne se limite pas \u00e0 stocker des sons isol\u00e9s de fa\u00e7on statique : elle est capable d&rsquo;extraire et de m\u00e9moriser de mani\u00e8re automatique des r\u00e8gles abstraites et des relations d&rsquo;invariance. Par exemple, si une suite de paires de sons montant syst\u00e9matiquement en fr\u00e9quence est pr\u00e9sent\u00e9e, un stimulus d\u00e9viant constitu\u00e9 d&rsquo;une paire descendante d\u00e9clenche imm\u00e9diatement une onde MMN, prouvant que la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque encode des relations structurelles complexes et non de simples fr\u00e9quences isol\u00e9es.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes de neuro-imagerie fonctionnelle par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRMf) combin\u00e9es \u00e0 la magn\u00e9toenc\u00e9phalographie ont localis\u00e9 le substrat principal de la m\u00e9moire sensorielle auditive dans le gyrus temporal sup\u00e9rieur bilat\u00e9ral, englobant le cortex auditif primaire (aire 41 de Brodmann) et le cortex auditif secondaire (aire 42 et planum temporale), avec une contribution mod\u00e9ratrice du cortex frontal inf\u00e9rieur (implication dans le r\u00e9orientement attentionnel involontaire). Des travaux de Belin et al. sur la perception de la voix humaine ont mis en \u00e9vidence l&rsquo;existence d&rsquo;aires sensibles \u00e0 la voix au sein du sillon temporal sup\u00e9rieur, sugg\u00e9rant que des traces \u00e9cho\u00efques sp\u00e9cialis\u00e9es pour les param\u00e8tres vocaux humains b\u00e9n\u00e9ficient de voies de traitement privil\u00e9gi\u00e9es.<\/p>\n<p>Des recherches notables conduites par Cowan et ses coll\u00e8gues ont r\u00e9examin\u00e9 la long\u00e9vit\u00e9 de la trace acoustique. En utilisant des protocoles sophistiqu\u00e9s limitant l&rsquo;interf\u00e9rence proactive et r\u00e9troactive, ils ont prouv\u00e9 que si l&rsquo;environnement acoustique demeure silencieux et non perturbateur, certains aspects de la trace physique brute peuvent subsister au-del\u00e0 de dix secondes, d\u00e9fiant le dogme classique qui limitait historiquement le registre \u00e9cho\u00efque \u00e0 deux secondes maximum.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;architecture neurobiologique de base de la m\u00e9moire sensorielle auditive soit universelle chez l&rsquo;\u00eatre humain sain, son calibrage et son efficacit\u00e9 fonctionnelle sont modul\u00e9s par des facteurs contextuels, linguistiques et culturels :<\/p>\n<p><strong>Impact de la langue maternelle et langues \u00e0 tons :<\/strong> Les locuteurs de langues tonales (telles que le mandarin, le vietnamien ou le yoruba) d\u00e9veloppent d\u00e8s la petite enfance une acuit\u00e9 accrue de la m\u00e9moire sensorielle auditive pour les micro-variations de hauteur tonale (hauteur fondamentale F0). Des \u00e9tudes comparatives par potentiels \u00e9voqu\u00e9s ont d\u00e9montr\u00e9 que les locuteurs natifs du mandarin g\u00e9n\u00e8rent une MMN plus ample et plus robuste face \u00e0 de faibles d\u00e9viations de hauteur que des locuteurs de langues non tonales (comme le fran\u00e7ais ou l&rsquo;anglais), illustrant une neuroplasticit\u00e9 fonctionnelle de la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque fa\u00e7onn\u00e9e par l&rsquo;environnement linguistique.<\/p>\n<p><strong>Expertise musicale :<\/strong> Les musiciens professionnels constituent un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude privil\u00e9gi\u00e9 des adaptations de la m\u00e9moire auditive. Les recherches r\u00e9v\u00e8lent que des ann\u00e9es de pratique instrumentale prolongent la persistance temporelle et affinent la fid\u00e9lit\u00e9 spectrale de la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque. Les musiciens maintiennent des repr\u00e9sentations sensorielles auditives intactes sur des intervalles inter-stimulus nettement plus longs que les non-musiciens, ce qui facilite l&rsquo;analyse en temps r\u00e9el de structures polyphoniques complexes.<\/p>\n<p><strong>Environnements sonores industrialis\u00e9s versus traditionnels :<\/strong> L&rsquo;exposition chronique au bruit de fond des m\u00e9gapoles modernes (pollution sonore continue entre 60 et 75 dB) impose un fardeau perceptif qui tend \u00e0 d\u00e9grader la fid\u00e9lit\u00e9 de la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque par saturation et masquage continu. \u00c0 l&rsquo;inverse, des populations vivant dans des environnements naturels \u00e0 faible niveau de bruit de fond continu pr\u00e9sentent des seuils de discrimination sensorielle et des capacit\u00e9s d&rsquo;int\u00e9gration \u00e9cho\u00efque plus pr\u00e9serv\u00e9s face aux signaux acoustiques subtils.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le statut \u00e9pist\u00e9mologique et exp\u00e9rimental de la m\u00e9moire sensorielle auditive a suscit\u00e9 d&rsquo;intenses controverses au sein des sciences de l&rsquo;esprit :<\/p>\n<p><strong>La querelle du registre distinct versus \u00e9tat d&rsquo;activation :<\/strong> Le d\u00e9bat fondamental oppose les tenants d&rsquo;un mod\u00e8le structurel architectural (pour qui la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque est un composant mat\u00e9riel autonome, un \u00ab filtre \u00bb ou \u00ab r\u00e9servoir \u00bb d&rsquo;entr\u00e9e) aux partisans des mod\u00e8les connexionnistes et distribu\u00e9s. Ces derniers affirment que l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un magasin s\u00e9par\u00e9 est une r\u00e9ification inutile. Selon eux, la \u00ab m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque \u00bb n&rsquo;est rien d&rsquo;autre que la r\u00e9verb\u00e9ration synaptique temporaire au sein des r\u00e9seaux m\u00eames qui assurent l&rsquo;analyse primaire du son. Cette vision unifi\u00e9e consid\u00e8re que perception et m\u00e9moire imm\u00e9diate ne forment qu&rsquo;un seul et m\u00eame continuum computationnel.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9bat sur la dur\u00e9e r\u00e9elle :<\/strong> Une controverse persiste sur la d\u00e9limitation temporelle de la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque. Tandis que les psychophysiciens mesurant la fusion temporelle affirment que la v\u00e9ritable persistance sensorielle s&rsquo;\u00e9teint en 250 millisecondes (laissant ensuite la place \u00e0 un codage d\u00e9j\u00e0 abstrait ou phonologique), les \u00e9lectrophysiologistes de la MMN revendiquent une dur\u00e9e pouvant atteindre plusieurs secondes. Cette divergence a contraint les sp\u00e9cialistes \u00e0 segmenter formellement le concept en \u00ab persistance sensorielle \u00e0 court terme \u00bb et \u00ab m\u00e9moire des caract\u00e9ristiques auditives \u00e0 long terme \u00bb, soulignant l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des ph\u00e9nom\u00e8nes regroup\u00e9s sous cette banni\u00e8re unique.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;influence pr\u00e9coce de l&rsquo;attention s\u00e9lective :<\/strong> Longtemps d\u00e9finie comme strictement pr\u00e9-attentive et automatique, la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque est aujourd&rsquo;hui reconnue comme \u00e9tant sensible aux influences descendantes (<em>top-down<\/em>). Des \u00e9tudes r\u00e9centes en magn\u00e9toenc\u00e9phalographie montrent qu&rsquo;une attention spatiale fortement focalis\u00e9e ailleurs peut att\u00e9nuer la fid\u00e9lit\u00e9 de la trace \u00e9cho\u00efque mesur\u00e9e dans le cortex auditif, remettant en cause l&rsquo;ind\u00e9pendance totale de ce registre vis-\u00e0-vis des ressources attentionnelles globales de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour clarifier sans ambigu\u00eft\u00e9 la place de la m\u00e9moire sensorielle auditive dans la taxonomie cognitive, il convient de la distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment de plusieurs concepts apparent\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>M\u00e9moire iconique :<\/strong> \u00c9quivalent visuel de la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque. Elle retient une r\u00e9plique quasi instantan\u00e9e des stimuli visuels mais poss\u00e8de une dur\u00e9e de vie beaucoup plus br\u00e8ve (typiquement 200 \u00e0 500 millisecondes contre 2 \u00e0 5 secondes pour la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque), la stabilit\u00e9 physique du monde visuel rendant une longue persistance sensorielle moins critique que pour le flux acoustique \u00e9ph\u00e9m\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9moire \u00e0 court terme auditive \/ Boucle phonologique :<\/strong> La m\u00e9moire sensorielle auditive retient les caract\u00e9ristiques physiques brutes sans signification (fr\u00e9quence, timbre), tandis que la m\u00e9moire \u00e0 court terme phonologique retient des repr\u00e9sentations verbales abstraites et cat\u00e9goris\u00e9es (mots, phon\u00e8mes). De plus, la m\u00e9moire \u00e0 court terme n\u00e9cessite des m\u00e9canismes d&rsquo;autor\u00e9p\u00e9tition active pour persister, contrairement au d\u00e9clin passif et automatique de la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque.<\/li>\n<li><strong>Perception auditive primaire :<\/strong> La perception correspond \u00e0 la transduction et \u00e0 l&rsquo;analyse en temps r\u00e9el du stimulus pr\u00e9sent, alors que la m\u00e9moire sensorielle auditive d\u00e9crit la persistance de cette repr\u00e9sentation apr\u00e8s l&rsquo;extinction totale de la stimulation acoustique physique.<\/li>\n<li><strong>Int\u00e9gration temporelle auditive :<\/strong> Processus physiologique par lequel le syst\u00e8me auditif additionne l&rsquo;\u00e9nergie d&rsquo;un signal sur une fen\u00eatre de 100 \u00e0 200 millisecondes pour d\u00e9terminer la sonie ou la hauteur per\u00e7ue ; c&rsquo;est un m\u00e9canisme sous-jacent qui constitue la phase initiale de la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque, mais ne r\u00e9sume pas la totalit\u00e9 de sa port\u00e9e temporelle.<\/li>\n<li><strong>Persistance haptique :<\/strong> Registre sensoriel tactile homologue, caract\u00e9ris\u00e9 par une dur\u00e9e interm\u00e9diaire (souvent \u00e9valu\u00e9e autour de 1 \u00e0 2 secondes) et d\u00e9volu au maintien des pressions cutan\u00e9es et des textures mat\u00e9rielles.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, la m\u00e9moire sensorielle auditive, ou m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque, constitue une brique \u00e9l\u00e9mentaire et indispensable de la cognition humaine :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Nature et r\u00f4le :<\/strong> Registre pr\u00e9-attentif \u00e0 grande capacit\u00e9 qui enregistre et maintient fid\u00e8lement les attributs physiques bruts des ondes acoustiques d\u00e8s leur r\u00e9ception par l&rsquo;oreille.<\/li>\n<li><strong>Dynamique temporelle :<\/strong> Se caract\u00e9rise par une d\u00e9composition en deux temps, comprenant une phase br\u00e8ve de persistance directe (environ 250 ms) et une phase plus longue de maintien des attributs sonores (2 \u00e0 5 secondes, parfois plus en milieu silencieux).<\/li>\n<li><strong>Diff\u00e9rence critique avec la vision :<\/strong> Nettement plus durable que la m\u00e9moire iconique, cette persistance prolong\u00e9e compense la nature transitoire et fugitive du son, rendant possibles le traitement de la parole continue et la compr\u00e9hension musicale.<\/li>\n<li><strong>Objectivation scientifique :<\/strong> Mesurable chez l&rsquo;humain \u00e9veill\u00e9, endormi ou comateux gr\u00e2ce au potentiel \u00e9voqu\u00e9 auditif de n\u00e9gativit\u00e9 de discordance (MMN), ce qui en fait un biomarqueur de choix en neurologie et en psychiatrie cognitive.<\/li>\n<li><strong>Sensibilit\u00e9 :<\/strong> Bien qu&rsquo;automatique, son empreinte est vuln\u00e9rable \u00e0 l&rsquo;interf\u00e9rence par masquage r\u00e9troactif (effets de suffixe sonore) et s&rsquo;\u00e9rode avec le vieillissement c\u00e9r\u00e9bral pathologique.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Atkinson, R. C., &amp; Shiffrin, R. M. (1968). Human memory: A proposed system and its control processes. In K. W. Spence &amp; J. T. Spence (Eds.), <em>The Psychology of Learning and Motivation<\/em> (Vol. 2, pp. 89\u2013195). Academic Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-7421(08)60422-3\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-7421(08)60422-3<\/a><\/li>\n<li>Baddeley, A. (2000). The episodic buffer: A new component of working memory? <em>Trends in Cognitive Sciences<\/em>, 4(11), 417\u2013423. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1364-6613(00)01538-2\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1364-6613(00)01538-2<\/a><\/li>\n<li>Cowan, N. (1984). On short and long auditory stores. <em>Psychological Bulletin<\/em>, 96(2), 341\u2013370. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.96.2.341\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.96.2.341<\/a><\/li>\n<li>Darwin, C. J., Turvey, M. T., &amp; Crowder, R. G. (1972). An auditory analogue of the Sperling partial report procedure: Evidence for brief storage of auditory information. <em>Cognitive Psychology<\/em>, 3(2), 255\u2013267. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0285(72)90007-2\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0285(72)90007-2<\/a><\/li>\n<li>N\u00e4\u00e4t\u00e4nen, R., Gaillard, A. W., &amp; M\u00e4ntysalo, S. (1978). Early selective-attention effect on evoked potential reinterpreted. <em>Acta Psychologica<\/em>, 42(4), 313\u2013329. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0001-6918(78)90006-9\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0001-6918(78)90006-9<\/a><\/li>\n<li>Neisser, U. (1967). <em>Cognitive Psychology<\/em>. Appleton-Century-Crofts.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La m\u00e9moire sensorielle auditive, ou m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque, retient fid\u00e8lement les informations acoustiques brutes pendant quelques secondes pour permettre l&rsquo;analyse du langage et des sons.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1387,31000,647],"tags":[35473,35500,5038,4757,5222,93],"class_list":["post-21266","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences-cognitives","category-perception","category-psychologie-cognitive","tag-memoire-echoique","tag-memoire-sensorielle-auditive","tag-mismatch-negativity","tag-neurosciences-cognitives","tag-perception-auditive","tag-psychologie-cognitive"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21266","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21266\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21266"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21266"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21266"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}