{"id":21252,"date":"2026-10-25T10:26:06","date_gmt":"2026-10-25T10:26:06","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=memoire-auditive-definition-psychologie"},"modified":"2026-10-25T10:26:06","modified_gmt":"2026-10-25T10:26:06","slug":"memoire-auditive-definition-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=memoire-auditive-definition-psychologie","title":{"rendered":"M\u00e9moire auditive : l&rsquo;\u00e9cho de l&rsquo;esprit"},"content":{"rendered":"<p>La m\u00e9moire auditive constitue l&rsquo;un des piliers fondamentaux de la cognition humaine, orchestrant la r\u00e9ception, l&rsquo;analyse et la r\u00e9tention des signaux acoustiques qui fa\u00e7onnent notre compr\u00e9hension du monde sonore et du langage articul\u00e9. Sans cette capacit\u00e9 neurocognitive hautement sp\u00e9cialis\u00e9e, la fluidit\u00e9 des interactions verbales, l&rsquo;appr\u00e9ciation des structures musicales complexes et l&rsquo;orientation au sein de paysages environnementaux dynamiques demeureraient impossibles. Cet article propose une exploration encyclop\u00e9dique exhaustive de la m\u00e9moire auditive, analysant ses m\u00e9canismes neurophysiologiques, son \u00e9volution historique au sein de la psychologie cognitive, ses dimensions cliniques ainsi que ses applications pratiques au quotidien.<\/p>\n<h2>M\u00e9moire auditive<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>m\u00e9moire auditive<\/strong> d\u00e9signe l&rsquo;ensemble des processus cognitifs et neurobiologiques responsables de l&rsquo;enregistrement, du codage, du maintien et de la r\u00e9cup\u00e9ration des informations sonores per\u00e7ues par le syst\u00e8me auditif. Elle permet \u00e0 l&rsquo;organisme de conserver une empreinte mentale des bruits, des intonations verbales, des m\u00e9lodies et des signaux environnementaux, s&rsquo;\u00e9tendant d&rsquo;une fraction de seconde \u00e0 plusieurs d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Sur le plan structural, ce concept ne se r\u00e9duit pas \u00e0 un r\u00e9ceptacle passif, mais englobe une architecture multicomposante qui articule la m\u00e9moire sensorielle ultracourte (commun\u00e9ment appel\u00e9e m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque), la composante phonologique de la m\u00e9moire de travail et les repr\u00e9sentations p\u00e9rennes log\u00e9es au sein de la m\u00e9moire \u00e0 long terme. Cette cha\u00eene de traitement garantit la transition continue entre la sensation physique de l&rsquo;onde acoustique et son interpr\u00e9tation s\u00e9mantique abstraite.<\/p>\n<p>Dans le champ de la neuropsychologie, la m\u00e9moire auditive est ainsi comprise comme une fonction int\u00e9grative essentielle au d\u00e9veloppement du langage oral, \u00e0 l&rsquo;alphab\u00e9tisation, \u00e0 la communication interpersonnelle et \u00e0 la vigilance \u00e9cologique, permettant d&rsquo;extraire des r\u00e9gularit\u00e9s temporelles et des invariants acoustiques \u00e0 partir d&rsquo;un flux d&rsquo;ondes par nature \u00e9vanescent.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab m\u00e9moire auditive \u00bb associe deux termes issus du latin classique, refl\u00e9tant la convergence s\u00e9culaire entre la facult\u00e9 de se souvenir et la modalit\u00e9 sensorielle de l&rsquo;ou\u00efe. Le substantif \u00ab m\u00e9moire \u00bb d\u00e9rive du latin <em>memoria<\/em>, lui-m\u00eame issu de l&rsquo;adjectif <em>memor<\/em> signifiant \u00ab qui se souvient, attentif \u00bb, rattach\u00e9 \u00e0 la racine indo-europ\u00e9enne <em>*men-<\/em> qui \u00e9voque l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;esprit, de la pens\u00e9e et du rappel mental.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab auditive \u00bb provient du bas-latin <em>auditivus<\/em>, forg\u00e9 sur le verbe latin <em>audire<\/em>, qui se traduit par \u00ab \u00e9couter, entendre, percevoir par l&rsquo;oreille \u00bb. La racine indo-europ\u00e9enne sous-jacente est traditionnellement reli\u00e9e \u00e0 la notion de perception sensorielle attentive. Historiquement, l&rsquo;adjectif a d&rsquo;abord qualifi\u00e9 les conduits anatomiques de l&rsquo;audition avant de s&rsquo;\u00e9tendre aux facult\u00e9s psychologiques et neurologiques de traitement du signal sonore.<\/p>\n<p>L&rsquo;apparition formelle de l&rsquo;expression au sein des trait\u00e9s de psychologie remonte \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, moment o\u00f9 la psychophysique et la psychologie exp\u00e9rimentale naissante ont commenc\u00e9 \u00e0 dissocier syst\u00e9matiquement les m\u00e9moires selon leur modalit\u00e9 d&rsquo;entr\u00e9e (visuelle, tactile, gustative, auditive), rompant ainsi avec une conception unitaire et indiff\u00e9renci\u00e9e de la m\u00e9moire humaine.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standardis\u00e9, le terme s&rsquo;\u00e9nonce selon la transcription phon\u00e9tique internationale suivante : \/me.mwa\u0281 o.di.tiv\/. La c\u00e9sure syllabique s&rsquo;\u00e9tablit en six syllabes m\u00e9triques : m\u00e9-moi-re au-di-ti-ve.<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, \u00ab m\u00e9moire auditive \u00bb est une locution nominale f\u00e9minine singuli\u00e8re. Au pluriel, elle devient \u00ab m\u00e9moires auditives \u00bb (\/me.mwa\u0281 o.di.tiv\/), bien que l&rsquo;usage th\u00e9orique privil\u00e9gie g\u00e9n\u00e9ralement la forme singuli\u00e8re pour d\u00e9signer la facult\u00e9 ou le syst\u00e8me cognitif g\u00e9n\u00e9ral. L&rsquo;adjectif \u00ab auditive \u00bb s&rsquo;accorde obligatoirement en genre et en nombre avec le substantif f\u00e9minin \u00ab m\u00e9moire \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le discours scientifique contemporain, on observe des variantes contextuelles ou des quasi-synonymes plus techniques selon le niveau de traitement vis\u00e9 : \u00ab m\u00e9moire acoustique \u00bb, \u00ab m\u00e9moire phonologique \u00bb (lorsque l&rsquo;information concerne sp\u00e9cifiquement le langage), ou encore \u00ab m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque \u00bb (lorsqu&rsquo;il s&rsquo;agit du registre sensoriel brut ultracourt). Chacun de ces termes d\u00e9limite une \u00e9tape temporelle ou un format de repr\u00e9sentation sp\u00e9cifique du spectre auditif global.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la m\u00e9moire auditive dans toute son \u00e9tendue, il est indispensable de souligner la nature intrins\u00e8quement temporelle du son. Contrairement \u00e0 la vision, o\u00f9 une sc\u00e8ne spatiale peut \u00eatre explor\u00e9e de mani\u00e8re statique et panoramique, le signal auditif n&rsquo;existe que dans sa dimension transitoire. Un mot, une note de musique ou un cri s&rsquo;\u00e9teignent \u00e0 l&rsquo;instant exact o\u00f9 ils sont \u00e9mis. De ce fait, le syst\u00e8me cognitif a d\u00e9velopp\u00e9 une comp\u00e9tence sp\u00e9cialis\u00e9e dans le d\u00e9ploiement de tampons de r\u00e9tention temporelle, capables de maintenir l&rsquo;information acoustique suffisamment longtemps pour qu&rsquo;elle devienne accessible \u00e0 la conscience et aux processus de cat\u00e9gorisation.<\/p>\n<p>La m\u00e9moire auditive op\u00e8re donc selon une cascade de transformations hi\u00e9rarchis\u00e9es. Tout commence par la conversion de la vibration m\u00e9canique de l&rsquo;air en potentiels d&rsquo;action neurochimiques par l&rsquo;organe de Corti dans la cochl\u00e9e. Ces signaux transitent par le tronc c\u00e9r\u00e9bral et le corps genouill\u00e9 m\u00e9dian du thalamus pour atteindre le cortex auditif primaire (aire 41 de Brodmann) situ\u00e9 dans le gyrus temporal sup\u00e9rieur. \u00c0 ce niveau initial, le registre sensoriel auditif \u2014 ou <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9moire_%C3%A9cho%C3%AFque\">m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque<\/a> \u2014 pr\u00e9serve pendant deux \u00e0 quatre secondes une r\u00e9plique quasi photographique mais acoustique de la stimulation, caract\u00e9ris\u00e9e par une fid\u00e9lit\u00e9 spectrale remarquable (hauteur, timbre, intensit\u00e9, localisation spatiale).<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cette \u00e9tape sensorielle pr\u00e9attentive, l&rsquo;information auditive s\u00e9lectionn\u00e9e par l&rsquo;attention focalis\u00e9e acc\u00e8de \u00e0 la m\u00e9moire de travail auditive, mod\u00e9lis\u00e9e notamment par la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Boucle_phonologique\">boucle phonologique<\/a>. Cette derni\u00e8re traduit les sons pertinents en codes phonologiques et fait intervenir un m\u00e9canisme de r\u00e9capitulation articulatoire subvocale (la \u00ab voix int\u00e9rieure \u00bb) qui rafra\u00eechit activement les traces mn\u00e9siques pour pr\u00e9venir leur d\u00e9gradation naturelle due \u00e0 l&rsquo;\u00e9coulement du temps ou aux interf\u00e9rences r\u00e9troactives.<\/p>\n<p>Enfin, la consolidation de ces \u00e9l\u00e9ments permet leur inscription au sein de la m\u00e9moire \u00e0 long terme auditive. Cette sph\u00e8re p\u00e9renne h\u00e9berge \u00e0 la fois des repr\u00e9sentations d\u00e9claratives \u00e9pisodiques (le souvenir intime de la voix d&rsquo;un parent disparu, le concert marquant d&rsquo;une jeunesse) et s\u00e9mantiques (la reconnaissance imm\u00e9diate d&rsquo;un aboiement de chien, d&rsquo;une tonalit\u00e9 de t\u00e9l\u00e9phone ou des phon\u00e8mes de sa langue maternelle). Elle inclut \u00e9galement des habilet\u00e9s non d\u00e9claratives, proc\u00e9durales et perceptives, telles que la capacit\u00e9 d&rsquo;un accordeur de piano \u00e0 identifier instantan\u00e9ment un \u00e9cart de demi-ton ou celle d&rsquo;un m\u00e9canicien chevronn\u00e9 \u00e0 diagnostiquer une anomalie m\u00e9canique au simple frottement d&rsquo;un engrenage.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La conceptualisation scientifique de la m\u00e9moire auditive s&rsquo;est articul\u00e9e autour de plusieurs ruptures paradigmatiques majeures depuis le dernier tiers du XIXe si\u00e8cle :<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;aube de la psychologie exp\u00e9rimentale, <strong>Hermann Ebbinghaus<\/strong> (1885) initie l&rsquo;\u00e9tude empirique de la m\u00e9moire en utilisant des syllabes d\u00e9pourvues de sens pr\u00e9sent\u00e9es oralement ou visuellement. Ses travaux pionniers ont d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;existence de courbes d&rsquo;oubli et ont indirectement soulign\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9citation mentale auditive pour contrer la d\u00e9perdition rapide des informations s\u00e9rielles.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, les cliniciens de l&rsquo;\u00e9cole neurologique fran\u00e7aise et allemande, notamment <strong>Carl Wernicke<\/strong> et plus tard <strong>Th\u00e9odule Ribot<\/strong>, s&rsquo;int\u00e9ressent aux troubles r\u00e9ceptifs du langage. En identifiant l&rsquo;aphasie sensorielle (aphasie de Wernicke) et la surdit\u00e9 verbale pure, ils ont apport\u00e9 les premi\u00e8res preuves formelles d&rsquo;une dissociation anatomophysiologique entre la simple capacit\u00e9 d&rsquo;entendre (audition p\u00e9riph\u00e9rique) et la capacit\u00e9 de reconna\u00eetre ou de se souvenir des formes sonores du langage (m\u00e9moire et d\u00e9codage auditifs centraux).<\/p>\n<p>Le tournant fondamental survient au milieu du XXe si\u00e8cle avec l&rsquo;essor du paradigme du traitement de l&rsquo;information. En 1967, <strong>Ulric Neisser<\/strong> publie son ouvrage fondateur <em>Cognitive Psychology<\/em>, dans lequel il introduit le concept de m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque en miroir direct de la m\u00e9moire iconique visuelle d\u00e9montr\u00e9e par George Sperling. Les travaux ult\u00e9rieurs d&rsquo;auteurs comme Donald Broadbent, George Mandler et Norman Crowder ont pr\u00e9cis\u00e9 le \u00ab stimulus suffix effect \u00bb, une anomalie exp\u00e9rimentale d\u00e9montrant la sensibilit\u00e9 unique du tampon auditif \u00e0 l&rsquo;intrusion de sons concurrents.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1970 et 1980, l&rsquo;attention s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e vers l&rsquo;architecture de la m\u00e9moire de travail. <strong>Alan Baddeley<\/strong> et Graham Hitch (1974) ont r\u00e9volutionn\u00e9 le domaine en fractionnant la m\u00e9moire \u00e0 court terme en sous-syst\u00e8mes sp\u00e9cialis\u00e9s, \u00e9levant la boucle phonologique au rang de composant central du traitement du mat\u00e9riel audio-verbal. Enfin, l&rsquo;av\u00e8nement des neurosciences cognitives contemporaines, propuls\u00e9 par l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie \u00e0 haute densit\u00e9 (notamment le paradigme de la <em>Mismatch Negativity<\/em> d\u00e9velopp\u00e9 par <strong>Risto N\u00e4\u00e4t\u00e4nen<\/strong>) et l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf), a permis de cartographier avec une pr\u00e9cision millim\u00e9trique les circuits temporo-frontaux d\u00e9di\u00e9s au stockage et \u00e0 la manipulation des repr\u00e9sentations acoustiques.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Plusieurs cadres th\u00e9oriques se compl\u00e8tent pour \u00e9clairer le fonctionnement multidimensionnel de la m\u00e9moire auditive. Le premier et le plus influent demeure le <strong>mod\u00e8le multicomposant de la m\u00e9moire de travail<\/strong> propos\u00e9 par Baddeley et Hitch. Selon cette th\u00e9orie, la m\u00e9moire auditive verbale est principalement assur\u00e9e par la boucle phonologique, subdivis\u00e9e en un magasin phonologique passif (capable de retenir les traces vocales durant 1,5 \u00e0 2 secondes) et un processus de r\u00e9p\u00e9tition articulatoire active. Ce m\u00e9canisme explique l&rsquo;effet de longueur des mots (la m\u00e9moire retient moins d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments lorsque les mots sont longs \u00e0 prononcer) et l&rsquo;effet de similarit\u00e9 phonologique (les mots aux sonorit\u00e9s proches comme \u00ab pain, bain, main \u00bb g\u00e9n\u00e8rent plus d&rsquo;erreurs de rappel que des mots acoustiquement disparates).<\/p>\n<p>En parall\u00e8le, le <strong>mod\u00e8le des traces sensorielles et de la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque<\/strong> formalis\u00e9 par Massaro et Crowder stipule que l&rsquo;information auditive brute persiste dans le cortex auditif sous forme d&rsquo;une onde d&rsquo;activation neuronale d\u00e9clinante. Ce stockage sensoriel primaire conserve les param\u00e8tres spectraux sans filtrage s\u00e9mantique, assurant une int\u00e9gration continue du flux temporel pour que des \u00e9l\u00e9ments successifs puissent \u00eatre per\u00e7us comme une unit\u00e9 perceptive continue plut\u00f4t que comme des pulsations d\u00e9connect\u00e9es.<\/p>\n<p>Une autre perspective essentielle d\u00e9coule de la <strong>th\u00e9orie du double codage<\/strong> d&rsquo;Allan Paivio. Cette th\u00e9orie postule que le syst\u00e8me cognitif traite les informations via deux canaux distincts mais interconnect\u00e9s : un canal non verbal (imag\u00e9) et un canal verbal (auditif-linguistique). La m\u00e9moire auditive y joue un r\u00f4le central en transformant les stimuli oraux en unit\u00e9s linguistiques d\u00e9nomm\u00e9es \u00ab logog\u00e8nes \u00bb. Lorsqu&rsquo;un concept est encod\u00e9 simultan\u00e9ment sous un format auditif et un format visuel, sa saillance mn\u00e9sique et ses probabilit\u00e9s de rappel ult\u00e9rieur se trouvent consid\u00e9rablement renforc\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, le <strong>mod\u00e8le int\u00e9gr\u00e9 de Nelson Cowan<\/strong> (Embedded-Processes Model) propose une approche alternative unifi\u00e9e, dans laquelle la m\u00e9moire de travail auditive ne constitue pas un syst\u00e8me structurel s\u00e9par\u00e9, mais correspond plut\u00f4t \u00e0 la portion activ\u00e9e de la m\u00e9moire auditive \u00e0 long terme plac\u00e9e sous le faisceau du focus attentionnel. Cette vision rend compte avec \u00e9l\u00e9gance de la flexibilit\u00e9 avec laquelle l&rsquo;attention peut naviguer entre le son ambiant inconscient et la capture consciente d&rsquo;un signal auditif inattendu (effet cocktail party).<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La m\u00e9moire auditive se d\u00e9compose en sous-syst\u00e8mes fonctionnels distincts r\u00e9gis par des contraintes temporelles, structurales et neurophysiologiques sp\u00e9cifiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>M\u00e9moire \u00e9cho\u00efque (registre sensoriel auditif) :<\/strong> R\u00e9tention passive, automatique et pr\u00e9attentionnelle de la forme d&rsquo;onde acoustique brute pendant une dur\u00e9e variant de 200 millisecondes \u00e0 4 secondes. Elle capture la hauteur, le volume et le timbre exacts du stimulus avec une tr\u00e8s grande capacit\u00e9, mais subit une d\u00e9gradation extr\u00eamement rapide en l&rsquo;absence de traitement descendant.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9moire de travail auditive et boucle phonologique :<\/strong> Syst\u00e8me actif de maintien et de manipulation d&rsquo;informations sonores ou verbales sur une dur\u00e9e de quelques secondes \u00e0 quelques minutes. Elle repose sur l&rsquo;interaction entre le stockage acoustique temporaire et la subvocalisation motrice articulatoire.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9moire auditive non verbale :<\/strong> Facult\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9e dans l&rsquo;encodage et la r\u00e9tention de stimuli d\u00e9pourvus de structure lexicale ou morphologique, englobant les bruits environnementaux (tonnerre, pas, moteurs), les timbres instrumentaux et les profils prosodiques \u00e9motionnels.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9moire musicale :<\/strong> Sous-syst\u00e8me hautement \u00e9labor\u00e9 traitant des structures acoustiques complexes organis\u00e9es dans le temps, incluant la m\u00e9moire des hauteurs tonales, des rythmes, des m\u00e9triques, des harmonies et des contours m\u00e9lodiques, sollicitant intens\u00e9ment les circuits fronto-temporaux de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9moire s\u00e9mantique auditive :<\/strong> R\u00e9pertoire permanent stock\u00e9 en m\u00e9moire \u00e0 long terme r\u00e9unissant les connaissances lexicales, phon\u00e9miques et conceptuelles associ\u00e9es \u00e0 des signatures sonores pr\u00e9cises (savoir instantan\u00e9ment ce que signifie le retentissement d&rsquo;une sir\u00e8ne d&rsquo;ambulance).<\/li>\n<li><strong>M\u00e9moire \u00e9pisodique auditive :<\/strong> Souvenirs autobiographiques contextualis\u00e9s dans lesquels la composante sonore constitue l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment d&rsquo;ancrage central (se rappeler l&rsquo;intonation pr\u00e9cise avec laquelle une annonce bouleversante a \u00e9t\u00e9 prononc\u00e9e dans une pi\u00e8ce sp\u00e9cifique).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux saisir le fonctionnement concret de la m\u00e9moire auditive, observons plusieurs situations de la vie courante et de la recherche clinique :<\/p>\n<p>Un exemple quotidien embl\u00e9matique de la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque se produit lorsqu&rsquo;une personne absorb\u00e9e par la lecture d&rsquo;un livre entend son partenaire lui poser une question. Dans un premier r\u00e9flexe d&rsquo;inattention, elle r\u00e9pond spontan\u00e9ment : \u00ab Comment ? Qu&rsquo;as-tu dit ? \u00bb. Pourtant, avant m\u00eame que la question ne soit r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, son cerveau rejoue mentalement l&rsquo;\u00e9cho acoustique de la phrase stock\u00e9e temporairement dans son registre sensoriel, lui permettant de comprendre le message et d&rsquo;y r\u00e9pondre de fa\u00e7on ad\u00e9quate sans intervention externe.<\/p>\n<p>Un autre cas repr\u00e9sentatif concerne la transcription imm\u00e9diate d&rsquo;un num\u00e9ro de t\u00e9l\u00e9phone communiqu\u00e9 oralement. L&rsquo;individu active sa boucle phonologique par r\u00e9p\u00e9tition subvocale continue (\u00ab z\u00e9ro-six, douze, trente-quatre&#8230; \u00bb) pour maintenir les chiffres en m\u00e9moire vive auditive le temps d&rsquo;attraper un stylo. Si un interlocuteur surgit \u00e0 cet instant et crie d&rsquo;autres chiffres \u00e0 proximit\u00e9, l&rsquo;interf\u00e9rence phonologique d\u00e9truit imm\u00e9diatement la trace mn\u00e9sique, illustrant la vuln\u00e9rabilit\u00e9 intrins\u00e8que de ce magasin aux perturbations acoustiques concurrentes.<\/p>\n<p>Dans le domaine artistique, le prodige Wolfgang Amadeus Mozart fournit une illustration historique c\u00e9l\u00e8bre de m\u00e9moire auditive musicale d&rsquo;une puissance prodigieuse. En 1770, \u00e2g\u00e9 de seulement quatorze ans, il \u00e9coute dans la chapelle Sixtine le <em>Miserere<\/em> de Gregorio Allegri, une \u0153uvre polyphonique complexe \u00e0 neuf voix tenue secr\u00e8te par le Vatican sous peine d&rsquo;excommunication. Apr\u00e8s une unique \u00e9coute attentive, Mozart retranscrit l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de la partition de m\u00e9moire sans commettre la moindre omission structurelle, ne revenant que pour corriger d&rsquo;infimes nuances lors d&rsquo;une seconde audition.<\/p>\n<p>Sur le versant pathologique, le cas clinique classique des patients atteints d&rsquo;agnosie auditive ou de surdit\u00e9 verbale pure illustre de mani\u00e8re saisissante la rupture s\u00e9lective de cette m\u00e9moire : ces individus conservent une acuit\u00e9 auditive p\u00e9riph\u00e9rique parfaite (ils entendent les sons purs \u00e0 l&rsquo;audiogramme), mais sont totalement incapables d&rsquo;identifier les phon\u00e8mes de leur propre langue ou de reconna\u00eetre les bruits familiers du quotidien, le signal acoustique ne parvenant plus \u00e0 se coupler aux traces mn\u00e9siques consolid\u00e9es dans leurs aires temporales associatives.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation psychom\u00e9trique et neurophysiologique de la m\u00e9moire auditive repose sur une panoplie d&rsquo;outils quantitatifs et de paradigmes exp\u00e9rimentaux adapt\u00e9s \u00e0 chaque strate de traitement :<\/p>\n<p>Pour mesurer la m\u00e9moire auditive imm\u00e9diate et la composante phonologique de la m\u00e9moire de travail, l&rsquo;\u00e9preuve reine demeure le <strong>test de l&#8217;empan de chiffres<\/strong> (Digit Span), issu des \u00e9chelles d&rsquo;intelligence de Wechsler (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Wechsler_Adult_Intelligence_Scale\">WAIS<\/a> et WISC). Dans l&rsquo;\u00e9preuve directe, le sujet doit r\u00e9p\u00e9ter des s\u00e9ries de chiffres \u00e9nonc\u00e9s oralement au rythme d&rsquo;un par seconde avec une difficult\u00e9 croissante ; l&#8217;empan indirect (r\u00e9p\u00e9tition \u00e0 l&rsquo;envers) sollicite davantage l&rsquo;administrateur central en exigeant une manipulation mentale du mat\u00e9riel sonore maintenu.<\/p>\n<p>Dans le cadre des \u00e9valuations neuropsychologiques plus approfondies, on utilise fr\u00e9quemment le test d&rsquo;apprentissage auditivo-verbal de Rey (<strong>RAVLT<\/strong>) ou la batterie de m\u00e9moire de Wechsler (<strong>WMS-IV<\/strong>), qui mesurent la vitesse d&rsquo;apprentissage, l&rsquo;effet de primaut\u00e9 et de r\u00e9cence, la sensibilit\u00e9 aux interf\u00e9rences proactives et r\u00e9troactives, ainsi que le rappel diff\u00e9r\u00e9 d&rsquo;histoires narratives complexes lues \u00e0 voix haute par l&rsquo;examinateur.<\/p>\n<p>Au plan neurophysiologique objectif, la m\u00e9thode de r\u00e9f\u00e9rence pour sonder la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque automatique sans solliciter la collaboration active du patient est l&rsquo;enregistrement de l&rsquo;onde de discordance ou <strong>Mismatch Negativity (MMN)<\/strong> en potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs. Dans ce paradigme, une s\u00e9quence monotone de sons identiques (les stimuli standards) est interrompue de fa\u00e7on al\u00e9atoire par un son l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rent en hauteur, en intensit\u00e9 ou en dur\u00e9e (le stimulus d\u00e9viant). Le cerveau g\u00e9n\u00e8re une onde n\u00e9gative pr\u00e9coce (environ 150 \u00e0 250 millisecondes apr\u00e8s le stimulus) uniquement si la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque a pr\u00e9serv\u00e9 la r\u00e9gularit\u00e9 des sons pr\u00e9c\u00e9dents pour d\u00e9tecter l&rsquo;anomalie.<\/p>\n<p>Enfin, les aptitudes de m\u00e9moire auditive non verbale et musicale sont \u00e9valu\u00e9es par des outils sp\u00e9cialis\u00e9s tels que la batterie d&rsquo;\u00e9valuation du traitement de l&rsquo;audition et de l&rsquo;amusie (<strong>MBEA<\/strong>, d\u00e9velopp\u00e9e par Isabelle Peretz), qui teste la reconnaissance et la discrimination de s\u00e9quences de hauteurs, d&rsquo;intervalles m\u00e9lodiques et de m\u00e9triques rythmiques pr\u00e9sent\u00e9es auditivement.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La ma\u00eetrise et la compr\u00e9hension de la m\u00e9moire auditive rev\u00eatent des implications strat\u00e9giques majeures au sein de plusieurs champs soci\u00e9taux :<\/p>\n<p>Dans le domaine \u00e9ducatif et scolaire, la m\u00e9moire auditive est le moteur direct de l&rsquo;apprentissage de la lecture et de l&rsquo;orthographe par la voie phonologique. Les enfants pr\u00e9sentant une m\u00e9moire de travail auditive d\u00e9ficitaire \u00e9prouvent des difficult\u00e9s consid\u00e9rables \u00e0 segmenter les mots en unit\u00e9s phon\u00e9miques \u00e9l\u00e9mentaires et \u00e0 les faire correspondre \u00e0 leurs graph\u00e8mes visuels. La mise en place de p\u00e9dagogies multisensorielles et d&rsquo;exercices d&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute attentive permet de compenser ces d\u00e9ficits et de faciliter l&rsquo;acquisition d&rsquo;une langue \u00e9trang\u00e8re, o\u00f9 la m\u00e9morisation des intonations et du vocabulaire nouveau repose enti\u00e8rement sur l&rsquo;impr\u00e9gnation auditive initiale.<\/p>\n<p>En milieu clinique et orthophonique, la r\u00e9\u00e9ducation de la m\u00e9moire auditive est indispensable pour les patients porteurs d&rsquo;implants cochl\u00e9aires ou d&rsquo;appareils auditifs. R\u00e9apprendre au cortex auditif \u00e0 classifier, comparer et stocker des motifs sonores num\u00e9ris\u00e9s constitue une condition <em>sine qua non<\/em> pour recouvrer l&rsquo;intelligibilit\u00e9 de la parole. De m\u00eame, chez les victimes d&rsquo;accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux souffrant d&rsquo;aphasie de conduction, des protocoles cibl\u00e9s de r\u00e9activation de la boucle phonologique sont d\u00e9ploy\u00e9s pour r\u00e9tablir les capacit\u00e9s de r\u00e9p\u00e9tition et de communication fluide.<\/p>\n<p>Dans la sph\u00e8re professionnelle et ergonomique, la m\u00e9moire auditive conditionne la s\u00e9curit\u00e9 dans des environnements \u00e0 haute densit\u00e9 informationnelle, tels que les tours de contr\u00f4le a\u00e9rien, les cockpits d&rsquo;avions de chasse ou les salles d&rsquo;urgence hospitali\u00e8re. Les alertes sonores critiques doivent \u00eatre con\u00e7ues selon des param\u00e8tres psychoacoustiques pr\u00e9cis afin d&rsquo;\u00e9viter la surcharge cognitive de la m\u00e9moire de travail des op\u00e9rateurs et de garantir une identification instantan\u00e9e et sans \u00e9quivoque du danger.<\/p>\n<p>Enfin, dans l&rsquo;industrie musicale et le marketing sonore (audio branding), les concepteurs sonores exploitent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment les m\u00e9canismes de la m\u00e9moire auditive \u00e0 long terme pour cr\u00e9er des \u00ab signatures sonores \u00bb ou \u00ab jingles \u00bb de quelques notes qui s&rsquo;ancrent de mani\u00e8re ind\u00e9l\u00e9bile dans l&rsquo;inconscient collectif du consommateur, prouvant que quelques vibrations suffisent \u00e0 d\u00e9clencher l&rsquo;\u00e9vocation instantan\u00e9e d&rsquo;une identit\u00e9 de marque.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine s&rsquo;int\u00e9resse vivement aux substrats c\u00e9r\u00e9braux et \u00e0 la plasticit\u00e9 neuronale soutenant la m\u00e9moire auditive. Les \u00e9tudes en neuro-imagerie fonctionnelle ont mis en \u00e9vidence l&rsquo;existence d&rsquo;une double voie de traitement auditif dans le cerveau humain, analogue aux voies visuelles \u00ab dorsale \u00bb et \u00ab ventrale \u00bb d\u00e9crites par Mishkin et Ungerleider :<\/p>\n<p>Une voie ventrale dite \u00ab du quoi \u00bb, reliant le gyrus temporal sup\u00e9rieur au cortex temporal ant\u00e9rieur et au cortex pr\u00e9frontal ventrolat\u00e9ral, est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 l&rsquo;identification, \u00e0 l&rsquo;analyse spectrale et \u00e0 la m\u00e9moire s\u00e9mantique des sons. En miroir, une voie dorsale dite \u00ab du o\u00f9 et du comment \u00bb, s&rsquo;\u00e9tendant vers le cortex pari\u00e9tal inf\u00e9rieur et les aires pr\u00e9motrices frontales, assure la localisation spatiale des sources sonores ainsi que la boucle d&rsquo;int\u00e9gration audiomotrice n\u00e9cessaire \u00e0 la r\u00e9p\u00e9tition verbale et \u00e0 la r\u00e9capitulation phonologique.<\/p>\n<p>Les travaux novateurs de <strong>Nina Kraus<\/strong> et de son laboratoire \u00e0 la Northwestern University ont d\u00e9montr\u00e9 que l&rsquo;entra\u00eenement musical \u00e0 long terme modifie fondamentalement l&rsquo;architecture de la m\u00e9moire auditive. Par l&rsquo;analyse des r\u00e9ponses auditives du tronc c\u00e9r\u00e9bral (cABR), son \u00e9quipe a prouv\u00e9 que les musiciens poss\u00e8dent un encodage neurosensoriel de la parole et des signaux acoustiques en milieu bruyant significativement plus robuste, net et rapide que les non-musiciens. Cette plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale conf\u00e8re une r\u00e9sistance accrue contre les pertes de m\u00e9moire auditive li\u00e9es au vieillissement.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les recherches de <strong>Sophie Scott<\/strong> sur le traitement vocal ont pr\u00e9cis\u00e9 les m\u00e9canismes par lesquels le gyrus fusiforme et les aires temporales sup\u00e9rieures s&rsquo;activent de fa\u00e7on conjointe pour reconna\u00eetre l&rsquo;identit\u00e9 d&rsquo;un locuteur \u00e0 partir de son timbre de voix, r\u00e9v\u00e9lant une m\u00e9moire auditive biographique d&rsquo;une sensibilit\u00e9 extraordinaire, capable de distinguer des milliers d&rsquo;identit\u00e9s vocales individuelles m\u00eame d\u00e9grad\u00e9es par des transmissions t\u00e9l\u00e9phoniques de faible qualit\u00e9.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Bien que les processus physiologiques fondamentaux de l&rsquo;oreille interne et du cortex primaire soient universellement partag\u00e9s par l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, l&rsquo;organisation de la m\u00e9moire auditive varie de fa\u00e7on spectaculaire en fonction de l&rsquo;environnement linguistique et des pratiques culturelles :<\/p>\n<p>Dans les cultures poss\u00e9dant des <strong>langues \u00e0 tons<\/strong>, telles que le mandarin, le vietnamien ou le yoruba, la m\u00e9moire auditive \u00e0 long terme doit int\u00e9grer d\u00e8s la petite enfance la variation de la hauteur tonale (ton plat, montant, descendant) comme un trait phonologique distinctif susceptible de modifier enti\u00e8rement le sens d&rsquo;une syllabe. Des \u00e9tudes empiriques d\u00e9montrent que les locuteurs de langues tonales manifestent une pr\u00e9valence significativement plus \u00e9lev\u00e9e de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Oreille_absolue\">oreille absolue<\/a> et poss\u00e8dent une m\u00e9moire de travail auditive plus aiguis\u00e9e pour les micro-variations de fr\u00e9quence que les locuteurs de langues non tonales (comme le fran\u00e7ais ou l&rsquo;anglais).<\/p>\n<p>Sur le plan de l&rsquo;oralit\u00e9, les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles reposant sur la <strong>tradition orale<\/strong> ont d\u00e9velopp\u00e9 des capacit\u00e9s de m\u00e9moire auditive s\u00e9quentielle exceptionnelles. Les griots en Afrique de l&rsquo;Ouest ou les conteurs d&rsquo;\u00e9pop\u00e9es traditionnelles en Asie centrale sont capables de restituer des r\u00e9cits historiques, des g\u00e9n\u00e9alogies et des chants po\u00e9tiques s&rsquo;\u00e9tendant sur plusieurs heures d&rsquo;\u00e9locution continue, s&rsquo;appuyant sur des sch\u00e9mas mn\u00e9motechniques auditifs, des rimes et des cadences rythmiques hautement sophistiqu\u00e9s.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, la variabilit\u00e9 transculturelle des syst\u00e8mes musicaux influence directement la m\u00e9moire auditive des structures harmoniques. Un individu \u00e9lev\u00e9 dans la culture musicale occidentale aura une m\u00e9moire auditive pr\u00e9f\u00e9rentiellement fa\u00e7onn\u00e9e par l&rsquo;\u00e9chelle temp\u00e9r\u00e9e et les cadences tonales harmoniques majeures et mineures, tandis qu&rsquo;un auditeur impr\u00e9gn\u00e9 de musique modale indienne (r\u00e2gas) ou arabe (maq\u00e2mat) d\u00e9veloppera une m\u00e9moire auditive sp\u00e9cialis\u00e9e dans la d\u00e9tection des micro-intervalles et des modes rythmiques (tala) non occidentaux.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit des avanc\u00e9es spectaculaires en neuropsychologie, plusieurs zones de controverses th\u00e9oriques et m\u00e9thodologiques animent la communaut\u00e9 scientifique quant \u00e0 la conceptualisation de la m\u00e9moire auditive :<\/p>\n<p>L&rsquo;un des d\u00e9bats fondamentaux oppose le mod\u00e8le modulaire classique (qui postule des modules de stockage ind\u00e9pendants pour chaque modalit\u00e9 sensorielle) aux mod\u00e8les unifi\u00e9s et incarnationnels de la cognition. Certains th\u00e9oriciens soutiennent que la m\u00e9moire auditive verbale ne constitue pas un syst\u00e8me mn\u00e9sique autonome en soi, mais d\u00e9coule simplement de l&rsquo;activation r\u00e9siduelle du r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bral d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la motricit\u00e9 articulatoire et \u00e0 la perception linguistique. Pour ces chercheurs, isoler une \u00ab m\u00e9moire auditive \u00bb distincte de la comp\u00e9tence linguistique globale constitue une simplification r\u00e9ductionniste abusive.<\/p>\n<p>Une autre controverse r\u00e9currente concerne le concept controvers\u00e9 des \u00ab styles d&rsquo;apprentissage \u00bb, largement vulgaris\u00e9 sous l&rsquo;acronyme VAK (Visuel, Auditif, Kinesth\u00e9sique). Durant des d\u00e9cennies, de nombreux \u00e9ducateurs ont affirm\u00e9 que certains \u00e9l\u00e8ves poss\u00e9daient une pr\u00e9dominance de m\u00e9moire auditive et devaient \u00eatre instruits quasi exclusivement par voie orale. De multiples synth\u00e8ses de la litt\u00e9rature scientifique en sciences de l&rsquo;\u00e9ducation et en neurosciences ont formellement qualifi\u00e9 cette notion de <em>neuromythe<\/em> : s&rsquo;il existe d&rsquo;ind\u00e9niables variations interindividuelles d&rsquo;acuit\u00e9 sensorielle, aucune preuve m\u00e9thodologique solide ne d\u00e9montre qu&rsquo;adapter l&rsquo;enseignement au pr\u00e9tendu \u00ab style auditif \u00bb d&rsquo;un individu am\u00e9liore ses performances d&rsquo;apprentissage globales.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan \u00e9cologique, de nombreux auteurs critiquent la validit\u00e9 \u00e9cologique des tests standardis\u00e9s en laboratoire. \u00c9valuer la m\u00e9moire auditive par la r\u00e9citation de listes de chiffres ou de mots isol\u00e9s dans une cabine insonoris\u00e9e ne refl\u00e8te que tr\u00e8s imparfaitement la complexit\u00e9 des situations de la vie r\u00e9elle, o\u00f9 les signaux auditifs sont perp\u00e9tuellement noy\u00e9s dans le bruit ambiant, dynamiques, \u00e9motionnellement charg\u00e9s et coupl\u00e9s \u00e0 des indices visuels synchrones (mouvements des l\u00e8vres, gestes du locuteur).<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour dissiper toute confusion conceptuelle, il convient de distinguer avec rigueur la m\u00e9moire auditive d&rsquo;autres notions cognitives voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>M\u00e9moire auditive vs Acuit\u00e9 auditive :<\/strong> L&rsquo;acuit\u00e9 auditive renvoie \u00e0 la capacit\u00e9 physique de l&rsquo;oreille et du nerf cochl\u00e9aire \u00e0 d\u00e9tecter des sons de faible intensit\u00e9 sur diff\u00e9rentes fr\u00e9quences hertziennes (mesur\u00e9e par l&rsquo;audiogramme). Une personne peut poss\u00e9der une acuit\u00e9 auditive parfaite mais pr\u00e9senter une m\u00e9moire auditive tr\u00e8s alt\u00e9r\u00e9e (incapacit\u00e9 \u00e0 retenir ou cat\u00e9goriser ce qui a \u00e9t\u00e9 entendu).<\/li>\n<li><strong>M\u00e9moire \u00e9cho\u00efque vs Boucle phonologique :<\/strong> La m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque est un registre sensoriel automatique, passif et tr\u00e8s fugace (quelques secondes), stockant la forme d&rsquo;onde physique exacte sans transformation linguistique. La boucle phonologique est un sous-syst\u00e8me de la m\u00e9moire de travail qui exige une manipulation attentionnelle active et un recodage phonologique abstrait.<\/li>\n<li><strong>Agnosie auditive vs Amn\u00e9sie auditive :<\/strong> L&rsquo;agnosie auditive d\u00e9signe l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre ou identifier la signification des sons de l&rsquo;environnement malgr\u00e9 une audition normale et une m\u00e9moire \u00e9pisodique intacte, r\u00e9sultant d&rsquo;une rupture d&rsquo;acc\u00e8s aux repr\u00e9sentations conceptuelles. L&rsquo;amn\u00e9sie auditive rel\u00e8ve quant \u00e0 elle de l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;encoder ou de rappeler de nouveaux souvenirs auditifs \u00e0 la suite d&rsquo;une atteinte mn\u00e9sique g\u00e9n\u00e9rale ou s\u00e9lective.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9moire iconique vs M\u00e9moire \u00e9cho\u00efque :<\/strong> La m\u00e9moire iconique repr\u00e9sente le registre sensoriel visuel, dont la dur\u00e9e de persistance est extr\u00eamement br\u00e8ve (250 \u00e0 500 millisecondes), tandis que la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque s&rsquo;\u00e9tend sur une fen\u00eatre temporelle notablement plus longue (jusqu&rsquo;\u00e0 3 ou 4 secondes), imp\u00e9ratif d\u00e9coulant de la dynamique s\u00e9rielle et fugitive inh\u00e9rente aux ondes sonores.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, la m\u00e9moire auditive constitue un dispositif cognitif et c\u00e9r\u00e9bral hautement int\u00e9gr\u00e9 sans lequel la perception intelligible du temps sonore, du langage et des arts musicaux s&rsquo;effondrerait :<\/p>\n<p>Elle s&rsquo;organise selon un continuum fonctionnel reliant la m\u00e9moire \u00e9cho\u00efque sensorielle ultracourte (persistance physique de 2 \u00e0 4 secondes), la m\u00e9moire de travail audio-verbale (pilot\u00e9e par la boucle phonologique et la r\u00e9capitulation articulatoire) et les r\u00e9servoirs permanents de la m\u00e9moire \u00e0 long terme s\u00e9mantique et \u00e9pisodique.<\/p>\n<p>Son substrat anatomique implique les r\u00e9gions temporales primaires et associatives, articul\u00e9es en deux voies de traitement compl\u00e9mentaires (une voie ventrale d&rsquo;identification du contenu sonore et une voie dorsale de localisation spatiale et de conversion sensorimotrice) reli\u00e9es aux r\u00e9seaux frontaux ex\u00e9cutifs.<\/p>\n<p>Fortement corr\u00e9l\u00e9e au succ\u00e8s scolaire, \u00e0 l&rsquo;alphab\u00e9tisation pr\u00e9coce et \u00e0 la communication verbale, elle fait l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9valuations psychom\u00e9triques rigoureuses (tests d&#8217;empan, Mismatch Negativity) et b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une plasticit\u00e9 neuronale remarquable tout au long de la vie, stimul\u00e9e par l&rsquo;apprentissage des langues et la pratique instrumentale.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Baddeley, A. D., &amp; Hitch, G. (1974). Working memory. In G. H. Bower (Ed.), <em>The Psychology of Learning and Motivation<\/em> (Vol. 8, pp. 47-89). Academic Press. <a href=\"https:\/\/www.sciencedirect.com\/science\/article\/pii\/S0079742108604521\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0079-7421(08)60452-1<\/a><\/li>\n<li>Cowan, N. (2001). The magical number 4 in short-term memory: A reconsideration of mental storage capacity. <em>Behavioral and Brain Sciences<\/em>, 24(1), 87-114. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1017\/s0140525x01003922\">https:\/\/doi.org\/10.1017\/s0140525x01003922<\/a><\/li>\n<li>Kraus, N., &amp; Chandrasekaran, B. (2010). Music training for the development of auditory skills. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 11(8), 599-605. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2882\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2882<\/a><\/li>\n<li>N\u00e4\u00e4t\u00e4nen, R., Paavilainen, P., Rinne, T., &amp; Alho, K. (2007). The mismatch negativity (MMN) in basic research of central auditory processing: A review. <em>Clinical Neurophysiology<\/em>, 118(12), 2544-2590. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.clinph.2007.04.026\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.clinph.2007.04.026<\/a><\/li>\n<li>Neisser, U. (1967). <em>Cognitive Psychology<\/em>. 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