{"id":21246,"date":"2026-10-25T10:06:31","date_gmt":"2026-10-25T10:06:31","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=papillotement-auditif-limites-temporelles-ouie"},"modified":"2026-10-25T10:06:31","modified_gmt":"2026-10-25T10:06:31","slug":"papillotement-auditif-limites-temporelles-ouie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=papillotement-auditif-limites-temporelles-ouie","title":{"rendered":"Papillotement auditif : Les limites temporelles de l&rsquo;ou\u00efe"},"content":{"rendered":"<p>Le <strong>papillotement auditif<\/strong> repr\u00e9sente une manifestation fondamentale des limites de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9solution_temporelle\">r\u00e9solution temporelle<\/a> du syst\u00e8me neuro-acoustique humain. \u00c0 l&rsquo;instar du scintillement per\u00e7u lorsqu&rsquo;une source lumineuse s&rsquo;interrompt \u00e0 une cadence inf\u00e9rieure au seuil de fusion visuel, le papillotement auditif d\u00e9signe l&rsquo;exp\u00e9rience sensorielle d&rsquo;un signal acoustique discontinu per\u00e7u comme une succession de pulsations discr\u00e8tes plut\u00f4t que comme une entit\u00e9 sonore continue. Cette fronti\u00e8re perceptive \u00e9claire la fa\u00e7on dont les m\u00e9canismes p\u00e9riph\u00e9riques et les circuits corticaux analysent la structure temporelle des sons.<\/p>\n<h2>Papillotement auditif<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le papillotement auditif est la perception auditive de discontinuit\u00e9s ou d&rsquo;oscillations p\u00e9riodiques discr\u00e8tes dans un stimulus sonore dont l&rsquo;amplitude ou l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9mission alterne rapidement entre un niveau actif et une att\u00e9nuation ou une extinction totale. Il constitue l&rsquo;\u00e9quivalent auditif du scintillement visuel, se produisant lorsque la cadence de modulation d&rsquo;un son est suffisamment lente pour que le syst\u00e8me auditif distingue individuellement les fluctuations d&rsquo;\u00e9nergie de l&rsquo;enveloppe temporelle.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue psychoacoustique rigoureux, ce ph\u00e9nom\u00e8ne s&rsquo;observe lorsqu&rsquo;un bruit blanc, un son pur ou un complexe harmonique subit un hachage p\u00e9riodique. Tant que la fr\u00e9quence d&rsquo;interruption demeure sous le seuil critique de fusion du papillotement auditif, l&rsquo;auditeur rapporte distinctement la sensation d&rsquo;un battement ou d&rsquo;un mart\u00e8lement saccad\u00e9. Lorsque la cadence augmente au-del\u00e0 de ce seuil critique, les pulsations individuelles fusionnent en un percept global uniforme, souvent accompagn\u00e9 d&rsquo;une modification du timbre ou de l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une hauteur tonale subjective.<\/p>\n<p>L&rsquo;exploration de ce concept s&rsquo;av\u00e8re centrale en psychoacoustique et en neurosciences cognitives, dans la mesure o\u00f9 elle d\u00e9termine la constante de temps minimale avec laquelle l&rsquo;appareil auditif s\u00e9pare deux \u00e9v\u00e9nements acoustiques successifs. Contrairement au syst\u00e8me visuel dont la persistance r\u00e9tinienne limite la fusion \u00e0 quelques dizaines de hertz, l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Audition_humaine\">audition humaine<\/a> poss\u00e8de une acuit\u00e9 temporelle nettement sup\u00e9rieure, autorisant la r\u00e9solution de variations d&rsquo;amplitude extr\u00eamement br\u00e8ves indispensables \u00e0 l&rsquo;intelligibilit\u00e9 de la parole.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le vocable fran\u00e7ais \u00ab papillotement \u00bb d\u00e9rive du substantif \u00ab papillon \u00bb, lui-m\u00eame issu du latin populaire <em>papilio<\/em> d\u00e9signant l&rsquo;insecte l\u00e9pidopt\u00e8re dont le vol heurt\u00e9, saccad\u00e9 et intermittent \u00e9voque des battements d&rsquo;ailes pr\u00e9cipit\u00e9s. Historiquement appliqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ophtalmologie et \u00e0 l&rsquo;optique pour qualifier le clignotement involontaire des paupi\u00e8res ou l&rsquo;oscillation rapide de la clart\u00e9 d&rsquo;un faisceau lumineux, le terme a \u00e9t\u00e9 transpos\u00e9 par analogie transmodale aux sciences de l&rsquo;audition au cours du XXe si\u00e8cle pour d\u00e9crire les fluctuations perceptibles d&rsquo;un flux sonore.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab auditif \u00bb provient du bas-latin <em>auditivus<\/em>, forg\u00e9 sur le supin <em>auditum<\/em> du verbe classique <em>audire<\/em>, signifiant \u00ab \u00e9couter \u00bb, \u00ab percevoir par les oreilles \u00bb. Dans la litt\u00e9rature scientifique anglo-saxonne, ce ph\u00e9nom\u00e8ne est document\u00e9 sous les appellations synonymes d&rsquo;<em>auditory flicker<\/em>, d&rsquo;<em>auditory flutter<\/em> ou encore d&rsquo;<em>auditory flicker-fusion phenomenon<\/em>. Les pionniers de l&rsquo;acoustique exp\u00e9rimentale ont introduit ce syntagme pour formaliser le pendant auditif du <em>critical flicker fusion<\/em> (CFF) ophtalmique, soulignant la qu\u00eate d&rsquo;une th\u00e9orie unifi\u00e9e du traitement temporel sensoriel chez l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, \u00ab papillotement auditif \u00bb est une locution nominale masculine. La transcription phon\u00e9tique internationale du syntagme s&rsquo;\u00e9crit \/pa.pi.j\u0254t.m\u0251\u0303 o.di.tif\/. En fran\u00e7ais standard, la syllabe m\u00e9diane \u00ab te \u00bb subit fr\u00e9quemment une \u00e9lision dans le registre courant oral (\/pa.pi.j\u0254t.m\u0251\u0303\/), mais conserve une prononciation soutenue en contexte de diction acad\u00e9mique (\/pa.pi.j\u0254.t\u0259.m\u0251\u0303\/).<\/p>\n<p>Au pluriel, la locution prend la marque graphique r\u00e9guli\u00e8re aux deux termes : \u00ab des papillotements auditifs \u00bb (\/pa.pi.j\u0254t.m\u0251\u0303 o.di.tif\/). On rencontre parfois dans la litt\u00e9rature audiologique la variante \u00ab scintillement auditif \u00bb, bien que celle-ci soit plus fr\u00e9quemment r\u00e9serv\u00e9e aux ph\u00e9nom\u00e8nes visuels ou aux acouph\u00e8nes de tr\u00e8s haute fr\u00e9quence. Dans les publications francophones sp\u00e9cialis\u00e9es en acoustique physiologique, l&rsquo;expression \u00ab seuil de fusion du papillotement auditif \u00bb (SFPA) est l&rsquo;\u00e9quivalent direct de l&rsquo;anglais <em>auditory flutter fusion threshold<\/em> (AFFT).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender en profondeur la m\u00e9canique du papillotement auditif, il est indispensable de dissocier deux \u00e9l\u00e9ments structurants du signal acoustique : la structure fine temporelle (la fr\u00e9quence porteuse oscillant instantan\u00e9ment) et l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Modulation_d%27amplitude\">enveloppe temporelle<\/a> (la courbe d\u00e9crivant les variations lentes d&rsquo;amplitude globale au fil du temps). Le papillotement auditif s&rsquo;articule exclusivement autour du traitement sensoriel de l&rsquo;enveloppe temporelle. Lorsqu&rsquo;un signal est modul\u00e9 en amplitude \u00e0 100 % \u00e0 des taux compris entre 2 Hz et environ 40 Hz, chaque cycle d&rsquo;interruption laisse un intervalle de quasi-silence suffisamment long pour que l&rsquo;\u00e9nergie neuronale retombe vers son niveau de repos spontan\u00e9 avant la salve suivante.<\/p>\n<p>Sur le plan neurophysiologique, cette dynamique repose sur la synchronisation des potentiels d&rsquo;action g\u00e9n\u00e9r\u00e9s le long de la voie auditive ascendante. Lorsque les cellules cili\u00e9es de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cochl%C3%A9e\">cochl\u00e9e<\/a> transduisent l&rsquo;onde acoustique, les fibres du nerf auditif r\u00e9pondent par un calage de phase (<em>phase-locking<\/em>) calqu\u00e9 sur l&rsquo;enveloppe du modulateur. Dans le tronc c\u00e9r\u00e9bral, notamment au sein des noyaux cochl\u00e9aires et du colliculus inf\u00e9rieur, des neurones sp\u00e9cialis\u00e9s amplifient ce contraste temporel en tirant pr\u00e9f\u00e9rentiellement au d\u00e9but de chaque salve sonore. Cette transmission fid\u00e8le de l&rsquo;intermittence produit dans les aires corticales primaires le percept conscient d&rsquo;unit\u00e9s sonores discontinues et s\u00e9par\u00e9es.<\/p>\n<p>Cependant, \u00e0 mesure que la fr\u00e9quence d&rsquo;interruption cro\u00eet pour franchir le cap des 50 \u00e0 100 Hz, le syst\u00e8me auditif se heurte \u00e0 des contraintes biophysiques incontournables. Les r\u00e9cepteurs synaptiques subissent une d\u00e9sensibilisation partielle, les p\u00e9riodes r\u00e9fractaires des axones limitent la r\u00e9p\u00e9tition des salves, et les circuits neuronaux du cortex auditif primaire se r\u00e9v\u00e8lent incapables de synchroniser leurs d\u00e9charges au-del\u00e0 de cadences oscillant autour de 40 \u00e0 60 Hz. \u00c0 ce stade de saturation temporelle, les r\u00e9ponses aux salves successives se chevauchent dans l&rsquo;int\u00e9gration neuronale centrale.<\/p>\n<p>La transition perceptive s&rsquo;op\u00e8re selon un continuum distinct : d&rsquo;abord le papillotement pur (battements distincts, cadences de 2 \u00e0 20 Hz), puis la sensation de rugosit\u00e9 auditive (<em>roughness<\/em>, sensation r\u00e2peuse ou vibratoire, de 20 \u00e0 150-200 Hz environ), avant que le stimulus ne fusionne compl\u00e8tement en une sensation lisse continue. Lorsque la fr\u00e9quence d&rsquo;interruption exc\u00e8de la bande passante des filtres auditifs p\u00e9riph\u00e9riques, les composantes spectrales cr\u00e9\u00e9es par la modulation deviennent r\u00e9solubles en fr\u00e9quence, engendrant la perception d&rsquo;une hauteur tonale li\u00e9e \u00e0 la p\u00e9riodicit\u00e9. Le papillotement auditif marque donc la fronti\u00e8re inf\u00e9rieure o\u00f9 le traitement des \u00e9v\u00e9nements acoustiques individuels c\u00e8de la place \u00e0 un codage spectral et textural global.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;\u00e9tude du papillotement auditif est intimement li\u00e9e au d\u00e9veloppement des g\u00e9n\u00e9rateurs \u00e9lectroniques de signaux et aux recherches fondatrices sur la communication humaine au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. En 1949, Ernest Glen Wever publia son ouvrage s\u00e9minal <em>Theory of Hearing<\/em>, dans lequel il d\u00e9veloppa le principe de salve (<em>volley principle<\/em>) pour expliquer comment des ensembles de neurones auditifs coop\u00e8rent pour encoder des fr\u00e9quences sup\u00e9rieures \u00e0 la fr\u00e9quence maximale de d\u00e9charge d&rsquo;un axone individuel. Dans ce cadre, Wever s&rsquo;int\u00e9ressa directement \u00e0 l&rsquo;analogie entre le clignotement stroboscopique visuel et les stimuli acoustiques interrompus, th\u00e9orisant le seuil au-del\u00e0 duquel l&rsquo;audition unifie les salves disjointes.<\/p>\n<p>Une \u00e9tape d\u00e9cisive fut franchie en 1950 par George A. Miller et J. C. R. Licklider dans leur article classique sur l&rsquo;intelligibilit\u00e9 de la parole interrompue publi\u00e9 dans le <em>Journal of the Acoustical Society of America<\/em>. En coupant p\u00e9riodiquement le signal vocal au moyen d&rsquo;interrupteurs \u00e9lectroniques \u00e0 des fr\u00e9quences variables (de quelques fractions de hertz \u00e0 plusieurs milliers de hertz), Miller et Licklider d\u00e9montr\u00e8rent que m\u00eame si la parole para\u00eet saccad\u00e9e et discontinue \u00e0 basse fr\u00e9quence (papillotement marqu\u00e9), l&rsquo;intelligibilit\u00e9 remonte spectaculairement d\u00e8s lors que les interruptions deviennent tr\u00e8s rapides, le cerveau comblant les silences gr\u00e2ce \u00e0 la persistance et \u00e0 la fusion auditive.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1970 et 1980, le cadre conceptuel s&rsquo;est affin\u00e9 sous l&rsquo;impulsion de Neal F. Viemeister, qui a formalis\u00e9 la fonction de transfert de modulation temporelle (TMTF, <em>Temporal Modulation Transfer Function<\/em>). Les travaux de Viemeister (1979) ont permis de mod\u00e9liser le syst\u00e8me auditif comme un syst\u00e8me lin\u00e9aire de traitement du signal comportant un filtre passe-bas d&rsquo;enveloppe, transformant ainsi la mesure du simple seuil de papillotement en une caract\u00e9risation math\u00e9matique continue de la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;oreille aux modulations en fonction de leur fr\u00e9quence.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1990 et jusqu&rsquo;aux recherches contemporaines, l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie \u00e0 haute r\u00e9solution, de la magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG) et des implants cochl\u00e9aires a renouvel\u00e9 l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour le papillotement auditif. Les chercheurs ont d\u00e9couvert que les d\u00e9ficits de traitement de ces micro-interruptions acoustiques sous-tendent de multiples troubles du traitement auditif central, de la dyslexie d\u00e9veloppementale et de la perte d&rsquo;intelligibilit\u00e9 dans le bruit chez les personnes \u00e2g\u00e9es, \u00e9rigeant la r\u00e9solution temporelle en pilier de la s\u00e9miologie audiologique moderne.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Pour th\u00e9oriser le papillotement auditif, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoacoustique\">psychoacoustique<\/a> contemporaine s&rsquo;appuie principalement sur le <em>mod\u00e8le de la fen\u00eatre temporelle glissante<\/em> (<em>sliding temporal window model<\/em>), \u00e9labor\u00e9 et popularis\u00e9 par Brian C. J. Moore et Brian R. Glasberg. Selon cette approche, le syst\u00e8me auditif applique \u00e0 la sortie de chaque filtre cochl\u00e9aire un processus de redressement du signal suivi d&rsquo;une int\u00e9gration temporelle pond\u00e9r\u00e9e par une fen\u00eatre asym\u00e9trique d&rsquo;une dur\u00e9e effective d&rsquo;environ 5 \u00e0 10 millisecondes. Tout \u00e9v\u00e9nement acoustique ou toute interruption se d\u00e9roulant \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de cette fen\u00eatre est liss\u00e9 et amalgam\u00e9. Si l&rsquo;intervalle sans son entre deux impulsions d\u00e9passe la largeur de cette fen\u00eatre int\u00e9grative, l&rsquo;att\u00e9nuation d&rsquo;\u00e9nergie est transmise au syst\u00e8me nerveux central, d\u00e9clenchant la sensation de papillotement.<\/p>\n<p>Un mod\u00e8le th\u00e9orique alternatif mais compl\u00e9mentaire est le <em>mod\u00e8le des observations discr\u00e8tes<\/em> ou <em>looks model<\/em>, introduit par Neal Viemeister et Gregory Wakefield en 1991. Contrairement \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un filtre passe-bas \u00e0 fuite constante qui \u00e9craserait m\u00e9caniquement les informations rapides, ce mod\u00e8le postule que le processeur auditif extrait des \u00ab \u00e9chantillons \u00bb discrets de l&rsquo;environnement sonore \u00e0 des intervalles extr\u00eamement serr\u00e9s (de l&rsquo;ordre de 3 millisecondes) et les stocke temporairement dans une m\u00e9moire tampon. Le papillotement auditif refl\u00e9terait alors la comparaison active entre ces \u00e9chantillons cons\u00e9cutifs : tant que les diff\u00e9rences de niveau entre \u00e9chantillons successifs exc\u00e8dent un seuil critique d&rsquo;entropie ou de rapport signal\/bruit, le syst\u00e8me inf\u00e8re l&rsquo;existence de deux \u00e9v\u00e9nements distincts.<\/p>\n<p>Sur le plan organisationnel c\u00e9r\u00e9bral, la th\u00e9orie du double traitement temporel (<em>asymmetric sampling in time<\/em>), formul\u00e9e notamment par David Poeppel, \u00e9claire la mani\u00e8re dont le cortex g\u00e8re ces signaux. Cette th\u00e9orie sugg\u00e8re que l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral gauche analyse pr\u00e9f\u00e9rentiellement les segments acoustiques tr\u00e8s brefs (fen\u00eatre temporelle \u00e9troite de 20 \u00e0 40 ms, id\u00e9ale pour le suivi des modulations rapides du papillotement et des transitions consonantiques), tandis que l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit int\u00e8gre l&rsquo;information sur des segments plus longs (150 \u00e0 250 ms, correspondant aux contours syllabiques et m\u00e9lodiques). Le papillotement auditif engage donc prioritairement les r\u00e9seaux neuronaux gauches d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la micro-segmentation temporelle.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse du papillotement auditif n\u00e9cessite de diss\u00e9quer le stimulus acoustique et la r\u00e9ponse perceptive selon des variables param\u00e9triques fondamentales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fr\u00e9quence de modulation de l&rsquo;interruption :<\/strong> Exprim\u00e9e en hertz (Hz), elle indique le nombre de cycles d&rsquo;apparition et de disparition du son par seconde. C&rsquo;est le d\u00e9terminant premier de la transition entre battement individuel, rugosit\u00e9 et fusion continue.<\/li>\n<li><strong>Profondeur de modulation (indice de modulation) :<\/strong> Mesur\u00e9e en pourcentage ou en d\u00e9cibels (dB), elle traduit l&rsquo;amplitude du contraste entre le niveau acoustique maximal et le creux de l&rsquo;interruption. Une profondeur de 100 % correspond \u00e0 des silences complets entre les salves, condition optimale pour d\u00e9clencher un papillotement auditif net.<\/li>\n<li><strong>Rapport cyclique (cycle op\u00e9ratoire) :<\/strong> D\u00e9fini par le ratio entre la dur\u00e9e active du son et la p\u00e9riode totale du cycle (temps \u00ab on \u00bb \/ [temps \u00ab on \u00bb + temps \u00ab off \u00bb]). Un rapport \u00e9quilibr\u00e9 (50\/50) favorise la d\u00e9tection du papillotement \u00e0 des fr\u00e9quences plus \u00e9lev\u00e9es qu&rsquo;un rapport asym\u00e9trique o\u00f9 l&rsquo;interruption devient une simple micro-coupure r\u00e9siduelle.<\/li>\n<li><strong>Nature spectrale de la porteuse :<\/strong> Le stimulus sous-jacent peut \u00eatre un bruit \u00e0 large bande, un bruit \u00e0 bande \u00e9troite ou un son pur. Les bruits \u00e0 large bande \u00e9liminent les indices parasites de dispersion spectrale et sollicitent l&rsquo;ensemble de la membrane basilaire, offrant une mesure plus pure de la r\u00e9solution temporelle globale de l&rsquo;oreille.<\/li>\n<li><strong>Niveau d&rsquo;intensit\u00e9 globale :<\/strong> Exprim\u00e9 en dB SPL (<em>Sound Pressure Level<\/em>). \u00c0 des intensit\u00e9s trop faibles (proches du seuil d&rsquo;audibilit\u00e9 absolu), la r\u00e9solution temporelle se d\u00e9grade en raison du bruit de fond neuronal ; \u00e0 des niveaux confortables (60-75 dB SPL), le seuil de fusion du papillotement atteint son niveau maximal de performance.<\/li>\n<li><strong>Seuil critique de fusion du papillotement auditif (AFNT \/ AFFT) :<\/strong> La valeur seuil limite \u00e0 laquelle un auditeur cesse de rapporter une intermittence et per\u00e7oit un son invariant. Ce seuil constitue l&rsquo;\u00e9quivalent auditif de la fr\u00e9quence critique de fusion visuelle (CFF).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples concrets et \u00e9tudes de cas<\/h3>\n<p>Pour illustrer ce ph\u00e9nom\u00e8ne en situation concr\u00e8te, consid\u00e9rons l&rsquo;exp\u00e9rience classique d&rsquo;un sujet plac\u00e9 dans une chambre insonoris\u00e9e \u00e9coutant un bruit blanc interrompu par une porte logique \u00e9lectronique. Lorsque le taux d&rsquo;interruption est fix\u00e9 \u00e0 4 Hz (quatre salves sonores de 125 ms s\u00e9par\u00e9es par quatre intervalles de silence de 125 ms par seconde), le sujet per\u00e7oit distinctement une s\u00e9rie de paquets d&rsquo;\u00e9nergie isol\u00e9s, comme un m\u00e9tronome sonore ou des d\u00e9charges percussives espac\u00e9es. Si le manipulateur augmente progressivement cette cadence \u00e0 15 Hz, le sujet ressent un hachage tr\u00e8s net, fr\u00e9quemment qualifi\u00e9 de \u00ab mart\u00e8lement \u00bb ou de \u00ab battement d&rsquo;ailes \u00bb, embl\u00e9matique de la phase d&rsquo;apog\u00e9e du papillotement auditif.<\/p>\n<p>En poussant la fr\u00e9quence \u00e0 50 Hz, la nature de la perception change radicalement : les pauses silencieuses deviennent trop courtes pour \u00eatre analys\u00e9es s\u00e9par\u00e9ment par le syst\u00e8me nerveux, et le papillotement c\u00e8de la place \u00e0 une impression acoustique de bourdonnement rauque ou de texture granuleuse (rugosit\u00e9). Enfin, lorsque la modulation d\u00e9passe 150 \u00e0 200 Hz, le son acquiert une fluidit\u00e9 totale ; le silence n&rsquo;est plus discernable et l&rsquo;auditeur entend un son continu assorti d&rsquo;une tonalit\u00e9 de bourdonnement basse fr\u00e9quence g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la p\u00e9riodicit\u00e9 du signal.<\/p>\n<p>Un cas clinique repr\u00e9sentatif permet d&rsquo;en appr\u00e9cier l&rsquo;enjeu fonctionnel. Un patient de 42 ans se pr\u00e9sente en consultation pour des difficult\u00e9s s\u00e9v\u00e8res de compr\u00e9hension de la parole en milieu bruyant (effet cocktail party), en d\u00e9pit d&rsquo;un audiogramme tonal conventionnel strictement normal (seuils d&rsquo;audibilit\u00e9 parfaits entre 125 Hz et 8000 Hz). L&rsquo;\u00e9valuation audiologique sp\u00e9cialis\u00e9e du papillotement auditif r\u00e9v\u00e8le que son seuil critique de fusion s&rsquo;effondre \u00e0 22 Hz, alors que les normes d&rsquo;un groupe t\u00e9moin de m\u00eame \u00e2ge se situent autour de 55-65 Hz pour un bruit blanc modul\u00e9 \u00e0 50 %. Les tests d&rsquo;imagerie et les potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs confirment une d\u00e9synchronisation axonale du nerf cochl\u00e9aire compatible avec une neuropathie auditive subclinique : incapable de r\u00e9soudre le papillotement, le cerveau du patient est incapable de s\u00e9parer les formants rapides de la parole lorsque des bruits parasites comblent les micro-intervalles.<\/p>\n<p>Un autre exemple s&rsquo;observe dans la vie quotidienne lors de l&rsquo;\u00e9coute du passage r\u00e9gulier des pales d&rsquo;un h\u00e9licopt\u00e8re ou d&rsquo;un ventilateur industriel tournant \u00e0 r\u00e9gime variable. Lorsque les pales tournent lentement, l&rsquo;oreille d\u00e9compose sans effort chaque d\u00e9flagration de pression d&rsquo;air sous la forme d&rsquo;un claquement unitaire discret (papillotement). D\u00e8s que la vitesse de rotation franchit la fr\u00e9quence critique de r\u00e9solution temporelle, l&rsquo;ensemble converge vers une tonalit\u00e9 vrombissante uniforme.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et protocoles exp\u00e9rimentaux<\/h3>\n<p>La quantification du papillotement auditif repose sur des protocoles psychophysiques rigoureux issus de la th\u00e9orie de la d\u00e9tection du signal. Le paradigme le plus r\u00e9pandu en psychoacoustique est la m\u00e9thode de choix forc\u00e9 \u00e0 deux alternatives (2AFC, <em>two-alternative forced-choice<\/em>). Dans cette configuration, l&rsquo;auditeur \u00e9coute deux intervalles sonores successifs s\u00e9par\u00e9s par une courte pause : l&rsquo;un contient un stimulus continu non modul\u00e9, tandis que l&rsquo;autre pr\u00e9sente un stimulus d&rsquo;intensit\u00e9 globale \u00e9quivalente mais interrompu ou modul\u00e9 en amplitude. Le sujet doit d\u00e9signer l&rsquo;intervalle h\u00e9bergeant la modulation ou le papillotement.<\/p>\n<p>Une proc\u00e9dure adaptative en escalier (typiquement selon l&rsquo;algorithme <em>up-down<\/em> de Levitt) est mise en \u0153uvre pour ajuster soit la profondeur de modulation n\u00e9cessaire pour d\u00e9tecter l&rsquo;oscillation \u00e0 une fr\u00e9quence fixe, soit la fr\u00e9quence maximale d&rsquo;interruption d\u00e9tectable pour une modulation de 100 %. Ces mesures permettent de tracer la fonction de transfert de modulation temporelle (TMTF). La courbe de la TMTF pr\u00e9sente l&rsquo;allure d&rsquo;un filtre passe-bas : la sensibilit\u00e9 est maximale et constante pour des fr\u00e9quences de papillotement inf\u00e9rieures \u00e0 environ 50 Hz, puis d\u00e9cline avec une pente d&rsquo;environ 3 \u00e0 6 dB par octave au-del\u00e0, illustrant la limitation m\u00e9canique et neurale de la transmission temporelle.<\/p>\n<p>Sur le versant des explorations fonctionnelles objectives, le papillotement auditif s&rsquo;\u00e9value via l&rsquo;enregistrement des r\u00e9ponses auditives en r\u00e9gime permanent (ASSR, <em>Auditory Steady-State Responses<\/em>). En diffusant des stimuli modul\u00e9s \u00e0 diverses fr\u00e9quences et en mesurant par \u00e9lectrodes de surface la coh\u00e9rence de phase de l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalogramme, les cliniciens observent si le tronc c\u00e9r\u00e9bral et le cortex parviennent \u00e0 s&rsquo;entra\u00eener en fr\u00e9quence (<em>neural entrainment<\/em>) sur le rythme du papillotement. L&rsquo;att\u00e9nuation pr\u00e9matur\u00e9e de l&rsquo;amplitude de l&rsquo;ASSR \u00e0 des fr\u00e9quences de 20 \u00e0 40 Hz constitue un biomarqueur objectif majeur d&rsquo;une alt\u00e9ration de la r\u00e9solution temporelle centrale.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation du papillotement auditif et des seuils de fusion aff\u00e9rents s&rsquo;av\u00e8re indispensable dans de multiples domaines appliqu\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Diagnostic des troubles du traitement auditif central (TTAC \/ DPAC) :<\/strong> Chez l&rsquo;enfant pr\u00e9sentant des difficult\u00e9s d&rsquo;apprentissage du langage \u00e9crit ou oral, l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 discriminer les papillotements rapides est un signe d&rsquo;alerte diagnostique d&rsquo;un d\u00e9ficit de segmentation phon\u00e9mique.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9glage et programmation des implants cochl\u00e9aires :<\/strong> L&rsquo;implant cochl\u00e9aire stimule directement le nerf auditif au moyen de trains d&rsquo;impulsions \u00e9lectriques. La d\u00e9termination de la cadence maximale \u00e0 laquelle le patient per\u00e7oit encore un papillotement distinct dicte la s\u00e9lection des strat\u00e9gies de codage vocal (comme les strat\u00e9gies CIS, <em>Continuous Interleaved Sampling<\/em>) afin d&rsquo;\u00e9viter la saturation du nerf par des fr\u00e9quences de rafra\u00eechissement inop\u00e9rantes.<\/li>\n<li><strong>Suivi du vieillissement neuro-auditif (presbyacousie centrale) :<\/strong> La d\u00e9gradation de la r\u00e9solution temporelle pr\u00e9c\u00e8de fr\u00e9quemment l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des seuils audiom\u00e9triques chez les personnes \u00e2g\u00e9es. Mesurer le d\u00e9clin de la sensibilit\u00e9 au papillotement permet d&rsquo;adapter plus pr\u00e9cocement les algorithmes de compression temporelle des proth\u00e8ses auditives conventionnelles.<\/li>\n<li><strong>Ing\u00e9nierie des codecs audio et compression de donn\u00e9es :<\/strong> La connaissance exacte des seuils de fusion auditive permet aux algorithmes de compression num\u00e9rique (tels que l&rsquo;AAC ou le MP3) de tronquer ou de lisser les micro-fluctuations d&rsquo;amplitude inaudibles pour l&rsquo;oreille humaine sans alt\u00e9rer la qualit\u00e9 subjective du son restitu\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Ergonomie des alertes acoustiques et interfaces cerveau-ordinateur :<\/strong> L&rsquo;utilisation de tonalit\u00e9s oscillant \u00e0 la fr\u00e9quence optimale de perception du papillotement (10 \u00e0 30 Hz) maximise la saillance attentionnelle d&rsquo;un signal d&rsquo;alarme dans des cockpits d&rsquo;a\u00e9ronefs ou des salles de r\u00e9animation sans n\u00e9cessiter une \u00e9l\u00e9vation dangereuse de la pression acoustique globale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherches empiriques et donn\u00e9es contemporaines<\/h3>\n<p>Depuis le d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, l&rsquo;imagerie fonctionnelle a permis de localiser pr\u00e9cis\u00e9ment les relais c\u00e9r\u00e9braux sous-tendant le traitement du papillotement auditif. Des \u00e9tudes en IRM fonctionnelle combin\u00e9es \u00e0 la magn\u00e9toenc\u00e9phalographie, conduites notamment par Anne-Lise Giraud et ses collaborateurs, ont d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;existence d&rsquo;une hi\u00e9rarchie neuro-anatomique stricte dans le traitement des modulations temporelles. Tandis que le tronc c\u00e9r\u00e9bral et le colliculus inf\u00e9rieur parviennent \u00e0 verrouiller leur phase sur des interruptions sonores exc\u00e9dant 150 \u00e0 200 Hz, le complexe du cortex auditif primaire (aire de Heschl) ne r\u00e9sonne que pour des cadences ne d\u00e9passant gu\u00e8re 40 \u00e0 50 Hz. Le cortex associatif temporal sup\u00e9rieur, quant \u00e0 lui, op\u00e8re une synth\u00e8se globale et ne synchronise ses r\u00e9ponses que sur des rythmes lents (inf\u00e9rieurs \u00e0 10 Hz), corroborant l&rsquo;id\u00e9e que le seuil de fusion du papillotement auditif est une limitation intrins\u00e8quement corticale plut\u00f4t que cochl\u00e9aire.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les recherches de Kathy Pichora-Fuller et Karen Gordon-Salant sur la s\u00e9nescence auditive ont document\u00e9 que le vieillissement c\u00e9r\u00e9bral r\u00e9duit significativement la profondeur de modulation d\u00e9tectable \u00e0 des cadences de 10 \u00e0 40 Hz, ind\u00e9pendamment de toute perte tonale p\u00e9riph\u00e9rique. Cette perte de contraste temporel explique pourquoi de nombreux a\u00een\u00e9s peinent \u00e0 segmenter les consonnes occlusives courtes (comme \/p\/, \/t\/, \/k\/) lorsque le d\u00e9bit d&rsquo;\u00e9locution s&rsquo;acc\u00e9l\u00e8re, soulignant le r\u00f4le fondamental du codage de l&rsquo;intermittence dans la communication verbale.<\/p>\n<p>En neurosciences fondamentales, les travaux de David Poeppel et Virginie van Wassenhove ont \u00e9galement mis en exergue le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;entra\u00eenement oscillatoire des ondes c\u00e9r\u00e9brales corticales (particuli\u00e8rement dans les bandes th\u00eata [4-8 Hz] et gamma [30-50 Hz]) en r\u00e9ponse \u00e0 un stimulus en papillotement auditif. Ces oscillations c\u00e9r\u00e9brales endog\u00e8nes s&rsquo;ajustent structurellement \u00e0 la cadence du papillotement sonore, agissant comme des horloges de d\u00e9codage indispensables \u00e0 la d\u00e9limitation temporelle des syllabes et des mots.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et interindividuelles<\/h3>\n<p>Bien que les constantes biophysiques de l&rsquo;oreille interne pr\u00e9sentent une remarquable universalit\u00e9 biologique au sein de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, la sensibilit\u00e9 fine au papillotement auditif est sujette \u00e0 d&rsquo;importantes variations interindividuelles et \u00e0 une modulation par l&rsquo;expertise cognitive.<\/p>\n<p>Une plasticit\u00e9 neuronale remarquable est fr\u00e9quemment observ\u00e9e chez les musiciens professionnels, particuli\u00e8rement les percussionnistes et les instrumentistes \u00e0 cordes. Des \u00e9tudes comparatives ont mis en \u00e9vidence que les musiciens entra\u00een\u00e9s poss\u00e8dent des seuils critiques de fusion du papillotement auditif significativement plus \u00e9lev\u00e9s que les non-musiciens. Leur syst\u00e8me nerveux d\u00e9montre une capacit\u00e9 sup\u00e9rieure \u00e0 extraire des intervalles de silence extr\u00eamement \u00e9troits au sein de bruits modul\u00e9s, ce qui traduit un raffinement de la synchronie neurale sous-corticale et corticale cons\u00e9cutif \u00e0 des ann\u00e9es de pratique de la micro-m\u00e9trique temporelle musicale.<\/p>\n<p>Des travaux pr\u00e9liminaires en psychoacoustique transculturelle sugg\u00e8rent \u00e9galement des nuances subtiles de pond\u00e9ration perceptive chez les locuteurs de langues tonales (comme le mandarin ou le vietnamien) ou de langues \u00e0 contrastes de dur\u00e9e phonologique marqu\u00e9s (comme le finnois ou le japonais). Les locuteurs de ces idiomes d\u00e9veloppent une attention s\u00e9lective accrue envers les micro-variations d&rsquo;enveloppe temporelle et de hauteur tonale, affichant des performances l\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieures dans les \u00e9preuves de discrimination de papillotement auditif \u00e0 haute cadence comparativement aux locuteurs de langues \u00e0 accent d&rsquo;intensit\u00e9 moins tributaires de micro-segments temporels fixes.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;assimilation du papillotement auditif \u00e0 son pendant visuel fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats th\u00e9oriques depuis plusieurs d\u00e9cennies. Plusieurs auteurs en psychoacoustique ont soulign\u00e9 les limites de cette analogie transmodale. En premier lieu, les \u00e9chelles temporelles sont sans commune mesure : alors que la vision fusionne irr\u00e9m\u00e9diablement toute oscillation lumineuse au-del\u00e0 de 30 \u00e0 60 Hz pour g\u00e9n\u00e9rer une image continue statique, l&rsquo;oreille humaine conserve une sensibilit\u00e9 aux transitoires et aux d\u00e9phasages temporels jusqu&rsquo;\u00e0 plusieurs milliers de hertz gr\u00e2ce \u00e0 la microm\u00e9canique cochl\u00e9aire. Ainsi, qualifier le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab papillotement \u00bb risque d&rsquo;induire en erreur en sugg\u00e9rant un m\u00e9canisme r\u00e9cepteur calqu\u00e9 sur la r\u00e9tine, alors que l&rsquo;audition constitue avant tout un sens analytique du temps.<\/p>\n<p>Une autre controverse m\u00e9thodologique majeure concerne le probl\u00e8me des artefacts spectraux ou \u00ab \u00e9claboussures spectrales \u00bb (<em>spectral splatter<\/em>). Lorsqu&rsquo;un stimulus sonore, tel qu&rsquo;un son pur, est interrompu brutalement selon une onde carr\u00e9e (allumage et extinction instantan\u00e9s), cette transition rapide g\u00e9n\u00e8re math\u00e9matiquement de nouvelles composantes fr\u00e9quentielles (bandes lat\u00e9rales) dans le spectre. Par cons\u00e9quent, lors des exp\u00e9riences historiques, certains sujets ne d\u00e9tectaient pas le papillotement par le biais de la r\u00e9solution temporelle de l&rsquo;enveloppe, mais identifiaient simplement l&rsquo;apparition de ces fr\u00e9quences parasites via leurs filtres cochl\u00e9aires p\u00e9riph\u00e9riques (\u00e9coute hors-fr\u00e9quence). Pour neutraliser ce biais, les protocoles modernes sont contraints d&rsquo;utiliser des modulations sinuso\u00efdales pures ou d&rsquo;adoucir les temps de mont\u00e9e et de descente (fen\u00eatrage de Hanning ou de Gauss), ce qui modifie la dynamique du stimulus et complique la comparaison directe entre les \u00e9tudes anciennes et contemporaines.<\/p>\n<p>Enfin, la d\u00e9limitation fronti\u00e8re entre papillotement auditif (<em>flutter<\/em>) et rugosit\u00e9 auditive (<em>roughness<\/em>) demeure floue dans la litt\u00e9rature. Si la majorit\u00e9 des auteurs s&rsquo;accordent \u00e0 situer la rupture autour de 20 Hz, cette transition varie grandement selon la fr\u00e9quence centrale du signal porteur et l&rsquo;intensit\u00e9 d&rsquo;\u00e9coute, amenant certains chercheurs \u00e0 contester l&rsquo;existence du papillotement auditif en tant qu&rsquo;entit\u00e9 psychoacoustique autonome distincte de la perception de rugosit\u00e9.<\/p>\n<h3>14. Termes apparent\u00e9s et distinctions notionnelles<\/h3>\n<p>Afin de pr\u00e9venir toute confusion au sein du champ de la psychoacoustique et de l&rsquo;audiologie, il convient de diff\u00e9rencier rigoureusement le papillotement auditif d&rsquo;autres concepts connexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Seuil de fusion visuelle (CFF &#8211; <em>Critical Flicker Frequency<\/em>) :<\/strong> La fr\u00e9quence limite \u00e0 laquelle une succession d&rsquo;impulsions lumineuses est per\u00e7ue comme un faisceau lumineux continu et stable. Bien qu&rsquo;il serve d&rsquo;arch\u00e9type comparatif, ses fondements reposent sur la vitesse de d\u00e9gradation des photopigments r\u00e9tiniens, tandis que le papillotement auditif est gouvern\u00e9 par des int\u00e9grations neuronales cortico-sous-corticales.<\/li>\n<li><strong>Rugosit\u00e9 auditive (<em>Auditory Roughness<\/em>) :<\/strong> Sensation de vibration r\u00e2peuse et \u00e2pre suscit\u00e9e par des modulations d&rsquo;amplitude ou des battements spectraux \u00e0 des cadences interm\u00e9diaires (typiquement entre 20 et 150-200 Hz). La rugosit\u00e9 commence pr\u00e9cis\u00e9ment l\u00e0 o\u00f9 s&rsquo;estompe le papillotement unitaire et pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une tonalit\u00e9 de p\u00e9riodicit\u00e9 lisse.<\/li>\n<li><strong>Battements acoustiques (<em>Acoustic Beats<\/em>) :<\/strong> Fluctuations d&rsquo;amplitude r\u00e9sultant de l&rsquo;interf\u00e9rence physique de deux ondes sonores de fr\u00e9quences l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rentes pr\u00e9sent\u00e9es simultan\u00e9ment. Bien que le r\u00e9sultat acoustique ressemble \u00e0 un son modul\u00e9 en amplitude provoquant un papillotement, le battement d\u00e9coule d&rsquo;un ph\u00e9nom\u00e8ne ondulatoire physique extrins\u00e8que, tandis que le papillotement d\u00e9crit l&rsquo;exp\u00e9rience sensorielle de la discontinuit\u00e9 d&rsquo;enveloppe.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9tection d&rsquo;intervalle silencieux (<em>Gap Detection<\/em>) :<\/strong> \u00c9preuve mesurant la dur\u00e9e minimale d&rsquo;un unique silence intercal\u00e9 au milieu d&rsquo;un stimulus continu qu&rsquo;un individu peut d\u00e9tecter (seuil typiquement compris entre 2 et 5 millisecondes). La d\u00e9tection d&rsquo;intervalle analyse une interruption isol\u00e9e, alors que le papillotement auditif mesure la capacit\u00e9 \u00e0 suivre un r\u00e9gime p\u00e9riodique r\u00e9current d&rsquo;interruptions multiples.<\/li>\n<li><strong>Scintillement auditif (variante terminologique) :<\/strong> Terme parfois employ\u00e9 comme strict synonyme de papillotement auditif, mais plus souvent usit\u00e9 dans la litt\u00e9rature francophone clinique pour traduire les acouph\u00e8nes pulsatiles ou les sensations auditives \u00e9ph\u00e9m\u00e8res de cr\u00e9pitement associ\u00e9es \u00e0 des myoclonies stap\u00e9diennes.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le papillotement auditif constitue un concept cardinal pour la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes r\u00e9gissant l&rsquo;audition humaine :<\/p>\n<ul>\n<li>Il correspond \u00e0 la perception explicite d&rsquo;intermittences distinctes dans un signal sonore dont l&rsquo;amplitude est modul\u00e9e ou hach\u00e9e \u00e0 basse cadence.<\/li>\n<li>La cadence d&rsquo;interruption gouverne un continuum perceptif pr\u00e9visible : papillotement pur sous 20 Hz, rugosit\u00e9 vibratoire entre 20 et 150 Hz, puis fusion auditive compl\u00e8te et perception de hauteur au-del\u00e0.<\/li>\n<li>Le seuil critique de fusion du papillotement auditif refl\u00e8te la bande passante temporelle du cortex auditif primaire et des circuits d&rsquo;int\u00e9gration centrale, dont la fen\u00eatre glissante d&rsquo;int\u00e9gration avoisine 5 \u00e0 10 millisecondes.<\/li>\n<li>Sa mesure exp\u00e9rimentale, formalis\u00e9e par la fonction de transfert de modulation temporelle (TMTF), est essentielle pour diagnostiquer les d\u00e9ficits de traitement auditif central, optimiser les implants cochl\u00e9aires et comprendre la presbyacousie.<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00e9tude contemporaine du papillotement d\u00e9montre que l&rsquo;acuit\u00e9 temporelle auditive d\u00e9passe de loin la r\u00e9solution visuelle, conf\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;oreille son r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant d&rsquo;analyseur ultra-rapide de l&rsquo;environnement physique et linguistique.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Giraud, A. L., Kleinschmidt, A., Poeppel, D., Lund, T. E., Frackowiak, R. S., &amp; Friston, K. J. (2007). Endogenous cortical rhythms determine the temporal sampling rate for speech. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 104(32), 13160\u201313165. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.0704973104\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.0704973104<\/a><\/li>\n<li>Miller, G. A., &amp; Licklider, J. C. R. (1950). The intelligibility of interrupted speech. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 22(2), 167\u2013173. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1906584\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1906584<\/a><\/li>\n<li>Moore, B. C. J., &amp; Glasberg, B. R. (1983). Suggested formulae for calculating auditory-filter bandwidths and excitation patterns. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 74(3), 750\u2013753. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.389861\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.389861<\/a><\/li>\n<li>Poeppel, D. (2003). The analysis of speech in different temporal integration windows: Cerebral lateralization as &lsquo;asymmetric sampling in time&rsquo;. <em>Speech Communication<\/em>, 41(1), 245\u2013255. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0167-6393(02)00107-3\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0167-6393(02)00107-3<\/a><\/li>\n<li>Viemeister, N. F. (1979). Temporal modulation transfer functions based upon modulation thresholds. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 66(5), 1364\u20131380. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.383531\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.383531<\/a><\/li>\n<li>Viemeister, N. F., &amp; Wakefield, G. H. (1991). Temporal integration and multiple looks. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 90(2), 858\u2013865. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.401953\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.401953<\/a><\/li>\n<li>Wever, E. G. (1949). <em>Theory of hearing<\/em>. John Wiley &amp; Sons.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le papillotement auditif d\u00e9crit la perception d&rsquo;interruptions ou de pulsations discr\u00e8tes au sein d&rsquo;un signal acoustique modul\u00e9 en amplitude \u00e0 basse fr\u00e9quence. 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