{"id":21240,"date":"2026-10-25T09:51:29","date_gmt":"2026-10-25T09:51:29","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=indices-distance-auditive"},"modified":"2026-10-25T09:51:29","modified_gmt":"2026-10-25T09:51:29","slug":"indices-distance-auditive","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=indices-distance-auditive","title":{"rendered":"Distance auditive : percevoir l&rsquo;\u00e9loignement sonore"},"content":{"rendered":"<p>La capacit&eacute; du syst&egrave;me perceptif &agrave; &eacute;valuer la proximit&eacute; spatiale d&rsquo;une source sonore constitue l&rsquo;un des piliers fondamentaux de notre navigation environnementale et de notre survie &eacute;volutive. Alors que la localisation angulaire (azimut et &eacute;l&eacute;vation) repose principalement sur des &eacute;carts temporels et d&rsquo;intensit&eacute; interauraux rigoureusement document&eacute;s, l&rsquo;&eacute;valuation de l&rsquo;&eacute;loignement mobilise un ensemble complexe d&rsquo;informations sensorielles appel&eacute;es indices de distance auditive. Ces indices acoustiques et contextuels permettent au cerveau de construire une repr&eacute;sentation tridimensionnelle dynamique du monde sonore sans n&eacute;cessiter l&rsquo;appui imm&eacute;diat de la vision.<\/p>\n<h2>Indices de distance auditive<\/h2>\n<h3>1. D&eacute;finition concise<\/h3>\n<p>Un <strong>indice de distance auditive<\/strong> est une propri&eacute;t&eacute; acoustique, physiologique ou contextuelle exploit&eacute;e par le syst&egrave;me nerveux central pour inf&eacute;rer l&rsquo;&eacute;loignement physique s&eacute;parant l&rsquo;auditeur de la source d&rsquo;&eacute;mission sonore. Contrairement aux indices de localisation directionnelle qui indiquent la provenance angulaire d&rsquo;un son, les indices de distance informent sp&eacute;cifiquement sur la profondeur de l&rsquo;espace p&eacute;ri-personnel et extra-personnel.<\/p>\n<p>Dans le champ de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoacoustique\">psychoacoustique<\/a> et de la psychologie cognitive de la perception, cette notion d&eacute;signe un ensemble h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne de param&egrave;tres physiques modifi&eacute;s au cours de la propagation de l&rsquo;onde sonore dans l&rsquo;environnement. Parmi ces param&egrave;tres figurent l&rsquo;att&eacute;nuation de l&rsquo;intensit&eacute; globale, les modifications du spectre fr&eacute;quentiel dues &agrave; l&rsquo;absorption de l&rsquo;air, le rapport entre l&rsquo;&eacute;nergie sonore directe et l&rsquo;&eacute;nergie r&eacute;verb&eacute;r&eacute;e, ainsi que les distorsions dynamiques li&eacute;es au mouvement relatif de la source ou de l&rsquo;observateur.<\/p>\n<p>Ces indices n&rsquo;op&egrave;rent pas de mani&egrave;re isol&eacute;e mais interagissent au sein d&rsquo;une synth&egrave;se multisensorielle et computationnelle complexe. L&rsquo;estimation de la distance r&eacute;sulte ainsi d&rsquo;une confrontation constante entre les indices acoustiques incidents, les connaissances m&eacute;morielles pr&eacute;alables concernant la nature de la source &eacute;mettrice et les caract&eacute;ristiques volum&eacute;triques de l&rsquo;espace environnant.<\/p>\n<h3>2. &Eacute;tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression &laquo; indice de distance auditive &raquo; tire ses racines du latin classique et des d&eacute;veloppements de la physiologie sensorielle du d&eacute;but du XXe si&egrave;cle. Le mot &laquo; indice &raquo; provient du latin <em>index<\/em>, signifiant &laquo; indicateur &raquo;, &laquo; t&eacute;moin &raquo; ou &laquo; signe r&eacute;v&eacute;lateur &raquo;, issu du verbe <em>indicare<\/em> (&laquo; faire conna&icirc;tre &raquo;, &laquo; r&eacute;v&eacute;ler &raquo;). Dans le vocabulaire &eacute;pist&eacute;mologique et psychologique, l&rsquo;indice d&eacute;signe une trace mat&eacute;rielle ou sensorielle &agrave; partir de laquelle l&rsquo;esprit inf&egrave;re un &eacute;tat de fait non directement accessible.<\/p>\n<p>Le terme &laquo; distance &raquo; d&eacute;rive du latin <em>distantia<\/em>, signifiant &laquo; &eacute;loignement &raquo; ou &laquo; intervalle &raquo;, compos&eacute; du pr&eacute;fixe <em>dis-<\/em> (marquant la s&eacute;paration) et du participe <em>stans<\/em> (du verbe <em>stare<\/em>, se tenir debout). Le qualificatif &laquo; auditive &raquo; remonte au latin <em>auditus<\/em>, d&eacute;riv&eacute; de <em>audire<\/em> (&laquo; entendre &raquo;). Dans la litt&eacute;rature scientifique anglophone, le concept &eacute;quivalent est d&eacute;sign&eacute; par l&rsquo;expression <em>auditory distance cue<\/em>, formul&eacute;e de fa&ccedil;on canonique dans les travaux pionniers de psychologie exp&eacute;rimentale am&eacute;ricaine et britannique sur la perception auditive spatiale au milieu du XXe si&egrave;cle.<\/p>\n<p>L&rsquo;int&eacute;gration de cette terminologie dans la litt&eacute;rature francophone s&rsquo;est op&eacute;r&eacute;e sous l&rsquo;influence des traductions des traits de psychophysique sensorielle, &eacute;pousant le vocabulaire g&eacute;n&eacute;ral des &laquo; indices &raquo; (<em>cues<\/em>) d&eacute;j&agrave; largement stabilis&eacute; pour la perception visuelle de la profondeur par Helmholtz et ses successeurs.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran&ccedil;ais standard, la locution se prononce phon&eacute;tiquement \/\u025b\u0303.dis d\u0259 dis.t\u0251\u0303s o.di.tiv\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier (au pluriel : <em>indices de distance auditive<\/em> \/\u025b\u0303.dis d\u0259 dis.t\u0251\u0303s o.di.tiv\/). Sur le plan syntaxique, le terme noyau &laquo; indice &raquo; gouverne deux compl&eacute;ments de nom successifs dont l&rsquo;un est modifi&eacute; par une &eacute;pith&egrave;te (&laquo; de distance &raquo; qualifi&eacute;e par &laquo; auditive &raquo;).<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;usage sp&eacute;cialis&eacute; des sciences cognitives, on rencontre r&eacute;guli&egrave;rement des variantes synonymiques ou semi-synonymiques telles que &laquo; indice acoustique de distance &raquo;, &laquo; rep&egrave;re auditif d&rsquo;&eacute;loignement &raquo; ou &laquo; indicateur de profondeur auditive &raquo;. L&#8217;emploi du pluriel est fr&eacute;quemment privil&eacute;gi&eacute; dans le discours m&eacute;thodologique (&laquo; les indices de distance auditive &raquo;) pour refl&eacute;ter la nature intrins&egrave;quement redondante et multivari&eacute;e du signal acoustique atteignant les pavillons auriculaires.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d&eacute;taill&eacute;e<\/h3>\n<p>La perception de la distance par le canal auditif constitue un probl&egrave;me inverse particuli&egrave;rement ardu pour le syst&egrave;me sensoriel. Contrairement &agrave; la r&eacute;tine, qui cartographie directement les dimensions bidimensionnelles de l&rsquo;espace optique &agrave; travers un agencement spatial de r&eacute;cepteurs, la cochl&eacute;e fonctionne comme un analyseur spectral tonotopique. Elle ne pr&eacute;sente aucune distribution g&eacute;om&eacute;trique des r&eacute;cepteurs correspondant &agrave; l&rsquo;espace externe. L&rsquo;auditeur ne re&ccedil;oit qu&rsquo;une variation temporelle de pression acoustique &agrave; l&rsquo;entr&eacute;e de chaque conduit auditif externe. L&rsquo;information sur l&rsquo;&eacute;loignement doit donc &ecirc;tre enti&egrave;rement reconstruite &agrave; partir des modifications physiques subies par le son lors de son trajet.<\/p>\n<p>Le premier m&eacute;canisme repose sur l&rsquo;<strong>intensit&eacute; acoustique globale<\/strong> (ou niveau de pression acoustique). En champ libre id&eacute;al (espace an&eacute;cho&iuml;que sans obstacle), l&rsquo;&eacute;nergie sonore d&eacute;cro&icirc;t selon la loi physique du carr&eacute; inverse de la distance : chaque doublement de la distance entre l&rsquo;&eacute;metteur et le r&eacute;cepteur s&rsquo;accompagne d&rsquo;une diminution d&rsquo;environ 6 d&eacute;cibels (dB) du niveau d&rsquo;intensit&eacute;. Cependant, cette information physique n&rsquo;a de port&eacute;e perceptive univoque que si l&rsquo;auditeur poss&egrave;de une connaissance a priori de la puissance acoustique intrins&egrave;que de la source. Un murmure proche et un cri lointain peuvent en effet g&eacute;n&eacute;rer rigoureusement le m&ecirc;me niveau de pression sonore au niveau du tympan. La sonie ne constitue donc un indice absolu qu&rsquo;en pr&eacute;sence de sources dites &laquo; famili&egrave;res &raquo;.<\/p>\n<p>Le deuxi&egrave;me grand m&eacute;canisme concerne la <strong>composition spectrale<\/strong> de l&rsquo;onde sonore. Lors de son d&eacute;placement dans l&rsquo;atmosph&egrave;re terrestre, le son subit une absorption mol&eacute;culaire par l&rsquo;air, qui n&rsquo;est pas homog&egrave;ne &agrave; toutes les fr&eacute;quences. L&rsquo;air agit comme un filtre passe-bas naturel : les hautes fr&eacute;quences (au-del&agrave; de 4 kHz &agrave; 5 kHz) sont bien plus rapidement att&eacute;nu&eacute;es que les basses fr&eacute;quences au fur et &agrave; mesure que la distance s&rsquo;accro&icirc;t. Par cons&eacute;quent, un son per&ccedil;u comme &eacute;touff&eacute;, sombre ou pauvre en harmoniques aigu&euml;s sera spontan&eacute;ment interpr&eacute;t&eacute; par le cerveau comme &eacute;tant situ&eacute; &agrave; une distance plus consid&eacute;rable qu&rsquo;un son riche en brillance et en composantes haute fr&eacute;quence, m&eacute;canisme analogue &agrave; la perspective a&eacute;rienne dans le domaine visuel.<\/p>\n<p>Le troisi&egrave;me param&egrave;tre, et sans doute le plus d&eacute;terminant dans la majorit&eacute; des environnements &eacute;cologiques r&eacute;els (ferm&eacute;s ou semi-clos), est le <strong>rapport &eacute;nergie directe sur &eacute;nergie r&eacute;verb&eacute;r&eacute;e<\/strong> (ratio direct\/r&eacute;verb&eacute;r&eacute; ou D\/R). Lorsqu&rsquo;une onde sonore est g&eacute;n&eacute;r&eacute;e dans une pi&egrave;ce, elle parvient &agrave; l&rsquo;oreille selon deux modalit&eacute;s : le trajet direct (en ligne droite) et une infinit&eacute; de trajets r&eacute;fl&eacute;chis par les parois, le sol et les surfaces environnantes. Tandis que l&rsquo;&eacute;nergie de l&rsquo;onde directe diminue continuellement avec l&rsquo;&eacute;loignement suivant la loi en carr&eacute; inverse, l&rsquo;&eacute;nergie globale du champ diffus r&eacute;verb&eacute;r&eacute; demeure remarquablement constante &agrave; travers l&rsquo;espace clos. Par cons&eacute;quent, plus la source s&rsquo;&eacute;loigne de l&rsquo;auditeur, plus le ratio D\/R d&eacute;cro&icirc;t. Ce rapport constitue un indice absolu puissant, particuli&egrave;rement robuste car il ne n&eacute;cessite pas que le sujet connaisse au pr&eacute;alable le volume intrins&egrave;que de la source.<\/p>\n<p>Dans le domaine de proximit&eacute; imm&eacute;diate (le champ tr&egrave;s proche, g&eacute;n&eacute;ralement d&eacute;fini &agrave; moins d&rsquo;un m&egrave;tre de la t&ecirc;te de l&rsquo;auditeur), d&rsquo;autres indices binauraux sp&eacute;cifiques &eacute;mergent. Les diff&eacute;rences interaurales de niveau (ILD) deviennent d&eacute;pendantes de la distance en raison des effets d&rsquo;ombrage accrus caus&eacute;s par la masse c&eacute;phalique lorsque la source est &agrave; proximit&eacute; directe de l&rsquo;une des oreilles. &Agrave; cela s&rsquo;ajoutent le parallaxe de mouvement auditif lors des d&eacute;placements de l&rsquo;observateur et les d&eacute;calages micro-temporels des r&eacute;flexions pr&eacute;coces, fournissant une trame computationnelle d&rsquo;une haute finesse &eacute;cologique.<\/p>\n<h3>5. &Eacute;volution historique<\/h3>\n<p>La compr&eacute;hension des indices de distance auditive a &eacute;merg&eacute; lentement par rapport &agrave; l&rsquo;exploration des indices visuels de profondeur, qui b&eacute;n&eacute;ficiaient de l&rsquo;h&eacute;ritage de l&rsquo;optique g&eacute;om&eacute;trique d&egrave;s la Renaissance. L&rsquo;un des premiers savants &agrave; formaliser la question au XIXe si&egrave;cle fut le m&eacute;decin et physicien allemand <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hermann_von_Helmholtz\">Hermann von Helmholtz<\/a> dans son monumental trait&eacute; <em>Die Lehre von den Tonempfindungen als physiologische Grundlage f&uuml;r die Theorie der Musik<\/em> (1863). Helmholtz nota explicitement que l&rsquo;&eacute;valuation de la distance d&rsquo;un son reposait principalement sur l&rsquo;intensit&eacute; relative et sur la perte d&rsquo;acuit&eacute; spectrale des harmoniques sup&eacute;rieures, assimilant d&eacute;j&agrave; ce ph&eacute;nom&egrave;ne &agrave; une inf&eacute;rence inconsciente.<\/p>\n<p>Au tournant du XXe si&egrave;cle, John William Strutt, plus connu sous le nom de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/John_William_Strutt_Rayleigh\">Lord Rayleigh<\/a>, &eacute;tablit la c&eacute;l&egrave;bre &laquo; th&eacute;orie des deux voies &raquo; (<em>Duplex Theory<\/em>) en 1907. Bien que ce mod&egrave;le se soit d&rsquo;abord focalis&eacute; sur la localisation angulaire azimutale via les diff&eacute;rences de temps interaurales (ITD) et d&rsquo;intensit&eacute; interaurales (ILD), il ouvrit la voie &agrave; l&rsquo;&eacute;tude physique quantitative des ondes sph&eacute;riques et de leur diffusion spatiale.<\/p>\n<p>Les ann&eacute;es 1940 et 1950 virent l&rsquo;&eacute;mergence d&rsquo;investigations exp&eacute;rimentales rigoureuses. En 1946, l&rsquo;article fondateur de Coleman posa les bases conceptuelles de l&rsquo;estimation de distance auditive, en montrant les divergences massives entre mesures en chambre an&eacute;cho&iuml;que et mesures en environnement r&eacute;verb&eacute;rant. Dans les ann&eacute;es 1960 et 1970, des chercheurs comme David Mershon et ses coll&egrave;gues apport&egrave;rent la preuve empirique d&eacute;cisive que le syst&egrave;me auditif utilise le ratio d&rsquo;&eacute;nergie directe\/r&eacute;verb&eacute;r&eacute;e comme un v&eacute;ritable &eacute;talon absolu de distance, et non pas simplement comme un sous-produit parasite des pi&egrave;ces closes.<\/p>\n<p>L&rsquo;&egrave;re moderne de ces recherches s&rsquo;est ouverte &agrave; la fin des ann&eacute;es 1990 et au d&eacute;but des ann&eacute;es 2000 avec les travaux exhaustifs de Pavel Zahorik et Frederik Wightman. Zahorik a synth&eacute;tis&eacute; les formulations psychophysiques modernes d&eacute;crivant la mani&egrave;re dont le cerveau combine simultan&eacute;ment le niveau sonore, le timbre, la r&eacute;verb&eacute;ration et la fonction de transfert relative &agrave; la t&ecirc;te (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Fonction_de_transfert_relative_%C3%A0_la_t%C3%AAte\">HRTF<\/a>) pour g&eacute;n&eacute;rer la perception spatiale 3D. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;essor des r&eacute;alit&eacute;s virtuelles et augment&eacute;es conf&egrave;re &agrave; ces principes une actualit&eacute; technologique et th&eacute;orique majeure.<\/p>\n<h3>6. Fondements th&eacute;oriques<\/h3>\n<p>La recherche sur les indices de distance auditive s&rsquo;articule autour de trois principaux paradigmes th&eacute;oriques : l&rsquo;approche computationnelle inf&eacute;rentielle, l&rsquo;approche &eacute;cologique gibsonienne et le cadre bay&eacute;sien contemporain.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>approche computationnelle classique<\/strong>, d&rsquo;ascendance helmholtzienne, con&ccedil;oit la perception de la distance comme un processus indirect d&rsquo;int&eacute;gration d&rsquo;indices. L&rsquo;entr&eacute;e sensorielle &eacute;tant consid&eacute;r&eacute;e comme sous-d&eacute;termin&eacute;e (puisqu&rsquo;un m&ecirc;me niveau de pression au tympan peut traduire soit un son faible proche, soit un son puissant &eacute;loign&eacute;), le syst&egrave;me cognitif doit appliquer des r&egrave;gles de calcul et des hypoth&egrave;ses compensatrices. Selon cette th&eacute;orie, la reconnaissance s&eacute;mantique de l&rsquo;objet sonore pr&eacute;c&egrave;de ou accompagne l&rsquo;estimation m&eacute;trique : le sujet reconna&icirc;t une voix chuchot&eacute;e, applique une constante de puissance connue, et en d&eacute;duit la distance n&eacute;cessaire pour obtenir l&rsquo;intensit&eacute; per&ccedil;ue.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>approche &eacute;cologique<\/strong>, d&eacute;velopp&eacute;e dans le prolongement des travaux de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/James_J._Gibson\">James J. Gibson<\/a> et adapt&eacute;e &agrave; l&rsquo;audition par des auteurs comme William Gaver, soutient au contraire que l&rsquo;information n&rsquo;est pas pauvre ou ambigu&euml;, mais richement structur&eacute;e par l&rsquo;environnement luim&ecirc;me. Selon cette perspective, les invariants &eacute;cologiques tels que le rapport direct\/r&eacute;verb&eacute;r&eacute; (D\/R) ou les gradients d&rsquo;att&eacute;nuation spectrale fournissent une information directe et non m&eacute;diatis&eacute;e de l&rsquo;&eacute;loignement sans n&eacute;cessiter de calculs cognitifs d&eacute;lib&eacute;r&eacute;s ou de repr&eacute;sentations internes abstraites.<\/p>\n<p>Le <strong>cadre probabiliste bay&eacute;sien<\/strong> constitue le mod&egrave;le dominant actuel. Il int&egrave;gre les deux perspectives en proposant que le cerveau agit comme une machine d&rsquo;inf&eacute;rence optimale. Le syst&egrave;me nerveux pond&egrave;re chaque indice disponible selon sa fiabilit&eacute; statistique dans le contexte donn&eacute;. Dans une pi&egrave;ce r&eacute;verb&eacute;rante inconnue o&ugrave; les bruits sont &eacute;trangers, l&rsquo;indice de ratio D\/R re&ccedil;oit un poids bay&eacute;sien maximal, tandis qu&rsquo;en champ libre avec des vocalisations humaines, la connaissance a priori de la sonie et l&rsquo;amortissement spectral prennent le pas. Cette flexibilit&eacute; computationnelle rend compte de l&rsquo;extraordinaire adaptabilit&eacute; de l&rsquo;oreille humaine &agrave; divers environnements &eacute;cologiques.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl&eacute;s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Les indices utilis&eacute;s pour appr&eacute;cier la distance d&rsquo;un son peuvent &ecirc;tre subdivis&eacute;s selon leur nature acoustique, leur degr&eacute; d&rsquo;autonomie et le cadre environnemental dans lequel ils op&egrave;rent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;att&eacute;nuation de la pression acoustique (sonie relative) :<\/strong> Diminution de 6 dB par doublement de distance en champ libre. C&rsquo;est l&rsquo;indice le plus sensible pour d&eacute;tecter le mouvement radial relatif (rapprochement ou &eacute;loignement progressif d&rsquo;une source), mais il reste tr&egrave;s ambigu pour l&rsquo;&eacute;valuation absolue d&rsquo;une distance statique inconnue.<\/li>\n<li><strong>Le rapport direct\/r&eacute;verb&eacute;r&eacute; (ratio D\/R) :<\/strong> Mesure de la proportion entre l&rsquo;onde acoustique arrivant sans r&eacute;flexion et l&rsquo;ensemble des r&eacute;flexions tardives g&eacute;n&eacute;r&eacute;es par les parois de la pi&egrave;ce. C&rsquo;est un indice absolu tr&egrave;s robuste op&eacute;rant au-del&agrave; du rayon critique de la salle.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;absorption atmosph&eacute;rique (filtrage spectral) :<\/strong> Dissipation accrue des fr&eacute;quences sup&eacute;rieures &agrave; 4-5 kHz au contact des mol&eacute;cules d&rsquo;azote et d&rsquo;oxyg&egrave;ne de l&rsquo;air. Cet indice intervient quasi exclusivement sur les moyennes et grandes distances (au-del&agrave; de 15 &agrave; 20 m&egrave;tres).<\/li>\n<li><strong>Les indices binauraux en champ proche (ILD d&eacute;pendantes de la distance) :<\/strong> Pour les distances inf&eacute;rieures &agrave; un m&egrave;tre, l&rsquo;att&eacute;nuation g&eacute;om&eacute;trique diff&eacute;rentielle et l&rsquo;effet de masque de la t&ecirc;te provoquent des diff&eacute;rences interaurales d&rsquo;intensit&eacute; tr&egrave;s nettes, m&ecirc;me pour les basses fr&eacute;quences.<\/li>\n<li><strong>Le parallaxe acoustique de mouvement :<\/strong> Changement de direction angulaire d&rsquo;une source stationnaire produit par le d&eacute;placement de la t&ecirc;te ou du corps de l&rsquo;auditeur. Les sources proches subissent une d&eacute;rive angulaire bien plus rapide que les sources &eacute;loign&eacute;es.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;effet Doppler et les indices dynamiques :<\/strong> Compression des ondes sonores lors du rapprochement et dilatation lors de l&rsquo;&eacute;loignement, g&eacute;n&eacute;rant une translation de hauteur tonale utilis&eacute;e pour d&eacute;duire la trajectoire et le point de proximit&eacute; maximale d&rsquo;une source mobile.<\/li>\n<li><strong>La familiarit&eacute; cognitive de la source :<\/strong> Facteur interne issu de la m&eacute;moire &agrave; long terme, permettant d&rsquo;&eacute;talonner l&rsquo;intensit&eacute; et le timbre d&rsquo;une &eacute;mission connue (comme une voix humaine parl&eacute;e &agrave; volume conversationnel standard).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Un premier exemple &eacute;loquent est observ&eacute; lors d&rsquo;une conversation dans un espace clos, tel qu&rsquo;une salle de conf&eacute;rence ou un restaurant. Lorsque votre interlocuteur se l&egrave;ve et s&rsquo;&eacute;loigne de vous pour rejoindre le fond de la pi&egrave;ce tout en continuant &agrave; vous parler au m&ecirc;me niveau de voix, l&rsquo;onde sonore directe qui parvient &agrave; vos oreilles s&rsquo;affaiblit. Cependant, le champ acoustique r&eacute;verb&eacute;r&eacute; g&eacute;n&eacute;r&eacute; par sa voix se r&eacute;partit uniform&eacute;ment dans le volume de la pi&egrave;ce. Votre syst&egrave;me auditif enregistre un ratio direct\/r&eacute;verb&eacute;r&eacute; d&eacute;croissant. Instantan&eacute;ment, le cerveau d&eacute;code ce signal comme un &eacute;loignement physique pr&eacute;cis, sans que la voix paraisse pour autant &eacute;teinte ou imperceptible.<\/p>\n<p>Un deuxi&egrave;me exemple classique est celui du coup de tonnerre lors d&rsquo;un orage d&rsquo;&eacute;t&eacute;. Un &eacute;clair frappant &agrave; une centaine de m&egrave;tres de l&rsquo;observateur g&eacute;n&egrave;re un claquement sec, per&ccedil;ant, caract&eacute;ris&eacute; par une attaque &eacute;nerg&eacute;tique imm&eacute;diate tr&egrave;s riche en tr&egrave;s hautes fr&eacute;quences. En revanche, un impact situ&eacute; &agrave; six kilom&egrave;tres parvient &agrave; l&rsquo;auditeur sous la forme d&rsquo;un roulement sourd, d&eacute;pourvu de composantes aigu&euml;s. Ce ph&eacute;nom&egrave;ne r&eacute;sulte directement de l&rsquo;absorption atmosph&eacute;rique diff&eacute;rentielle qui &eacute;limine les fr&eacute;quences sup&eacute;rieures sur de longues distances, combin&eacute;e aux r&eacute;flexions multiples sur le relief g&eacute;ographique.<\/p>\n<p>Dans le domaine clinique et pathologique, le cas des porteurs d&rsquo;appareils auditifs conventionnels r&eacute;v&egrave;le la pertinence de ces indices. Nombre de ces dispositifs sont munis de circuits de contr&ocirc;le automatique de gain (AGC) et de r&eacute;ducteurs de bruit num&eacute;riques. En comprimant la dynamique naturelle et en modifiant artificiellement les r&eacute;flexions pr&eacute;coces pour maximiser l&rsquo;intelligibilit&eacute; de la parole, ces proth&egrave;ses perturbent s&eacute;v&egrave;rement le ratio direct\/r&eacute;verb&eacute;r&eacute;. Les patients t&eacute;moignent alors fr&eacute;quemment d&rsquo;une incapacit&eacute; d&eacute;routante &agrave; d&eacute;terminer si un son provient de l&rsquo;autre bout de la pi&egrave;ce ou s&rsquo;il est situ&eacute; imm&eacute;diatement derri&egrave;re eux.<\/p>\n<h3>9. Mesure et &eacute;valuation psychophysique<\/h3>\n<p>L&rsquo;&eacute;tude et l&rsquo;&eacute;valuation des indices de distance auditive n&eacute;cessitent des protocoles exp&eacute;rimentaux sophistiqu&eacute;s afin d&rsquo;isoler ou de croiser contr&ocirc;l&eacute;ment chacun des facteurs physiques sans alt&eacute;rer les autres. Deux environnements d&rsquo;investigation sont g&eacute;n&eacute;ralement utilis&eacute;s : les chambres an&eacute;cho&iuml;ques (qui absorbent 99 % des r&eacute;flexions et permettent d&rsquo;&eacute;tudier le son direct pur) et les auditoriums &agrave; acoustique variable contr&ocirc;l&eacute;e.<\/p>\n<p>Les m&eacute;thodologies de mesure comportementale les plus courantes comportent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;estimation de grandeur absolue :<\/strong> Les sujets &eacute;coutent un stimulus et doivent verbaliser ou &eacute;crire la distance en m&egrave;tres ou centim&egrave;tres. Cette m&eacute;thode r&eacute;v&egrave;le presque syst&eacute;matiquement une distorsion caract&eacute;ristique : la distance des sources proches (< 1 m) est g&eacute;n&eacute;ralement surestim&eacute;e, tandis que celle des sources lointaines (> 2-3 m) est largement sous-estim&eacute;e, selon une fonction de puissance dont l&rsquo;exposant psychophysique est fr&eacute;quemment inf&eacute;rieur &agrave; 1.<\/li>\n<li><strong>Les t&acirc;ches de bissection et de comparaison perceptive :<\/strong> L&rsquo;auditeur compare deux sources et indique laquelle est la plus proche, ou d&eacute;termine si un stimulus B est &eacute;quidistant des stimuli A et C. Cela permet d&rsquo;&eacute;tablir les seuils diff&eacute;rentiels de distance (JND, <em>Just Noticeable Difference<\/em>).<\/li>\n<li><strong>Les paradigmes de marche guid&eacute;e &agrave; l&rsquo;aveugle (<em>blindfolded walking<\/em>) :<\/strong> Les sujets entendent un son bref dans le noir complet ou les yeux band&eacute;s, puis doivent marcher jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;endroit exact o&ugrave; ils ont localis&eacute; la source. Cette mesure motrice &eacute;vite les biais de verbalisation m&eacute;trique et offre une excellente fid&eacute;lit&eacute; &eacute;cologique.<\/li>\n<li><strong>La simulation biauriculaire (Audio 3D spatialis&eacute;) :<\/strong> Utilisation de mod&egrave;les virtuels via casques audio &eacute;talonn&eacute;s, exploitant des filtres BRIR (<em>Binaural Room Impulse Responses<\/em>) mesur&eacute;s sur des t&ecirc;tes artificielles (mannequins KEMAR) afin de manipuler s&eacute;lectivement le rapport direct\/r&eacute;verb&eacute;r&eacute; ou l&rsquo;amortissement atmosph&eacute;rique tout en maintenant le niveau global constant.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port&eacute;e pratique<\/h3>\n<p>La compr&eacute;hension approfondie des indices de distance auditive poss&egrave;de des retomb&eacute;es directes dans de nombreux secteurs strat&eacute;giques :<\/p>\n<p>En <strong>r&eacute;alit&eacute; virtuelle (VR) et augment&eacute;e (AR)<\/strong>, ainsi que dans les jeux vid&eacute;o immersifs, la synth&egrave;se d&rsquo;un environnement spatial cr&eacute;dible d&eacute;pend crucialement de la fid&eacute;lit&eacute; de la spatialisation sonore. Si un d&eacute;veloppeur se contente de modifier le volume sonore pour simuler l&rsquo;&eacute;loignement d&rsquo;un objet virtuel, l&rsquo;utilisateur d&eacute;tecte une incoh&eacute;rence spatiale majeure et l&rsquo;illusion de pr&eacute;sence s&rsquo;&eacute;vanouit. L&rsquo;impl&eacute;mentation logicielle de r&eacute;verb&eacute;rations spatiales dynamiques calculant en temps r&eacute;el le ratio direct\/r&eacute;verb&eacute;r&eacute; est indispensable pour ancrer les objets sonores &agrave; leur position exacte dans le champ visuel.<\/p>\n<p>Dans la <strong>conception de proth&egrave;ses auditives et d&rsquo;implants cochl&eacute;aires<\/strong>, l&rsquo;am&eacute;lioration de la perception de l&rsquo;&eacute;loignement est d&eacute;sormais reconnue comme une priorit&eacute; clinique. Les proth&egrave;ses modernes de derni&egrave;re g&eacute;n&eacute;ration adoptent des algorithmes sp&eacute;cifiques de pr&eacute;servation des enveloppes temporelles et des contrastes direct\/diffus pour restaurer la perception de profondeur, cruciale pour l&rsquo;orientation spatiale et la s&eacute;curit&eacute; des malentendants dans les environnements urbains.<\/p>\n<p>En <strong>acoustique architecturale et sc&eacute;nique<\/strong>, la r&eacute;partition des mat&eacute;riaux r&eacute;fl&eacute;chissants et absorbants dans les auditoriums et salles d&rsquo;op&eacute;ra vise &agrave; contr&ocirc;ler la distribution de la distance apparente des musiciens. Les ing&eacute;nieurs du son exploitent &eacute;galement ces indices &agrave; travers les consoles de mixage en modulant l&rsquo;&eacute;galisation haute fr&eacute;quence et les d&eacute;parts d&rsquo;effets de r&eacute;verb&eacute;ration pour &eacute;tager les instruments en profondeur sur le plan acoustique.<\/p>\n<p>Dans le domaine militaire et de la d&eacute;fense civile, l&rsquo;estimation auditive de la distance guide la d&eacute;tection acoustique de tirs de tireurs embusqu&eacute;s, l&rsquo;identification de drones &agrave; basse altitude et le guidage de v&eacute;hicules autonomes en conditions de visibilit&eacute; nulle.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Le corpus de donn&eacute;es empiriques accumul&eacute; depuis les ann&eacute;es 1990 d&eacute;montre de fa&ccedil;on unanime que l&rsquo;&ecirc;tre humain &eacute;choue &agrave; percevoir la distance sonore de mani&egrave;re purement isomorphe &agrave; l&rsquo;espace physique g&eacute;om&eacute;trique. Dans son article s&eacute;minal intitul&eacute; <em>Auditory distance perception in humans<\/em> (2005), Pavel Zahorik a pass&eacute; en revue plusieurs d&eacute;cennies de publications pour d&eacute;gager une loi g&eacute;n&eacute;rale : la perception auditive de la distance est syst&eacute;matiquement compress&eacute;e. Pour des distances physiques r&eacute;elles comprises entre 1 et 15 m&egrave;tres, la distance per&ccedil;ue &eacute;volue selon une fonction de Stevens avec un exposant moyen situ&eacute; autour de 0,4 &agrave; 0,6.<\/p>\n<p>Les exp&eacute;riences de Zahorik et Wightman (2001) ont &eacute;valu&eacute; le r&ocirc;le pr&eacute;pond&eacute;rant du ratio D\/R. En modifiant num&eacute;riquement l&rsquo;&eacute;nergie directe sans toucher &agrave; l&rsquo;&eacute;nergie de r&eacute;verb&eacute;ration dans un signal binaural &eacute;cout&eacute; au casque, ils ont provoqu&eacute; des variations massives de distance estim&eacute;e chez les sujets, confirmant que ce rapport est l&rsquo;indice le plus d&eacute;terminant en int&eacute;rieur. Lorsque le ratio D\/R est &eacute;limin&eacute; (en chambre an&eacute;cho&iuml;que), les performances s&rsquo;effondrent compl&egrave;tement, &agrave; moins que la source ne varie en niveau d&rsquo;intensit&eacute; relative.<\/p>\n<p>Une &eacute;tude majeure conduite par Philbeck et Mershon (2002) a explor&eacute; l&rsquo;effet de compression &eacute;gocentrique. Ils ont d&eacute;montr&eacute; que l&rsquo;absence d&rsquo;&eacute;clairage accentue la compression de la distance auditive, soulignant une interaction constante entre le calibrage visuel et l&rsquo;analyse acoustique de l&rsquo;espace. Plus r&eacute;cemment, les neurosciences cognitives utilisant l&rsquo;imagerie par r&eacute;sonance magn&eacute;tique fonctionnelle (IRMf) ont r&eacute;v&eacute;l&eacute; que le traitement de la distance auditive mobilise la voie corticale dorsale (&laquo; voie du o&ugrave; &raquo;), reliant le cortex auditif primaire au cortex pari&eacute;tal post&eacute;rieur, montrant des r&eacute;seaux d&eacute;di&eacute;s distincts de ceux impliqu&eacute;s dans l&rsquo;identification spectrale du timbre sonique (&laquo; voie du quoi &raquo;).<\/p>\n<h3>12. Consid&eacute;rations socioculturelles et &eacute;cologiques<\/h3>\n<p>La mani&egrave;re dont les individus traitent les indices de distance auditive n&rsquo;est pas un m&eacute;canisme purement abstrait d&eacute;connect&eacute; du milieu de vie : elle s&rsquo;inscrit au c&oelig;ur de dynamiques &eacute;cologiques et d&rsquo;habitus sensoriels profonds. Les populations &eacute;voluant dans des biotopes contrast&eacute;s d&eacute;veloppent des sensibilit&eacute;s diff&eacute;renci&eacute;es &agrave; ces indices physiques.<\/p>\n<p>Dans les soci&eacute;t&eacute;s urbaines industrialis&eacute;es contemporaines, l&rsquo;environnement sonore est satur&eacute; d&rsquo;un bruit de fond continu &agrave; basses fr&eacute;quences (&laquo; smog sonore &raquo; de la circulation routi&egrave;re et des syst&egrave;mes de ventilation). Ce bruit ambiant masque s&eacute;v&egrave;rement les r&eacute;flexions pr&eacute;coces de faible amplitude et l&rsquo;att&eacute;nuation des hautes fr&eacute;quences, contraignant les citadins &agrave; s&rsquo;appuyer presque exclusivement sur la sonie imm&eacute;diate et la vue pour localiser les &eacute;v&eacute;nements &eacute;loign&eacute;s.<\/p>\n<p>&Agrave; l&rsquo;inverse, des communaut&eacute;s traditionnelles vivant en for&ecirc;t tropicale dense (comme les Pygm&eacute;es BaAka du bassin du Congo ou certaines communaut&eacute;s amazoniennes) &eacute;voluent dans des milieux o&ugrave; la densit&eacute; du couvert v&eacute;g&eacute;tal r&eacute;duit la port&eacute;e visuelle &agrave; quelques m&egrave;tres. L&rsquo;audition y devient l&rsquo;organe primaire de prospection &eacute;cologique. L&rsquo;apprentissage perceptif permet &agrave; ces observateurs d&rsquo;interpr&eacute;ter avec une pr&eacute;cision redoutable les distorsions spectrales caus&eacute;es par le feuillage et l&rsquo;humidit&eacute; pour jauger la distance exacte d&rsquo;un gibier ou d&rsquo;un &eacute;metteur humain, illustrant une plasticit&eacute; cognitive &eacute;lev&eacute;e li&eacute;e &agrave; l&rsquo;&eacute;cosyst&egrave;me acoustique.<\/p>\n<p>De m&ecirc;me, les personnes non-voyantes d&eacute;veloppent une acuit&eacute; exceptionnelle pour extraire des indices de distance auditive &agrave; partir de la r&eacute;verb&eacute;ration ambiante. Beaucoup recourent &agrave; l&rsquo;&eacute;cholocalisation humaine active (en produisant des claquements de langue ou en &eacute;coutant les bruits d&rsquo;impact de leur canne), analysant les d&eacute;calages temporels infinit&eacute;simaux et l&rsquo;att&eacute;nuation spectrale des &eacute;chos pour &eacute;valuer la distance absolue des murs et obstacles p&eacute;riph&eacute;riques.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d&eacute;bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr&eacute; un socle exp&eacute;rimental consolid&eacute;, l&rsquo;&eacute;tude des indices de distance auditive fait l&rsquo;objet de vifs d&eacute;bats au sein de la communaut&eacute; scientifique.<\/p>\n<p>La premi&egrave;re controverse r&eacute;side dans la <strong>transposabilit&eacute; des mesures an&eacute;cho&iuml;ques au monde r&eacute;el<\/strong>. Historiquement, une grande partie des mod&egrave;les math&eacute;matiques d&rsquo;audition spatiale ont &eacute;t&eacute; &eacute;tablis dans des chambres sourdes id&eacute;alis&eacute;es. Or, le cerveau humain s&rsquo;est structur&eacute; au fil de la phylogen&egrave;se dans des milieux naturels r&eacute;verb&eacute;rants et bruyants. Isoler les indices de sonie hors de leur cadre r&eacute;verb&eacute;rant produit souvent des artefacts de laboratoire et des sous-estimations de performances qui ne refl&egrave;tent pas l&rsquo;efficience r&eacute;elle du syst&egrave;me perceptif au quotidien.<\/p>\n<p>Le deuxi&egrave;me d&eacute;bat concerne la nature de la <strong>compression psychophysique de la distance<\/strong>. Est-elle le r&eacute;sultat d&rsquo;un d&eacute;faut fonctionnel du syst&egrave;me auditif, intrins&egrave;quement moins pr&eacute;cis que l&rsquo;&oelig;il, ou s&rsquo;agit-il d&rsquo;une r&eacute;ponse adaptative strat&eacute;gique ? Plusieurs chercheurs avancent l&rsquo;hypoth&egrave;se d&rsquo;un biais &eacute;volutif de s&eacute;curit&eacute; : sous-estimer la distance d&rsquo;un pr&eacute;dateur ou d&rsquo;une menace sonore en l&rsquo;imaginant plus proche qu&rsquo;il ne l&rsquo;est r&eacute;ellement optimise le d&eacute;clenchement rapide de conduites de fuite ou de d&eacute;fense, &eacute;vitant le co&ucirc;t l&eacute;tal d&rsquo;une surestimation d&rsquo;&eacute;loignement.<\/p>\n<p>Enfin, la mod&eacute;lisation unifi&eacute;e se heurte &agrave; l&rsquo;<strong>extr&ecirc;me variabilit&eacute; interindividuelle<\/strong> des morphologies de la t&ecirc;te et des pavillons de l&rsquo;oreille. L&rsquo;incorporation d&rsquo;indices g&eacute;n&eacute;riques dans les casques de r&eacute;alit&eacute; virtuelle &eacute;choue souvent &agrave; cr&eacute;er une sensation de distance convaincante pour certains individus si le filtre n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; individualis&eacute; par des mesures HRTF personnalis&eacute;es, t&eacute;moignant du caract&egrave;re unique de l&rsquo;apprentissage perceptif de chaque organisme.<\/p>\n<h3>14. Notions connexes et distinctions terminologiques<\/h3>\n<p>Pour &eacute;viter toute confusion conceptuelle, il convient de distinguer pr&eacute;cis&eacute;ment l&rsquo;indice de distance auditive d&rsquo;autres notions p&eacute;riph&eacute;riques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Localisation angulaire auditive (Azimut et &Eacute;l&eacute;vation) :<\/strong> Concerne l&rsquo;identification de l&rsquo;angle horizontal ou vertical d&rsquo;o&ugrave; provient le son, reposant sur les diff&eacute;rences interaurales de temps (ITD) et de niveau (ILD). La distance auditive, quant &agrave; elle, concerne la dimension radiale (profondeur m&eacute;trique depuis l&rsquo;observateur).<\/li>\n<li><strong>Sonie (<em>Loudness<\/em>) :<\/strong> Attribut psychologique de l&rsquo;intensit&eacute; acoustique per&ccedil;ue. Elle sert souvent de vecteur &agrave; l&rsquo;estimation de distance, mais elle d&eacute;pend de la fr&eacute;quence et de la bande passante, alors que la distance per&ccedil;ue est une inf&eacute;rence spatiale globale.<\/li>\n<li><strong>Ratio direct\/r&eacute;verb&eacute;r&eacute; (D\/R ratio) :<\/strong> Param&egrave;tre physique objectif mesurable en d&eacute;cibels. Il ne constitue pas &agrave; lui seul la perception de la distance, mais en repr&eacute;sente le support informationnel le plus influent dans les pi&egrave;ces ferm&eacute;es.<\/li>\n<li><strong>&Eacute;cholocalisation :<\/strong> Aptitude &agrave; rep&eacute;rer la pr&eacute;sence et la morphologie d&rsquo;obstacles par l&rsquo;&eacute;coute active de l&rsquo;&eacute;cho g&eacute;n&eacute;r&eacute; par une onde &eacute;mise par le sujet lui-m&ecirc;me, alors que les indices de distance auditive passive s&rsquo;appliquent &agrave; n&rsquo;importe quel son produit par une source externe ind&eacute;pendante.<\/li>\n<li><strong>Horizon auditif :<\/strong> Distance limite maximale &agrave; laquelle un &eacute;v&eacute;nement acoustique sp&eacute;cifique peut &ecirc;tre discrimin&eacute; du bruit de fond ambiant d&rsquo;un &eacute;cosyst&egrave;me donn&eacute;.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth&egrave;se et points cl&eacute;s &agrave; retenir<\/h3>\n<p>La d&eacute;termination de l&rsquo;&eacute;loignement sonore constitue un d&eacute;fi computationnel remarquable o&ugrave; le cerveau compense l&rsquo;absence de repr&eacute;sentation spatiale cochl&eacute;aire directe par une synth&egrave;se multifactorielle d&rsquo;indices physiques et cognitifs.<\/p>\n<p>Les quatre piliers de cette estimation sont l&rsquo;<strong>intensit&eacute; sonore relative<\/strong> (qui d&eacute;cro&icirc;t suivant la loi en carr&eacute; inverse), l&rsquo;<strong>absorption spectrale par l&rsquo;air<\/strong> (&eacute;limination des aigu&euml;s sur longue distance), le <strong>rapport direct\/r&eacute;verb&eacute;r&eacute;<\/strong> (&eacute;talon absolu en espace clos) et les <strong>indices binauraux &agrave; tr&egrave;s courte port&eacute;e<\/strong>.<\/p>\n<p>Sur le plan psychophysique, l&rsquo;&ecirc;tre humain pr&eacute;sente une distorsion syst&eacute;matique sous forme d&rsquo;une compression de l&rsquo;espace auditif : les sources sonores tr&egrave;s proches sont souvent per&ccedil;ues plus loin qu&rsquo;en r&eacute;alit&eacute;, et les sources &eacute;loign&eacute;es sont r&eacute;guli&egrave;rement sous-estim&eacute;es. Cette particularit&eacute; refl&egrave;te sans doute une adaptation de vigilance &eacute;volutive.<\/p>\n<p>L&rsquo;&eacute;tude de ces indices, au carrefour de la physique acoustique, des neurosciences et de l&rsquo;ing&eacute;nierie logicielle, constitue aujourd&rsquo;hui le socle technologique du d&eacute;veloppement des interfaces de r&eacute;alit&eacute; virtuelle, des algorithmes de proth&egrave;ses auditives intelligentes et des &eacute;cosyst&egrave;mes audio tridimensionnels immersifs.<\/p>\n<h2>R&eacute;f&eacute;rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Helmholtz, H. v. (1863). <em>Die Lehre von den Tonempfindungen als physiologische Grundlage f&uuml;r die Theorie der Musik<\/em>. Friedrich Vieweg und Sohn. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/dielehrevondento00helm\">https:\/\/archive.org\/details\/dielehrevondento00helm<\/a><\/li>\n<li>Mershon, D. H., &amp; King, L. E. (1975). Intensity and reverberation as factors in the auditory perception of egocentric distance. <em>Perception &amp; Psychophysics<\/em>, 18(6), 409-415. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3758\/BF03204113\">https:\/\/doi.org\/10.3758\/BF03204113<\/a><\/li>\n<li>Philbeck, J. W., &amp; Mershon, D. H. (2002). Knowledge about surroundings alleviates the underestimation of auditory distance. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 111(5), 2337-2342. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1466867\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1466867<\/a><\/li>\n<li>Rayleigh, L. (1907). On our perception of sound direction. <em>Philosophical Magazine<\/em>, 13(74), 214-232. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/14786440709463595\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/14786440709463595<\/a><\/li>\n<li>Zahorik, P. (2002). Assessing auditory distance perception using virtual acoustics. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 111(4), 1832-1846. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1458027\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1458027<\/a><\/li>\n<li>Zahorik, P., Brungart, D. S., &amp; Bronkhorst, A. W. (2005). Auditory distance perception in humans: A summary of past and present research. <em>Acta Acustica united with Acustica<\/em>, 91(3), 409-420. <a href=\"https:\/\/www.ingentaconnect.com\/content\/dav\/aaua\/2005\/00000091\/00000003\/art00003\">https:\/\/www.ingentaconnect.com\/content\/dav\/aaua\/2005\/00000091\/00000003\/art00003<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Explorez les indices de distance auditive : bases psychoacoustiques, r\u00f4le du ratio direct\/r\u00e9verb\u00e9r\u00e9, absorption spectrale et mod\u00e9lisations cognitives.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[4562,4578,647],"tags":[35448,35446,8646,21406,5217,35447],"class_list":["post-21240","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-perception-sensorielle","category-psychoacoustique","category-psychologie-cognitive","tag-acoustique-3d","tag-distance-auditive","tag-indices-acoustiques","tag-perception-spatiale","tag-psychoacoustique","tag-ratio-direct-reverbere"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21240","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21240\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21240"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21240"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21240"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}