{"id":21234,"date":"2026-10-25T09:36:15","date_gmt":"2026-10-25T09:36:15","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=fermeture-auditive"},"modified":"2026-10-25T09:36:15","modified_gmt":"2026-10-25T09:36:15","slug":"fermeture-auditive","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=fermeture-auditive","title":{"rendered":"Fermeture auditive : D\u00e9coder l&rsquo;incomplet"},"content":{"rendered":"<p>Au sein des m\u00e9canismes complexes r\u00e9gissant la communication humaine, le syst\u00e8me nerveux central d\u00e9ploie une facult\u00e9 remarquable lui permettant de reconstruire un message verbal coh\u00e9rent \u00e0 partir de stimuli fragmentaires ou alt\u00e9r\u00e9s par l&rsquo;environnement acoustique. La fermeture auditive constitue pr\u00e9cis\u00e9ment cette comp\u00e9tence neurocognitive indispensable qui comble les lacunes du signal sonore pour pr\u00e9server l&rsquo;intelligibilit\u00e9 du discours. Sans cette aptitude fondamentale, la moindre conversation dans un environnement bruyant ou au t\u00e9l\u00e9phone deviendrait une \u00e9nigme ind\u00e9chiffrable pour le cerveau humain.<\/p>\n<h2>Fermeture auditive<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La fermeture auditive, parfois d\u00e9sign\u00e9e sous le terme de cl\u00f4ture auditive, renvoie \u00e0 la capacit\u00e9 du syst\u00e8me auditif central et des structures cognitives sup\u00e9rieures d&rsquo;identifier un signal acoustique complet ou une unit\u00e9 linguistique globale lorsque des segments de ce signal sont manquants, att\u00e9nu\u00e9s, d\u00e9form\u00e9s ou masqu\u00e9s par un bruit de fond concurrent. Elle permet \u00e0 l&rsquo;auditeur d&rsquo;extraire le sens d&rsquo;un \u00e9nonc\u00e9 verbal ou la structure d&rsquo;une s\u00e9quence sonore \u00e0 partir d&rsquo;indices acoustiques partiels ou d\u00e9grad\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et audiologique, cette fonction ne rel\u00e8ve pas de la simple acuit\u00e9 auditive p\u00e9riph\u00e9rique mesur\u00e9e par l&rsquo;audiogramme tonal classique, mais s&rsquo;inscrit au c\u0153ur des processus du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_du_traitement_auditif\">traitement auditif central<\/a>. La fermeture auditive mobilise des interactions bidirectionnelles complexes, combinant des m\u00e9canismes ascendants (fond\u00e9s sur le d\u00e9codage des r\u00e9sidus spectraux et temporels disponibles) et des m\u00e9canismes descendants (faisant appel aux connaissances lexicales, phonotactiques, s\u00e9mantiques et contextuelles de l&rsquo;individu).<\/p>\n<p>En l&rsquo;absence d&rsquo;une fermeture auditive efficace, l&rsquo;auditeur \u00e9prouve des difficult\u00e9s disproportionn\u00e9es \u00e0 comprendre la parole dans le bruit, \u00e0 suivre des conversations interrompues par des bruits transitoires, ou encore \u00e0 saisir des flux verbaux rapides ou alt\u00e9r\u00e9s par des contraintes techniques, bien que ses seuils auditifs p\u00e9riph\u00e9riques puissent se situer dans les limites de la normale.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab fermeture auditive \u00bb d\u00e9rive historiquement de la traduction fran\u00e7aise du concept anglo-saxon d&rsquo;<em>auditory closure<\/em>, lui-m\u00eame directement tributaire de la notion psychologique de <em>closure<\/em> issue des travaux pionniers de la psychologie de la forme (<em>Gestaltpsychologie<\/em>) au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. En allemand, le terme <em>Geschlossenheit<\/em> d\u00e9signait la propension de la perception humaine \u00e0 organiser les \u00e9l\u00e9ments sensoriels discontinus en figures r\u00e9guli\u00e8res, compl\u00e8tes et stables.<\/p>\n<p>Le substantif \u00ab fermeture \u00bb provient du latin populaire <em>clauditura<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du verbe classique <em>claudere<\/em> signifiant \u00ab fermer \u00bb, \u00ab clore \u00bb, \u00ab enfermer \u00bb ou \u00ab achever \u00bb. L&rsquo;adjectif \u00ab auditive \u00bb trouve sa racine dans le latin <em>auditus<\/em>, participe pass\u00e9 du verbe <em>audire<\/em>, qui signifie \u00ab entendre \u00bb ou \u00ab \u00e9couter \u00bb. Dans le champ francophone des sciences du langage, de l&rsquo;orthophonie et de la neuropsychologie, les sp\u00e9cialistes alternent parfois entre les termes de \u00ab fermeture auditive \u00bb et de \u00ab cl\u00f4ture auditive \u00bb, le premier \u00e9tant largement pr\u00e9dominant dans la litt\u00e9rature clinique contemporaine d&rsquo;inspiration audiologique, tandis que le second reste employ\u00e9 dans certaines traditions d&rsquo;inspiration gestaltiste ou linguistique.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle de l&rsquo;expression dans le domaine de l&rsquo;\u00e9valuation des habilet\u00e9s auditivo-perceptives et du langage date des ann\u00e9es 1960 et 1970, notamment sous l&rsquo;impulsion de chercheurs tels que Samuel Kirk, James McCarthy et Winifred Kirk lors du d\u00e9veloppement de l&rsquo;<em>Illinois Test of Psycholinguistic Abilities<\/em> (ITPA), qui ont institutionnalis\u00e9 l&rsquo;\u00e9tude de la cl\u00f4ture grammaticale et de la cl\u00f4ture auditive comme marqueurs du d\u00e9veloppement neurod\u00e9veloppemental de l&rsquo;enfant.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, \u00ab fermeture auditive \u00bb se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme : <strong>\/f\u025b\u0281.m\u0259.ty\u0281 o.di.tiv\/<\/strong>. En fran\u00e7ais standard, la liaison n&rsquo;a pas lieu d&rsquo;\u00eatre entre les deux mots, bien que la s\u00e9quence fluide se caract\u00e9rise par une articulation continue des voyelles ant\u00e9rieures et post\u00e9rieures.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin singulier. Les formes attest\u00e9es et variantes d&rsquo;usage incluent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fermeture auditive<\/strong> (forme standard la plus fr\u00e9quente en orthophonie, audiologie et neurosciences cognitives).<\/li>\n<li><strong>Cl\u00f4ture auditive<\/strong> (variante synonymique courante dans la litt\u00e9rature psycholinguistique et cognitive).<\/li>\n<li><strong>Aptitude de fermeture auditive<\/strong> ou <strong>capacit\u00e9 de cl\u00f4ture auditive<\/strong> (formulations p\u00e9riphrastiques employ\u00e9es pour d\u00e9signer le trait psychom\u00e9trique mesur\u00e9 lors de bilans standardis\u00e9s).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e anglo-saxonne, le terme correspondant direct est <em>auditory closure<\/em>, occasionnellement rapproch\u00e9 des notions de <em>phonemic restoration<\/em> ou de <em>perceptual filling-in<\/em> dans les branches exp\u00e9rimentales de la psychoacoustique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la fermeture auditive dans toute sa profondeur, il convient d&rsquo;analyser la mani\u00e8re dont le syst\u00e8me nerveux humain traite les signaux acoustiques dans les conditions \u00e9cologiques du monde r\u00e9el. Contrairement aux environnements de laboratoire id\u00e9alis\u00e9s ou aux cabines insonoris\u00e9es, la parole quotidienne n&rsquo;est presque jamais transmise sous une forme acoustique immacul\u00e9e. Elle subit en permanence l&rsquo;influence de perturbations externes telles que les \u00e9chos, la r\u00e9verb\u00e9ration des parois architecturales, le brouhaha ambiant, les interruptions m\u00e9caniques et la distorsion \u00e9lectroacoustique des syst\u00e8mes de t\u00e9l\u00e9communication.<\/p>\n<p>Face \u00e0 cette d\u00e9gradation inh\u00e9rente du signal entrant, le cortex auditif et les r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux associ\u00e9s ne fonctionnent pas comme un simple magn\u00e9tophone passif qui enregistrerait fid\u00e8lement les informations lacunaires. Le cerveau op\u00e8re une v\u00e9ritable synth\u00e8se perceptive et s\u00e9mantique en g\u00e9n\u00e9rant activement des hypoth\u00e8ses sur le contenu manquant. Ce processus repose sur ce que les neurosciences cognitives modernes mod\u00e9lisent sous l&rsquo;angle du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Codage_pr%C3%A9dictif\">codage pr\u00e9dictif<\/a> : le syst\u00e8me nerveux projette continuellement des pr\u00e9dictions descendantes fond\u00e9es sur l&rsquo;exp\u00e9rience ant\u00e9rieure, qui viennent combler les lacunes physiques de l&rsquo;afflux sensoriel ascendant.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre de la fermeture auditive s&rsquo;\u00e9tend de la restitution phon\u00e9mique imm\u00e9diate jusqu&rsquo;\u00e0 la reconstruction d&rsquo;\u00e9nonc\u00e9s syntaxiques entiers. Au niveau micro-analytique, lorsqu&rsquo;une consonne est \u00e9touff\u00e9e par un claquement de porte ou un toussotement, l&rsquo;auditeur ne per\u00e7oit pas un trou silencieux ou une rupture incompr\u00e9hensible ; son syst\u00e8me nerveux ins\u00e8re inconsciemment le phon\u00e8me attendu en exploitant les transitions formatiques r\u00e9siduelles pr\u00e9sentes sur les voyelles adjacentes. Au niveau macro-analytique, si plusieurs syllabes ou mots sont masqu\u00e9s, la fermeture auditive fait appel \u00e0 la redondance lexicale et contextuelle pour restaurer l&rsquo;intention communicative de l&rsquo;\u00e9metteur.<\/p>\n<p>Il existe toutefois des limites physiologiques et cognitives \u00e0 ce pouvoir de compensation. La fermeture auditive exige une quantit\u00e9 minimale d&rsquo;indices physiques p\u00e9riph\u00e9riques : si le ratio signal sur bruit devient excessivement d\u00e9favorable ou si la vitesse d&rsquo;\u00e9locution d\u00e9passe les capacit\u00e9s d&rsquo;\u00e9chantillonnage temporel du cerveau, le m\u00e9canisme de compl\u00e9tion \u00e9choue, menant \u00e0 une rupture de la compr\u00e9hension. De surcro\u00eet, cette fonction sollicite lourdement la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9moire_de_travail\">m\u00e9moire de travail<\/a> et les fonctions ex\u00e9cutives, g\u00e9n\u00e9rant une charge cognitive importante, souvent qualifi\u00e9e de fatigue d&rsquo;\u00e9coute chez les individus pr\u00e9sentant des d\u00e9ficits auditifs ou attentionnels.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La gen\u00e8se conceptuelle de la fermeture auditive s&rsquo;enracine dans les observations de l&rsquo;\u00e9cole de Berlin de la psychologie de la forme au cours des ann\u00e9es 1920. Si des pionniers tels que Max Wertheimer, Kurt Koffka et Wolfgang K\u00f6hler ont initialement formalis\u00e9 les principes d&rsquo;organisation perceptive (notamment la loi de cl\u00f4ture) dans le champ visuel, ils avaient d\u00e9j\u00e0 postul\u00e9 que ces principes repr\u00e9sentaient des propri\u00e9t\u00e9s intrins\u00e8ques universelles du syst\u00e8me nerveux central, applicables \u00e0 l&rsquo;ensemble des modalit\u00e9s sensorielles.<\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;av\u00e8nement de la psychoacoustique exp\u00e9rimentale a permis de v\u00e9rifier ces postulats empiriquement dans le domaine auditif. Une \u00e9tape d\u00e9cisive a \u00e9t\u00e9 franchie en 1970 avec les exp\u00e9riences s\u00e9minales de Richard M. Warren sur l&rsquo;effet de restauration phon\u00e9mique (<em>phonemic restoration effect<\/em>). Warren a d\u00e9montr\u00e9 que lorsqu&rsquo;un phon\u00e8me d&rsquo;un mot enregistr\u00e9 \u00e9tait d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment supprim\u00e9 et remplac\u00e9 par une bouff\u00e9e de bruit blanc d&rsquo;une dur\u00e9e \u00e9quivalente, les auditeurs non seulement entendaient le mot intact, mais se trouvaient dans l&rsquo;incapacit\u00e9 d&rsquo;identifier avec pr\u00e9cision quel segment avait \u00e9t\u00e9 alt\u00e9r\u00e9 par le bruit. Cette d\u00e9couverte historique a fourni la preuve mat\u00e9rielle irr\u00e9futable que le syst\u00e8me auditif effectue une synth\u00e8se r\u00e9paratrice active et non une simple juxtaposition d&rsquo;informations sonores.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, durant les ann\u00e9es 1970 et 1980, le d\u00e9veloppement de l&rsquo;audiologie clinique a conduit des chercheurs comme Jack Katz et Robert Keith \u00e0 conceptualiser le trouble du traitement auditif central (<em>Central Auditory Processing Disorder<\/em> ou CAPD\/TPA). Ces auteurs ont identifi\u00e9 la fermeture auditive comme l&rsquo;une des dimensions centrales n\u00e9cessaires au diagnostic des d\u00e9ficits auditifs centraux chez les enfants en \u00e9chec scolaire et chez les adultes c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9s. L&rsquo;introduction d&rsquo;\u00e9preuves mesurant la reconnaissance de mots filtr\u00e9s en fr\u00e9quence (<em>filtered speech tests<\/em>) ou comprim\u00e9s temporellement (<em>time-compressed speech<\/em>) a permis de standardiser la quantification de cette habilet\u00e9.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1990 et 2000, l&rsquo;av\u00e8nement des techniques de neuro-imagerie fonctionnelle (IRMf, magn\u00e9toenc\u00e9phalographie et potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs \u00e0 longue latence) a permis de localiser pr\u00e9cis\u00e9ment les r\u00e9seaux sous-tendant la fermeture auditive, confirmant l&rsquo;implication cruciale des aires auditives secondaires, du gyrus temporal sup\u00e9rieur, ainsi que des r\u00e9gions pr\u00e9frontales impliqu\u00e9es dans la m\u00e9moire de travail et la s\u00e9lection lexicale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension scientifique de la fermeture auditive s&rsquo;appuie sur la convergence de plusieurs cadres th\u00e9oriques majeurs issus de la psychologie cognitive, de la linguistique et des neurosciences computationnelles.<\/p>\n<p>Le premier socle th\u00e9orique repose sur la th\u00e9orie de la Gestalt appliqu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;audition, souvent d\u00e9sign\u00e9e sous le nom d&rsquo;analyse de sc\u00e8nes auditives (<em>Auditory Scene Analysis<\/em> ou ASA), magistralement conceptualis\u00e9e par Albert Bregman en 1990. Selon ce cadre th\u00e9orique, l&rsquo;environnement acoustique se compose d&rsquo;un m\u00e9lange indiff\u00e9renci\u00e9 d&rsquo;ondes sonores qui convergent vers le tympan. Le cerveau applique des r\u00e8gles de s\u00e9gr\u00e9gation et d&rsquo;int\u00e9gration afin de regrouper les composantes fr\u00e9quentielles et temporelles appartenant \u00e0 une m\u00eame source physique. Le principe de continuit\u00e9 illusoire et de fermeture permet \u00e0 l&rsquo;auditeur de percevoir un flux continu m\u00eame lorsqu&rsquo;un son d&rsquo;intensit\u00e9 sup\u00e9rieure vient masquer temporairement une portion du signal initial.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me mod\u00e8le d&rsquo;importance est le mod\u00e8le de cohorte de William Marslen-Wilson, enrichi ult\u00e9rieurement par le mod\u00e8le TRACE de James McClelland et Jeffrey Elman. Ces mod\u00e8les connexionnistes de reconnaissance de la parole expliquent comment la fermeture auditive fonctionne au niveau phon\u00e9tique et lexical. Lorsqu&rsquo;un signal d\u00e9grad\u00e9 parvient aux oreilles de l&rsquo;auditeur, les indices acoustiques partiels activent un ensemble restreint de candidats lexicaux potentiels au sein du lexique mental. D\u00e8s que le contexte s\u00e9mantique ou grammatical converge avec l&rsquo;un de ces candidats, les connexions feedback descendantes inhibent les comp\u00e9titeurs et restaurent la repr\u00e9sentation interne du mot cible, op\u00e9rant ainsi la fermeture auditive avant m\u00eame que l&rsquo;\u00e9nonc\u00e9 ne soit parachev\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, le paradigme moderne de l&rsquo;inf\u00e9rence bay\u00e9sienne et du codage pr\u00e9dictif unifie ces observations au sein d&rsquo;une m\u00e9tath\u00e9orie math\u00e9matique de l&rsquo;activit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. Selon ce paradigme, le cerveau constitue une machine pr\u00e9dictive cherchant continuellement \u00e0 minimiser l&rsquo;erreur de pr\u00e9diction sensorielle. Lors de l&rsquo;\u00e9coute d&rsquo;un signal d\u00e9grad\u00e9, la pr\u00e9cision des signaux ascendants diminue, ce qui pousse le syst\u00e8me nerveux \u00e0 accorder un poids accru aux repr\u00e9sentations pr\u00e9alables (les <em>priors<\/em>). La fermeture auditive correspond alors \u00e0 la convergence optimale entre une information ascendante floue et une pr\u00e9diction descendante hautement structur\u00e9e.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La fermeture auditive ne constitue pas une entit\u00e9 monolithique indiff\u00e9renci\u00e9e ; elle se subdivise en sous-processus distincts et se manifeste selon plusieurs dimensions acoustiques et cognitives compl\u00e9mentaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fermeture spectrale (filtrage fr\u00e9quentiel) :<\/strong> Capacit\u00e9 \u00e0 reconstituer le message vocal lorsque certaines bandes de fr\u00e9quences sont \u00e9limin\u00e9es, comme lors de l&rsquo;\u00e9coute \u00e0 travers un r\u00e9cepteur t\u00e9l\u00e9phonique traditionnel qui coupe les fr\u00e9quences inf\u00e9rieures \u00e0 300 Hz et sup\u00e9rieures \u00e0 3400 Hz. Le cerveau exploite la fr\u00e9quence fondamentale r\u00e9siduelle et les formants subsistants pour identifier les voyelles et les consonnes.<\/li>\n<li><strong>Fermeture temporelle (interruption ou compression) :<\/strong> Facult\u00e9 de pr\u00e9server la signification de la parole lorsqu&rsquo;elle est compress\u00e9e dans le temps (acc\u00e9l\u00e9ration sans distorsion de pitch) ou lorsqu&rsquo;elle est p\u00e9riodiquement interrompue par des coupures de transmission ou des silences artificiels. Cette dimension \u00e9value la r\u00e9solution et la flexibilit\u00e9 temporelle du cortex auditif.<\/li>\n<li><strong>Fermeture en pr\u00e9sence de bruit masquant (bruit blanc, bruit de parole ou cocktail-party) :<\/strong> Habilet\u00e9 \u00e0 d\u00e9simbriquer les fragments de signal de parole qui \u00e9mergent p\u00e9riodiquement des creux d&rsquo;un bruit fluctuant concurrent, un ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e9galement rattach\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute dans les creux (<em>glimpsing<\/em>).<\/li>\n<li><strong>Fermeture phon\u00e9mique et lexicale :<\/strong> Capacit\u00e9 psycholinguistique \u00e0 r\u00e9ins\u00e9rer les unit\u00e9s phoniques omises au sein de mots isol\u00e9s sans appui syntaxique fort, reposant principalement sur l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du lexique auditif d&rsquo;entr\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Fermeture contextuelle et s\u00e9mantique :<\/strong> Mobilisation d&rsquo;indices discursifs et situationnels \u00e9largis pour d\u00e9duire des segments de phrases compl\u00e8tement absents, impliquant massivement les r\u00e9seaux de haut niveau du langage et de la m\u00e9moire s\u00e9mantique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation empirique et clinique permet de rendre tangibles les manifestations r\u00e9guli\u00e8res de la fermeture auditive chez l&rsquo;individu sain comme chez l&rsquo;individu pr\u00e9sentant des alt\u00e9rations perceptives.<\/p>\n<p>Dans la vie courante, consid\u00e9rons le cas classique d&rsquo;une conversation au sein d&rsquo;une station de m\u00e9tro anim\u00e9e. Une voyageuse s&rsquo;adresse \u00e0 un guichetier : \u00ab Pourriez-vous m&rsquo;indi-\u2026 le chemin pour la li-\u2026 quatorze ? \u00bb. Au moment exact o\u00f9 les syllabes centrales sont prononc\u00e9es, le crissement strident d&rsquo;une rame freine sur les rails, couvrant enti\u00e8rement le spectre acoustique de la voix. Un guichetier disposant d&rsquo;une excellente fermeture auditive ne remarquera m\u00eame pas l&rsquo;interruption : son cerveau aura restaur\u00e9 instantan\u00e9ment \u00ab m&rsquo;indiquer \u00bb et \u00ab ligne \u00bb, et il r\u00e9pondra sans la moindre h\u00e9sitation. \u00c0 l&rsquo;inverse, une personne pr\u00e9sentant un d\u00e9ficit de fermeture auditive demandera imm\u00e9diatement \u00e0 la voyageuse de r\u00e9p\u00e9ter l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de sa phrase.<\/p>\n<p>Dans le domaine clinique, illustrons cette situation par le cas de Julien, un \u00e9colier de 8 ans orient\u00e9 en orthophonie pour des difficult\u00e9s d&rsquo;apprentissage de la lecture et une inattention marqu\u00e9e en classe. L&rsquo;audiom\u00e9trie tonale en conduction a\u00e9rienne et osseuse r\u00e9v\u00e8le une audition p\u00e9riph\u00e9rique irr\u00e9prochable avec des seuils \u00e0 10 dB sur toutes les fr\u00e9quences. Pourtant, d\u00e8s que l&rsquo;enseignant circule dans la pi\u00e8ce tout en s&rsquo;exprimant au milieu des bruits de chaises et de chuchotements, Julien d\u00e9croche totalement et para\u00eet d\u00e9sorient\u00e9. Soumis \u00e0 une \u00e9preuve de parole dans le bruit et de mots filtr\u00e9s, ses scores chutent dramatiquement d\u00e8s que le signal est appauvri. Julien s&rsquo;av\u00e8re incapable d&rsquo;exploiter les bribes sonores pour reconstituer les mots incomplets ; il souffre d&rsquo;un d\u00e9ficit sp\u00e9cifique de la fermeture auditive dans le cadre d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_du_d%C3%A9veloppement_du_langage\">trouble d\u00e9veloppemental du langage<\/a> et du traitement auditif.<\/p>\n<p>Un autre exemple frappant concerne les porteurs d&rsquo;implants cochl\u00e9aires. Le signal d\u00e9livr\u00e9 par les \u00e9lectrodes intrachochl\u00e9aires est une repr\u00e9sentation grossi\u00e8rement d\u00e9grad\u00e9e du spectre sonore d&rsquo;origine, souvent limit\u00e9e \u00e0 12 ou 22 canaux d&rsquo;information fr\u00e9quentielle. L&rsquo;adaptation remarquable et la r\u00e9habilitation r\u00e9ussie des patients implant\u00e9s reposent quasi int\u00e9gralement sur la plasticit\u00e9 de leur syst\u00e8me de fermeture auditive, qui apprend \u00e0 r\u00e9interpr\u00e9ter un signal hautement synth\u00e9tique et \u00e0 le mapper efficacement sur les traces lexicales stock\u00e9es dans leur m\u00e9moire \u00e0 long terme.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychom\u00e9trique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation de la fermeture auditive constitue un volet essentiel des batteries d&rsquo;\u00e9valuation audiologique centrale et des bilans neuropsychologiques et orthophoniques standardis\u00e9s. Les outils d&rsquo;\u00e9valuation recourent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 la d\u00e9gradation syst\u00e9matique du signal acoustique sous une forme contr\u00f4l\u00e9e afin de mesurer le seuil de rupture de la compr\u00e9hension de l&rsquo;auditeur.<\/p>\n<p>Parmi les paradigmes exp\u00e9rimentaux et cliniques les plus couramment exploit\u00e9s, on distingue :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le test de parole filtr\u00e9e (<em>Filtered Speech Test<\/em>) :<\/strong> Ce test pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;auditeur des listes de mots mono- ou dissyllabiques qui ont subi un filtrage passe-bas (g\u00e9n\u00e9ralement en supprimant les fr\u00e9quences au-del\u00e0 de 500 Hz ou 1000 Hz). Cette manipulation prive l&rsquo;auditeur des indices spectraux aigus indispensables \u00e0 l&rsquo;identification directe des consonnes fricatives et occlusives, contraignant le syst\u00e8me auditif central \u00e0 op\u00e9rer une fermeture sur la base des seuls r\u00e9sidus de basse fr\u00e9quence.<\/li>\n<li><strong>Le test de parole comprim\u00e9e dans le temps (<em>Time-Compressed Speech Test<\/em>) :<\/strong> Les stimuli vocaux sont acc\u00e9l\u00e9r\u00e9s \u00e9lectroacoustiquement de 40 % \u00e0 60 % sans modifier leur hauteur spectrale. Ce protocole r\u00e9duit la dur\u00e9e des indices temporels stables (notamment les voyelles), testant ainsi la rapidit\u00e9 avec laquelle les r\u00e9seaux corticaux r\u00e9alisent la synth\u00e8se phon\u00e9mique.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9preuve de parole interrompue (<em>Interrupted Speech Test<\/em>) :<\/strong> Le signal continu de la parole est hach\u00e9 p\u00e9riodiquement par des segments de silence ou de bruit \u00e0 une fr\u00e9quence temporelle d\u00e9termin\u00e9e (par exemple 2 \u00e0 10 interruptions par seconde). L&rsquo;\u00e9preuve \u00e9value la capacit\u00e9 de reconstruction d&rsquo;intervalles manquants par continuit\u00e9 perceptive.<\/li>\n<li><strong>Les \u00e9preuves de d\u00e9tection de parole dans le bruit (telles que le <em>Speech-in-Noise<\/em> [SIN], le <em>QuickSIN<\/em> ou le test fran\u00e7ais VRB &#8211; Vocale Rapide dans le Bruit) :<\/strong> Bien qu&rsquo;\u00e9valuant plus globalement l&rsquo;int\u00e9gration binaurale et la s\u00e9gr\u00e9gation de sources sonores, ces outils fournissent une mesure indirecte directe de l&rsquo;aptitude de l&rsquo;auditeur \u00e0 cl\u00f4turer des \u00e9nonc\u00e9s soumis \u00e0 un masquage \u00e9nerg\u00e9tique et informationnel concurrent.<\/li>\n<li><strong>Les subtests linguistiques sp\u00e9cifiques :<\/strong> Dans les bilans de langage de l&rsquo;enfant (comme le subtest de fermeture auditive de l&rsquo;ITPA ou des batteries de conscience phonologique), l&rsquo;\u00e9valuateur \u00e9nonce des mots auxquels il manque une syllabe ou un phon\u00e8me initial\/m\u00e9dian\/final (par exemple \u00ab cha-&#8230;eau \u00bb pour \u00ab chapeau \u00bb) et demande \u00e0 l&rsquo;enfant d&rsquo;identifier le mot complet.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation et la compr\u00e9hension de la fermeture auditive trouvent de multiples r\u00e9percussions fondamentales dans des contextes cliniques, p\u00e9dagogiques, professionnels et technologiques vari\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique et r\u00e9\u00e9ducatif, l&rsquo;identification pr\u00e9coce d&rsquo;une faiblesse en fermeture auditive permet d&rsquo;\u00e9laborer des programmes d&rsquo;entra\u00eenement auditif cibl\u00e9 (<em>auditory training<\/em>). En orthophonie et en audiologie, des protocoles informatis\u00e9s ou dirig\u00e9s exposent progressivement les patients \u00e0 des t\u00e2ches d&rsquo;identification vocale avec des niveaux d&rsquo;alt\u00e9ration acoustique ou de bruit croissant. Ces exercices favorisent la neuroplasticit\u00e9 corticale, renforcent la flexibilit\u00e9 attentionnelle et entra\u00eenent l&rsquo;acc\u00e8s lexical rapide, am\u00e9liorant substantiellement l&rsquo;autonomie communicative des patients souffrant de presbyacousie ou d&rsquo;atteintes auditives centrales cons\u00e9cutives \u00e0 un traumatisme cr\u00e2nien ou un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Dans le secteur de l&rsquo;\u00e9ducation, la reconnaissance de la d\u00e9pendance des \u00e9l\u00e8ves envers la fermeture auditive a r\u00e9volutionn\u00e9 l&rsquo;ergonomie des salles de classe. Les jeunes enfants poss\u00e8dent des comp\u00e9tences lexicales et linguistiques encore en construction et ne disposent pas des r\u00e9serves contextuelles de l&rsquo;adulte pour suppl\u00e9er les lacunes acoustiques d&rsquo;un discours hach\u00e9. En cons\u00e9quence, une mauvaise acoustique scolaire (r\u00e9verb\u00e9ration excessive, bruit des ventilateurs ou bruits de couloir) alt\u00e8re plus gravement la compr\u00e9hension d&rsquo;un enfant qu&rsquo;un auditoire adulte. La mise en place de syst\u00e8mes de transmission microphonique sans fil \u00e0 modulation de fr\u00e9quence (syst\u00e8mes HF\/FM) directement coupl\u00e9s aux oreilles des \u00e9l\u00e8ves vuln\u00e9rables permet de pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du signal et d&rsquo;all\u00e9ger la charge pesant sur leur fermeture auditive.<\/p>\n<p>Enfin, dans l&rsquo;industrie technologique des t\u00e9l\u00e9communications et de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Intelligence_artificielle\">intelligence artificielle<\/a>, la mod\u00e9lisation math\u00e9matique de la fermeture auditive humaine inspire le d\u00e9veloppement d&rsquo;algorithmes de d\u00e9bruitage, de compression audio (codecs vocaux) et de reconnaissance automatique de la parole (ASR). Les r\u00e9seaux de neurones profonds contemporains int\u00e8grent d\u00e9sormais des architectures r\u00e9currentes simulant les pr\u00e9dictions descendantes du cerveau humain pour parvenir \u00e0 transcrire fid\u00e8lement des signaux vocaux d\u00e9grad\u00e9s ou enregistr\u00e9s dans des conditions environnementales hostiles.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations men\u00e9es en sciences cognitives ont accumul\u00e9 un volume imposant de donn\u00e9es empiriques pr\u00e9cisant les corr\u00e9lats anatomiques et fonctionnels sous-tendant la fermeture auditive.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude pionni\u00e8re de Warren et Obusek (1971) a \u00e9tabli que la restauration phon\u00e9mique est significativement plus puissante lorsque le phon\u00e8me manquant est remplac\u00e9 par un son plus fort et spectralement \u00e9tendu (tel qu&rsquo;un bruit de toux ou de friction) que lorsqu&rsquo;il est substitu\u00e9 par un simple silence. Ces r\u00e9sultats ont montr\u00e9 que le syst\u00e8me auditif requiert une justification acoustique plausible pour activer ses m\u00e9canismes de compl\u00e9tion : le cerveau d\u00e9duit logiquement que le son masquant a couvert le phon\u00e8me pr\u00e9sent, tandis qu&rsquo;un silence explicite signale l&rsquo;absence physique r\u00e9elle du phon\u00e8me dans la production du locuteur.<\/p>\n<p>Sur le versant de la neuro-imagerie, des \u00e9tudes en IRMf ont mis en exergue l&rsquo;implication pr\u00e9pond\u00e9rante du planum temporale et du gyrus de Heschl dans le traitement pr\u00e9coce des disparit\u00e9s acoustiques, relay\u00e9e quasi instantan\u00e9ment par le gyrus temporal sup\u00e9rieur (STS) gauche et le gyrus frontal inf\u00e9rieur (aire de Broca) lorsque la reconstruction lexicale s&rsquo;av\u00e8re n\u00e9cessaire. Davis et Johnsrude (2003) ont d\u00e9montr\u00e9 au moyen d&rsquo;analyses d&rsquo;imagerie que l&rsquo;activit\u00e9 dans les aires temporales ant\u00e9rieures et les aires pr\u00e9frontales s&rsquo;accro\u00eet de mani\u00e8re spectaculaire \u00e0 mesure que l&rsquo;intelligibilit\u00e9 acoustique de la parole diminue, attestant de l&rsquo;activation robuste des m\u00e9canismes descendants de fermeture auditive pour pallier l&rsquo;indigence du signal sensoriel.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les travaux conduits par Nina Kraus et son \u00e9quipe au laboratoire Auditory Neuroscience de la Northwestern University ont mis en lumi\u00e8re que la pr\u00e9cision du codage neural des sons au niveau du tronc c\u00e9r\u00e9bral (mesur\u00e9e par la r\u00e9ponse auditive \u00e9voqu\u00e9e du tronc c\u00e9r\u00e9bral aux sons de parole, ou cABR) est hautement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 la performance aux tests de fermeture auditive et \u00e0 la compr\u00e9hension de la parole dans le bruit. Ces donn\u00e9es confirment que la fermeture auditive ne repr\u00e9sente pas uniquement un raisonnement intellectuel tardif, mais d\u00e9coule d&rsquo;un affinage synchrone continu entre le tronc c\u00e9r\u00e9bral sous-cortical et les r\u00e9gions corticales associatives.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et translinguistiques<\/h3>\n<p>La manifestation et l&rsquo;efficacit\u00e9 de la fermeture auditive s&rsquo;articulent \u00e9troitement avec les caract\u00e9ristiques phonotactiques, prosodiques et structurelles des diff\u00e9rentes langues maternelles.<\/p>\n<p>Chaque idiome poss\u00e8de une architecture linguistique distincte caract\u00e9ris\u00e9e par un niveau variable de redondance morphologique, syntaxique et phon\u00e9tique. Dans les langues romanes telles que le fran\u00e7ais, la structure syllabique est majoritairement de type Consonne-Voyelle (CV) r\u00e9guli\u00e8re, et les variations de liaisons syntaxiques fournissent des indices phonotactiques importants permettant une fermeture rapide. En revanche, dans les langues germaniques ou slaves pr\u00e9sentant de volumineux complexes consonantiques initiaux ou finaux, la nature des indices exploit\u00e9s pour r\u00e9tablir une consonne masqu\u00e9e d\u00e9pend bien davantage de la reconnaissance fine des transitions de micro-dur\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans le cas des langues tonales comme le mandarin standard, le cantonais ou le vietnamien, la fermeture auditive rev\u00eat une complexit\u00e9 accrue. La modification ou l&rsquo;occlusion de la trajectoire fondamentale de hauteur (<em>pitch contour<\/em>) d&rsquo;une voyelle alt\u00e8re radicalement le sens du mot lui-m\u00eame, restreignant le recours aux indices spectraux r\u00e9siduels purs et obligeant l&rsquo;auditeur \u00e0 solliciter massivement le contexte discursif global pour op\u00e9rer la fermeture lexicale ad\u00e9quate.<\/p>\n<p>Ces divergences imposent une vigilance extr\u00eame dans l&rsquo;administration des tests de fermeture auditive aupr\u00e8s de populations bilingues, multilingues ou migrantes. Lorsqu&rsquo;un individu est \u00e9valu\u00e9 dans sa langue seconde (L2), ses connaissances lexicales et s\u00e9mantiques sont m\u00e9caniquement moins denses et son automatisation phonotactique s&rsquo;av\u00e8re moins efficiente que chez un locuteur natif. En cons\u00e9quence, les personnes bilingues obtiennent fr\u00e9quemment des r\u00e9sultats significativement inf\u00e9rieurs aux \u00e9preuves de parole filtr\u00e9e ou de parole interrompue dans leur L2, sans que cela ne refl\u00e8te en aucune mani\u00e8re un dysfonctionnement auditif central ou une pathologie neuropsychologique.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Bien que le concept de fermeture auditive soit universellement admis dans les milieux cliniques de l&rsquo;audiologie et de l&rsquo;orthophonie, son statut th\u00e9orique et son ind\u00e9pendance psychom\u00e9trique demeurent l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats acad\u00e9miques.<\/p>\n<p>La critique principale provient du courant de la psychologie cognitive et de la neuropsychologie g\u00e9n\u00e9rale, qui reproche \u00e0 la notion d&rsquo;\u00eatre un concept \u00ab parapluie \u00bb ou un construit circulaire. En effet, lorsqu&rsquo;un patient \u00e9choue \u00e0 une t\u00e2che d&rsquo;identification de mots filtr\u00e9s, les cliniciens attribuent fr\u00e9quemment cet \u00e9chec \u00e0 un \u00ab d\u00e9ficit de fermeture auditive \u00bb. Or, certains auteurs soulignent qu&rsquo;il est malais\u00e9 de dissocier empiriquement la part strictement auditive de l&rsquo;implication de fonctions cognitives non auditives telles que la m\u00e9moire de travail, l&#8217;empan lexical, la vitesse de traitement de l&rsquo;information et l&rsquo;intelligence fluide. Si un patient pr\u00e9sente un vocabulaire pauvre, il \u00e9chouera naturellement \u00e0 reconstituer un mot masqu\u00e9, ind\u00e9pendamment de toute anomalie de ses structures auditives sous-corticales ou temporales.<\/p>\n<p>Un autre point de friction majeur oppose l&rsquo;approche audiologique classique et le mod\u00e8le neurocognitif global d\u00e9fendu par des associations comme l&rsquo;American Psychological Association (APA). Certains neuropsychologues arguent que le trouble sp\u00e9cifique du traitement auditif (TPA), et en particulier ses sous-types comme le d\u00e9ficit isol\u00e9 de fermeture auditive, ne constituerait pas une entit\u00e9 nosologique distincte, mais repr\u00e9senterait plut\u00f4t l&rsquo;expression acoustique de troubles neurod\u00e9veloppementaux plus larges, tels que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_du_d%C3%A9ficit_de_l%27attention_avec_ou_sans_hyperactivit%C3%A9\">trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9<\/a> (TDAH) ou les troubles sp\u00e9cifiques des apprentissages (dyslexie dysphon\u00e9tique).<\/p>\n<p>Enfin, les crit\u00e8res de normalisation et la sensibilit\u00e9 clinique des \u00e9preuves actuelles de fermeture auditive font l&rsquo;objet d&rsquo;interrogations m\u00e9thodologiques. La fid\u00e9lit\u00e9 test-retest de certains protocoles de parole comprim\u00e9e ou filtr\u00e9e pr\u00e9sente une variabilit\u00e9 individuelle notable, li\u00e9e aux variations de l&rsquo;\u00e9tat attentionnel ou de fatigue du patient au moment de l&rsquo;\u00e9valuation, limitant parfois la reproductibilit\u00e9 exacte des diagnostics audiologiques fins.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter tout flou conceptuel, il est primordial de distinguer rigoureusement la fermeture auditive de notions psychophysiologiques et cognitives voisines :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Fermeture auditive vs Acuit\u00e9 auditive :<\/strong> L&rsquo;acuit\u00e9 auditive mesure la sensibilit\u00e9 absolue de l&rsquo;oreille p\u00e9riph\u00e9rique (tympan, cha\u00eene ossiculaire, cochl\u00e9e) \u00e0 d\u00e9tecter la pr\u00e9sence d&rsquo;un son d&rsquo;intensit\u00e9 minimale dans le silence complet. La fermeture auditive repr\u00e9sente un processus neurocognitif central d&rsquo;interpr\u00e9tation et de compl\u00e9tion de motifs structur\u00e9s lorsque le signal est alt\u00e9r\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Fermeture auditive vs S\u00e9gr\u00e9gation auditive (ou d\u00e9masquage spatial) :<\/strong> La s\u00e9gr\u00e9gation consiste \u00e0 s\u00e9parer physiquement deux sources sonores concurrentes \u00e9manant d&#8217;emplacements diff\u00e9rents (par exemple distinguer la voix d&rsquo;un interlocuteur du bruit ambiant d&rsquo;une caf\u00e9t\u00e9ria). La fermeture auditive intervient lorsque l&rsquo;information appartenant \u00e0 la source d&rsquo;int\u00e9r\u00eat a \u00e9t\u00e9 temporairement \u00e9cras\u00e9e et doit \u00eatre restaur\u00e9e int\u00e9rieurement par le cerveau.<\/li>\n<li><strong>Fermeture auditive vs Fermeture visuelle :<\/strong> La fermeture visuelle est l&rsquo;exact \u00e9quivalent de ce m\u00e9canisme au sein de la modalit\u00e9 optique (reconna\u00eetre un visage ou une silhouette g\u00e9om\u00e9trique \u00e0 partir d&rsquo;un dessin aux contours fragmentaires). Bien que r\u00e9gies par des lois gestaltistes comparables, ces habilet\u00e9s reposent sur des voies anatomiques corticales diff\u00e9rentes (syst\u00e8me ventral\/dorsal occipito-temporal vs boucles cortico-sous-corticales auditives).<\/li>\n<li><strong>Fermeture auditive vs Conscience phonologique :<\/strong> La conscience phonologique est la comp\u00e9tence m\u00e9talinguistique explicite permettant d&rsquo;analyser et de manipuler intentionnellement les unit\u00e9s sonores de la langue (syllabes, rimes, phon\u00e8mes). La fermeture auditive est un m\u00e9canisme perceptif automatique implicite, fonctionnant \u00e0 un niveau d&rsquo;int\u00e9gration sensorielle et lexicale direct.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, la fermeture auditive s&rsquo;affirme comme une pierre angulaire de l&rsquo;\u00e9cologie de la communication humaine et des neurosciences de la perception :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle d\u00e9signe l&rsquo;habilet\u00e9 neurocognitive \u00e0 identifier un signal sonore ou un \u00e9nonc\u00e9 verbal global lorsque celui-ci est pr\u00e9sent\u00e9 sous une forme fragmentaire, distordue, comprim\u00e9e ou masqu\u00e9e par du bruit concurrent.<\/li>\n<li>Historiquement ancr\u00e9e dans les principes de la psychologie de la forme (loi de cl\u00f4ture de la Gestalt) et valid\u00e9e empiriquement par la d\u00e9couverte de la restauration phon\u00e9mique, elle constitue une composante majeure du traitement auditif central.<\/li>\n<li>Son fonctionnement repose sur une boucle pr\u00e9dictive unissant des traitements ascendants (analyse des r\u00e9sidus acoustiques disponibles) et des processus descendants puissants (contraintes lexicales, syntaxiques, m\u00e9moire \u00e0 long terme et contexte discursif).<\/li>\n<li>Sur le plan de l&rsquo;\u00e9valuation, elle se mesure au moyen de tests standardis\u00e9s de parole alt\u00e9r\u00e9e, tels que la parole filtr\u00e9e en fr\u00e9quence, la parole interrompue ou la parole acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e.<\/li>\n<li>Sa prise en charge en r\u00e9\u00e9ducation orthophonique et audiologique permet d&rsquo;att\u00e9nuer consid\u00e9rablement le fardeau communicatif et la fatigue d&rsquo;\u00e9coute chez les patients malentendants, les porteurs d&rsquo;implants cochl\u00e9aires, les enfants porteurs de troubles du langage et les personnes \u00e2g\u00e9es confront\u00e9es au d\u00e9clin auditif central.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bregman, A. S. (1990). <em>Auditory Scene Analysis: The Perceptual Organization of Sound<\/em>. The MIT Press. <a href=\"https:\/\/mitpress.mit.edu\/9780262521956\/auditory-scene-analysis\/\">https:\/\/mitpress.mit.edu\/9780262521956\/auditory-scene-analysis\/<\/a><\/li>\n<li>Davis, M. H., &amp; Johnsrude, I. S. (2003). Hierarchical processing in spoken language comprehension. <em>The Journal of Neuroscience<\/em>, 23(8), 3423\u20133431. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.23-08-03423.2003\">https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.23-08-03423.2003<\/a><\/li>\n<li>Katz, J. (1992). Classification of auditory processing disorders. In J. Katz, N. Stecker, &amp; D. Henderson (Eds.), <em>Central Auditory Processing: A Transdisciplinary View<\/em> (pp. 81\u201391). Mosby Year Book.<\/li>\n<li>Kraus, N., &amp; Chandrasekaran, B. (2010). Music training for the development of auditory skills. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 11(8), 599\u2013605. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2882\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2882<\/a><\/li>\n<li>Warren, R. M. (1970). 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