{"id":21228,"date":"2026-10-25T09:20:19","date_gmt":"2026-10-25T09:20:19","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=agnosie-auditive"},"modified":"2026-10-25T09:20:19","modified_gmt":"2026-10-25T09:20:19","slug":"agnosie-auditive","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=agnosie-auditive","title":{"rendered":"Agnosie auditive : Entendre sans comprendre"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;agnosie auditive repr\u00e9sente l&rsquo;une des \u00e9nigmes les plus fascinantes et d\u00e9concertantes des neurosciences cognitives et de la neuropsychologie clinique. Ce d\u00e9ficit neuropsychologique rare se caract\u00e9rise par l&rsquo;incapacit\u00e9 absolue ou partielle \u00e0 reconna\u00eetre, identifier et interpr\u00e9ter les stimuli auditifs en l&rsquo;absence de toute alt\u00e9ration notable de l&rsquo;appareil auditif p\u00e9riph\u00e9rique ou du tronc c\u00e9r\u00e9bral. Confront\u00e9 \u00e0 ce trouble, l&rsquo;individu per\u00e7oit les vibrations acoustiques sans parvenir \u00e0 leur attribuer une signification, vivant ainsi dans un environnement sonore o\u00f9 la parole, la musique ou les bruits du quotidien sont r\u00e9duits \u00e0 un ensemble informe de sensations inintelligibles.<\/p>\n<h2>Agnosie auditive<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;agnosie auditive d\u00e9signe un trouble neurologique acquis ou cong\u00e9nital de la reconnaissance auditive, caract\u00e9ris\u00e9 par une incapacit\u00e9 \u00e0 identifier la signification des sons de l&rsquo;environnement, du langage parl\u00e9 ou des structures musicales, alors que les seuils auditifs \u00e9l\u00e9mentaires et les fonctions cognitives globales demeurent substantiellement pr\u00e9serv\u00e9s. Le sujet entend physiquement le signal acoustique, mais son cerveau ne parvient plus \u00e0 transformer cette perception brute en une repr\u00e9sentation s\u00e9mantiquement accessible.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et neuropsychologique, cette affection constitue un d\u00e9ficit de haut niveau au sein du traitement de l&rsquo;information auditive. Elle ne rel\u00e8ve ni d&rsquo;une perte auditive p\u00e9riph\u00e9rique, telle qu&rsquo;une surdit\u00e9 de transmission ou de perception cochl\u00e9aire, ni d&rsquo;un \u00e9tat de d\u00e9t\u00e9rioration intellectuelle globale comme une d\u00e9mence \u00e9volu\u00e9e, ni d&rsquo;une confusion mentale aigu\u00eb. Les patients d\u00e9crivent fr\u00e9quemment l&rsquo;impression que le monde sonore est devenu une langue \u00e9trang\u00e8re inconnue ou une suite de bruits sans objet.<\/p>\n<p>La nosographie moderne distingue plusieurs sous-cat\u00e9gories selon le type de mat\u00e9riel sonore atteint et selon le niveau de traitement l\u00e9s\u00e9. On oppose traditionnellement les d\u00e9ficits aperceptifs, dans lesquels l&rsquo;analyse structurale du percept acoustique est compromise d\u00e8s les stades pr\u00e9coces du d\u00e9codage cortical, aux d\u00e9ficits associatifs, dans lesquels la structure acoustique est correctement analys\u00e9e mais demeure d\u00e9connect\u00e9e du stock de m\u00e9moire s\u00e9mantique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab agnosie \u00bb puise ses origines dans le grec ancien <em>agn\u00f4sia<\/em> (\u1f00\u03b3\u03bd\u03c9\u03c3\u03af\u03b1), substantif compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif <em>a-<\/em> (\u1f00-, privation, absence) et de la racine <em>gn\u00f4sis<\/em> (\u03b3\u03bd\u1ff6\u03c3\u03b9\u03c2, connaissance, discernement, savoir). Litt\u00e9ralement, le terme se traduit par \u00ab absence de connaissance \u00bb ou \u00ab ignorance \u00bb. Historiquement appliqu\u00e9 \u00e0 des d\u00e9bats philosophiques et th\u00e9ologiques pour caract\u00e9riser l&rsquo;inaccessibilit\u00e9 de certaines v\u00e9rit\u00e9s m\u00e9taphysiques, le mot a \u00e9t\u00e9 r\u00e9investi par le champ m\u00e9dical \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>C&rsquo;est Sigmund Freud qui, dans sa monographie critique sur l&rsquo;aphasie publi\u00e9e en 1891 (<em>Zur Auffassung der Aphasien<\/em>), a officialis\u00e9 le substantif \u00ab <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Agnosie\">agnosie<\/a> \u00bb pour remplacer des expressions plus ambigu\u00ebs comme \u00ab c\u00e9cit\u00e9 psychique \u00bb ou \u00ab surdit\u00e9 psychique \u00bb, alors employ\u00e9es par les neurologues allemands tels que Hermann Munk et Carl Wernicke. L&rsquo;\u00e9pith\u00e8te \u00ab auditive \u00bb d\u00e9coule quant \u00e0 elle du latin classique <em>auditivus<\/em>, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>audire<\/em> (entendre, \u00e9couter). D\u00e8s lors, l&rsquo;expression \u00ab agnosie auditive \u00bb s&rsquo;est impos\u00e9e pour sp\u00e9cifier la modalit\u00e9 sensorielle affect\u00e9e au sein des dissociations perceptivo-cognitives.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique et grammatical, \u00ab agnosie auditive \u00bb est un syntagme nominal f\u00e9minin. Sa transcription phon\u00e9tique en fran\u00e7ais standard, selon l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API), s&rsquo;\u00e9crit [a.\u0261n\u0254.zi o.di.tiv]. Le terme s&#8217;emploie principalement au singulier lorsqu&rsquo;il d\u00e9signe l&rsquo;entit\u00e9 pathologique g\u00e9n\u00e9rale, mais peut \u00eatre d\u00e9clin\u00e9 au pluriel (\u00ab agnosies auditives \u00bb, [a.\u0261n\u0254.zi.z\u203fo.di.tiv]) lorsqu&rsquo;il englobe l&rsquo;ensemble h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de ses sous-types cliniques.<\/p>\n<p>Dans le discours clinique et neuropsychologique francophone, on rencontre des locutions d\u00e9riv\u00e9es telles que \u00ab sujet agnosique auditif \u00bb, \u00ab syndrome agnosique d&rsquo;origine centrale \u00bb ou encore \u00ab traitement auditivo-agnosique \u00bb. Bien que les anglicismes techniques impr\u00e8gnent fr\u00e9quemment la litt\u00e9rature scientifique internationale via l&rsquo;expression <em>auditory agnosia<\/em>, l&rsquo;usage de la nomenclature francophone demeure rigoureusement codifi\u00e9 au sein des trait\u00e9s de neurologie et de neuropsychologie clinique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la complexit\u00e9 conceptuelle de l&rsquo;agnosie auditive, il convient d&rsquo;analyser l&rsquo;architecture fonctionnelle du syst\u00e8me auditif central. L&rsquo;onde sonore, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 capt\u00e9e par le pavillon et amplifi\u00e9e par la cha\u00eene ossiculaire de l&rsquo;oreille moyenne, est transcod\u00e9e en impulsions nerveuses au niveau de la cochl\u00e9e. Ces signaux transitent par le nerf vestibulocochl\u00e9aire (paire cr\u00e2nienne VIII), gravissent les relais du tronc c\u00e9r\u00e9bral (noyaux cochl\u00e9aires, complexe olivaire sup\u00e9rieur, colliculus inf\u00e9rieur) et du thalamus (corps genouill\u00e9 m\u00e9dial) pour finalement atteindre le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortex_auditif\">cortex auditif<\/a> primaire situ\u00e9 dans le gyrus de Heschl (aires de Brodmann 41 et 42).<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;agnosie auditive, les \u00e9tapes neurochimiques et biophysiques jusqu&rsquo;au cortex primaire sont intactes ou relativement \u00e9pargn\u00e9es : les potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs pr\u00e9coces du tronc c\u00e9r\u00e9bral sont g\u00e9n\u00e9ralement normaux et l&rsquo;audiom\u00e9trie tonale liminaire d\u00e9montre que le patient entend les sons purs \u00e0 des intensit\u00e9s physiologiques. La rupture s&rsquo;op\u00e8re au niveau des aires associatives secondaires et tertiaires (aire 22 de Brodmann, planum temporale, cortex temporal sup\u00e9rieur et moyen) ainsi que dans les faisceaux d&rsquo;association cortico-corticaux.<\/p>\n<p>Le traitement auditif s&rsquo;organise selon un continuum modulaire. \u00c0 la r\u00e9ception \u00e9l\u00e9mentaire succ\u00e8de une \u00e9tape d&rsquo;analyse acoustique fine (s\u00e9gr\u00e9gation du flux sonore, analyse tonotopique, d\u00e9tection du timbre, du rythme et de la modulation de fr\u00e9quence). Ensuite intervient la mise en correspondance de ces indices acoustiques avec des repr\u00e9sentations structurales pr\u00e9alablement stock\u00e9es en m\u00e9moire \u00e0 long terme (lexique phonologique, repr\u00e9sentations structurales des bruits familiers, biblioth\u00e8que m\u00e9lodique). Enfin, cette forme acoustique abstraite acc\u00e8de au r\u00e9seau s\u00e9mantique multimodal, permettant au sujet de savoir que le tintement per\u00e7u correspond \u00e0 une sonnette de porte et implique l&rsquo;action d&rsquo;aller ouvrir.<\/p>\n<p>L&rsquo;agnosie auditive peut ainsi r\u00e9sulter d&rsquo;une fracture \u00e0 deux niveaux cardinaux du mod\u00e8le cognitif. Dans l&rsquo;agnosie auditive aperceptive, le sujet ne parvient pas \u00e0 construire une repr\u00e9sentation acoustique stable et distincte du stimulus ; confront\u00e9 \u00e0 deux sons identiques ou l\u00e9g\u00e8rement diff\u00e9rents, il \u00e9choue souvent \u00e0 d\u00e9terminer s&rsquo;ils sont semblables ou dissemblables. Dans l&rsquo;agnosie auditive associative, la structure perceptive est ad\u00e9quatement s\u00e9gr\u00e9g\u00e9e et le patient peut reproduire ou apparier des sons acoustiquement identiques, mais il est rigoureusement incapable de d\u00e9signer l&rsquo;objet source, de le nommer ou de d\u00e9crire sa fonction.<\/p>\n<p>Un autre pan de la conceptualisation r\u00e9side dans la sp\u00e9cificit\u00e9 du domaine l\u00e9s\u00e9. Le traitement auditif humain traite des cat\u00e9gories de stimuli aux contraintes computationnelles radicalement dissemblables : le signal de parole exige une r\u00e9solution temporelle millim\u00e9trique pour discriminer les formants consonantiques et les fronti\u00e8res de voisement ; la musique requiert une discrimination spectrale et fr\u00e9quentielle aigu\u00eb pour l&rsquo;harmonie et la m\u00e9lodie ; enfin, les bruits de l&rsquo;environnement mobilisent un couplage contextuel imm\u00e9diat. Cette s\u00e9gr\u00e9gation fonctionnelle explique pourquoi les agnosies auditives se manifestent souvent de mani\u00e8re dissoci\u00e9e, r\u00e9v\u00e9lant la modularit\u00e9 de l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;agnosie auditive s&rsquo;enracine dans l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de la neurologie localizationniste de la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle. D\u00e8s 1874, Carl Wernicke d\u00e9crit l&rsquo;aphasie sensorielle cons\u00e9cutive \u00e0 des l\u00e9sions du tiers post\u00e9rieur de la premi\u00e8re circonvolution temporale gauche. Cependant, Wernicke et ses contemporains identifient rapidement des tableaux cliniques atypiques o\u00f9 l&rsquo;atteinte semble confin\u00e9e \u00e0 l&rsquo;identification des sons ou des mots entendus sans alt\u00e9ration majeure de la production verbale ou de la lecture.<\/p>\n<p>En 1877, le m\u00e9decin Adolf Kussmaul forge le concept de \u00ab surdit\u00e9 verbale pure \u00bb (<em>reine Worttaubheit<\/em>) pour d\u00e9crire des patients capables de parler, de lire et d&rsquo;\u00e9crire spontan\u00e9ment, mais totalement incapables de comprendre la parole entendue. Parall\u00e8lement, des observations rapport\u00e9es par Hermann Munk chez l&rsquo;animal en 1881 mettent en \u00e9vidence une dissociation exp\u00e9rimentale : des chiens porteurs d&rsquo;ablations corticales temporales continuent de r\u00e9agir au son d&rsquo;un coup de feu (pr\u00e9servation de l&rsquo;audition r\u00e9flexe), mais ne reconnaissent plus le tintement de leur gamelle ou l&rsquo;appel de leur ma\u00eetre (perte du sens).<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, des auteurs fran\u00e7ais et allemands comme D\u00e9jerine, Liepmann et Kleist s&rsquo;attachent \u00e0 affiner la s\u00e9miologie. Heinrich Lissauer, bien qu&rsquo;ayant formul\u00e9 sa distinction classique aperceptive\/associative pour la sph\u00e8re visuelle en 1890, inspire profond\u00e9ment la neuropsychologie auditive. Dans les ann\u00e9es 1920 et 1930, Karl Kleist tente une cartographie pr\u00e9cise des fonctions auditives, distinguant la surdit\u00e9 verbale, l&rsquo;agnosie des bruits du monde et l&rsquo;amusie sensorielle, qu&rsquo;il corr\u00e8le \u00e0 des sous-r\u00e9gions sp\u00e9cifiques du lobe temporal.<\/p>\n<p>La seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle marque un tournant gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;essor de la neuropsychologie cognitive et des neurosciences computationnelles. Des chercheurs comme Brenda Milner \u00e0 Montr\u00e9al explorent les asym\u00e9tries h\u00e9misph\u00e9riques, d\u00e9montrant le r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant du lobe temporal droit dans la perception des timbres et des m\u00e9lodies, et du lobe temporal gauche dans le traitement temporel rapide requis par le langage. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1980 et 1990, des \u00e9tudes princeps fond\u00e9es sur l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) et la magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG) ont permis de valider empiriquement ces mod\u00e8les cliniques historiques en observant l&rsquo;activation des r\u00e9seaux corticaux en temps r\u00e9el.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Les fondements th\u00e9oriques de l&rsquo;agnosie auditive reposent sur plusieurs paradigmes neuropsychologiques majeurs. Le premier est le mod\u00e8le connexionniste de Norman Geschwind et de l&rsquo;\u00e9cole de Boston, r\u00e9actualisant les th\u00e9ories de Wernicke et Lichtheim. Selon cette approche, l&rsquo;agnosie auditive s&rsquo;explique principalement comme un syndrome de d\u00e9connexion : une interruption anatomique entre les aires de r\u00e9ception sensorielle (gyri de Heschl bilat\u00e9raux) et les zones associatives h\u00e9t\u00e9romodales ou le syst\u00e8me limbique emp\u00eache le transfert du signal acoustique vers les r\u00e9servoirs de sens.<\/p>\n<p>Le second cadre de r\u00e9f\u00e9rence est le mod\u00e8le neuro-computationnel \u00e0 double flux (<em>dual-stream model<\/em>) d\u00e9velopp\u00e9 par Gregory Hickok et David Poeppel au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000. Ce mod\u00e8le postule l&rsquo;existence de deux voies de traitement cortical bifurquant \u00e0 partir du cortex auditif pr\u00e9coce : une voie ventrale (\u00ab quoi \u00bb) et une voie dorsale (\u00ab o\u00f9 \u00bb et \u00ab comment \u00bb). La voie ventrale, qui chemine le long du sillon temporal sup\u00e9rieur vers le p\u00f4le temporal ant\u00e9rieur, est d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la reconnaissance des objets auditifs, \u00e0 l&rsquo;identification s\u00e9mantique et \u00e0 la compr\u00e9hension. L&rsquo;agnosie auditive s&rsquo;inscrit typiquement comme une alt\u00e9ration s\u00e9lective ou une interruption structurelle au long de cette voie ventrale de reconnaissance.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me corpus th\u00e9orique provient de la psychologie cognitive modulaire, notamment formalis\u00e9e par Jerry Fodor puis adapt\u00e9e \u00e0 l&rsquo;audition par des auteurs comme Isabelle Peretz et Robert Zatorre pour la musique, ou Max Coltheart pour le langage. Selon ces conceptions modulaires, le syst\u00e8me auditif ne traite pas les signaux comme un flux indiff\u00e9renci\u00e9. Des sous-syst\u00e8mes autonomes et encapsul\u00e9s op\u00e8rent des calculs distincts pour la phonologie, le timbre environnemental et les composantes musicales (hauteur tonale, m\u00e8tre, contour). Une l\u00e9sion c\u00e9r\u00e9brale cibl\u00e9e peut donc d\u00e9sactiver un module sp\u00e9cifique en laissant les autres intacts, ce qui fonde th\u00e9oriquement la survenue d&rsquo;agnosies cat\u00e9gorielles s\u00e9lectives.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La taxonomie clinique des agnosies auditives est subdivis\u00e9e en plusieurs entit\u00e9s distinctes selon la nature du stimulus inaccessible et le stade cognitif d\u00e9ficitaire :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Agnosie auditive globale :<\/strong> Atteinte s\u00e9v\u00e8re et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e frappant l&rsquo;ensemble des stimuli acoustiques. Le patient est incapable de comprendre le langage parl\u00e9, d&rsquo;identifier les bruits de l&rsquo;environnement (aboiement, sonnette, moteur) et de reconna\u00eetre la musique, tout en conservant une audiom\u00e9trie tonale \u00e9l\u00e9mentaire satisfaisante.<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Surdit%C3%A9_verbale\">Surdit\u00e9 verbale<\/a> pure (ou agnosie verbale pure) :<\/strong> Trouble \u00e9lectif de la perception auditive du langage parl\u00e9. Les patients entendent la voix humaine mais la d\u00e9crivent comme une suite de bruits indistincts ou un idiome \u00e9tranger. La parole spontan\u00e9e, la lecture silencieuse et l&rsquo;\u00e9criture sont remarquablement pr\u00e9serv\u00e9es, et la reconnaissance des bruits non verbaux et de la musique demeure intacte.<\/li>\n<li><strong>Agnosie des bruits environnementaux (agnosie acoustique non verbale) :<\/strong> Incapacit\u00e9 s\u00e9lective \u00e0 identifier les sons de la vie quotidienne (bruits d&rsquo;animaux, d&rsquo;outils, ph\u00e9nom\u00e8nes m\u00e9t\u00e9orologiques comme l&rsquo;orage). Le langage parl\u00e9 et la musique sont d\u00e9cod\u00e9s normalement, mais le choc d&rsquo;une assiette ou le sifflet d&rsquo;un train n&rsquo;\u00e9voquent aucune signification conceptuelle.<\/li>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Amusie\">Amusie<\/a> r\u00e9ceptive (ou sensorielle) :<\/strong> Trouble affectant la reconnaissance et le traitement des dimensions musicales. Le sujet ne reconna\u00eet plus les m\u00e9lodies famili\u00e8res, est incapable de discriminer des variations de hauteur, de rythme ou de timbre musical, alors que sa perception de la parole et des bruits ambiants est parfaitement fonctionnelle.<\/li>\n<li><strong>Phonoagnosie :<\/strong> \u00c9quivalent auditif de la prosopagnosie visuelle. Il s&rsquo;agit de l&rsquo;incapacit\u00e9 sp\u00e9cifique \u00e0 reconna\u00eetre des voix famili\u00e8res (conjoint, enfants, personnalit\u00e9s publiques) par le seul canal auditif, alors que la compr\u00e9hension des propos tenus et la reconnaissance des sons non vocaux sont rigoureusement normales.<\/li>\n<li><strong>Dimension aperceptive vs associative :<\/strong> Transversale aux sous-types pr\u00e9c\u00e9dents, cette dichotomie s\u00e9pare les d\u00e9ficits du traitement structural acoustique primaire (incapacit\u00e9 \u00e0 discriminer deux voyelles ou deux timbres d&rsquo;instruments) des d\u00e9ficits de l&rsquo;acc\u00e8s s\u00e9mantique (la discrimination est parfaite, mais l&rsquo;appariement avec l&rsquo;image correspondante ou la fonction est impossible).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation clinique fournit des illustrations saisissantes de ces dissociations fonctionnelles. Un premier cas paradigmatique concerne un patient \u00e2g\u00e9 de 58 ans ayant subi deux accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux (AVC) isch\u00e9miques successifs touchant les deux lobes temporaux. \u00c0 son r\u00e9veil, le patient ne comprend plus un seul mot prononc\u00e9 par les soignants ou ses proches. Pourtant, lorsque son m\u00e9decin lui tend un carnet et un stylo, il lit les questions \u00e0 voix haute sans la moindre h\u00e9sitation et y r\u00e9pond avec une fluidit\u00e9 verbale et une syntaxe impeccables. Fait remarquable, lorsqu&rsquo;une sonnerie de t\u00e9l\u00e9phone retentit dans la chambre, il tourne imm\u00e9diatement la t\u00eate vers l&rsquo;appareil et affirme sans ambigu\u00eft\u00e9 qu&rsquo;il s&rsquo;agit du t\u00e9l\u00e9phone. Ce tableau illustre une surdit\u00e9 verbale pure d&rsquo;origine bitemporale.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me exemple clinique classique implique une patiente atteinte d&rsquo;une l\u00e9sion temporale droite pr\u00e9dominante suite \u00e0 un traumatisme cr\u00e2nien s\u00e9v\u00e8re. Cette patiente se plaint de ne plus pouvoir profiter de ses morceaux musicaux pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s : la Neuvi\u00e8me Symphonie de Beethoven ou des chansons populaires qu&rsquo;elle ch\u00e9rissait lui apparaissent comme un vacarme chaotique, disharmonieux et insupportable. Pourtant, elle converse avec aisance, identifie parfaitement le bruit d&rsquo;une voiture qui freine ou les pleurs d&rsquo;un nourrisson, et reconna\u00eet la voix de chacun de ses enfants au combin\u00e9 t\u00e9l\u00e9phonique. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une amusie sensorielle acquise pure.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me cas est celui d&rsquo;un homme de 64 ans victime d&rsquo;un infarctus c\u00e9r\u00e9bral dans le territoire sylvien post\u00e9rieur droit. Alors que sa compr\u00e9hension du langage est intacte et qu&rsquo;il appr\u00e9cie la musique, il d\u00e9veloppe une phonoagnosie s\u00e9lective. Lorsque sa propre \u00e9pouse lui parle depuis une pi\u00e8ce adjacente sans qu&rsquo;il puisse la voir, il demande syst\u00e9matiquement : \u00ab Qui est l\u00e0 ? \u00bb. D\u00e8s qu&rsquo;elle entre dans son champ visuel, il l&rsquo;identifie instantan\u00e9ment. Il per\u00e7oit l&rsquo;intonation et le contenu du message, mais la signature acoustique vocale unique de son entourage intime a perdu toute valeur d&rsquo;identification personnelle.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;investigation neuropsychologique et audiologique d&rsquo;une suspicion d&rsquo;agnosie auditive n\u00e9cessite une m\u00e9thodologie rigoureuse et hi\u00e9rarchis\u00e9e, visant d&rsquo;abord \u00e0 \u00e9carter formellement tout d\u00e9ficit sensoriel \u00e9l\u00e9mentaire avant de cartographier les atteintes de haut niveau.<\/p>\n<p>Le bilan d\u00e9bute imp\u00e9rativement par une audiom\u00e9trie tonale et vocale conventionnelle r\u00e9alis\u00e9e par un m\u00e9decin oto-rhino-laryngologiste ou un audiologiste, compl\u00e9t\u00e9e par une tympanom\u00e9trie. On y adjoint l&rsquo;enregistrement des potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs pr\u00e9coces du tronc c\u00e9r\u00e9bral (PEA-TC). La normalit\u00e9 de ces examens atteste de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;oreille externe, moyenne et interne, ainsi que de la conduction nerveuse le long du nerf cochl\u00e9aire et des voies bulboprotub\u00e9rantielles.<\/p>\n<p>Une fois l&rsquo;audition p\u00e9riph\u00e9rique disculp\u00e9e, le neuropsychologue d\u00e9ploie une batterie de tests auditifs standardis\u00e9s examinant successivement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La discrimination acoustique \u00e9l\u00e9mentaire :<\/strong> \u00c9valuation de la perception diff\u00e9rentielle des fr\u00e9quences, des dur\u00e9es, des intensit\u00e9s et des profils temporels pour v\u00e9rifier le seuil aperceptif de base.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9valuation phon\u00e9tique et phonologique :<\/strong> T\u00e2ches de discrimination de paires minimales de syllabes ou de logatomes (ex. \/ba\/ vs \/da\/), r\u00e9p\u00e9tition de mots et de non-mots, identification de phon\u00e8mes en pr\u00e9sence de bruit de fond.<\/li>\n<li><strong>La reconnaissance des bruits environnementaux :<\/strong> \u00c9preuves d&rsquo;appariement son-image (le patient \u00e9coute un enregistrement de moteur de voiture et doit d\u00e9signer l&rsquo;illustration correspondante parmi trois distracteurs s\u00e9mantiques ou phonologiques) et t\u00e2ches de d\u00e9nomination orale de sons familiers.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9valuation des comp\u00e9tences musicales :<\/strong> Administration de la Batterie de Montr\u00e9al d&rsquo;\u00c9valuation des Amusies (MBEA), mise au point par Isabelle Peretz et ses collaborateurs, qui teste sp\u00e9cifiquement la m\u00e9lodie (hauteur, contour, \u00e9chelle), le rythme, le m\u00e8tre et la m\u00e9moire musicale.<\/li>\n<li><strong>Les tests de reconnaissance vocale :<\/strong> \u00c9preuves de discrimination de voix inconnues (t\u00e2ches de comparaison de voix paires\/impaires) et de reconnaissance de voix de personnalit\u00e9s c\u00e9l\u00e8bres exemptes d&rsquo;indices contextuels ou s\u00e9mantiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En parall\u00e8le, l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique c\u00e9r\u00e9brale structurelle (IRM haute r\u00e9solution) et fonctionnelle (IRMf) ainsi que l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie \u00e0 haute densit\u00e9 (notamment l&rsquo;onde de discordance ou <em>Mismatch Negativity<\/em>, MMN) fournissent des informations cruciales sur la localisation des l\u00e9sions et la chronom\u00e9trie des anomalies de traitement cortical.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension clinique des agnosies auditives poss\u00e8de des retomb\u00e9es directes sur la prise en charge th\u00e9rapeutique, la r\u00e9\u00e9ducation orthophonique et l&rsquo;am\u00e9nagement du cadre de vie des patients c\u00e9r\u00e9brol\u00e9s\u00e9s. Sur le plan de la r\u00e9habilitation, l&rsquo;identification pr\u00e9cise du trouble permet d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;\u00e9cueil d&rsquo;une prise en charge inadapt\u00e9e qui traiterait \u00e0 tort le patient comme un aphasique de Wernicke classique ou comme un individu atteint de surdit\u00e9 p\u00e9riph\u00e9rique irr\u00e9versible.<\/p>\n<p>L&rsquo;accompagnement orthophonique s&rsquo;appuie sur le contournement vicariant des voies auditives compromises. Dans le cas de la surdit\u00e9 verbale pure, l&rsquo;apprentissage syst\u00e9matique de la lecture labiale (lecture sur les l\u00e8vres) et l&rsquo;utilisation de supports \u00e9crits ou d&rsquo;applications num\u00e9riques de transcription automatique de la voix en texte transforment radicalement le pronostic communicatif en restaurant une interaction fluide avec l&rsquo;entourage.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la s\u00e9curit\u00e9 domestique et professionnelle, l&rsquo;agnosie des bruits de l&rsquo;environnement requiert des am\u00e9nagements ergonomiques drastiques. Les patients incapables d&rsquo;identifier les signaux de danger (avertisseurs sonores de fum\u00e9e, sir\u00e8nes d&rsquo;alarme, klaxons d&rsquo;automobiles, alarmes d&rsquo;appareils domestiques) doivent imp\u00e9rativement b\u00e9n\u00e9ficier de dispositifs substitutifs lumineux ou vibratoires, analogues \u00e0 ceux mis en place pour les personnes sourdes profondes.<\/p>\n<p>En neuropsychologie infantile, le diagnostic diff\u00e9rentiel rev\u00eat une urgence vitale, particuli\u00e8rement face au <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_de_Landau-Kleffner\">syndrome de Landau-Kleffner<\/a> (aphasie acquise avec \u00e9pilepsie). Dans cette pathologie p\u00e9diatrique rare, l&rsquo;enfant perd progressivement sa capacit\u00e9 \u00e0 comprendre le langage parl\u00e9 en raison d&rsquo;une agnosie verbale d&rsquo;origine \u00e9pileptique. Une d\u00e9tection pr\u00e9coce coupl\u00e9e \u00e0 un traitement anti\u00e9pileptique ou cortico\u00efde agressif est d\u00e9terminante pour pr\u00e9venir une d\u00e9t\u00e9rioration langagi\u00e8re d\u00e9finitive et un \u00e9chec scolaire massif.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations en neuro-imagerie fonctionnelle et en \u00e9lectrophysiologie cognitive ont profond\u00e9ment enrichi notre cartographie des corr\u00e9lats neuronaux de l&rsquo;agnosie auditive. Les travaux s\u00e9minaux men\u00e9s par Griffiths, Warren et leurs collaborateurs ont d\u00e9montr\u00e9 que le traitement des objets sonores complexes engage une cha\u00eene hi\u00e9rarchique : le cortex auditif primaire assure le traitement spectral et temporel de base, tandis que le planum temporale agit comme un centre de calcul computationnel (\u00ab <em>computational hub<\/em> \u00bb) triant les flux acoustiques avant leur projection vers les aires temporales ant\u00e9rieures et inf\u00e9rieures sp\u00e9cialis\u00e9es dans l&rsquo;identification s\u00e9mantique.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes empiriques en magn\u00e9toenc\u00e9phalographie ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que chez les patients pr\u00e9sentant une surdit\u00e9 verbale cons\u00e9cutive \u00e0 des l\u00e9sions unilat\u00e9rales gauches, l&rsquo;anomalie se manifeste d\u00e8s les 100 premi\u00e8res millisecondes suivant l&rsquo;apparition du son (onde N100m alt\u00e9r\u00e9e pour les contrastes phon\u00e9miques rapides), alors que les r\u00e9ponses aux stimuli stationnaires ou lentement modul\u00e9s restent int\u00e8gres. Ces d\u00e9couvertes corroborent la th\u00e8se d&rsquo;un d\u00e9ficit primaire de la micro-analyse temporelle gauche (incapacit\u00e9 \u00e0 segmenter les variations acoustiques inf\u00e9rieures \u00e0 40 millisecondes).<\/p>\n<p>Par ailleurs, les travaux d&rsquo;Isabelle Peretz sur l&rsquo;amusie cong\u00e9nitale ont montr\u00e9 que ce d\u00e9ficit peut survenir en dehors de toute l\u00e9sion c\u00e9r\u00e9brale macroscopique visible sur une IRM standard. Les analyses en morphom\u00e9trie bas\u00e9e sur les voxels (VBM) et en tractographie du tenseur de diffusion (DTI) ont mis en \u00e9vidence des anomalies microstructurales de la substance blanche, notamment une r\u00e9duction de la connectivit\u00e9 du faisceau arqu\u00e9 entre le gyrus frontal inf\u00e9rieur droit et le cortex auditif temporal sup\u00e9rieur, confirmant que l&rsquo;agnosie peut d\u00e9couler d&rsquo;un trouble de connectivit\u00e9 structurelle fine.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Bien que les substrats neurobiologiques de l&rsquo;audition soient universellement partag\u00e9s par l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, l&rsquo;expression clinique et l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;agnosie auditive sont fortement fa\u00e7onn\u00e9es par les d\u00e9terminants linguistiques et culturels. Le profil de la surdit\u00e9 verbale illustre avec acuit\u00e9 cette interaction : dans les langues tonales comme le mandarin, le tha\u00ef ou le yoruba, la signification d&rsquo;un mot d\u00e9pend directement de la modulation de sa fr\u00e9quence fondamentale (ton). Chez un locuteur natif d&rsquo;une langue tonale, une l\u00e9sion temporale droite alt\u00e9rant la perception de la hauteur pourrait engendrer une surdit\u00e9 verbale fonctionnelle pour les distinctions tonales, alors que chez un locuteur francophone ou anglophone, une atteinte analogue n&rsquo;affecterait que la prosodie \u00e9motionnelle sans entraver l&rsquo;identification lexicale brute.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les tests d&rsquo;\u00e9valuation des bruits de l&rsquo;environnement doivent \u00eatre rigoureusement contextualis\u00e9s. Les batteries d\u00e9velopp\u00e9es en milieu occidental incluent des stimuli acoustiques familiers pour des citadins (bruit de m\u00e9tro, machine \u00e0 caf\u00e9, sonnerie d&rsquo;ascenseur) qui perdent toute validit\u00e9 \u00e9cologique lorsqu&rsquo;ils sont administr\u00e9s \u00e0 des populations rurales issues de pays du Sud ou \u00e0 des groupes autochtones isol\u00e9s. L&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique interculturelle exige donc l&rsquo;adaptation des corpus sonores aux environnements \u00e9cologiques r\u00e9els des sujets examin\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan musical, la s\u00e9miologie de l&rsquo;amusie est elle aussi tributaire du syst\u00e8me culturel de r\u00e9f\u00e9rence. Les crit\u00e8res occidentaux d&rsquo;\u00e9valuation reposent majoritairement sur le temp\u00e9rament \u00e9gal et l&rsquo;harmonie tonale diatonique. L&rsquo;exposition \u00e0 d&rsquo;autres traditions musicales (\u00e9chelles microtonales du maq\u00e2m arabe, syst\u00e8mes rythmiques complexes des talas indiens) implique que ce qui est per\u00e7u comme une anomalie harmonique ou une dissonance par un auditeur occidental peut constituer une subtilit\u00e9 esth\u00e9tique intentionnelle dans une autre culture, incitant les cliniciens \u00e0 une prudence m\u00e9trologique scrupuleuse lors des bilans musicaux.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le statut nosologique et les m\u00e9canismes intimes de l&rsquo;agnosie auditive demeurent le th\u00e9\u00e2tre de controverses th\u00e9oriques intenses au sein de la communaut\u00e9 scientifique. L&rsquo;un des d\u00e9bats les plus persistants concerne la puret\u00e9 r\u00e9elle des agnosies auditives cat\u00e9gorielles. Plusieurs neuropsychologues remettent en cause l&rsquo;existence d&rsquo;une v\u00e9ritable surdit\u00e9 verbale \u00ab pure \u00bb, arguant qu&rsquo;un examen psychoacoustique suffisamment pouss\u00e9 r\u00e9v\u00e8le presque invariablement un d\u00e9ficit subtil du traitement temporel rapide qui affecte \u00e9galement les sons non verbaux pr\u00e9sentant des transitoires brefs. Selon ce point de vue r\u00e9ductionniste, l&rsquo;agnosie verbale ne serait pas un trouble sp\u00e9cifique au domaine du langage, mais la manifestation clinique la plus visible d&rsquo;un dysfonctionnement psychoacoustique temporel \u00e9l\u00e9mentaire.<\/p>\n<p>Une controverse sym\u00e9trique agite l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;agnosie des bruits de l&rsquo;environnement. Certains auteurs soutiennent que l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9signer l&rsquo;image d&rsquo;un chien lors de l&rsquo;\u00e9coute d&rsquo;un aboiement rel\u00e8ve le plus souvent d&rsquo;une alt\u00e9ration s\u00e9mantique multimodale sous-jacente (telle qu&rsquo;on l&rsquo;observe dans les stades pr\u00e9coces de la d\u00e9mence s\u00e9mantique) plut\u00f4t que d&rsquo;un blocage d&rsquo;acc\u00e8s purement acoustico-auditif. D\u00e9montrer qu&rsquo;un patient a totalement perdu l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;objet par l&rsquo;audition tout en conservant une connaissance s\u00e9mantique parfaite de ce m\u00eame objet par la vision ou le toucher demeure une entreprise m\u00e9thodologique particuli\u00e8rement exigeante.<\/p>\n<p>Enfin, la validit\u00e9 \u00e9cologique des outils d&rsquo;\u00e9valuation en laboratoire est fr\u00e9quemment critiqu\u00e9e. Dans la vie quotidienne, les stimuli acoustiques ne surviennent jamais de mani\u00e8re isol\u00e9e sur un fond de silence absolu : ils s&rsquo;inscrivent dans un flux continu, dynamique et polysensoriel (vision des mouvements articulatoires, contexte visuel de la pi\u00e8ce). Tester un patient au moyen de sons purs synth\u00e9tis\u00e9s ou de phon\u00e8mes d\u00e9contextualis\u00e9s en chambre insonoris\u00e9e sous-estime souvent les strat\u00e9gies de compensation spontan\u00e9es d\u00e9velopp\u00e9es par le syst\u00e8me nerveux central en milieu naturel.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion diagnostique, il est fondamental de distinguer l&rsquo;agnosie auditive de diverses conditions neurologiques, sensorielles et psychiatriques proches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Hypoacousie de perception \/ Surdit\u00e9 cochl\u00e9aire :<\/strong> Atteinte de l&rsquo;organe de Corti ou du nerf auditif p\u00e9riph\u00e9rique. Contrairement \u00e0 l&rsquo;agnosie auditive, elle s&rsquo;accompagne d&rsquo;un rel\u00e8vement syst\u00e9matique et quantifiable des seuils auditifs \u00e9l\u00e9mentaires \u00e0 l&rsquo;audiom\u00e9trie tonale liminaire et d&rsquo;anomalies pr\u00e9coces aux potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs.<\/li>\n<li><strong>Aphasie de Wernicke :<\/strong> Trouble du langage caract\u00e9ris\u00e9 par un d\u00e9ficit de compr\u00e9hension auditive associ\u00e9 \u00e0 une production verbale fluide mais alt\u00e9r\u00e9e (paraphasies phon\u00e9miques et verbales, jargonaphasie, dyssyntaxie) et une anosognosie marqu\u00e9e. Dans la surdit\u00e9 verbale pure, la production orale reste parfaitement claire, le patient est pleinement conscient de son d\u00e9ficit et ses capacit\u00e9s de lecture\/\u00e9criture sont intactes.<\/li>\n<li><strong>C\u00e9cit\u00e9 corticale :<\/strong> \u00c9quivalent visuel de la surdit\u00e9 corticale (perte totale de la perception visuelle due \u00e0 des l\u00e9sions occipitales bilat\u00e9rales). Si la surdit\u00e9 corticale abolit la d\u00e9tection m\u00eame du son, l&rsquo;agnosie auditive concerne l&rsquo;interpr\u00e9tation d&rsquo;un son dont la d\u00e9tection est av\u00e9r\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Hallucinations auditives :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8nes perceptifs acoustiques survenant sans objet ou stimulus externe (courants dans la schizophr\u00e9nie ou certaines \u00e9pilepsies temporales). L&rsquo;agnosie auditive est un trouble du traitement d&rsquo;un stimulus r\u00e9el existant, non une production acoustique endog\u00e8ne anormale.<\/li>\n<li><strong>Aphasie optique :<\/strong> Incapacit\u00e9 \u00e0 nommer un objet pr\u00e9sent\u00e9 visuellement alors que sa reconnaissance par le canal auditif ou tactile est intacte. Il s&rsquo;agit du miroir visuel des d\u00e9ficits associatifs auditifs.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;agnosie auditive illustre magistralement la distinction fondamentale entre la sensation (la r\u00e9ception biophysique du signal acoustique) et la perception cognitive (l&rsquo;organisation, l&rsquo;identification et l&rsquo;acc\u00e8s au sens de ce m\u00eame signal). Ce syndrome rare, r\u00e9sultant majoritairement de l\u00e9sions vasculaires, traumatiques ou infectieuses touchant les cortex temporaux associatifs uni- ou bilat\u00e9raux, \u00e9claire la modularit\u00e9 du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>Qu&rsquo;elle affecte sp\u00e9cifiquement la langue parl\u00e9e (surdit\u00e9 verbale pure), l&rsquo;univers sonore quotidien (agnosie des bruits de l&rsquo;environnement), les m\u00e9lodies (amusie) ou l&rsquo;identit\u00e9 des locuteurs (phonoagnosie), sa caract\u00e9risation exige un protocole diagnostique rigoureux \u00e9cartant formellement toute atteinte p\u00e9riph\u00e9rique. Sa r\u00e9habilitation repose sur la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale et le renforcement des voies sensorielles compensatoires, notamment la vue et le support \u00e9crit, redonnant ainsi un acc\u00e8s intelligible au monde pour les personnes priv\u00e9es du sens des sons.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Clarke, S., Bellmann, A., Meuli, R. A., Assal, G., &amp; Steck, A. J. (2000). Auditory agnosia and sound-lateralization difficulties in a right-hemispheric stroke: A case study. <em>Neuropsychologia<\/em>, 38(6), 797\u2013807. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0028-3932(99)00130-9\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0028-3932(99)00130-9<\/a><\/li>\n<li>Griffiths, T. D., &amp; Warren, J. D. (2002). The planum temporale as a computational hub. <em>Trends in Neurosciences<\/em>, 25(7), 348\u2013353. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0166-2236(02)02191-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0166-2236(02)02191-4<\/a><\/li>\n<li>Hickok, G., &amp; Poeppel, D. (2007). The cortical organization of speech processing. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 8(5), 393\u2013402. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2113\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn2113<\/a><\/li>\n<li>Peretz, I., Champod, A. S., &amp; Hyde, K. (2003). Varieties of musical disorders: The Montreal Battery of Evaluation of Amusia. <em>Annals of the New York Academy of Sciences<\/em>, 999(1), 58\u201375. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1196\/annals.1284.006\">https:\/\/doi.org\/10.1196\/annals.1284.006<\/a><\/li>\n<li>Polster, M. R., &amp; Rose, S. B. (1998). Disorders of auditory processing: Neuropsychological and acoustic analyses of auditory agnosia. <em>Cortex<\/em>, 34(1), 47\u201374. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0010-9452(08)70737-4\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0010-9452(08)70737-4<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;agnosie auditive est un trouble neuropsychologique rare caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;incapacit\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre ou interpr\u00e9ter les sons malgr\u00e9 une audition p\u00e9riph\u00e9rique normale. D\u00e9couvrez ses formes, ses causes et ses m\u00e9canismes.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,31394],"tags":[35424,33521,6757,173,35425,31105],"class_list":["post-21228","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-troubles-neurologiques","tag-agnosie-auditive","tag-amusie","tag-cortex-auditif","tag-neuropsychologie","tag-phonoagnosie","tag-surdite-verbale"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21228","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21228\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21228"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21228"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21228"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}