{"id":21221,"date":"2026-10-25T09:01:13","date_gmt":"2026-10-25T09:01:13","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=audiometrie-definition-mesure-audition"},"modified":"2026-10-25T09:01:13","modified_gmt":"2026-10-25T09:01:13","slug":"audiometrie-definition-mesure-audition","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=audiometrie-definition-mesure-audition","title":{"rendered":"Audiom\u00e9trie : Explorer les Seuils de l&rsquo;Audition"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;exploration du syst\u00e8me auditif humain constitue une passerelle fondamentale entre la neurobiologie sensorielle et la psychologie cognitive, r\u00e9v\u00e9lant la mani\u00e8re dont l&rsquo;\u00e9nergie acoustique brute est transmut\u00e9e en repr\u00e9sentations perceptives signifiantes. L&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Audiom%C3%A9trie\">audiom\u00e9trie<\/a> incarne cette d\u00e9marche rigoureuse en mesurant avec une pr\u00e9cision millim\u00e9trique les capacit\u00e9s auditives d&rsquo;un individu face \u00e0 des stimuli standardis\u00e9s. \u00c0 la crois\u00e9e de la biophysique, de la psychophysique et des neurosciences comportementales, elle permet non seulement d&rsquo;\u00e9tablir une cartographie clinique de l&rsquo;audition, mais \u00e9galement de d\u00e9crypter les m\u00e9canismes centraux de l&rsquo;attention s\u00e9lective, du traitement phonologique et des alt\u00e9rations cognitives associ\u00e9es au vieillissement sensoriel.<\/p>\n<h2>Audiom\u00e9trie : Fondements Psychophysiques, M\u00e9thodes et Applications Cliniques<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;audiom\u00e9trie d\u00e9signe l&rsquo;ensemble des m\u00e9thodes et techniques standardis\u00e9es destin\u00e9es \u00e0 mesurer quantitativement et qualitativement la capacit\u00e9 auditive d&rsquo;un individu en \u00e9valuant ses seuils de perception, son acuit\u00e9 sensorielle et ses facult\u00e9s de discrimination acoustique et verbale. Elle quantifie la r\u00e9ponse d&rsquo;un organisme vivant \u00e0 des stimulations sonores calibr\u00e9es en intensit\u00e9 (mesur\u00e9e en d\u00e9cibels) et en fr\u00e9quence (mesur\u00e9e en hertz).<\/p>\n<p>Dans le champ de la psychologie et des sciences cognitives, l&rsquo;audiom\u00e9trie d\u00e9passe la simple auscultation d&rsquo;un organe p\u00e9riph\u00e9rique. Elle constitue une discipline psychophysique fondamentale qui examine l&rsquo;interface complexe entre la transduction m\u00e9cano-sensorielle cochl\u00e9aire et le traitement perceptif cortical. En d\u00e9terminant le seuil absolu de d\u00e9tection d&rsquo;une vibration sonore ainsi que le seuil diff\u00e9rentiel de reconnaissance phonologique, l&rsquo;audiom\u00e9trie explore la fa\u00e7on dont le syst\u00e8me nerveux central encode, organise et interpr\u00e8te les signaux acoustiques au sein de la m\u00e9moire de travail et des circuits linguistiques.<\/p>\n<p>En fonction de l&rsquo;implication active de la personne \u00e9valu\u00e9e, on distingue l&rsquo;audiom\u00e9trie subjective ou comportementale, qui requiert une coop\u00e9ration psychomotrice et une prise de d\u00e9cision cognitive face au stimulus per\u00e7u, et l&rsquo;audiom\u00e9trie objective, qui sollicite l&rsquo;enregistrement \u00e9lectrophysiologique ou biom\u00e9canique des r\u00e9ponses involontaires des voies auditives sans exiger de participation verbale ou gestuelle d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab audiom\u00e9trie \u00bb est un compos\u00e9 n\u00e9ologique d&rsquo;origine hybride, combinant un \u00e9tymon latin et un radical grec, structure fr\u00e9quente au XIXe si\u00e8cle dans la formalisation du lexique m\u00e9dical et scientifique moderne. Le premier segment proc\u00e8de du verbe latin <em>audire<\/em>, qui signifie \u00ab entendre \u00bb ou \u00ab \u00e9couter \u00bb, lui-m\u00eame issu de la racine indo-europ\u00e9enne <em>*h\u2082ew-<\/em> relative \u00e0 la perception sensorielle et \u00e0 la vigilance cognitive. Le second \u00e9l\u00e9ment d\u00e9rive du grec ancien <em>metron<\/em> (\u03bc\u03ad\u03c4\u03c1\u03bf\u03bd), traduisant l&rsquo;\u00ab instrument de mesure \u00bb, la \u00ab dimension \u00bb ou la \u00ab proportion \u00bb.<\/p>\n<p>La formalisation du terme est apparue dans le sillage de l&rsquo;\u00e9mergence des premiers instruments \u00e9lectrom\u00e9caniques d&rsquo;investigation sensorielle dans les derni\u00e8res d\u00e9cennies du XIXe si\u00e8cle. Les travaux pionniers d&rsquo;inventeurs et de m\u00e9decins tels qu&rsquo;Alexander Graham Bell et David Edward Hughes ont favoris\u00e9 l&rsquo;apparition de l&rsquo;anc\u00eatre de l&rsquo;audiom\u00e8tre moderne, alors qualifi\u00e9 de \u00ab sonom\u00e8tre \u00e9lectrique \u00bb ou de \u00ab t\u00e9l\u00e9phono-audiom\u00e8tre \u00bb. Progressivement, l&rsquo;audiom\u00e9trie s&rsquo;est \u00e9mancip\u00e9e de la simple otologie pour devenir une branche autonome partag\u00e9e entre la biophysique m\u00e9dicale, l&rsquo;orthophonie et la psychologie exp\u00e9rimentale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le mot se transcrit dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) sous la forme \/o.djo.me.t\u0281i\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un nom commun f\u00e9minin invariable au pluriel dans son acception disciplinaire standard (<em>l&rsquo;audiom\u00e9trie<\/em>), bien qu&rsquo;il s&#8217;emploie \u00e9galement au pluriel (<em>des audiom\u00e9tries<\/em>) pour d\u00e9signer une pluralit\u00e9 d&rsquo;\u00e9valuations ou de bilans sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p>Le paradigme lexical comprend plusieurs d\u00e9riv\u00e9s directs : l&rsquo;adjectif \u00ab audiom\u00e9trique \u00bb (\/o.djo.me.t\u0281ik\/), qualifiant un examen, un profil ou une cabine insonoris\u00e9e ; le substantif masculin \u00ab audiom\u00e8tre \u00bb (\/o.djo.m\u025bt\u0281\/), qui renvoie au g\u00e9n\u00e9rateur \u00e9lectroacoustique calibr\u00e9 servant \u00e0 d\u00e9livrer les stimuli ; le nom \u00ab audiogramme \u00bb (\/o.djo.\u0261\u0281am\/), d\u00e9signant la repr\u00e9sentation graphique des performances sensorielles ; et enfin l&rsquo;\u00ab audiologiste \u00bb ou l&rsquo;\u00ab audioproth\u00e9siste \u00bb, professionnels de sant\u00e9 et techniciens sp\u00e9cialis\u00e9s dans le diagnostic et la r\u00e9habilitation des troubles auditifs.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre l&rsquo;audiom\u00e9trie exige d&rsquo;appr\u00e9hender le fonctionnement de la cochl\u00e9e, des voies auditives ascendantes et du cortex c\u00e9r\u00e9bral sous l&rsquo;angle de la psychophysique. Le syst\u00e8me auditif humain poss\u00e8de une plage dynamique ph\u00e9nom\u00e9nale, capable d&rsquo;appr\u00e9hender des pressions acoustiques s&rsquo;\u00e9talant sur un rapport de un \u00e0 un million, et des fr\u00e9quences variant g\u00e9n\u00e9ralement de 20 Hz \u00e0 20 000 Hz. L&rsquo;audiom\u00e9trie ne cherche pas \u00e0 sonder l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de cette \u00e9tendue de mani\u00e8re continue, mais concentre ses mesures sur les fr\u00e9quences conversationnelles et fonctionnelles cl\u00e9s, g\u00e9n\u00e9ralement comprises entre 125 Hz et 8 000 Hz.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation s&rsquo;appuie sur une \u00e9chelle relative hautement sp\u00e9cialis\u00e9e : le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9cibel\">d\u00e9cibel<\/a> Hearing Level (dB HL). Contrairement au d\u00e9cibel Sound Pressure Level (dB SPL), qui mesure la pression acoustique physique absolue par rapport \u00e0 une r\u00e9f\u00e9rence fixe (20 micropascals), l&rsquo;\u00e9chelle dB HL normalise la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;oreille humaine moyenne en d\u00e9finissant le niveau z\u00e9ro (0 dB HL) comme la m\u00e9diane statistique des seuils d&rsquo;audibilit\u00e9 d&rsquo;une population de jeunes adultes otologiquement sains pour chaque fr\u00e9quence distincte. L&rsquo;audiom\u00e9trie mesure donc l&rsquo;\u00e9cart d&rsquo;un individu par rapport \u00e0 cette norme physiologique.<\/p>\n<p>L&rsquo;investigation audiom\u00e9trique explore deux modes de transmission fondamentaux de l&rsquo;\u00e9nergie m\u00e9canique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La conduction a\u00e9rienne (CA) :<\/strong> Le son p\u00e9n\u00e8tre par le pavillon de l&rsquo;oreille, fait vibrer la membrane tympanique, traverse la cha\u00eene des osselets (marteau, enclume, \u00e9trier) dans l&rsquo;oreille moyenne, puis p\u00e9n\u00e8tre dans l&rsquo;oreille interne via la fen\u00eatre ovale, stimulant l&rsquo;organe de Corti avant d&rsquo;\u00eatre transmis le long du nerf cochl\u00e9aire vers le tronc c\u00e9r\u00e9bral et le lobe temporal.<\/li>\n<li><strong>La conduction osseuse (CO) :<\/strong> Une vibration m\u00e9canique appliqu\u00e9e directement sur la bo\u00eete cr\u00e2nienne (g\u00e9n\u00e9ralement sur l&rsquo;os masto\u00efde) contourne l&rsquo;oreille externe et moyenne en excitant directement la cochl\u00e9e par transmission osseuse. La comparaison diff\u00e9rentielle entre les seuils de CA et de CO (\u00ab le rinne audiom\u00e9trique \u00bb) permet de distinguer une surdit\u00e9 de transmission (l\u00e9sion m\u00e9canique) d&rsquo;une surdit\u00e9 de perception (l\u00e9sion neurosensorielle de la cochl\u00e9e ou des voies neurales).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Au-del\u00e0 de cette dimension p\u00e9riph\u00e9rique, l&rsquo;audiom\u00e9trie vocale ou supraliminaire introduit la dimension s\u00e9mantique, mn\u00e9sique et cognitive. Le patient ne doit plus simplement r\u00e9pondre \u00e0 la pr\u00e9sence d&rsquo;une sinuso\u00efde pure, mais d\u00e9coder des phon\u00e8mes, des logatomes (mots sans signification) ou des phrases contextualis\u00e9es dans le silence ou au sein d&rsquo;un bruit masquant concurrent. Cette \u00e9preuve sollicite les fonctions ex\u00e9cutives, l&rsquo;inhibition cognitive et la compl\u00e9tion perceptivo-linguistique, r\u00e9v\u00e9lant la sant\u00e9 fonctionnelle des aires corticales temporales sup\u00e9rieures (aires de Brodmann 41, 42 et 22).<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>Avant la r\u00e9volution \u00e9lectronique du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;\u00e9valuation auditive reposait sur des m\u00e9thodes acoustiques semi-quantitatives. Au milieu du XIXe si\u00e8cle, les acousticiens et m\u00e9decins Wilhelm Eduard Weber et Heinrich Adolf Rinne formalis\u00e8rent l&rsquo;utilisation de diapasons d&rsquo;acier vibrant \u00e0 des fr\u00e9quences pures sp\u00e9cifiques. Leurs \u00e9preuves, d\u00e9sign\u00e9es sous les noms de test de Weber et test de Rinne, ont pos\u00e9 les fondations du diagnostic diff\u00e9rentiel entre surdit\u00e9 de transmission et de perception en exploitant la r\u00e9sonance du squelette cr\u00e2nien.<\/p>\n<p>L&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00e9lectromagn\u00e9tisme au tournant du XXe si\u00e8cle a transform\u00e9 cette approche artisanale. David Edward Hughes con\u00e7ut en 1879 l&rsquo;un des premiers sonom\u00e8tres inductifs, rapidement repris par l&rsquo;otologiste Arthur Hartmann. Toutefois, l&rsquo;acte de naissance de l&rsquo;audiom\u00e9trie moderne remonte aux ann\u00e9es 1920, sous l&rsquo;impulsion conjointe des ing\u00e9nieurs Harvey Fletcher et Robert Wegel au sein des c\u00e9l\u00e8bres Bell Telephone Laboratories. Leurs travaux sur les t\u00e9l\u00e9communications et la quantification de l&rsquo;intelligibilit\u00e9 de la parole les ont conduits \u00e0 cr\u00e9er l&rsquo;audiom\u00e8tre \u00ab Western Electric 1-A \u00bb, le premier g\u00e9n\u00e9rateur \u00e9lectronique capable de d\u00e9livrer des tonalit\u00e9s pures \u00e0 des intensit\u00e9s rigoureusement \u00e9talonn\u00e9es.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1940 et 1950, le psychophysicien d&rsquo;origine hongroise Georg von B\u00e9k\u00e9sy, laur\u00e9at du prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1961, r\u00e9volutionna la discipline en observant les mouvements de la membrane basilaire cochl\u00e9aire et en concevant l&rsquo;audiom\u00e9trie automatique \u00e0 balayage continuel (audiom\u00e9trie de B\u00e9k\u00e9sy). Cette d\u00e9cennie vit \u00e9galement l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;audiom\u00e9trie vocale standardis\u00e9e par James Jerger et Raymond Carhart, int\u00e9grant les sciences du langage \u00e0 la pratique audioproth\u00e9tique.<\/p>\n<p>La fin du XXe si\u00e8cle a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par le d\u00e9veloppement des m\u00e9thodes objectives. David Kemp d\u00e9couvrit en 1978 les oto\u00e9missions acoustiques (OEA), d\u00e9montrant que la cochl\u00e9e g\u00e9n\u00e8re elle-m\u00eame de l&rsquo;\u00e9nergie acoustique gr\u00e2ce aux propri\u00e9t\u00e9s \u00e9lectromotiles des cellules cili\u00e9es externes. Parall\u00e8lement, l&rsquo;essor des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Potentiel_%C3%A9voqu%C3%A9_auditif\">potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs<\/a> du tronc c\u00e9r\u00e9bral (PEATC), initi\u00e9s par Don Jewett, a permis d&rsquo;\u00e9valuer le syst\u00e8me auditif d\u00e8s la naissance sans recours \u00e0 une r\u00e9ponse comportementale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;audiom\u00e9trie est solidement adoss\u00e9e aux th\u00e9ories de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoacoustique\">psychoacoustique<\/a> et aux lois psychophysiques fondatrices \u00e9labor\u00e9es par Gustav Fechner, Ernst Heinrich Weber et Stanley Smith Stevens. La loi de Weber-Fechner postule que la sensation psychologique varie de fa\u00e7on logarithmique par rapport \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 de la stimulation physique. C&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment cette relation non lin\u00e9aire qui justifie l&rsquo;utilisation du d\u00e9cibel comme unit\u00e9 de mesure de l&rsquo;amplitude sonore.<\/p>\n<p>Au plan sensoriel et perceptif, l&rsquo;audiom\u00e9trie repose sur la th\u00e9orie tonotopique de l&rsquo;audition, formul\u00e9e \u00e0 l&rsquo;origine par Hermann von Helmholtz et valid\u00e9e exp\u00e9rimentalement par Georg von B\u00e9k\u00e9sy. Selon ce principe fondamental, la membrane basilaire au sein de la cochl\u00e9e effectue une d\u00e9composition spectrale m\u00e9canique (comparable \u00e0 une transform\u00e9e de Fourier spatiale) : les hautes fr\u00e9quences provoquent un d\u00e9placement d&rsquo;onde maximal \u00e0 la base \u00e9troite et rigide de la cochl\u00e9e, tandis que les basses fr\u00e9quences se propagent jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;apex large et souple. Chaque r\u00e9gion fr\u00e9quentielle projette de fa\u00e7on ordonn\u00e9e le long du nerf cochl\u00e9aire jusqu&rsquo;aux cartes tonotopiques du cortex auditif primaire.<\/p>\n<p>Un autre cadre conceptuel primordial est la th\u00e9orie de la d\u00e9tection du signal (TDS), d\u00e9velopp\u00e9e par David Green et John Swets. L&rsquo;audiom\u00e9trie comportementale liminaire n&rsquo;est pas qu&rsquo;un acte passif ; elle repr\u00e9sente une t\u00e2che de d\u00e9cision perceptuelle en situation d&rsquo;incertitude. Lorsque le stimulus approche le seuil absolu, le syst\u00e8me nerveux fait face \u00e0 du bruit interne (bruit neuronal de fond, pulsations sanguines intra-cr\u00e2niennes) et \u00e0 du bruit ambiant. Le patient doit fixer un crit\u00e8re de d\u00e9cision (le biais de r\u00e9ponse \u03b2) pour d\u00e9clarer s&rsquo;il per\u00e7oit ou non le signal. La TDS permet de dissocier la sensibilit\u00e9 sensorielle r\u00e9elle de l&rsquo;individu (<em>d&rsquo;<\/em>) de ses biais cognitifs de complaisance ou de prudence.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;arsenal audiom\u00e9trique contemporain se subdivise en plusieurs approches compl\u00e9mentaires, chacune ciblant un niveau fonctionnel particulier de la cha\u00eene audio-cognitive :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;audiom\u00e9trie tonale liminaire :<\/strong> Elle d\u00e9termine le seuil auditif absolu, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;intensit\u00e9 sonore minimale \u00e0 laquelle un sujet d\u00e9tecte un son pur dans 50 % des pr\u00e9sentations. Elle est conduite par voie a\u00e9rienne (casque ou \u00e9couteurs \u00e0 insertion) et osseuse (vibrateur masto\u00efdien) sur une gamme standardis\u00e9e (125, 250, 500, 1000, 2000, 4000, 8000 Hz).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;audiom\u00e9trie tonale supraliminaire :<\/strong> Elle \u00e9tudie la perception des sons \u00e0 des intensit\u00e9s nettement sup\u00e9rieures au seuil d&rsquo;audibilit\u00e9. Elle vise \u00e0 d\u00e9tecter des distorsions de sonie (ph\u00e9nom\u00e8ne de recrutement de Fowler, t\u00e9moignant d&rsquo;une atteinte des cellules cili\u00e9es externes) ou des ph\u00e9nom\u00e8nes de fatigue auditive pathologique (test de d\u00e9clin du seuil ou <em>Tone Decay Test<\/em>, r\u00e9v\u00e9lateur d&rsquo;une l\u00e9sion r\u00e9trocochl\u00e9aire du nerf auditif).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;audiom\u00e9trie vocale (ou d&rsquo;intelligibilit\u00e9) :<\/strong> Elle \u00e9value la capacit\u00e9 \u00e0 reconna\u00eetre et \u00e0 discriminer la parole humaine. Elle d\u00e9termine le seuil de d\u00e9tection de la voix, le seuil d&rsquo;intelligibilit\u00e9 (intensit\u00e9 o\u00f9 50 % des mots sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s sans erreur) et le score d&rsquo;intelligibilit\u00e9 maximale (pourcentage maximal de reconnaissance, souvent mesur\u00e9 \u00e0 60 ou 70 dB HL).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;audiom\u00e9trie vocale dans le bruit :<\/strong> Elle introduit une concurrence acoustique (bruit blanc, cocktail party, babil multilocuteurs) pour \u00e9valuer les processus d&rsquo;extraction du signal dans le bruit, particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables aux d\u00e9gradations cognitives centrales et aux neuropathies auditives cach\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;audiom\u00e9trie d&rsquo;imp\u00e9dance (tympanom\u00e9trie et r\u00e9flexes stap\u00e9diens) :<\/strong> Mesure \u00e9lectroacoustique objective qui quantifie la souplesse (admittance) du complexe tympano-ossiculaire et v\u00e9rifie l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;arc r\u00e9flexe neuromusculaire protecteur au niveau du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/li>\n<li><strong>Les potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs (PEA) et oto\u00e9missions acoustiques (OEA) :<\/strong> Outils objectifs recueillant l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectrique des voies neurales auditives et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 microm\u00e9canique des r\u00e9cepteurs sensoriels p\u00e9riph\u00e9riques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la mise en pratique de l&rsquo;audiom\u00e9trie et sa port\u00e9e diagnostique, plusieurs sc\u00e9narios cliniques repr\u00e9sentatifs m\u00e9ritent d&rsquo;\u00eatre pr\u00e9sent\u00e9s :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Surdit\u00e9 de transmission unilat\u00e9rale chez l&rsquo;enfant.<\/strong> Un enfant de six ans pr\u00e9sente des difficult\u00e9s d&rsquo;apprentissage de la lecture et une inattention fluctuante en milieu scolaire. L&rsquo;audiom\u00e9trie tonale r\u00e9v\u00e8le des seuils de conduction osseuse parfaitement conserv\u00e9s (0 \u00e0 5 dB HL sur toutes les fr\u00e9quences), mais une baisse notable de la conduction a\u00e9rienne (seuils situ\u00e9s entre 35 et 45 dB HL) sur l&rsquo;oreille droite. L&rsquo;existence de ce \u00ab rinne audiom\u00e9trique \u00bb d&rsquo;environ 30 dB confirme un obstacle purement m\u00e9canique, rattach\u00e9 \u00e0 une otite s\u00e9romuqueuse chronique avec \u00e9panchement dans l&rsquo;oreille moyenne, sans atteinte sensorielle cochl\u00e9aire.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Presbyacousie et d\u00e9clin cognitif chez l&rsquo;adulte \u00e2g\u00e9.<\/strong> Une femme de 74 ans est orient\u00e9e pour suspicion de troubles mn\u00e9siques d\u00e9butants de type maladie d&rsquo;Alzheimer. L&rsquo;audiom\u00e9trie tonale montre une baisse bilat\u00e9rale, sym\u00e9trique et progressive touchant s\u00e9lectivement les fr\u00e9quences aigu\u00ebs (chute \u00e0 60 dB HL \u00e0 partir de 3000 Hz), signature classique de la presbyacousie sensorielle. Lors de l&rsquo;audiom\u00e9trie vocale dans le calme, elle atteint 85 % d&rsquo;intelligibilit\u00e9 \u00e0 condition de hausser l&rsquo;intensit\u00e9 sonore, mais ce score s&rsquo;effondre \u00e0 30 % d\u00e8s qu&rsquo;un bruit de fond concurrentiel de type caf\u00e9t\u00e9ria est introduit. Ce tableau montre que l&rsquo;isolement social et la surcharge cognitive observ\u00e9s \u00e9taient secondaires \u00e0 l&rsquo;\u00e9puisement des ressources attentionnelles mobilis\u00e9es pour le d\u00e9codage auditif p\u00e9riph\u00e9rique, et non \u00e0 un syndrome d\u00e9mentiel primaire.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Traumatisme acoustique aigu et encoche audiom\u00e9trique.<\/strong> Un jeune musicien de 24 ans consulte en urgence apr\u00e8s une exposition prolong\u00e9e sans protection auditive lors d&rsquo;un concert amplifi\u00e9. Il se plaint d&rsquo;acouph\u00e8nes continus de tonalit\u00e9 aigu\u00eb et d&rsquo;une sensation d&rsquo;oreille cotonneuse. L&rsquo;audiogramme tonal r\u00e9v\u00e8le une pr\u00e9servation impeccable des seuils sur les fr\u00e9quences basses et moyennes (250 \u00e0 2000 Hz \u00e0 0 dB HL), mais une d\u00e9pression brusque et profonde \u00e0 4000 Hz, avec un seuil abaiss\u00e9 \u00e0 55 dB HL, avant une remont\u00e9e \u00e0 8000 Hz. Ce scotome audiom\u00e9trique, ou \u00ab encoche acoustique \u00e0 4 kHz \u00bb, traduit une destruction cibl\u00e9e de la rang\u00e9e de cellules cili\u00e9es externes \u00e0 un site pr\u00e9cis de la cochl\u00e9e o\u00f9 les contraintes biom\u00e9caniques de l&rsquo;onde de choc sonore sont maximales.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychophysique<\/h3>\n<p>L&rsquo;obtention d&rsquo;un audiogramme valide repose sur des protocoles rigoureusement codifi\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale par des organismes de normalisation tels que l&rsquo;Organisation internationale de normalisation (ISO 8253-1) et l&rsquo;American National Standards Institute (ANSI S3.21). L&rsquo;\u00e9valuation requiert un environnement acoustique strictement contr\u00f4l\u00e9 : une cabine insonoris\u00e9e conforme aux normes de bruit ambiant r\u00e9siduel, afin d&rsquo;\u00e9viter tout ph\u00e9nom\u00e8ne de masquage acoustique passif des seuils liminaires.<\/p>\n<p>Le protocole psychophysique de r\u00e9f\u00e9rence pour la d\u00e9termination du seuil d&rsquo;audibilit\u00e9 tonal est la m\u00e9thode des limites modifi\u00e9e, connue sous le nom de proc\u00e9dure de Hughson-Westlake ascendante. L&rsquo;examinateur commence par pr\u00e9senter un son \u00e0 un niveau d&rsquo;intensit\u00e9 nettement audible pour familiariser le sujet. Puis, l&rsquo;intensit\u00e9 est abaiss\u00e9e par paliers de 10 dB jusqu&rsquo;\u00e0 disparition de la perception. D\u00e8s que le sujet ne r\u00e9pond plus, l&rsquo;intensit\u00e9 est remont\u00e9e par incr\u00e9ments plus fins de 5 dB. Le seuil liminaire est valid\u00e9 lorsque le stimulus est d\u00e9tect\u00e9 au moins deux fois sur trois pr\u00e9sentations ascendantes \u00e0 un m\u00eame niveau.<\/p>\n<p>Un imp\u00e9ratif m\u00e9thodologique crucial de l&rsquo;audiom\u00e9trie est l&rsquo;application du masquage auditif controlat\u00e9ral. En vertu de la transmission transcr\u00e2nienne, un son tr\u00e8s puissant pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 une oreille peut traverser le cr\u00e2ne et stimuler la cochl\u00e9e oppos\u00e9e (ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;att\u00e9nuation interaural, qui est d&rsquo;environ 40 \u00e0 50 dB avec un casque supra-aural et de 60 \u00e0 70 dB avec des \u00e9couteurs \u00e0 insertion). Pour emp\u00eacher \u00ab l&rsquo;oreille saine \u00bb d&rsquo;entendre \u00e0 la place de \u00ab l&rsquo;oreille test\u00e9e \u00bb, un bruit masquant sp\u00e9cifique \u00e0 bande \u00e9troite (<em>narrow-band noise<\/em>) doit \u00eatre diffus\u00e9 dans l&rsquo;oreille non test\u00e9e selon des r\u00e8gles calcul\u00e9es pour \u00e9viter \u00e0 la fois le sous-masquage et le sur-masquage.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques, cognitives et pratiques<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es audiom\u00e9triques trouvent des applications directes dans une multitude de domaines cliniques et soci\u00e9taux :<\/p>\n<p><strong>En audiologie clinique et oto-rhino-laryngologie :<\/strong> L&rsquo;audiom\u00e9trie constitue la pierre angulaire du diagnostic des pathologies de l&rsquo;oreille, de l&rsquo;otospongiose au neurinome de l&rsquo;acoustique, et oriente les choix chirurgicaux (tympanoplastie, mise en place d&rsquo;implants cochl\u00e9aires ou d&rsquo;implants \u00e0 ancrage osseux).<\/p>\n<p><strong>En neuropsychologie et g\u00e9riatrie :<\/strong> La corr\u00e9lation \u00e9troite entre d\u00e9privation auditive et acc\u00e9l\u00e9rations des d\u00e9mences s\u00e9niles a plac\u00e9 l&rsquo;audiom\u00e9trie au centre des bilans neurocognitifs modernes. Selon les rapports \u00e9pid\u00e9miologiques mondiaux promus par l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.who.int\/fr\/news-room\/fact-sheets\/detail\/deafness-and-hearing-loss\">Organisation mondiale de la Sant\u00e9<\/a>, la presbyacousie non corrig\u00e9e constitue le principal facteur de risque modifiable au cours de la vie pour le d\u00e9veloppement des troubles cognitifs majeurs. Le d\u00e9ficit sensoriel draine l&rsquo;\u00e9nergie cognitive au d\u00e9triment des capacit\u00e9s mn\u00e9siques et de raisonnement, acc\u00e9l\u00e9rant l&rsquo;atrophie du lobe temporal.<\/p>\n<p><strong>En psychologie de l&rsquo;enfant et orthophonie :<\/strong> Chez le nourrisson et le jeune enfant, le d\u00e9pistage audiom\u00e9trique n\u00e9onatal syst\u00e9matique et l&rsquo;audiom\u00e9trie comportementale de conditionnement visuel (ROC &#8211; R\u00e9flexe d&rsquo;Orientation Conditionn\u00e9e) sont vitaux. Une surdit\u00e9 m\u00e9connue entrave gravement l&rsquo;acquisition de la boucle phonologique, le d\u00e9veloppement du langage articul\u00e9 et la construction des comp\u00e9tences m\u00e9talinguistiques indispensables aux apprentissages scolaires.<\/p>\n<p><strong>En m\u00e9decine du travail et sant\u00e9 environnementale :<\/strong> L&rsquo;audiom\u00e9trie industrielle p\u00e9riodique surveille l&rsquo;apparition de surdit\u00e9s professionnelles chez les travailleurs expos\u00e9s aux bruits de machines, chantiers ou plateformes a\u00e9roportuaires, guidant la politique d&rsquo;ergonomie et le port de protections individuelles.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es contemporaines<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine en neurosciences auditives a profond\u00e9ment remis en question le postulat traditionnel selon lequel un audiogramme normal garantit un syst\u00e8me auditif intact. De nombreux individus rapportent une incapacit\u00e9 d\u00e9bilitante \u00e0 comprendre la parole dans des milieux sonores complexes en d\u00e9pit d&rsquo;une audiom\u00e9trie tonale standard affichant des seuils \u00e0 0 dB HL sur toutes les fr\u00e9quences conventionnelles.<\/p>\n<p>Cette \u00e9nigme clinique a \u00e9t\u00e9 \u00e9lucid\u00e9e par les travaux fondamentaux de Charles Liberman et Sharon Kujawa sur le concept de synaptopathie cochl\u00e9aire, ou \u00ab perte auditive cach\u00e9e \u00bb (<em>hidden hearing loss<\/em>). Leurs recherches sur des mod\u00e8les animaux et chez l&rsquo;humain ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&rsquo;une exposition excessive au bruit ou le simple vieillissement peuvent d\u00e9truire de mani\u00e8re irr\u00e9versible les synapses reliant les cellules cili\u00e9es internes aux fibres auditives aff\u00e9rentes sans d\u00e9truire imm\u00e9diatement les cellules cili\u00e9es elles-m\u00eames. L&rsquo;audiom\u00e9trie conventionnelle restant aveugle \u00e0 cette d\u00e9synchronisation temporelle, de nouvelles m\u00e9thodologies d&rsquo;audiom\u00e9trie \u00e0 haute fr\u00e9quence (explorant jusqu&rsquo;\u00e0 16 000 et 20 000 Hz) et des \u00e9preuves vocales complexes combin\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectrocochl\u00e9ographie sont d\u00e9sormais d\u00e9velopp\u00e9es.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les \u00e9tudes de Frank Lin et de son \u00e9quipe \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Johns Hopkins ont consolid\u00e9 les donn\u00e9es empiriques montrant que chaque tranche de 10 dB de perte auditive suppl\u00e9mentaire non appareill\u00e9e augmente le risque de d\u00e9clin cognitif et majore la charge allostatique pesant sur le cortex pr\u00e9frontal. Ces constats ont propuls\u00e9 l&rsquo;audiom\u00e9trie au premier plan des \u00e9tudes d&rsquo;intervention visant la pr\u00e9vention du vieillissement c\u00e9r\u00e9bral pathologique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;administration et l&rsquo;interpr\u00e9tation des \u00e9valuations audiom\u00e9triques ne sauraient \u00eatre dissoci\u00e9es du contexte socioculturel et linguistique des individus. Si l&rsquo;audiom\u00e9trie tonale pure fait appel \u00e0 des stimulus \u00e9l\u00e9mentaires universels et non verbaux, l&rsquo;audiom\u00e9trie vocale est intrins\u00e8quement tributaire de la langue maternelle, du dialecte et du registre socioculturel du patient.<\/p>\n<p>L&rsquo;utilisation de listes de mots monosyllabiques ou dissyllabiques standardis\u00e9es (telles que les listes de Fournier ou de Lafon dans la francophonie) devient invalide si le sujet n&rsquo;a pas le fran\u00e7ais comme langue premi\u00e8re ou pr\u00e9sente un niveau d&rsquo;alphab\u00e9tisation divergent. Dans ce cas, les scores d&rsquo;intelligibilit\u00e9 diminu\u00e9s refl\u00e8tent des difficult\u00e9s d&rsquo;acc\u00e8s lexical et d&rsquo;anticipation linguistique plut\u00f4t qu&rsquo;une authentique pathologie neurosensorielle. Adapter l&rsquo;audiom\u00e9trie vocale exige la cr\u00e9ation et la normalisation d&rsquo;outils linguistiques multilingues culturellement \u00e9quitables.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, le rapport \u00e0 la d\u00e9ficience auditive varie grandement selon les cultures. Dans de nombreuses communaut\u00e9s \u00e0 travers le monde, la baisse auditive est per\u00e7ue comme une fatalit\u00e9 in\u00e9luctable du grand \u00e2ge et fait l&rsquo;objet d&rsquo;un d\u00e9ni ou d&rsquo;une stigmatisation sociale, ce qui retarde consid\u00e9rablement l&rsquo;acc\u00e8s aux tests audiom\u00e9triques. \u00c0 l&rsquo;inverse, au sein de la Communaut\u00e9 Sourde, le statut de sourd n&rsquo;est pas appr\u00e9hend\u00e9 comme une pathologie auditive \u00e0 mesurer par un audiographe m\u00e9dical en vue d&rsquo;une r\u00e9habilitation, mais comme une diff\u00e9rence identitaire et linguistique pleine et enti\u00e8re adoss\u00e9e \u00e0 l&rsquo;usage de la langue des signes.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;audiom\u00e9trie tonale demeure la r\u00e9f\u00e9rence absolue (le \u00ab gold standard \u00bb) de la pratique m\u00e9dicale et audioproth\u00e9tique, elle fait l&rsquo;objet de critiques m\u00e9thodologiques et conceptuelles de longue date au sein de la communaut\u00e9 neuroscientifique :<\/p>\n<p>En premier lieu, l&rsquo;audiom\u00e9trie classique est une mesure statique et artificielle. Pr\u00e9senter un son pur continu au casque dans une cabine herm\u00e9tique silencieuse ne refl\u00e8te en rien l&rsquo;\u00e9cologie sonore r\u00e9elle de la vie quotidienne, domin\u00e9e par des signaux dynamiques, polychromatiques, spatiaux et superpos\u00e9s. Elle \u00e9choue fr\u00e9quemment \u00e0 pr\u00e9dire le handicap r\u00e9el et le sentiment de d\u00e9sarroi communicatif d&rsquo;un patient.<\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, sa composante subjective la rend fortement d\u00e9pendante de l&rsquo;\u00e9tat psychologique, \u00e9motionnel et cognitif de l&rsquo;examin\u00e9. La fatigue, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance, la vitesse de traitement psychomoteur, la simulation volontaire ou les troubles somatoformes (surdit\u00e9s psychog\u00e8nes ou de conversion) peuvent biaiser dramatiquement le trac\u00e9 audiom\u00e9trique vers le bas, incitant parfois \u00e0 des d\u00e9marches m\u00e9dicales inadapt\u00e9es.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, la d\u00e9limitation de la norme \u00e0 20 ou 25 dB HL suscite le d\u00e9bat : ce seuil clinique traditionnel ignore les d\u00e9gradations subtiles de la sonie et du traitement temporel qui impactent d\u00e9j\u00e0 la communication professionnelle chez des adultes jeunes dans des environnements bruyants.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions notionnelles<\/h3>\n<p>Il importe de clarifier les fronti\u00e8res conceptuelles s\u00e9parant l&rsquo;audiom\u00e9trie d&rsquo;autres vocables et disciplines voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Audiom\u00e9trie vs Audiologie :<\/strong> L&rsquo;audiom\u00e9trie est l&rsquo;ensemble instrumental et m\u00e9thodologique servant \u00e0 quantifier les r\u00e9ponses auditives ; l&rsquo;audiologie est la discipline m\u00e9dicale et scientifique globale qui englobe l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;audition, de ses pathologies, de sa r\u00e9habilitation proth\u00e9tique et de sa pr\u00e9vention.<\/li>\n<li><strong>Audiom\u00e9trie vs Acoum\u00e9trie :<\/strong> L&rsquo;acoum\u00e9trie renvoie aux \u00e9preuves d&rsquo;\u00e9valuation sommaires de l&rsquo;audition effectu\u00e9es sans instrument \u00e9lectronique sophistiqu\u00e9, principalement \u00e0 l&rsquo;aide de la voix chuchot\u00e9e, de la montre \u00e0 tic-tac ou de diapasons d&rsquo;acier. Elle offre une orientation clinique rapide mais manque de calibration m\u00e9trique fine.<\/li>\n<li><strong>Audiom\u00e9trie tonale vs Audiom\u00e9trie vocale :<\/strong> La premi\u00e8re utilise des ondes sinuso\u00efdales pures calibr\u00e9es pour d\u00e9terminer des seuils \u00e9nerg\u00e9tiques \u00e9l\u00e9mentaires ; la seconde utilise du mat\u00e9riel linguistique complexe (mots, phrases) pour \u00e9valuer la cha\u00eene perceptive et cognitive du d\u00e9codage phon\u00e9tique et s\u00e9mantique.<\/li>\n<li><strong>Audiom\u00e9trie subjective vs Audiom\u00e9trie objective :<\/strong> La m\u00e9thode subjective implique la coop\u00e9ration volontaire du patient (appuyer sur un bouton, lever la main, r\u00e9p\u00e9ter un terme) ; la m\u00e9thode objective enregistre des r\u00e9ponses physiologiques passives (biom\u00e9caniques ou neuro\u00e9lectriques) sans solliciter l&rsquo;intention consciente de l&rsquo;individu.<\/li>\n<li><strong>Surdit\u00e9 de transmission vs Surdit\u00e9 de perception :<\/strong> La premi\u00e8re r\u00e9sulte d&rsquo;une anomalie m\u00e9canique de l&rsquo;oreille externe ou moyenne emp\u00eachant le passage normal de l&rsquo;onde acoustique ; la seconde d\u00e9coule d&rsquo;une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence ou d&rsquo;une l\u00e9sion sensorielle de la cochl\u00e9e, du nerf auditif ou des centres c\u00e9r\u00e9braux.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;audiom\u00e9trie constitue l&rsquo;outil par excellence de caract\u00e9risation fonctionnelle et clinique du syst\u00e8me auditif. Loin de se cantonner \u00e0 une simple routine m\u00e9dicale instrumentale, elle mobilise des principes fondamentaux de la psychophysique et des sciences cognitives pour sonder la fa\u00e7on dont l&rsquo;esprit humain per\u00e7oit et interpr\u00e8te le monde sonore.<\/p>\n<p>Les points cardinaux \u00e0 retenir sont :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;audiogramme tonal liminaire mesure les seuils minimaux de perception en d\u00e9cibels Hearing Level (dB HL) \u00e0 travers deux voies de transmission : a\u00e9rienne (syst\u00e8me global) et osseuse (sensibilit\u00e9 cochl\u00e9aire directe).<\/li>\n<li>La comparaison de ces deux voies identifie instantan\u00e9ment l&rsquo;\u00e9tiologie du d\u00e9ficit : surdit\u00e9 de transmission, surdit\u00e9 de perception (neurosensorielle) ou surdit\u00e9 mixte.<\/li>\n<li>L&rsquo;audiom\u00e9trie vocale et les tests d&rsquo;\u00e9coute dans le bruit explorent la performance du traitement phon\u00e9mique et s\u00e9mantique, fournissant une passerelle clinique vers l&rsquo;\u00e9valuation de la charge cognitive, de l&rsquo;attention s\u00e9lective et des risques de d\u00e9clin c\u00e9r\u00e9bral.<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00e9volution de la discipline int\u00e8gre d\u00e9sormais la d\u00e9tection des synaptopathies cach\u00e9es et des troubles centraux du traitement auditif, affirmant la dimension holistique de l&rsquo;audition qui engage la personne depuis la cellule cili\u00e9e jusqu&rsquo;au cortex associatif.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Fechner, G. T. (1860). <em>Elemente der Psychophysik<\/em>. Breitkopf und H\u00e4rtel.<\/li>\n<li>Fletcher, H., &amp; Wegel, R. L. (1922). The frequency-sensitivity of normal ears. <em>Physical Review<\/em>, 19(5), 553\u2013565. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1103\/PhysRev.19.553\">https:\/\/doi.org\/10.1103\/PhysRev.19.553<\/a><\/li>\n<li>Kemp, D. T. (1978). Stimulated acoustic emissions from within the human auditory system. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 64(5), 1386\u20131391. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.382104\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.382104<\/a><\/li>\n<li>Kujawa, S. G., &amp; Liberman, M. C. (2009). Adding insult to injury: Cochlear nerve degeneration after \u00ab\u00a0temporary\u00a0\u00bb noise-induced hearing loss. <em>The Journal of Neuroscience<\/em>, 29(45), 14077\u201314085. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.2845-09.2009\">https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.2845-09.2009<\/a><\/li>\n<li>Lin, F. R., Metter, E. J., O\u2019Brien, R. J., Resnick, S. M., Zonderman, A. B., &amp; Ferrucci, L. (2011). Hearing loss and incident dementia. <em>Archives of Neurology<\/em>, 68(2), 214\u2013220. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archneurol.2010.362\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archneurol.2010.362<\/a><\/li>\n<li>Organisation mondiale de la Sant\u00e9. (2021). <em>Rapport mondial sur l&rsquo;audition<\/em>. OMS. <a href=\"https:\/\/www.who.int\/fr\/publications\/i\/item\/9789240020481\">https:\/\/www.who.int\/fr\/publications\/i\/item\/9789240020481<\/a><\/li>\n<li>Stevens, S. S. (1957). On the psychophysical law. <em>Psychological Review<\/em>, 64(3), 153\u2013181. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0046162\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0046162<\/a><\/li>\n<li>von B\u00e9k\u00e9sy, G. (1960). <em>Experiments in Hearing<\/em>. McGraw-Hill.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;audiom\u00e9trie constitue la m\u00e9thode psychophysique et m\u00e9dicale de r\u00e9f\u00e9rence pour mesurer les seuils auditifs, \u00e9valuer la discrimination de la parole et explorer les interactions neurocognitives du syst\u00e8me auditif.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[12846,1387,5106],"tags":[32702,31996,1366,5222,32206,5217,32701],"class_list":["post-21221","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-methodes-devaluation","category-neurosciences-cognitives","category-psychophysique","tag-audiogramme","tag-audiometrie","tag-cognition","tag-perception-auditive","tag-presbyacousie","tag-psychoacoustique","tag-seuil-auditif"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21221","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21221\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21221"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21221"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21221"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}