{"id":21220,"date":"2026-10-25T08:59:06","date_gmt":"2026-10-25T08:59:06","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=zero-audiometrique-seuil-audition"},"modified":"2026-10-25T08:59:06","modified_gmt":"2026-10-25T08:59:06","slug":"zero-audiometrique-seuil-audition","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=zero-audiometrique-seuil-audition","title":{"rendered":"Z\u00e9ro audiom\u00e9trique : Le seuil de l&rsquo;audition humaine"},"content":{"rendered":"<p>Au confluent de la psychoacoustique fondamentale et de la pratique audiologique contemporaine, le z\u00e9ro audiom\u00e9trique constitue l\u2019\u00e9talon universel d\u00e9finissant le point de d\u00e9part statistique de la perception sonore humaine. Loin d\u2019incarner une absence absolue de vibration acoustique ou une limite physiologique infranchissable, ce rep\u00e8re psychophysique traduit une convention m\u00e9trologique rigoureusement calibr\u00e9e, indispensable \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation diagnostique de la fonction auditive et \u00e0 la compr\u00e9hension des seuils diff\u00e9rentiels de sensibilit\u00e9 perceptuelle.<\/p>\n<h2>Z\u00e9ro audiom\u00e9trique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>z\u00e9ro audiom\u00e9trique<\/strong> (d\u00e9sign\u00e9 internationalement par l&rsquo;abr\u00e9viation <em>0 dB HL<\/em> pour <em>Hearing Level<\/em>) repr\u00e9sente le niveau de r\u00e9f\u00e9rence standardis\u00e9 de pression acoustique correspondant au seuil absolu moyen d&rsquo;audibilit\u00e9 d&rsquo;une population de jeunes adultes sains, otologiquement normaux, \u00e9valu\u00e9s par conduction a\u00e9rienne ou osseuse \u00e0 des fr\u00e9quences pures d\u00e9termin\u00e9es. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une convention statistique issue de la psychoacoustique et normalis\u00e9e au niveau international par l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Organisation_internationale_de_normalisation\">Organisation internationale de normalisation<\/a> (ISO), permettant de transformer une courbe complexe de sensibilit\u00e9 acoustique non lin\u00e9aire en une ligne de base horizontale simplifi\u00e9e pour les praticiens.<\/p>\n<p>Sur le plan fondamental, cette \u00e9chelle fait correspondre le niveau 0 dB HL \u00e0 diff\u00e9rentes valeurs physiques de pression acoustique exprim\u00e9es en d\u00e9cibels de niveau de pression sonore (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9cibel_(bruit)\">d\u00e9cibels SPL<\/a>), en fonction de la fr\u00e9quence consid\u00e9r\u00e9e. D\u00e8s lors, le z\u00e9ro audiom\u00e9trique n&rsquo;est aucunement synonyme d&rsquo;un silence physique total ; il d\u00e9limite plut\u00f4t l&rsquo;intensit\u00e9 sonore minimale \u00e0 partir de laquelle une onde sinuso\u00efdale pure est d\u00e9tect\u00e9e dans 50 % des pr\u00e9sentations par un groupe normatif id\u00e9al.<\/p>\n<p>Dans le domaine clinique et psychologique, le z\u00e9ro audiom\u00e9trique sert de point z\u00e9ro relatif \u00e0 partir duquel sont quantifi\u00e9s tant les d\u00e9ficits neurosensoriels et de transmission que les capacit\u00e9s auditives supra-normales (exprim\u00e9es par des valeurs n\u00e9gatives en d\u00e9cibels HL). Il constitue ainsi le socle op\u00e9rationnel des audiogrammes tonals liminaires modernes.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab z\u00e9ro audiom\u00e9trique \u00bb proc\u00e8de de la fusion d&rsquo;un terme arithm\u00e9tique et d&rsquo;un d\u00e9riv\u00e9 savant du lexique m\u00e9dical du XIXe si\u00e8cle. Le substantif \u00ab z\u00e9ro \u00bb provient de l&rsquo;italien <em>zero<\/em>, lui-m\u00eame issu par contraction du latin m\u00e9di\u00e9val <em>zephirum<\/em>, adaptation phon\u00e9tique du concept math\u00e9matique de vide ou d&rsquo;origine d&rsquo;un rep\u00e8re d&rsquo;ordonn\u00e9es. Il d\u00e9signe le point d&rsquo;origine d&rsquo;une \u00e9chelle gradu\u00e9e.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab audiom\u00e9trique \u00bb d\u00e9rive d\u2019\u00ab audiom\u00e9trie \u00bb, forg\u00e9 \u00e0 partir du verbe latin <em>audire<\/em> (\u00ab entendre \u00bb, \u00ab \u00e9couter \u00bb) et du suffixe grec <em>metron<\/em> (\u03bc\u03ad\u03c4\u03c1\u03bf\u03bd, \u00ab mesure \u00bb). Introduit dans la litt\u00e9rature scientifique francophone et internationale \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle pour qualifier les instruments et m\u00e9thodes visant \u00e0 chiffrer l&rsquo;acuit\u00e9 auditive, le terme acquiert une pr\u00e9cision op\u00e9rationnelle accrue lors des travaux de normalisation des ann\u00e9es 1930 \u00e0 1960. En anglais, le concept s&rsquo;exprime sous les vocables <em>audiometric zero<\/em> ou <em>audiometric reference level<\/em>. L&rsquo;adjonction de l&rsquo;adjectif au substantif \u00ab z\u00e9ro \u00bb ancre formellement l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un niveau d&rsquo;intensit\u00e9 norm\u00e9 sp\u00e9cifique \u00e0 la mesure fonctionnelle de l&rsquo;ou\u00efe, distinct du z\u00e9ro acoustique absolu de la physique des fluides.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, \u00ab z\u00e9ro audiom\u00e9trique \u00bb est une locution nominale masculine singuli\u00e8re. La transcription phon\u00e9tique standard selon l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international (API) est \/ze.\u0281o o.djo.me.t\u0281ik\/. Au pluriel, la graphie r\u00e9guli\u00e8re commande \u00ab z\u00e9ros audiom\u00e9triques \u00bb (\/ze.\u0281o o.djo.me.t\u0281ik\/), bien que le terme soit tr\u00e8s majoritairement employ\u00e9 au singulier compte tenu de son statut de norme unifi\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, le syntagme associe un nom noyau (\u00ab z\u00e9ro \u00bb) et un adjectif relationnel postpos\u00e9 (\u00ab audiom\u00e9trique \u00bb). Dans les comptes rendus sp\u00e9cialis\u00e9s, il est fr\u00e9quemment abr\u00e9g\u00e9 sous les formes \u00ab 0 dB HL \u00bb (d\u00e9cibels <em>Hearing Level<\/em>) ou occasionnellement \u00ab 0 dB NA \u00bb (niveau d&rsquo;audition dans la nomenclature francophone). Il convient de souligner que l&rsquo;adjectif \u00ab audiom\u00e9trique \u00bb est ici classifiant et non qualificatif : il sp\u00e9cifie le domaine d&rsquo;application du rep\u00e8re sans admettre de gradation d&rsquo;intensit\u00e9 (on ne saurait qualifier un rep\u00e8re de \u00ab tr\u00e8s audiom\u00e9trique \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la port\u00e9e conceptuelle du z\u00e9ro audiom\u00e9trique, il est n\u00e9cessaire de dissiper une confusion courante entre la mesure physique du son et l&rsquo;exp\u00e9rience perceptive de l&rsquo;auditeur. Dans le domaine physique fondamental, l&rsquo;intensit\u00e9 sonore est usuellement mesur\u00e9e en d\u00e9cibels SPL (<em>Sound Pressure Level<\/em>), o\u00f9 le niveau 0 dB SPL correspond conventionnellement \u00e0 une pression acoustique efficace de 20 micropascals (20 \u00b5Pa) dans l&rsquo;air \u00e0 temp\u00e9rature et pression ambiantes normales. Or, l&rsquo;appareil auditif humain n&rsquo;est pas un transducteur lin\u00e9aire : sa sensibilit\u00e9 varie consid\u00e9rablement selon la fr\u00e9quence du stimulus sonore.<\/p>\n<p>En raison des r\u00e9sonances anatomiques du conduit auditif externe, du pavillon et de l&rsquo;oreille moyenne, ainsi que des propri\u00e9t\u00e9s microm\u00e9caniques de la cochl\u00e9e, l&rsquo;oreille humaine fait preuve d&rsquo;une sensibilit\u00e9 maximale dans la zone des fr\u00e9quences conversationnelles moyennes, approximativement situ\u00e9e entre 1 000 Hz et 4 000 Hz. \u00c0 l&rsquo;inverse, aux fr\u00e9quences tr\u00e8s graves (par exemple 125 Hz ou 250 Hz) ou tr\u00e8s aigu\u00ebs (8 000 Hz et au-del\u00e0), l&rsquo;\u00e9nergie acoustique n\u00e9cessaire pour exciter les cellules cili\u00e9es et d\u00e9clencher un potentiel d&rsquo;action conscient dans le nerf cochl\u00e9aire est infiniment plus \u00e9lev\u00e9e. Si les cliniciens utilisaient une \u00e9chelle brute en dB SPL sur un audiogramme, le seuil normal prendrait la forme d&rsquo;une courbe en cuvette tr\u00e8s prononc\u00e9e, rendant l&rsquo;interpr\u00e9tation diagnostique malais\u00e9e.<\/p>\n<p>Le z\u00e9ro audiom\u00e9trique r\u00e9sout cette complexit\u00e9 par une op\u00e9ration d&rsquo;\u00e9galisation psychophysique. Il \u00ab aplatit \u00bb virtuellement la courbe naturelle des seuils physiologiques humains afin de cr\u00e9er une ligne de base droite \u00e0 0 dB HL pour l&rsquo;ensemble des fr\u00e9quences test\u00e9es. Ainsi, \u00e0 1 000 Hz, 0 dB HL correspond \u00e0 environ 7,5 dB SPL sous un \u00e9couteur supra-aural standard, tandis qu&rsquo;\u00e0 125 Hz, o\u00f9 l&rsquo;oreille est bien moins sensible, 0 dB HL \u00e9quivaut \u00e0 environ 45 dB SPL. Dans tous les cas, le z\u00e9ro audiom\u00e9trique traduit l&rsquo;\u00e9nergie exacte requise pour qu&rsquo;un son devienne \u00e0 peine perceptible pour une oreille th\u00e9orique moyenne.<\/p>\n<p>Il en d\u00e9coule que le z\u00e9ro audiom\u00e9trique ne marque nullement une fronti\u00e8re infranchissable en de\u00e7\u00e0 de laquelle aucun \u00eatre humain ne peut entendre. Puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une moyenne statistique \u00e9tablie sur un \u00e9chantillon s\u00e9lectionn\u00e9, environ la moiti\u00e9 des individus jeunes en parfaite sant\u00e9 auditive per\u00e7oivent des sons \u00e0 des intensit\u00e9s inf\u00e9rieures \u00e0 ce niveau de r\u00e9f\u00e9rence. Il est d\u00e8s lors parfaitement courant et physiologique d&rsquo;observer des seuils auditifs de -5 dB HL ou de -10 dB HL lors d&rsquo;un examen audiom\u00e9trique de haute pr\u00e9cision, sans que cela n&rsquo;implique une anomalie biologique.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La gen\u00e8se du z\u00e9ro audiom\u00e9trique s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;histoire de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychophysique\">psychophysique<\/a> exp\u00e9rimentale inaugur\u00e9e au XIXe si\u00e8cle par Gustav Theodor Fechner et Ernst Heinrich Weber. Les premi\u00e8res tentatives d&rsquo;\u00e9valuation quantitative de l&rsquo;audition reposaient sur des stimuli h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes et non calibr\u00e9s, tels que le tic-tac d&rsquo;une montre \u00e0 ressort, la distance de perception de la voix chuchot\u00e9e ou l&rsquo;amortissement vibratoire de diapasons m\u00e9talliques gradu\u00e9s selon la m\u00e9thode de Politzer ou de Rinne.<\/p>\n<p>L&rsquo;essor de l&rsquo;\u00e9lectroacoustique et des oscillateurs \u00e9lectroniques \u00e0 lampes dans les ann\u00e9es 1920, sous l&rsquo;impulsion notable des laboratoires Bell aux \u00c9tats-Unis, bouleverse radicalement l&rsquo;approche m\u00e9trologique. Harvey Fletcher et Robert L. Wegel d\u00e9veloppent le premier audiom\u00e8tre \u00e9lectronique commercial (le Western Electric 1-A en 1922) et entreprennent de cartographier avec rigueur le champ d&rsquo;audibilit\u00e9 humaine, culminant avec les c\u00e9l\u00e8bres courbes d&rsquo;isosonie publi\u00e9es par Fletcher et Munson en 1933.<\/p>\n<p>Durant l&rsquo;entre-deux-guerres, la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une standardisation universelle \u00e9merge avec acuit\u00e9. Les \u00c9tats-Unis adoptent dans les ann\u00e9es 1950 la norme ASA-1951 (<em>American Standards Association<\/em>). Toutefois, les enqu\u00eates \u00e9pid\u00e9miologiques ult\u00e9rieures men\u00e9es en Europe et au Royaume-Uni r\u00e9v\u00e8lent que les valeurs de l&rsquo;ASA-1951 sous-estiment la sensibilit\u00e9 auditive des jeunes adultes d&rsquo;environ 10 dB en raison de conditions d&rsquo;\u00e9talonnage bruit\u00e9es ou d&rsquo;\u00e9couteurs archa\u00efques. En 1964, l&rsquo;Organisation internationale de normalisation intervient pour combler cette divergence en publiant la recommandation ISO-1964, qui r\u00e9ajuste les seuils de r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 des niveaux plus rigoureux et plus fid\u00e8les \u00e0 l&rsquo;acuit\u00e9 r\u00e9elle de l&rsquo;oreille saine.<\/p>\n<p>Cette transition de l&rsquo;\u00e9chelle ASA-1951 vers la norme ISO-1964 (puis ANSI S3.6 aux \u00c9tats-Unis en 1969) provoque d&rsquo;intenses controverses m\u00e9dicales et m\u00e9dicol\u00e9gales, car le passage d&rsquo;une norme \u00e0 l&rsquo;autre modifiait artificiellement le degr\u00e9 de surdit\u00e9 attribu\u00e9 aux travailleurs indemnis\u00e9s. Au cours des d\u00e9cennies suivantes, les normes ISO de la s\u00e9rie 389 (notamment l&rsquo;ISO 389-1 pour les \u00e9couteurs supra-auraux et l&rsquo;ISO 389-2 pour les \u00e9couteurs \u00e0 insertion) ont continuellement affin\u00e9 les valeurs \u00e9quivalentes de r\u00e9f\u00e9rence pour garantir l&rsquo;interchangeabilit\u00e9 internationale des mesures audiologiques.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le z\u00e9ro audiom\u00e9trique repose sur le paradigme psychophysique du seuil absolu de d\u00e9tection sensorielle. Dans la th\u00e9orie classique des seuils d\u00e9velopp\u00e9e par Fechner, le seuil est con\u00e7u comme une fronti\u00e8re discontinue s\u00e9parant les stimuli subliminaux (non per\u00e7us) des stimuli supraliminaires (per\u00e7us). Cependant, la psychophysique moderne et la th\u00e9orie de la d\u00e9tection du signal (TDS) formul\u00e9e par Green et Swets ont d\u00e9montr\u00e9 que le syst\u00e8me sensoriel ne fonctionne pas comme un commutateur binaire tout-ou-rien. La d\u00e9tection acoustique est intrins\u00e8quement probabiliste en raison de la pr\u00e9sence constante d&rsquo;un bruit de fond neuronal interne au niveau de la cochl\u00e9e et des voies centrales.<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9orique, le z\u00e9ro audiom\u00e9trique n&rsquo;est donc pas une barri\u00e8re d\u00e9terministe, mais le point central d&rsquo;une fonction psychom\u00e9trique sigmo\u00efde. Cette courbe psychom\u00e9trique trace la probabilit\u00e9 de d\u00e9tection du stimulus en fonction de son niveau de pression acoustique. Le seuil retenu pour chaque fr\u00e9quence correspond conventionnellement au point d&rsquo;inflexion o\u00f9 le stimulus est identifi\u00e9 avec une probabilit\u00e9 statistique exacte de 50 % au terme d&rsquo;une proc\u00e9dure standardis\u00e9e d&rsquo;escalier ascendant-descendant (g\u00e9n\u00e9ralement la variante de Hughson-Westlake modifi\u00e9e).<\/p>\n<p>Par ailleurs, la formalisation du z\u00e9ro audiom\u00e9trique mobilise les lois du transfert \u00e9lectroacoustique et de l&rsquo;imp\u00e9dance biom\u00e9canique. Lorsque le son est d\u00e9livr\u00e9 par un transducteur externe (casque audiom\u00e9trique ou insert intra-auriculaire), l&rsquo;onde acoustique interagit avec l&rsquo;imp\u00e9dance d&rsquo;entr\u00e9e du conduit auditif et du tympan. La d\u00e9finition rigoureuse du 0 dB HL exige ainsi la mod\u00e9lisation standardis\u00e9e d&rsquo;une oreille artificielle ou d&rsquo;un coupleur acoustique normalis\u00e9 (tel que le coupleur IEC 60318-1), assurant que l&rsquo;imp\u00e9dance acoustique du r\u00e9cepteur reproduit fid\u00e8lement la charge m\u00e9canique moyenne exerc\u00e9e par le syst\u00e8me auditif humain sur la membrane \u00e9mettrice.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La r\u00e9alisation concr\u00e8te du z\u00e9ro audiom\u00e9trique requiert la d\u00e9composition de plusieurs grandeurs physiques et m\u00e9trologiques d\u00e9pendantes de la voie de transmission et du transducteur utilis\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Niveaux d&rsquo;intensit\u00e9 acoustique \u00e9quivalente de r\u00e9f\u00e9rence (RETSPL) :<\/strong> Valeurs fondamentales de pression acoustique (en dB SPL) mesur\u00e9es dans un coupleur acoustique sp\u00e9cifique ou une oreille artificielle, n\u00e9cessaires pour produire un niveau de 0 dB HL \u00e0 chaque fr\u00e9quence normalis\u00e9e (de 125 Hz \u00e0 8 000 Hz, voire 16 000 Hz en audiom\u00e9trie haute fr\u00e9quence).<\/li>\n<li><strong>Z\u00e9ro audiom\u00e9trique en conduction a\u00e9rienne :<\/strong> R\u00e9f\u00e9rence \u00e9tablie lorsque la vibration acoustique chemine \u00e0 travers l&rsquo;air du conduit auditif, heurte la membrane tympanique et traverse la cha\u00eene ossiculaire. Les valeurs de RETSPL varient selon le transducteur employ\u00e9 :\n<ul>\n<li>\u00c9couteurs supra-auraux conventionnels (ex. Telephonics TDH-39 avec coussinet MX-41\/AR).<\/li>\n<li>\u00c9couteurs circum-auraux (offrant une meilleure isolation acoustique et utilis\u00e9s pour les tr\u00e8s hautes fr\u00e9quences).<\/li>\n<li>\u00c9couteurs \u00e0 insertion (ex. Etymotic ER-3A), dont le tube en mousse r\u00e9duit l&rsquo;effet de volume r\u00e9siduel et \u00e9l\u00e8ve le seuil d&rsquo;isolation interaurale.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Z\u00e9ro audiom\u00e9trique en conduction osseuse (FLSR ou RETFL) :<\/strong> R\u00e9f\u00e9rence exprim\u00e9e en niveaux de force vibratoire \u00e9quivalente de r\u00e9f\u00e9rence (<em>Reference Equivalent Threshold Force Levels<\/em>, en d\u00e9cibels par rapport \u00e0 1 micronewton), mesur\u00e9e sur un cr\u00e2ne artificiel norm\u00e9 (simulateur m\u00e9canique d&rsquo;os ou masticateur acoustique) pour un vibrateur osseux plac\u00e9 sur la masto\u00efde ou le front (ex. vibrateur Radioear B-71).<\/li>\n<li><strong>Z\u00e9ro audiom\u00e9trique en champ libre :<\/strong> Valeur seuil \u00e9tablie pour un sujet plac\u00e9 dans une chambre an\u00e9cho\u00efque face \u00e0 un haut-parleur distant calibr\u00e9, exprim\u00e9e en dB SPL en incidence frontale (0 degr\u00e9) ou diffuse, prenant en compte les gains de diffraction induits par la t\u00eate et le torse du sujet.<\/li>\n<li><strong>Bande passante fr\u00e9quentielle standard :<\/strong> Le rep\u00e8re est d\u00e9clin\u00e9 pour les fr\u00e9quences conventionnelles d&rsquo;octave (125, 250, 500, 1 000, 2 000, 4 000 et 8 000 Hz) ainsi que pour les fr\u00e9quences de demi-octave interm\u00e9diaires (notamment 750, 1 500, 3 000 et 6 000 Hz).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de concr\u00e9tiser le fonctionnement du z\u00e9ro audiom\u00e9trique, consid\u00e9rons le profil auditif d&rsquo;un individu de 21 ans, exempt de pathologie otologique, \u00e9valu\u00e9 dans une cabine insonoris\u00e9e. \u00c0 la fr\u00e9quence de 1 000 Hz, le z\u00e9ro audiom\u00e9trique ISO pour un \u00e9couteur TDH-39 correspond \u00e0 7,5 dB SPL. Si le sujet signale la perception du son d\u00e8s que le transducteur d\u00e9livre 2,5 dB SPL, son seuil auditif \u00e0 cette fr\u00e9quence sera not\u00e9 \u00e0 <strong>-5 dB HL<\/strong> sur le trac\u00e9. Cela ne traduit aucune anomalie pathologique, mais d\u00e9montre simplement que son acuit\u00e9 auditive individuelle est sup\u00e9rieure \u00e0 la moyenne statistique de la cohorte de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>Dans un deuxi\u00e8me sc\u00e9nario, examinons un patient de 55 ans consultant pour des difficult\u00e9s de compr\u00e9hension de la parole en environnement bruyant. L&rsquo;audiogramme r\u00e9v\u00e8le des seuils \u00e0 0 dB HL \u00e0 250 Hz et 500 Hz, mais le seuil monte \u00e0 45 dB HL \u00e0 4 000 Hz. Cela signifie qu&rsquo;\u00e0 4 000 Hz, le g\u00e9n\u00e9rateur doit \u00e9mettre un son d&rsquo;une intensit\u00e9 sup\u00e9rieure de 45 dB par rapport \u00e0 la moyenne des jeunes adultes normaux pour que le patient per\u00e7oive le son. Sur le plan physique, sachant que le RETSPL \u00e0 4 000 Hz pour cet \u00e9couteur est d&rsquo;environ 9,5 dB SPL, le patient requiert une intensit\u00e9 r\u00e9elle de 54,5 dB SPL (45 + 9,5) pour franchir son seuil conscient, r\u00e9v\u00e9lant une surdit\u00e9 de perception s\u00e9lective sur les fr\u00e9quences aigu\u00ebs typique d&rsquo;une presbyacousie d\u00e9butante ou d&rsquo;un traumatisme sonore.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me exemple concerne l&rsquo;\u00e9valuation des simulateurs ou des troubles auditifs non organiques. Lorsqu&rsquo;un sujet affirme ne rien entendre en dessous de 60 dB HL sur l&rsquo;ensemble du spectre, mais pr\u00e9sente des r\u00e9flexes stap\u00e9diens parfaitement pr\u00e9serv\u00e9s \u00e0 des intensit\u00e9s normales et des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Oto%C3%A9missions_acoustiques\">oto\u00e9missions acoustiques<\/a> physiologiques, l&rsquo;\u00e9cart par rapport au z\u00e9ro audiom\u00e9trique sert d&rsquo;indice objectif pour d\u00e9celer une discordance psychog\u00e8ne ou une tentative de simulation d&rsquo;une hypoacousie.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des seuils individuels par rapport au z\u00e9ro audiom\u00e9trique s&rsquo;effectue au moyen d&rsquo;un audiom\u00e8tre diagnostique de classe 1 ou 2, conforme aux prescriptions de la norme CEI 60645-1. La mesure s&rsquo;op\u00e8re imp\u00e9rativement dans un environnement d&rsquo;\u00e9coute ultra-calme, le plus souvent une cabine insonoris\u00e9e respectant les crit\u00e8res de bruit ambiant maximal admissible \u00e9dict\u00e9s par la norme ISO 8253-1, afin d&rsquo;\u00e9viter tout ph\u00e9nom\u00e8ne de masquage acoustique parasite des sons faibles.<\/p>\n<p>La m\u00e9thodologie clinique universelle d\u00e9coule du protocole psychoacoustique de Hughson-Westlake modifi\u00e9 (m\u00e9thode ascendante) :<\/p>\n<ol style=\"margin-left: 20px; margin-bottom: 1rem;\">\n<li>Le stimulus sonore initial est pr\u00e9sent\u00e9 \u00e0 un niveau nettement supraliminaire (par exemple 30 ou 40 dB HL) pour familiariser le sujet avec la tonalit\u00e9.<\/li>\n<li>L&rsquo;intensit\u00e9 est diminu\u00e9e par paliers de 10 dB jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le sujet cesse de r\u00e9pondre.<\/li>\n<li>D\u00e8s lors que le stimulus devient inaudible, l&rsquo;op\u00e9rateur augmente l&rsquo;intensit\u00e9 par paliers ascendants de 5 dB jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;obtention d&rsquo;une nouvelle r\u00e9ponse motrice (pression sur un bouton-poussoir ou lev\u00e9e de la main).<\/li>\n<li>Ce cycle d&rsquo;abaissement de 10 dB et de remont\u00e9e de 5 dB est r\u00e9p\u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le niveau d&rsquo;intensit\u00e9 recueille au moins deux r\u00e9ponses positives sur trois pr\u00e9sentations ascendantes \u00e0 ce m\u00eame palier.<\/li>\n<\/ol>\n<p>Le chiffre obtenu repr\u00e9sente le seuil auditif individuel pour cette fr\u00e9quence et s&rsquo;inscrit directement en ordonn\u00e9e sur le graphique de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Audiogramme\">audiogramme<\/a>, o\u00f9 l&rsquo;axe horizontal sup\u00e9rieur correspond tr\u00e8s exactement \u00e0 la ligne du z\u00e9ro audiom\u00e9trique (0 dB HL). La calibration annuelle des audiom\u00e8tres par des laboratoires de m\u00e9trologie agr\u00e9\u00e9s \u00e0 l&rsquo;aide de sonom\u00e8tres de pr\u00e9cision et de cavit\u00e9s d&rsquo;\u00e9talonnage artificielles est indispensable pour garantir que la valeur affich\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran co\u00efncide rigoureusement avec le standard physique international.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La standardisation du z\u00e9ro audiom\u00e9trique d\u00e9ploie des retomb\u00e9es fondamentales dans de multiples secteurs de la m\u00e9decine, de la psychologie et des politiques de sant\u00e9 publique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Diagnostic oto-rhino-laryngologique (ORL) et audiologique :<\/strong> Il permet de classifier objectivement la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des atteintes auditives selon les bar\u00e8mes de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) : audition normale (seuils moyens entre -10 et 20 dB HL), d\u00e9ficience auditive l\u00e9g\u00e8re (20 \u00e0 34 dB HL), mod\u00e9r\u00e9e (35 \u00e0 49 dB HL), s\u00e9v\u00e8re (50 \u00e0 64 dB HL), profonde (65 \u00e0 79 dB HL) ou totale\/cophose (sup\u00e9rieure \u00e0 95 dB HL).<\/li>\n<li><strong>Prescription et r\u00e9glage des proth\u00e8ses auditives :<\/strong> Les algorithmes d&rsquo;amplification num\u00e9rique (tels que NAL-NL2 ou DSL v5.0) utilisent l&rsquo;\u00e9cart mesur\u00e9 entre le z\u00e9ro audiom\u00e9trique et le seuil pathologique du patient pour calculer le gain fr\u00e9quentiel n\u00e9cessaire sans d\u00e9passer le seuil d&rsquo;inconfort auditif (UCL).<\/li>\n<li><strong>Audiom\u00e9trie du travail et sant\u00e9 environnementale :<\/strong> Il offre un point de r\u00e9f\u00e9rence stable permettant de surveiller longitudinalement les travailleurs expos\u00e9s \u00e0 des bruits industriels \u00e9lev\u00e9s et d&rsquo;identifier pr\u00e9cocement des encoches audiom\u00e9triques \u00e0 4 000 Hz indicatrices de microtraumatismes acoustiques.<\/li>\n<li><strong>Expertise m\u00e9dicol\u00e9gale et indemnisation des incapacit\u00e9s :<\/strong> Les tribunaux et les organismes de s\u00e9curit\u00e9 sociale s&rsquo;appuient sur les pertes en d\u00e9cibels par rapport au z\u00e9ro audiom\u00e9trique pour calculer le taux d&rsquo;incapacit\u00e9 permanente partielle (IPP) ouvrant droit \u00e0 r\u00e9paration financi\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>Psychologie cognitive et d\u00e9veloppementale :<\/strong> L&rsquo;utilisation du 0 dB HL garantit que les exp\u00e9riences sur la m\u00e9moire de travail verbale, le traitement phonologique ou la perception de la prosodie chez l&rsquo;enfant et l&rsquo;adulte ne soient pas biais\u00e9es par une variabilit\u00e9 sensorielle p\u00e9riph\u00e9rique non contr\u00f4l\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tablissement et la p\u00e9rennisation du z\u00e9ro audiom\u00e9trique reposent sur des enqu\u00eates psychoacoustiques extensives conduites aupr\u00e8s de cohortes normatives rigoureusement s\u00e9lectionn\u00e9es. Les travaux pionniers de Dadson et King (1952) au <em>National Physical Laboratory<\/em> (NPL) britannique ont jou\u00e9 un r\u00f4le d\u00e9terminant dans la remise en cause des normes am\u00e9ricaines ant\u00e9rieures en prouvant que des sujets otologiquement sains \u00e2g\u00e9s de 18 \u00e0 25 ans pr\u00e9sentaient des seuils r\u00e9els d&rsquo;audibilit\u00e9 nettement plus bas que ceux fix\u00e9s par la norme ASA-1951.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes empiriques contemporaines se focalisent sur la variabilit\u00e9 biologique r\u00e9siduelle au sein des populations dites saines. Les recherches de Lutman et Davis (1994) sur de vastes \u00e9chantillons \u00e9pid\u00e9miologiques ont confirm\u00e9 que le seuil m\u00e9dian r\u00e9el oscille entre -2 dB HL et +3 dB HL chez les jeunes adultes exempts d&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;otites moyennes, d&rsquo;ant\u00e9c\u00e9dents g\u00e9n\u00e9tiques d&rsquo;hypoacousie ou d&rsquo;exposition r\u00e9cr\u00e9ative \u00e0 des niveaux sonores \u00e9lev\u00e9s. Ces observations ont confort\u00e9 la validit\u00e9 externe du mod\u00e8le ISO 389.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la recherche psychoacoustique avanc\u00e9e explore l&rsquo;extension du z\u00e9ro audiom\u00e9trique aux fr\u00e9quences ultra-hautes (de 8 000 \u00e0 16 000 Hz). Des chercheurs comme Stelmachowicz et ses collaborateurs ont mis en lumi\u00e8re la variabilit\u00e9 accrue des RETSPL \u00e0 ces fr\u00e9quences extr\u00eames, due aux variations g\u00e9om\u00e9triques individuelles complexes du conduit auditif, ce qui a conduit \u00e0 la publication de la norme ISO 389-5 d\u00e9di\u00e9e aux \u00e9couteurs haute fr\u00e9quence.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Si la physique acoustique et l&rsquo;anatomie cochl\u00e9o-tympanique rel\u00e8vent de constantes biologiques universelles, l&rsquo;application clinique et l&rsquo;interpr\u00e9tation du z\u00e9ro audiom\u00e9trique se heurtent \u00e0 des disparit\u00e9s contextuelles et culturelles non n\u00e9gligeables. Dans les pays \u00e0 revenu \u00e9lev\u00e9, les normes de calme ambiant pour l&rsquo;\u00e9talonnage et le d\u00e9pistage audiom\u00e9trique en milieu scolaire ou professionnel sont strictement contr\u00f4l\u00e9es. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, dans les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire, l&rsquo;inaccessibilit\u00e9 de cabines insonoris\u00e9es conformes aux normes ISO 8253-1 engendre des art\u00e9facts majeurs : le bruit de fond \u00e9l\u00e8ve artificiellement les seuils mesur\u00e9s sur les basses fr\u00e9quences (250 et 500 Hz), simulant faussement des surdit\u00e9s de transmission chez des sujets sains.<\/p>\n<p>Sur le plan ethnoculturel et sociologique, la notion m\u00eame de d\u00e9ficit auditif calcul\u00e9 \u00e0 partir du z\u00e9ro audiom\u00e9trique fait l&rsquo;objet de perceptions contrast\u00e9es. Dans les soci\u00e9t\u00e9s industrialis\u00e9es, une d\u00e9viation de 25 dB par rapport au z\u00e9ro audiom\u00e9trique est imm\u00e9diatement m\u00e9dicalis\u00e9e et qualifi\u00e9e de d\u00e9ficience n\u00e9cessitant une compensation proth\u00e9tique. En revanche, au sein de communaut\u00e9s rurales isol\u00e9es ou dans certaines cultures traditionnelles, des d\u00e9calages d&rsquo;intensit\u00e9 auditive mod\u00e9r\u00e9s sont per\u00e7us comme des variations normales de la s\u00e9nescence ou de l&rsquo;individualit\u00e9, n&rsquo;entra\u00eenant aucune stigmatisation ni demande d&rsquo;appareillage, tant que la communication fonctionnelle face \u00e0 face demeure pr\u00e9serv\u00e9e.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, la communaut\u00e9 sourde revendiquant l&rsquo;usage de la langue des signes conteste fr\u00e9quemment l&rsquo;approche purement d\u00e9ficitaire inh\u00e9rente au mod\u00e8le de l&rsquo;audiogramme, o\u00f9 le z\u00e9ro audiom\u00e9trique est implicitement \u00e9rig\u00e9 en \u00e9talon de la \u00ab perfection \u00bb sensorielle humaine, rel\u00e9guant toute divergence au rang d&rsquo;alt\u00e9ration p\u00e9jorative.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 son statut d&rsquo;outil incontournable, le z\u00e9ro audiom\u00e9trique et son exploitation clinique font l&rsquo;objet de critiques m\u00e9thodologiques et conceptuelles substantielles de la part des audiologistes et des neurobiologistes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;inad\u00e9quation face \u00e0 la \u00ab perte auditive cach\u00e9e \u00bb (<em>Hidden Hearing Loss<\/em>) :<\/strong> La limite la plus vivement d\u00e9battue ces derni\u00e8res ann\u00e9es concerne l&rsquo;incapacit\u00e9 du z\u00e9ro audiom\u00e9trique \u00e0 d\u00e9tecter la synaptopathie cochl\u00e9aire. Des individus pr\u00e9sentant un trac\u00e9 audiom\u00e9trique rigoureusement parfait (seuils \u00e0 0 dB HL sur toutes les fr\u00e9quences) peuvent n\u00e9anmoins souffrir d&rsquo;une perte massive de synapses reliant les cellules cili\u00e9es internes aux neurones du nerf auditif, se traduisant par une incapacit\u00e9 invalidante \u00e0 extraire la parole dans le bruit malgr\u00e9 une sensibilit\u00e9 liminaire normale.<\/li>\n<li><strong>La nature probabiliste ignor\u00e9e par la pratique clinique :<\/strong> L&rsquo;audiom\u00e9trie tonale de routine utilise un pas de discr\u00e9tisation de 5 dB pour des imp\u00e9ratifs de rapidit\u00e9. Ce protocole simpliste masque la pente r\u00e9elle de la fonction psychom\u00e9trique du sujet et introduit une marge d&rsquo;erreur inh\u00e9rente de \u00b15 dB autour du z\u00e9ro audiom\u00e9trique r\u00e9el.<\/li>\n<li><strong>Les variations d&rsquo;imp\u00e9dance acoustique interindividuelles :<\/strong> L&rsquo;\u00e9talonnage du 0 dB HL repose sur un volume auriculaire moyen de 2 cm\u00b3 (simulateur de coupleur standard). Or, le volume r\u00e9el du conduit auditif externe varie fortement selon l&rsquo;\u00e2ge, le sexe et la morphologie (notamment chez les nourrissons ou les enfants, chez qui le conduit est beaucoup plus court). Chez un jeune enfant, un stimulus calibr\u00e9 \u00e0 0 dB HL engendre en r\u00e9alit\u00e9 une pression acoustique intra-canalaire nettement sup\u00e9rieure \u00e0 celle mesur\u00e9e chez l&rsquo;adulte, faussant l&rsquo;\u00e9valuation si des corrections individuelles (RECD ou <em>Real-Ear-to-Coupler Difference<\/em>) ne sont pas appliqu\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Arbitraire de la population de r\u00e9f\u00e9rence :<\/strong> La cohorte originelle ayant servi \u00e0 d\u00e9finir le z\u00e9ro audiom\u00e9trique \u00e9tait compos\u00e9e d&rsquo;\u00e9tudiants occidentaux jeunes, ne refl\u00e9tant pas n\u00e9cessairement la diversit\u00e9 des profils auditifs mondiaux exempts de pathologies.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Une compr\u00e9hension rigoureuse du z\u00e9ro audiom\u00e9trique requiert de le distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment des concepts acoustiques et psychophysiques voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9cibel SPL (Sound Pressure Level) :<\/strong> \u00c9chelle physique mesurant le niveau de pression acoustique absolu par rapport \u00e0 20 micropascals. Le 0 dB SPL correspond \u00e0 cette valeur physique fixe, tandis que le 0 dB HL varie en intensit\u00e9 physique \u00e0 chaque fr\u00e9quence pour s&rsquo;adapter \u00e0 la courbe de sensibilit\u00e9 humaine.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9cibel SL (Sensation Level) :<\/strong> Niveau d&rsquo;intensit\u00e9 acoustique exprim\u00e9 en r\u00e9f\u00e9rence au seuil auditif propre \u00e0 un individu sp\u00e9cifique \u00e0 une fr\u00e9quence donn\u00e9e. Si un patient poss\u00e8de un seuil audiom\u00e9trique individuel de 25 dB HL, un stimulus \u00e9mis \u00e0 65 dB HL \u00e9quivaut pour lui \u00e0 un niveau de sensation de 40 dB SL (65 &#8211; 25).<\/li>\n<li><strong>Seuil absolu d&rsquo;audibilit\u00e9 :<\/strong> Seuil perceptif brut mesur\u00e9 chez un sujet donn\u00e9 dans des conditions psychophysiques d\u00e9termin\u00e9es, sans obligatoirement recourir \u00e0 la normalisation de groupe propre au z\u00e9ro audiom\u00e9trique standardis\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Seuil diff\u00e9rentiel de perception :<\/strong> Plus petite diff\u00e9rence d&rsquo;intensit\u00e9 acoustique perceptible entre deux stimuli sonores distincts (loi de Weber-Fechner), distincte du seuil absolu de d\u00e9tection quantifi\u00e9 par le 0 dB HL.<\/li>\n<li><strong>Courbes d&rsquo;isosonie (courbes de Fletcher-Munson \/ ISO 226) :<\/strong> Repr\u00e9sentations graphiques des niveaux de pression acoustique pour lesquels des sons de fr\u00e9quences diff\u00e9rentes engendrent une sensation de sonie identique (exprim\u00e9e en phones). Le z\u00e9ro audiom\u00e9trique correspond conceptuellement \u00e0 la courbe isosonique du seuil d&rsquo;audibilit\u00e9 (courbe de 0 phone).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le z\u00e9ro audiom\u00e9trique constitue l&rsquo;\u00e9talon m\u00e9trologique cardinal de l&rsquo;audiologie moderne et de la psychophysique de l&rsquo;audition :<\/p>\n<ul>\n<li>Il correspond au niveau moyen d&rsquo;audibilit\u00e9 des sons purs chez les jeunes adultes sains, d\u00e9sign\u00e9 par la valeur conventionnelle <strong>0 dB HL<\/strong>.<\/li>\n<li>Il ne repr\u00e9sente pas une absence physique de son, mais compense les non-lin\u00e9arit\u00e9s de sensibilit\u00e9 de l&rsquo;oreille humaine pour transformer une courbe de r\u00e9ponse complexe en une ligne de base horizontale simplifi\u00e9e.<\/li>\n<li>Sa standardisation est r\u00e9gie par les normes internationales de la s\u00e9rie <strong>ISO 389<\/strong>, qui d\u00e9finissent les valeurs de pression acoustique physique (RETSPL en dB SPL) correspondant au 0 dB HL pour chaque type d&rsquo;\u00e9couteur et de fr\u00e9quence.<\/li>\n<li>Il est courant et physiologique d&rsquo;observer des seuils auditifs n\u00e9gatifs (ex. -5 ou -10 dB HL), traduisant une acuit\u00e9 sensorielle sup\u00e9rieure \u00e0 la moyenne normative.<\/li>\n<li>Bien qu&rsquo;indispensable au diagnostic des surdit\u00e9s de transmission et de perception, il pr\u00e9sente des limites conceptuelles, ne permettant pas de diagnostiquer la d\u00e9gradation de la compr\u00e9hension de la parole en milieu complexe ni les pertes auditives cach\u00e9es (synaptopathies cochl\u00e9aires).<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul style=\"list-style-type: none; padding-left: 0;\">\n<li style=\"margin-bottom: 1rem;\">American National Standards Institute. (2018). <em>Specification for audiometers<\/em> (ANSI\/ASA S3.6-2018). Acoustical Society of America. <a href=\"https:\/\/webstore.ansi.org\/standards\/asa\/ansiasas32018\">https:\/\/webstore.ansi.org\/standards\/asa\/ansiasas32018<\/a><\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 1rem;\">Fletcher, H., &#038; Munson, W. A. (1933). Loudness, its definition, measurement and calculation. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 5(2), 82-108. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1915637\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1915637<\/a><\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 1rem;\">International Organization for Standardization. (2017). <em>Acoustics \u2014 Reference zero for the calibration of audiometric equipment \u2014 Part 1: Reference equivalent threshold sound pressure levels for pure tones and supra-aural earphones<\/em> (ISO Standard No. 389-1:2017). <a href=\"https:\/\/www.iso.org\/standard\/64977.html\">https:\/\/www.iso.org\/standard\/64977.html<\/a><\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 1rem;\">Lutman, M. E., &#038; Davis, A. C. (1994). The distribution of hearing threshold levels in the normally hearing population. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 96(5), 2796-2808. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.411385\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.411385<\/a><\/li>\n<li style=\"margin-bottom: 1rem;\">Plack, C. J. (2018). <em>The sense of hearing<\/em> (3rd ed.). Routledge. <a href=\"https:\/\/www.routledge.com\/The-Sense-of-Hearing\/Plack\/p\/book\/9781138633087\">https:\/\/www.routledge.com\/The-Sense-of-Hearing\/Plack\/p\/book\/9781138633087<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le z\u00e9ro audiom\u00e9trique (0 dB HL) est l&rsquo;\u00e9talon psychoacoustique international d\u00e9finissant le seuil moyen d&rsquo;audibilit\u00e9 chez les jeunes adultes normaux.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[26703,4578,5106],"tags":[35415,31996,35416,5217,35390,35414],"class_list":["post-21220","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-audiologie","category-psychoacoustique","category-psychophysique","tag-0-db-hl","tag-audiometrie","tag-iso-389","tag-psychoacoustique","tag-seuil-daudition","tag-zero-audiometrique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21220","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21220\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21220"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21220"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21220"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}