{"id":21218,"date":"2026-10-25T08:55:08","date_gmt":"2026-10-25T08:55:08","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=audiometre-mesurer-perception-auditive"},"modified":"2026-10-25T08:55:08","modified_gmt":"2026-10-25T08:55:08","slug":"audiometre-mesurer-perception-auditive","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=audiometre-mesurer-perception-auditive","title":{"rendered":"Audiom\u00e8tre : Mesurer la perception auditive"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;exploration instrumentale de l&rsquo;audition repr\u00e9sente un pilier fondamental de la psychologie sensorielle et des neurosciences cognitives. L&rsquo;audiom\u00e8tre constitue l&rsquo;appareil paradigmatique permettant d&rsquo;objectiver, de quantifier et d&rsquo;analyser les seuils diff\u00e9rentiels et absolus de la sensibilit\u00e9 acoustique chez l&rsquo;\u00eatre humain. En reliant la physique du signal sonore aux m\u00e9canismes subjectifs du traitement perceptif, cet outil transcende le simple cadre m\u00e9dical pour devenir un instrument central de la recherche psychophysique.<\/p>\n<h2>Audiom\u00e8tre<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Un audiom\u00e8tre est un dispositif \u00e9lectroacoustique ou num\u00e9rique \u00e9talonn\u00e9 servant \u00e0 \u00e9valuer l&rsquo;acuit\u00e9 auditive en d\u00e9livrant des stimuli sonores de fr\u00e9quence et d&rsquo;intensit\u00e9 pr\u00e9cis\u00e9ment contr\u00f4l\u00e9es. Il permet d&rsquo;\u00e9tablir les seuils liminaires de perception tonale et vocale chez un individu, tant par conduction a\u00e9rienne que par conduction osseuse.<\/p>\n<p>Sur le plan psychophysiologique, l&rsquo;audiom\u00e8tre sert d&rsquo;interface normalis\u00e9e entre une stimulation physique rigoureuse et une r\u00e9ponse cognitive ou comportementale de d\u00e9tection. Il quantifie la d\u00e9viation du syst\u00e8me auditif d&rsquo;un sujet par rapport \u00e0 une moyenne normative universellement d\u00e9finie, mat\u00e9rialisant ainsi la fronti\u00e8re entre perception consciente et non-perception.<\/p>\n<p>En pratique clinique et exp\u00e9rimentale, l&rsquo;appareil g\u00e9n\u00e8re des profils standardis\u00e9s, appel\u00e9s audiogrammes, qui cartographient la sensibilit\u00e9 auditive en fonction de la fr\u00e9quence hertzienne. Ces mesures permettent de classifier les d\u00e9ficits sensoriels, d&rsquo;\u00e9tudier les distorsions perceptives centrales et de sonder l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 fonctionnelle des voies auditives, depuis la cochl\u00e9e jusqu&rsquo;aux aires corticales sp\u00e9cialis\u00e9es.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab audiom\u00e8tre \u00bb proc\u00e8de d&rsquo;une composition hybride gr\u00e9co-latine typique du lexique scientifique du XIXe si\u00e8cle. Il associe la racine verbale latine <em>audire<\/em>, qui signifie \u00ab entendre \u00bb ou \u00ab \u00e9couter \u00bb, et le suffixe d&rsquo;origine grecque <em>metron<\/em> (\u03bc\u03ad\u03c4\u03c1\u03bf\u03bd), traduisant l&rsquo;action de \u00ab mesurer \u00bb ou d\u00e9signant un \u00ab instrument de mesure \u00bb.<\/p>\n<p>La formalisation du terme appara\u00eet dans la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, au confluent des balbutiements de la physique acoustique et de la naissance de la psychophysique exp\u00e9rimentale. Le physicien et inventeur David Edward Hughes popularise le terme en anglais (<em>audiometer<\/em>) vers 1879 lors de ses d\u00e9monstrations devant la Royal Society de Londres, d\u00e9crivant un appareil \u00e9lectrique \u00e0 induction destin\u00e9 \u00e0 tester l&rsquo;acuit\u00e9 auditive avec une pr\u00e9cision in\u00e9dite pour l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>Le mot int\u00e8gre promptement la langue fran\u00e7aise savante par le truchement des travaux d&rsquo;otologie et de physiologie sensorielle. Il se stabilise au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle pour d\u00e9signer exclusivement les syst\u00e8mes g\u00e9n\u00e9rant des fr\u00e9quences pures calibr\u00e9es, abandonnant progressivement les approches m\u00e9caniques archa\u00efques bas\u00e9es sur le tic-tac des montres ou les diapasons \u00e9talonn\u00e9s.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le substantif se prononce \/o.djo.m\u025bt\u0281\/ en fran\u00e7ais standard. La d\u00e9composition syllabique s&rsquo;\u00e9tablit en quatre unit\u00e9s phonologiques : au-dio-m\u00e8-tre. Le groupe vocalique initial \u00ab au \u00bb transcrit le son [o], tandis que le hiatus m\u00e9dian \u00ab io \u00bb est r\u00e9alis\u00e9 sous forme d&rsquo;une semi-voyelle suivie d&rsquo;une voyelle [jo].<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, \u00ab audiom\u00e8tre \u00bb est un nom commun masculin singulier, prenant la marque graphique du pluriel \u00ab s \u00bb (\u00ab des audiom\u00e8tres \u00bb). Le terme donne naissance \u00e0 une famille lexicale sp\u00e9cifique au sein de laquelle on rel\u00e8ve l&rsquo;\u00ab audiom\u00e9trie \u00bb (l&rsquo;acte ou la science de la mesure), \u00ab audiom\u00e9trique \u00bb (l&rsquo;adjectif qualificatif associ\u00e9 aux protocoles et donn\u00e9es) et \u00ab audiom\u00e9triste \u00bb (le praticien proc\u00e9dant \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation technique).<\/p>\n<p>Dans le discours scientifique, l&rsquo;usage exige la pr\u00e9cision contextuelle par le biais d&rsquo;\u00e9pith\u00e8tes qualificatives : on distingue ainsi l&rsquo;\u00ab audiom\u00e8tre tonal \u00bb (d\u00e9di\u00e9 aux sons purs), l&rsquo;\u00ab audiom\u00e8tre vocal \u00bb (centr\u00e9 sur le mat\u00e9riel phonologique) ou encore l&rsquo;\u00ab audiom\u00e8tre haute fr\u00e9quence \u00bb (explorant le spectre ultrasonore au-del\u00e0 de 8 000 Hz).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie de l&rsquo;audiom\u00e8tre requiert une appr\u00e9hension fine de la relation psychophysique qui unit l&rsquo;onde acoustique et le percept auditif. Le son est une fluctuation de pression m\u00e9canique caract\u00e9ris\u00e9e par sa fr\u00e9quence (exprim\u00e9e en hertz, Hz) et son amplitude (mesur\u00e9e en pascals ou en d\u00e9cibels). L&rsquo;audiom\u00e8tre ne se contente pas d&rsquo;\u00e9mettre des pressions sonores brutes ; il convertit l&rsquo;\u00e9chelle logarithmique de pression acoustique physique (dB SPL, pour <em>Sound Pressure Level<\/em>) en une \u00e9chelle psychoacoustique relative, le niveau d&rsquo;audition (dB HL, pour <em>Hearing Level<\/em>).<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9chelle en dB HL est \u00e9talonn\u00e9e sur les courbes isosoniques de sensibilit\u00e9 de l&rsquo;oreille humaine chez de jeunes adultes sains. Comme l&rsquo;oreille n&rsquo;est pas \u00e9quitablement r\u00e9ceptive \u00e0 toutes les fr\u00e9quences \u2014 pr\u00e9sentant une sensibilit\u00e9 maximale entre 1 000 et 4 000 Hz et une sensibilit\u00e9 bien moindre aux tr\u00e8s basses et tr\u00e8s hautes fr\u00e9quences \u2014, l&rsquo;audiom\u00e8tre compense ces disparit\u00e9s biologiques. Ainsi, 0 dB HL sur un audiom\u00e8tre correspond au <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Seuil_d%27audibilit%C3%A9\">seuil d&rsquo;audibilit\u00e9<\/a> m\u00e9dian de la population norm\u00e9e pour chaque fr\u00e9quence test\u00e9e, simplifiant l&rsquo;analyse diagnostique.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la d\u00e9tection liminaire, l&rsquo;audiom\u00e8tre sonde les m\u00e9canismes de transduction et de conduction. L&rsquo;\u00e9valuation s&rsquo;op\u00e8re selon deux modalit\u00e9s distinctes : la conduction a\u00e9rienne (CA) et la conduction osseuse (CO). La conduction a\u00e9rienne envoie les ondes \u00e0 travers le pavillon, le conduit auditif externe, la membrane tympanique et la cha\u00eene ossiculaire de l&rsquo;oreille moyenne, jusqu&rsquo;\u00e0 la cochl\u00e9e. La conduction osseuse, transmise au moyen d&rsquo;un vibreur plac\u00e9 sur la masto\u00efde ou le front, court-circuite l&rsquo;oreille externe et moyenne en stimulant directement la bo\u00eete cr\u00e2nienne et les fluides de l&rsquo;oreille interne. La dissociation de ces deux courbes audiom\u00e9triques constitue le principe diff\u00e9rentiel fondamental entre surdit\u00e9 de transmission et surdit\u00e9 de perception.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique, l&rsquo;utilisation de l&rsquo;audiom\u00e8tre illustre la complexit\u00e9 du processus de d\u00e9cision sensorielle. L&rsquo;investigateur confronte l&rsquo;individu \u00e0 des situations limites d&rsquo;incertitude perceptive. La consigne impose au sujet de signaler l&rsquo;apparition du son d\u00e8s sa premi\u00e8re \u00e9mergence subjective. L&rsquo;acte de signalement fait intervenir la vigilance, l&rsquo;attention s\u00e9lective, le temps de r\u00e9action, le crit\u00e8re individuel de d\u00e9cision (conservateur ou lib\u00e9ral) et la susceptibilit\u00e9 aux acouph\u00e8nes ou bruits corporels internes. L&rsquo;audiom\u00e8tre est donc le vecteur mat\u00e9riel d&rsquo;une exp\u00e9rience psychophysique active.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>Avant l&rsquo;av\u00e8nement des circuits \u00e9lectroniques, l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;audition reposait sur des m\u00e9thodes empiriques difficilement reproductibles. Les cliniciens utilisaient des \u00e9preuves d&rsquo;accumulation vocale (voix chuchot\u00e9e \u00e0 distances variables), des bruits de frottement de doigts, ou des s\u00e9ries de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Diapason\">diapasons<\/a> m\u00e9talliques accord\u00e9s selon diff\u00e9rentes fr\u00e9quences fondamentales, telles les \u00e9preuves classiques de Weber et de Rinne formul\u00e9es au cours du XIXe si\u00e8cle.<\/p>\n<p>Le tournant technologique s&rsquo;amorce avec les travaux de David Edward Hughes en 1879, qui assemble un syst\u00e8me fond\u00e9 sur le microphone \u00e0 charbon et des bobines d&rsquo;induction pour graduer l&rsquo;intensit\u00e9 per\u00e7ue. Cependant, la quantification spectrale demeure rudimentaire jusqu&rsquo;\u00e0 la mise au point de la lampe triode au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. En 1919, l&rsquo;ing\u00e9nieur allemand Carl Emil Seashore con\u00e7oit un appareil hybride pour ses recherches sur la psychologie de la musique, jetant les ponts entre acoustique et psychologie exp\u00e9rimentale.<\/p>\n<p>L&rsquo;audiom\u00e9trie moderne prend v\u00e9ritablement son essor en 1922 gr\u00e2ce \u00e0 la collaboration entre le m\u00e9decin Edmund Prince Fowler et les physiciens des laboratoires Bell, notamment Harvey Fletcher. Ils cr\u00e9ent le \u00ab Western Electric 1-A \u00bb, souvent qualifi\u00e9 de premier audiom\u00e8tre commercialis\u00e9 standardis\u00e9. Fletcher et ses coll\u00e8gues cartographient la sensibilit\u00e9 auditive humaine et cr\u00e9ent le concept de perte auditive gradu\u00e9e en d\u00e9cibels, transformant durablement le paradigme de l&rsquo;audiom\u00e9trie tonale.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre, le psychologue et audiologiste Georg von B\u00e9k\u00e9sy, futur laur\u00e9at du prix Nobel, r\u00e9volutionne le domaine en 1947 en introduisant l&rsquo;audiom\u00e8tre automatique asservi au sujet (l&rsquo;audiom\u00e9trie de B\u00e9k\u00e9sy). Dans ce dispositif, l&rsquo;utilisateur maintient un bouton enfonc\u00e9 tant qu&rsquo;il per\u00e7oit le son et le rel\u00e2che d\u00e8s que celui-ci dispara\u00eet, le g\u00e9n\u00e9rateur balayant de mani\u00e8re continue le spectre des fr\u00e9quences. Cet appareil permit de dissocier les atteintes cochl\u00e9aires des l\u00e9sions r\u00e9trocochl\u00e9aires gr\u00e2ce aux trac\u00e9s continus et puls\u00e9s.<\/p>\n<p>La fin du XXe si\u00e8cle et le d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle voient la num\u00e9risation compl\u00e8te de l&rsquo;instrument. Les audiom\u00e8tres \u00e0 circuits analogiques et potentiom\u00e8tres manuels sont remplac\u00e9s par des g\u00e9n\u00e9rateurs de signaux num\u00e9riques command\u00e9s par microprocesseurs. Cette mutation technologique a permis d&rsquo;int\u00e9grer des algorithmes de d\u00e9tection automatis\u00e9e, des tests psychoacoustiques complexes (mesure de la r\u00e9solution temporelle, modulation de fr\u00e9quence) et une reproductibilit\u00e9 optimale des stimuli.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation et l&rsquo;architecture fonctionnelle de l&rsquo;audiom\u00e8tre reposent sur les th\u00e9ories de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychoacoustique\">psychoacoustique<\/a> et de la psychophysique classique, initi\u00e9es par Gustav Fechner et Ernst Heinrich Weber. La loi de Weber-Fechner postule que la sensation per\u00e7ue varie de mani\u00e8re proportionnelle au logarithme de l&rsquo;excitation physique. C&rsquo;est en vertu de cette assise th\u00e9orique que l&rsquo;att\u00e9nuation du signal sonore est param\u00e9tr\u00e9e sur une \u00e9chelle logarithmique en d\u00e9cibels, refl\u00e9tant l&rsquo;ampleur dynamique non lin\u00e9aire du syst\u00e8me sensoriel humain capable de traiter des variations de pression sur un facteur sup\u00e9rieur \u00e0 un million.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, la psychophysique auditive s&rsquo;enrichit de la Th\u00e9orie de D\u00e9tection du Signal (TDS), th\u00e9oris\u00e9e par David Green et John Swets. La TDS postule qu&rsquo;une r\u00e9ponse \u00e0 un stimulus de faible intensit\u00e9 n&rsquo;est jamais le reflet direct d&rsquo;un seuil physiologique rigide, mais r\u00e9sulte d&rsquo;une s\u00e9paration statistique entre un \u00ab bruit \u00bb sous-jacent (bruit de fond environnemental ou neuronal) et le \u00ab signal + bruit \u00bb. L&rsquo;audiom\u00e8tre sert d&rsquo;ar\u00e8ne d&rsquo;observation o\u00f9 s&rsquo;expriment les deux param\u00e8tres cardinaux de la TDS : la sensibilit\u00e9 sensorielle intrins\u00e8que (not\u00e9e <em>d&rsquo;<\/em>) et le biais de r\u00e9ponse individuel (le crit\u00e8re b\u00eata, \u03b2). Cette conceptualisation \u00e9claire pourquoi certains sujets rapportent percevoir des sons inaudibles (fausses alarmes) ou manquent des stimuli audibles (omissions).<\/p>\n<p>Sur le versant physiologique, le fonctionnement de l&rsquo;audiom\u00e8tre s&rsquo;ancre dans la th\u00e9orie tonotopique de l&rsquo;audition, issue des d\u00e9couvertes de Hermann von Helmholtz et valid\u00e9e exp\u00e9rimentalement par von B\u00e9k\u00e9sy. Selon ce mod\u00e8le, la cochl\u00e9e op\u00e8re une transform\u00e9e de Fourier spatiale : les hautes fr\u00e9quences provoquent une oscillation maximale de la membrane basilaire \u00e0 la base de la cochl\u00e9e, tandis que les basses fr\u00e9quences stimulent pr\u00e9f\u00e9rentiellement l&rsquo;apex. L&rsquo;audiom\u00e9trie tonale repose enti\u00e8rement sur ce principe de s\u00e9gr\u00e9gation spatio-fr\u00e9quentielle pour isoler chirurgicalement la comp\u00e9tence de chaque r\u00e9gion de l&rsquo;organe de Corti.<\/p>\n<p>Enfin, la psycholinguistique et les sciences de la communication soutiennent l&rsquo;\u00e9laboration de l&rsquo;audiom\u00e9trie vocale. La perception de la parole ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une d\u00e9tection tonale ; elle mobilise des r\u00e9serves phonologiques, lexicales et cognitives. Les listes de mots phon\u00e9tiquement \u00e9quilibr\u00e9es projet\u00e9es par l&rsquo;audiom\u00e8tre \u00e9valuent la capacit\u00e9 du syst\u00e8me nerveux central \u00e0 int\u00e9grer, identifier et discriminer des indices acoustiques complexes dans un contexte de charge s\u00e9mantique contr\u00f4l\u00e9e.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture d&rsquo;un audiom\u00e8tre moderne se subdivise en modules fonctionnels mat\u00e9riels et logiciels con\u00e7us pour garantir une int\u00e9grit\u00e9 physique irr\u00e9prochable du stimulus. On identifie plusieurs types d&rsquo;appareils et \u00e9l\u00e9ments constitutifs :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>G\u00e9n\u00e9rateur de fr\u00e9quences :<\/strong> Oscillateur \u00e9lectronique ou synth\u00e9tiseur num\u00e9rique capable de d\u00e9livrer des ondes sinuso\u00efdales pures d&rsquo;une distorsion harmonique n\u00e9gligeable (inf\u00e9rieure \u00e0 1 %), habituellement \u00e9tag\u00e9es de 125 Hz \u00e0 8 000 Hz (ou jusqu&rsquo;\u00e0 16 000 ou 20 000 Hz pour les mod\u00e8les haute fr\u00e9quence).<\/li>\n<li><strong>Att\u00e9nuateur de pr\u00e9cision :<\/strong> Syst\u00e8me \u00e9talonn\u00e9 permettant de faire varier l&rsquo;intensit\u00e9 acoustique par incr\u00e9ments normalis\u00e9s (g\u00e9n\u00e9ralement de 5 dB, 1 dB ou 2 dB) sur une plage dynamique allant usuellement de -10 dB HL \u00e0 120 dB HL.<\/li>\n<li><strong>G\u00e9n\u00e9rateur de bruit de masquage :<\/strong> Source de bruit blanc ou de bruit \u00e0 bande \u00e9troite (<em>narrowband noise<\/em>) indispensable pour neutraliser (\u00ab masquer \u00bb) l&rsquo;oreille controlat\u00e9rale non test\u00e9e lorsque le son transmis par voie a\u00e9rienne ou osseuse risque de diffuser par conduction cr\u00e2nienne vers l&rsquo;oreille oppos\u00e9e (ph\u00e9nom\u00e8ne de transcr\u00e2nialit\u00e9).<\/li>\n<li><strong>Transducteurs acoustiques vari\u00e9s :<\/strong> Ensemble des convertisseurs d&rsquo;\u00e9nergie comprenant les casques supra-auriculaires (ex. Telephonics TDH-39), les \u00e9couteurs \u00e0 insertion intra-auriculaire (ex. Etymotic ER-3A), le vibrateur osseux \u00e0 application masto\u00efdienne (ex. Radioear B71), et les haut-parleurs de champ libre pour les mesures en milieu ouvert.<\/li>\n<li><strong>Audiom\u00e8tres de d\u00e9pistage (screening) :<\/strong> Dispositifs portables simplifi\u00e9s explorant un nombre restreint de fr\u00e9quences et d&rsquo;intensit\u00e9s fixes, employ\u00e9s en milieu scolaire ou en m\u00e9decine du travail pour rep\u00e9rer rapidement les d\u00e9ficits majeurs sans cartographie exhaustive.<\/li>\n<li><strong>Audiom\u00e8tres cliniques ou diagnostiques :<\/strong> Appareils de haute technicit\u00e9 disposant de deux canaux ind\u00e9pendants, permettant des tests vocaux, des mesures en champ libre, des bilans haute fr\u00e9quence et des \u00e9preuves psychoacoustiques approfondies de recrutement et de fatigue auditive.<\/li>\n<li><strong>Audiom\u00e8tres informatis\u00e9s et t\u00e9l\u00e9-audiom\u00e8tres :<\/strong> Syst\u00e8mes interfac\u00e9s avec des ordinateurs ex\u00e9cutant des protocoles algorithmiques automatis\u00e9s, facilitant l&rsquo;int\u00e9gration des dossiers m\u00e9dicaux \u00e9lectroniques et le d\u00e9pistage auditif \u00e0 distance via des r\u00e9seaux s\u00e9curis\u00e9s.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mat\u00e9rialiser l&rsquo;op\u00e9rationnalisation de l&rsquo;audiom\u00e8tre, examinons le cas de Marc, un ouvrier chaudronnier de 48 ans expos\u00e9 chroniquement au bruit industriel sans protection auditive rigoureuse. Lors du passage \u00e0 l&rsquo;audiom\u00e8tre tonal en conduction a\u00e9rienne, le praticien teste chaque oreille s\u00e9par\u00e9ment. Marc pr\u00e9sente des seuils normaux (entre 10 et 15 dB HL) sur les fr\u00e9quences 250, 500, 1 000 et 2 000 Hz. En revanche, l&rsquo;audiom\u00e8tre r\u00e9v\u00e8le une chute drastique du seuil \u00e0 55 dB HL sur la fr\u00e9quence 4 000 Hz, avant une remont\u00e9e relative \u00e0 35 dB HL \u00e0 8 000 Hz. Ce profil met en exergue le \u00ab scotome acoustique \u00bb typique du traumatisme sonore chronique, localis\u00e9 sur la zone basilaire cochl\u00e9aire la plus vuln\u00e9rable m\u00e9caniquement.<\/p>\n<p>Un second exemple clinique concerne Sophie, une fillette de 7 ans orient\u00e9e vers un bilan en raison d&rsquo;inattentions scolaires et de difficult\u00e9s d&rsquo;apprentissage de la lecture. L&rsquo;audiom\u00e8tre met en \u00e9vidence un trac\u00e9 discordant : les seuils en conduction a\u00e9rienne oscillent autour de 35-40 dB HL sur l&rsquo;ensemble du spectre (perte l\u00e9g\u00e8re \u00e0 mod\u00e9r\u00e9e), alors que les seuils mesur\u00e9s par le vibrateur \u00e0 conduction osseuse sont parfaits, situ\u00e9s \u00e0 5 dB HL. Cette s\u00e9paration marqu\u00e9e entre les courbes, qualifi\u00e9e de \u00ab Rinne audiom\u00e9trique \u00bb, signe sans ambigu\u00eft\u00e9 une surdit\u00e9 de transmission pure, caus\u00e9e dans ce contexte par une otite s\u00e9romuqueuse bilat\u00e9rale bloquant la m\u00e9canique ossiculaire, et non par une d\u00e9faillance neurosensorielle.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychologie, l&rsquo;audiom\u00e8tre est illustr\u00e9 par l&rsquo;\u00e9valuation d&rsquo;un patient victime d&rsquo;un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re temporal gauche. Tandis que l&rsquo;audiom\u00e9trie tonale traditionnelle d\u00e9montre des seuils de d\u00e9tection purs parfaits \u00e0 10 dB HL pour les deux oreilles (absence de surdit\u00e9 p\u00e9riph\u00e9rique), l&rsquo;audiom\u00e8tre vocal utilis\u00e9 en modalit\u00e9 dichotique (envoi de mots concurrents diff\u00e9rents simultan\u00e9ment aux deux oreilles) r\u00e9v\u00e8le un effondrement de l&rsquo;intelligibilit\u00e9 de l&rsquo;oreille droite, refl\u00e9tant un d\u00e9ficit d&rsquo;int\u00e9gration des aires auditives corticales et du corps calleux.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La pratique rigoureuse de la mesure audiom\u00e9trique est strictement encadr\u00e9e par des normes internationales \u00e9dict\u00e9es par l&rsquo;Organisation internationale de normalisation (ISO) et l&rsquo;Institut national am\u00e9ricain des normes (ANSI), notamment la norme ISO 8253-1 pour l&rsquo;audiom\u00e9trie tonale liminaire. L&rsquo;environnement physique est critique : l&rsquo;examen doit imp\u00e9rativement se d\u00e9rouler dans une cabine insonoris\u00e9e conforme aux crit\u00e8res de bruit de fond r\u00e9siduel maximal admissible, sans quoi les sons de faible intensit\u00e9 seraient masqu\u00e9s par l&rsquo;ambiance sonore externe.<\/p>\n<p>Le protocole psychophysique de r\u00e9f\u00e9rence pour la d\u00e9termination du seuil d&rsquo;audibilit\u00e9 s&rsquo;inspire de la m\u00e9thode des limites modifi\u00e9e, connue sous le nom de protocole de Hughson-Westlake. L&rsquo;\u00e9valuateur pr\u00e9sente un stimulus initial audible. Si le sujet r\u00e9pond, l&rsquo;examinateur r\u00e9duit l&rsquo;intensit\u00e9 par pas de 10 dB jusqu&rsquo;\u00e0 disparition de la r\u00e9ponse subjective. D\u00e8s que le signal devient inaudible, l&rsquo;intensit\u00e9 est augment\u00e9e par incr\u00e9ments de 5 dB jusqu&rsquo;\u00e0 ce que le son soit de nouveau d\u00e9tect\u00e9 (\u00ab phase ascendante \u00bb). Le seuil conventionnel est d\u00e9fini comme l&rsquo;intensit\u00e9 minimale en dB HL pour laquelle le sujet r\u00e9pond \u00e0 au moins 50 % des pr\u00e9sentations sur un minimum de deux ou trois mont\u00e9es ascendantes.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9talonnage physique des transducteurs constitue une condition sine qua non de la validit\u00e9 de la mesure. Chaque casque ou vibrateur masto\u00efdien doit \u00eatre calibr\u00e9 p\u00e9riodiquement \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un coupleur acoustique ou d&rsquo;une oreille artificielle munie d&rsquo;un sonom\u00e8tre de pr\u00e9cision. Cet \u00e9talonnage garantit que la pression acoustique r\u00e9elle \u00e9mise \u00e0 la sortie de l&rsquo;\u00e9couteur correspond scrupuleusement aux sp\u00e9cifications physiques des abaques internationaux.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les champs d&rsquo;intervention de l&rsquo;audiom\u00e8tre s&rsquo;\u00e9tendent bien au-del\u00e0 de la sph\u00e8re de l&rsquo;oto-rhino-laryngologie (ORL) conventionnelle, irriguant une pluralit\u00e9 de branches scientifiques et m\u00e9dicales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Audiologie clinique et audioproth\u00e8se :<\/strong> D\u00e9termination pr\u00e9cise de la nature, de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 et de la topographie des l\u00e9sions de l&rsquo;appareil auditif ; s\u00e9lection, adaptation et v\u00e9rification de l&rsquo;amplification acoustique fournie par les proth\u00e8ses auditives et les implants cochl\u00e9aires.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9decine du travail et ergonomie :<\/strong> Surveillance \u00e9pid\u00e9miologique des cohortes de travailleurs expos\u00e9s aux nuisances sonores ; pr\u00e9vention de la surdit\u00e9 professionnelle par l&rsquo;identification pr\u00e9coce des fatigues auditives r\u00e9versibles avant l&rsquo;installation de dommages sensoriels permanents.<\/li>\n<li><strong>P\u00e9diatrie et d\u00e9veloppement cognitif :<\/strong> D\u00e9pistage des d\u00e9ficits perceptifs chez l&rsquo;enfant d&rsquo;\u00e2ge pr\u00e9scolaire et scolaire au moyen d&rsquo;audiom\u00e8tres adapt\u00e9s (audiom\u00e9trie conditionn\u00e9e par le jeu, r\u00e9flexes d&rsquo;orientation conditionn\u00e9s), garantissant un d\u00e9veloppement langagier optimal et pr\u00e9venant les \u00e9checs d&rsquo;apprentissage.<\/li>\n<li><strong>Psychologie cognitive et exp\u00e9rimentale :<\/strong> D\u00e9termination fine des profils perceptifs des participants dans les protocoles d&rsquo;attention s\u00e9lective, de traitement dichotique, de psychoacoustique musicale ou d&rsquo;analyse des sc\u00e8nes auditives (<em>Auditory Scene Analysis<\/em>).<\/li>\n<li><strong>Neuropsychologie et g\u00e9riatrie :<\/strong> Bilan sensoriel syst\u00e9matique dans le cadre de l&rsquo;\u00e9valuation des troubles neurocognitifs majeurs (d\u00e9mences) ; les recherches r\u00e9centes d\u00e9montrant que les d\u00e9ficits auditifs non corrig\u00e9s mesur\u00e9s \u00e0 l&rsquo;audiom\u00e8tre constituent le facteur de risque modifiable le plus important pour le d\u00e9clin cognitif chez les personnes \u00e2g\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es accumul\u00e9es gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;audiom\u00e8tre ont transform\u00e9 la compr\u00e9hension scientifique de la neuroplasticit\u00e9 et du vieillissement sensoriel. L&rsquo;un des pans empiriques les plus f\u00e9conds concerne l&rsquo;\u00e9tude de la presbyacousie, la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence physiologique li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge. Des \u00e9tudes de cohortes longitudinales de grande envergure, comme la c\u00e9l\u00e8bre \u00e9tude de Framingham ou les travaux \u00e9pid\u00e9miologiques de Lin et ses collaborateurs (2011), ont \u00e9tabli une corr\u00e9lation \u00e9troite entre le niveau de perte auditive en dB HL mesur\u00e9 \u00e0 l&rsquo;audiom\u00e8tre et l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de l&rsquo;atrophie du lobe temporal sup\u00e9rieur chez les seniors.<\/p>\n<p>La recherche psychoacoustique s&rsquo;est \u00e9galement appuy\u00e9e sur l&rsquo;audiom\u00e8tre pour explorer la \u00ab surdit\u00e9 cach\u00e9e \u00bb (<em>hidden hearing loss<\/em>), formalis\u00e9e par Kujawa et Liberman en 2009. Leurs travaux ont d\u00e9montr\u00e9 que des sujets expos\u00e9s \u00e0 des bruits r\u00e9cr\u00e9atifs intenses peuvent afficher un audiogramme tonal parfaitement normal \u00e0 l&rsquo;audiom\u00e8tre conventionnel (seuils inf\u00e9rieurs \u00e0 20 dB HL), tout en souffrant d&rsquo;une synaptopathie cochl\u00e9aire sous-jacente \u2014 une destruction irr\u00e9versible des synapses entre les cellules cili\u00e9es internes et les fibres du nerf auditif \u2014, qui se manifeste cliniquement par une incapacit\u00e9 \u00e0 discriminer la parole dans le bruit lors d&rsquo;\u00e9preuves audiom\u00e9triques vocales complexes.<\/p>\n<p>Sur le plan psychophysique pur, les recherches men\u00e9es par Brian C. J. Moore et ses \u00e9quipes ont exploit\u00e9 l&rsquo;audiom\u00e9trie assist\u00e9e par ordinateur pour cartographier les r\u00e9gions mortes de la cochl\u00e9e (<em>dead regions<\/em>). En comparant les seuils tonals sous masquage blanc et masquage passe-bas ou passe-haut, ces chercheurs ont prouv\u00e9 que la d\u00e9tection d&rsquo;un son \u00e9mis \u00e0 une fr\u00e9quence pr\u00e9cise peut \u00eatre op\u00e9r\u00e9e par des fibres nerveuses adjacentes accord\u00e9es sur d&rsquo;autres fr\u00e9quences, \u00e9clairant d&rsquo;un jour nouveau les limites du codage de fr\u00e9quence dans l&rsquo;oreille interne l\u00e9s\u00e9e.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;audiom\u00e8tre tonal explore une fonction sensorielle \u00e9l\u00e9mentaire commune \u00e0 toute l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, les contextes socioculturels et linguistiques exercent une influence d\u00e9terminante sur le d\u00e9roulement et l&rsquo;interpr\u00e9tation des \u00e9valuations audiom\u00e9triques.<\/p>\n<p>En audiom\u00e9trie vocale, le biais linguistique est imm\u00e9diat : l&rsquo;utilisation de listes de mots calibr\u00e9es sur une langue standardis\u00e9e (comme les listes dissyllabiques de Fournier en fran\u00e7ais ou le test phon\u00e9tiquement \u00e9quilibr\u00e9 PB-50 en anglais) devient inapplicable chez des populations allophones ou analphab\u00e8tes. Tester un individu dans une langue seconde non native abaisse artificiellement le score d&rsquo;intelligibilit\u00e9 sans que le syst\u00e8me auditif p\u00e9riph\u00e9rique soit en cause, le cerveau devant allouer une charge cognitive disproportionn\u00e9e au d\u00e9codage lexical.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;attitude face au test audiom\u00e9trique diff\u00e8re selon les cultures. Dans les soci\u00e9t\u00e9s industrialis\u00e9es, les individus sont fr\u00e9quemment familiaris\u00e9s avec des consignes formelles d&rsquo;\u00e9valuation psychom\u00e9trique et adoptent une posture active face \u00e0 l&rsquo;instrument. Dans d&rsquo;autres contextes culturels, la soumission \u00e0 un appareil technologique, le port d&rsquo;\u00e9couteurs ferm\u00e9s et la demande de r\u00e9agir \u00e0 des bruits \u00e9vanescents peuvent susciter une anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;\u00e9valuation ou une r\u00e9serve comportementale. Certains sujets h\u00e9sitent \u00e0 signaler un son per\u00e7u par crainte d&rsquo;\u00e9mettre une erreur, modifiant substantiellement leur crit\u00e8re de d\u00e9cision psychophysique.<\/p>\n<p>L&rsquo;acc\u00e8s universel aux technologies audiom\u00e9triques constitue un autre enjeu mondial soulign\u00e9 par l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Organisation_mondiale_de_la_sant%C3%A9\">Organisation mondiale de la sant\u00e9<\/a> (OMS). Le co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 des cabines insonoris\u00e9es et des audiom\u00e8tres de classe 1 a conduit la recherche contemporaine \u00e0 d\u00e9velopper des solutions d&rsquo;audiom\u00e9trie automatis\u00e9e sur smartphone, int\u00e9grant des capteurs de bruit ambiant pour d\u00e9mocratiser le d\u00e9pistage de masse dans les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa place pr\u00e9pond\u00e9rante, l&rsquo;audiom\u00e8tre tonal classique fait l&rsquo;objet de vives critiques \u00e9pist\u00e9mologiques et cliniques. Le reproche central r\u00e9side dans son manque fondamental de validit\u00e9 \u00e9cologique. Dans l&rsquo;environnement quotidien, l&rsquo;\u00eatre humain n&rsquo;est quasiment jamais confront\u00e9 \u00e0 des sinuso\u00efdes pures d&rsquo;une r\u00e9gularit\u00e9 absolue \u00e9mises en silence total. La capacit\u00e9 d&rsquo;une personne \u00e0 d\u00e9tecter un son pur de 1 000 Hz \u00e0 10 dB HL dans une cabine an\u00e9cho\u00efque ne pr\u00e9sume en rien de sa facult\u00e9 \u00e0 suivre une conversation fluide au milieu d&rsquo;un restaurant bruyant (l&rsquo;effet cocktail-party).<\/p>\n<p>Une controverse majeure concerne la variabilit\u00e9 intra- et inter-examinateur. Malgr\u00e9 la standardisation des m\u00e9thodes, le rythme de pr\u00e9sentation des stimuli par l&rsquo;op\u00e9rateur, les indices visuels involontaires (regard du praticien sur les cadrans ou mouvements de doigts sur les boutons de commande) et la formulation de la consigne introduisent des biais notables. L&rsquo;audiom\u00e9trie automatis\u00e9e \u00e9limine ces artefacts exp\u00e9rimentaux mais peut buter sur le manque de flexibilit\u00e9 face aux patients peu coop\u00e9rants, tr\u00e8s anxieux ou confus.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, l&rsquo;audiom\u00e8tre se limite \u00e0 une \u00e9valuation subjective comportementale (<em>psycho<\/em>m\u00e9trique). Il n\u00e9cessite la coop\u00e9ration ind\u00e9fectible du sujet. Il est ainsi inefficace pour d\u00e9celer la simulation ou la majoration de surdit\u00e9 (par exemple dans le cadre de contentieux m\u00e9dico-l\u00e9gaux pour invalidit\u00e9) sans recourir \u00e0 des tests d&rsquo;interf\u00e9rence complexes comme l&rsquo;\u00e9preuve de Stenger. Face \u00e0 ces limites subjectives, l&rsquo;audiologie moderne compl\u00e8te obligatoirement l&rsquo;audiom\u00e8tre par des mesures \u00e9lectrophysiologiques objectives ne requ\u00e9rant aucune r\u00e9ponse consciente du patient, telles que les potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs pr\u00e9coces du tronc c\u00e9r\u00e9bral (PEA) et les oto\u00e9missions acoustiques (OEA).<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour d\u00e9limiter rigoureusement le statut de l&rsquo;audiom\u00e8tre, il convient de le diff\u00e9rencier de plusieurs instruments et concepts p\u00e9riph\u00e9riques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Audiogramme :<\/strong> L&rsquo;audiogramme n&rsquo;est pas l&rsquo;instrument lui-m\u00eame mais la repr\u00e9sentation graphique normalis\u00e9e des r\u00e9sultats mesur\u00e9s par l&rsquo;audiom\u00e8tre. Il trace les intensit\u00e9s de seuil (en dB HL) en ordonn\u00e9e invers\u00e9e en regard des fr\u00e9quences (en Hz) en abscisse.<\/li>\n<li><strong>Sonom\u00e8tre :<\/strong> Le sonom\u00e8tre mesure la pression acoustique absolue physique d&rsquo;un environnement ou d&rsquo;une source sonore en d\u00e9cibels acoustiques (dB SPL ou dBA). Contrairement \u00e0 l&rsquo;audiom\u00e8tre, il ne g\u00e9n\u00e8re aucun son et ne mesure pas la r\u00e9ponse biologique d&rsquo;un sujet.<\/li>\n<li><strong>Imp\u00e9dancem\u00e8tre (tympanom\u00e8tre) :<\/strong> Appareil \u00e9lectroacoustique mesurant la compliance et la r\u00e9sistance m\u00e9canique du syst\u00e8me tympano-ossiculaire lors de variations contr\u00f4l\u00e9es de pression d&rsquo;air dans le conduit auditif externe. Il \u00e9value la m\u00e9canique de l&rsquo;oreille moyenne de fa\u00e7on totalement objective, sans \u00e9valuer le seuil perceptif subjectif.<\/li>\n<li><strong>Syst\u00e8me de potentiels \u00e9voqu\u00e9s auditifs (PEA) :<\/strong> Dispositif \u00e9lectrophysiologique mesurant les microvoltages neuronaux g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le nerf auditif et le tronc c\u00e9r\u00e9bral en r\u00e9ponse \u00e0 des clics acoustiques via des \u00e9lectrodes de surface. Il s&rsquo;affranchit de la r\u00e9ponse comportementale requise par l&rsquo;audiom\u00e8tre.<\/li>\n<li><strong>Phon :<\/strong> Unit\u00e9 psychophysique mesurant le niveau d&rsquo;isosonie (sensation d&rsquo;\u00e9gale intensit\u00e9 sonore), li\u00e9e aux th\u00e9ories de Fletcher et Munson, tandis que l&rsquo;audiom\u00e8tre quantifie principalement la perte de sensibilit\u00e9 par rapport \u00e0 un seuil liminaire normalis\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;audiom\u00e8tre est l&rsquo;instrument de mesure canonique de la psychoacoustique et de la m\u00e9decine auditive, calibr\u00e9 pour sonder la sensibilit\u00e9 du syst\u00e8me auditif humain \u00e0 l&rsquo;aide de stimuli spectraux standardis\u00e9s en conduction a\u00e9rienne et osseuse.<\/p>\n<p>En traduisant les pressions physiques en niveaux d&rsquo;audition relatifs (dB HL), il applique directement les lois fondamentales de la psychophysique et de la d\u00e9tection du signal. Il permet de discriminer avec pr\u00e9cision les atteintes m\u00e9caniques de l&rsquo;oreille externe et moyenne (surdit\u00e9s de transmission) des d\u00e9gradations sensorielles cochl\u00e9aires ou neurales (surdit\u00e9s de perception).<\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;indispensable au diagnostic, \u00e0 la r\u00e9habilitation proth\u00e9tique et \u00e0 la pr\u00e9vention des pathologies neurocognitives, l&rsquo;audiom\u00e8tre requiert une manipulation rigoureuse pour neutraliser les biais subjectifs du patient et de l&rsquo;examinateur. Il demeure un examen compl\u00e9mentaire de la fonction sensorielle, dont les r\u00e9sultats doivent \u00eatre int\u00e9gr\u00e9s au sein d&rsquo;une approche holistique englobant l&rsquo;\u00e9valuation objective du syst\u00e8me nerveux et l&rsquo;analyse fonctionnelle de la communication humaine dans son contexte r\u00e9el.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American National Standards Institute. (2018). <em>Specification for Audiometers<\/em> (ANSI\/ASA S3.6-2018). Acoustical Society of America. <a href=\"https:\/\/webstore.ansi.org\/standards\/asa\/ansiasas32018\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/webstore.ansi.org\/standards\/asa\/ansiasas32018<\/a><\/li>\n<li>Fletcher, H., &amp; Wegel, R. L. (1922). The frequency-sensitivity of normal ears. <em>Physical Review<\/em>, 19(6), 553\u2013565. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1103\/PhysRev.19.553\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1103\/PhysRev.19.553<\/a><\/li>\n<li>Kujawa, S. G., &amp; Liberman, M. C. (2009). Adding insult to injury: Cochlear nerve degeneration after \u00ab\u00a0temporary\u00a0\u00bb noise-induced hearing loss. <em>The Journal of Neuroscience<\/em>, 29(45), 14077\u201314085. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.2845-09.2009\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1523\/JNEUROSCI.2845-09.2009<\/a><\/li>\n<li>Lin, F. R., Metter, E. J., O&rsquo;Brien, R. J., Resnick, S. M., Zonderman, A. B., &amp; Ferrucci, L. (2011). Hearing loss and incident dementia. <em>Archives of Neurology<\/em>, 68(2), 214\u2013220. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archneurol.2010.362\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archneurol.2010.362<\/a><\/li>\n<li>Moore, B. C. J. (2012). <em>An Introduction to the Psychology of Hearing<\/em> (6th ed.). Brill. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1163\/9789004252424\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1163\/9789004252424<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez les fondements psychophysiques, le fonctionnement clinique, l&rsquo;histoire et les applications de l&rsquo;audiom\u00e8tre dans l&rsquo;\u00e9valuation de la perception auditive humaine.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1885,4578,5106],"tags":[35409,31996,5222,31422,5217,1127,32701],"class_list":["post-21218","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-evaluation-neuropsychologique","category-psychoacoustique","category-psychophysique","tag-audiometre","tag-audiometrie","tag-perception-auditive","tag-perte-auditive","tag-psychoacoustique","tag-psychophysique","tag-seuil-auditif"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21218","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21218\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21218"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21218"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21218"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}