{"id":21216,"date":"2026-10-25T08:49:24","date_gmt":"2026-10-25T08:49:24","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=illusion-audiogyroire"},"modified":"2026-10-25T08:49:24","modified_gmt":"2026-10-25T08:49:24","slug":"illusion-audiogyroire","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=illusion-audiogyroire","title":{"rendered":"L&rsquo;illusion audiogyroire : Quand la rotation trompe l&rsquo;ou\u00efe"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;illusion audiogyroire repr\u00e9sente une distorsion perceptuelle fascinante \u00e0 l&rsquo;intersection des neurosciences auditives et de la physiologie vestibulaire. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne neurosensoriel complexe survient lorsqu&rsquo;une acc\u00e9l\u00e9ration angulaire corporelle induit une erreur syst\u00e9matique dans la localisation spatiale d&rsquo;une source acoustique, faisant percevoir un son stationnaire comme \u00e9tant en mouvement ou d\u00e9vi\u00e9 de sa position r\u00e9elle. D\u00e9crite pour la premi\u00e8re fois au milieu du XXe si\u00e8cle, cette illusion met en lumi\u00e8re la nature fondamentalement multisensorielle de notre repr\u00e9sentation spatiale et continue d&rsquo;alimenter les recherches sur l&rsquo;orientation spatiale et la navigation humaine.<\/p>\n<h2>L&rsquo;illusion audiogyroire<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;illusion audiogyroire (souvent appel\u00e9e illusion audiogyrique) d\u00e9signe un biais syst\u00e9matique de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Localisation_sonore\">localisation sonore<\/a> survenant lorsqu&rsquo;un individu est soumis \u00e0 une acc\u00e9l\u00e9ration angulaire ou \u00e0 des stimulations de rotation vestibulaire. Dans ce contexte, une source sonore physiquement immobile par rapport \u00e0 la t\u00eate ou \u00e0 l&rsquo;espace est per\u00e7ue de mani\u00e8re erron\u00e9e comme se d\u00e9pla\u00e7ant ou comme \u00e9tant d\u00e9cal\u00e9e angulairement, g\u00e9n\u00e9ralement dans le sens oppos\u00e9 ou congru \u00e0 la rotation corporelle selon les conditions visuelles et dynamiques. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne constitue l&rsquo;\u00e9quivalent auditif direct de l&rsquo;illusion oculogyroire observ\u00e9e dans le syst\u00e8me visuel.<\/p>\n<p>Sur le plan psychophysique, l&rsquo;illusion se caract\u00e9rise par un glissement mesurable du plan auditif m\u00e9dian subjectif (PAMS), c&rsquo;est-\u00e0-dire le point o\u00f9 les indices d&rsquo;intensit\u00e9 interaurale et de d\u00e9lai temporel sont per\u00e7us comme \u00e9quilibr\u00e9s au centre. Au lieu de localiser une cible acoustique sur l&rsquo;axe sagittal strict, le cortex auditif et les structures d&rsquo;int\u00e9gration sous-corticales interpr\u00e8tent les signaux vestibulaires rotatoires comme un indice de mouvement relatif de l&rsquo;environnement sonore. Il en r\u00e9sulte une dissociation notable entre la position physique de la source et la position spatiale subjectivement reconstruite par le syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>Ce ph\u00e9nom\u00e8ne perceptif ne rel\u00e8ve pas d&rsquo;une d\u00e9faillance p\u00e9riph\u00e9rique de l&rsquo;organe auditif, mais d&rsquo;une interaction fonctionnelle entre les canaux semi-circulaires de l&rsquo;oreille interne et les circuits de traitement spatial du cerveau. L&rsquo;illusion persiste m\u00eame en l&rsquo;absence totale de rep\u00e8res visuels, soulignant ainsi la primaut\u00e9 de l&rsquo;int\u00e9gration vestibulo-auditive dans l&rsquo;\u00e9laboration de notre carte spatiale \u00e9gocentrique. Elle illustre avec acuit\u00e9 la mani\u00e8re dont le cerveau compense, parfois imparfaitement, les mouvements propres du corps pour tenter d&rsquo;assurer la constance perceptuelle de l&rsquo;environnement ext\u00e9rieur.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab audiogyroire \u00bb est un n\u00e9ologisme scientifique hybride construit \u00e0 partir de racines latines et grecques couramment mobilis\u00e9es dans la nomenclature m\u00e9dicale et sensorielle du XXe si\u00e8cle. Le pr\u00e9fixe \u00ab audio- \u00bb d\u00e9coule directement du verbe latin <em>audire<\/em>, signifiant \u00ab entendre \u00bb ou \u00ab percevoir par l&rsquo;ou\u00efe \u00bb. Ce composant ancre imm\u00e9diatement le ph\u00e9nom\u00e8ne dans la modalit\u00e9 auditive et dans l&rsquo;\u00e9tude des signaux acoustiques per\u00e7us par le syst\u00e8me otologique.<\/p>\n<p>Le second \u00e9l\u00e9ment, \u00ab -gyroire \u00bb (parfois d\u00e9clin\u00e9 sous la forme \u00ab -gyrique \u00bb), puise son origine dans le grec ancien <em>g\u00fbros<\/em> (\u03b3\u1fe6\u03c1\u03bf\u03c2), qui \u00e9voque le cercle, l&rsquo;anneau ou le mouvement giratoire. Ce terme a donn\u00e9 naissance au radical moderne \u00ab gyro- \u00bb, utilis\u00e9 pour qualifier les dynamiques de rotation, d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration angulaire ou les instruments cin\u00e9matiques comme le gyroscope. L&rsquo;assemblage s\u00e9mantique de ces deux racines traduit avec une grande pr\u00e9cision la fusion entre l&rsquo;exp\u00e9rience acoustique et les forces cin\u00e9tiques rotatoires appliqu\u00e9es au sujet perceptif.<\/p>\n<p>L&rsquo;expression a \u00e9t\u00e9 introduite dans la litt\u00e9rature neuroscientifique et psychologique anglophone sous la d\u00e9nomination d&rsquo;<em>audiogyral illusion<\/em> par les pionniers de la m\u00e9decine a\u00e9rospatiale am\u00e9ricaine \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1940. Elle a \u00e9t\u00e9 calqu\u00e9e de fa\u00e7on intentionnelle sur l&rsquo;expression pr\u00e9existante d&rsquo;<em>oculogyral illusion<\/em>, forg\u00e9e par Ashton Graybiel pour classifier les illusions visuelles induites par la stimulation des canaux semi-circulaires. En langue fran\u00e7aise, la transposition acad\u00e9mique a retenu \u00ab illusion audiogyroire \u00bb et \u00ab illusion audiogyrique \u00bb, toutes deux attest\u00e9es pour d\u00e9signer cette anomalie de la r\u00e9f\u00e9rence spatiale auditive cons\u00e9cutive \u00e0 une giration.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le terme se prononce couramment [o.djo.\u0292i.\u0281wa\u0281] (au-dio-gy-roire) en fran\u00e7ais standard. La variante adjectivale \u00ab audiogyrique \u00bb pr\u00e9sente la transcription [o.djo.\u0292i.\u0281ik]. Le mot s&rsquo;articule en cinq syllabes bien individualis\u00e9es, sans hiatus complexe, favorisant une \u00e9locution fluide dans le discours acad\u00e9mique ou m\u00e9dical.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, \u00ab audiogyroire \u00bb fonctionne principalement comme un adjectif relationnel \u00e9pith\u00e8te, presque syst\u00e9matiquement subordonn\u00e9 au substantif f\u00e9minin \u00ab illusion \u00bb. On \u00e9crit ainsi \u00ab une illusion audiogyroire \u00bb au singulier et \u00ab des illusions audiogyroires \u00bb au pluriel, bien que le singulier conceptuel pr\u00e9domine largement dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e. L&rsquo;accord en genre et en nombre s&rsquo;applique de mani\u00e8re standard en langue fran\u00e7aise.<\/p>\n<p>Dans la pratique stylistique et scientifique, le syntagme complet \u00ab l&rsquo;illusion audiogyroire \u00bb est trait\u00e9 comme une unit\u00e9 lexicale nominalis\u00e9e autonome renvoyant \u00e0 un paradigme exp\u00e9rimental pr\u00e9cis. Il s&#8217;emploie sans \u00e9quivoque dans des contextes traitant de psychophysique spatiale, de m\u00e9decine a\u00e9ronautique et de physiologie sensorielle. On \u00e9vitera la confusion graphique avec \u00ab audiogravique \u00bb, qui r\u00e9f\u00e8re quant \u00e0 lui aux acc\u00e9l\u00e9rations lin\u00e9aires et aux variations de la force gravitationnelle r\u00e9sultante sur les otolithes.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender en profondeur l&rsquo;illusion audiogyroire, il est indispensable de comprendre comment le syst\u00e8me nerveux humain \u00e9labore sa perception de l&rsquo;espace sonore. Contrairement \u00e0 la r\u00e9tine, qui poss\u00e8de une organisation topographique intrins\u00e8que o\u00f9 chaque point visuel correspond \u00e0 une coordonn\u00e9e spatiale d\u00e9finie, la cochl\u00e9e est organis\u00e9e de mani\u00e8re tonotopique selon les fr\u00e9quences sonores. La localisation spatiale d&rsquo;un son doit donc \u00eatre int\u00e9gralement calcul\u00e9e par le cerveau en combinant les diff\u00e9rences de temps d&rsquo;arriv\u00e9e interaurales (ITD), les diff\u00e9rences d&rsquo;intensit\u00e9 interaurales (ILD) et les indices spectraux fournis par le pavillon de l&rsquo;oreille externe.<\/p>\n<p>Cependant, ces calculs p\u00e9riph\u00e9riques fournissent une position sonore exprim\u00e9e dans un rep\u00e8re centr\u00e9 sur la t\u00eate (coordonn\u00e9es \u00e9gocentriques c\u00e9phaliques). D\u00e8s lors que le corps ou la t\u00eate pivote, l&rsquo;univers sonore ext\u00e9rieur doit demeurer stable dans un rep\u00e8re spatial fixe (coordonn\u00e9es allocentriques ou g\u00e9ocentriques). Le cerveau fait alors intervenir le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_vestibulaire\">syst\u00e8me vestibulaire<\/a>, et plus particuli\u00e8rement les canaux semi-circulaires horizontaux, pour mesurer la vitesse et l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration angulaires c\u00e9phaliques et actualiser dynamiquement la position pr\u00e9sum\u00e9e de la source sonore.<\/p>\n<p>L&rsquo;illusion audiogyroire survient pr\u00e9cis\u00e9ment lorsqu&rsquo;une distorsion cin\u00e9tique ou post-rotatoire alt\u00e8re le signal vestibulaire transmis aux centres sup\u00e9rieurs. Par exemple, si un sujet tourne dans l&rsquo;obscurit\u00e9 compl\u00e8te alors qu&rsquo;un haut-parleur est solidaire de son si\u00e8ge (et reste donc immobile par rapport \u00e0 sa t\u00eate), les canaux semi-circulaires signalent une rotation continue. Le cerveau, anticipant que le monde ext\u00e9rieur est stationnaire, applique un vecteur compensatoire : il pr\u00e9dit que les sons de l&rsquo;environnement devraient glisser dans le sens inverse de la rotation corporelle.<\/p>\n<p>Lorsque cette compensation computationnelle s&rsquo;applique \u00e0 un signal acoustique qui ne subit pas ce d\u00e9calage r\u00e9el, le m\u00e9canisme produit une erreur syst\u00e9matique d&rsquo;attribution. La source sonore semble alors se d\u00e9placer en sens inverse de la rotation, ou vers la direction de rotation selon les phases d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration, de d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration et les mouvements oculaires involontaires associ\u00e9s. L&rsquo;illusion met ainsi en lumi\u00e8re une tentative infructueuse de recalage spatial op\u00e9r\u00e9 par le syst\u00e8me nerveux central face \u00e0 une inad\u00e9quation sensorielle prolong\u00e9e.<\/p>\n<p>Un autre niveau d&rsquo;explication repose sur le r\u00f4le fondamental de la position des globes oculaires dans l&rsquo;orientation auditive. Lors d&rsquo;une rotation corporelle, le nystagmus vestibulaire entra\u00eene des saccades et des d\u00e9rives lentes de l&rsquo;\u0153il, modifiant la d\u00e9charge de corollaire oculaire et la position moyenne du regard. Des recherches ont d\u00e9montr\u00e9 que la d\u00e9viation de la position oculaire moyenne dans les orbites modifie directement le gain des neurones du colliculus inf\u00e9rieur et du cortex auditif, d\u00e9pla\u00e7ant le plan m\u00e9dian auditif per\u00e7u et exacerbant l&rsquo;amplitude de l&rsquo;illusion audiogyroire.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La mise en \u00e9vidence de l&rsquo;illusion audiogyroire s&rsquo;inscrit dans l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;or de la recherche en physiologie a\u00e9ronautique qui a suivi la Seconde Guerre mondiale. Avec l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;a\u00e9ronefs militaires atteignant des vitesses et des taux de virage sans pr\u00e9c\u00e9dent, les pilotes se trouvaient r\u00e9guli\u00e8rement confront\u00e9s \u00e0 des d\u00e9sorientations spatiales graves et inexpliqu\u00e9es. C&rsquo;est dans ce cadre op\u00e9rationnel critique que des chercheurs se sont attach\u00e9s \u00e0 documenter syst\u00e9matiquement les d\u00e9faillances des sens humains soumis \u00e0 des forces d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration complexes.<\/p>\n<p>En 1949, les chercheurs am\u00e9ricains Brant Clark et Ashton Graybiel publient un article fondateur dans le <em>Journal of Psychology<\/em> intitul\u00e9 \u00ab The effect of angular acceleration on sound localization; the audiogyral illusion \u00bb [<a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/18133136\/\">Clark &#038; Graybiel, 1949<\/a>]. D\u00e9j\u00e0 c\u00e9l\u00e8bres pour leurs travaux sur l&rsquo;illusion oculogyroire (le d\u00e9placement illusoire de rep\u00e8res visuels pendant et apr\u00e8s une giration), Clark et Graybiel ont con\u00e7u un protocole rigoureux pour tester si le sens auditif subissait une alt\u00e9ration comparable en centrifugeuse ou sur fauteuil tournant. Leurs r\u00e9sultats ont d\u00e9montr\u00e9 de fa\u00e7on irr\u00e9futable que la rotation n&rsquo;affectait pas uniquement la vision, mais d\u00e9formait \u00e9galement la perception des coordonn\u00e9es auditives.<\/p>\n<p>Au cours des d\u00e9cennies 1960 et 1970, des psychoacousticiens et des sp\u00e9cialistes de l&rsquo;int\u00e9gration sensorielle, notamment Lester et Morant (1970), ont approfondi ces observations en quantifiant les seuils d&rsquo;apparition de l&rsquo;illusion et son d\u00e9cours temporel. Ils ont mis en \u00e9vidence la cin\u00e9tique post-rotatoire de l&rsquo;effet : d\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat d&rsquo;une rotation prolong\u00e9e, le fluide endolymphatique des canaux semi-circulaires continue sa course par inertie, provoquant une sensation illusoire de rotation en sens inverse, accompagn\u00e9e d&rsquo;une inversion imm\u00e9diate du d\u00e9placement apparent de la cible sonore.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1990 et tout au long des ann\u00e9es 2000, l&rsquo;av\u00e8nement des techniques modernes de neuro-imagerie et de mod\u00e9lisation math\u00e9matique du syst\u00e8me vestibulaire a permis de r\u00e9examiner l&rsquo;illusion sous un angle computationnel. Les travaux de van Barneveld et de ses collaborateurs (2010) ont notamment permis de d\u00e9m\u00ealer les contributions respectives du signal vestibulaire pur, de la commande motrice oculaire et du nystagmus dans l&rsquo;induction de ce d\u00e9placement spatial. L&rsquo;illusion audiogyroire est ainsi pass\u00e9e du statut de curiosit\u00e9 a\u00e9ronautique \u00e0 celui d&rsquo;outil pr\u00e9cieux pour mod\u00e9liser le traitement multisensoriel de l&rsquo;espace dans le tronc c\u00e9r\u00e9bral et le cortex c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;explication th\u00e9orique de l&rsquo;illusion audiogyroire repose sur le cadre conceptuel de l&rsquo;int\u00e9gration multisensorielle bay\u00e9sienne et des transformations de coordonn\u00e9es spatiales. Selon les mod\u00e8les d&rsquo;inf\u00e9rence perceptuelle optimale, le cerveau traite les signaux sensoriels comme des probabilit\u00e9s pond\u00e9r\u00e9es par leur degr\u00e9 de certitude ou de bruit neural. Face \u00e0 une acc\u00e9l\u00e9ration angulaire, le syst\u00e8me nerveux central doit fusionner les signaux acoustiques, les aff\u00e9rences vestibulaires canalaires et les retours proprioceptifs cervicaux pour g\u00e9n\u00e9rer l&rsquo;estimation la plus vraisemblable de l&rsquo;orientation spatiale.<\/p>\n<p>Le premier mod\u00e8le th\u00e9orique majeur est celui de la transformation des rep\u00e8res \u00e9gocentriques en rep\u00e8res allocentriques. Pour maintenir une perception stable du monde ext\u00e9rieur, le syst\u00e8me auditif doit appliquer une op\u00e9ration math\u00e9matique \u00e9quivalente \u00e0 une rotation inverse du signal acoustique \u00e9gocentrique par rapport au vecteur de mouvement estim\u00e9 de la t\u00eate. Si le signal de rotation vestibulaire est erron\u00e9 (ce qui se produit lors d&rsquo;une acc\u00e9l\u00e9ration prolong\u00e9e o\u00f9 l&rsquo;organe vestibulaire s&rsquo;adapte, ou lors d&rsquo;une d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration brutale), le terme correctif appliqu\u00e9 par le cerveau est inad\u00e9quat, produisant m\u00e9caniquement une erreur angulaire dans la position de la source sonore calcul\u00e9e.<\/p>\n<p>Le second fondement th\u00e9orique repose sur la th\u00e9orie de la d\u00e9charge de corollaire oculo-vestibulaire et le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9flexe_vestibulo-oculaire\">r\u00e9flexe vestibulo-oculaire<\/a> (RVO). Lorsque le corps tourne, le RVO g\u00e9n\u00e8re un mouvement des yeux dans la direction oppos\u00e9e pour stabiliser le regard. La commande motrice envoy\u00e9e aux muscles oculaires s&rsquo;accompagne d&rsquo;une copie d&rsquo;eff\u00e9rence (ou d\u00e9charge de corollaire) qui informe les aires auditives corticales et colliculaires de la nouvelle position du regard. Plusieurs mod\u00e8les neurophysiologiques soutiennent que l&rsquo;illusion audiogyroire est largement m\u00e9di\u00e9e par cette d\u00e9charge de corollaire : le d\u00e9placement subjectif du son refl\u00e8te l&rsquo;effort moteur consenti pour compenser le mouvement oculaire induit par la rotation.<\/p>\n<p>Enfin, la th\u00e9orie du stockage de vitesse vestibulaire (<em>velocity storage mechanism<\/em>) fournit une explication indispensable de la dynamique temporelle prolong\u00e9e de l&rsquo;illusion. Les r\u00e9seaux neuronaux du tronc c\u00e9r\u00e9bral et du cervelet prolongent artificiellement la dur\u00e9e du signal de rotation des canaux semi-circulaires au-del\u00e0 des constantes de temps m\u00e9caniques de la cupule. Ce circuit int\u00e9grateur central maintient l&rsquo;illusion audiogyroire bien apr\u00e8s que l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration physique a cess\u00e9, attestant que cette distorsion prend racine au c\u0153ur m\u00eame des int\u00e9grateurs neuronaux centraux du syst\u00e8me nerveux.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;illusion audiogyroire peut \u00eatre d\u00e9compos\u00e9e en plusieurs param\u00e8tres physiques, physiologiques et perceptifs qui d\u00e9terminent sa direction, son amplitude et sa dur\u00e9e. On distingue notamment :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La phase p\u00e9rotatoire (durant l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration) :<\/strong> P\u00e9riode pendant laquelle le sujet subit une acc\u00e9l\u00e9ration angulaire active ou passive. La d\u00e9viation auditive per\u00e7ue est g\u00e9n\u00e9ralement orient\u00e9e \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la direction de l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration corporelle lorsque le son est fix\u00e9 \u00e0 la t\u00eate, car le cerveau tente d&rsquo;attribuer une constance spatiale au stimulus.<\/li>\n<li><strong>La phase post-rotatoire :<\/strong> Ph\u00e9nom\u00e8ne cons\u00e9cutif \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat brusque de la rotation. Par inertie endolymphatique, la sensation de mouvement s&rsquo;inverse imm\u00e9diatement, provoquant une bascule instantan\u00e9e de la localisation illusoire de la source sonore dans la direction oppos\u00e9e \u00e0 celle ressentie durant la rotation.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;amplitude du d\u00e9placement angulaire :<\/strong> Grandeur mesurable (g\u00e9n\u00e9ralement en degr\u00e9s d&rsquo;arc) s\u00e9parant la position acoustique physique et la position auditive per\u00e7ue. Elle varie proportionnellement \u00e0 l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration angulaire et \u00e0 la vitesse de rotation atteinte.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9tat du rep\u00e8re visuel (obscurit\u00e9 vs fixation visuelle) :<\/strong> Dimension critique modulant l&rsquo;effet. En obscurit\u00e9 compl\u00e8te, les mouvements oculaires nystagmiques amplifient consid\u00e9rablement l&rsquo;illusion ; la pr\u00e9sence d&rsquo;un point de fixation visuel solidaire de la t\u00eate peut att\u00e9nuer, voire annuler certaines composantes de la d\u00e9rive acoustique en inhibant le RVO.<\/li>\n<li><strong>La configuration spatiale du stimulus sonore :<\/strong> Distinguant les sons solidaires de la t\u00eate (transmis par casque ou bras m\u00e9canique rotatif) des sons \u00e9mis par des haut-parleurs stationnaires ancr\u00e9s dans la pi\u00e8ce d&rsquo;exp\u00e9rimentation, chaque modalit\u00e9 d\u00e9clenchant des patterns de d\u00e9viation perceptuelle distincts.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer concr\u00e8tement cette illusion, consid\u00e9rons le protocole classique du fauteuil de B\u00e1r\u00e1ny en chambre an\u00e9cho\u00efque obscure. Un volontaire est assis sur un fauteuil pivotant motoris\u00e9, portant un casque audio diffusant un bruit blanc continu \u00e9talonn\u00e9 pour \u00eatre per\u00e7u rigoureusement au centre de son cr\u00e2ne (ou via un petit haut-parleur fix\u00e9 \u00e0 50 centim\u00e8tres exactement devant son nez par une armature rigide solidaire du fauteuil). D\u00e8s que le fauteuil commence \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer vers la droite dans l&rsquo;obscurit\u00e9, l&rsquo;individu ne per\u00e7oit plus le son droit devant lui : il rapporte avec conviction que le haut-parleur s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9 vers sa gauche de 10 \u00e0 25 degr\u00e9s, comme s&rsquo;il glissait sur un rail imaginaire.<\/p>\n<p>Un autre exemple saisissant se produit lors de l&rsquo;arr\u00eat complet de la rotation apr\u00e8s une vitesse de croisi\u00e8re stabilis\u00e9e (par exemple 90 degr\u00e9s par seconde pendant deux minutes). Durant la phase de vitesse constante, l&rsquo;endolymphe s&rsquo;est \u00e9quilibr\u00e9e et l&rsquo;illusion s&rsquo;est estomp\u00e9e. Mais au moment pr\u00e9cis o\u00f9 le fauteuil s&rsquo;arr\u00eate brutalement, le sujet ressent une rotation vertigineuse vers la gauche (illusion somatogyre) et per\u00e7oit simultan\u00e9ment le son, pourtant parfaitement immobile devant lui, faire un bond spectaculaire vers la droite. Il tentera de pointer du doigt la source sonore bien \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de sa position physique r\u00e9elle.<\/p>\n<p>Dans le domaine a\u00e9ronautique op\u00e9rationnel, un cas typique concerne un pilote de chasse effectuant une sortie de vrille ou un virage engag\u00e9 de nuit sans visibilit\u00e9 ext\u00e9rieure. En tentant de localiser les signaux d&rsquo;alerte audio directionnels int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 son casque ou \u00e9mis dans l&rsquo;habitacle, le pilote peut subir une illusion audiogyroire s\u00e9v\u00e8re. Cette d\u00e9sorientation auditive aggrave la perte de rep\u00e8res spatiaux globaux, le pilote interpr\u00e9tant faussement la provenance d&rsquo;un signal d&rsquo;alarme ou la trajectoire d&rsquo;un appareil adverse guid\u00e9 par rep\u00e9rage sonore binaural.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude et la quantification de l&rsquo;illusion audiogyroire reposent sur des protocoles rigoureux combinant psychoacoustique exp\u00e9rimentale et vestibulom\u00e9trie cin\u00e9tique. Les dispositifs de mesure n\u00e9cessitent des plateformes de rotation motoris\u00e9es de haute pr\u00e9cision, fonctionnant sans vibrations et capables de fournir des acc\u00e9l\u00e9rations angulaires contr\u00f4l\u00e9es (typiquement de 1\u00b0\/s\u00b2 \u00e0 30\u00b0\/s\u00b2) dans une obscurit\u00e9 optique absolue.<\/p>\n<p>Le principal paradigme d&rsquo;\u00e9valuation psychophysique est la t\u00e2che de centrage subjectif ou l&rsquo;ajustement du plan auditif m\u00e9dian (PAMS). Alors qu&rsquo;il tourne \u00e0 une vitesse donn\u00e9e, le participant utilise un manipulateur (joystick ou potentiom\u00e8tre) pour ajuster le d\u00e9lai temporel interaural (ITD) ou la diff\u00e9rence d&rsquo;intensit\u00e9 (ILD) d&rsquo;un son pr\u00e9sent\u00e9 au casque jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il per\u00e7oive le son exactement dans l&rsquo;axe m\u00e9dian de sa t\u00eate. Le d\u00e9calage n\u00e9cessaire en microsecondes ou en d\u00e9cibels pour atteindre ce point neutre permet de calculer math\u00e9matiquement l&rsquo;amplitude angulaire exacte de l&rsquo;illusion induite par le syst\u00e8me vestibulaire.<\/p>\n<p>Une m\u00e9thode alternative consiste en des t\u00e2ches de pointage spatial en boucle ouverte. Le sujet tient un pointeur laser invisible ou un bras m\u00e9canique articul\u00e9 et doit pointer en temps r\u00e9el vers la direction per\u00e7ue d&rsquo;une source sonore en champ libre solidaire de la t\u00eate. Les trajectoires de pointage sont enregistr\u00e9es par des cam\u00e9ras infrarouges de capture du mouvement, quantifiant les degr\u00e9s d&rsquo;erreur d&rsquo;azimut en fonction du temps et de la dynamique d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement aux r\u00e9ponses comportementales, l&rsquo;enregistrement \u00e9lectrophysiologique est crucial pour \u00e9valuer l&rsquo;illusion. Les chercheurs utilisent la vid\u00e9o-oculographie (VOG) ou l&rsquo;\u00e9lectro-oculographie (EOG) haute fr\u00e9quence pour mesurer pr\u00e9cis\u00e9ment les phases lentes et les saccades du nystagmus oculaire. La corr\u00e9lation crois\u00e9e entre la vitesse de la phase lente du nystagmus et la d\u00e9viation auditive rapport\u00e9e fournit un indicateur objectif du degr\u00e9 de couplage vestibulo-oculo-auditif chez un individu donn\u00e9.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Bien que d\u00e9couverte dans un cadre fondamental, l&rsquo;illusion audiogyroire rev\u00eat une importance pratique majeure dans plusieurs domaines technologiques, m\u00e9dicaux et industriels. Sa compr\u00e9hension permet de pr\u00e9venir des accidents catastrophiques et d&rsquo;optimiser l&rsquo;ergonomie des interfaces homme-machine complexes.<\/p>\n<p>En a\u00e9ronautique et en m\u00e9decine spatiale, la ma\u00eetrise de cette illusion est essentielle pour la s\u00e9curit\u00e9 des vols. Les cockpits modernes int\u00e8grent de plus en plus des syst\u00e8mes audio 3D destin\u00e9s \u00e0 spatialiser les communications radio et les alarmes de collision (syst\u00e8mes TCAS) ou de proximit\u00e9 du sol (GPWS). Si un pilote subit des acc\u00e9l\u00e9rations angulaires intenses en situation de vol aux instruments, une mauvaise interpr\u00e9tation de l&rsquo;azimut d&rsquo;une alarme spatialis\u00e9e due \u00e0 l&rsquo;illusion audiogyroire pourrait entra\u00eener une man\u0153uvre d&rsquo;\u00e9vitement d\u00e9sastreuse dans la mauvaise direction. Les protocoles d&rsquo;entra\u00eenement sur simulateurs centrifuges int\u00e8grent d\u00e9sormais ces interactions multisensorielles pour sensibiliser les \u00e9quipages.<\/p>\n<p>Dans le domaine des technologies immersives, telles que la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle (VR) et la r\u00e9alit\u00e9 augment\u00e9e (AR), l&rsquo;illusion audiogyroire joue un r\u00f4le d\u00e9terminant dans l&rsquo;apparition du cybercin\u00e9tisme (mal des transports virtuel). Lorsqu&rsquo;un utilisateur tourne la t\u00eate avec un casque immersif, si le moteur de rendu audio spatialis\u00e9 n&rsquo;actualise pas instantan\u00e9ment les fonctions de transfert relatives \u00e0 la t\u00eate (HRTF) avec une latence quasi nulle, un conflit vestibulo-auditif surgit. Ce conflit g\u00e9n\u00e8re une illusion audiogyroire artificielle provoquant une rupture d&rsquo;immersion, une sensation de vertige et des naus\u00e9es prononc\u00e9es.<\/p>\n<p>Enfin, en neurologie clinique et en otoneuro-ophtalmologie, l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;illusion audiogyroire commence \u00e0 \u00eatre explor\u00e9e comme outil diagnostique diff\u00e9rentiel. L&rsquo;alt\u00e9ration ou la disparition de cette illusion lors d&rsquo;\u00e9preuves rotatoires peut signaler des l\u00e9sions sp\u00e9cifiques des voies vestibulaires centrales, des connexions vestibulo-colliculaires ou des aires pari\u00e9to-insulaires vestibulaires (PIVC), permettant de dissocier des atteintes purement labyrinthiques p\u00e9riph\u00e9riques de pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives ou d\u00e9my\u00e9linisantes du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les preuves exp\u00e9rimentales \u00e9tayant la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;illusion audiogyroire se sont accumul\u00e9es depuis plus de sept d\u00e9cennies \u00e0 travers des travaux men\u00e9s par des laboratoires de psychophysique sensorielle renomm\u00e9s. Les premi\u00e8res \u00e9tudes empiriques rigoureuses de Clark et Graybiel en 1949 ont pos\u00e9 le socle m\u00e9thodologique en d\u00e9montrant que chez des sujets sains, une acc\u00e9l\u00e9ration angulaire de quelques degr\u00e9s par seconde carr\u00e9e suffisait \u00e0 provoquer une d\u00e9viation syst\u00e9matique de plusieurs degr\u00e9s dans la localisation auditive de sons purs et de clics r\u00e9p\u00e9titifs.<\/p>\n<p>Une s\u00e9rie d&rsquo;exp\u00e9riences fondamentales conduites par Lester et Morant (1970) a approfondi la relation entre la dynamique canalaire et l&rsquo;illusion. Ils ont mis en \u00e9vidence que l&rsquo;illusion suit fid\u00e8lement l&rsquo;\u00e9quation diff\u00e9rentielle de la torsion pendulaire r\u00e9gissant le comportement de la cupule des canaux semi-circulaires. Ces auteurs ont d\u00e9montr\u00e9 que la magnitude maximale de l&rsquo;illusion ne co\u00efncide pas avec la vitesse maximale de rotation, mais atteint son pic lors des transitions d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration, confirmant que le capteur physique primaire de l&rsquo;illusion est bien le r\u00e9cepteur canalaire sensible \u00e0 l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration angulaire, et non un r\u00e9cepteur otolithique ou somatosensoriel diffus.<\/p>\n<p>Plus r\u00e9cemment, l&rsquo;\u00e9quipe de van Barneveld et ses coll\u00e8gues (2010) a apport\u00e9 un \u00e9clairage neurobiologique d\u00e9cisif en publiant une \u00e9tude dans l&rsquo;<em>European Journal of Neuroscience<\/em>. En manipulant ind\u00e9pendamment la rotation corporelle, la pr\u00e9sence de points de fixation visuels et la poursuite oculaire pure sans stimulation vestibulaire, ils ont d\u00e9montr\u00e9 que la d\u00e9viation du plan m\u00e9dian auditif \u00e9tait directement modul\u00e9e par la position moyenne excentr\u00e9e des yeux plut\u00f4t que par la vitesse de poursuite oculaire brute. Leurs donn\u00e9es prouvent empiriquement que le signal de position oculaire induit par le r\u00e9flexe vestibulo-oculaire constitue le substrat physiologique direct qui fausse la carte auditive centrale pendant la rotation corporelle.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres recherches men\u00e9es en neuro-imagerie fonctionnelle (IRMf et magn\u00e9toenc\u00e9phalographie) ont identifi\u00e9 les structures c\u00e9r\u00e9brales engag\u00e9es lors de ces conflits. Des r\u00e9gions telles que le complexe pari\u00e9to-insulaire vestibulaire (PIVC), le sillon intrapari\u00e9tal et le colliculus inf\u00e9rieur montrent des modulations d&rsquo;activit\u00e9 significatives lorsque des signaux vestibulaires rotatoires discordants sont pr\u00e9sent\u00e9s simultan\u00e9ment \u00e0 des signaux de stimulation acoustique binaurale dichotique, apportant une validation neuroanatomique indiscutable au ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>\u00c9tant fond\u00e9e sur des structures anatomiques universelles de l&rsquo;oreille interne et des circuits de tronc c\u00e9r\u00e9bral hautement conserv\u00e9s au cours de l&rsquo;\u00e9volution des vert\u00e9br\u00e9s, l&rsquo;illusion audiogyroire se manifeste de mani\u00e8re invariante chez tous les \u00eatres humains dot\u00e9s d&rsquo;un syst\u00e8me labyrinthique sain. Il n&rsquo;existe pas de disparit\u00e9 neurophysiologique d\u00e9montr\u00e9e entre diff\u00e9rentes populations ethniques ou g\u00e9ographiques quant aux seuils de sensibilit\u00e9 des canaux semi-circulaires ou \u00e0 la dynamique du r\u00e9flexe vestibulo-oculaire.<\/p>\n<p>Cependant, les r\u00e9percussions perceptuelles et comportementales de l&rsquo;illusion peuvent \u00eatre modul\u00e9es par l&rsquo;environnement culturel, le mode de vie et l&rsquo;entra\u00eenement moteur sp\u00e9cialis\u00e9. Par exemple, les danseurs classiques adeptes du mouvement de \u00ab spotting \u00bb (technique consistant \u00e0 fixer un point visuel aussi longtemps que possible lors d&rsquo;une pirouette avant de tourner vivement la t\u00eate) d\u00e9veloppent une capacit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale \u00e0 supprimer le nystagmus post-rotatoire. Des tests exp\u00e9rimentaux montrent que ces individus pr\u00e9sentent une illusion audiogyroire post-rotatoire d&rsquo;une dur\u00e9e et d&rsquo;une intensit\u00e9 consid\u00e9rablement r\u00e9duites par rapport \u00e0 des personnes s\u00e9dentaires.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les pilotes de chasse, les astronautes et les patineurs artistiques professionnels acqui\u00e8rent, par neuroplasticit\u00e9 induite par un entra\u00eenement intensif, une tol\u00e9rance centrale sup\u00e9rieure aux discordances vestibulo-sensorielles. Leur cerveau apprend \u00e0 r\u00e9\u00e9valuer les poids synaptiques attribu\u00e9s aux aff\u00e9rences canalaires en pr\u00e9sence de stimulations contradictoires, limitant ainsi la d\u00e9viation de la localisation spatiale auditive. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans les cultures ou populations peu expos\u00e9es \u00e0 des acc\u00e9l\u00e9rations complexes et passives, les r\u00e9ponses subjectives face \u00e0 l&rsquo;illusion se manifestent par un d\u00e9sarroi spatial et une cin\u00e9tose beaucoup plus marqu\u00e9s.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;existence de l&rsquo;illusion audiogyroire soit universellement accept\u00e9e dans la communaut\u00e9 scientifique, plusieurs aspects de ses m\u00e9canismes sous-jacents continuent de susciter d&rsquo;intenses controverses th\u00e9oriques parmi les neurophysiologistes et les psychoacousticiens.<\/p>\n<p>Le principal point de discorde concerne la part respective des influences vestibulaires pures et des influences oculomotrices dans la gen\u00e8se de l&rsquo;illusion. Alors qu&rsquo;un courant th\u00e9orique historique soutient que les signaux vestibulaires exercent une projection synaptique directe sur les noyaux auditifs du tronc c\u00e9r\u00e9bral et les cartes auditives colliculaires, un courant rival affirme que l&rsquo;illusion n&rsquo;est qu&rsquo;un \u00e9piph\u00e9nom\u00e8ne indirect caus\u00e9 par le nystagmus oculaire. Selon cette seconde hypoth\u00e8se, la d\u00e9rive des globes oculaires et la d\u00e9charge de corollaire oculaire associ\u00e9e seraient les seuls responsables r\u00e9els de la r\u00e9organisation spatiale auditive, rel\u00e9guant le syst\u00e8me vestibulaire au rang de simple d\u00e9clencheur oculaire.<\/p>\n<p>Une autre limite r\u00e9side dans la grande variabilit\u00e9 interindividuelle observ\u00e9e lors des mesures quantitatives en laboratoire. M\u00eame dans des conditions exp\u00e9rimentales rigoureusement identiques, certains sujets rapportent des d\u00e9viations angulaires de plus de 30 degr\u00e9s, tandis que d&rsquo;autres ne d\u00e9crivent qu&rsquo;une instabilit\u00e9 diffuse sans trajectoire claire. Cette disparit\u00e9 pose la question de l&rsquo;existence de strat\u00e9gies cognitives individuelles de pond\u00e9ration sensorielle, certains sujets privil\u00e9giant instinctivement les indices proprioceptifs du cou pour ancrer leur perception spatiale, tandis que d&rsquo;autres d\u00e9pendent exclusivement du syst\u00e8me canalaire.<\/p>\n<p>Enfin, des critiques m\u00e9thodologiques ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es \u00e0 l&rsquo;encontre de nombreux paradigmes d&rsquo;\u00e9valuation. L&rsquo;utilisation d&rsquo;\u00e9couteurs ferm\u00e9s dans le noir absolu cr\u00e9e un environnement d&rsquo;une grande pauvret\u00e9 sensorielle qui n&rsquo;a que peu d&rsquo;\u00e9quivalents \u00e9cologiques dans la vie r\u00e9elle. Les d\u00e9tracteurs soulignent que dans un environnement naturel riche, satur\u00e9 de r\u00e9verb\u00e9rations acoustiques complexes, de flux optiques et d&rsquo;indices tactiles, l&rsquo;illusion audiogyroire pourrait \u00eatre massivement r\u00e9prim\u00e9e ou compens\u00e9e par le cerveau, limitant sa pertinence op\u00e9rationnelle hors du cadre strict des cabines de vol ou des laboratoires de recherche.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;illusion audiogyroire avec toute la rigueur taxinomique n\u00e9cessaire, il convient de la situer par rapport \u00e0 d&rsquo;autres ph\u00e9nom\u00e8nes sensoriels et perceptifs voisins qui partagent des racines communes ou des manifestations similaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Illusion oculogyroire :<\/strong> D\u00e9placement illusoire d&rsquo;un rep\u00e8re visuel fixe pendant ou apr\u00e8s une rotation corporelle. Contrairement \u00e0 l&rsquo;illusion audiogyroire qui alt\u00e8re la localisation spatiale des signaux acoustiques, l&rsquo;illusion oculogyroire op\u00e8re exclusivement dans la modalit\u00e9 visuelle, bien qu&rsquo;elles partagent le m\u00eame stimulus causal au sein des canaux semi-circulaires.<\/li>\n<li><strong>Illusion audiogravique :<\/strong> Erreur de localisation d&rsquo;une source sonore survenant lors d&rsquo;une acc\u00e9l\u00e9ration lin\u00e9aire ou d&rsquo;une modification du vecteur gravitationnel ressenti (par exemple lors de l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration d&rsquo;un avion au d\u00e9collage). Elle d\u00e9pend directement de la stimulation des organes otolithiques (utricule et saccule) et non des canaux semi-circulaires responsables de l&rsquo;illusion audiogyroire.<\/li>\n<li><strong>Illusion somatogyre :<\/strong> Sensation kinesth\u00e9sique erron\u00e9e de rotation corporelle continue dans le noir cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;adaptation de la r\u00e9ponse cupulaire lors d&rsquo;une giration prolong\u00e9e ou lors de sa d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration. Elle renvoie \u00e0 la proprioception globale du corps propre dans l&rsquo;espace, tandis que l&rsquo;illusion audiogyroire affecte la localisation d&rsquo;un objet acoustique externe au sujet.<\/li>\n<li><strong>Effet de ventriloquie :<\/strong> Capture de la position spatiale per\u00e7ue d&rsquo;une source auditive par un stimulus visuel concomitant et spatialement discordant. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est purement audio-visuel et ne requiert aucune stimulation du syst\u00e8me vestibulaire ni aucune dynamique de mouvement corporel.<\/li>\n<li><strong>Vection auditive :<\/strong> Illusion d&rsquo;auto-mouvement corporel passif d\u00e9clench\u00e9e uniquement par l&rsquo;\u00e9coute d&rsquo;un champ sonore en rotation autour d&rsquo;un sujet physiquement immobile. C&rsquo;est l&rsquo;inverse conceptuel de l&rsquo;illusion audiogyroire : dans la vection, le son induit une illusion de mouvement du corps, alors que dans l&rsquo;illusion audiogyroire, le mouvement du corps induit une d\u00e9formation de la perception du son.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;illusion audiogyroire constitue une manifestation remarquable de la perm\u00e9abilit\u00e9 et de l&rsquo;interd\u00e9pendance des syst\u00e8mes sensoriels humains. Elle d\u00e9montre avec force que notre perception de l&rsquo;espace sonore n&rsquo;est pas confin\u00e9e aux seules \u00e9quations psychoacoustiques du traitement binaural p\u00e9riph\u00e9rique, mais d\u00e9coule d&rsquo;une mod\u00e9lisation centralis\u00e9e continue o\u00f9 la cin\u00e9matique corporelle dicte l&rsquo;interpr\u00e9tation des sons.<\/p>\n<p>Identifi\u00e9e par Clark et Graybiel en 1949, cette illusion se produit lors d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rations angulaires stimulant les canaux semi-circulaires vestibulaires. Face au mouvement c\u00e9phalique, le syst\u00e8me nerveux central cherche \u00e0 actualiser les rep\u00e8res spatiaux pour assurer la constance de l&rsquo;environnement, mais applique des compensations erron\u00e9es lorsque les stimulations se prolongent ou s&rsquo;interrompent brusquement, aboutissant \u00e0 une d\u00e9viation syst\u00e9matique de la position apparente des sources sonores.<\/p>\n<p>Sur le plan neurophysiologique, des recherches contemporaines soulignent le r\u00f4le d\u00e9terminant des signaux de position oculaire et de la d\u00e9charge de corollaire li\u00e9s au nystagmus dans la d\u00e9formation de la carte spatiale auditive. L&rsquo;amplitude de l&rsquo;effet varie selon l&rsquo;intensit\u00e9 giratoire, les conditions d&rsquo;\u00e9clairage et l&rsquo;entra\u00eenement moteur sp\u00e9cifique des sujets.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;\u00e9tude de ce ph\u00e9nom\u00e8ne d\u00e9passe largement le cadre de la th\u00e9orie pure. Elle trouve des applications cruciales dans la pr\u00e9vention de la d\u00e9sorientation spatiale chez les aviateurs, la conception des syst\u00e8mes d&rsquo;alarmes spatialis\u00e9s 3D pour la d\u00e9fense et les transports, l&rsquo;optimisation des environnements immersifs de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle et l&rsquo;exploration s\u00e9miologique des troubles neurovestibulaires complexes. L&rsquo;illusion audiogyroire demeure ainsi un t\u00e9moin privil\u00e9gi\u00e9 de la sophistication et des vuln\u00e9rabilit\u00e9s de notre architecture c\u00e9r\u00e9brale multisensorielle.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Clark, B., &#038; Graybiel, A. (1949). The effect of angular acceleration on sound localization; the audiogyral illusion. <em>Journal of Psychology<\/em>, 28(1), 235\u2013244. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/18133136\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/18133136\/<\/a><\/li>\n<li>Lester, G., &#038; Morant, R. B. (1970). Apparent sound displacement during and after head rotation: the audiogyral illusion. <em>Perception &#038; Psychophysics<\/em>, 7(3), 182\u2013188. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3758\/BF03208654\">https:\/\/doi.org\/10.3758\/BF03208654<\/a><\/li>\n<li>van Barneveld, D. C., Klier, E. M., &#038; Van Gisbergen, J. A. (2010). Eye position determines audiovestibular integration during whole-body rotation. <em>European Journal of Neuroscience<\/em>, 31(5), 920\u2013930. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/20180838\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/20180838\/<\/a><\/li>\n<li>Colman, A. M. (2015). <em>A Dictionary of Psychology<\/em> (4th ed.). Oxford University Press. <a href=\"https:\/\/www.oxfordreference.com\/display\/10.1093\/acref\/9780199657681.001.0001\/acref-9780199657681\">https:\/\/www.oxfordreference.com\/display\/10.1093\/acref\/9780199657681.001.0001\/acref-9780199657681<\/a><\/li>\n<li>Howard, I. P. (1982). <em>Human Visual Orientation<\/em>. John Wiley &#038; Sons. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/humanvisualorien0000howa\">https:\/\/archive.org\/details\/humanvisualorien0000howa<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;illusion audiogyroire est une distorsion neurosensorielle o\u00f9 la rotation corporelle et la stimulation vestibulaire d\u00e9vient la localisation spatiale d&rsquo;une source sonore.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[459,4562,5106],"tags":[31122,35407,4568,31380,21406,32440],"class_list":["post-21216","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-perception-sensorielle","category-psychophysique","tag-desorientation-spatiale","tag-illusion-audiogyroire","tag-integration-multisensorielle","tag-localisation-sonore","tag-perception-spatiale","tag-systeme-vestibulaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21216","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21216\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21216"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21216"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21216"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}