{"id":21160,"date":"2026-10-25T06:24:13","date_gmt":"2026-10-25T06:24:13","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=focalisation-attentionnelle-psychologie"},"modified":"2026-10-25T06:24:13","modified_gmt":"2026-10-25T06:24:13","slug":"focalisation-attentionnelle-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=focalisation-attentionnelle-psychologie","title":{"rendered":"Focus attentionnel : Ma\u00eetriser l&rsquo;esprit humain"},"content":{"rendered":"<p>La capacit\u00e9 de diriger s\u00e9lectivement nos ressources cognitives vers une cible pr\u00e9cise tout en occultant les sollicitations p\u00e9riph\u00e9riques constitue l&rsquo;un des piliers fondamentaux du fonctionnement psychologique humain. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de r\u00e9aliser un geste chirurgical de haute pr\u00e9cision, d&rsquo;ex\u00e9cuter un tir d\u00e9cisif en comp\u00e9tition sportive ou de suivre un fil de pens\u00e9e complexe, le focus attentionnel orchestre notre rapport au monde et conditionne directement nos performances. Ce m\u00e9canisme d&rsquo;allocation cognitive d\u00e9limite les fronti\u00e8res de notre conscience imm\u00e9diate, fa\u00e7onnant ainsi notre perception, nos apprentissages et notre r\u00e9gulation \u00e9motionnelle.<\/p>\n<h2>La focalisation attentionnelle en psychologie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>focalisation attentionnelle<\/strong> (ou <em>focus attentionnel<\/em>) d\u00e9signe le processus cognitif par lequel un individu concentre d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ou automatiquement ses ressources perceptives et mentales sur un ensemble restreint de stimuli internes ou externes, tout en inhibant activement les informations non pertinentes. En psychologie cognitive et en sciences du sport, ce concept d\u00e9crit la direction spatiale, temporelle et th\u00e9matique que prend l&rsquo;attention d&rsquo;un sujet au cours de l&rsquo;action ou du raisonnement.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel, la focalisation attentionnelle agit comme un goulot d&rsquo;\u00e9tranglement adaptatif. Face \u00e0 la saturation constante de l&rsquo;environnement sensoriel, le syst\u00e8me nerveux central alloue une part disproportionn\u00e9e de ses capacit\u00e9s de traitement \u00e0 une cible s\u00e9lectionn\u00e9e, am\u00e9liorant la vitesse de d\u00e9tection, la clart\u00e9 perceptive et la pr\u00e9cision de la r\u00e9ponse motrice ou conceptuelle. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne implique \u00e0 la fois une facilitation neuronale de la cible et une suppression active des distracteurs environnants.<\/p>\n<p>En outre, la focalisation attentionnelle ne se r\u00e9duit pas \u00e0 une simple loupe passive : elle constitue un m\u00e9canisme dynamique modul\u00e9 en temps r\u00e9el par les intentions de l&rsquo;individu (contr\u00f4le descendant ou <em>top-down<\/em>) ainsi que par la saillance physique des stimuli environnementaux (capture ascendante ou <em>bottom-up<\/em>). Elle structure ainsi le contenu ph\u00e9nom\u00e9nologique de l&rsquo;exp\u00e9rience consciente.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab focalisation \u00bb d\u00e9rive du latin <em>focus<\/em>, qui d\u00e9signait originellement le \u00ab foyer \u00bb, l&rsquo;\u00e2tre ou le point central d&rsquo;o\u00f9 \u00e9manent la chaleur et la lumi\u00e8re dans la demeure romaine. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au XVIIe si\u00e8cle, sous la plume de math\u00e9maticiens et d&rsquo;opticiens tels que Johannes Kepler, que le mot a \u00e9t\u00e9 transpos\u00e9 pour qualifier le point de convergence des rayons lumineux apr\u00e8s r\u00e9fraction \u00e0 travers une lentille. Au fil des si\u00e8cles, le terme a migr\u00e9 vers les sciences du langage, la narratologie, puis la psychologie exp\u00e9rimentale pour qualifier la convergence de l&rsquo;activit\u00e9 mentale vers un point d&rsquo;int\u00e9r\u00eat privil\u00e9gi\u00e9.<\/p>\n<p>Le vocable \u00ab attention \u00bb provient quant \u00e0 lui du verbe latin <em>attendere<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ad-<\/em> (\u00ab vers \u00bb) et de <em>tendere<\/em> (\u00ab tendre, \u00e9tendre \u00bb). Le sens litt\u00e9ral \u00e9voque une tension orient\u00e9e de l&rsquo;esprit, l&rsquo;action de diriger l&rsquo;arc de la conscience vers une cible d\u00e9termin\u00e9e. L&rsquo;assemblage moderne \u00ab focalisation attentionnelle \u00bb traduit la locution anglo-saxonne <em>attentional focus<\/em>, popularis\u00e9e notamment au cours du XXe si\u00e8cle par la psychologie cognitive am\u00e9ricaine et les th\u00e9ories de l&rsquo;apprentissage moteur.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du concept dans le lexique acad\u00e9mique francophone s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e au confluent de la neuropsychologie clinique et des sciences et techniques des activit\u00e9s physiques et sportives (STAPS), o\u00f9 l&rsquo;anglicisme \u00ab focus \u00bb est couramment conserv\u00e9 dans le jargon appliqu\u00e9, tandis que \u00ab focalisation attentionnelle \u00bb demeure l&rsquo;appellation canonique dans les publications savantes.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement [f\u0254.ka.li.za.sj\u0254\u0303 a.t\u0251\u0303.sj\u0254.n\u025bl]. Sur le plan grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;une locution nominale f\u00e9minine, form\u00e9e par l&rsquo;adjonction de l&rsquo;adjectif qualificatif \u00ab attentionnelle \u00bb au substantif \u00ab focalisation \u00bb. Au pluriel, elle prend la marque r\u00e9guli\u00e8re : \u00ab les focalisations attentionnelles \u00bb.<\/p>\n<p>L&#8217;emprunt lexical \u00ab focus attentionnel \u00bb (prononc\u00e9 [f\u0254.kys a.t\u0251\u0303.sj\u0254.n\u025bl]) est \u00e9galement tr\u00e8s r\u00e9pandu dans la litt\u00e9rature scientifique contemporaine. Il fonctionne comme un syntagme nominal masculin. On retrouve \u00e9galement les variantes verbales \u00ab focaliser son attention sur \u00bb ou l&rsquo;adverbe \u00ab attentionnellement \u00bb, ce dernier demeurant toutefois plus rare et d&rsquo;usage strictement technique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender en profondeur la focalisation attentionnelle, il convient de distinguer son amplitude, son orientation et sa dynamique de r\u00e9gulation. L&rsquo;amplitude fait r\u00e9f\u00e9rence au champ de couverture du faisceau attentionnel : il peut \u00eatre extr\u00eamement restreint (focalisation \u00e9troite), comme lors de l&rsquo;enfilage d&rsquo;un fil dans le chas d&rsquo;une aiguille, ou au contraire dilat\u00e9 (focalisation large), \u00e0 l&rsquo;instar d&rsquo;un gardien de but surveillant le positionnement tactique de l&rsquo;ensemble de la ligne adverse. La capacit\u00e9 \u00e0 moduler cette largeur focale constitue une composante majeure de la flexibilit\u00e9 cognitive.<\/p>\n<p>L&rsquo;orientation d\u00e9finit la localisation spatiale et ontologique des stimuli trait\u00e9s. Les chercheurs distinguent traditionnellement deux polarit\u00e9s fondamentales : l&rsquo;orientation interne et l&rsquo;orientation externe. Un focus attentionnel interne se caract\u00e9rise par une introspection dirig\u00e9e vers les sensations somatosensorielles, la cin\u00e9matique d&rsquo;un membre corporel, les battements cardiaques ou des processus cognitifs endog\u00e8nes tels que le dialogue int\u00e9rieur. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, un focus attentionnel externe projette la conscience vers les cons\u00e9quences environnementales d&rsquo;une action, la trajectoire d&rsquo;un objet en mouvement ou les signaux visuels et auditifs g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le milieu environnant.<\/p>\n<p>La th\u00e9orie de la charge perceptive propos\u00e9e par Nilli Lavie \u00e9claire un aspect crucial du fonctionnement de la focalisation : la capacit\u00e9 d&rsquo;exclusion des distracteurs d\u00e9pend directement du niveau de charge cognitive requis par la t\u00e2che principale. Lorsque la t\u00e2che impose une charge perceptive \u00e9lev\u00e9e, la totalit\u00e9 des ressources attentionnelles est consomm\u00e9e par la cible, emp\u00eachant structurellement le traitement des stimuli non pertinents. En revanche, face \u00e0 une t\u00e2che \u00e0 faible charge perceptive, les ressources exc\u00e9dentaires se diffusent spontan\u00e9ment vers les \u00e9l\u00e9ments p\u00e9riph\u00e9riques, exposant le sujet \u00e0 l&rsquo;interf\u00e9rence et \u00e0 la distraction.<\/p>\n<p>Sur le plan neurobiologique, la focalisation attentionnelle repose sur des r\u00e9seaux neuronaux distincts mais interconnect\u00e9s au sein du cortex c\u00e9r\u00e9bral. Le r\u00e9seau attentionnel dorsal, comprenant le sillon intrapari\u00e9tal et les champs oculaires frontaux, gouverne la s\u00e9lection volontaire, top-down, guid\u00e9e par les objectifs de l&rsquo;organisme. Le r\u00e9seau attentionnel ventral, articul\u00e9 autour de la jonction temporo-pari\u00e9tale et du cortex frontal ventral, assure quant \u00e0 lui la d\u00e9tection inattendue de stimuli environnementaux saillants (bottom-up), agissant comme un disjoncteur capable de r\u00e9orienter brusquement le foyer attentionnel en cas de menace ou d&rsquo;opportunit\u00e9 biologique.<\/p>\n<p>Enfin, la focalisation attentionnelle poss\u00e8de un co\u00fbt m\u00e9tabolique et \u00e9nerg\u00e9tique substantiel. Maintenir un faisceau attentionnel \u00e9troit et soutenu exige l&rsquo;engagement continu des fonctions ex\u00e9cutives h\u00e9berg\u00e9es dans le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral. Cet effort soutenu engendre \u00e0 terme un \u00e9puisement attentionnel, r\u00e9duisant l&rsquo;efficacit\u00e9 de l&rsquo;inhibition cognitive et favorisant le ph\u00e9nom\u00e8ne de vagabondage mental (<em>mind-wandering<\/em>).<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la focalisation attentionnelle s&rsquo;entrelace avec les d\u00e9buts de la psychologie scientifique. D\u00e8s 1890, le philosophe et psychologue am\u00e9ricain <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/William_James\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">William James<\/a> posait dans son \u0153uvre s\u00e9minale <em>The Principles of Psychology<\/em> les bases de la r\u00e9flexion moderne : \u00ab Chacun sait ce qu&rsquo;est l&rsquo;attention. C&rsquo;est la prise de possession par l&rsquo;esprit, sous une forme claire et vive, d&rsquo;un objet ou d&rsquo;une suite de pens\u00e9es parmi plusieurs qui semblent possibles simultan\u00e9ment. La focalisation, la concentration et la conscience en sont l&rsquo;essence. Elle implique le retrait de certains \u00e9l\u00e9ments afin de traiter plus efficacement d&rsquo;autres. \u00bb<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;av\u00e8nement de la r\u00e9volution cognitive et des th\u00e9ories du traitement de l&rsquo;information a permis de formaliser ces intuitions litt\u00e9raires. Donald Broadbent a formul\u00e9 en 1958 sa c\u00e9l\u00e8bre th\u00e9orie du filtre rigide, postulant l&rsquo;existence d&rsquo;une barri\u00e8re s\u00e9lective pr\u00e9coce qui \u00e9limine les informations secondaires avant m\u00eame qu&rsquo;elles n&rsquo;atteignent le niveau de la signification s\u00e9mantique. Bien que ce mod\u00e8le ait \u00e9t\u00e9 ult\u00e9rieurement assoupli par Anne Treisman (th\u00e9orie de l&rsquo;att\u00e9nuation) puis par Deutsch et Deutsch (mod\u00e8le de s\u00e9lection tardive), il a institutionnalis\u00e9 l&rsquo;id\u00e9e selon laquelle le focus attentionnel r\u00e9pond \u00e0 des contraintes structurelles d&rsquo;acheminement des donn\u00e9es.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1970 et 1980, le psychologue Robert Nideffer a op\u00e9r\u00e9 une avanc\u00e9e majeure en publiant son mod\u00e8le bidimensionnel de l&rsquo;attention, articul\u00e9 autour de deux axes : la direction (interne vs externe) et la largeur (\u00e9troit vs large). Initialement con\u00e7u pour comprendre les fluctuations de performance chez les athl\u00e8tes d&rsquo;\u00e9lite soumis \u00e0 un stress intense, le mod\u00e8le de Nideffer a jet\u00e9 un pont d\u00e9cisif entre la psychom\u00e9trie cognitive de laboratoire et la psychologie appliqu\u00e9e sur le terrain.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, Michael Posner et ses collaborateurs ont mis en place des paradigmes chronom\u00e9triques rigoureux bas\u00e9s sur des indices spatiaux, permettant de mod\u00e9liser le d\u00e9placement du focus attentionnel \u00e0 travers les m\u00e9taphores du \u00ab spot lumineux \u00bb (<em>spotlight<\/em>) et de la \u00ab lentille zoom \u00bb (<em>zoom lens<\/em>) d\u00e9velopp\u00e9e par Charles Eriksen. Ces travaux ont dissoci\u00e9 l&rsquo;orientation de l&rsquo;attention du mouvement physique des yeux, inaugurant l&rsquo;\u00e8re de l&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;attention couverte (<em>covert attention<\/em>).<\/p>\n<p>\u00c0 partir de la fin des ann\u00e9es 1990, la chercheuse Gabriele Wulf a r\u00e9volutionn\u00e9 l&rsquo;apprentissage moteur en d\u00e9montrant empiriquement, \u00e0 travers des centaines d&rsquo;\u00e9tudes contr\u00f4l\u00e9es, la sup\u00e9riorit\u00e9 syst\u00e9matique d&rsquo;une focalisation attentionnelle externe sur une focalisation interne pour l&rsquo;acquisition et la r\u00e9tention d&rsquo;habilet\u00e9s motrices. Ses travaux contemporains ont donn\u00e9 naissance \u00e0 l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;action contrainte (<em>constrained action hypothesis<\/em>), qui demeure l&rsquo;un des cadres th\u00e9oriques les plus influents du domaine.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Plusieurs cadres th\u00e9oriques de r\u00e9f\u00e9rence permettent d&rsquo;expliquer le fonctionnement et les implications de la focalisation attentionnelle :<\/p>\n<p>Le <strong>mod\u00e8le tripartite de l&rsquo;attention de Posner et Petersen<\/strong> (1990) distingue trois grands syst\u00e8mes neurofonctionnels : l&rsquo;alerte (maintien d&rsquo;un \u00e9tat de pr\u00e9paration optimale), l&rsquo;orientation (s\u00e9lection de l&rsquo;information sensorielle pertinente dans l&rsquo;espace ou le temps) et le contr\u00f4le ex\u00e9cutif (r\u00e9solution des conflits cognitifs et r\u00e9gulation de l&rsquo;action). Dans cette architecture, la focalisation attentionnelle correspond principalement au syst\u00e8me d&rsquo;orientation, lequel recrute des structures sous-corticales (colliculus sup\u00e9rieur, pulvinar) et corticales pour verrouiller l&rsquo;attention sur une coordonn\u00e9e cible.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>hypoth\u00e8se de l&rsquo;action contrainte<\/strong> formul\u00e9e par <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Gabriele_Wulf\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Gabriele Wulf<\/a>, Charles Shea et leurs coll\u00e8gues soutient que lorsqu&rsquo;un individu focalise son attention sur ses propres mouvements corporels (focus interne), il perturbe les processus de contr\u00f4le moteur automatis\u00e9s qui se d\u00e9ploient habituellement de mani\u00e8re non consciente et fluide. Cette tentative de contr\u00f4le conscient r\u00e9introduit des degr\u00e9s de libert\u00e9 articulaires excessifs et engendre une rigidit\u00e9 m\u00e9canique. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;adoption d&rsquo;un focus externe orient\u00e9 vers l&rsquo;effet du mouvement permet au syst\u00e8me moteur de s&rsquo;auto-organiser harmonieusement via des boucles de r\u00e9troaction r\u00e9flexes rapides.<\/p>\n<p>La <strong>th\u00e9orie de l&rsquo;int\u00e9gration des attributs<\/strong> \u00e9labor\u00e9e par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Anne_Treisman\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Anne Treisman<\/a> stipule que les caract\u00e9ristiques \u00e9l\u00e9mentaires d&rsquo;un objet (couleur, orientation, forme) sont initialement analys\u00e9es en parall\u00e8le et de mani\u00e8re pr\u00e9-attentionnelle. La focalisation attentionnelle est l&rsquo;op\u00e9rateur indispensable qui agit comme une \u00ab colle conceptuelle \u00bb liant ces dimensions \u00e9parses en un percept unifi\u00e9 et coh\u00e9rent au sein d&rsquo;une coordonn\u00e9e spatiale d\u00e9finie.<\/p>\n<p>Enfin, la <strong>th\u00e9orie du contr\u00f4le attentionnel<\/strong> d&rsquo;Eysenck et Derakshan (2007) analyse l&rsquo;impact de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sur la focalisation. Selon ce mod\u00e8le, l&rsquo;\u00e9tat anxieux surcharge la m\u00e9moire de travail et alt\u00e8re l&rsquo;\u00e9quilibre entre le syst\u00e8me descendant (orient\u00e9 vers le but) et le syst\u00e8me ascendant (sensible \u00e0 la menace). L&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 a pour cons\u00e9quence d\u00e9l\u00e9t\u00e8re de r\u00e9tr\u00e9cir anormalement le focus attentionnel ou de l&rsquo;aimanter involontairement vers des pens\u00e9es d&rsquo;\u00e9chec ou des sensations physiologiques anxiog\u00e8nes internes, p\u00e9nalisant l&rsquo;ex\u00e9cution des t\u00e2ches complexes.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La structure de la focalisation attentionnelle se d\u00e9cline en dimensions orthogonales et fonctionnelles qui caract\u00e9risent chaque moment de la cognition :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Focus externe :<\/strong> Attention port\u00e9e d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment sur l&rsquo;environnement physique ext\u00e9rieur, sur un engin manipul\u00e9 ou sur l&rsquo;effet souhait\u00e9 de l&rsquo;action (par exemple, regarder la cible dans un jeu de fl\u00e9chettes ou visualiser la trajectoire attendue du club de golf).<\/li>\n<li><strong>Focus interne :<\/strong> Attention orient\u00e9e vers les processus corporels, biom\u00e9caniques ou physiologiques du sujet (par exemple, la flexion du coude lors d&rsquo;un lancer, le rythme respiratoire ou la contraction d&rsquo;un faisceau musculaire sp\u00e9cifique).<\/li>\n<li><strong>Focus \u00e9troit :<\/strong> Concentration ultra-s\u00e9lective des capacit\u00e9s cognitives sur un d\u00e9tail pr\u00e9cis ou un stimulus singulier, maximisant la r\u00e9solution perceptive sur une zone infime au d\u00e9triment de la p\u00e9riph\u00e9rie visuelle ou auditive.<\/li>\n<li><strong>Focus large :<\/strong> D\u00e9ploiement \u00e9tendu de la vigilance perceptive englobant un panorama sensoriel vaste, indispensable pour la lecture globale du jeu, la perception des opportunit\u00e9s tactiques ou la d\u00e9tection p\u00e9riph\u00e9rique du danger.<\/li>\n<li><strong>Attention couverte (covert) vs ouverte (overt) :<\/strong> L&rsquo;attention ouverte co\u00efncide avec l&rsquo;axe du regard (mouvements oculaires et saccades vers la cible), tandis que l&rsquo;attention couverte repr\u00e9sente un d\u00e9placement de la lentille attentionnelle vers la p\u00e9riph\u00e9rie sans ajustement postural ni oculaire.<\/li>\n<li><strong>Contr\u00f4le descendant (top-down) :<\/strong> Focalisation endog\u00e8ne d\u00e9clench\u00e9e de fa\u00e7on intentionnelle, guid\u00e9e par les objectifs, les r\u00e8gles de la t\u00e2che et les connaissances emmagasin\u00e9es en m\u00e9moire \u00e0 long terme.<\/li>\n<li><strong>Capture ascendante (bottom-up) :<\/strong> Focalisation exog\u00e8ne suscit\u00e9e brusquement par l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un stimulus saillant, inattendu ou mena\u00e7ant dans le d\u00e9cor sensoriel (un bruit assourdissant, un flash lumineux).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Le r\u00f4le de la focalisation attentionnelle se manifeste avec \u00e9clat dans de nombreuses sph\u00e8res de l&rsquo;activit\u00e9 humaine, o\u00f9 des variations subtiles d&rsquo;orientation d\u00e9terminent le succ\u00e8s ou l&rsquo;\u00e9chec de comportements hautement sp\u00e9cialis\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la chirurgie mini-invasive ou laparoscopique, le praticien op\u00e8re en observant un \u00e9cran bidimensionnel tout en manipulant des instruments longs ins\u00e9r\u00e9s dans le corps du patient. Les chirurgiens novices adoptent fr\u00e9quemment un focus interne n\u00e9faste, concentrant leur attention sur la position de leurs mains et les tensions musculaires de leurs avant-bras, ce qui augmente le tremblement physiologique et prolonge la dur\u00e9e op\u00e9ratoire. Les chirurgiens experts adoptent quant \u00e0 eux un focus externe strict, orient\u00e9 exclusivement vers l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 de la pince chirurgicale et l&rsquo;interaction des tissus \u00e0 l&rsquo;\u00e9cran, ce qui engendre des gestes d&rsquo;une \u00e9conomie et d&rsquo;une pr\u00e9cision remarquables.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;aviation civile et militaire, la gestion du faisceau attentionnel est au c\u0153ur de la s\u00e9curit\u00e9 des vols. Le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00ab effet tunnel attentionnel \u00bb (<em>attentional tunneling<\/em>) illustre une panne critique de la flexibilit\u00e9 du focus. Lors de situations d&rsquo;urgence, certains pilotes concentrent l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 de leurs ressources cognitives sur un voyant d&rsquo;alarme secondaire ou sur un param\u00e8tre erron\u00e9, occultant compl\u00e8tement des alertes sonores majeures de d\u00e9crochage ou l&rsquo;altim\u00e8tre, aboutissant \u00e0 des catastrophes a\u00e9ronautiques pourtant \u00e9vitables.<\/p>\n<p>Dans le secteur sportif professionnel, l&rsquo;effondrement sous la pression (ph\u00e9nom\u00e8ne de <em>choking<\/em>) repr\u00e9sente une d\u00e9monstration pathognomonique du basculement attentionnel involontaire. Lors d&rsquo;un coup de circuit ou d&rsquo;un lancer franc d\u00e9cisif, l&rsquo;athl\u00e8te envahi par l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 bascule brusquement d&rsquo;un focus externe automatis\u00e9 \u00e0 un focus interne hyper-conscient : il tente de contr\u00f4ler pas \u00e0 pas l&rsquo;angulation de son poignet ou l&rsquo;extension de sa jambe. Ce \u00ab sur-contr\u00f4le conscient \u00bb d\u00e9structure la coordination synergique acquise apr\u00e8s des ann\u00e9es d&rsquo;entra\u00eenement, provoquant un rat\u00e9 m\u00e9canique spectaculaire.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;exp\u00e9rience de la m\u00e9ditation de pleine conscience (<em>mindfulness<\/em>) entra\u00eene la capacit\u00e9 \u00e0 moduler intentionnellement le focus attentionnel : l&rsquo;individu s&rsquo;exerce \u00e0 focaliser son attention sur un ancrage somatique pr\u00e9cis (le flux de l&rsquo;air sur la l\u00e8vre sup\u00e9rieure), puis apprend \u00e0 \u00e9largir ce focus \u00e0 l&rsquo;ensemble du champ de l&rsquo;exp\u00e9rience sensorielle sans jugement, d\u00e9veloppant une m\u00e9tacognition aiguis\u00e9e et une r\u00e9sistance sup\u00e9rieure aux distractions quotidiennes.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation scientifique de la focalisation attentionnelle mobilise un ensemble d&rsquo;outils comportementaux, psychophysiologiques et psychom\u00e9triques standardis\u00e9s :<\/p>\n<p>Le <strong>paradigme indic\u00e9 de Posner<\/strong> demeure l&rsquo;instrument de r\u00e9f\u00e9rence en chronom\u00e9trie cognitive. Le sujet fixe une croix centrale sur un \u00e9cran d&rsquo;ordinateur tandis qu&rsquo;un indice visuel (valide ou invalide) signale l&#8217;emplacement d&rsquo;apparition d&rsquo;une cible ult\u00e9rieure. La mesure pr\u00e9cise des temps de r\u00e9action permet de quantifier l&rsquo;efficacit\u00e9 des trois op\u00e9rations \u00e9l\u00e9mentaires du focus attentionnel : l&rsquo;engagement sur la cible, le d\u00e9sengagement de l&#8217;emplacement indic\u00e9 et le d\u00e9placement (<em>shift<\/em>) spatial du faisceau.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>oculom\u00e9trie<\/strong> (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Oculom%C3%A9trie\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">eye-tracking<\/a>) fournit une cartographie temporelle et spatiale continue de l&rsquo;attention ouverte. Les indices analys\u00e9s comprennent la dur\u00e9e et la dispersion des fixations oculaires, l&rsquo;amplitude des saccades et la d\u00e9tection du ph\u00e9nom\u00e8ne du \u00ab regard silencieux \u00bb (<em>quiet eye<\/em>). Identifi\u00e9 par Joan Vickers, le <em>quiet eye<\/em> correspond \u00e0 la fixation visuelle stable finale sur un point pr\u00e9cis de la cible imm\u00e9diatement avant l&rsquo;amorce de la phase motrice critique, dont la dur\u00e9e est significativement plus longue chez les experts que chez les novices.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9lectrophysiologique, l&rsquo;<strong>\u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG)<\/strong> permet d&rsquo;observer la modulation de potentiels \u00e9voqu\u00e9s cognitifs li\u00e9s \u00e0 la focalisation. L&rsquo;onde <em>N2pc<\/em>, apparaissant environ 200 millisecondes apr\u00e8s la pr\u00e9sentation d&rsquo;un ensemble de stimuli dans les r\u00e9gions pari\u00e9to-occipitales controlat\u00e9rales, constitue un biomarqueur incontournable de la s\u00e9lection attentionnelle spatiale d&rsquo;une cible parmi des distracteurs. De m\u00eame, l&rsquo;amplitude de l&rsquo;onde <em>P300<\/em> refl\u00e8te la quantit\u00e9 de ressources attentionnelles allou\u00e9es au traitement de l&rsquo;\u00e9v\u00e9nement.<\/p>\n<p>Dans le domaine psychom\u00e9trique, l&rsquo;inventaire <strong>TAIS<\/strong> (<em>Test of Attentional and Interpersonal Style<\/em>) d\u00e9velopp\u00e9 par Robert Nideffer demeure un instrument classique d&rsquo;\u00e9valuation des pr\u00e9f\u00e9rences de focus chez les individus. \u00c0 travers plusieurs sous-\u00e9chelles, le test \u00e9value la propension du sujet \u00e0 maintenir un focus large ou \u00e9troit, interne ou externe, ainsi que sa vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux surcharges attentionnelles endog\u00e8nes ou environnementales.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;application rigoureuse des principes de la focalisation attentionnelle innerve de multiples disciplines contemporaines :<\/p>\n<p>En <strong>p\u00e9dagogie et r\u00e9\u00e9ducation motrice<\/strong> (kin\u00e9sith\u00e9rapie, ergoth\u00e9rapie), les instructions verbales donn\u00e9es aux patients sont d\u00e9sormais repens\u00e9es \u00e0 l&rsquo;aune de la dichotomie focus interne\/externe. Pour r\u00e9\u00e9duquer la marche chez un patient h\u00e9mipl\u00e9gique ou parkinsonien, la consigne \u00ab posez votre pied sur la ligne trac\u00e9e au sol \u00bb (focus externe) produit une d\u00e9marche plus sym\u00e9trique, stable et \u00e9conomique que l&rsquo;instruction \u00ab levez davantage le genou \u00bb (focus interne). La focalisation externe acc\u00e9l\u00e8re la consolidation des sch\u00e8mes moteurs et favorise leur r\u00e9tention \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>En <strong>ergonomie et conception d&rsquo;interfaces<\/strong> (UI\/UX et facteurs humains), l&rsquo;organisation spatiale des cockpits d&rsquo;avions, des tableaux de bord automobiles et des salles de contr\u00f4le nucl\u00e9aire r\u00e9pond aux lois du focus attentionnel. L&rsquo;introduction de l&rsquo;affichage t\u00eate haute (<em>Head-Up Display<\/em>) vise pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 aligner les informations critiques de t\u00e9l\u00e9m\u00e9trie dans le m\u00eame axe que l&rsquo;environnement ext\u00e9rieur, r\u00e9duisant le co\u00fbt attentionnel associ\u00e9 au changement de plan focal et pr\u00e9venant les accidents li\u00e9s au retard d&rsquo;adaptation du regard.<\/p>\n<p>En <strong>psychologie clinique et psychoth\u00e9rapie<\/strong>, les th\u00e9rapies cognitives et comportementales (TCC) int\u00e8grent des protocoles d&rsquo;entra\u00eenement attentionnel (<em>Attention Training Technique<\/em> d&rsquo;Adrian Wells). Les patients souffrant de trouble d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sociale ou de d\u00e9pression pr\u00e9sentent une attention excessivement focalis\u00e9e sur leurs signaux corporels mena\u00e7ants (tachycardie, rougissement) ou sur leurs ruminations int\u00e9rieures. L&rsquo;entra\u00eenement attentionnel leur r\u00e9apprend m\u00e9thodiquement \u00e0 d\u00e9sengager leur esprit de ces foyers pathog\u00e8nes pour refocaliser leur perception sur des sons ext\u00e9rieurs neutres, restaurant ainsi une flexibilit\u00e9 cognitive salutaire.<\/p>\n<p>En <strong>milieu organisationnel et productivit\u00e9<\/strong>, les gestionnaires s&rsquo;appuient sur l&rsquo;ing\u00e9nierie du focus pour endiguer les effets destructeurs du travail multit\u00e2che (<em>multitasking<\/em>). Les protocoles de travail en profondeur (<em>deep work<\/em>) visent \u00e0 pr\u00e9server des plages de focalisation \u00e9troite ininterrompue, limitant les co\u00fbts r\u00e9siduels d&rsquo;attention (<em>attention residue<\/em>) caus\u00e9s par le passage continuel d&rsquo;une notification num\u00e9rique \u00e0 un dossier strat\u00e9gique.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les donn\u00e9es empiriques accumul\u00e9es au cours des trois derni\u00e8res d\u00e9cennies constituent l&rsquo;un des ensembles les plus solides de la psychologie contemporaine. Gabriele Wulf a collig\u00e9 dans plusieurs revues narratives et m\u00e9ta-analyses des r\u00e9sultats concordants portant sur des dizaines d&rsquo;activit\u00e9s motrices : saut en hauteur, sprint, golf, ski, \u00e9quilibre postural sur stabilom\u00e8tre, instruments de musique et tir \u00e0 l&rsquo;arc. Dans plus de 90 % des \u00e9tudes exp\u00e9rimentales r\u00e9pertori\u00e9es, le groupe assign\u00e9 \u00e0 un focus attentionnel externe surpasse le groupe \u00e0 focus interne tant lors des phases de pratique initiale que lors des tests de r\u00e9tention sans feedback diff\u00e9r\u00e9s de 24 heures.<\/p>\n<p>Des recherches pionni\u00e8res en \u00e9lectromyographie (EMG) men\u00e9es par Zachry, Wulf, Mercer et Bezodis (2005) lors de tirs de basket-ball ont mis en lumi\u00e8re le substrat neuromusculaire de cet avantage : un focus externe r\u00e9duit l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectromyographique globale des agonistes et antagonistes du membre sup\u00e9rieur, tout en augmentant la pr\u00e9cision du panier. Cela d\u00e9montre qu&rsquo;un focus externe engendre une r\u00e9duction de la co-contraction musculaire inutile, favorisant une efficience m\u00e9canique et neuromusculaire accrue.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences cognitives, les travaux fondateurs de Maurizio Corbetta et George Shulman (2002) sur l&rsquo;architecture fonctionnelle des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux ont \u00e9tabli l&rsquo;existence des deux syst\u00e8mes dorsal et ventral \u00e0 travers l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique_fonctionnelle\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">IRMf<\/a>). Leurs exp\u00e9riences ont prouv\u00e9 que la focalisation attentionnelle soutenue supprime l&rsquo;activit\u00e9 m\u00e9tabolique dans les zones sensorielles associ\u00e9es aux r\u00e9gions non surveill\u00e9es de l&rsquo;espace visuel, confirmant physiquement la r\u00e9alit\u00e9 du filtrage inhibiteur au niveau du cortex visuel primaire (V1).<\/p>\n<p>Les recherches de Sian Beilock et de ses coll\u00e8gues sur l&rsquo;expertise sportive ont par ailleurs affin\u00e9 la th\u00e9orie : si les experts souffrent d&rsquo;un focus interne sur leurs mouvements automatis\u00e9s (interf\u00e9rence proc\u00e9durale), les d\u00e9butants complets b\u00e9n\u00e9ficient parfois transitoirement d&rsquo;un focus interne au tout d\u00e9but de l&rsquo;apprentissage explicite d&rsquo;une r\u00e8gle cin\u00e9matique, avant que la bascule vers le focus externe ne devienne imp\u00e9rative pour automatiser la t\u00e2che.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Les modalit\u00e9s d&rsquo;allocation et de maintien de la focalisation attentionnelle ne sont pas exemptes de biais socio-culturels. Les travaux pionniers du psychologue Richard Nisbett et de ses collaborateurs (notamment Masuda et Nisbett, 2001) ont mis en \u00e9vidence des divergences fondamentales entre les populations occidentales et est-asiatiques dans leurs styles perceptifs spontan\u00e9s.<\/p>\n<p>Les individus issus de cultures occidentales individualistes (Am\u00e9rique du Nord, Europe occidentale) d\u00e9montrent une tendance prononc\u00e9e \u00e0 la focalisation analytique : leur attention s&rsquo;ancre prioritairement sur l&rsquo;objet central saillant, isolant celui-ci de son contexte d&rsquo;arri\u00e8re-plan. En revanche, les sujets socialis\u00e9s au sein de cultures d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est collectivistes (Japon, Chine, Cor\u00e9e) manifestent pr\u00e9f\u00e9rentiellement une focalisation attentionnelle holistique : leur champ perceptif traite simultan\u00e9ment les relations mutuelles entre les objets et int\u00e8gre d&#8217;embl\u00e9e l&rsquo;environnement global et le fond contextuel.<\/p>\n<p>Ces variations transculturelles influencent directement les m\u00e9canismes de d\u00e9tection de changements et les mouvements oculaires mesur\u00e9s en laboratoire. Devant une sc\u00e8ne anim\u00e9e sous-marine, les observateurs occidentaux d\u00e9crivent d&rsquo;abord le poisson le plus gros et rapide, tandis que les participants asiatiques relatent d&rsquo;abord la couleur de l&rsquo;eau, les plantes aquatiques et les mouvements d&rsquo;ensemble du d\u00e9cor avant de mentionner l&rsquo;acteur principal. Ces d\u00e9couvertes sugg\u00e8rent que la largeur et la hi\u00e9rarchie par d\u00e9faut de la lentille attentionnelle sont modul\u00e9es d\u00e8s l&rsquo;enfance par l&rsquo;immersion dans un environnement s\u00e9miotique et des pratiques \u00e9ducatives sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de sa solidit\u00e9 apparente, la th\u00e9orie du focus attentionnel et l&rsquo;universalit\u00e9 de la sup\u00e9riorit\u00e9 du focus externe font l&rsquo;objet de vives controverses acad\u00e9miques contemporaines.<\/p>\n<p>Le premier d\u00e9bat porte sur la dichotomie rigide entre focus interne et externe. Des th\u00e9oriciens tels que Jon Collins, Dave Collins ou Oliver Runswick soutiennent que cette cat\u00e9gorisation est excessivement binaire et r\u00e9ductrice. Dans de nombreuses situations sportives complexes (comme les sports de combat ou la gymnastique artistique de comp\u00e9tition), l&rsquo;athl\u00e8te chevronn\u00e9 doit constamment naviguer le long d&rsquo;un continuum hybride, alternant de mani\u00e8re experte entre la sensation kinesth\u00e9sique d&rsquo;un placement articulaire (focus interne) et la lecture du positionnement de l&rsquo;adversaire (focus externe).<\/p>\n<p>Une seconde contestation majeure \u00e9mane du philosophe et cogniticien Richard Shusterman \u00e0 travers le courant de la soma-esth\u00e9tique. Shusterman et d&rsquo;autres chercheurs remettent en cause l&rsquo;affirmation selon laquelle le focus interne d\u00e9graderait syst\u00e9matiquement la performance motrice. Ils soulignent que chez les danseurs d&rsquo;\u00e9lite, les yogis avanc\u00e9s ou les instrumentistes \u00e0 cordes, l&rsquo;hyper-conscience somatosensorielle interne fine est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qui permet un raffinement esth\u00e9tique inaccessible par le seul contr\u00f4le des cons\u00e9quences ext\u00e9rieures du geste.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9thodologique, plusieurs \u00e9quipes de recherche ont soulign\u00e9 des probl\u00e8mes de r\u00e9plication et des biais de confusion dans les protocoles originaux de Gabriele Wulf. Certaines instructions exp\u00e9rimentales cens\u00e9es induire un focus interne \u00e9taient substantiellement plus longues, verbalement plus complexes et plus exigeantes sur le plan cognitif que les consignes \u00e0 focus externe, introduisant un artefact exp\u00e9rimental li\u00e9 \u00e0 la charge mentale intrins\u00e8que des phrases plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;orientation attentionnelle proprement dite.<\/p>\n<p>Enfin, le d\u00e9bat persiste quant au r\u00f4le de la m\u00e9tacognition : savoir o\u00f9 porter son attention est une chose, mais poss\u00e9der la comp\u00e9tence de r\u00e9guler son focus face \u00e0 la fatigue neuromusculaire ou au stress aigu en constitue une autre, souvent n\u00e9glig\u00e9e dans les paradigmes simplifi\u00e9s de laboratoire.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature en sciences cognitives rec\u00e8le plusieurs termes proches dont il convient de d\u00e9limiter rigoureusement les contours conceptuels :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Attention s\u00e9lective :<\/strong> M\u00e9canisme g\u00e9n\u00e9ral de s\u00e9lection des stimuli pertinents parmi des sources concurrentes. La focalisation attentionnelle est la manifestation op\u00e9ratoire, dimensionnelle et spatio-temporelle de cette s\u00e9lection s\u00e9lective.<\/li>\n<li><strong>Concentration :<\/strong> Capacit\u00e9 volitive \u00e0 maintenir la focalisation attentionnelle sur un m\u00eame objet durant une p\u00e9riode prolong\u00e9e sans se laisser d\u00e9river. La concentration repr\u00e9sente la dimension de durabilit\u00e9 et d&rsquo;effort soutenu du focus attentionnel.<\/li>\n<li><strong>Vigilance :<\/strong> \u00c9tat physiologique d&rsquo;\u00e9veil et de pr\u00e9paration globale \u00e0 r\u00e9agir \u00e0 des \u00e9v\u00e9nements impr\u00e9visibles et rares dans l&rsquo;environnement. La vigilance pr\u00e9c\u00e8de et sous-tend la focalisation, mais elle ne poss\u00e8de pas son caract\u00e8re cibl\u00e9 et s\u00e9lectif.<\/li>\n<li><strong>Attention divis\u00e9e :<\/strong> Capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9partir d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment ses ressources cognitives entre plusieurs t\u00e2ches ou stimuli distincts simultan\u00e9ment (multit\u00e2che). Elle s&rsquo;oppose conceptuellement \u00e0 la focalisation \u00e9troite, qui concentre l&rsquo;ensemble du faisceau sur un canal unique.<\/li>\n<li><strong>\u00c9tat de flow :<\/strong> Notion introduite par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mih%C3%A1ly_Cs%C3%ADkszentmih%C3%A1lyi\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Mih\u00e1ly Cs\u00edkszentmih\u00e1lyi<\/a> d\u00e9crivant une immersion psychologique totale dans une activit\u00e9 gratifiante. Le focus attentionnel y est maximal, totalement absorb\u00e9 par l&rsquo;instant pr\u00e9sent et l&rsquo;action en cours, avec une disparition temporaire de la conscience de soi.<\/li>\n<li><strong>C\u00e9cit\u00e9 d&rsquo;inattention :<\/strong> Incapacit\u00e9 perceptive d&rsquo;un individu \u00e0 remarquer un stimulus inattendu pourtant parfaitement visible en plein centre de son champ visuel (illustr\u00e9e par la c\u00e9l\u00e8bre exp\u00e9rience du gorille invisible de Simons et Chabris), due au verrouillage ultra-serr\u00e9 du focus attentionnel sur une autre t\u00e2che.<\/li>\n<li><strong>Vagabondage mental (Mind-wandering) :<\/strong> D\u00e9rive spontan\u00e9e de la pens\u00e9e hors de la t\u00e2che courante vers des pr\u00e9occupations personnelles endog\u00e8nes. Il marque la rupture ou l&rsquo;\u00e9chec transitoire de la focalisation attentionnelle volontaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La focalisation attentionnelle est un processus cognitif central gouvernant l&rsquo;allocation de nos ressources c\u00e9r\u00e9brales limit\u00e9es \u00e0 des aspects pr\u00e9cis de la r\u00e9alit\u00e9 interne ou externe. Elle garantit l&rsquo;efficacit\u00e9 du traitement sensoriel et de l&rsquo;ex\u00e9cution motrice en att\u00e9nuant les informations superflues.<\/p>\n<p>L&rsquo;orientation de ce focus s&rsquo;articule principalement selon deux axes fondamentaux : interne (sensations corporelles, m\u00e9canismes d&rsquo;action) versus externe (effets du mouvement, cibles environnementales), et large (panorama perceptif \u00e9tendu) versus \u00e9troit (focalisation sur un micro-d\u00e9tail).<\/p>\n<p>Les preuves empiriques convergent pour d\u00e9montrer que, pour la majorit\u00e9 des habilet\u00e9s motrices, l&rsquo;adoption d&rsquo;un focus attentionnel externe pr\u00e9serve l&rsquo;automaticit\u00e9 neuromusculaire, r\u00e9duit la co-contraction antagoniste et maximise la pr\u00e9cision motrice, validant l&rsquo;hypoth\u00e8se de l&rsquo;action contrainte.<\/p>\n<p>La plasticit\u00e9 du focus attentionnel est soumise \u00e0 des influences multiples, incluant le niveau d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, la charge perceptive, les apprentissages ant\u00e9rieurs et les matrices culturelles holistiques ou analytiques. Ma\u00eetriser l&rsquo;orientation et l&rsquo;amplitude de son attention demeure une comp\u00e9tence cognitive de premier ordre, d\u00e9terminante pour l&rsquo;expertise professionnelle, la performance athl\u00e9tique et l&rsquo;\u00e9quilibre psychologique.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Broadbent, D. E. (1958). <em>Perception and communication<\/em>. Pergamon Press. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/10037-000\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/10037-000<\/a><\/li>\n<li>Corbetta, M., &#038; Shulman, G. L. (2002). Control of goal-directed and stimulus-driven attention in the brain. <em>Nature Reviews Neuroscience<\/em>, 3(3), 201\u2013215. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn755\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrn755<\/a><\/li>\n<li>Eysenck, M. W., Derakshan, N., Santos, R., &#038; Calvo, M. G. (2007). Anxiety and cognitive performance: Attentional control theory. <em>Emotion<\/em>, 7(2), 336\u2013353. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/1528-3542.7.2.336\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/1528-3542.7.2.336<\/a><\/li>\n<li>Lavie, N. (2005). Distracted and confused?: Selective attention under the load. <em>Trends in Cognitive Sciences<\/em>, 9(2), 75\u201382. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.tics.2004.12.004\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.tics.2004.12.004<\/a><\/li>\n<li>Nideffer, R. M. (1976). Test of attentional and interpersonal style. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 34(3), 394\u2013404. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.34.3.394\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.34.3.394<\/a><\/li>\n<li>Posner, M. I., &#038; Petersen, S. E. (1990). The attention system of the human brain. <em>Annual Review of Neuroscience<\/em>, 13(1), 25\u201342. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.ne.13.030190.000325\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.ne.13.030190.000325<\/a><\/li>\n<li>Treisman, A. M., &#038; Gelade, G. (1980). A feature-integration theory of attention. <em>Cognitive Psychology<\/em>, 12(1), 97\u2013136. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0285(80)90005-5\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/0010-0285(80)90005-5<\/a><\/li>\n<li>Vickers, J. N. (2007). <em>Perception, cognition, and decision training: The quiet eye in action<\/em>. Human Kinetics.<\/li>\n<li>Wulf, G. (2013). Attentional focus and motor learning: A review of 15 years. <em>International Review of Sport and Exercise Psychology<\/em>, 6(1), 77\u2013104. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1080\/1750984X.2012.723728\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1080\/1750984X.2012.723728<\/a><\/li>\n<li>Zachry, T., Wulf, G., Mercer, J., &#038; Bezodis, N. (2005). Increased movement accuracy and reduced EMG activity as the result of adopting an external focus of attention. <em>Brain Research Bulletin<\/em>, 67(4), 304\u2013309. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.brainresbull.2005.06.035\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.brainresbull.2005.06.035<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez en profondeur la focalisation attentionnelle : ses fondements th\u00e9oriques, ses dimensions internes et externes, son impact sur l&rsquo;apprentissage moteur et ses applications cliniques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[35311,459,647],"tags":[7055,1961,4126,35312,2054,93],"class_list":["post-21160","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-apprentissage-moteur","category-neurosciences","category-psychologie-cognitive","tag-apprentissage-moteur","tag-attention-selective","tag-controle-executif","tag-focus-attentionnel","tag-neurosciences","tag-psychologie-cognitive"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21160","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21160\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21160"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21160"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21160"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}