{"id":21101,"date":"2026-10-25T03:56:08","date_gmt":"2026-10-25T03:56:08","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=athetose-trouble-mouvement-involontaire"},"modified":"2026-10-25T03:56:08","modified_gmt":"2026-10-25T03:56:08","slug":"athetose-trouble-mouvement-involontaire","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=athetose-trouble-mouvement-involontaire","title":{"rendered":"Ath\u00e9tose : Comprendre ce trouble moteur"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;ath\u00e9tose constitue l&rsquo;une des manifestations motrices les plus singuli\u00e8res et complexes de la s\u00e9miologie neurologique, oscillant aux confins de la dystonie et de la chor\u00e9e. Caract\u00e9ris\u00e9e par des ondulations involontaires, lentes et ininterrompues qui d\u00e9forment principalement les extr\u00e9mit\u00e9s, cette anomalie hyperkin\u00e9tique traduit une alt\u00e9ration profonde des circuits r\u00e9gulateurs sous-corticaux charg\u00e9s d&rsquo;orchestrer la fluidit\u00e9 du geste humain. Loin d&rsquo;\u00eatre un simple sympt\u00f4me m\u00e9canique, elle engage une d\u00e9sorganisation globale de la posture corporelle, retentissant de mani\u00e8re significative sur l&rsquo;autonomie fonctionnelle, l&rsquo;expression communicative et l&rsquo;\u00e9quilibre psychologique de l&rsquo;individu.<\/p>\n<h2>Ath\u00e9tose<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;ath\u00e9tose se d\u00e9finit sur le plan clinique comme un trouble moteur hyperkin\u00e9tique involontaire, continu et lent, caract\u00e9ris\u00e9 par des mouvements sinueux, reptiformes et sans but apparent, touchant pr\u00e9f\u00e9rentiellement les segments distaux des membres sup\u00e9rieurs et inf\u00e9rieurs, ainsi que la musculature axiale, linguale et faciale. Ces mouvements r\u00e9sultent d&rsquo;une instabilit\u00e9 posturale permanente, o\u00f9 des contractions musculaires agonistes et antagonistes alternent de mani\u00e8re anarchique sans parvenir \u00e0 fixer une posture stable.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neuropsychologique et neurologique, l&rsquo;ath\u00e9tose refl\u00e8te une perte du filtrage inhibiteur au sein des r\u00e9seaux de r\u00e9trocontr\u00f4le cortico-sous-corticaux, tout particuli\u00e8rement au niveau des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Noyaux_gris_centraux\">noyaux gris centraux<\/a>. Bien que le mouvement ath\u00e9tosique puisse \u00eatre partiellement modul\u00e9 ou temporairement inhib\u00e9 par un effort attentionnel conscient tr\u00e8s intense, il est invariablement amplifi\u00e9 par les stimuli \u00e9motionnels, le stress, l&rsquo;effort volitionnel dirig\u00e9 vers une autre t\u00e2che, et dispara\u00eet presque int\u00e9gralement lors du sommeil profond.<\/p>\n<p>Dans la nosographie contemporaine, l&rsquo;ath\u00e9tose pure est rarement observ\u00e9e de fa\u00e7on isol\u00e9e ; elle s&rsquo;int\u00e8gre le plus souvent dans un continuum syndromique plus vaste d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de chor\u00e9oath\u00e9tose ou de dystonie ath\u00e9tosique. Cette perm\u00e9abilit\u00e9 s\u00e9miologique souligne la difficult\u00e9 fondamentale \u00e0 isoler une fronti\u00e8re stricte entre le caract\u00e8re brusque et arythmique de la chor\u00e9e, la lenteur reptiforme de l&rsquo;ath\u00e9tose et les fixations posturales prolong\u00e9es de la dystonie.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab ath\u00e9tose \u00bb puise son origine formelle dans la langue grecque ancienne, d\u00e9rivant directement de l&rsquo;adjectif <em>athetos<\/em> (\u1f04\u03b8\u03b5\u03c4\u03bf\u03c2), compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif <em>a-<\/em> (\u1f00-, \u00ab sans \u00bb ou \u00ab d\u00e9pourvu de \u00bb) et de la racine verbale <em>tithenai<\/em> (\u03c4\u03b9\u03b8\u03ad\u03bd\u03b1\u03b9, \u00ab placer \u00bb, \u00ab poser \u00bb ou \u00ab fixer \u00bb). Sur le plan litt\u00e9ral, <em>athetos<\/em> se traduit par \u00ab non fix\u00e9 \u00bb, \u00ab instable \u00bb, \u00ab sans place d\u00e9termin\u00e9e \u00bb ou \u00ab sans position arr\u00eat\u00e9e \u00bb, ce qui d\u00e9peint avec une fid\u00e9lit\u00e9 remarquable l&rsquo;incapacit\u00e9 absolue du sujet affect\u00e9 \u00e0 maintenir ses segments anatomiques dans une attitude stationnaire.<\/p>\n<p>C&rsquo;est au neurologue et m\u00e9decin militaire am\u00e9ricain <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/William_A._Hammond\">William Alexander Hammond<\/a> que l&rsquo;on doit l&rsquo;introduction canonique de ce terme dans le lexique m\u00e9dical en 1871. Hammond publia une s\u00e9rie d&rsquo;observations cliniques d\u00e9crivant des patients incapables de maintenir leurs doigts et leurs orteils dans une posture de repos sans qu&rsquo;apparaissent des torsions lentes et incessantes. En proposant le n\u00e9ologisme \u00ab athetosis \u00bb, Hammond souhaitait sp\u00e9cifiquement individualiser cette s\u00e9miologie motrice en la distinguant des tremblements parkinsoniens, de la paralysie agitante et des acc\u00e8s chor\u00e9iques d\u00e9j\u00e0 document\u00e9s \u00e0 son \u00e9poque.<\/p>\n<p>Le vocable fut rapidement adopt\u00e9 par les \u00e9coles de neurologie europ\u00e9ennes, notamment par l&rsquo;\u00e9cole de la Salp\u00eatri\u00e8re \u00e0 Paris sous l&rsquo;\u00e9gide de Jean-Martin Charcot, puis r\u00e9vis\u00e9 par les travaux pionniers de C\u00e9cile et Oskar Vogt au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, qui ancr\u00e8rent d\u00e9finitivement l&rsquo;\u00e9tiologie du ph\u00e9nom\u00e8ne dans les alt\u00e9rations histopathologiques du striatum.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le mot se prononce [at\u0259toz] dans l&rsquo;espace francophone standard. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un substantif f\u00e9minin invariable dans sa morphologie radicale, s&rsquo;accordant r\u00e9guli\u00e8rement au pluriel sous la forme \u00ab les ath\u00e9toses \u00bb [at\u0259toz].<\/p>\n<p>Le terme donne lieu \u00e0 plusieurs d\u00e9riv\u00e9s adjectivaux et nominaux en fran\u00e7ais m\u00e9dical :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ath\u00e9tosique<\/strong> (adjectif et nom) : s&rsquo;applique \u00e0 la s\u00e9miologie (\u00ab d\u00e9marche ath\u00e9tosique \u00bb, \u00ab spasme ath\u00e9tosique \u00bb) ou d\u00e9signe la personne affect\u00e9e (\u00ab prise en charge d&rsquo;un patient ath\u00e9tosique \u00bb).<\/li>\n<li><strong>Ath\u00e9to\u00efde<\/strong> (adjectif) : qualifie un mouvement ou une posture qui pr\u00e9sente les apparences de l&rsquo;ath\u00e9tose sans en remplir l&rsquo;ensemble des crit\u00e8res physiopathologiques centraux (par exemple, des mouvements \u00ab pseudo-ath\u00e9to\u00efdes \u00bb observ\u00e9s lors d&rsquo;une d\u00e9aff\u00e9rentation proprioceptive s\u00e9v\u00e8re).<\/li>\n<li><strong>Chor\u00e9oath\u00e9tose<\/strong> (nom f\u00e9minin) : vocable compos\u00e9 d\u00e9signant l&rsquo;association concomitante d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments chor\u00e9iques et ath\u00e9tosiques, extr\u00eamement fr\u00e9quente en pratique neurop\u00e9diatrique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;ath\u00e9tose incarne une rupture pathologique de l&rsquo;hom\u00e9ostasie posturale. Dans le fonctionnement neurophysiologique standard, l&rsquo;ex\u00e9cution d&rsquo;un mouvement orient\u00e9 vers un but n\u00e9cessite non seulement le recrutement s\u00e9lectif de muscles agonistes, mais \u00e9galement l&rsquo;inhibition continue et coordonn\u00e9e des muscles antagonistes ainsi que la stabilisation tonique des articulations sous-jacentes. Dans l&rsquo;ath\u00e9tose, ce m\u00e9canisme de focalisation motrice est d\u00e9faillant : le signal moteur s&rsquo;accompagne d&rsquo;une diffusion anarchique de la commande, provoquant des cocontractions et des rel\u00e2chements intempestifs qui d\u00e9forment la trajectoire spatiale du membre.<\/p>\n<p>S\u00e9miologiquement, le mouvement ath\u00e9tosique se d\u00e9ploie avec une vitesse mod\u00e9r\u00e9e, souvent d\u00e9crite comme fluide, tentaculaire, serpentine ou reptiforme. Il int\u00e9resse au premier chef la main et les doigts : les phalanges alternent lentement entre une hyperextension marqu\u00e9e, une abduction forc\u00e9e et une flexion ferm\u00e9e, rappelant le mouvement de tentacules aquatiques ou de reptiles en progression. Les pieds peuvent \u00eatre le si\u00e8ge d&rsquo;inversions, d&rsquo;\u00e9versions et d&rsquo;extensions r\u00e9p\u00e9t\u00e9es du premier orteil. Au niveau c\u00e9phalique, l&rsquo;ath\u00e9tose peut engager la langue, les l\u00e8vres et le cou, provoquant des grimaces lentes, des torsions cervicales asym\u00e9triques et des r\u00e9tractions involontaires de la mandibule qui compromettent s\u00e9v\u00e8rement la d\u00e9glutition et la phonation.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des traits conceptuels majeurs de l&rsquo;ath\u00e9tose r\u00e9side dans sa sensibilit\u00e9 aux \u00e9tats internes du patient. Le repos psychique complet, un environnement calme et le soutien postural d&rsquo;un membre tendent \u00e0 att\u00e9nuer l&rsquo;amplitude des ondulations motrices. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;attention focalis\u00e9e, l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance, la douleur ou la tentative d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de r\u00e9aliser un geste de pr\u00e9cision fine d\u00e9clenchent une temp\u00eate motrice hyperkin\u00e9tique, o\u00f9 l&rsquo;effort volitionnel submerge les voies effectrices et amplifie le d\u00e9sordre m\u00e9canique.<\/p>\n<p>Il convient \u00e9galement de souligner que l&rsquo;ath\u00e9tose n&rsquo;est pas r\u00e9ductible \u00e0 un d\u00e9ficit de la force musculaire intrins\u00e8que. Les patients conservent g\u00e9n\u00e9ralement une puissance motrice sous-jacente substantielle, mais celle-ci est rendue inexploitable pour les praxies fines en raison de la superposition permanente du parasite involontaire. Cette dissociation entre force pr\u00e9serv\u00e9e et contr\u00f4le cin\u00e9tique d\u00e9faillant constitue le c\u0153ur de la d\u00e9tresse fonctionnelle propre au syndrome ath\u00e9tosique.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;ath\u00e9tose illustre de mani\u00e8re exemplaire les grandes transitions conceptuelles de la neurologie clinique, depuis les premi\u00e8res observations empiriques du XIXe si\u00e8cle jusqu&rsquo;aux cartographies mol\u00e9culaires et fonctionnelles contemporaines.<\/p>\n<p>Avant la description s\u00e9minale de William Alexander Hammond en 1871, les anomalies motrices lentes et continues \u00e9taient indistinctement regroup\u00e9es sous des appellations vagues telles que les \u00ab chor\u00e9es chroniques \u00bb, la \u00ab danse de Saint-Guy \u00bb atypique ou les formes lentes d&rsquo;h\u00e9mipl\u00e9gie spastique infantile d\u00e9crites par William John Little en 1861. Hammond, en documentant le cas d&rsquo;un patient nomm\u00e9 Daniel Vance qui pr\u00e9sentait des torsions digitales incessantes apr\u00e8s une consommation chronique d&rsquo;alcool et des \u00e9pisodes comateux, isola la condition et \u00e9mit l&rsquo;hypoth\u00e8se visionnaire d&rsquo;une l\u00e9sion localis\u00e9e au sein du thalamus ou des corps stri\u00e9s.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, le couple de neuroanatomistes C\u00e9cile et Oskar Vogt apporta une contribution d\u00e9cisive en examinant le cerveau d&rsquo;enfants d\u00e9c\u00e9d\u00e9s de quadripl\u00e9gie dyskin\u00e9tique s\u00e9v\u00e8re avec ath\u00e9tose double (<em>athetose double<\/em>). Ils mirent en \u00e9vidence une alt\u00e9ration macroscopique et histologique singuli\u00e8re du n\u00e9ostriatum (putamen et noyau caud\u00e9), caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9my\u00e9linisation tachet\u00e9e et une gliose cicatricielle dense, qu&rsquo;ils baptis\u00e8rent l&rsquo;\u00ab \u00e9tat marbr\u00e9 \u00bb (<em>status marmoratus<\/em>). Leurs travaux fournirent la premi\u00e8re preuve anatomo-clinique irr\u00e9futable liant l&rsquo;ath\u00e9tose \u00e0 une destruction s\u00e9lective des sous-structures sous-corticales.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;immunoh\u00e9matologie mit en lumi\u00e8re le r\u00f4le capital de l&rsquo;incompatibilit\u00e9 rh\u00e9sus f\u0153to-maternelle et de l&rsquo;ict\u00e8re nucl\u00e9aire (enc\u00e9phalopathie hyperbilirubin\u00e9mique du nouveau-n\u00e9) dans la gen\u00e8se de l&rsquo;ath\u00e9tose infantile. Le d\u00e9p\u00f4t de bilirubine non conjugu\u00e9e au sein du globus pallidus et du noyau sous-thalamique fut identifi\u00e9 comme la cause princeps des vastes cohortes d&rsquo;enfants ath\u00e9tosiques de l&rsquo;\u00e9poque. L&rsquo;introduction de la phototh\u00e9rapie et de l&rsquo;immunoglobuline anti-D dans les d\u00e9cennies suivantes r\u00e9duisit drastiquement cette \u00e9tiologie dans les pays industrialis\u00e9s.<\/p>\n<p>Enfin, les derni\u00e8res d\u00e9cennies du XXe si\u00e8cle et le d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle ont \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9s par la r\u00e9volution de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) et l&rsquo;essor de la neurog\u00e9n\u00e9tique. L&rsquo;ath\u00e9tose a \u00e9t\u00e9 requalifi\u00e9e comme une expression particuli\u00e8re de la boucle de r\u00e9troaction cortico-striato-pallido-thalamo-corticale, incitant les \u00e9quipes neurochirurgicales \u00e0 d\u00e9velopper des interventions cibl\u00e9es de neurostimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde pour en pallier les dysfonctionnements physiopathologiques.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>La physiopathologie de l&rsquo;ath\u00e9tose repose sur la perturbation de la r\u00e9gulation en boucle ferm\u00e9e qui unit le cortex c\u00e9r\u00e9bral moteur et pr\u00e9frontal aux structures sous-corticales des ganglions de la base. Dans le mod\u00e8le classique d&rsquo;organisation fonctionnelle, les noyaux gris centraux agissent comme un filtre dynamique, s\u00e9lectionnant les programmes moteurs adapt\u00e9s tout en r\u00e9primant impitoyablement les sch\u00e9mas moteurs parasites ou ind\u00e9sirables par un \u00e9quilibre pr\u00e9cis entre deux voies majeures : la voie directe (pro-cin\u00e9tique, facilitatrice) et la voie indirecte (anti-cin\u00e9tique, inhibitrice).<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;ath\u00e9tose, une l\u00e9sion structurelle ou un d\u00e9r\u00e8glement biochimique vient pr\u00e9f\u00e9rentiellement compromettre le striatum (noyau caud\u00e9 et putamen) ou le segment interne du globus pallidus (GPi), ainsi que le noyau sous-thalamique. La destruction des neurones \u00e9pineux moyens GABAergiques de la voie indirecte entra\u00eene une d\u00e9sinhibition anormale du complexe thalamique (noyaux ventral ant\u00e9rieur et ventral lat\u00e9ral). En l&rsquo;absence du tonus freinateur normalement exerc\u00e9 par les structures de sortie des ganglions de la base, le thalamus envoie des salves excitatrices glutamatergiques d\u00e9sordonn\u00e9es vers le cortex moteur primaire, le cortex pr\u00e9moteur et l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire.<\/p>\n<p>Cette lib\u00e9ration thalamo-corticale se traduit au niveau p\u00e9riph\u00e9rique par un d\u00e9faut de focalisation du signal moteur : au lieu qu&rsquo;une commande corticale isole pr\u00e9cis\u00e9ment un groupe musculaire agoniste pour un geste pr\u00e9cis, le signal excite simultan\u00e9ment des ensembles neuronaux adjacents. Il en r\u00e9sulte un \u00e9tat de cocontraction fluctuante, o\u00f9 agonistes et antagonistes s&rsquo;opposent et c\u00e8dent alternativement, g\u00e9n\u00e9rant l&rsquo;aspect ondulant et reptiforme distinctif de l&rsquo;ath\u00e9tose.<\/p>\n<p>Sur le versant neurochimique, ce d\u00e9s\u00e9quilibre implique fr\u00e9quemment des d\u00e9r\u00e8glements des syst\u00e8mes dopaminergiques, cholinergiques et glutamatergiques. Une hyperactivit\u00e9 dopaminergique relative au sein des r\u00e9cepteurs D1 ou une sous-activit\u00e9 des voies D2 favorise l&rsquo;expression hyperkin\u00e9tique. Par ailleurs, les \u00e9pisodes d&rsquo;anoxie-isch\u00e9mie p\u00e9rinatale ciblent avec une pr\u00e9dilection redoutable les populations neuronales hautement m\u00e9taboliques du putamen et du globus pallidus, ce qui explique la pr\u00e9dominance \u00e9tiologique des l\u00e9sions survenues lors de la p\u00e9riode n\u00e9onatale.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse clinique et diagnostique de l&rsquo;ath\u00e9tose impose de d\u00e9composer le trouble selon sa distribution topographique, son \u00e9tiologie sous-jacente et son m\u00e9canisme sensorimoteur :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ath\u00e9tose distale versus proximale :<\/strong> L&rsquo;ath\u00e9tose classique s&rsquo;exprime avec une pr\u00e9dilection marqu\u00e9e pour les extr\u00e9mit\u00e9s distales (doigts, mains, orteils), o\u00f9 la cin\u00e9matique fine est la plus \u00e9labor\u00e9e. Les formes proximales sont plus rares et tendent \u00e0 fusionner avec des postures dystoniques de l&rsquo;\u00e9paule ou de la hanche.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9miath\u00e9tose :<\/strong> Atteinte strictement unilat\u00e9rale, touchant le membre sup\u00e9rieur et inf\u00e9rieur du m\u00eame c\u00f4t\u00e9 corporel. Elle oriente quasi syst\u00e9matiquement vers une l\u00e9sion vasculaire focale (infarctus striatal ou thalamique, h\u00e9morragie c\u00e9r\u00e9brale) ou tumorale de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral controlat\u00e9ral.<\/li>\n<li><strong>Double ath\u00e9tose (ath\u00e9tose g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e) :<\/strong> Atteinte bilat\u00e9rale et sym\u00e9trique int\u00e9ressant les quatre membres, l&rsquo;axe corporel et la sph\u00e8re orofaciale. Elle s&rsquo;observe principalement dans les s\u00e9quelles d&rsquo;enc\u00e9phalopathie hypoxique-isch\u00e9mique p\u00e9rinatale, l&rsquo;\u00e9tat marbr\u00e9 ou les maladies m\u00e9taboliques d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives.<\/li>\n<li><strong>Chor\u00e9oath\u00e9tose :<\/strong> Forme mixte o\u00f9 les mouvements lents et contorsionn\u00e9s de l&rsquo;ath\u00e9tose sont p\u00e9riodiquement interrompus par des secousses br\u00e8ves, soudaines, impr\u00e9visibles et explosives caract\u00e9ristiques de la chor\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Pseudo-ath\u00e9tose (ath\u00e9tose aff\u00e9rente) :<\/strong> Entit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologiquement similaire mais physiopathologiquement distincte, caus\u00e9e non par une atteinte des ganglions de la base, mais par une perte s\u00e9v\u00e8re de la sensibilit\u00e9 proprioceptive consciente (l\u00e9sion des cordons post\u00e9rieurs de la moelle \u00e9pini\u00e8re, du lemnisque m\u00e9dian ou des nerfs p\u00e9riph\u00e9riques sensitifs). En l&rsquo;absence de retour proprioceptif, les doigts du patient les yeux ferm\u00e9s oscillent lentement \u00e0 la recherche d&rsquo;un point d&rsquo;appui postural stable.<\/li>\n<li><strong>Ath\u00e9tose paroxystique :<\/strong> \u00c9pisodes transitoires de mouvements chor\u00e9oath\u00e9tosiques survenant par crises, souvent d\u00e9clench\u00e9s par un mouvement volontaire soudain (chor\u00e9oath\u00e9tose kin\u00e9sig\u00e9nique paroxystique li\u00e9e \u00e0 des mutations du g\u00e8ne <em>PRRT2<\/em>) ou par le stress, l&rsquo;effort prolong\u00e9 ou l&rsquo;exposition thermique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de concr\u00e9tiser la manifestation s\u00e9miologique de l&rsquo;ath\u00e9tose, deux pr\u00e9sentations cliniques contrast\u00e9es permettent d&rsquo;\u00e9clairer sa r\u00e9alit\u00e9 pratique :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Quadripl\u00e9gie dyskin\u00e9tique avec ath\u00e9tose post-anoxique chez un jeune adulte.<\/strong><br \/>\nJulien, 22 ans, pr\u00e9sente une s\u00e9quelle d&rsquo;asphyxie p\u00e9rinatale li\u00e9e \u00e0 une circulaire serr\u00e9e du cordon ombilical. D\u00e8s ses premiers mois de vie, une hypotonie axiale a c\u00e9d\u00e9 la place \u00e0 des mouvements involontaires bilat\u00e9raux. Lorsqu&rsquo;il est assis dans son fauteuil roulant adapt\u00e9, ses bras adoptent une posture instable : ses poignets se fl\u00e9chissent lentement pendant que ses doigts s&rsquo;\u00e9cartent en \u00e9ventail dans une hyperextension marqu\u00e9e, avant de s&rsquo;enrouler sur eux-m\u00eames. D\u00e8s qu&rsquo;on lui tend un objet, son d\u00e9sir d&rsquo;action provoque une majoration des ondulations digitales et une extension lente du cou vers la gauche. La parole est hach\u00e9e par une dysarthrie s\u00e9v\u00e8re r\u00e9sultant de mouvements lents de la langue qui protrude involontairement. N\u00e9anmoins, l&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique adapt\u00e9e r\u00e9v\u00e8le des capacit\u00e9s cognitives et de compr\u00e9hension linguistique rigoureusement intactes.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Pseudo-ath\u00e9tose cons\u00e9cutive \u00e0 une my\u00e9lopathie cervicale post\u00e9rieure.<\/strong><br \/>\n\u00c9l\u00e9onore, 58 ans, consulte pour une maladresse croissante des deux mains \u00e9voluant depuis six mois. En examinant ses membres sup\u00e9rieurs lorsqu&rsquo;elle maintient les bras tendus devant elle les yeux ouverts, aucune anomalie majeure n&rsquo;appara\u00eet. En revanche, d\u00e8s qu&rsquo;il lui est demand\u00e9 de fermer les yeux, ses doigts perdent imm\u00e9diatement leur alignement horizontal : ils se mettent \u00e0 d\u00e9river, rampant lentement les uns au-dessus des autres dans une succession de torsions reptiformes silencieuses. L&rsquo;IRM cervicale r\u00e9v\u00e8le une compression m\u00e9dullaire par hernie discale post\u00e9rieure avec hypersignal focal des cordons dorsaux au niveau C4-C5, confirmant qu&rsquo;il ne s&rsquo;agit pas d&rsquo;une atteinte des ganglions de la base, mais d&rsquo;une pseudo-ath\u00e9tose par d\u00e9aff\u00e9rentation proprioceptive aigu\u00eb.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation clinique et mesure<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;ath\u00e9tose repose sur une d\u00e9marche clinique rigoureuse visant \u00e0 caract\u00e9riser la ph\u00e9nom\u00e9nologie du mouvement, son impact fonctionnel et sa signature neuroanatomique.<\/p>\n<p>L&rsquo;examen neurologique au lit du malade explore syst\u00e9matiquement le mouvement au repos, lors du maintien postural (\u00e9preuve des bras tendus) et lors de la cin\u00e9tique volontaire (\u00e9preuve doigt-nez, pr\u00e9hension d&rsquo;objets, \u00e9criture). Le clinicien appr\u00e9cie l&rsquo;influence de la fermeture des yeux pour \u00e9liminer une composante ataxique sensitive ou une pseudo-ath\u00e9tose, et recherche des syncin\u00e9sies d&rsquo;imitation au membre controlat\u00e9ral.<\/p>\n<p>Pour quantifier la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du trouble dans un cadre standardis\u00e9 ou de recherche clinique, les \u00e9chelles valid\u00e9es pour la dystonie et la chor\u00e9e sont couramment employ\u00e9es en raison du continuum symptomatique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle de dystonie de Burke-Fahn-Marsden (BFMDRS) :<\/strong> \u00c9value l&rsquo;intensit\u00e9 des mouvements et l&rsquo;impact sur les activit\u00e9s de la vie quotidienne (marche, habillage, alimentation, d\u00e9glutition).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;\u00e9valuation unifi\u00e9e de la dystonie (UDRS) :<\/strong> Offre une cartographie anatomique pr\u00e9cise de l&rsquo;amplitude et de la dur\u00e9e des spasmes segmentaires.<\/li>\n<li><strong>Le syst\u00e8me de classification de la fonction motrice globale (GMFCS) :<\/strong> Largement utilis\u00e9 chez l&rsquo;enfant et l&rsquo;adulte porteur de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Paralysie_c%C3%A9r%C3%A9brale\">paralysie c\u00e9r\u00e9brale<\/a> pour grader le niveau d&rsquo;autonomie motrice de I (d\u00e9ambulation ind\u00e9pendante sans restriction) \u00e0 V (d\u00e9pendance totale pour les d\u00e9placements).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan paraclinique, l&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale constitue l&rsquo;examen de r\u00e9f\u00e9rence. Elle recherche des hypersignaux T2\/FLAIR au sein du putamen et du globus pallidus, des d\u00e9p\u00f4ts anormaux de fer c\u00e9r\u00e9bral, ou l&rsquo;aspect stri\u00e9 caract\u00e9ristique du <em>status marmoratus<\/em>. L&rsquo;\u00e9lectromyographie (EMG) de surface multicanale peut \u00eatre utile pour documenter objectivement les patterns de cocontraction agoniste\/antagoniste et la dur\u00e9e des salves motrices, confirmant l&rsquo;absence de pauses myocloniques ou de tremblements rythmiques purs.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La prise en charge de l&rsquo;ath\u00e9tose requiert une approche hautement interdisciplinaire conjuguant r\u00e9\u00e9ducation physique, accompagnement technologique, pharmacoth\u00e9rapie et options chirurgicales d&rsquo;exception.<\/p>\n<p>En ergoth\u00e9rapie et en kin\u00e9sith\u00e9rapie, la priorit\u00e9 n&rsquo;est pas de tenter de supprimer le mouvement involontaire par la contrainte brute \u2014 ce qui provoquerait une exacerbation r\u00e9actionnelle \u2014, mais d&rsquo;optimiser l&rsquo;environnement pour stabiliser l&rsquo;axe postural. L&rsquo;utilisation de corsets-si\u00e8ges thermoform\u00e9s sur mesure, d&rsquo;appuis-t\u00eate anatomiques, de bracelets lest\u00e9s aux poignets pour limiter les embard\u00e9es motrices et d&rsquo;ustensiles de pr\u00e9hension adapt\u00e9s (couverts \u00e0 manche \u00e9paissi, claviers informatiques avec grille anti-rebond) transforme le quotidien des patients.<\/p>\n<p>La prise en charge orthophonique est cruciale face \u00e0 la dysarthrie et aux troubles de la d\u00e9glutition (dysphagie). L&rsquo;am\u00e9nagement de textures alimentaires pr\u00e9vient les pneumopathies d&rsquo;inhalation. De plus, l&rsquo;introduction pr\u00e9coce de syst\u00e8mes de Communication Alternative et Am\u00e9lior\u00e9e (CAA) \u2014 tels que les synth\u00e8ses vocales pilot\u00e9es par commande oculaire ou par contacteurs adapt\u00e9s \u2014 permet de lib\u00e9rer le potentiel intellectuel des patients dont la parole orale est an\u00e9antie par les spasmes labio-glosso-pharyng\u00e9s.<\/p>\n<p>Le traitement m\u00e9dicamenteux reste complexe et d&rsquo;efficacit\u00e9 variable selon les patients :<\/p>\n<ul>\n<li>Les d\u00e9pl\u00e9teurs pr\u00e9-synaptiques de dopamine (comme la t\u00e9trab\u00e9nazine) sont fr\u00e9quemment utilis\u00e9s pour moduler la chor\u00e9oath\u00e9tose en freinant l&rsquo;hyperkin\u00e9sie.<\/li>\n<li>Les myorelaxants \u00e0 action centrale (baclof\u00e8ne oral ou intrath\u00e9cal, benzodiaz\u00e9pines comme le clonaz\u00e9pam) ciblent les composantes dystoniques et l&rsquo;hypertonie fluctuante associ\u00e9e.<\/li>\n<li>Les anticholinergiques (trihexyph\u00e9nidyle) apportent parfois un soulagement substantiel, en particulier chez l&rsquo;enfant, bien que limit\u00e9s par des effets ind\u00e9sirables cognitifs et p\u00e9riph\u00e9riques.<\/li>\n<li>Les injections locales de toxine botulique permettent de neutraliser temporairement des groupes musculaires pr\u00e9cis responsables de postures douloureuses invalidantes, par exemple au niveau cervical.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans les formes r\u00e9fractaires particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8res de dystonie-chor\u00e9oath\u00e9tose, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Stimulation_c%C3%A9r%C3%A9brale_profonde\">stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde<\/a> (SCP) ciblant le globus pallidus interne (GPi) ou le noyau sous-thalamique s&rsquo;est impos\u00e9e comme une option th\u00e9rapeutique remarquable, permettant de restaurer un frein inhibiteur fonctionnel et de diminuer l&rsquo;intensit\u00e9 des mouvements contorsionn\u00e9s chez certains r\u00e9pondeurs s\u00e9lectionn\u00e9s.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es contemporaines<\/h3>\n<p>La recherche sur l&rsquo;ath\u00e9tose et les syndromes dyskin\u00e9tiques associ\u00e9s a connu un bond conceptuel majeur gr\u00e2ce aux progr\u00e8s fulgurants de la neurog\u00e9n\u00e9tique et de l&rsquo;imagerie fonctionnelle avanc\u00e9e.<\/p>\n<p>Pendant des d\u00e9cennies, l&rsquo;ath\u00e9tose infantile a \u00e9t\u00e9 quasi exclusivement attribu\u00e9e aux traumatismes et anoxies de la naissance. Or, les travaux pionniers de g\u00e9nomique par s\u00e9quen\u00e7age de l&rsquo;exome entier ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&rsquo;une proportion substantielle de tableaux jadis \u00e9tiquet\u00e9s comme des \u00ab paralysies c\u00e9r\u00e9brales ath\u00e9tosiques cong\u00e9nitales \u00bb d\u00e9coule en r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;anomalies monog\u00e9niques <em>de novo<\/em>. Les mutations affectant le g\u00e8ne <em>ADCY5<\/em> (codant l&rsquo;ad\u00e9nylate cyclase 5, hautement enrichie dans le striatum), le g\u00e8ne <em>GNAO1<\/em> (impliqu\u00e9 dans la signalisation par les prot\u00e9ines G sous-corticales) ou encore <em>KMT2B<\/em> provoquent des tableaux pr\u00e9coces d&rsquo;ath\u00e9tose, de chor\u00e9e fluctuante et de dystonie s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes de connectomique par tractographie en IRM de diffusion ont permis de d\u00e9montrer que l&rsquo;ath\u00e9tose ne r\u00e9sulte pas d&rsquo;une n\u00e9crose globale et indiff\u00e9renci\u00e9e, mais d&rsquo;une rupture sp\u00e9cifique des faisceaux striato-pallidaux et thalamo-corticaux. Des chercheurs comme Kragel et ses collaborateurs ont mis en \u00e9vidence que les patterns cin\u00e9matiques de l&rsquo;ath\u00e9tose correspondent \u00e0 une perte de d\u00e9couplage spatio-temporel dans les r\u00e9seaux moteurs primaires, visualisable par une activation corticale diffuse et asynchrone lors de l&rsquo;intention d&rsquo;action.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les essais multicentriques \u00e9valuant la stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde pallidale ont soulign\u00e9 que si l&rsquo;efficacit\u00e9 de la SCP est spectaculaire dans les dystonies g\u00e9n\u00e9tiques isol\u00e9es, ses r\u00e9sultats demeurent plus h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes dans les dystonies-ath\u00e9toses post-anoxiques avec l\u00e9sions structurelles \u00e9tendues, incitant la recherche actuelle \u00e0 explorer de nouvelles cibles de stimulation au sein du cervelet ou des noyaux thalamiques associatifs.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Sur le plan psychosocial, l&rsquo;ath\u00e9tose expose les personnes qui en sont atteintes \u00e0 des pr\u00e9jug\u00e9s d&rsquo;une violence singuli\u00e8re, intimement li\u00e9s \u00e0 la nature visible et spectaculaire du trouble.<\/p>\n<p>En raison des contorsions faciales permanentes, des grimaces involontaires, de la salivation difficilement contr\u00f4l\u00e9e et d&rsquo;une dysarthrie profonde alt\u00e9rant le d\u00e9bit de la parole, les personnes ath\u00e9tosiques ont historiquement \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9es, \u00e0 tort, porteuses de d\u00e9ficits intellectuels massifs. Cette assimilation erron\u00e9e de la dyskin\u00e9mie motrice \u00e0 une arri\u00e9ration mentale a conduit, tout au long des XIXe et XXe si\u00e8cles, \u00e0 l&rsquo;institutionnalisation syst\u00e9matique et \u00e0 l&rsquo;isolement \u00e9ducatif de personnes dot\u00e9es de fonctions cognitives, cr\u00e9atives et analytiques parfaitement pr\u00e9serv\u00e9es.<\/p>\n<p>Le cas embl\u00e9matique de l&rsquo;\u00e9crivain et peintre irlandais Christy Brown, immortalis\u00e9 dans son autobiographie <em>My Left Foot<\/em>, a constitu\u00e9 un tournant majeur dans la prise de conscience collective occidentale. Atteint d&rsquo;une forme s\u00e9v\u00e8re de paralysie c\u00e9r\u00e9brale ath\u00e9tosique, incapable de parler ou de se d\u00e9placer, Brown parvint \u00e0 s&rsquo;exprimer et \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler son g\u00e9nie litt\u00e9raire en apprenant \u00e0 peindre et \u00e0 dactylographier \u00e0 l&rsquo;aide des orteils de son pied gauche, seul segment corporel qu&rsquo;il parvenait \u00e0 discipliner.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s contemporaines, l&rsquo;int\u00e9gration des personnes ath\u00e9tosiques reste tributaire de l&rsquo;accessibilit\u00e9 aux aides technologiques et de la d\u00e9construction des repr\u00e9sentations soci\u00e9tales du corps valide. Le regard port\u00e9 sur ces corps en perp\u00e9tuel mouvement oscille encore trop souvent entre l&rsquo;inconfort social, la piti\u00e9 condescendante et le rejet, soulignant l&rsquo;imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;une \u00e9ducation inclusive et d&rsquo;une valorisation des mod\u00e8les de communication non verbale alternatifs.<\/p>\n<h3>13. Controverses, d\u00e9bats et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>Le statut nosologique de l&rsquo;ath\u00e9tose fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats au sein de la communaut\u00e9 internationale des sp\u00e9cialistes des troubles du mouvement (<em>Movement Disorders Society<\/em>).<\/p>\n<p>La controverse principale porte sur la l\u00e9gitimit\u00e9 m\u00eame de maintenir le terme \u00ab ath\u00e9tose \u00bb comme une entit\u00e9 diagnostique autonome. Nombre de neurologues contemporains soutiennent que l&rsquo;ath\u00e9tose ne constitue pas un m\u00e9canisme moteur singulier, mais repr\u00e9sente simplement une forme interm\u00e9diaire ou une \u00ab dystonie mobile \u00bb (<em>mobile dystonia<\/em>), c&rsquo;est-\u00e0-dire une dystonie dont les attitudes posturales se succ\u00e8dent sans temps d&rsquo;arr\u00eat. D&rsquo;autres auteurs la classent comme une chor\u00e9e \u00e0 basse fr\u00e9quence cin\u00e9tique. Cette divergence terminologique cr\u00e9e parfois des ambigu\u00eft\u00e9s dans les protocoles d&rsquo;essais cliniques, o\u00f9 les cohortes m\u00e9langent sous l&rsquo;\u00e9tiquette de \u00ab dyskin\u00e9sies \u00bb des manifestations chor\u00e9iques, dystoniques et ath\u00e9tosiques sans distinction fine.<\/p>\n<p>Un autre point de d\u00e9bat r\u00e9side dans la s\u00e9paration s\u00e9miologique entre ath\u00e9tose et pseudo-ath\u00e9tose. Si l&rsquo;observation superficielle peut sugg\u00e9rer une parent\u00e9 \u00e9troite, leur nature est radicalement diff\u00e9rente : l&rsquo;une est un probl\u00e8me de r\u00e9gulation centrale motrice sous-corticale (eff\u00e9rente), l&rsquo;autre une perte pure du guidage sensoriel spatial (aff\u00e9rente). L&rsquo;utilisation indiff\u00e9renci\u00e9e de ces termes en pratique clinique non sp\u00e9cialis\u00e9e conduit encore \u00e0 des retards diagnostiques regrettables, retardant la d\u00e9compression d&rsquo;une moelle \u00e9pini\u00e8re au profit d&rsquo;investigations enc\u00e9phaliques inutiles.<\/p>\n<p>Enfin, la place de la chirurgie l\u00e9sionnelle historique (thalamotomie, pallidotomie) face \u00e0 la stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde r\u00e9versible reste discut\u00e9e dans les pays aux ressources m\u00e9dicales restreintes, o\u00f9 le co\u00fbt prohibitif et l&rsquo;expertise technique n\u00e9cessaires \u00e0 l&rsquo;entretien de la neurostimulation ne permettent pas son d\u00e9ploiement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 aupr\u00e8s des populations vuln\u00e9rables.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>La reconnaissance pr\u00e9cise de l&rsquo;ath\u00e9tose exige une distinction s\u00e9miologique rigoureuse avec les autres mouvements anormaux hyperkin\u00e9tiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Chor\u00e9e :<\/strong> Se distingue de l&rsquo;ath\u00e9tose par la bri\u00e8vet\u00e9, la soudainet\u00e9 et l&rsquo;impr\u00e9visibilit\u00e9 de ses mouvements. Alors que l&rsquo;ath\u00e9tose est lente, fluide et sinueuse, la chor\u00e9e est explosive, fragment\u00e9e, sautillante et migre de fa\u00e7on erratique d&rsquo;un segment corporel \u00e0 un autre.<\/li>\n<li><strong>Dystonie :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9e par des contractions musculaires soutenues provoquant des torsions posturales prolong\u00e9es et des attitudes anormales fix\u00e9es. L&rsquo;ath\u00e9tose est un flux dynamique continu qui ne se fige presque jamais en une posture stable.<\/li>\n<li><strong>Ballisme (ou h\u00e9miballisme) :<\/strong> Mouvement involontaire de grande amplitude, unilat\u00e9ral, violent et projectif, pr\u00e9dominant aux racines des membres (\u00e9paules, hanches), cons\u00e9cutif \u00e0 une l\u00e9sion aigu\u00eb du noyau sous-thalamique de Luys. L&rsquo;ath\u00e9tose concerne avant tout l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 distale et se d\u00e9ploie \u00e0 vitesse mod\u00e9r\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Tremblement :<\/strong> Mouvement oscillatoire rythmique et r\u00e9gulier produit par des contractions altern\u00e9es de muscles antagonistes autour d&rsquo;un axe articulaire fixe. L&rsquo;ath\u00e9tose est fondamentalement non rythmique, asynchrone et multidirectionnelle.<\/li>\n<li><strong>Myoclonies :<\/strong> Secousses musculaires fulgurantes, br\u00e8ves, comparables \u00e0 des d\u00e9charges \u00e9lectriques, g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par le cortex, le tronc c\u00e9r\u00e9bral ou la moelle \u00e9pini\u00e8re, sans la cin\u00e9matique continue et enchev\u00eatr\u00e9e de l&rsquo;ath\u00e9tose.<\/li>\n<li><strong>Akathisie :<\/strong> Sensation subjective d&rsquo;agitation motrice int\u00e9rieure obligeant le patient \u00e0 bouger volontairement ses membres (besoin irr\u00e9pressible de pi\u00e9tiner ou de changer de position), fr\u00e9quente sous neuroleptiques, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 du caract\u00e8re involontaire pur de l&rsquo;ath\u00e9tose.<\/li>\n<li><strong>Pseudo-ath\u00e9tose :<\/strong> Mouvements ondulants lents des doigts apparaissant exclusivement lors de la privation de la vue, secondaires \u00e0 une ataxie proprioceptive s\u00e9v\u00e8re (syndrome cordonal post\u00e9rieur), absents lorsque le contr\u00f4le visuel est actif.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;ath\u00e9tose repr\u00e9sente une s\u00e9miologie motrice cardinale qui d\u00e9fie les fronti\u00e8res classiques de la posture et du mouvement. Sa compr\u00e9hension approfondie demeure indispensable \u00e0 tout clinicien et chercheur en neurosciences :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ph\u00e9nom\u00e9nologie caract\u00e9ristique :<\/strong> Succession ininterrompue de contorsions lentes, reptiformes et involontaires pr\u00e9dominant aux extr\u00e9mit\u00e9s distales des membres et \u00e0 la face.<\/li>\n<li><strong>Si\u00e8ge l\u00e9sionnel primaire :<\/strong> Dysfonctionnement structurel ou fonctionnel du striatum et du globus pallidus au sein des ganglions de la base, rompant le frein inhibiteur thalamo-cortical.<\/li>\n<li><strong>Origines \u00e9tiologiques multiples :<\/strong> Domin\u00e9es historiquement par les s\u00e9quelles d&rsquo;asphyxie p\u00e9rinatale et l&rsquo;ict\u00e8re nucl\u00e9aire, aujourd&rsquo;hui r\u00e9\u00e9valu\u00e9es \u00e0 l&rsquo;aune des d\u00e9couvertes de mutations neurog\u00e9n\u00e9tiques pr\u00e9coces (<em>ADCY5<\/em>, <em>GNAO1<\/em>).<\/li>\n<li><strong>Dualit\u00e9 intellectuelle et motrice :<\/strong> Pr\u00e9servation fr\u00e9quente des fonctions cognitives sup\u00e9rieures contrastant tragiquement avec la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des limitations motrices, d&rsquo;o\u00f9 le r\u00f4le capital de la communication alternative.<\/li>\n<li><strong>Th\u00e9rapeutique int\u00e9gr\u00e9e :<\/strong> Prise en charge multidisciplinaire imp\u00e9rative alliant am\u00e9nagements ergonomiques, pharmacologie cibl\u00e9e et neurochirurgie fonctionnelle par stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Hammond, W. A. (1871). <em>A Treatise on the Diseases of the Nervous System<\/em>. D. Appleton and Company.<\/p>\n<p>Vogt, C., &amp; Vogt, O. (1920). Zur Lehre der Erkrankungen des modernen Striatums. <em>Journal f\u00fcr Psychologie und Neurologie<\/em>, 25, 627-846.<\/p>\n<p>Sanger, T. D., Delgado, M. R., Gaebler-Spira, D., Hallett, M., &amp; Mink, J. W. (2003). Classification and definition of disorders causing hypertonia in childhood. <em>Pediatrics<\/em>, 111(1), e89-e97. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1542\/peds.111.1.e89\">https:\/\/doi.org\/10.1542\/peds.111.1.e89<\/a><\/p>\n<p>Fahn, S., Jankovic, J., &amp; Hallett, M. (2011). <em>Principles and Practice of Movement Disorders<\/em> (2e \u00e9d.). Elsevier Health Sciences.<\/p>\n<p>Monfrini, E., Straniero, L., Bonato, S., &amp; Valente, E. M. (2021). The genetic landscape of dyskinetic cerebral palsy and childhood-onset chorea-athetosis. <em>Frontiers in Neurology<\/em>, 12, 725514. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.3389\/fneur.2021.725514\">https:\/\/doi.org\/10.3389\/fneur.2021.725514<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;ath\u00e9tose est un trouble moteur hyperkin\u00e9tique involontaire caract\u00e9ris\u00e9 par des mouvements lents et reptiformes affectant les extr\u00e9mit\u00e9s et la face.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1449,46],"tags":[35204,35206,7228,31501,35205,12217,30801],"class_list":["post-21101","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie-clinique","category-neuropsychologie","tag-athetose","tag-choreoathetose","tag-ganglions-de-la-base","tag-hyperkinesie","tag-mouvements-involontaires","tag-paralysie-cerebrale","tag-semiologie-neurologique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21101","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21101\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21101"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21101"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21101"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}