{"id":21065,"date":"2026-10-25T02:19:03","date_gmt":"2026-10-25T02:19:03","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=astrocytome-tumeur-gliale-neuropsychologie"},"modified":"2026-10-25T02:19:03","modified_gmt":"2026-10-25T02:19:03","slug":"astrocytome-tumeur-gliale-neuropsychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=astrocytome-tumeur-gliale-neuropsychologie","title":{"rendered":"Astrocytome : Tumeur Gliale et Neuropsychologie"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;astrocytome repr\u00e9sente l&rsquo;une des n\u00e9oplasies intracr\u00e2niennes les plus complexes de la neuro-oncologie contemporaine, se situant au carrefour pr\u00e9cis de la neuropathologie cellulaire et de la neuropsychologie clinique. L&rsquo;apparition de cette prolif\u00e9ration astrocytaire alt\u00e8re non seulement l&rsquo;architecture c\u00e9r\u00e9brale et les r\u00e9seaux synaptiques, mais bouleverse \u00e9galement la cognition, l&rsquo;affectivit\u00e9 et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la personnalit\u00e9 du patient.<\/p>\n<h2>Astrocytome<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Un <strong>astrocytome<\/strong> est une tumeur c\u00e9r\u00e9brale primaire issue de la prolif\u00e9ration maligne ou b\u00e9nigne des astrocytes, les cellules gliales nourrici\u00e8res et structurales du syst\u00e8me nerveux central. Sur le plan neuropathologique, cette n\u00e9oplasie se caract\u00e9rise par une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 cellulaire marqu\u00e9e, une capacit\u00e9 variable d&rsquo;infiltration du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral adjacent et un gradient \u00e9volutif allant de l\u00e9sions b\u00e9nignes circonscrites \u00e0 des formes hautement invasives.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et psychiatrique, l&rsquo;astrocytome se distingue par sa propension \u00e0 d\u00e9stabiliser les r\u00e9seaux neuronaux corticaux et sous-corticaux, engendrant une constellation de d\u00e9ficits cognitifs, de fluctuations thymiques et de modifications comportementales. La s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 clinique ne d\u00e9pend pas uniquement de son grade histomol\u00e9culaire selon la classification de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Organisation_mondiale_de_la_sant%C3%A9\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">OMS<\/a>), mais \u00e9galement de sa localisation topographique au sein des r\u00e9seaux fonctionnels c\u00e9r\u00e9braux.<\/p>\n<p>Ainsi, l&rsquo;entit\u00e9 englobe un spectre \u00e9tendu de pathologies, depuis les tumeurs p\u00e9diatriques bien d\u00e9limit\u00e9es d&rsquo;\u00e9volution lente jusqu&rsquo;aux formes diffuses de l&rsquo;adulte, dont le pronostic vital et l&rsquo;impact sur la qualit\u00e9 de vie et l&rsquo;autonomie psychologique constituent un d\u00e9fi th\u00e9rapeutique majeur.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab astrocytome \u00bb puise ses racines dans le grec ancien et le lexique m\u00e9dical n\u00e9ologique du XIXe si\u00e8cle. Le premier \u00e9l\u00e9ment d\u00e9rive du grec <em>aster<\/em> (\u1f00\u03c3\u03c4\u03ae\u03c1), signifiant \u00ab \u00e9toile \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence directe \u00e0 la morphologie \u00e9toil\u00e9e caract\u00e9ristique des prolongements cytoplasmiques des astrocytes observ\u00e9s sous microscopie optique.<\/p>\n<p>Le second \u00e9l\u00e9ment morphologique provient de <em>kytos<\/em> (\u03ba\u03cd\u03c4\u03bf\u03c2), qui d\u00e9signe initialement une \u00ab cavit\u00e9 \u00bb, une \u00ab enveloppe \u00bb ou un \u00ab vase \u00bb, avant de devenir la racine universelle pour d\u00e9signer la \u00ab cellule \u00bb en biologie moderne. Enfin, le suffixe <em>-ome<\/em> d\u00e9coule du grec <em>-\u014dma<\/em> (-\u03c9\u03bc\u03b1), utilis\u00e9 traditionnellement en m\u00e9decine pour d\u00e9signer un gonflement, une tum\u00e9faction ou un processus n\u00e9oplasique.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du terme dans la nomenclature anatomopathologique moderne est attribu\u00e9e aux travaux pionniers de neuropathologistes et neurochirurgiens du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, notamment <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Harvey_Cushing\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Harvey Cushing<\/a> et Percival Bailey. Dans leur monographie fondatrice de 1926 sur la classification des gliomes, ces auteurs ont syst\u00e9matis\u00e9 l&rsquo;usage du mot pour distinguer sp\u00e9cifiquement les tumeurs d\u00e9riv\u00e9es de la lign\u00e9e astrocytaire de celles issues d&rsquo;autres sous-types gliaux ou neuronaux.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, \u00ab astrocytome \u00bb est un substantif masculin singulier. Sa transcription phon\u00e9tique normalis\u00e9e dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) est \/as.t\u0281\u0254.si.tom\/.<\/p>\n<p>Le terme s&rsquo;accorde r\u00e9guli\u00e8rement au pluriel en prenant un \u00ab s \u00bb terminal : \u00ab des astrocytomes \u00bb (\/as.t\u0281\u0254.si.tom\/). Il s&rsquo;associe couramment \u00e0 divers qualificatifs nosologiques, tels que \u00ab astrocytome pilocytaire \u00bb, \u00ab astrocytome diffus \u00bb, \u00ab astrocytome anaplasique \u00bb, ou encore \u00ab astrocytome \u00e0 cellules g\u00e9antes sub\u00e9pendymaire \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique, il est fr\u00e9quemment employ\u00e9 comme compl\u00e9ment de nom dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale francophone (\u00ab biopsie d&rsquo;un astrocytome \u00bb, \u00ab r\u00e9section d&rsquo;un astrocytome \u00bb, \u00ab cons\u00e9quences neuropsychologiques de l&rsquo;astrocytome \u00bb). Aucune variante orthographique d\u00e9su\u00e8te n&rsquo;est tol\u00e9r\u00e9e dans l&rsquo;usage clinique moderne.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;astrocytome incarne la perturbation radicale de l&rsquo;hom\u00e9ostasie c\u00e9r\u00e9brale. Les astrocytes sains accomplissent des fonctions indispensables \u00e0 la physiologie du cerveau : soutien m\u00e9tabolique des neurones par la navette lactate, recapture et recyclage des neurotransmetteurs (particuli\u00e8rement le glutamate), r\u00e9gulation de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, contr\u00f4le du flux sanguin local et modulation de la transmission synaptique via le concept de \u00ab synapse tripartite \u00bb. Lorsqu&rsquo;un astrocyte subit une transformation n\u00e9oplasique, l&rsquo;ensemble de ces cascades r\u00e9gulatrices se trouve profond\u00e9ment d\u00e9r\u00e9gul\u00e9.<\/p>\n<p>Le d\u00e9veloppement d&rsquo;un astrocytome induit des r\u00e9percussions locales et \u00e0 distance. Localement, la masse tumorale provoque une compression m\u00e9canique, un \u0153d\u00e8me vasog\u00e9nique par rupture des jonctions serr\u00e9es endoth\u00e9liales, et une isch\u00e9mie p\u00e9ril\u00e9sionnelle. \u00c0 distance, l&rsquo;infiltration microscopique diffuse d&rsquo;astrocytes tumoraux le long des faisceaux de substance blanche alt\u00e8re la connectivit\u00e9 structurelle et fonctionnelle du cerveau. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne de d\u00e9connexion fonctionnelle (diaschisis) explique pourquoi une l\u00e9sion focale peut entra\u00eener des perturbations cognitives \u00e9tendues, telles qu&rsquo;un ralentissement psychomoteur g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 ou une d\u00e9sorganisation ex\u00e9cutive.<\/p>\n<p>Sur le versant psychologique et psychiatrique, l&rsquo;astrocytome g\u00e9n\u00e8re une double charge. D&rsquo;une part, il existe une symptomatologie neurobiologique directe r\u00e9sultant de l&rsquo;atteinte des r\u00e9seaux cortico-sous-corticaux, du syst\u00e8me limbique ou des aires associatives pr\u00e9frontales, pouvant induire apathie, d\u00e9sinhibition, labilit\u00e9 \u00e9motionnelle, d\u00e9pression organique ou \u00e9pisodes psychotiques atypiques. D&rsquo;autre part, la confrontation \u00e0 un diagnostic oncologique potentiellement l\u00e9tal d\u00e9clenche une d\u00e9tresse psychologique r\u00e9active majeure, caract\u00e9ris\u00e9e par des troubles anxieux, un syndrome de stress post-traumatique li\u00e9 \u00e0 la maladie et une crise existentielle profonde.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9volution nosologique r\u00e9cente, articul\u00e9e autour des marqueurs g\u00e9n\u00e9tiques et \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques, a red\u00e9fini le paradigme de ces tumeurs. L&rsquo;astrocytome n&rsquo;est plus consid\u00e9r\u00e9 comme un bloc tumoral inerte isol\u00e9, mais comme un \u00e9cosyst\u00e8me dynamique communiquant activement avec les neurones environnants par le biais de synapses neuro-gliomateuses fonctionnelles, un ph\u00e9nom\u00e8ne aujourd&rsquo;hui central dans la discipline \u00e9mergente de la neurosciences computationnelle et de la neuro-oncologie int\u00e9grative.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension scientifique des tumeurs astrocytaires a travers\u00e9 plusieurs r\u00e9volutions paradigmatiques depuis le milieu du XIXe si\u00e8cle. Rudolf Virchow, p\u00e8re de la pathologie cellulaire, identifia pour la premi\u00e8re fois la glie en 1858 comme une substance interstitielle amorphe (\u00ab Nervenkitt \u00bb) reliant les neurones, postulant que les n\u00e9oplasies non neuronales d\u00e9rivaient de ce tissu conjonctif particulier.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me \u00e9tape d\u00e9cisive s&rsquo;est d\u00e9roul\u00e9e dans les ann\u00e9es 1920 gr\u00e2ce aux travaux conjoints du chirurgien am\u00e9ricain Harvey Cushing et du neuropathologiste Percival Bailey. En utilisant les techniques d&rsquo;impr\u00e9gnation argentique perfectionn\u00e9es par l&rsquo;\u00e9cole espagnole de Santiago Ram\u00f3n y Cajal et P\u00edo del R\u00edo-Hortega, Bailey et Cushing publi\u00e8rent en 1926 leur classification histog\u00e9n\u00e9tique des gliomes, introduisant formellement le diagnostic d&rsquo;astrocytome et corr\u00e9lant le degr\u00e9 de diff\u00e9renciation cellulaire avec la survie des patients.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, James Watson Kernohan proposa un syst\u00e8me de gradation histologique num\u00e9rique en quatre stades, cherchant \u00e0 quantifier l&rsquo;anaplasie, la prolif\u00e9ration microvasculaire et la n\u00e9crose. Ce mod\u00e8le servit de fondation aux classifications successives de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 institu\u00e9es d\u00e8s 1979 par Paul Kleihues et ses collaborateurs.<\/p>\n<p>Le tournant majeur du XXIe si\u00e8cle est marqu\u00e9 par l&rsquo;av\u00e8nement de la g\u00e9nomique fonctionnelle. La d\u00e9couverte en 2008 des mutations somatiques dans les g\u00e8nes de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Isocitrate_d%C3%A9shydrog%C3%A9nase\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">isocitrate d\u00e9shydrog\u00e9nase<\/a> (IDH1 et IDH2) dans les astrocytomes diffus a boulevers\u00e9 la nosologie classique. La r\u00e9vision 2016 puis la classification OMS 2021 des tumeurs du syst\u00e8me nerveux central ont d\u00e9finitivement abandonn\u00e9 l&rsquo;approche exclusivement morphologique au profit d&rsquo;un diagnostic histomol\u00e9culaire int\u00e9gr\u00e9, s\u00e9parant radicalement les astrocytomes mutants IDH des glioblastomes de type sauvage.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>La physiopathologie des astrocytomes repose sur l&rsquo;accumulation s\u00e9quentielle d&rsquo;alt\u00e9rations g\u00e9n\u00e9tiques, \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques et m\u00e9taboliques qui conf\u00e8rent aux cellules pr\u00e9curseurs neurales ou aux astrocytes d\u00e9diff\u00e9renci\u00e9s un avantage prolif\u00e9ratif et une r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;apoptose. Le mod\u00e8le central implique l&rsquo;inactivation de g\u00e8nes suppresseurs de tumeurs cruciaux, notamment <em>TP53<\/em> et <em>ATRX<\/em>, souvent associ\u00e9s \u00e0 la mutation n\u00e9omorphe d&rsquo;<em>IDH1<\/em> (principalement au codon R132H) ou d&rsquo;<em>IDH2<\/em>.<\/p>\n<p>La mutation IDH entra\u00eene la conversion anormale de l&rsquo;alpha-c\u00e9toglutarate en un oncom\u00e9tabolite d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, le D-2-hydroxyglutarate (2-HG). L&rsquo;accumulation intracellulaire massive de 2-HG inhibe de nombreuses enzymes d\u00e9pendantes de l&rsquo;alpha-c\u00e9toglutarate, notamment les d\u00e9m\u00e9thylases des histones et les d\u00e9m\u00e9thylases de l&rsquo;ADN de la famille TET. Cette inhibition engendre un \u00e9tat d&rsquo;hyperm\u00e9thylation globale du g\u00e9nome, d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de ph\u00e9notype hyperm\u00e9thyl\u00e9 de l&rsquo;ADN des gliomes (G-CIMP), bloquant la diff\u00e9renciation terminale des cellules gliales et favorisant la tumorigen\u00e8se.<\/p>\n<p>Un autre pilier th\u00e9orique r\u00e9side dans l&rsquo;int\u00e9gration synaptique des astrocytomes. Des d\u00e9couvertes r\u00e9volutionnaires men\u00e9es par Frank Winkler, Michelle Monje et leurs coll\u00e8gues ont d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;existence de synapses glutamatergiques bona fide entre les neurones c\u00e9r\u00e9braux et les cellules d&rsquo;astrocytome. Les signaux \u00e9lectriques neuronaux stimulent directement la prolif\u00e9ration et l&rsquo;invasion tumorale via les r\u00e9cepteurs AMPA, d\u00e9montrant que l&rsquo;activit\u00e9 mentale et les r\u00e9seaux cognitifs interagissent bidirectionnellement avec la progression biologique du tissu n\u00e9oplasique.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la toxicit\u00e9 excitatrice p\u00e9ril\u00e9sionnelle joue un r\u00f4le pr\u00e9pond\u00e9rant dans la gen\u00e8se des sympt\u00f4mes neuropsychologiques et de l&rsquo;\u00e9pilepsie. Les cellules d&rsquo;astrocytome expriment de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e le transporteur d&rsquo;\u00e9change cystine\/glutamate (syst\u00e8me xc-), rejetant des quantit\u00e9s massives de glutamate dans l&rsquo;espace extracellulaire tout en pr\u00e9sentant un d\u00e9ficit d&rsquo;expression des transporteurs de recapture physiologique (EAAT2). L&rsquo;hyperglutamat\u00e9rgie r\u00e9sultante induit une excitotoxicit\u00e9 neuronale directe, d\u00e9truisant les circuits neuronaux p\u00e9ril\u00e9sionnels et provoquant une d\u00e9sinhibition \u00e9pileptog\u00e8ne.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La nosologie contemporaine de l&rsquo;OMS classe les astrocytomes en plusieurs entit\u00e9s distinctes r\u00e9parties selon leur degr\u00e9 d&rsquo;agressivit\u00e9 biologique, leur profil mol\u00e9culaire et leur pr\u00e9sentation clinique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Astrocytome pilocytaire (Grade 1 OMS) :<\/strong> Tumeur gliale p\u00e9diatrique pr\u00e9dominante, g\u00e9n\u00e9ralement bien d\u00e9limit\u00e9e, kystique avec nodule mural, localis\u00e9e pr\u00e9f\u00e9rentiellement dans le cervelet ou le chiasma optique. Caract\u00e9ris\u00e9e g\u00e9n\u00e9tiquement par des alt\u00e9rations de la voie MAPK (notamment la fusion g\u00e9nique KIAA1549-BRAF), elle poss\u00e8de un pronostic favorable apr\u00e8s r\u00e9section chirurgicale compl\u00e8te et n&rsquo;\u00e9volue pas vers l&rsquo;anaplasie.<\/li>\n<li><strong>Astrocytome pl\u00e9omorphe xanthoastrocytome (Grades 2 ou 3 OMS) :<\/strong> Tumeur rare survenant principalement chez les enfants et les jeunes adultes, souvent associ\u00e9e \u00e0 la mutation BRAF V600E et localis\u00e9e superficiellement dans les h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux avec un engagement m\u00e9ning\u00e9 fr\u00e9quent, provoquant souvent une \u00e9pilepsie r\u00e9fractaire.<\/li>\n<li><strong>Astrocytome diffus, mutant IDH (Grade 2 OMS) :<\/strong> Tumeur infiltrante de l&rsquo;adulte jeune, touchant avec pr\u00e9dilection les lobes frontaux et temporaux. Elle conserve une prolif\u00e9ration mod\u00e9r\u00e9e sans atypies nucl\u00e9aires excessives, mais poss\u00e8de une propension in\u00e9luctable \u00e0 progresser insidieusement dans le r\u00e9seau neural.<\/li>\n<li><strong>Astrocytome mutant IDH (Grade 3 OMS) :<\/strong> Forme anaplasique caract\u00e9ris\u00e9e par une activit\u00e9 mitotique accrue, une cellularit\u00e9 dense et une atypie nucl\u00e9aire prononc\u00e9e. Les d\u00e9ficits neuropsychologiques deviennent plus manifestes \u00e0 ce stade en raison de la cin\u00e9tique tumorale acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Astrocytome mutant IDH (Grade 4 OMS) :<\/strong> Entit\u00e9 red\u00e9finie en 2021 qui comprend soit les astrocytomes pr\u00e9sentant une n\u00e9crose ou une prolif\u00e9ration microvasculaire, soit ceux comportant une perte homozygote du g\u00e8ne <em>CDKN2A\/B<\/em>, ind\u00e9pendamment de l&rsquo;absence de n\u00e9crose histologique. Son agressivit\u00e9 biologique et cognitive est majeure, n\u00e9cessitant des th\u00e9rapies multimodales agressives.<\/li>\n<li><strong>Astrocytome \u00e0 cellules g\u00e9antes sub\u00e9pendymaire (SEGA, Grade 1 OMS) :<\/strong> Tumeur b\u00e9nigne se d\u00e9veloppant sur la paroi des ventricules lat\u00e9raux, quasi exclusivement rencontr\u00e9e dans le cadre de la scl\u00e9rose tub\u00e9reuse de Bourneville, m\u00e9di\u00e9e par l&rsquo;hyperactivation de la voie mTOR.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Le cas d&rsquo;un patient de 34 ans, ing\u00e9nieur informatique, illustre typiquement la pr\u00e9sentation insidieuse d&rsquo;un astrocytome diffus de grade 2 du lobe frontal gauche. Le motif initial de consultation n&rsquo;\u00e9tait pas un d\u00e9ficit moteur franc, mais un changement subtil de la personnalit\u00e9 et de l&rsquo;efficience cognitive rapport\u00e9 par son entourage : apathie progressive, perte d&rsquo;initiative cr\u00e9ative dans ses fonctions professionnelles et \u00e9pisodes d&rsquo;anomie l\u00e9g\u00e8re pris \u00e0 tort pour de la fatigue chronique d&rsquo;origine professionnelle (\u00ab burnout \u00bb). Une premi\u00e8re crise tonico-clonique inaugurale a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 \u00e0 l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) une vaste l\u00e9sion infiltrante de la substance blanche fronto-insulaire gauche sans rehaussement de contraste. L&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique pr\u00e9op\u00e9ratoire a mis en \u00e9vidence un ralentissement de la vitesse de traitement de l&rsquo;information et des alt\u00e9rations de la flexibilit\u00e9 mentale au Test des Trac\u00e9s (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Test_des_trac%C3%A9s\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Trail Making Test<\/a>), refl\u00e9tant la d\u00e9sorganisation des connexions fronto-striatales.<\/p>\n<p>Un second exemple embl\u00e9matique concerne une adolescente de 14 ans pr\u00e9sentant des c\u00e9phal\u00e9es matinales progressives, une irritabilit\u00e9 nouvelle et une baisse spectaculaire de ses performances scolaires. L&rsquo;examen a identifi\u00e9 un astrocytome pilocytaire de la fosse post\u00e9rieure (cervelet) comprimant le quatri\u00e8me ventricule et occasionnant une hydroc\u00e9phalie tri-ventriculaire obstructive. Outre le syndrome c\u00e9r\u00e9belleux moteur classique (ataxie, dysm\u00e9trie), la patiente manifestait un tableau typique de \u00ab syndrome cognitivo-affectif c\u00e9r\u00e9belleux \u00bb (syndrome de Schmahmann), caract\u00e9ris\u00e9 par un appauvrissement du langage, une r\u00e9gression affective et des difficult\u00e9s s\u00e9v\u00e8res de planification visuospatiale. La lev\u00e9e chirurgicale compl\u00e8te de la l\u00e9sion et de l&rsquo;hypertension intracr\u00e2nienne a permis une r\u00e9gression progressive mais incompl\u00e8te des troubles ex\u00e9cutifs.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me cas clinique met en lumi\u00e8re l&rsquo;\u00e9mergence brutale de sympt\u00f4mes psychiatriques inauguraux chez un homme de 58 ans sans ant\u00e9c\u00e9dents, hospitalis\u00e9 en milieu psychiatrique pour un \u00e9pisode maniaque atypique caract\u00e9ris\u00e9 par une logorrh\u00e9e incoh\u00e9rente, des achats compulsifs d\u00e9mesur\u00e9s et une agressivit\u00e9 verbale inhabituelle. L&rsquo;absence de r\u00e9ponse aux thymor\u00e9gulateurs et l&rsquo;apparition d&rsquo;un r\u00e9flexe de pr\u00e9hension unilat\u00e9ral ont motiv\u00e9 un bilan c\u00e9r\u00e9bral, d\u00e9couvrant un astrocytome anaplasique de haut grade envahissant le corps calleux et le cortex cingulaire ant\u00e9rieur bilat\u00e9ral. Ce cas rappelle l&rsquo;imp\u00e9ratif absolu d&rsquo;exclure une pathologie organique c\u00e9r\u00e9brale face \u00e0 toute symptomatologie psychiatrique d&rsquo;apparition tardive.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>Le diagnostic de l&rsquo;astrocytome repose sur une synergie rigoureuse entre l&rsquo;imagerie multimodale, l&rsquo;analyse neuropathologique mol\u00e9culaire et le bilan neuropsychologique s\u00e9riel. L&rsquo;examen de r\u00e9f\u00e9rence initial est l&rsquo;Imagerie par R\u00e9sonance Magn\u00e9tique (IRM) c\u00e9r\u00e9brale haute r\u00e9solution, comprenant des s\u00e9quences morphologiques pond\u00e9r\u00e9es en T1 (avant et apr\u00e8s injection de gadolinium), T2 et FLAIR (Fluid Attenuated Inversion Recovery). L&rsquo;astrocytome de bas grade appara\u00eet g\u00e9n\u00e9ralement en hyposignal T1, hypersignal T2\/FLAIR homog\u00e8ne sans prise de contraste, tandis que les formes de haut grade pr\u00e9sentent des rehaussements h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes annulaires entourant des foyers de n\u00e9crose centrale, accompagn\u00e9s d&rsquo;un \u0153d\u00e8me vasog\u00e9nique marqu\u00e9.<\/p>\n<p>Les s\u00e9quences fonctionnelles apportent des informations cruciales sur la physiopathologie tumorale. La spectroscopie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (SRM) met en \u00e9vidence une chute du pic de N-ac\u00e9tylaspartate (NAA, marqueur de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 neuronale) et une \u00e9l\u00e9vation marqu\u00e9e du pic de choline (refl\u00e9tant le renouvellement accru des membranes cellulaires), ainsi que la d\u00e9tection directe possible du 2-hydroxyglutarate dans les formes mut\u00e9es IDH. L&rsquo;IRM de perfusion (\u00e9valuant le volume sanguin c\u00e9r\u00e9bral relatif, rCBV) mesure la n\u00e9oangiogen\u00e8se et oriente la gradation l\u00e9sionnelle. L&rsquo;IRM fonctionnelle d&rsquo;activation (IRMf) et la tractographie par tenseur de diffusion (DTI) cartographient les rapports intimes entre la l\u00e9sion infiltrante et les faisceaux \u00e9loquents du langage (faisceau arqu\u00e9) ou de la motricit\u00e9 (faisceau pyramidal).<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique standardis\u00e9e constitue un instrument diagnostique et pronostique indispensable. R\u00e9alis\u00e9e avant toute intervention, elle objective l&rsquo;impact l\u00e9sionnel de base au moyen de batteries valid\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li>\u00c9valuation des fonctions ex\u00e9cutives et de l&rsquo;attention de travail (Test de Stroop, Trail Making Test A et B, Test de classement de cartes de Wisconsin).<\/li>\n<li>Exploration de la m\u00e9moire \u00e9pisodique verbale et visuelle (Test de rappel libre \/ rappel indic\u00e9 \u00e0 16 items de Grober et Buschke, Figure Complexe de Rey).<\/li>\n<li>Bilan approfondi du langage et de la fluence verbale phon\u00e9mique et s\u00e9mantique.<\/li>\n<li>\u00c9chelles standardis\u00e9es de mesure de la d\u00e9tresse psychologique, de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de la d\u00e9pression (Hospital Anxiety and Depression Scale &#8211; HADS, Inventaire de D\u00e9pression de Beck).<\/li>\n<li>\u00c9valuation de l&rsquo;impact fonctionnel et de la fatigue (Functional Assessment of Cancer Therapy-Brain &#8211; FACT-Br, \u00c9chelle de Fatigue Multidimensionnelle).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Enfin, le diagnostic de certitude demeure neuropathologique, reposant sur l&rsquo;analyse histologique d&rsquo;une biopsie st\u00e9r\u00e9otaxique ou d&rsquo;une pi\u00e8ce de r\u00e9section, compl\u00e9t\u00e9e imp\u00e9rativement par l&rsquo;immunohistochimie (IDH1 R132H, ATRX, p53, Ki-67) et la biologie mol\u00e9culaire (s\u00e9quen\u00e7age de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration pour <em>IDH1\/2<\/em>, analyse de la co-d\u00e9l\u00e9tion 1p\/19q par FISH ou PCR, statut mutationnel du promoteur de <em>TERT<\/em> et recherche de d\u00e9l\u00e9tions homozygotes de <em>CDKN2A\/B<\/em>).<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique et neuropsychologique<\/h3>\n<p>La prise en charge contemporaine des astrocytomes a \u00e9rig\u00e9 la pr\u00e9servation de la qualit\u00e9 de vie cognitive et psychologique au m\u00eame rang que la survie globale. Cette approche int\u00e9gr\u00e9e trouve son application la plus spectaculaire dans la chirurgie \u00e9veill\u00e9e en condition de craniotomie avec cartographie \u00e9lectrophysiologique perop\u00e9ratoire. Pionni\u00e8re dans la r\u00e9section des astrocytomes infiltrants situ\u00e9s en zones fonctionnelles \u00e9loquentes, cette technique implique une interaction continue entre le neurochirurgien et le neuropsychologue au bloc op\u00e9ratoire. Le patient, maintenu \u00e9veill\u00e9 apr\u00e8s ouverture indolore de la bo\u00eete cr\u00e2nienne, effectue des t\u00e2ches cognitives cibl\u00e9es (d\u00e9nomination d&rsquo;images, d\u00e9nomination d&rsquo;actions, t\u00e2ches de jugement s\u00e9mantique, d\u00e9tection d&rsquo;\u00e9motions faciales via le test \u00ab Reading the Mind in the Eyes \u00bb).<\/p>\n<p>La stimulation \u00e9lectrique corticale et sous-corticale directe d\u00e9sactive temporairement et r\u00e9versiblement un volume tissulaire millim\u00e9trique. Si une perturbation du langage, un blocage articulatoire ou une modification du calcul mental survient durant la stimulation d&rsquo;un point pr\u00e9cis, cette zone est consid\u00e9r\u00e9e comme non r\u00e9s\u00e9cable car indispensable au r\u00e9seau fonctionnel. Cette approche repousse les limites de la r\u00e9section oncologique maximale tout en pr\u00e9venant les s\u00e9quelles neuropsychologiques d\u00e9finitives.<\/p>\n<p>Sur le plan de la r\u00e9habilitation, la prise en charge postop\u00e9ratoire ne se limite plus \u00e0 la radiochimioth\u00e9rapie standard (protocole de Stupp ou chimioth\u00e9rapie au t\u00e9mozolomide). Elle int\u00e8gre d\u00e9sormais des programmes de rem\u00e9diation cognitive cibl\u00e9e. Ces interventions assist\u00e9es par ordinateur ou dirig\u00e9es par des th\u00e9rapeutes visent \u00e0 compenser les d\u00e9ficits d&rsquo;attention soutenue, de flexibilit\u00e9 mentale et de m\u00e9moire de travail en stimulant la plasticit\u00e9 neuronale p\u00e9ril\u00e9sionnelle et controlat\u00e9rale.<\/p>\n<p>Le suivi psycho-oncologique intervient \u00e9galement au c\u0153ur des soins de support. Les patients porteurs d&rsquo;astrocytomes, en particulier ceux dont les l\u00e9sions affectent les circuits fronto-limbiques, pr\u00e9sentent une forte incidence de troubles du contr\u00f4le des impulsions, d&rsquo;anosognosie partielle et de d\u00e9tresse morale profonde. La th\u00e9rapie d&rsquo;acceptation et d&rsquo;engagement (ACT) et les th\u00e9rapies de soutien ax\u00e9es sur l&rsquo;adaptation aux pertes fonctionnelles aident le sujet et ses proches aidants \u00e0 naviguer \u00e0 travers les incertitudes pronostiques et les fluctuations thymiques inh\u00e9rentes \u00e0 cette pathologie chronique.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche translationnelle et clinique sur les astrocytomes est particuli\u00e8rement f\u00e9conde, impuls\u00e9e par les d\u00e9couvertes de la g\u00e9nomique et de la biologie du microenvironnement tumoral. Une vaste \u00e9tude prospective men\u00e9e par l&rsquo;Organisation europ\u00e9enne pour la recherche et le traitement du cancer (EORTC 22033-26033) a compar\u00e9 la radioth\u00e9rapie initiale exclusive \u00e0 la chimioth\u00e9rapie par t\u00e9mozolomide chez les patients atteints d&rsquo;astrocytomes de bas grade, soulignant que le profil g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire (pr\u00e9sence ou absence de la mutation IDH et de la co-d\u00e9l\u00e9tion 1p\/19q) constituait un pr\u00e9dicteur de r\u00e9ponse bien plus puissant que l&rsquo;\u00e2ge du patient ou l&rsquo;\u00e9valuation histologique subjective.<\/p>\n<p>Un autre pan majeur de la recherche clinique r\u00e9cente concerne les th\u00e9rapies cibl\u00e9es dirig\u00e9es contre les enzymes mut\u00e9es. L&rsquo;essai clinique international de phase III INDIGO, publi\u00e9 par Ingo Mellinghoff et ses collaborateurs dans le <em>New England Journal of Medicine<\/em> (2023), a \u00e9valu\u00e9 le vorasid\u00e9nib, un inhibiteur pan-IDH \u00e0 double action p\u00e9n\u00e9trant la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, chez des patients porteurs d&rsquo;astrocytomes diffus de grade 2 mutants IDH r\u00e9siduels ou r\u00e9cidivants. Les r\u00e9sultats ont d\u00e9montr\u00e9 une prolongation statistiquement significative et cliniquement remarquable de la survie sans progression chez les patients trait\u00e9s par rapport au groupe placebo, retardant substantiellement le recours \u00e0 des traitements toxiques pour le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral comme la radioth\u00e9rapie c\u00e9r\u00e9brale pan-focale.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences cognitives, les investigations men\u00e9es par Hugues Duffau et son \u00e9quipe ont profond\u00e9ment remis en cause la conception localisationniste stricte de l&rsquo;organisation c\u00e9r\u00e9brale h\u00e9rit\u00e9e de Paul Broca. En observant la r\u00e9cup\u00e9ration spectaculaire de patients ayant subi une ex\u00e9r\u00e8se chirurgicale \u00e9tendue d&rsquo;astrocytomes dans des aires autrefois consid\u00e9r\u00e9es comme inamovibles, ces chercheurs ont prouv\u00e9 la plasticit\u00e9 dynamique des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux \u00e0 large \u00e9chelle. Ils ont d\u00e9montr\u00e9 empiriquement que la croissance lente d&rsquo;un astrocytome de bas grade induit une r\u00e9organisation fonctionnelle progressive vers le cortex adjacent ou l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re controlat\u00e9ral, autorisant des marges de r\u00e9section chirurgicale impensables dans le cadre d&rsquo;un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral aigu.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et psychosociales<\/h3>\n<p>La trajectoire d&rsquo;un patient atteint d&rsquo;un astrocytome est profond\u00e9ment fa\u00e7onn\u00e9e par les d\u00e9terminants socioculturels et les repr\u00e9sentations collectives de la pathologie c\u00e9r\u00e9brale et oncologique. Dans l&rsquo;imaginaire populaire, la tumeur au cerveau \u00e9voque de mani\u00e8re quasi univoque la perte de l&rsquo;identit\u00e9 personelle, la d\u00e9mence imminente et la folie. Cette charge symbolique cr\u00e9e un sentiment de stigmatisation unique qui diff\u00e9rencie radicalement l&rsquo;astrocytome des autres formes de n\u00e9oplasies visc\u00e9rales comme le cancer du poumon ou du c\u00f4lon.<\/p>\n<p>Sur le plan interculturel, l&rsquo;expression de la souffrance psychique et des d\u00e9ficits cognitifs varie substantiellement. Dans certaines soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles ou collectivistes, les manifestations comportementales secondaires \u00e0 un astrocytome frontal (d\u00e9sinhibition, apathie, agressivit\u00e9 verbale) sont parfois initialement attribu\u00e9es \u00e0 des ph\u00e9nom\u00e8nes mystiques, des crises spirituelles ou des manquements moraux graves, retardant l&rsquo;acc\u00e8s aux plateaux d&rsquo;imagerie diagnostique. De surcro\u00eet, le concept d&rsquo;autonomie d\u00e9cisionnelle lors de l&rsquo;annonce du pronostic et du consentement \u00e0 la neurochirurgie \u00e9veill\u00e9e ne s&rsquo;applique pas de mani\u00e8re uniforme : dans plusieurs contextes culturels, la famille \u00e9largie exige d&rsquo;\u00eatre d\u00e9positaire exclusive des informations m\u00e9dicales pronostiques, cherchant \u00e0 prot\u00e9ger le patient de l&rsquo;impact psychologique jug\u00e9 d\u00e9vastateur de la v\u00e9rit\u00e9 m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>L&rsquo;impact sur l&rsquo;aidant naturel, souvent d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de \u00ab fardeau invisible du proche \u00bb, est d\u00e9cupl\u00e9 dans le cas des astrocytomes. L&rsquo;aidant se retrouve confront\u00e9 \u00e0 ce que Pauline Boss appelle une \u00ab perte ambigu\u00eb \u00bb : le patient est physiquement pr\u00e9sent, mais sa personnalit\u00e9 ant\u00e9rieure, sa r\u00e9activit\u00e9 affective, ses capacit\u00e9s d&#8217;empathie et son r\u00f4le parental ou conjugal sont m\u00e9tamorphos\u00e9s par l&rsquo;infiltration tumorale fronto-temporale. Cette discordance produit des taux alarmants d&rsquo;\u00e9puisement \u00e9motionnel, de troubles d\u00e9pressifs majeurs et de d\u00e9tresse conjugale chez les partenaires de vie, n\u00e9cessitant la mise en place de structures de r\u00e9pit et de groupes de parole d\u00e9di\u00e9s en psycho-oncologie.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La classification et la prise en charge des astrocytomes demeurent le th\u00e9\u00e2tre de vifs d\u00e9bats au sein de la communaut\u00e9 m\u00e9dico-scientifique internationale. La premi\u00e8re controverse majeure concerne l&rsquo;h\u00e9g\u00e9monie croissante des crit\u00e8res diagnostiques mol\u00e9culaires impuls\u00e9e par la classification 2021 de l&rsquo;OMS. Si l&rsquo;int\u00e9gration de marqueurs comme la perte de <em>CDKN2A\/B<\/em> ou la mutation d&rsquo;<em>IDH<\/em> a indiscutablement raffin\u00e9 la pr\u00e9cision pronostique, elle pose un d\u00e9fi \u00e9thique et pratique majeur \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle mondiale. Les centres hospitaliers des pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire n&rsquo;ont souvent pas acc\u00e8s au s\u00e9quen\u00e7age g\u00e9nomique haut d\u00e9bit ni aux puces de m\u00e9thylation, cr\u00e9ant une disparit\u00e9 diagnostique b\u00e9ante o\u00f9 des tumeurs identiques sont \u00e9tiquet\u00e9es et trait\u00e9es diff\u00e9remment selon la g\u00e9ographie \u00e9conomique.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me d\u00e9bat persistant porte sur la gestion temporelle optimale des astrocytomes de bas grade (Grade 2). Pendant des d\u00e9cennies, l&rsquo;\u00e9cole attentiste a pr\u00e9conis\u00e9 la strat\u00e9gie du \u00ab wait and see \u00bb (surveillance par IRM r\u00e9p\u00e9t\u00e9es) afin de diff\u00e9rer les d\u00e9ficits neurocognitifs induits par les traitements agressifs chez des adultes jeunes par ailleurs asymptomatiques. Cette approche est aujourd&rsquo;hui vigoureusement contest\u00e9e par les partisans d&rsquo;une neurochirurgie d&rsquo;ex\u00e9r\u00e8se pr\u00e9coce et maximale, qui d\u00e9montrent que l&rsquo;attente passive favorise l&rsquo;accumulation de mutations sous-clonales et acc\u00e9l\u00e8re la transformation maligne anaplasique irr\u00e9versible.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;\u00e9valuation des effets iatrog\u00e8nes de la radioth\u00e9rapie c\u00e9r\u00e9brale repr\u00e9sente une zone de vive tension neuropsychologique. Si la radioth\u00e9rapie fractionn\u00e9e am\u00e9liore le contr\u00f4le tumoral local dans les grades 3 et 4, elle induit une leucoenc\u00e9phalopathie radiotoxique progressive et une atrophie hippocampique \u00e0 long terme. Chez les patients b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;une survie prolong\u00e9e, ces alt\u00e9rations se traduisent des ann\u00e9es plus tard par une d\u00e9t\u00e9rioration insidieuse de la m\u00e9moire d\u00e9clarative, une baisse du quotient intellectuel global et un d\u00e9clin des fonctions ex\u00e9cutives, confrontant les cliniciens \u00e0 un arbitrage \u00e9thique douloureux entre dur\u00e9e de survie et p\u00e9rennit\u00e9 de l&rsquo;appareil cognitif.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;astrocytome, il convient de le situer au sein des n\u00e9oplasies c\u00e9r\u00e9brales et de le diff\u00e9rencier rigoureusement de plusieurs entit\u00e9s fronti\u00e8res :<\/p>\n<ul>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gliome\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Gliome<\/a> :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique englobant l&rsquo;ensemble des tumeurs primitives du syst\u00e8me nerveux central issues des cellules gliales (astrocytes, oligodendrocytes, \u00e9pendymocytes). L&rsquo;astrocytome est un sous-type sp\u00e9cifique de gliome.<\/li>\n<li><strong>Oligodendrogliome :<\/strong> Tumeur gliale distincte de l&rsquo;astrocytome. Sur le plan mol\u00e9culaire strict, elle est obligatoirement d\u00e9finie par la pr\u00e9sence concomitante d&rsquo;une mutation IDH et de la co-d\u00e9l\u00e9tion des bras chromosomiques 1p et 19q (co-d\u00e9l\u00e9tion 1p\/19q). Son profil de chimiosensibilit\u00e9 est sup\u00e9rieur et son pronostic global est notablement plus favorable que celui des astrocytomes mutants IDH.<\/li>\n<li><strong>Glioblastome (IDH de type sauvage) :<\/strong> Historiquement qualifi\u00e9 d&rsquo;\u00ab astrocytome de grade IV \u00bb, le glioblastome est d\u00e9sormais class\u00e9 par l&rsquo;OMS comme une entit\u00e9 nosologique distincte, r\u00e9serv\u00e9e aux tumeurs astrocytaires diffuses agressives de l&rsquo;adulte ne pr\u00e9sentant pas de mutation IDH, mais caract\u00e9ris\u00e9es par des alt\u00e9rations d&rsquo;<em>EGFR<\/em>, la mutation du promoteur de <em>TERT<\/em> ou le gain du chromosome 7 associ\u00e9 \u00e0 la perte du chromosome 10. Son pronostic est nettement plus sombre que celui de l&rsquo;astrocytome mutant IDH de grade 4.<\/li>\n<li><strong>\u00c9pendymome :<\/strong> Tumeur d\u00e9riv\u00e9e des \u00e9pendymocytes bordant les ventricules c\u00e9r\u00e9braux et le canal central de la moelle \u00e9pini\u00e8re, se distinguant de l&rsquo;astrocytome par sa morphologie histologique en \u00ab rosettes p\u00e9rivasculaires \u00bb et sa physiopathologie distincte.<\/li>\n<li><strong>Lymphome c\u00e9r\u00e9bral primitif :<\/strong> Tumeur h\u00e9matologique du syst\u00e8me nerveux central qui peut mimer \u00e0 l&rsquo;imagerie un astrocytome de haut grade, mais dont le traitement repose sur une chimioth\u00e9rapie par m\u00e9thotrexate \u00e0 haute dose et contre-indique formellement la r\u00e9section chirurgicale d&rsquo;ex\u00e9r\u00e8se.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;astrocytome est une n\u00e9oplasie d\u00e9riv\u00e9e de la lign\u00e9e gliale astrocytaire dont la gravit\u00e9 s&rsquo;\u00e9chelonne du grade 1 p\u00e9diatrique curable chirurgicalement jusqu&rsquo;aux formes diffuses et anaplasiques de grade 4 de l&rsquo;adulte. Sa classification a connu une m\u00e9tamorphose radicale avec l&rsquo;int\u00e9gration des biomarqueurs mol\u00e9culaires, domin\u00e9e par le statut mutationnel du g\u00e8ne <em>IDH<\/em> et l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 du locus <em>CDKN2A\/B<\/em>.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, l&rsquo;astrocytome perturbe les r\u00e9seaux cortico-sous-corticaux par effet de masse local, d\u00e9connexion fonctionnelle \u00e0 distance et excitotoxicit\u00e9 glutamatergique. Il en r\u00e9sulte un spectre \u00e9tendu de troubles cognitifs (ralentissement psychomoteur, dysfonction ex\u00e9cutive, troubles phasiques) et d&rsquo;alt\u00e9rations psychiatriques (d\u00e9pression, apathie, modifications comportementales de la personnalit\u00e9).<\/p>\n<p>La prise en charge th\u00e9rapeutique exige une strat\u00e9gie interdisciplinaire hypersp\u00e9cialis\u00e9e : neurochirurgie \u00e9veill\u00e9e perop\u00e9ratoire visant une r\u00e9section supratotale \u00e9pargnant les zones fonctionnelles, th\u00e9rapies cibl\u00e9es \u00e9mergentes (inhibiteurs IDH), radiochimioth\u00e9rapie adapt\u00e9e, rem\u00e9diation neurocognitive et prise en charge psycho-oncologique holistique du patient et de ses aidants.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bailey, P., &amp; Cushing, H. (1926). <em>A classification of the tumors of the glioma group on a histogenetic basis with a correlated study of prognosis<\/em>. J. B. Lippincott Company.<\/li>\n<li>Duffau, H. (2014). Diffuse low-grade gliomas and neuroplasticity. <em>Diagnostic Histopathology<\/em>, 20(10), 389\u2013396. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.mpdhp.2014.09.006\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.mpdhp.2014.09.006<\/a><\/li>\n<li>Louis, D. N., Perry, A., Wesseling, P., Brat, D. J., Cree, I. A., Figarella-Branger, D., Hawkins, C., Ng, H. K., Pfister, S. M., Reifenberger, G., Soffietti, R., von Deimling, A., &amp; Ellison, D. W. (2021). The 2021 WHO Classification of Tumors of the Central Nervous System: A summary. <em>Neuro-Oncology<\/em>, 23(8), 1231\u20131251. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1093\/neuonc\/noab106\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1093\/neuonc\/noab106<\/a><\/li>\n<li>Mellinghoff, I. K., van den Bent, M. J., Blumenthal, D. T., Touat, M., Peters, K. B., Clarke, J., Mendez, J., Yust-Katz, S., Welsh, L., Mason, W. P., Ducray, F., Umemura, Y., Nabors, B., Holdhoff, M., Hottinger, A. F., Arakawa, Y., Sepulveda, J. M., Wick, W., Soffietti, R., \u2026 Cloughesy, T. F. (2023). Vorasidenib in IDH1- or IDH2-Mutant Low-Grade Glioma. <em>The New England Journal of Medicine<\/em>, 389(7), 589\u2013601. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMoa2304194\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMoa2304194<\/a><\/li>\n<li>Venkataramani, V., Tanev, D. I., Strahle, C., Studier-Fischer, A., Fankhauser, L., Kessler, T., K\u00f6rber, C., Kardorff, M., Ratliff, M., Xie, R., Horstmann, H., Messer, M., Paik, S. P., Knabbe, J., Sahm, F., Schmitt, F. J., von Deimling, A., Kuner, T., &amp; Winkler, F. (2019). Glutamatergic synaptic input to glioma cells drives brain tumour progression. <em>Nature<\/em>, 573(7775), 532\u2013538. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41586-019-1564-x\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41586-019-1564-x<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez notre analyse compl\u00e8te de l&rsquo;astrocytome : classification OMS, physiopathologie gliale, diagnostic et r\u00e9percussions neuropsychologiques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1045,46,321],"tags":[35122,35125,1949,35123,35124,33678,173],"class_list":["post-21065","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie","category-neuropsychologie","category-psycho-oncologie","tag-astrocytome","tag-chirurgie-eveillee","tag-fonctions-executives","tag-gliome","tag-idh1","tag-neuro-oncologie","tag-neuropsychologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21065","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21065\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21065"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21065"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21065"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}