{"id":21064,"date":"2026-10-25T02:16:03","date_gmt":"2026-10-25T02:16:03","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=astrocyte-neuropsychologie-fonctions-synaptiques"},"modified":"2026-10-25T02:16:03","modified_gmt":"2026-10-25T02:16:03","slug":"astrocyte-neuropsychologie-fonctions-synaptiques","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=astrocyte-neuropsychologie-fonctions-synaptiques","title":{"rendered":"Astrocyte : Les Architectes Silencieux du Cerveau"},"content":{"rendered":"<p>Longtemps rel\u00e9gu\u00e9s au rang de simple tissu conjonctif passif du syst\u00e8me nerveux central, les astrocytes s&rsquo;imposent aujourd&rsquo;hui comme des r\u00e9gulateurs majeurs de l&rsquo;activit\u00e9 synaptique, de la neuroplasticit\u00e9 et des fonctions cognitives complexes. Au c\u0153ur de la neuropsychologie contemporaine et des neurosciences cellulaires, ces cellules gliales \u00e9toil\u00e9es red\u00e9finissent notre compr\u00e9hension des fondements biologiques de l&rsquo;humeur, de la cognition et des pathologies mentales.<\/p>\n<h2>Astrocyte<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Un astrocyte est une cellule gliale en forme d&rsquo;\u00e9toile pr\u00e9sente dans le cerveau et la moelle \u00e9pini\u00e8re, appartenant \u00e0 la macroglie. Dot\u00e9 de prolongements ramifi\u00e9s s&rsquo;\u00e9tendant vers les neurones et les capillaires sanguins, il assure des fonctions hom\u00e9ostatiques, m\u00e9taboliques, structurales et r\u00e9gulatrices indispensables \u00e0 l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 et au fonctionnement du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et physiologique, l&rsquo;astrocyte participe activement \u00e0 la recapture et au m\u00e9tabolisme des neurotransmetteurs, au maintien de l&rsquo;\u00e9quilibre ionique extracellulaire, \u00e0 la formation de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, ainsi qu&rsquo;\u00e0 la modulation fine de la transmission synaptique via le concept fondamental de synapse tripartite. Loin d&rsquo;\u00eatre de simples observateurs m\u00e9caniques, les astrocytes \u00e9mettent des signaux chimiques calciques et s\u00e9cr\u00e8tent des gliotransmetteurs qui influencent directement la m\u00e9moire, l&rsquo;apprentissage et les r\u00e9ponses \u00e9motionnelles.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le terme <strong>astrocyte<\/strong> tire ses origines du grec ancien <em>\u1f04\u03c3\u03c4\u03c1\u03bf\u03bd<\/em> (<em>astron<\/em>), qui signifie \u00ab astre \u00bb ou \u00ab \u00e9toile \u00bb, et de <em>\u03ba\u03cd\u03c4\u03bf\u03c2<\/em> (<em>kytos<\/em>), qui d\u00e9signe la \u00ab cellule \u00bb ou l&rsquo;\u00ab enveloppe creuse \u00bb. Litt\u00e9ralement, il se traduit donc par \u00ab cellule en forme d&rsquo;\u00e9toile \u00bb ou \u00ab cellule stellaire \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence directe \u00e0 son anatomie morphologique singuli\u00e8re observ\u00e9e sous microscope.<\/p>\n<p>Le mot a \u00e9t\u00e9 introduit dans la nomenclature histologique et neuroanatomique par l&rsquo;anatomiste hongrois Michael von Lenhoss\u00e9k en 1895, afin d&rsquo;individualiser ces cellules gliales particuli\u00e8res au sein du tissu conjonctif nerveux que Rudolf Virchow avait initialement baptis\u00e9 <em>Nervenkitt<\/em> (neuroglie ou \u00ab colle nerveuse \u00bb) en 1858. L&rsquo;adoption de ce terme a marqu\u00e9 une \u00e9tape d\u00e9cisive dans la reconnaissance de la diversit\u00e9 morphologique et de la sp\u00e9cialisation des \u00e9l\u00e9ments non neuronaux de l&rsquo;enc\u00e9phale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, le vocable <strong>astrocyte<\/strong> est un substantif masculin singulier. Sa transcription phon\u00e9tique normalis\u00e9e dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) est <strong>\/as.t\u0281\u0254.sit\/<\/strong>. Son pluriel s&rsquo;\u00e9crit r\u00e9guli\u00e8rement <strong>astrocytes<\/strong> et conserve la m\u00eame prononciation phon\u00e9tique \/as.t\u0281\u0254.sit\/.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique et clinique, l&#8217;emploi adjectival se d\u00e9cline principalement sous les formes <em>astrocytaire<\/em> (masculin et f\u00e9minin singulier, e.g., \u00ab r\u00e9activit\u00e9 astrocytaire \u00bb, \u00ab r\u00e9seau astrocytaire \u00bb) et <em>astrocytaires<\/em> au pluriel. On rencontre \u00e9galement des termes d\u00e9riv\u00e9s d\u00e9signant des processus physiopathologiques ou tumoraux, tels que l&rsquo;<em>astrogliose<\/em> (r\u00e9action morphologique et fonctionnelle des astrocytes face \u00e0 une l\u00e9sion ou une inflammation) ou l&rsquo;<em>astrocytome<\/em> (n\u00e9oplasie issue de la lign\u00e9e astrocytaire).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pendant plus d&rsquo;un si\u00e8cle, la doctrine neuronale formul\u00e9e par Santiago Ram\u00f3n y Cajal a concentr\u00e9 l&rsquo;attention des chercheurs sur les neurones en tant qu&rsquo;uniques d\u00e9positaires de l&rsquo;excitabilit\u00e9, du traitement computationnel de l&rsquo;information et du substrat de l&rsquo;esprit humain. Les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cellule_gliale\">cellules gliales<\/a>, repr\u00e9sentant pourtant une proportion comparable voire sup\u00e9rieure en nombre dans le cortex humain, n&rsquo;\u00e9taient appr\u00e9hend\u00e9es que comme une matrice de soutien m\u00e9canique et m\u00e9tabolique passive. Le changement de paradigme moderne a totalement renvers\u00e9 cette perspective m\u00e9caniste : les astrocytes sont aujourd&rsquo;hui reconnus comme des partenaires computationnels indispensables des neurones.<\/p>\n<p>Sur le plan cytoarchitectural, chaque astrocyte d\u00e9ploie un nombre incalculable de micro-domaines ou d&rsquo;arborisations ultrafines appel\u00e9es \u00ab papilles \u00bb ou prolongements p\u00e9risynaptiques astrocytaires (PAPs). Ces structures enveloppent litt\u00e9ralement les boutons pr\u00e9synaptiques et les \u00e9pines post-synaptiques, formant une gaine protectrice et r\u00e9gulatrice. Un unique astrocyte du cortex c\u00e9r\u00e9bral humain peut envelopper et contr\u00f4ler jusqu&rsquo;\u00e0 deux millions de synapses simultan\u00e9ment. Parall\u00e8lement, d&rsquo;autres prolongements sp\u00e9cialis\u00e9s, nomm\u00e9s pieds vasculaires (<em>end-feet<\/em>), tapissent la surface externe des microvaisseaux c\u00e9r\u00e9braux pour constituer une composante fonctionnelle d\u00e9terminante de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Barri%C3%A8re_h%C3%A9mato-enc%C3%A9phalique\">barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique<\/a>, couplant ainsi directement l&rsquo;activit\u00e9 synaptique locale au d\u00e9bit sanguin c\u00e9r\u00e9bral via le couplage neurovasculaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;astrocyte contr\u00f4le rigoureusement le microenvironnement du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. Lors d&rsquo;une d\u00e9polarisation neuronale r\u00e9p\u00e9t\u00e9e, des ions potassium (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"K^+\">$K^+$<\/span>) s&rsquo;accumulent dans la fente extracellulaire ; si cette accumulation n&rsquo;\u00e9tait pas endigu\u00e9e, elle provoquerait une hyperexcitabilit\u00e9 neuronale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e conduisant \u00e0 des d\u00e9charges \u00e9pileptiformes. L&rsquo;astrocyte absorbe ces exc\u00e8s de potassium gr\u00e2ce \u00e0 des canaux ioniques sp\u00e9cialis\u00e9s (notamment Kir4.1) et les redistribue \u00e0 travers un syncytium glial interconnect\u00e9 par des jonctions communicantes (<em>gap junctions<\/em>) form\u00e9es de connexines 43 et 30. En outre, il recycle continuellement le glutamate, principal neurotransmetteur excitateur potentiellement neurotoxique \u00e0 haute dose, via les transporteurs GLT-1 (EAAT2) et GLAST (EAAT1), convertissant le glutamate en glutamine non toxique par l&rsquo;interm\u00e9diaire de l&rsquo;enzyme glutamine synth\u00e9tase avant de la r\u00e9troc\u00e9der aux neurones.<\/p>\n<p>L&rsquo;un des piliers de la recherche neuropsychologique r\u00e9side dans le concept de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Synapse_tripartite\">synapse tripartite<\/a>. Cette th\u00e9orie stipule que la transmission de l&rsquo;information synaptique ne r\u00e9sulte pas seulement d&rsquo;un dialogue binaire entre l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment pr\u00e9synaptique et l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment post-synaptique, mais d&rsquo;une interaction tripartite int\u00e9grant les prolongements astrocytaires adjacents. L&rsquo;astrocyte exprime une panoplie exhaustive de r\u00e9cepteurs m\u00e9tabotropiques sensibles aux neurotransmetteurs (glutamate, GABA, noradr\u00e9naline, s\u00e9rotonine, dopamine, ac\u00e9tylcholine, ATP). Lorsqu&rsquo;il est stimul\u00e9, il d\u00e9clenche des vagues calciques intracellulaires complexes m\u00e9di\u00e9es par l&rsquo;inositol trisphosphate (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"IP_3\">$IP_3$<\/span>). En r\u00e9ponse \u00e0 ces oscillations calciques, l&rsquo;astrocyte s\u00e9cr\u00e8te activement des gliotransmetteurs (D-s\u00e9rine, glutamate, ATP\/ad\u00e9nosine, TNF-alpha) qui modulent en retour la probabilit\u00e9 de lib\u00e9ration pr\u00e9synaptique et la r\u00e9ceptivit\u00e9 post-synaptique, orchestrant ainsi la dynamique temporelle des circuits neuronaux.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La trajectoire scientifique de l&rsquo;astrocyte s&rsquo;\u00e9tend sur plus d&rsquo;un si\u00e8cle et demi d&rsquo;innovations histologiques et d&rsquo;\u00e9volutions \u00e9pist\u00e9mologiques majeures :<\/p>\n<p><strong>1858 : La d\u00e9couverte de la neuroglie par Rudolf Virchow.<\/strong> Le pathologiste allemand Rudolf Virchow identifie pour la premi\u00e8re fois une substance interstitielle non cellulaire reliant les neurones, qu&rsquo;il nomme \u00ab neuroglie \u00bb (colle nerveuse). Il lui attribue un r\u00f4le exclusivement structural, assimilable au stroma du tissu conjonctif des organes p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<p><strong>1865-1895 : Caract\u00e9risation morphologique et d\u00e9signation.<\/strong> Otto Deiters r\u00e9alise les premi\u00e8res esquisses d\u00e9taill\u00e9es de cellules \u00e9toil\u00e9es d\u00e9pourvues d&rsquo;axone. Plus tard, Camillo Golgi perfectionne la coloration \u00e0 l&rsquo;impr\u00e9gnation argentique (\u00ab r\u00e9action noire \u00bb), r\u00e9v\u00e9lant l&rsquo;extraordinaire arborescence de ces cellules et leurs contacts \u00e9troits avec les vaisseaux sanguins. En 1895, Michael von Lenhoss\u00e9k introduit formellement le vocable \u00ab astrocyte \u00bb pour cat\u00e9goriser ces entit\u00e9s au profil stellaire distinct.<\/p>\n<p><strong>1909-1913 : Les intuitions de Ram\u00f3n y Cajal et de R\u00edo-Hortega.<\/strong> Santiago Ram\u00f3n y Cajal met au point la m\u00e9thode au formol-sublim\u00e9 d&rsquo;or, permettant de distinguer avec une pr\u00e9cision in\u00e9gal\u00e9e les astrocytes fibreux et protoplasmiques. Cajal postule d\u00e9j\u00e0 que les astrocytes pourraient r\u00e9guler le sommeil ou la conduction nerveuse en interposant leurs prolongements dans les fentes synaptiques. Parall\u00e8lement, son \u00e9l\u00e8ve P\u00edo del R\u00edo-Hortega s\u00e9pare d\u00e9finitivement la microglie et les oligodendrocytes des astrocytes, \u00e9tablissant les bases de la classification gliale moderne.<\/p>\n<p><strong>Ann\u00e9es 1960-1980 : L&rsquo;\u00e8re m\u00e9tabolique et ionique.<\/strong> Stephen Kuffler et ses coll\u00e8gues d\u00e9montrent exp\u00e9rimentalement que les cellules gliales poss\u00e8dent un potentiel de membrane au repos d\u00e9pendant du potassium et qu&rsquo;elles sont capables d&rsquo;\u00e9ponger le potassium extracellulaire g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;activit\u00e9 neuronale. C&rsquo;est \u00e9galement durant cette \u00e8re que la d\u00e9couverte de la prot\u00e9ine acide fibrillaire gliale (GFAP) par Lawrence Eng en 1971 fournit le premier marqueur mol\u00e9culaire et immunohistochimique sp\u00e9cifique pour cartographier les astrocytes.<\/p>\n<p><strong>Ann\u00e9es 1990 \u00e0 nos jours : L&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;astrocyte actif et de la synapse tripartite.<\/strong> L&rsquo;apparition de l&rsquo;imagerie calcique biphotonique et des techniques d&rsquo;\u00e9lectrophysiologie sur patch-clamp a mis en lumi\u00e8re l&rsquo;excitabilit\u00e9 non \u00e9lectrique des astrocytes. Les travaux pr\u00e9curseurs d&rsquo;Ann H. Cornell-Bell en 1990, d\u00e9montrant des vagues d&rsquo;ions calcium intercellulaires propag\u00e9es entre astrocytes, suivis des publications s\u00e9minales d&rsquo;Alfonso Araque, Philip G. Haydon et Andrea Volterra \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990, ont formalis\u00e9 le concept r\u00e9volutionnaire de la \u00ab synapse tripartite \u00bb, repositionnant l&rsquo;astrocyte au sommet des recherches sur la m\u00e9moire, l&rsquo;humeur et la pathogen\u00e8se neuropsychiatrique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Sur le plan th\u00e9orique, la compr\u00e9hension moderne des astrocytes repose sur trois grands corpus conceptuels qui structurent la neuropsychologie et les neurosciences computationnelles contemporaines :<\/p>\n<p>Le premier paradigme est la <strong>th\u00e9orie du couplage m\u00e9tabolique et \u00e9nerg\u00e9tique astrocyte-neurone (ANLS, ou <em>Astrocyte-Neuron Lactate Shuttle<\/em>)<\/strong> formul\u00e9e par Luc Pellerin et Pierre Magistretti en 1994. Selon ce cadre th\u00e9orique, l&rsquo;activit\u00e9 synaptique glutamatergique d\u00e9clenche l&rsquo;importation de glucose sanguin par les pieds astrocytaires via les transporteurs GLUT1. Ce glucose est converti en lactate par glycolyse a\u00e9robie au sein de l&rsquo;astrocyte, puis export\u00e9 vers les neurones via les transporteurs de monocarboxylates (MCT). Le lactate sert alors de carburant pr\u00e9f\u00e9rentiel et rapide aux mitochondries neuronales lors des phases de haute demande cognitive, conditionnant directement la consolidation mn\u00e9sique.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me cadre th\u00e9orique majeur est celui de la <strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Plasticit%C3%A9_synaptique\">plasticit\u00e9 synaptique<\/a> m\u00e9taplasticitaire r\u00e9gul\u00e9e par la glie<\/strong>. Cette th\u00e9orie postule que les astrocytes modifient le seuil d&rsquo;induction de la potentialisation \u00e0 long terme (LTP) et de la d\u00e9pression \u00e0 long terme (LTD), substrats cellulaires de l&rsquo;apprentissage. Les astrocytes sont en effet la source quasi exclusive de D-s\u00e9rine dans le cortex et l&rsquo;hippocampe, un co-agoniste obligatoire des r\u00e9cepteurs NMDA post-synaptiques. Sans la lib\u00e9ration contr\u00f4l\u00e9e de D-s\u00e9rine par l&rsquo;astrocyte, les r\u00e9cepteurs NMDA restent inertes face au glutamate, inhibant tout ancrage mn\u00e9sique synaptique durable.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me mod\u00e8le th\u00e9orique rel\u00e8ve de la <strong>neuro-computation distribu\u00e9e et du mod\u00e8le syncytial<\/strong>. Contrairement aux r\u00e9seaux neuronaux r\u00e9gis par des potentiels d&rsquo;action binaires rapides (\u00e9chelle de la milliseconde), le syncytium astrocytaire op\u00e8re sur une \u00e9chelle temporelle lente (de la seconde \u00e0 la minute) par propagation d&rsquo;ondes calciques et de seconds messagers chimiques intercellulaires m\u00e9di\u00e9s par les jonctions communicantes. Ce r\u00e9seau glial agit comme un int\u00e9grateur spatial et temporel d&rsquo;ordre sup\u00e9rieur, assurant une r\u00e9gulation m\u00e9tamodulatrice qui synchronise de vastes assembl\u00e9es neuronales et stabilise l&rsquo;\u00e9tat des r\u00e9seaux corticaux globaux.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La population astrocytaire n&rsquo;est pas monolithique ; elle pr\u00e9sente une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 spatiale, morphologique et fonctionnelle majeure :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Astrocytes protoplasmiques :<\/strong> Pr\u00e9dominants dans la substance grise c\u00e9r\u00e9brale, ils se caract\u00e9risent par un corps cellulaire globuleux et une myriade de prolongements courts, extr\u00eamement denses et ramifi\u00e9s enveloppant des milliers de contacts synaptiques et de parois capillaires.<\/li>\n<li><strong>Astrocytes fibreux :<\/strong> Situ\u00e9s principalement dans la substance blanche, ils exhibent des prolongements longs, lisses, rectilignes et peu ramifi\u00e9s, riches en filaments interm\u00e9diaires de GFAP, s&rsquo;alignant parall\u00e8lement aux faisceaux d&rsquo;axones my\u00e9linis\u00e9s pour soutenir le transport axoplasmique et les n\u0153uds de Ranvier.<\/li>\n<li><strong>Cellules gliales de Bergmann :<\/strong> Astrocytes sp\u00e9cialis\u00e9s du cortex c\u00e9r\u00e9belleux, dont les prolongements radiaires guident la migration d\u00e9veloppementale des cellules granulaires et r\u00e9gulent \u00e9troitement les \u00e9pines synaptiques des cellules de Purkinje.<\/li>\n<li><strong>Glie radiaire :<\/strong> Pr\u00e9sente principalement durant le neurod\u00e9veloppement embryonnaire (et r\u00e9siduelle dans certaines niches neurog\u00e9niques adultes), elle sert de matrice et de guide physique indispensable \u00e0 la migration des neurones n\u00e9oform\u00e9s vers leurs couches corticales cibles.<\/li>\n<li><strong>Astrocytes interlaminaires et astrocytes polaris\u00e9s :<\/strong> Morphologies sp\u00e9cifiquement observ\u00e9es et hautement d\u00e9velopp\u00e9es chez les primates sup\u00e9rieurs et l&rsquo;\u00eatre humain, s&rsquo;\u00e9tendant \u00e0 travers plusieurs couches corticales pour orchestrer une connectivit\u00e9 inter-laminaire complexe li\u00e9e \u00e0 des fonctions cognitives avanc\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Astrocytes r\u00e9actifs (pan-r\u00e9activit\u00e9, A1 neurotoxique et A2 neuroprotecteur) :<\/strong> \u00c9tats ph\u00e9notypiques dynamiques adopt\u00e9s en r\u00e9ponse aux agressions c\u00e9r\u00e9brales, caract\u00e9ris\u00e9s par une hypertrophie cellulaire, une surexpression de GFAP et la modulation de facteurs trophiques ou pro-inflammatoires.<\/li>\n<li><strong>Domaines territoriaux non chevauchants :<\/strong> Propri\u00e9t\u00e9 architecturale fondamentale selon laquelle les astrocytes protoplasmiques occupent des volumes anatomiques individuels contigus avec un chevauchement minimal de leurs bordures p\u00e9riph\u00e9riques, formant une mosa\u00efque carrel\u00e9e continue \u00e0 travers le cortex.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer concr\u00e8tement le r\u00f4le des astrocytes dans le comportement et la cognition, examinons plusieurs situations exp\u00e9rimentales et pathologiques probantes :<\/p>\n<p><strong>Le paradigme de l&rsquo;amn\u00e9sie induite par ablation de D-s\u00e9rine astrocytaire :<\/strong> Dans des mod\u00e8les murins transg\u00e9niques o\u00f9 l&rsquo;on inhibe sp\u00e9cifiquement la capacit\u00e9 des astrocytes de l&rsquo;hippocampe \u00e0 synth\u00e9tiser ou lib\u00e9rer la D-s\u00e9rine, les animaux pr\u00e9sentent des neurones structurellement intacts et des potentiels d&rsquo;action normaux. Cependant, ils s&rsquo;av\u00e8rent totalement incapables d&rsquo;effectuer un apprentissage spatial dans le labyrinthe aquatique de Morris ou d&rsquo;exprimer une m\u00e9moire de peur conditionn\u00e9e. L&rsquo;adjonction exog\u00e8ne de D-s\u00e9rine restaure instantan\u00e9ment la plasticit\u00e9 synaptique et la capacit\u00e9 d&rsquo;apprentissage, d\u00e9montrant que la m\u00e9moire d\u00e9clarative requiert obligatoirement le signal astrocytaire.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;\u00e9puisement glio-\u00e9nerg\u00e9tique dans le trouble d\u00e9pressif majeur :<\/strong> Les analyses post-mortem de patients ayant souffert de d\u00e9pression majeure caract\u00e9ris\u00e9e r\u00e9v\u00e8lent une diminution marqu\u00e9e et sp\u00e9cifique de la densit\u00e9 des astrocytes dans le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et l&rsquo;amygdale, tandis que le nombre absolu de neurones reste souvent inchang\u00e9. L&rsquo;incapacit\u00e9 des astrocytes r\u00e9siduels \u00e0 recapturer le glutamate entra\u00eene une excitotoxicit\u00e9 mod\u00e9r\u00e9e mais chronique, un effondrement du soutien trophique par le BDNF et une atrophie progressive des \u00e9pines dendritiques neuronales, se traduisant cliniquement par un \u00e9moussement affectif, une anh\u00e9donie et des d\u00e9ficits ex\u00e9cutifs marqu\u00e9s.<\/p>\n<p><strong>La greffe d&rsquo;astrocytes humains chez la souris et le gain de fonction cognitive :<\/strong> Dans une c\u00e9l\u00e8bre exp\u00e9rience men\u00e9e par l&rsquo;\u00e9quipe de Steven Goldman et Maiken Nedergaard, des cellules prog\u00e9nitrices astrocytaires humaines ont \u00e9t\u00e9 greff\u00e9es dans le cerveau de souris n\u00e9onatales chim\u00e9riques. \u00c0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, les astrocytes d&rsquo;origine humaine ont conserv\u00e9 leurs caract\u00e9ristiques morphologiques gigantesques et leur vitesse accrue de conduction des signaux calciques. Les souris h\u00f4tes ont d\u00e9montr\u00e9 une potentialisation \u00e0 long terme hippocampique quadrupl\u00e9e et des scores d&rsquo;apprentissage de navigation spatiale, de reconnaissance d&rsquo;objets et de conditionnement contextuel spectaculairement sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux de leurs cong\u00e9n\u00e8res non greff\u00e9es, prouvant la contribution intrins\u00e8que de la biologie astrocytaire \u00e0 la puissance computationnelle de l&rsquo;intellect.<\/p>\n<h3>9. Mesure, d\u00e9tection et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude structurelle et fonctionnelle des astrocytes mobilise un arsenal technologique interdisciplinaire \u00e0 la pointe de l&rsquo;imagerie et de la biologie mol\u00e9culaire :<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>immunohistochimie et l&rsquo;immunofluorescence<\/strong> constituent les approches de r\u00e9f\u00e9rence classiques. Elles exploitent des anticorps dirig\u00e9s contre des marqueurs prot\u00e9iques s\u00e9lectifs : la <em>GFAP<\/em> (prot\u00e9ine acide fibrillaire gliale), bien que variable selon le niveau de r\u00e9activit\u00e9 ; la prot\u00e9ine <em>S100B<\/em>, marqueur cytosolique des astrocytes matures ; le transporteur <em>GLT-1\/EAAT2<\/em> et l&rsquo;enzyme <em>glutamine synth\u00e9tase<\/em> ; ainsi que le marqueur cytosolique <em>ALDH1L1<\/em>, consid\u00e9r\u00e9 comme le traceur pan-astrocytaire le plus exhaustif et impartial.<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>imagerie calcique in vivo \u00e0 deux photons<\/strong> combin\u00e9e \u00e0 des sondes g\u00e9n\u00e9tiquement encod\u00e9es (telles que GCaMP6\/GCaMP8 cibl\u00e9es sous le promoteur glial GfaABC1D) permet de visualiser en temps r\u00e9el les micro-domaines calciques dans le cerveau \u00e9veill\u00e9 de mod\u00e8les animaux. Cette m\u00e9thode met en \u00e9vidence l&rsquo;activit\u00e9 dynamique des terminaisons astrocytaires lors de t\u00e2ches cognitives ou sensorielles avec une r\u00e9solution spatiale submicronique.<\/p>\n<p>En recherche translationnelle et clinique humaine, des biomarqueurs astrocytaires sont d\u00e9sormais mesur\u00e9s dans le liquide c\u00e9phalorachidien (LCR) et le s\u00e9rum par des techniques ultra-sensibles (Single Molecule Array, Simoa). Une \u00e9l\u00e9vation de la GFAP plasmatique est aujourd&rsquo;hui valid\u00e9e comme un biomarqueur pr\u00e9coce ultra-pr\u00e9cis de l&rsquo;astrogliose r\u00e9active pr\u00e9c\u00e9dant les d\u00e9p\u00f4ts de plaques amylo\u00efdes dans la maladie d&rsquo;Alzheimer, ainsi que d&rsquo;\u00e9valuation des commotions c\u00e9r\u00e9brales et traumatismes cr\u00e2niens l\u00e9gers. En imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle, la <strong>spectroscopie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (SRM-1H)<\/strong> permet de quantifier in vivo le taux de <em>myo-inositol<\/em>, consid\u00e9r\u00e9 comme un marqueur m\u00e9tabolique direct de la prolif\u00e9ration et de la taille astrocytaire dans divers troubles psychiatriques et neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La r\u00e9\u00e9valuation scientifique des astrocytes ouvre des horizons d&rsquo;application prometteurs en neurologie, psychiatrie et psychopharmacologie :<\/p>\n<p><strong>D\u00e9veloppement de psychotropes novateurs ciblant la glie :<\/strong> La compr\u00e9hension du r\u00f4le astrocytaire dans le recyclage du glutamate a transform\u00e9 les strat\u00e9gies th\u00e9rapeutiques contre les d\u00e9pressions r\u00e9sistantes. Des agents comme le riluzole ou la ceftriaxone (qui augmentent l&rsquo;expression du transporteur astrocytaire GLT-1) ou la k\u00e9tamine (dont les effets antid\u00e9presseurs rapides impliquent la r\u00e9gulation astrocytaire du m\u00e9tabolisme du glutamate et la s\u00e9cr\u00e9tion d&rsquo;ATP) d\u00e9montrent que soigner les synapses exige de cibler directement la machinerie astrocytaire.<\/p>\n<p><strong>Compr\u00e9hension du sommeil et du syst\u00e8me glymphatique :<\/strong> D\u00e9couvert par l&rsquo;\u00e9quipe de Maiken Nedergaard, le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Astrocyte\">syst\u00e8me glymphatique<\/a> est un r\u00e9seau d&rsquo;\u00e9vacuation des d\u00e9chets m\u00e9taboliques c\u00e9r\u00e9braux (dont le peptide b\u00eata-amylo\u00efde et la prot\u00e9ine tau). Ce m\u00e9canisme repose presque exclusivement sur les canaux hydriques <strong>Aquaporine-4 (AQP4)<\/strong> regroup\u00e9s massivement sur les pieds vasculaires des astrocytes. Pendant le sommeil lent profond, l&rsquo;espace interstitiel c\u00e9r\u00e9bral augmente de 60 %, permettant un flux convectif de liquide c\u00e9phalorachidien drain\u00e9 par les astrocytes. Cette d\u00e9couverte r\u00e9volutionne la psychologie de la sant\u00e9 et les th\u00e9rapies comportementales du sommeil en d\u00e9montrant son r\u00f4le vital dans la pr\u00e9vention neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative.<\/p>\n<p><strong>Prise en charge des traumatismes psychiques et du stress chronique :<\/strong> L&rsquo;exposition prolong\u00e9e aux glucocortico\u00efdes lors d&rsquo;un stress chronique induit une atrophie des prolongements astrocytaires hippocampiques, alt\u00e9rant la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et autorisant le passage de cytokines pro-inflammatoires syst\u00e9miques vers le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral. Cette neuro-inflammation astrocytaire induit un comportement de maladie (<em>sickness behavior<\/em>) qui mime et potentialise les \u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs, guidant le d\u00e9veloppement d&rsquo;approches th\u00e9rapeutiques psychoneuro-immunologiques.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les deux derni\u00e8res d\u00e9cennies ont apport\u00e9 des preuves empiriques rigoureuses quant \u00e0 l&rsquo;implication des astrocytes dans les fonctions mentales sup\u00e9rieures :<\/p>\n<p><strong>\u00c9tudes optog\u00e9n\u00e9tiques et chimog\u00e9n\u00e9tiques (DREADDs) :<\/strong> Les travaux novateurs men\u00e9s par des chercheurs tels que Baljit S. Khakh et Ciro Gargiulo de Oliveira ont permis d&rsquo;activer ou d&rsquo;inhiber s\u00e9lectivement les cascades calciques astrocytaires sans modifier directement les neurones. Ces recherches d\u00e9montrent formellement que l&rsquo;activation chimog\u00e9n\u00e9tique transitoire des astrocytes du cortex pr\u00e9frontal chez les rongeurs amplifie la m\u00e9moire de travail et la flexibilit\u00e9 cognitive, tandis que leur blocage s\u00e9lectif abolit la consolidation mn\u00e9sique.<\/p>\n<p><strong>Preuves dans les troubles du spectre autistique (TSA) :<\/strong> Des recherches r\u00e9centes en transcriptomique sur cellule unique (<em>single-cell RNA sequencing<\/em>) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les astrocytes de patients autistes pr\u00e9sentent des profils d&rsquo;expression g\u00e9nique alt\u00e9r\u00e9s, notamment en ce qui concerne le pruning (\u00e9lagage) synaptique d\u00e9pendant de la phagocytose astrocytaire via les voies MEGF10 et MERTK. Un \u00e9lagage synaptique d\u00e9faillant m\u00e9di\u00e9 par les astrocytes aboutit \u00e0 une hyperconnectivit\u00e9 locale et un d\u00e9ficit de connectivit\u00e9 longue distance, ph\u00e9notypes neurobiologiques caract\u00e9ristiques de l&rsquo;autisme.<\/p>\n<p><strong>Recherches sur l&rsquo;addiction :<\/strong> Peter W. Kalivas et son \u00e9quipe ont mis en \u00e9vidence que l&rsquo;administration r\u00e9p\u00e9t\u00e9e de substances addictives (coca\u00efne, h\u00e9ro\u00efne, alcool) induit une r\u00e9gulation n\u00e9gative persistante de GLT-1 au niveau des astrocytes du noyau accumbens. Ce d\u00e9ficit astrocytaire provoque une lib\u00e9ration non canalis\u00e9e de glutamate lors de la r\u00e9exposition \u00e0 des stimuli d\u00e9clencheurs (<em>cues<\/em>), sous-tendant le ph\u00e9nom\u00e8ne de craving compulsif et de rechute toxicologique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;astrocyte soit une entit\u00e9 de nature strictement biologique, les repr\u00e9sentations th\u00e9oriques qui l&rsquo;entourent ont profond\u00e9ment \u00e9volu\u00e9 selon les courants philosophiques et les contextes \u00e9pist\u00e9mologiques propres aux diff\u00e9rentes traditions de recherche biom\u00e9dicale :<\/p>\n<p>Pendant la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, une vision \u00ab neurocentrique \u00bb et r\u00e9ductionniste a largement domin\u00e9 les neurosciences occidentales, particuli\u00e8rement en Am\u00e9rique du Nord. Cette approche concevait l&rsquo;esprit selon une analogie informatique stricte (le neurone agissant comme une porte logique binaire, un transistor de silicium). Dans ce cadre \u00e9pist\u00e9mologique dominant, l&rsquo;astrocyte, d\u00e9pourvu d&rsquo;activit\u00e9 \u00e9lectrique propag\u00e9e sous forme de potentiels d&rsquo;action \u00ab tout ou rien \u00bb, a \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquement marginalis\u00e9 et qualifi\u00e9 de d\u00e9chet \u00e9volutif m\u00e9tabolique sans int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;intelligence ou le traitement des affects.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;\u00e9cole neurohistologique continentale europ\u00e9enne, h\u00e9riti\u00e8re directe des observations naturalistes int\u00e9gratives de Golgi, Cajal et de l&rsquo;\u00e9cole morphologique allemande, a conserv\u00e9 une sensibilit\u00e9 holistique plus prononc\u00e9e pour l&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me tissulaire parenchymateux. Aujourd&rsquo;hui, un changement \u00e9pist\u00e9mique global s&rsquo;op\u00e8re dans toutes les communaut\u00e9s scientifiques internationales : la vision computationaliste binaire laisse la place \u00e0 des mod\u00e8les cybern\u00e9tiques et analogiques de l&rsquo;esprit, o\u00f9 la computation astrocytaire (lente, volumique, diffuse) s&rsquo;hybride avec la transmission synaptique classique, r\u00e9conciliant ainsi l&rsquo;affectivit\u00e9, le m\u00e9tabolisme somatique et la pens\u00e9e rationnelle.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 l&rsquo;engouement suscit\u00e9 par la d\u00e9couverte des fonctions astrocytaires, le champ fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats scientifiques et m\u00e9thodologiques non r\u00e9solus :<\/p>\n<p>Le d\u00e9bat le plus intense concerne la <strong>nature physiologique exacte de la gliotransmission<\/strong>. Certains neurophysiologistes \u00e9minents soutiennent que les donn\u00e9es soutenant la lib\u00e9ration v\u00e9siculaire de glutamate ou d&rsquo;ATP d\u00e9pendante du calcium par les astrocytes reposent sur des mod\u00e8les transg\u00e9niques d&rsquo;art\u00e9facts de surexpression ou des conditions de stimulation pharmacologique non physiologiques (d\u00e9passant les seuils normaux du cerveau sain). Des \u00e9tudes ind\u00e9pendantes ont sugg\u00e9r\u00e9 que l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des signaux calciques astrocytaires ne modifie pas syst\u00e9matiquement la transmission synaptique basale in situ, appelant \u00e0 une prudence rigoureuse quant \u00e0 la transposition de concepts in vitro vers le comportement in vivo.<\/p>\n<p>Une seconde controverse r\u00e9side dans la classification binaire rigide des \u00e9tats r\u00e9actifs des astrocytes, couramment polaris\u00e9s dans la litt\u00e9rature en sous-types <em>A1 neurotoxiques<\/em> et <em>A2 neuroprotecteurs<\/em>. La communaut\u00e9 internationale des neurobiologistes gliaux a r\u00e9cemment publi\u00e9 des d\u00e9clarations de consensus r\u00e9futant cette taxonomie dichotomique simpliste. En r\u00e9alit\u00e9, les astrocytes r\u00e9actifs adoptent des spectres ph\u00e9notypiques multidimensionnels et continus, fortement modul\u00e9s par le microenvironnement sp\u00e9cifique, l&rsquo;\u00e2ge du sujet et la r\u00e9gion c\u00e9r\u00e9brale concern\u00e9e.<\/p>\n<p>Enfin, les limites technologiques constituent un frein non n\u00e9gligeable : l&rsquo;imagerie calcique conventionnelle capture principalement les signaux provenant du soma cellulaire et des gros troncs primaires, alors que plus de 80 % du volume cytoplasmique et des \u00e9v\u00e9nements m\u00e9taboliques astrocytaires ont lieu dans les micro-branches submicroscopiques en contact intime avec les synapses, demeurant \u00e0 la limite de diffraction de la microscopie optique standard.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion terminologique et anatomique au sein des neurosciences, il est essentiel de distinguer l&rsquo;astrocyte des concepts et cellules associ\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Oligodendrocyte :<\/strong> Cellule gliale de la macroglie responsable de la fabrication de la gaine de my\u00e9line isolant les axones du syst\u00e8me nerveux central, facilitant la conduction saltatoire. L&rsquo;astrocyte ne my\u00e9linise aucun axone, mais il soutient m\u00e9taboliquement les oligodendrocytes et r\u00e9gule les \u00e9changes ioniques aux n\u0153uds de Ranvier.<\/li>\n<li><strong>Microglie :<\/strong> Cellules immunitaires r\u00e9sidentes du cerveau d\u00e9riv\u00e9es du sac vitellin embryonnaire (lign\u00e9e my\u00e9lo\u00efde\/m\u00e9sodermique), \u00e9quivalentes \u00e0 des macrophages c\u00e9r\u00e9braux. Les astrocytes, quant \u00e0 eux, sont d&rsquo;origine ectodermique\/neuro\u00e9pith\u00e9liale et constituent une composante parenchymateuse structurelle et physiologique permanente.<\/li>\n<li><strong>Synapse bipartite vs Synapse tripartite :<\/strong> La synapse bipartite classique d\u00e9signe le mod\u00e8le historique compos\u00e9 uniquement du neurone pr\u00e9synaptique et du neurone post-synaptique. La synapse tripartite enrichit ce sch\u00e9ma en int\u00e9grant obligatoirement le prolongement astrocytaire p\u00e9risynaptique comme troisi\u00e8me partenaire fonctionnel actif.<\/li>\n<li><strong>\u00c9pendymocyte :<\/strong> Cellule gliale tapissant le syst\u00e8me ventriculaire c\u00e9r\u00e9bral et le canal central de la moelle \u00e9pini\u00e8re, dot\u00e9e de cils participant \u00e0 la circulation du liquide c\u00e9phalorachidien, distincte du r\u00f4le m\u00e9tabolique et synaptique des astrocytes parenchymateux.<\/li>\n<li><strong>Astrogliose r\u00e9active vs Gliome :<\/strong> L&rsquo;astrogliose r\u00e9active est un processus adaptatif et r\u00e9gul\u00e9 de remaniement morphologique et fonctionnel des astrocytes non canc\u00e9reux en r\u00e9ponse \u00e0 une l\u00e9sion ou une infection, tandis que le gliome (ou astrocytome) est une prolif\u00e9ration tumorale maligne et incontr\u00f4l\u00e9e issue de pr\u00e9curseurs gliaux.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, l&rsquo;astrocyte s&rsquo;est d\u00e9finitivement \u00e9mancip\u00e9 de son statut centenaire de tissu interstitiel inerte pour devenir une composante souveraine de l&rsquo;architecture mentale et de la physiologie c\u00e9r\u00e9brale :<\/p>\n<p>Sur le plan structurel et fonctionnel, l&rsquo;astrocyte assure des r\u00f4les hom\u00e9ostatiques incontournables : r\u00e9gulation fine des flux potassiques, capture et recyclage du glutamate, maintien \u00e9tanche de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et approvisionnement \u00e9nerg\u00e9tique des neurones via la navette lactate. Gr\u00e2ce \u00e0 ses milliers de prolongements submicroscopiques formant la synapse tripartite, il r\u00e9gule le remodelage des circuits neuronaux et s\u00e9cr\u00e8te des gliotransmetteurs cruciaux comme la D-s\u00e9rine, condition pr\u00e9alable \u00e0 la plasticit\u00e9 synaptique et \u00e0 la m\u00e9morisation.<\/p>\n<p>Dans le domaine clinique et neuropsychologique, les dysfonctions astrocytaires constituent des d\u00e9terminants \u00e9tiologiques majeurs de la d\u00e9pression majeure, des troubles du spectre autistique, des traumatismes cr\u00e2niens, du d\u00e9clin cognitif li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge et des pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives comme la maladie d&rsquo;Alzheimer. L&rsquo;int\u00e9gration de la biologie des astrocytes au sein de la psychologie scientifique enrichit profond\u00e9ment notre conception de l&rsquo;esprit, d\u00e9montrant que les \u00e9motions, les pens\u00e9es et la conscience naissent d&rsquo;une symbiose ind\u00e9fectible entre mati\u00e8re neuronale et mati\u00e8re gliale.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Araque, A., Parpura, V., Sanzgiri, R. P., &#038; Haydon, P. G. (1999). Tripartite synapses: glia, the unacknowledged partner. <em>Trends in Neurosciences<\/em>, 22(5), 208-215. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0166-2236(98)01349-6\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0166-2236(98)01349-6<\/a><\/li>\n<li>Han, X., Chen, M., Wang, F., Windrem, M., Wang, S., Shanz, S., Xu, Q., Oberheim, N. A., Bekar, L., Betstadt, S., Silva, A. J., Takano, T., Goldman, S. A., &#038; Nedergaard, M. (2013). Forebrain engraftment by human glial progenitor cells enhances synaptic plasticity and learning in adult mice. <em>Cell Stem Cell<\/em>, 12(3), 342-353. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.stem.2012.12.015\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.stem.2012.12.015<\/a><\/li>\n<li>Khakh, B. S., &#038; Sofroniew, M. V. (2015). Diversity of astrocyte functions and phenotypes in neural circuits. <em>Nature Neuroscience<\/em>, 18(7), 942-952. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nn.4043\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nn.4043<\/a><\/li>\n<li>Pellerin, L., &#038; Magistretti, P. J. (1994). Glutamate stimulates glycogenolysis in astrocytes through glucose transporter activation: A metabolic basis for neuroenergetics. <em>Proceedings of the National Academy of Sciences<\/em>, 91(22), 10625-10629. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.91.22.10625\">https:\/\/doi.org\/10.1073\/pnas.91.22.10625<\/a><\/li>\n<li>Verkhratsky, A., &#038; Nedergaard, M. (2018). Physiology of Astroglia. <em>Physiological Reviews<\/em>, 98(1), 239-389. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1152\/physrev.00042.2016\">https:\/\/doi.org\/10.1152\/physrev.00042.2016<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez le r\u00f4le fondamental de l&rsquo;astrocyte en neuropsychologie : de la synapse tripartite \u00e0 la neuroplasticit\u00e9, analyse compl\u00e8te d&rsquo;une cellule gliale majeure.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[2435,459,647],"tags":[35119,35120,13548,173,27973,6620,35121],"class_list":["post-21064","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurobiologie","category-neurosciences","category-psychologie-cognitive","tag-astrocyte","tag-cellule-gliale","tag-neuroinflammation","tag-neuropsychologie","tag-neurotransmetteurs","tag-plasticite-synaptique","tag-synapse-tripartite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21064","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21064\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21064"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21064"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21064"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}