{"id":21057,"date":"2026-10-25T01:56:10","date_gmt":"2026-10-25T01:56:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=type-asthenique-morphologie-temperament"},"modified":"2026-10-25T01:56:10","modified_gmt":"2026-10-25T01:56:10","slug":"type-asthenique-morphologie-temperament","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=type-asthenique-morphologie-temperament","title":{"rendered":"Type asth\u00e9nique : Morphologie et temp\u00e9rament"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour de l&rsquo;anthropom\u00e9trie clinique, de la psychiatrie classique et de la psychologie de la personnalit\u00e9, le <strong>type asth\u00e9nique<\/strong> repr\u00e9sente l&rsquo;une des figures fondatrices des th\u00e9ories constitutionnelles du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. Con\u00e7u \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la m\u00e9decine cherchait \u00e0 d\u00e9chiffrer les fondements biologiques de l&rsquo;esprit humain \u00e0 travers l&rsquo;architecture corporelle, ce concept continue de susciter un int\u00e9r\u00eat \u00e9pist\u00e9mologique majeur pour comprendre l&rsquo;\u00e9volution de la nosologie et de la caract\u00e9rologie moderne.<\/p>\n<h2>Type asth\u00e9nique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>type asth\u00e9nique<\/strong> d\u00e9signe, au sein des typologies morpho-constitutionnelles de la psychologie et de la psychiatrie classiques, une configuration corporelle caract\u00e9ris\u00e9e par une pr\u00e9dominance de la verticalit\u00e9, une ossature gracile, une musculature menue, une cage thoracique \u00e9troite et une r\u00e9serve de tissu adipeux extr\u00eamement faible. Introduit de mani\u00e8re syst\u00e9matique par le psychiatre allemand <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ernst_Kretschmer\">Ernst Kretschmer<\/a> dans le cadre de sa biotypologie, il est souvent employ\u00e9 comme synonyme ou variante extr\u00eame du morphotype leptosome.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique et caract\u00e9rologique, le type asth\u00e9nique a \u00e9t\u00e9 historiquement associ\u00e9 au temp\u00e9rament schizothyme, caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;introversion, une disposition contemplative, une r\u00e9serve sociale prononc\u00e9e, une hypersensibilit\u00e9 affective sous une apparence de froideur, ainsi qu&rsquo;une tendance au repli sur la vie int\u00e9rieure. Dans la doctrine classique, cette constitution physique et psychique \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9e comme pr\u00e9sentant une affinit\u00e9 \u00e9lective, en cas de d\u00e9compensation pathologique, avec le spectre des troubles schizophr\u00e9niques.<\/p>\n<p>Dans la perspective contemporaine des sciences cognitives et de la psychologie diff\u00e9rentielle, le type asth\u00e9nique n&rsquo;est plus envisag\u00e9 comme une entit\u00e9 diagnostique causale rigide ni comme un d\u00e9terminant biologique strict de la psychopathologie. Il est plut\u00f4t analys\u00e9 comme un mod\u00e8le th\u00e9orique pr\u00e9curseur illustrant les premi\u00e8res tentatives d&rsquo;int\u00e9gration psychosomatique, dont l&rsquo;h\u00e9ritage persiste sous forme de questionnements relatifs aux corr\u00e9lats g\u00e9n\u00e9tiques partag\u00e9s entre d\u00e9veloppement morphologique, m\u00e9tabolisme et vuln\u00e9rabilit\u00e9s psychiques.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le qualificatif \u00ab asth\u00e9nique \u00bb plonge ses racines lexicales dans le grec ancien. Il d\u00e9rive du substantif <em>astheneia<\/em> (\u1f00\u03c3\u03b8\u03ad\u03bd\u03b5\u03b9\u03b1), lui-m\u00eame compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif <em>a-<\/em> (\u1f00-, \u00ab sans \u00bb, \u00ab d\u00e9pourvu de \u00bb) et du substantif <em>sthenos<\/em> (\u03c3\u03b8\u03ad\u03bd\u03bf\u03c2, \u00ab force \u00bb, \u00ab puissance \u00bb, \u00ab vigueur \u00bb). Au sens litt\u00e9ral originel, le terme signifie donc \u00ab priv\u00e9 de vigueur \u00bb ou \u00ab marqu\u00e9 par la faiblesse somatique \u00bb. Ce vocable a d&rsquo;abord fait son entr\u00e9e dans le vocabulaire m\u00e9dical d\u00e8s l&rsquo;\u00e9poque hippocratique pour d\u00e9signer un \u00e9tat g\u00e9n\u00e9ral d&rsquo;\u00e9puisement, de d\u00e9bilit\u00e9 physique ou d&rsquo;atonie organique, avant d&rsquo;\u00eatre lexicalis\u00e9 en fran\u00e7ais au cours du XIXe si\u00e8cle sous la forme \u00ab asth\u00e9nie \u00bb pour d\u00e9signer un d\u00e9ficit de l&rsquo;\u00e9lan vital et de l&rsquo;\u00e9nergie musculaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;application d&rsquo;\u00ab asth\u00e9nique \u00bb \u00e0 une cat\u00e9gorie typologique globale du corps humain (en allemand <em>asthenischer Typus<\/em>) s&rsquo;est officialis\u00e9e en 1921 avec la publication de l&rsquo;ouvrage fondamental d&rsquo;Ernst Kretschmer, <em>K\u00f6rperbau und Charakter<\/em> (Structure corporelle et caract\u00e8re). Kretschmer utilisa initialement le mot \u00ab asth\u00e9nique \u00bb pour qualifier la morphologie filiforme et d\u00e9licate de ses patients. Plus tard, constatant que la connotation p\u00e9jorative de d\u00e9ficience inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;\u00e9tymon grec pouvait pr\u00eater \u00e0 confusion \u2014 dans la mesure o\u00f9 beaucoup d&rsquo;individus pr\u00e9sentant cette structure ne souffraient d&rsquo;aucune maladie d\u00e9bilitante \u2014, il forgea le n\u00e9ologisme \u00ab leptosome \u00bb (<em>leptosomer Typus<\/em>, du grec <em>leptos<\/em>, \u00ab mince \u00bb, \u00ab fin \u00bb, \u00ab \u00e9lanc\u00e9 \u00bb, et <em>soma<\/em>, \u00ab corps \u00bb), conservant l&rsquo;\u00e9tiquette asth\u00e9nique pour d\u00e9signer les formes les plus extr\u00eames ou d\u00e9nutries de cette lign\u00e9e corporelle.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression s&rsquo;\u00e9nonce selon l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international : [tip as.te.nik]. Le mot \u00ab type \u00bb est un nom commun masculin, et l&rsquo;adjectif \u00ab asth\u00e9nique \u00bb s&rsquo;accorde en genre et en nombre avec le terme qu&rsquo;il qualifie, bien que sa terminaison en \u00ab -ique \u00bb le rende invariable \u00e0 l&rsquo;oral et \u00e0 l&rsquo;\u00e9crit au singulier (au f\u00e9minin : <em>constitution asth\u00e9nique<\/em>, <em>structure asth\u00e9nique<\/em> ; au pluriel masculin : <em>types asth\u00e9niques<\/em> ; au pluriel f\u00e9minin : <em>morphologies asth\u00e9niques<\/em>).<\/p>\n<p>Sur le plan discursif, l&rsquo;expression rel\u00e8ve du registre acad\u00e9mique, psychiatrique et de l&rsquo;histoire des sciences m\u00e9dicales. Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, on rencontre l&rsquo;adjectif employ\u00e9 comme substantif pour d\u00e9signer une personne pr\u00e9sentant cette morphologie (\u00ab un asth\u00e9nique \u00bb, \u00ab une asth\u00e9nique \u00bb). L&rsquo;usage grammatical privil\u00e9gie toutefois la locution nominale compos\u00e9e (\u00ab type asth\u00e9nique \u00bb, \u00ab morphotype asth\u00e9nique \u00bb ou \u00ab profil asth\u00e9nique \u00bb) afin de maintenir la rigueur taxonomique requise dans l&rsquo;exposition des classifications constitutionnelles.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le concept de type asth\u00e9nique repose sur le postulat d&rsquo;une interd\u00e9pendance fonctionnelle entre l&rsquo;ontogen\u00e8se physique et l&rsquo;organisation de la vie mentale. Loin d&rsquo;\u00eatre un simple descriptif anthropom\u00e9trique superficiel, ce mod\u00e8le con\u00e7oit le corps comme l&rsquo;expression visible d&rsquo;un terrain biologique global englobant le syst\u00e8me neuroendocrinien, la r\u00e9activit\u00e9 du syst\u00e8me nerveux autonome et le m\u00e9tabolisme basal. Dans le sch\u00e9ma de Kretschmer, l&rsquo;organisme humain s&rsquo;organise selon des axes de d\u00e9veloppement pr\u00e9f\u00e9rentiels, o\u00f9 l&rsquo;individu asth\u00e9nique privil\u00e9gie l&rsquo;allongement axial au d\u00e9triment de l&rsquo;expansion transversale et de la masse visc\u00e9rale.<\/p>\n<p>Sur le plan anatomique, l&rsquo;individu correspondant au type asth\u00e9nique se singularise par une verticalit\u00e9 marqu\u00e9e. La stature est g\u00e9n\u00e9ralement moyenne \u00e0 haute, avec une allure longiligne et angulaire. Les \u00e9paules sont tombantes et \u00e9troites, la cage thoracique appara\u00eet aplatie dans son diam\u00e8tre ant\u00e9ropost\u00e9rieur, laissant para\u00eetre des c\u00f4tes saillantes et des fosses sous-claviculaires profondes. Le relief musculaire est t\u00e9nu, conf\u00e9rant aux membres une impression de fragilit\u00e9 squelettique accentu\u00e9e par de longs doigts graciles. Le cr\u00e2ne pr\u00e9sente fr\u00e9quemment un profil fuyant ou anguleux, soutenu par un cou long et effil\u00e9, tandis que le tissu adipeux sous-cutan\u00e9 demeure remarquablement r\u00e9duit, ind\u00e9pendamment des variations du r\u00e9gime alimentaire.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cette plastique externe, le mod\u00e8le postule un style d&rsquo;adaptation psychologique intrins\u00e8que. L&rsquo;individu associ\u00e9 \u00e0 ce type ne manifeste pas une d\u00e9ficience intellectuelle, mais plut\u00f4t une modalit\u00e9 d&rsquo;interaction avec le monde ext\u00e9rieur domin\u00e9e par l&rsquo;inhibition et la r\u00e9flexion int\u00e9rieure. Les affects oscillent souvent entre deux p\u00f4les : une vuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eame aux stimuli ext\u00e9rieurs (hyperesth\u00e9sie sensorielle et \u00e9motionnelle) et une tendance d\u00e9fensive au retrait affectif, pouvant donner l&rsquo;illusion d&rsquo;une indiff\u00e9rence sto\u00efque ou d&rsquo;une froideur hautaine (anesth\u00e9sie affective). Cette alternance paradoxale entre d\u00e9licatesse int\u00e9rieure et bouclier relationnel constitue l&rsquo;essence du \u00ab profil psychosomatique \u00bb rattach\u00e9 \u00e0 l&rsquo;asth\u00e9nique.<\/p>\n<p>Les limites conceptuelles du type asth\u00e9nique soulignent qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00ab type id\u00e9al \u00bb au sens sociologique et \u00e9pist\u00e9mologique, et non d&rsquo;une cat\u00e9gorie empirique absolue exempte d&rsquo;hybridations. Aucun individu ne correspond point par point \u00e0 la description paradigmatique sans pr\u00e9senter des traits emprunt\u00e9s \u00e0 d&rsquo;autres cat\u00e9gories corporelles. La biotypologie envisageait l&rsquo;asth\u00e9nique comme un point focal sur un continuum biologique, servant de rep\u00e8re pour analyser comment des particularit\u00e9s organiques influent sur la r\u00e9gulation de l&rsquo;affectivit\u00e9, de l&rsquo;humeur et des d\u00e9fenses psychiques.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;intuition liant la forme physique aux penchants de l&rsquo;\u00e2me traverse l&rsquo;histoire de la pens\u00e9e m\u00e9dicale occidentale depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9. La m\u00e9decine grecque antique, structur\u00e9e par la doctrine humorale attribu\u00e9e \u00e0 Hippocrate et d\u00e9velopp\u00e9e ult\u00e9rieurement par Galien, distinguait d\u00e9j\u00e0 quatre grands types de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Temp%C3%A9rament\">temp\u00e9raments<\/a> (sanguin, flegmatique, col\u00e9rique, m\u00e9lancolique). L&rsquo;individu longiligne, maigre et r\u00e9serv\u00e9 \u00e9tait traditionnellement rattach\u00e9 au temp\u00e9rament atrabilaire ou m\u00e9lancolique, gouvern\u00e9 par la bile noire et pr\u00e9dispos\u00e9 aux \u00e9tats sombres et m\u00e9ditatifs.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, l&rsquo;essor de la m\u00e9thode anatomo-clinique et de l&rsquo;anthropom\u00e9trie sous l&rsquo;influence de l&rsquo;\u00e9cole morphologique fran\u00e7aise (notamment Claude Sigaud et sa quadripartition : musculaire, respiratoire, digestif, c\u00e9r\u00e9bral) pr\u00e9para le terrain d&rsquo;une classification syst\u00e9matique. Le type \u00ab c\u00e9r\u00e9bral \u00bb de Sigaud, avec son cr\u00e2ne volumineux par rapport \u00e0 un tronc d\u00e9licat et effil\u00e9, constitue l&rsquo;anc\u00eatre direct de la formulation contemporaine de l&rsquo;asth\u00e9nique. En Italie, l&rsquo;\u00e9cole anthropologique de Cesare Lombroso et les \u00e9tudes biom\u00e9triques d&rsquo;Achille De Giovanni jet\u00e8rent les bases d&rsquo;une lecture constitutionnaliste o\u00f9 les dimensions du torse et des membres \u00e9taient cens\u00e9es refl\u00e9ter l&rsquo;h\u00e9ritage phylog\u00e9n\u00e9tique de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>L&rsquo;apog\u00e9e th\u00e9orique de cette approche survient en 1921 avec Ernst Kretschmer. Travaillant au sein de la clinique psychiatrique de T\u00fcbingen, Kretschmer entreprit des mensurations exhaustives sur des centaines de patients hospitalis\u00e9s. Il constata une asym\u00e9trie statistique remarquable : les sujets pr\u00e9sentant un diagnostic de d\u00e9mence pr\u00e9coce (terme pr\u00e9curseur de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizophr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a> forg\u00e9 par Emil Kraepelin) affichaient tr\u00e8s majoritairement une silhouette gracile et allong\u00e9e (le type asth\u00e9nique\/leptosome), tandis que les patients souffrant de psychose maniaco-d\u00e9pressive pr\u00e9sentaient une stature arrondie et trapue (le type pycnique).<\/p>\n<p>Durant les d\u00e9cennies 1930 et 1940, cette approche traversa l&rsquo;Atlantique sous la plume du psychologue am\u00e9ricain <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/William_Herbert_Sheldon\">William Herbert Sheldon<\/a>. S&rsquo;inspirant des travaux de Kretschmer, Sheldon rempla\u00e7a les cat\u00e9gories rigides par un syst\u00e8me continu bas\u00e9 sur les feuillets embryonnaires, cr\u00e9ant la notion d&rsquo;ectomorphe pour d\u00e9signer l&rsquo;individu longiligne \u00e0 pr\u00e9dominance \u00e9pidermique et nerveuse, \u00e9quivalent modernis\u00e9 du type asth\u00e9nique. Avec la mont\u00e9e en puissance de la r\u00e9volution cognitive, de la g\u00e9n\u00e9tique comportementale non d\u00e9terministe et de la pharmacopsychiatrie dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, ces classifications ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9es de leur pr\u00e9tention \u00e9tiologique universelle pour \u00eatre rel\u00e9gu\u00e9es au rang d&rsquo;objets historiques capitaux dans l&rsquo;histoire de la psychiatrie biologique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La th\u00e9orisation du type asth\u00e9nique s&rsquo;inscrit au sein du courant de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Biotypologie\">biotypologie<\/a>, une \u00e9cole de pens\u00e9e qui postule l&rsquo;unit\u00e9 psychophysique indivisible de l&rsquo;\u00eatre humain. Selon ce cadre th\u00e9orique, l&rsquo;h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 ne transmet pas isol\u00e9ment une propension mentale ou une anomalie squelettique, mais un plan d&rsquo;organisation somatopsychique global. La structure osseuse, le calibre vasculaire, l&rsquo;efficience thyro\u00efdienne et la dynamique de la neurotransmission c\u00e9r\u00e9brale sont con\u00e7us comme les branches distinctes \u00e9manant d&rsquo;un m\u00eame tronc constitutionnel.<\/p>\n<p>Kretschmer articulait sa th\u00e9orie autour de l&rsquo;hypoth\u00e8se de la r\u00e9sonance temp\u00e9ramentale : la morphologie leptosomique\/asth\u00e9nique d\u00e9coule d&rsquo;un m\u00e9tabolisme particulier, domin\u00e9 par une combustion rapide des lipides et une r\u00e9gulation endocrinienne favorisant la gracilit\u00e9 squelettique. Cette m\u00eame physiologie engendrerait, au niveau central, une hypor\u00e9activit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tative p\u00e9riph\u00e9rique combin\u00e9e \u00e0 une vive excitabilit\u00e9 corticale, expliquant la disposition du schizothyme \u00e0 l&rsquo;introspection minutieuse, \u00e0 la th\u00e9orisation abstraite et \u00e0 la distanciation \u00e9motionnelle.<\/p>\n<p>Un autre pilier th\u00e9orique r\u00e9side dans la continuit\u00e9 dimensionnelle unissant le sain au pathologique. Kretschmer rejetait la coupure qualitative stricte entre la normalit\u00e9 psychique et l&rsquo;ali\u00e9nation mentale. Il soutenait que le temp\u00e9rament \u00ab schizothyme \u00bb de l&rsquo;individu asth\u00e9nique sain ne diff\u00e8re que par degr\u00e9s d&rsquo;intensit\u00e9 du temp\u00e9rament \u00ab schizo\u00efde \u00bb (observ\u00e9 chez des sujets excentriques, solitaires ou froids) et de l&rsquo;\u00e9tat clinique de la \u00ab schizophr\u00e9nie \u00bb. L&rsquo;asth\u00e9nie morphologique symbolise donc, dans ce cadre, une fragilit\u00e9 de coh\u00e9sion de l&rsquo;ego face aux pressions pulsionnelles et aux sollicitations du monde ext\u00e9rieur.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse morphologique et fonctionnelle du type asth\u00e9nique permet d&rsquo;isoler un ensemble de constantes somatopsychiques distinctives. Ces attributs se d\u00e9ploient \u00e0 la fois dans le registre anatomique, physiologique et comportemental :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dimension morphologique longitudinale :<\/strong> Pr\u00e9dominance visible du diam\u00e8tre vertical sur les diam\u00e8tres transversaux et sagittaux ; membres fins et \u00e9lanc\u00e9s par rapport \u00e0 la taille du tronc ; radius, cubitus et tibias graciles sans \u00e9paississement osseux notable.<\/li>\n<li><strong>Hypotrophie des masses molles :<\/strong> Faiblesse constitutive du tonus musculaire au repos ; pannicule adipeux hypodermique quasiment inexistant ; visage \u00e9maci\u00e9 dessinant un ovale raccourci vers le bas ou triangulaire, avec menton effac\u00e9 et nez \u00e9troit.<\/li>\n<li><strong>Configuration thoraco-abdominale aplatie :<\/strong> Cage thoracique \u00e9troite, longue et effil\u00e9e ; angle \u00e9pigastrique aigu (souvent inf\u00e9rieur \u00e0 90 degr\u00e9s) ; abdomen creus\u00e9 ou r\u00e9tract\u00e9 chez le jeune adulte, contrastant avec la pro\u00e9minence visc\u00e9rale du type pycnique.<\/li>\n<li><strong>Proportionnalit\u00e9 leptosomique versus asth\u00e9nique pure :<\/strong> Distinction doctrinale interne o\u00f9 le leptosome harmonieux dispose d&rsquo;une bonne endurance neuro-musculaire s\u00e8che, tandis que l&rsquo;asth\u00e9nique pur manifeste une tendance accrue \u00e0 la fatigabilit\u00e9 organique, \u00e0 l&rsquo;hypotension art\u00e9rielle et \u00e0 la ptose visc\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>Diath\u00e8se psychologique schizothymique :<\/strong> Pr\u00e9dominance de l&rsquo;introversion ; pens\u00e9e logique, abstraite ou esth\u00e9tique polaris\u00e9e ; propension \u00e0 l&rsquo;autisme au sens bleul\u00e9rien (concentration exclusive sur les repr\u00e9sentations int\u00e9rieures au d\u00e9triment de l&rsquo;engagement social).<\/li>\n<li><strong>Proportion psychothymique paradoxale :<\/strong> Tension interne permanente entre l&rsquo;hyperesth\u00e9sie (vuln\u00e9rabilit\u00e9 extr\u00eame au moindre reproche, timidit\u00e9 douloureuse) et l&rsquo;anesth\u00e9sie (indiff\u00e9rence apparente aux drames ext\u00e9rieurs, flegme aust\u00e8re, impassibilit\u00e9 relationnelle).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Dans la litt\u00e9rature psychiatrique historique, le profil asth\u00e9nique est souvent illustr\u00e9 par la description de jeunes adultes hospitalis\u00e9s pour une d\u00e9compensation d\u00e9lirante insidieuse. Un cas arch\u00e9typique correspondrait \u00e0 un \u00e9tudiant de 20 ans, mesurant 1,88 m pour 58 kg, pr\u00e9sentant de longs doigts osseux, une voix feutr\u00e9e et une musculature pectorale atrophique. Depuis l&rsquo;adolescence, son entourage le d\u00e9crit comme un individu brillant mais imp\u00e9n\u00e9trable, consacrant des nuits enti\u00e8res \u00e0 des syst\u00e8mes philosophiques complexes ou \u00e0 la programmation math\u00e9matique, fuyant toute f\u00eate de groupe, et incapable d&rsquo;exprimer ouvertement de la chaleur affective \u00e0 ses proches.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me exemple, issu de la psychologie diff\u00e9rentielle appliqu\u00e9e au monde acad\u00e9mique ou artistique, concerne le chercheur ou le po\u00e8te d&rsquo;apparence asc\u00e9tique. Pr\u00e9sentant une silhouette longiligne et anguleuse, ce profil s&rsquo;adapte remarquablement bien aux t\u00e2ches n\u00e9cessitant une concentration solitaire prolong\u00e9e, une rigueur m\u00e9thodologique sans compromis et un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat relatif pour les gratifications mat\u00e9rielles ou sociales directes. Lorsqu&rsquo;il est soumis \u00e0 un stress relationnel intense ou \u00e0 une surcharge sensorielle prolong\u00e9e, son m\u00e9canisme d&rsquo;adaptation pr\u00e9f\u00e9rentiel ne se traduit pas par une col\u00e8re expansive (r\u00e9action plus fr\u00e9quente chez le morphotype athl\u00e9tique), mais par une retraite silencieuse et un mutisme d\u00e9fensif.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me cas, illustrant l&rsquo;approche diff\u00e9rentielle en milieu clinique g\u00e9n\u00e9ral, se manifeste chez les personnes souffrant de syndromes d&rsquo;\u00e9puisement ou de troubles anxieux somatis\u00e9s. L&rsquo;individu \u00e0 morphologie asth\u00e9nique pr\u00e9sente une tendance physiologique constitutionnelle \u00e0 l&rsquo;hypotension orthostatique, aux extr\u00e9mit\u00e9s froides (acrocyanose fonctionnelle) et \u00e0 une r\u00e9activit\u00e9 gastrique accrue face au stress \u00e9motionnel. La sensation d&rsquo;asth\u00e9nie physique n&rsquo;y est pas forc\u00e9ment caus\u00e9e par un effort musculaire disproportionn\u00e9, mais par une usure nerveuse rapide due \u00e0 une hypervigilance cognitive permanente.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;identification du type asth\u00e9nique s&rsquo;est initialement appuy\u00e9e sur des m\u00e9thodes d&rsquo;inspection qualitative standardis\u00e9e et de biom\u00e9trie descriptive. Kretschmer recommandait un protocole strict d&rsquo;observation clinique : le sujet \u00e9tait examin\u00e9 d\u00e9v\u00eatu, de face, de profil et de dos, afin d&rsquo;\u00e9valuer la proportion relative des \u00e9paules par rapport au bassin, l&rsquo;inclinaison des c\u00f4tes, l&rsquo;\u00e9paisseur du pli cutan\u00e9 et les reliefs du squelette facial. Les photographies standardis\u00e9es de silhouette constituaient l&rsquo;outil documentaire de r\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p>Pour d\u00e9passer la subjectivit\u00e9 de l&rsquo;inspection visuelle, les biotypologistes ont rapidement d\u00e9velopp\u00e9 des indices math\u00e9matiques quantitatifs combinant diverses mensurations anthropom\u00e9triques. Parmi les outils historiques pr\u00e9dominants, on rel\u00e8ve :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;indice de Pignet :<\/strong> Formule de robustesse calcul\u00e9e par la soustraction de la somme du poids (en kilogrammes) et du p\u00e9rim\u00e8tre thoracique (en centim\u00e8tres) de la taille totale (en centim\u00e8tres) : <em>Taille &#8211; (Poids + P\u00e9rim\u00e8tre thoracique)<\/em>. Un indice tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 (sup\u00e9rieur \u00e0 30 ou 35) signalait une corpulence tr\u00e8s faible, diagnostique d&rsquo;une constitution asth\u00e9nique.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;indice morphologique de Viola :<\/strong> Mesure des volumes relatifs du tronc par rapport aux membres, visant \u00e0 classifier les individus en br\u00e9vilignes (dominance du tronc) ou longilignes\/micro-splanchniques (dominance des membres, caract\u00e9ristique de l&rsquo;asth\u00e9nique).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;ectomorphie de Sheldon :<\/strong> \u00c9valu\u00e9e sur une \u00e9chelle en 7 points \u00e0 partir de mensurations photographiques et du rapport staturo-pond\u00e9ral (taille divis\u00e9e par la racine cubique du poids). Un score d&rsquo;ectomorphie de 6 ou 7 d\u00e9signait sans ambigu\u00eft\u00e9 une conformation asth\u00e9nique.<\/li>\n<\/ul>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9poque contemporaine, ces indices typologiques ont \u00e9t\u00e9 supplant\u00e9s dans les laboratoires de recherche et les h\u00f4pitaux par des m\u00e9thodologies objectives de mesure de la composition corporelle. On utilise d\u00e9sormais l&rsquo;absorptiom\u00e9trie biphotonique \u00e0 rayons X (DEXA), l&rsquo;analyse d&rsquo;imp\u00e9dance bio\u00e9lectrique multifr\u00e9quence et le calcul norm\u00e9 de l&rsquo;indice de masse corporelle (IMC) ajust\u00e9 \u00e0 la distribution de la masse musculaire appendiculaire, dissociant ainsi la mesure somatique pure de toute conjecture caract\u00e9rologique non fond\u00e9e.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Au cours de la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, la cat\u00e9gorisation du type asth\u00e9nique occupait une place de premier choix dans la pratique clinique quotidienne des psychiatres europ\u00e9ens. L&rsquo;examen morphologique servait d&rsquo;adjuvant diagnostique et pronostique : face \u00e0 un \u00e9pisode psychotique aigu dont la symptomatologie h\u00e9sitait entre manie atypique et bouff\u00e9e d\u00e9lirante, la constatation d&rsquo;un habitus asth\u00e9nique inclinait le praticien \u00e0 redouter une \u00e9volution chronique vers un tableau de schizophr\u00e9nie d\u00e9ficitaire, dictant des strat\u00e9gies d&rsquo;institutionnalisation pr\u00e9coce.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;orientation scolaire, de la p\u00e9dagogie diff\u00e9rentielle et du conseil vocationnel des ann\u00e9es 1930 \u00e0 1950, certains th\u00e9oriciens pr\u00e9conisaient d&rsquo;orienter les adolescents de constitution asth\u00e9nique vers des carri\u00e8res d&rsquo;intellectuels, de juristes, de biblioth\u00e9caires ou de math\u00e9maticiens, supposant que leur disposition schizothymique les rendait impropres aux m\u00e9tiers du commerce de contact direct, du commandement militaire de terrain ou des travaux requ\u00e9rant une grande force brute.<\/p>\n<p>Dans la sph\u00e8re de la m\u00e9decine sportive et de l&rsquo;ergonomie, la reconnaissance des propri\u00e9t\u00e9s biom\u00e9caniques associ\u00e9es \u00e0 cette silhouette conserve une valeur op\u00e9ratoire ind\u00e9niable. Les individus pr\u00e9sentant un morphotype \u00e0 dominance asth\u00e9nique\/ectomorphe affichent un ratio surface\/volume \u00e9lev\u00e9 facilitant la dissipation thermique, ce qui leur conf\u00e8re un avantage physique substantiel dans les disciplines d&rsquo;endurance a\u00e9robique prolong\u00e9e (comme le marathon, la course de fond) ou les sports n\u00e9cessitant une grande amplitude segmentaire (comme le saut en hauteur), bien qu&rsquo;ils pr\u00e9sentent une sensibilit\u00e9 accrue aux microtraumatismes ost\u00e9oarticulaires par insuffisance de gainage musculaire.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>D\u00e8s leur formulation, les th\u00e9ories constitutionnelles de Kretschmer et Sheldon ont suscit\u00e9 de vastes investigations empiriques visant \u00e0 \u00e9prouver la solidit\u00e9 statistique des corr\u00e9lations pr\u00e9sum\u00e9es entre morphologie et traits de personnalit\u00e9. Les premiers travaux de r\u00e9plication men\u00e9s dans les ann\u00e9es 1930 par des chercheurs comme Farber, ainsi que les analyses critiques ult\u00e9rieures de Hans Eysenck dans les ann\u00e9es 1950, ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un biais m\u00e9thodologique syst\u00e9matique dans les \u00e9tudes initiales : l&rsquo;absence d&rsquo;\u00e9valuation en double aveugle. Lorsque les psychiatres \u00e9valuaient le diagnostic d&rsquo;un patient tout en voyant sa silhouette filiforme, ils avaient tendance \u00e0 confirmer inconsciemment leur hypoth\u00e8se de d\u00e9part en diagnostiquant la schizophr\u00e9nie.<\/p>\n<p>Cependant, les r\u00e9\u00e9valuations \u00e9pid\u00e9miologiques et g\u00e9n\u00e9tiques contemporaines ont apport\u00e9 des \u00e9clairages inattendus. De vastes cohortes longitudinales de sant\u00e9 publique ont confirm\u00e9 une corr\u00e9lation statistique modeste, mais robuste et reproductible, entre un faible indice de masse corporelle d\u00e8s la fin de l&rsquo;adolescence et un risque ult\u00e9rieur statistiquement plus \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9velopper un trouble du spectre de la schizophr\u00e9nie, ind\u00e9pendamment des effets secondaires des th\u00e9rapeutiques neuroleptiques ou des alt\u00e9rations du mode de vie li\u00e9es \u00e0 la maladie install\u00e9e.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes d&rsquo;association \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle du g\u00e9nome (GWAS) publi\u00e9es au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies sugg\u00e8rent l&rsquo;existence de corr\u00e9lations g\u00e9n\u00e9tiques pl\u00e9iotropes sous-jacentes. Des polymorphismes mononucl\u00e9otidiques impliqu\u00e9s dans la r\u00e9gulation m\u00e9tabolique, le d\u00e9veloppement synaptique pr\u00e9coce et la signalisation lipidique dans le cerveau semblent influencer simultan\u00e9ment l&rsquo;adiposit\u00e9 corporelle et la vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux anomalies neurod\u00e9veloppementales. Ces d\u00e9couvertes ne valident nullement les typologies rigides de l&rsquo;asth\u00e9nique con\u00e7ues par Kretschmer, mais r\u00e9habilitent l&rsquo;existence de liens biologiques complexes et partag\u00e9s entre neurod\u00e9veloppement et morphogen\u00e8se corporelle.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La perception, la valorisation et la signification sociale du type asth\u00e9nique varient consid\u00e9rablement selon les contextes culturels et les \u00e9poques. Dans l&rsquo;Occident m\u00e9di\u00e9val et sous l&rsquo;influence du christianisme asc\u00e9tique, la morphologie maigre, \u00e9lanc\u00e9e et d\u00e9nu\u00e9e de rondeurs charnelles \u00e9tait per\u00e7ue comme le reflet visible de la puret\u00e9 spirituelle, de la ma\u00eetrise des passions terrestres et de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation intellectuelle, contrastant avec l&rsquo;association populaire de la graisse au p\u00e9ch\u00e9 de gourmandise ou \u00e0 la paresse d&rsquo;esprit.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles agraires d&rsquo;Afrique subsaharienne, du Pacifique ou d&rsquo;Am\u00e9rique latine, la conformation asth\u00e9nique a longtemps \u00e9t\u00e9 associ\u00e9e \u00e0 la disette, \u00e0 la maladie chronique (telle que la tuberculose ou les parasitoses) ou \u00e0 un manque d&rsquo;aptitude productive. L&#8217;embonpoint y constituait un symbole tangible de sant\u00e9 robuste, de fertilit\u00e9 et de prosp\u00e9rit\u00e9 \u00e9conomique. Par cons\u00e9quent, les traits comportementaux de r\u00e9serve et d&rsquo;isolement li\u00e9s au temp\u00e9rament schizothyme y \u00e9taient fr\u00e9quemment sanctionn\u00e9s socialement ou per\u00e7us avec m\u00e9fiance.<\/p>\n<p>Dans la modernit\u00e9 mondialis\u00e9e contemporaine, le statut du corps longiligne s&rsquo;est profond\u00e9ment transform\u00e9 sous l&rsquo;effet des industries de la mode, du spectacle et des normes esth\u00e9tiques dominantes. La minceur pouss\u00e9e, autrefois qualifi\u00e9e de d\u00e9bilit\u00e9 asth\u00e9nique, a \u00e9t\u00e9 largement promue comme un id\u00e9al de gr\u00e2ce et de raffinement, notamment dans les canons f\u00e9minins occidentaux de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, tandis que chez les hommes, l&rsquo;id\u00e9al s&rsquo;est plut\u00f4t d\u00e9plac\u00e9 vers le type m\u00e9somorphe athl\u00e9tique, rel\u00e9guant la minceur masculine non muscl\u00e9e \u00e0 un stigmate de fragilit\u00e9 corporelle per\u00e7ue.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>La critique \u00e9pist\u00e9mologique et \u00e9thique des th\u00e9ories typologiques constitutionnelles a conduit \u00e0 leur abandon progressif au sein de la psychologie scientifique dominante. Le grief fondamental adress\u00e9 \u00e0 Kretschmer et \u00e0 ses \u00e9mules r\u00e9side dans le <strong>d\u00e9terminisme biologique r\u00e9ductionniste<\/strong>. En postulant un lien causal direct et inalt\u00e9rable entre la charpente osseuse et les traits de l&rsquo;esprit, ces syst\u00e8mes n\u00e9gligeaient de mani\u00e8re dramatique l&rsquo;influence capitale de l&rsquo;environnement social, de l&rsquo;\u00e9ducation, des traumatismes relationnels, de la culture et de la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale tout au long de la vie.<\/p>\n<p>Une seconde limite m\u00e9thodologique majeure concerne l&rsquo;effet confondant des facteurs chronologiques et somatiques secondaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le biais de l&rsquo;\u00e2ge :<\/strong> La schizophr\u00e9nie d\u00e9bute classiquement entre 18 et 25 ans, p\u00e9riode de la vie o\u00f9 la silhouette humaine est naturellement plus \u00e9lanc\u00e9e et d\u00e9nu\u00e9e de masse graisseuse. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, les troubles bipolaires (psychose maniaco-d\u00e9pressive) \u00e9taient fr\u00e9quemment diagnostiqu\u00e9s chez des individus plus \u00e2g\u00e9s (40 ans et plus), tranche d&rsquo;\u00e2ge o\u00f9 l&rsquo;accumulation adipeuse abdominale est physiologiquement pr\u00e9valente. Une grande partie de l&rsquo;association observ\u00e9e par Kretschmer entre type asth\u00e9nique et schizophr\u00e9nie d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, et type pycnique et manie de l&rsquo;autre, n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;un artefact d\u00e9mographique li\u00e9 \u00e0 la s\u00e9nescence.<\/li>\n<li><strong>Les effets de l&rsquo;hospitalisation chronique :<\/strong> Les conditions d&rsquo;internement asilaire du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle exposaient les patients schizophr\u00e8nes incurables \u00e0 des r\u00e9gimes alimentaires carenc\u00e9s et \u00e0 des pathologies infectieuses d\u00e9bilitantes (comme la tuberculose pulmonaire), provoquant un amaigrissement acquis faussement interpr\u00e9t\u00e9 comme une tare constitutionnelle inn\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Le risque de d\u00e9rive id\u00e9ologique :<\/strong> Durant l&rsquo;entre-deux-guerres, les typologies physiques ont \u00e9t\u00e9 instrumentalis\u00e9es par certains courants eug\u00e9nistes et par l&rsquo;hygi\u00e8ne raciale sous le r\u00e9gime nazi, assimilant certaines constitutions physiques \u00e0 des formes d&rsquo;inf\u00e9riorit\u00e9 biologique h\u00e9r\u00e9ditaire, ce qui a jet\u00e9 un discr\u00e9dit durable sur la biotypologie dans l&rsquo;apr\u00e8s-guerre.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter les amalgames conceptuels fr\u00e9quents dans les textes anciens comme modernes, il est essentiel de distinguer le type asth\u00e9nique de plusieurs notions limitrophes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Type asth\u00e9nique vs Leptosome :<\/strong> Bien que souvent utilis\u00e9s de fa\u00e7on interchangeable, Kretschmer a introduit le terme de leptosome pour d\u00e9signer la variante g\u00e9n\u00e9rique et normale de la morphologie mince et \u00e9lanc\u00e9e. L&rsquo;\u00ab asth\u00e9nique \u00bb correspond \u00e0 la frange extr\u00eame du spectre leptosome, marqu\u00e9e par une fragilit\u00e9 accentu\u00e9e, un d\u00e9ficit musculaire et une fatigabilit\u00e9 manifeste.<\/li>\n<li><strong>Type asth\u00e9nique vs Ectomorphe :<\/strong> Forg\u00e9 par William Sheldon, l&rsquo;ectomorphe d\u00e9signe un individu chez qui dominent les structures d\u00e9riv\u00e9es de l&rsquo;ectoderme embryonnaire (syst\u00e8me nerveux et t\u00e9guments). L&rsquo;ectomorphie est une composante continue mesurable sur une \u00e9chelle num\u00e9rique, tandis que le type asth\u00e9nique de Kretschmer \u00e9tait con\u00e7u comme une cat\u00e9gorie typologique discr\u00e8te.<\/li>\n<li><strong>Type asth\u00e9nique vs Asth\u00e9nie clinique :<\/strong> L&rsquo;asth\u00e9nie au sens m\u00e9dical strict d\u00e9signe un sympt\u00f4me fonctionnel universel caract\u00e9ris\u00e9 par une fatigue anormale, durable et non soulag\u00e9e par le repos, survenant dans une multitude d&rsquo;affections organiques ou psychiatriques (d\u00e9pression, infections virales). L&rsquo;individu de type asth\u00e9nique n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement atteint d&rsquo;asth\u00e9nie clinique ; il poss\u00e8de simplement une ossature et une musculature fines.<\/li>\n<li><strong>Type asth\u00e9nique vs Temp\u00e9rament schizo\u00efde :<\/strong> Le type asth\u00e9nique qualifie une constitution corporelle (somatotype), alors que le temp\u00e9rament schizo\u00efde d\u00e9signe un profil de fonctionnement psychique et relationnel caract\u00e9ris\u00e9 par l&rsquo;\u00e9vitement des contacts sociaux et un monde imaginaire riche. Pour Kretschmer, l&rsquo;asth\u00e9nique pr\u00e9disposait au temp\u00e9rament schizo\u00efde, mais les deux concepts d\u00e9crivent deux registres ph\u00e9nom\u00e9nologiques diff\u00e9rents.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le type asth\u00e9nique constitue l&rsquo;un des paradigmes historiques les plus marquants de la m\u00e9decine psychosomatique et de la caract\u00e9rologie du XXe si\u00e8cle. Les principaux \u00e9l\u00e9ments qui le caract\u00e9risent peuvent se r\u00e9sumer ainsi :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Signature morphologique :<\/strong> Il s&rsquo;agit d&rsquo;une architecture corporelle \u00e9lanc\u00e9e, lin\u00e9aire et \u00e9troite, caract\u00e9ris\u00e9e par une cage thoracique aplatie, une ossature fine, une musculature menue et une r\u00e9serve adipeuse minimale.<\/li>\n<li><strong>Origine th\u00e9orique :<\/strong> Syst\u00e9matis\u00e9 par le psychiatre allemand Ernst Kretschmer en 1921 dans son trait\u00e9 <em>Structure corporelle et caract\u00e8re<\/em>, le concept repr\u00e9sentait le p\u00f4le oppos\u00e9 au type pycnique (trapu et adipeux) et au type athl\u00e9tique (musculeux).<\/li>\n<li><strong>Corr\u00e9lation caract\u00e9rologique postul\u00e9e :<\/strong> Historiquement rattach\u00e9 au temp\u00e9rament schizothyme, il d\u00e9crit des individus pr\u00e9dispos\u00e9s \u00e0 l&rsquo;introversion, \u00e0 l&rsquo;analyse r\u00e9flexive solitaire, \u00e0 une hypersensibilit\u00e9 \u00e9motionnelle interne dissimul\u00e9e sous une r\u00e9serve relationnelle apparente.<\/li>\n<li><strong>Affinit\u00e9 psychopathologique classique :<\/strong> La biotypologie classique consid\u00e9rait cette structure comme pr\u00e9sentant une vuln\u00e9rabilit\u00e9 accrue aux troubles du spectre de la schizophr\u00e9nie en cas de d\u00e9compensation mentale.<\/li>\n<li><strong>Statut scientifique actuel :<\/strong> Les typologies constitutionnelles rigides et d\u00e9terministes ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9fut\u00e9es en tant que th\u00e9ories explicatives globales de la personnalit\u00e9. Toutefois, la recherche g\u00e9nomique moderne confirme l&rsquo;existence de voies biologiques et neurod\u00e9veloppementales partag\u00e9es reliant certains ph\u00e9notypes m\u00e9taboliques \u00e0 des susceptibilit\u00e9s psychiatriques.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Eysenck, H. J. (1947). <em>Dimensions of personality<\/em>. Kegan Paul, Trench, Trubner &amp; Co. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/dimensionsofpers0000unse\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/archive.org\/details\/dimensionsofpers0000unse<\/a><\/li>\n<li>Kretschmer, E. (1921). <em>K\u00f6rperbau und Charakter: Untersuchungen zum Konstitutionsproblem und zur Lehre von den Temperamenten<\/em>. Springer. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-3-642-99231-5\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-3-642-99231-5<\/a><\/li>\n<li>Kretschmer, E. (1925). <em>Physique and character: An investigation of the nature of constitution and of the theory of temperament<\/em> (W. J. H. Sprott, Trad.). Kegan Paul, Trench, Trubner &amp; Co. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/physiquecharacte00kret\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/archive.org\/details\/physiquecharacte00kret<\/a><\/li>\n<li>Sheldon, W. H., Stevens, S. S., &amp; Tucker, W. B. (1940). <em>The varieties of human physique: An introduction to constitutional psychology<\/em>. Harper &amp; Brothers. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/varietiesofhuman00shel\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/archive.org\/details\/varietiesofhuman00shel<\/a><\/li>\n<li>Sheldon, W. H., &amp; Stevens, S. S. (1942). <em>The varieties of temperament: A psychology of constitutional differences<\/em>. Harper &amp; Brothers. <a href=\"https:\/\/archive.org\/details\/varietiesoftempe00shel\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/archive.org\/details\/varietiesoftempe00shel<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le type asth\u00e9nique d\u00e9signe, dans la biotypologie classique d&rsquo;Ernst Kretschmer, une morphologie \u00e9lanc\u00e9e et gracile historiquement associ\u00e9e au temp\u00e9rament schizothyme.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1516,3],"tags":[34142,3214,7984,35106,7986,34141,35105],"class_list":["post-21057","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-histoire-de-la-psychologie","category-psychologie-clinique","tag-biotypologie","tag-caracterologie","tag-ernst-kretschmer","tag-leptosome","tag-schizothymie","tag-somatotype","tag-type-asthenique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21057","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21057\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21057"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21057"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21057"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}