{"id":21055,"date":"2026-10-25T01:51:59","date_gmt":"2026-10-25T01:51:59","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=asterixis-definition-neuropsychiatrique"},"modified":"2026-10-25T01:51:59","modified_gmt":"2026-10-25T01:51:59","slug":"asterixis-definition-neuropsychiatrique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=asterixis-definition-neuropsychiatrique","title":{"rendered":"Ast\u00e9rixis : Signe d&rsquo;alerte neuro-m\u00e9tabolique"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;ast\u00e9rixis constitue l&rsquo;une des manifestations motrices involontaires les plus fascinantes et r\u00e9v\u00e9latrices de la neuropsychiatrie clinique contemporaine. Souvent qualifi\u00e9 de tremblement d&rsquo;inhibition ou de tremblement battant, ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u00e9miologique traduit une alt\u00e9ration diffuse des r\u00e9seaux cortico-sous-corticaux r\u00e9gulant le tonus postural. Sa pr\u00e9sence chez un patient pr\u00e9sentant des fluctuations cognitives, des troubles de l&rsquo;attention ou un \u00e9tat confusionnel aigu oriente imm\u00e9diatement le clinicien vers une \u00e9tiologie toxique ou m\u00e9tabolique sous-jacente.<\/p>\n<h2>Ast\u00e9rixis : D\u00e9finition, Physiopathologie et Implications Neuropsychiatriques<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;ast\u00e9rixis est un trouble moteur involontaire caract\u00e9ris\u00e9 par des pertes br\u00e8ves et r\u00e9p\u00e9t\u00e9es du tonus musculaire postural, suivies d&rsquo;une phase de correction motrice rapide et r\u00e9flexe. Contrairement aux tremblements conventionnels r\u00e9sultant de contractions musculaires oscillatoires actives, l&rsquo;ast\u00e9rixis rel\u00e8ve d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Myoclonie\">myoclonus n\u00e9gatif<\/a> o\u00f9 l&rsquo;interruption soudaine de l&rsquo;activit\u00e9 myo\u00e9lectrique provoque une d\u00e9faillance transitoire de la posture d&rsquo;un membre ou d&rsquo;un segment corporel.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et psychiatrique, l&rsquo;ast\u00e9rixis n&rsquo;est jamais consid\u00e9r\u00e9 comme un sympt\u00f4me idiopathique ou anodin, mais comme le t\u00e9moin clinique d&rsquo;un dysfonctionnement c\u00e9r\u00e9bral m\u00e9tabolique global ou, plus rarement, d&rsquo;une atteinte focale des structures d&rsquo;int\u00e9gration sous-corticales. Il est particuli\u00e8rement classique au cours des \u00e9tats confusionnels aigus, des d\u00e9lires organiques et des enc\u00e9phalopathies m\u00e9taboliques diverses, o\u00f9 il refl\u00e8te la d\u00e9synchronisation des circuits oscillatoires reliant la formation r\u00e9ticul\u00e9e, le thalamus et le cortex pr\u00e9moteur.<\/p>\n<p>Bien qu&rsquo;il soit traditionnellement \u00e9valu\u00e9 au niveau des poignets lorsque les membres sup\u00e9rieurs sont \u00e9tendus et les mains maintenues en dorsiflexion forc\u00e9e, l&rsquo;ast\u00e9rixis peut int\u00e9resser l&rsquo;ensemble des groupes musculaires soumis \u00e0 une contraction posturale soutenue. Il peut ainsi toucher les paupi\u00e8res, la mandibule, la langue, les pieds ou la posture axiale, entra\u00eenant alors des pertes d&rsquo;\u00e9quilibre brusques et une instabilit\u00e9 de la station debout.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab ast\u00e9rixis \u00bb tire son origine linguistique du grec ancien. Il est form\u00e9 par la particule privative <em>a-<\/em> (\u1f00-, signifiant \u00ab sans \u00bb ou \u00ab absence de \u00bb) combin\u00e9e au substantif <em>st\u00earixis<\/em> (\u03c3\u03c4\u03ae\u03c1\u03b9\u03be\u03b9\u03c2, d\u00e9riv\u00e9 du verbe \u03c3\u03c4\u03b7\u03c1\u03af\u03b6\u03c9, signifiant \u00ab support \u00bb, \u00ab fixation \u00bb, \u00ab appui \u00bb ou \u00ab stabilit\u00e9 \u00bb). Traduit litt\u00e9ralement, le mot d\u00e9signe donc une \u00ab incapacit\u00e9 \u00e0 maintenir une position fixe \u00bb ou une \u00ab absence de soutien postural \u00bb.<\/p>\n<p>Le vocable a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9 en 1949 par les neurologues am\u00e9ricains Raymond Adams et Joseph Foley dans leur publication princeps sur les anomalies neurologiques associ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;insuffisance h\u00e9patique s\u00e9v\u00e8re. Ils cherchaient un terme rigoureux pour distinguer ce ph\u00e9nom\u00e8ne singulier du tremblement rythmique classique de la maladie de Parkinson ou des tr\u00e9mulations physiologiques exacerb\u00e9es, reconnaissant imm\u00e9diatement qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un effondrement p\u00e9riodique du tonus plut\u00f4t que d&rsquo;un exc\u00e8s de mouvement actif.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature anglo-saxonne, le terme vernaculaire <em>flapping tremor<\/em> (\u00ab tremblement de battement \u00bb ou \u00ab tremblement d&rsquo;ailes \u00bb) est fr\u00e9quemment employ\u00e9 de mani\u00e8re interchangeable avec l&rsquo;ast\u00e9rixis. En fran\u00e7ais m\u00e9dical, les d\u00e9signations \u00ab tremblement battant \u00bb ou \u00ab tremblement d&rsquo;inhibition motrice \u00bb sont \u00e9galement admises, bien que la translitt\u00e9ration savante \u00ab ast\u00e9rixis \u00bb (ou parfois \u00ab ast\u00e9rixie \u00bb) demeure le standard terminologique privil\u00e9gi\u00e9 dans les trait\u00e9s de neurologie et de neuropsychiatrie.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, \u00ab ast\u00e9rixis \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement [as.te.\u0281ik.sis]. La consonne finale s&rsquo;articule distinctement, et l&rsquo;accent tonique naturel se r\u00e9partit selon les r\u00e8gles phonologiques usuelles du fran\u00e7ais standard sans alt\u00e9ration des voyelles ouvertes.<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, l&rsquo;ast\u00e9rixis est un nom commun masculin singulier (invariable au pluriel : \u00ab des ast\u00e9rixis \u00bb, bien que l&rsquo;usage clinique moderne recoure presque exclusivement au singulier g\u00e9n\u00e9rique). La variante nominale f\u00e9minine \u00ab ast\u00e9rixie \u00bb existe dans certaines nosologies francophones historiques mais tend \u00e0 devenir obsol\u00e8te. Les adjectifs d\u00e9riv\u00e9s incluent \u00ab ast\u00e9rixique \u00bb pour qualifier la secousse ou la manifestation clinique observ\u00e9e chez le patient.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;ast\u00e9rixis dans toute sa complexit\u00e9, il est indispensable de comprendre le concept fondamental de posture motrice continue. Le maintien volontaire d&rsquo;une attitude corporelle dans l&rsquo;espace requiert une d\u00e9charge tonique continue et coordonn\u00e9e des motoneurones alpha spinaux sous l&rsquo;influence r\u00e9gulatrice descendante des faisceaux cortico-spinaux et rubro-spinaux. L&rsquo;ast\u00e9rixis repr\u00e9sente l&rsquo;inhibition brutale, silencieuse et involontaire de cette d\u00e9charge tonique basale.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9lectrophysiologique, un \u00e9pisode d&rsquo;ast\u00e9rixis se caract\u00e9rise par une pause \u00e9lectromyographique (EMG) silencieuse d&rsquo;une dur\u00e9e typique comprise entre 50 et 200 millisecondes. Durant cette br\u00e8ve phase d&rsquo;extinction, le muscle perd toute capacit\u00e9 de contraction isom\u00e9trique. Sous l&rsquo;effet de la pesanteur ou de la tension \u00e9lastique des tissus antagonistes, l&rsquo;articulation c\u00e8de brutalement. D\u00e8s que cette chute se produit, les r\u00e9cepteurs proprioceptifs musculaires et tendineux (fuseaux neuromusculaires et organes tendineux de Golgi) sont brusquement \u00e9tir\u00e9s, g\u00e9n\u00e9rant un r\u00e9flexe myotatique d&rsquo;urgence qui r\u00e9active la contraction motrice pour ramener le membre vers sa position initiale. Ce va-et-vient entre inhibition silencieuse et compensation r\u00e9flexe donne l&rsquo;illusion d&rsquo;un battement ou d&rsquo;un tremblement oscillant.<\/p>\n<p>Le p\u00e9rim\u00e8tre s\u00e9miologique de l&rsquo;ast\u00e9rixis s&rsquo;\u00e9tend bien au-del\u00e0 de la simple motricit\u00e9 p\u00e9riph\u00e9rique. Dans la pratique neuropsychiatrique, l&rsquo;ast\u00e9rixis refl\u00e8te une vuln\u00e9rabilit\u00e9 m\u00e9tabolique critique des noyaux gris centraux et du syst\u00e8me r\u00e9ticulaire activateur ascendant. Lorsque l&rsquo;\u00e9quilibre biochimique c\u00e9r\u00e9bral est perturb\u00e9 par l&rsquo;accumulation de m\u00e9tabolites toxiques ou la privation de substrats \u00e9nerg\u00e9tiques, les boucles de r\u00e9troaction thalamos-corticales perdent leur stabilit\u00e9 oscillatoire, rendant impossible la modulation continue de l&rsquo;attention et du tonus moteur.<\/p>\n<p>Il existe une corr\u00e9lation temporelle et fonctionnelle \u00e9troite entre l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;ast\u00e9rixis et le degr\u00e9 d&rsquo;alt\u00e9ration de la conscience. Dans les phases initiales d&rsquo;un d\u00e9r\u00e8glement m\u00e9tabolique, l&rsquo;ast\u00e9rixis peut \u00eatre intermittent, discret et d\u00e9clench\u00e9 uniquement par une \u00e9preuve d&rsquo;hyperextension prolong\u00e9e des poignets. \u00c0 mesure que l&rsquo;atteinte c\u00e9r\u00e9brale s&rsquo;aggrave, les d\u00e9charges inhibitrices deviennent multifocales, asynchrones, et se manifestent m\u00eame lors de mouvements minimes ou au repos, pr\u00e9c\u00e9dant fr\u00e9quemment l&rsquo;apparition d&rsquo;un coma m\u00e9tabolique profond au cours duquel le tonus musculaire s&rsquo;effondre totalement.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La reconnaissance clinique de l&rsquo;ast\u00e9rixis a marqu\u00e9 une \u00e9tape d\u00e9cisive dans l&rsquo;histoire de la s\u00e9miologie neurologique moderne. Avant le milieu du vingti\u00e8me si\u00e8cle, les mouvements anormaux observ\u00e9s chez les patients souffrant de d\u00e9faillance visc\u00e9rale \u00e9taient indistinctement class\u00e9s parmi les d\u00e9lires agit\u00e9s, les tremblements toxiques ou les convulsions cloniques. L&rsquo;absence de distinction m\u00e9canistique emp\u00eachait une compr\u00e9hension fine des alt\u00e9rations c\u00e9r\u00e9brales associ\u00e9es aux dysfonctionnements h\u00e9patiques ou r\u00e9naux.<\/p>\n<p>En 1949, Raymond D. Adams et Joseph M. Foley, travaillant au Boston City Hospital, ont individualis\u00e9 pour la premi\u00e8re fois cette s\u00e9miologie sp\u00e9cifique chez des patients atteints d&rsquo;insuffisance h\u00e9patique grave compliqu\u00e9e de stupeur. Leurs observations rigoureuses, publi\u00e9es sous le titre d\u00e9sormais classique de \u00ab The neurological disorder associated with liver disease \u00bb, ont permis de formaliser l&rsquo;ast\u00e9rixis comme une entit\u00e9 clinique autonome et reproductible, distincte des tremblements d&rsquo;action ou de repos d\u00e9crits par James Parkinson.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1960 et 1970, l&rsquo;av\u00e8nement de l&rsquo;\u00e9lectromyographie clinique de surface a permis de lever le voile sur la nature r\u00e9elle du ph\u00e9nom\u00e8ne. Des pionniers de la neurophysiologie, tels que C. D. Marsden et R. R. Young, ont d\u00e9montr\u00e9 sans ambigu\u00eft\u00e9 que la secousse clinique n&rsquo;\u00e9tait pas produite par une impulsion musculaire active mais par un \u00ab silence \u00e9lectrique \u00bb. Cette d\u00e9couverte a r\u00e9volutionn\u00e9 la compr\u00e9hension motrice en introduisant la notion de \u00ab myoclonie d&rsquo;inhibition \u00bb ou \u00ab myoclonus n\u00e9gatif \u00bb, bouleversant les paradigmes de la physiologie neuromusculaire de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1980 et 1990, avec l&rsquo;essor de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) et de la tomodensitom\u00e9trie c\u00e9r\u00e9brale, des chercheurs ont rapport\u00e9 des cas surprenants d&rsquo;ast\u00e9rixis unilat\u00e9ral sans cause m\u00e9tabolique syst\u00e9mique. Ces observations ont permis de localiser les substrats anatomiques de l&rsquo;inhibition tonique au sein du thalamus ventrolat\u00e9ral, des noyaux lenticulaires, du m\u00e9senc\u00e9phale et du lobe pari\u00e9tal, int\u00e9grant ainsi d\u00e9finitivement l&rsquo;ast\u00e9rixis au sein des neurosciences cognitives et structurales.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiopathologiques<\/h3>\n<p>La survenue de l&rsquo;ast\u00e9rixis repose sur un mod\u00e8le th\u00e9orique complexe impliquant la rupture de l&rsquo;hom\u00e9ostasie des neurotransmetteurs centraux et la d\u00e9r\u00e9gulation des circuits en boucle cortico-striato-thalamo-corticaux. Le maintien de la posture exige une int\u00e9gration permanente des aff\u00e9rences sensorielles proprioceptives au sein du cortex pari\u00e9tal et des noyaux sous-corticaux, suivie d&rsquo;une transmission continue vers les aires motrices suppl\u00e9mentaires et le cortex moteur primaire.<\/p>\n<p>Dans le mod\u00e8le m\u00e9tabolique, illustr\u00e9 de mani\u00e8re paradigmatique par l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Enc%C3%A9phalopathie_h%C3%A9patique\">enc\u00e9phalopathie h\u00e9patique<\/a>, l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation des taux s\u00e9riques et c\u00e9r\u00e9braux d&rsquo;ammoniaque franchit la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique. Cet afflux provoque un gonflement astrocytaire, un stress oxydatif majeur et une perturbation profonde du m\u00e9tabolisme du glutamate et du GABA (acide gamma-aminobutyrique). Le d\u00e9s\u00e9quilibre entre la transmission glutamatergique excitatrice et la neurotransmission GABAergique inhibitrice alt\u00e8re la r\u00e9gulation phasique du thalamus ventrolat\u00e9ral, qui agit comme le m\u00e9tronome stabilisateur de l&rsquo;excitabilit\u00e9 corticale motrice.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la th\u00e9orie de la d\u00e9synchronisation r\u00e9ticulo-thalamique stipule que le syst\u00e8me r\u00e9ticulaire activateur ascendant du tronc c\u00e9r\u00e9bral ne parvient plus \u00e0 fournir au cortex un tonus d&rsquo;\u00e9veil et de modulation motrice suffisant. Lorsque cette commande d&rsquo;\u00e9veil oscille ou subit une micro-inhibition transitoire, les motoneurones spinaux cessent temporairement d&rsquo;\u00eatre facilit\u00e9s. Cette d\u00e9faillance descendante cr\u00e9e le silence myo\u00e9lectrique typique visible \u00e0 l&rsquo;enregistrement de surface.<\/p>\n<p>Dans le mod\u00e8le structural ou l\u00e9sionnel, un foyer isch\u00e9mique ou h\u00e9morragique circonscrit interrompt les fibres d&rsquo;association thalamo-pari\u00e9tales ou rubro-thalamiques. Dans cette configuration, le cortex moteur perd de mani\u00e8re unilat\u00e9rale les informations proprioceptives n\u00e9cessaires \u00e0 la stabilisation permanente de la posture articulaire. Le membre controlat\u00e9ral \u00e0 la l\u00e9sion pr\u00e9sente alors un ast\u00e9rixis isol\u00e9, confirmant que le contr\u00f4le du tonus postural d\u00e9pend d&rsquo;un r\u00e9seau anatomique distribu\u00e9 hautement sensible \u00e0 la fois aux poisons cellulaires diffus et aux interruptions vasculaires focales.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation clinique de l&rsquo;ast\u00e9rixis repose sur l&rsquo;identification de plusieurs dimensions s\u00e9miologiques fondamentales qui orientent la d\u00e9marche diagnostique et l&rsquo;analyse \u00e9tiologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Topographie bilat\u00e9rale et synchrone ou asynchrone :<\/strong> La pr\u00e9sentation la plus fr\u00e9quente est bilat\u00e9rale et diffuse, t\u00e9moignant d&rsquo;une \u00e9tiologie syst\u00e9mique m\u00e9tabolique, toxique ou m\u00e9dicamenteuse. Bien que les deux h\u00e9misph\u00e8res soient affect\u00e9s, les secousses posturales surviennent g\u00e9n\u00e9ralement de mani\u00e8re asynchrone entre la main gauche et la main droite, excluant un foyer convulsif unique.<\/li>\n<li><strong>Ast\u00e9rixis unilat\u00e9ral focal :<\/strong> Beaucoup plus rare, cette dimension traduit imp\u00e9rativement une l\u00e9sion structurelle du syst\u00e8me nerveux central. On l&rsquo;observe principalement lors d&rsquo;accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux isch\u00e9miques ou h\u00e9morragiques touchant le thalamus controlat\u00e9ral, le pont, les noyaux gris centraux ou la r\u00e9gion pari\u00e9tale ant\u00e9rieure.<\/li>\n<li><strong>Dur\u00e9e du silence \u00e9lectromyographique :<\/strong> L&rsquo;interruption de la contraction dure habituellement de 50 \u00e0 200 millisecondes. Une dur\u00e9e inf\u00e9rieure \u00e9voque plut\u00f4t une secousse clonique br\u00e8ve, tandis qu&rsquo;une chute motrice plus prolong\u00e9e rel\u00e8ve d&rsquo;une atonie \u00e9pileptique ou d&rsquo;un collapsus postural par\u00e9si\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Distribution corporelle :<\/strong> L&rsquo;ast\u00e9rixis c\u00e9phalique (tremblement de la m\u00e2choire, fermeture involontaire des paupi\u00e8res, saccades de la langue protruse), l&rsquo;ast\u00e9rixis axial (pertes de tonus de la musculature vert\u00e9brale) et l&rsquo;ast\u00e9rixis p\u00e9dieux (chute brutale de l&rsquo;avant-pied lors de la dorsiflexion active de la cheville) repr\u00e9sentent des variantes anatomiques majeures.<\/li>\n<li><strong>Cin\u00e9tique de compensation :<\/strong> La phase de redressement n&rsquo;est pas passive ; elle est constitu\u00e9e d&rsquo;une secousse tonique r\u00e9active d\u00e9pendante du syst\u00e8me nerveux p\u00e9riph\u00e9rique intact. La vitesse et l&rsquo;amplitude de ce redressement renseignent le clinicien sur l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 des voies aff\u00e9rentes et du r\u00e9flexe monosynaptique m\u00e9dullaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux saisir la port\u00e9e pratique de ce signe, plusieurs sc\u00e9narios cliniques caract\u00e9ristiques illustrent la survenue de l&rsquo;ast\u00e9rixis en milieu hospitalier et neuropsychiatrique :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;enc\u00e9phalopathie h\u00e9patique alcoolique d\u00e9compens\u00e9e.<\/strong> Un patient de 56 ans aux ant\u00e9c\u00e9dents de cirrhose h\u00e9patique d&rsquo;origine \u00e9thylique est amen\u00e9 aux urgences psychiatriques en raison d&rsquo;une confusion mentale fluctuante, d&rsquo;une inversion du cycle veille-sommeil et d&rsquo;un discours incoh\u00e9rent \u00e9voquant un trouble psychotique d&rsquo;allure maniaque. Lors de l&rsquo;examen somatique, le m\u00e9decin lui demande d&rsquo;\u00e9tendre les bras vers l&rsquo;avant, d&rsquo;\u00e9carter les doigts et de maintenir les poignets cass\u00e9s vers le haut. Au bout de dix secondes, les mains chutent brutalement d&rsquo;un ou deux centim\u00e8tres avant de se redresser vivement, r\u00e9p\u00e9tant ce sch\u00e9ma \u00e0 intervalles irr\u00e9guliers d&rsquo;environ deux \u00e0 quatre secondes. Cet ast\u00e9rixis caract\u00e9ristique \u00e9limine imm\u00e9diatement une d\u00e9compensation psychiatrique primaire et conduit au diagnostic d&rsquo;enc\u00e9phalopathie porto-syst\u00e9mique de stade II confirm\u00e9e par une hyperammoni\u00e9mie majeure.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : L&rsquo;intoxication m\u00e9dicamenteuse iatrog\u00e8ne au lithium.<\/strong> Une patiente de 42 ans trait\u00e9e pour un trouble bipolaire de type I se pr\u00e9sente en consultation pour un ralentissement psychomoteur, des vertiges et une ataxie d&rsquo;apparition r\u00e9cente. Le soignant observe un myoclonus n\u00e9gatif franc au niveau des mains et des paupi\u00e8res lors des efforts d&rsquo;attention visuelle soutenue. Le dosage de la lith\u00e9mie r\u00e9v\u00e8le une concentration s\u00e9rique toxique \u00e0 2,1 mEq\/L cons\u00e9cutive \u00e0 une d\u00e9shydratation aigu\u00eb et \u00e0 une coprescription accidentelle d&rsquo;anti-inflammatoires non st\u00e9ro\u00efdiens. L&rsquo;interruption imm\u00e9diate du traitement et l&rsquo;hyperhydratation permettent la disparition conjointe de l&rsquo;ast\u00e9rixis et des manifestations neuropsychiatriques.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : L&rsquo;ast\u00e9rixis unilat\u00e9ral d&rsquo;origine vasculaire.<\/strong> Un homme de 68 ans hypertendu consulte pour une maladresse subite de la main droite attribu\u00e9e initialement par sa famille \u00e0 un \u00ab tremblement anxieux \u00bb. L&rsquo;examen neurologique met en \u00e9vidence un ast\u00e9rixis strictement limit\u00e9 au poignet droit sans aucune atteinte du membre sup\u00e9rieur gauche, associ\u00e9 \u00e0 une l\u00e9g\u00e8re hypoesth\u00e9sie thermo-algique de l&rsquo;h\u00e9micorps controlat\u00e9ral. L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique c\u00e9r\u00e9brale urgente objective un infarctus lacunaire r\u00e9cent du noyau ventro-post\u00e9ro-lat\u00e9ral du thalamus gauche, confirmant la valeur localisatrice de la forme unilat\u00e9rale.<\/p>\n<h3>9. Mesure, d\u00e9tection et \u00e9valuation clinique<\/h3>\n<p>La recherche de l&rsquo;ast\u00e9rixis constitue une \u00e9tape incontournable de tout examen neurologique et de toute \u00e9valuation d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9lirium\">d\u00e9lirium<\/a> ou syndrome confusionnel. La m\u00e9thode classique standardis\u00e9e comporte plusieurs \u00e9tapes rigoureuses :<\/p>\n<p>Le patient est invit\u00e9 \u00e0 \u00e9tendre les deux bras horizontalement devant lui, les doigts \u00e9cart\u00e9s, les coudes \u00e9tendus et les poignets maintenus en extension dorsale maximale, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un agent de circulation intimant l&rsquo;ordre de s&rsquo;arr\u00eater (\u00ab signe du stop \u00bb). L&rsquo;examinateur demande au patient de fixer son regard et de maintenir cette posture sans bouger pendant au moins 30 \u00e0 60 secondes. L&rsquo;interruption tonique survient sous forme de chutes brusques de la main vers le bas (flexion palmaire soudaine) imm\u00e9diatement rattrap\u00e9es par une secousse de rel\u00e8vement. Pour majorer la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9preuve chez un patient coop\u00e9rant mais faiblement atteint, on peut lui demander de fermer les yeux ou de compter \u00e0 rebours \u00e0 partir de cent, mobilisant ses ressources attentionnelles et d\u00e9masquant ainsi le d\u00e9ficit postural masqu\u00e9.<\/p>\n<p>Chez le patient comateux, non coop\u00e9rant ou confus, l&rsquo;examinateur peut r\u00e9aliser la man\u0153uvre passive : le praticien saisit la main du patient, exerce une dorsiflexion passive du poignet pendant quelques secondes, puis rel\u00e2che subitement le soutien tout en observant si le poignet conserve son \u00e9l\u00e9vation tonique ou s&rsquo;il s&rsquo;effondre de mani\u00e8re saccad\u00e9e. Une technique analogue peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e aux membres inf\u00e9rieurs par la flexion dorsale active ou passive de la cheville (\u00ab ast\u00e9rixis p\u00e9dieux \u00bb ou clonus n\u00e9gatif du pied).<\/p>\n<p>Dans le domaine de la recherche neurophysiologique et des essais cliniques, l&rsquo;\u00e9valuation quantitative repose sur l&rsquo;enregistrement \u00e9lectromyographique (EMG) polygraphique synchronis\u00e9 avec un acc\u00e9l\u00e9rom\u00e8tre. Deux \u00e9lectrodes de surface sont appos\u00e9es sur les muscles extenseurs du carpe (comme l&rsquo;extensor carpi radialis). L&rsquo;EMG permet d&rsquo;identifier avec une pr\u00e9cision absolue les p\u00e9riodes de silence bio\u00e9lectrique de 50 \u00e0 200 ms non pr\u00e9c\u00e9d\u00e9es d&rsquo;ondes de d\u00e9charge motrice paroxystique, distinguant incontestablement l&rsquo;ast\u00e9rixis d&rsquo;une myoclonie positive corticale ou d&rsquo;un tremblement physiologique accentu\u00e9.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La valeur s\u00e9miologique de l&rsquo;ast\u00e9rixis r\u00e9side principalement dans sa formidable puissance d&rsquo;orientation \u00e9tiologique. Dans les services de psychiatrie, d&rsquo;addictologie et de r\u00e9animation m\u00e9dicale, sa d\u00e9couverte transforme radicalement la conduite \u00e0 tenir th\u00e9rapeutique en r\u00e9orientant l&rsquo;enqu\u00eate diagnostique :<\/p>\n<p>En premier lieu, l&rsquo;ast\u00e9rixis est le signe cardinal de l&rsquo;enc\u00e9phalopathie h\u00e9patique li\u00e9e \u00e0 une insuffisance h\u00e9patocellulaire aigu\u00eb ou \u00e0 une d\u00e9rivation porto-syst\u00e9mique chronique. Pr\u00e9sent d\u00e8s le stade pr\u00e9-comateux, il figure parmi les crit\u00e8res cardinaux de la classification de West Haven utilis\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale pour grader la gravit\u00e9 de l&rsquo;atteinte neurologique h\u00e9patique et d\u00e9cider d&rsquo;une admission en soins intensifs ou d&rsquo;une transplantation h\u00e9patique en urgence.<\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, il constitue un indicateur pr\u00e9coce et alarmant de l&rsquo;enc\u00e9phalopathie ur\u00e9mique au cours de l&rsquo;insuffisance r\u00e9nale terminale, dictant souvent l&rsquo;initiation en urgence d&rsquo;une h\u00e9modialyse \u00e9puratrice. Il est \u00e9galement typique de l&rsquo;enc\u00e9phalopathie hypercapnique chez les insuffisants respiratoires chroniques obstructifs (BPCO) d\u00e9compens\u00e9s, traduisant une acidose respiratoire c\u00e9r\u00e9brale et une narcose au dioxyde de carbone n\u00e9cessitant une ventilation non invasive sans d\u00e9lai.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, dans le champ de la psychopharmacologie, la d\u00e9tection de secousses ast\u00e9rixiques chez un patient sous psychotropes impose un d\u00e9pistage syst\u00e9matique de surdosage ou d&rsquo;interaction toxique. L&rsquo;ast\u00e9rixis est fr\u00e9quemment document\u00e9 lors d&rsquo;impr\u00e9gnations excessives par les anti\u00e9pileptiques (notamment le valproate de sodium, la ph\u00e9nyto\u00efne et la carbamaz\u00e9pine), les sels de lithium, les benzodiaz\u00e9pines et les barbituriques. Sa pr\u00e9sence doit conduire \u00e0 la r\u00e9vision de la posologie ou \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat de la mol\u00e9cule incrimin\u00e9e avant la survenue de complications l\u00e9thales.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations contemporaines en neurobiologie et en imagerie fonctionnelle ont apport\u00e9 des \u00e9clairages cruciaux sur les m\u00e9canismes sous-tendant l&rsquo;ast\u00e9rixis. Des \u00e9tudes men\u00e9es par \u00e9lectroenc\u00e9phalographie combin\u00e9e \u00e0 la r\u00e9tro-analyse de moyennes (<em>jerk-locked averaging<\/em>) et \u00e0 la magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG) ont permis de cartographier la dynamique temporelle reliant les d\u00e9charges corticales et l&rsquo;extinction p\u00e9riph\u00e9rique du tonus.<\/p>\n<p>Les travaux de chercheurs comme Shibasaki et Hallett ont formellement \u00e9tabli que, chez une proportion significative de patients pr\u00e9sentant un myoclonus n\u00e9gatif m\u00e9tabolique, le silence \u00e9lectromyographique est imm\u00e9diatement pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 (d&rsquo;environ 30 \u00e0 40 millisecondes) par une onde lente biphasique ou triphasique focalis\u00e9e sur les aires corticales motrices controlat\u00e9rales. Cela d\u00e9montre que l&rsquo;inhibition n&rsquo;est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne purement passif ou spinal, mais qu&rsquo;elle provient d&rsquo;une commande descendante anormale \u00e9mise par le cortex moteur primaire cons\u00e9cutivement \u00e0 une d\u00e9sorganisation de ses aff\u00e9rences thalameuses r\u00e9gulatrices.<\/p>\n<p>Sur le versant biochimique, des recherches pr\u00e9cliniques et des analyses de liquide c\u00e9phalorachidien ont mis en lumi\u00e8re le r\u00f4le central de l&rsquo;\u0153d\u00e8me astrocytaire de bas grade m\u00e9di\u00e9 par la glutamine synth\u00e9tase. L&rsquo;accumulation intra-astrocytaire de glutamine, sous le coup d&rsquo;une surcharge ammoniacale, entra\u00eene une dysfonction des transporteurs astrocytaires du glutamate (GLT-1), g\u00e9n\u00e9rant une hyper-activation initiale des r\u00e9cepteurs NMDA suivie d&rsquo;une d\u00e9sensibilisation postsynaptique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. Ces anomalies mol\u00e9culaires alt\u00e8rent sp\u00e9cifiquement les boucles oscillatoires gamma et b\u00eata n\u00e9cessaires au maintien de la posture isom\u00e9trique soutenue.<\/p>\n<p>Enfin, de multiples cohortes prospectives en milieu de soins intensifs ont confirm\u00e9 que l&rsquo;ast\u00e9rixis poss\u00e8de une valeur pronostique ind\u00e9pendante. Sa persistance malgr\u00e9 un traitement m\u00e9dical bien conduit chez des patients en syndrome de d\u00e9faillance multivisc\u00e9rale est associ\u00e9e \u00e0 une augmentation statistiquement significative de la morbi-mortalit\u00e9 hospitali\u00e8re et \u00e0 un risque accru d&rsquo;enc\u00e9phalopathie subaigu\u00eb r\u00e9siduelle.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La manifestation et l&rsquo;interpr\u00e9tation de l&rsquo;ast\u00e9rixis varient substantiellement selon les contextes cliniques, les cultures m\u00e9dicales et les repr\u00e9sentations profanes de la maladie mentale. Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es dot\u00e9es de plateaux techniques sophistiqu\u00e9s, l&rsquo;ast\u00e9rixis est imm\u00e9diatement int\u00e9gr\u00e9 dans un arbre d\u00e9cisionnel biologique pour \u00e9liminer un d\u00e9sordre m\u00e9tabolique ou une toxicit\u00e9 m\u00e9dicamenteuse.<\/p>\n<p>En revanche, dans les contextes o\u00f9 l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la biologie m\u00e9dicale d&rsquo;urgence et aux neurologues form\u00e9s est limit\u00e9, les sympt\u00f4mes inauguraux d&rsquo;une enc\u00e9phalopathie (ralentissement id\u00e9atoire, agitation nocturne, discours d\u00e9cousu et secousses motrices des membres) sont fr\u00e9quemment interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 tort comme des manifestations psychiatriques pures, des \u00e9tats de possession, du d\u00e9lire spirite ou une d\u00e9mence s\u00e9nile irr\u00e9versible. Cette m\u00e9connaissance s\u00e9miologique conduit \u00e0 des retards critiques de prise en charge d&rsquo;affections parfaitement r\u00e9versibles telles que l&rsquo;ur\u00e9mie, l&rsquo;hypercapnie ou l&rsquo;insuffisance h\u00e9patique aigu\u00eb.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la relation complexe entre les addictions et les troubles m\u00e9taboliques colore la perception soignante. Chez un patient aux ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;alcoolod\u00e9pendance, l&rsquo;apparition d&rsquo;un tremblement battant des mains est tr\u00e8s couramment confondue par les proches ou par des soignants non avertis avec le tremblement de sevrage \u00e9thylique (le classique pr\u00e9-delirium tremens). Cette confusion conduit r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;administration erron\u00e9e de doses massives de benzodiaz\u00e9pines s\u00e9datives, aggravant dramatiquement l&rsquo;insuffisance h\u00e9patique et pr\u00e9cipitant le patient dans un coma profond par d\u00e9faillance respiratoire et h\u00e9patique conjointe.<\/p>\n<h3>13. Controverses, d\u00e9bats et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa description ancienne et sa r\u00e9putation de signe classique incontournable, l&rsquo;ast\u00e9rixis continue de susciter des controverses diagnostiques et s\u00e9miologiques substantielles au sein de la communaut\u00e9 neurologique internationale :<\/p>\n<p>Le principal d\u00e9bat conceptuel porte sur l&rsquo;unicit\u00e9 de son m\u00e9canisme. Certains auteurs soutiennent que l&rsquo;ast\u00e9rixis m\u00e9tabolique et l&rsquo;ast\u00e9rixis d&rsquo;origine c\u00e9r\u00e9brovasculaire focale partagent une voie motrice finale commune via le faisceau rubro-spinal et les boucles pari\u00e9to-thalamiques, tandis que d&rsquo;autres consid\u00e8rent qu&rsquo;il s&rsquo;agit de deux entit\u00e9s physiopathologiques distinctes convergeant vers une m\u00eame apparence ph\u00e9notypique. La variabilit\u00e9 de la latence du silence \u00e9lectromyographique observ\u00e9e d&rsquo;un patient \u00e0 l&rsquo;autre entretient cette divergence doctrinale.<\/p>\n<p>Une seconde difficult\u00e9 diagnostique r\u00e9side dans la subjectivit\u00e9 de l&rsquo;examen clinique au lit du malade. Chez un patient tr\u00e8s confus, apathique ou opposant, le maintien volontaire de la posture des mains en extension pendant 30 secondes est souvent impossible \u00e0 obtenir. Le m\u00e9decin se heurte alors \u00e0 la limite inh\u00e9rente de l&rsquo;\u00e9preuve : l&rsquo;impossibilit\u00e9 de distinguer avec certitude un myoclonus n\u00e9gatif v\u00e9ritable d&rsquo;un simple manque d&rsquo;attention, d&rsquo;une fatigabilit\u00e9 motrice li\u00e9e \u00e0 une sarcop\u00e9nie s\u00e9v\u00e8re, ou d&rsquo;un refus de coop\u00e9ration psychologique.<\/p>\n<p>Enfin, la sp\u00e9cificit\u00e9 clinique de l&rsquo;ast\u00e9rixis est parfois surestim\u00e9e par les jeunes cliniciens. Si sa sensibilit\u00e9 pour les enc\u00e9phalopathies m\u00e9taboliques est remarquable, sa sp\u00e9cificit\u00e9 \u00e9tiologique est quasi nulle lorsqu&rsquo;il est bilat\u00e9ral : il ne permet en aucun cas d&rsquo;affirmer avec certitude que la cause est h\u00e9patique plut\u00f4t que r\u00e9nale, hypercapnique, \u00e9lectrolytique ou pharmacologique. L&rsquo;ast\u00e9rixis est un signe de d\u00e9tresse c\u00e9r\u00e9brale globale, non un biomarqueur exclusif d&rsquo;un organe visc\u00e9ral unique.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions nosologiques<\/h3>\n<p>La pr\u00e9cision de la terminologie neuropsychiatrique exige de ne pas confondre l&rsquo;ast\u00e9rixis avec d&rsquo;autres perturbations motrices involontaires partageant des similitudes visuelles de surface :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Myoclonie positive :<\/strong> Contraction musculaire active, soudaine et br\u00e8ve, li\u00e9e \u00e0 une d\u00e9charge \u00e9lectrique paroxystique du syst\u00e8me nerveux central, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de l&rsquo;ast\u00e9rixis qui constitue un arr\u00eat passif transitoire de contraction (myoclonie n\u00e9gative).<\/li>\n<li><strong>Tremblement parkinsonien de repos :<\/strong> Tremblement r\u00e9gulier, rythmique (4 \u00e0 6 Hz), survenant au repos musculaire complet et disparaissant lors de la posture active ou du mouvement volontaire, alors que l&rsquo;ast\u00e9rixis n&rsquo;appara\u00eet que lors d&rsquo;un maintien postural actif.<\/li>\n<li><strong>Tremblement essentiel postural :<\/strong> Oscillation m\u00e9canique synchrone et sym\u00e9trique des muscles agonistes et antagonistes (6 \u00e0 10 Hz) d\u00e9clench\u00e9e par la posture, continue et sans interruption \u00e9lectromyographique silencieuse.<\/li>\n<li><strong>Clonus pyramidal :<\/strong> Succession rythmique et in\u00e9puisable de secousses musculaires r\u00e9flexes provoqu\u00e9e par l&rsquo;\u00e9tirement passif et maintenu d&rsquo;un tendon dans le cadre d&rsquo;un syndrome pyramidal hyperr\u00e9flexique, sans chute tonique spontan\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Chor\u00e9e :<\/strong> Mouvements involontaires arythmiques, brusques, impr\u00e9visibles et changeants, migrant d&rsquo;une partie du corps \u00e0 une autre au repos comme au mouvement, sans composante d&rsquo;effondrement p\u00e9riodique du tonus postural.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9lirium \/ Syndrome confusionnel aigu :<\/strong> Tableau neuropsychiatrique global caract\u00e9ris\u00e9 par une alt\u00e9ration de la vigilance, de l&rsquo;attention et de la cognition dont l&rsquo;ast\u00e9rixis constitue fr\u00e9quemment l&rsquo;un des signes physiques d&rsquo;alerte sous-jacents majeurs.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;ast\u00e9rixis repr\u00e9sente l&rsquo;un des carrefours les plus \u00e9vocateurs unissant la m\u00e9decine interne, la neurologie clinique et la psychiatrie hospitali\u00e8re. Il rappelle avec force au praticien que les perturbations du psychisme et de la motricit\u00e9 tirent souvent leurs racines d&rsquo;une d\u00e9sorganisation biochimique globale du milieu int\u00e9rieur c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<p>Pour r\u00e9sumer les aspects cardinaux de cette entit\u00e9 clinique :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;ast\u00e9rixis est un myoclonus n\u00e9gatif r\u00e9sultant d&rsquo;une perte br\u00e8ve et involontaire du tonus postural d&rsquo;environ 50 \u00e0 200 ms, suivie d&rsquo;un redressement r\u00e9flexe compensateur.<\/li>\n<li>Il a \u00e9t\u00e9 individualis\u00e9 en 1949 par Adams et Foley dans le contexte de l&rsquo;insuffisance h\u00e9patique s\u00e9v\u00e8re.<\/li>\n<li>Son m\u00e9canisme met en jeu une d\u00e9synchronisation des circuits oscillatoires cortico-sous-corticaux reliant le thalamus, le cortex pr\u00e9moteur et la formation r\u00e9ticul\u00e9e ascendante.<\/li>\n<li>Lorsqu&rsquo;il est bilat\u00e9ral et asynchrone, il signe une \u00e9tiologie m\u00e9tabolique (h\u00e9patique, ur\u00e9mique, hypercapnique) ou toxique (surdosage en lithium, valproate, s\u00e9datifs).<\/li>\n<li>Lorsqu&rsquo;il est unilat\u00e9ral et focal, il indique une l\u00e9sion structurelle aigu\u00eb, principalement un infarctus thalamique ou pari\u00e9to-stri\u00e9 controlat\u00e9ral.<\/li>\n<li>Sa mise en \u00e9vidence clinique par l&rsquo;extension dorsale soutenue des poignets constitue un test rapide, \u00e9conomique et vital pour discriminer un syndrome confusionnel organique d&rsquo;une affection psychiatrique fonctionnelle primaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Adams, R. D., &#038; Foley, J. M. (1949). The neurological disorder associated with liver disease. <em>Research Publications &#8211; Association for Research in Nervous and Mental Disease<\/em>, 28, 198\u2013223. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/15409156\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/15409156\/<\/a><\/li>\n<li>B\u00fcttner, T., Weyers, S., &#038; Postert, T. (1995). Asterixis: A review of the literature with special consideration of focal asterixis. <em>Fortschritte der Neurologie, Psychiatrie<\/em>, 63(12), 488\u2013496. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1055\/s-2007-996652\">https:\/\/doi.org\/10.1055\/s-2007-996652<\/a><\/li>\n<li>Hallett, M. (1999). Movement disorders: Negative myoclonus. <em>Parkinsonism &#038; Related Disorders<\/em>, 5(4), 173\u2013175. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1353-8020(99)00030-X\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1353-8020(99)00030-X<\/a><\/li>\n<li>Shibasaki, H. (2000). Pathophysiology of negative myoclonus and asterixis. <em>Advances in Neurology<\/em>, 89, 199\u2013209. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/11968444\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/11968444\/<\/a><\/li>\n<li>Ugawa, Y., Shimpo, T., &#038; Mannen, T. (1989). Physiological analysis of asterixis: Silent period and motor evoked potential. <em>Muscle &#038; Nerve<\/em>, 12(11), 896\u2013903. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/mus.880121105\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/mus.880121105<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;ast\u00e9rixis est un trouble moteur involontaire caract\u00e9ris\u00e9 par des pertes br\u00e8ves du tonus postural. D\u00e9couvrez sa physiopathologie, ses causes et son r\u00f4le clinique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[14286,31353],"tags":[35101,31786,35103,35102,1434,1547],"class_list":["post-21055","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychiatrie","category-semiologie-neurologique","tag-asterixis","tag-confusion-mentale","tag-encephalopathie-hepatique","tag-myoclonus-negatif","tag-neuropsychiatrie","tag-semiologie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21055","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/21055\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=21055"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=21055"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=21055"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}