{"id":20960,"date":"2026-10-24T21:50:09","date_gmt":"2026-10-24T21:50:09","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=asenapine-profil-psychopharmacologique"},"modified":"2026-10-24T21:50:09","modified_gmt":"2026-10-24T21:50:09","slug":"asenapine-profil-psychopharmacologique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=asenapine-profil-psychopharmacologique","title":{"rendered":"As\u00e9napine : Profil et usages en psychiatrie"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;av\u00e8nement des antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration a profond\u00e9ment transform\u00e9 la prise en charge clinique des troubles psychotiques et thymiques s\u00e9v\u00e8res en optimisant le rapport entre efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique et tol\u00e9rance neurologique. Parmi ces mol\u00e9cules, l&rsquo;<strong>as\u00e9napine<\/strong> se distingue par un profil pharmacodynamique pan-r\u00e9cepteur singulier combin\u00e9 \u00e0 une modalit\u00e9 d&rsquo;administration sublinguale con\u00e7ue pour contourner une m\u00e9tabolisation h\u00e9patique de premier passage particuli\u00e8rement intense. Cette mol\u00e9cule constitue un mod\u00e8le d&rsquo;\u00e9tude privil\u00e9gi\u00e9 \u00e0 l&rsquo;intersection de la psychopharmacologie mol\u00e9culaire, de la psychiatrie hospitali\u00e8re et des neurosciences appliqu\u00e9es.<\/p>\n<h2>As\u00e9napine<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>as\u00e9napine<\/strong> est un agent psychotrope appartenant \u00e0 la classe des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Antipsychotique_atypique\">antipsychotiques atypiques<\/a> (ou de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration), d\u00e9riv\u00e9 structuralement de la t\u00e9tracyclique dibenzo-ox\u00e9pino-pyrrole. Elle agit principalement comme un antagoniste puissant dot\u00e9 d&rsquo;une haute affinit\u00e9 pour les r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques (notamment 5-HT2A, 5-HT2C, 5-HT6 et 5-HT7), dopaminergiques (D1, D2, D3 et D4), adr\u00e9nergiques (alpha-1 et alpha-2) et histaminiques (H1), tout en pr\u00e9sentant une affinit\u00e9 quasi n\u00e9gligeable pour les r\u00e9cepteurs muscariniques cholinergiques.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique, l&rsquo;as\u00e9napine est principalement homologu\u00e9e et prescrite pour le traitement des \u00e9pisodes maniaques ou mixtes mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 s\u00e9v\u00e8res associ\u00e9s au <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_bipolaire\">trouble bipolaire<\/a> de type I chez l&rsquo;adulte, ainsi que dans certains pays pour le traitement de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Schizopr%C3%A9nie\">schizophr\u00e9nie<\/a>. Son profil se caract\u00e9rise par une administration sublinguale stricte requise par sa tr\u00e8s faible biodisponibilit\u00e9 per os, ce qui conditionne des consignes pr\u00e9cises de prise au quotidien.<\/p>\n<p>En pratique psychiatrique contemporaine, la mol\u00e9cule est valoris\u00e9e pour son efficacit\u00e9 anti-maniaque rapide et son profil m\u00e9tabolique et endocrinien relativement favorable par comparaison avec d&rsquo;autres mol\u00e9cules de seconde g\u00e9n\u00e9ration, bien qu&rsquo;elle impose une vigilance quant aux effets ind\u00e9sirables locaux buccaux et \u00e0 la s\u00e9dation.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>La nomenclature de l&rsquo;as\u00e9napine r\u00e9pond aux r\u00e8gles formelles \u00e9tablies par les D\u00e9nominations Communes Internationales (DCI) g\u00e9r\u00e9es par l&rsquo;Organisation Mondiale de la Sant\u00e9 (OMS). Le suffixe <em>-apine<\/em> est traditionnellement allou\u00e9 aux compos\u00e9s psychoactifs poss\u00e9dant une structure tricyclique ou t\u00e9tracyclique h\u00e9t\u00e9rocyclique azot\u00e9e fusionn\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;instar de la clozapine, de l&rsquo;olanzapine ou de la qu\u00e9tiapine.<\/p>\n<p>Le pr\u00e9fixe distinctif <em>as\u00e9n-<\/em> d\u00e9rive d&rsquo;une d\u00e9signation synth\u00e9tique de laboratoire assign\u00e9e lors des phases de criblage pr\u00e9clinique chez Organon, sans racine gr\u00e9co-latine directe, mais structur\u00e9e pour conf\u00e9rer une identit\u00e9 phon\u00e9tique reconnaissable au sein du groupe pharmacologique des dibenzo-ox\u00e9pino-pyrroles. Le nom chimique complet de l&rsquo;entit\u00e9 mol\u00e9culaire est le mal\u00e9ate de (3aR,12bS)-5-chloro-2-m\u00e9thyl-2,3,3a,12b-t\u00e9trahydro-1H-dibenzo[2,3:6,7]ox\u00e9pino[4,5-c]pyrrole.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction de ce vocable dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale internationale date de la fin des ann\u00e9es 1990 et du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, initialement r\u00e9pertori\u00e9 sous les codes de d\u00e9veloppement Org 5222, avant son adoption d\u00e9finitive par la Commission fran\u00e7aise de pharmacop\u00e9e et les dictionnaires de m\u00e9decine sous la d\u00e9nomination officielle d&rsquo;\u00ab as\u00e9napine \u00bb (d\u00e9clin\u00e9e sous forme de sel de mal\u00e9ate d&rsquo;as\u00e9napine).<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, le terme se prononce phon\u00e9tiquement [a.se.na.pin]. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un substantif f\u00e9minin invariable au niveau de sa d\u00e9signation de principe actif (\u00ab l&rsquo;as\u00e9napine \u00bb), bien qu&rsquo;il puisse adopter la marque du pluriel dans les \u00e9crits pharmacotechniques d\u00e9crivant diff\u00e9rentes formulations ou sels (\u00ab les as\u00e9napines de synth\u00e8se \u00bb).<\/p>\n<p>Sur le plan syntaxique et lexical, le terme est employ\u00e9 comme nom commun d\u00e9signant la mol\u00e9cule pharmacologique (\u00ab prescription d&rsquo;as\u00e9napine \u00bb) ou comme modificateur d&rsquo;un nom de sel (\u00ab mal\u00e9ate d&rsquo;as\u00e9napine \u00bb). Les d\u00e9nominations commerciales courantes associ\u00e9es incluent Sycrest (dans l&rsquo;Union Europ\u00e9enne), Saphris (aux \u00c9tats-Unis) et Secuado (pour la formulation transdermique d\u00e9velopp\u00e9e plus r\u00e9cemment). Les formes combin\u00e9es comportent fr\u00e9quemment des pr\u00e9positions fonctionnelles : \u00ab traitement sous as\u00e9napine \u00bb, \u00ab r\u00e9ponse thymique \u00e0 l&rsquo;as\u00e9napine \u00bb, ou \u00ab sevrage en as\u00e9napine \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Comprendre l&rsquo;as\u00e9napine exige d&rsquo;analyser la convergence entre architecture mol\u00e9culaire complexe, pharmacocin\u00e9tique contraignante et pharmacodynamie \u00e9tendue. Alors que la premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration d&rsquo;antipsychotiques ciblait presque exclusivement le blocage des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2 de la voie m\u00e9solimbique au risque d&rsquo;induire d&rsquo;intenses sympt\u00f4mes extrapyramidaux et des dyskin\u00e9sies tardives, l&rsquo;as\u00e9napine s&rsquo;inscrit dans la lign\u00e9e des antagonistes multi-r\u00e9cepteurs, souvent d\u00e9sign\u00e9s sous le sigle MARTA (Multi-Acting Receptor-Targeted Antipsychotics).<\/p>\n<p>La propri\u00e9t\u00e9 la plus frappante de l&rsquo;as\u00e9napine r\u00e9side dans son affinit\u00e9 sup\u00e9rieure pour les r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques 5-HT2A comparativement aux r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2. Ce rapport de dissociation favorise une r\u00e9gulation fine de la lib\u00e9ration de dopamine dans la voie nigrostri\u00e9e et le cortex pr\u00e9frontal, r\u00e9duisant consid\u00e9rablement la propension aux effets extrapyramidaux moteurs tout en concourant \u00e0 l&rsquo;am\u00e9lioration potentielle des sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs et affectifs de la psychose. En outre, son affinit\u00e9 nanomolaire pour les r\u00e9cepteurs 5-HT2C, 5-HT7 et alpha-2 adr\u00e9nergiques lui conf\u00e8re des propri\u00e9t\u00e9s pro-cognitives et antid\u00e9pressives postul\u00e9es dans plusieurs mod\u00e8les pr\u00e9cliniques.<\/p>\n<p>La singularit\u00e9 pharmacocin\u00e9tique de l&rsquo;as\u00e9napine d\u00e9termine en grande partie son usage pratique. Lorsqu&rsquo;elle est aval\u00e9e par voie digestive standard, sa biodisponibilit\u00e9 absolue s&rsquo;effondre en de\u00e7\u00e0 de 2 % en raison d&rsquo;un m\u00e9tabolisme h\u00e9patique de premier passage massif impliquant principalement la glucuronidation directe par l&rsquo;UGT1A4 et l&rsquo;oxydation par le cytochrome P450 1A2. Pour contourner cette limite, la forme gal\u00e9nique princeps a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e sous forme de comprim\u00e9 sublingual \u00e0 dissolution rapide. Par absorption directe \u00e0 travers la muqueuse buccale, la biodisponibilit\u00e9 s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 environ 35 %, permettant d&rsquo;atteindre des concentrations plasmatiques th\u00e9rapeutiques pr\u00e9visibles.<\/p>\n<p>Cette particularit\u00e9 impose des contraintes rigoureuses au patient : le comprim\u00e9 doit \u00eatre maintenu sous la langue jusqu&rsquo;\u00e0 dissolution compl\u00e8te sans \u00eatre croqu\u00e9 ni aval\u00e9, et toute ingestion d&rsquo;aliments ou de boissons doit \u00eatre imp\u00e9rativement proscrite durant les dix minutes suivant la prise afin de ne pas compromettre l&rsquo;absorption du principe actif. L&rsquo;as\u00e9napine d\u00e9montre une pharmacocin\u00e9tique lin\u00e9aire pour des posologies comprises entre 5 mg et 10 mg administr\u00e9es deux fois par jour, atteignant l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9quilibre en approximativement trois jours.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La trajectoire historique de l&rsquo;as\u00e9napine s&rsquo;\u00e9tend sur plusieurs d\u00e9cennies de recherche au sein de l&rsquo;industrie pharmaceutique europ\u00e9enne et nord-am\u00e9ricaine. La mol\u00e9cule a \u00e9t\u00e9 synth\u00e9tis\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 au sein des laboratoires de la firme n\u00e9erlandaise Organon International, dans le cadre d&rsquo;un vaste programme de recherche visant \u00e0 concevoir un d\u00e9riv\u00e9 t\u00e9tracyclique capable de r\u00e9pliquer l&rsquo;exceptionnelle efficacit\u00e9 antipsychotique de la clozapine sans en reproduire le risque mortel d&rsquo;agranulocytose et la s\u00e9dation anticholinergique invalidante.<\/p>\n<p>Identifi\u00e9e sous le nom de code Org 5222, la mol\u00e9cule a d\u00e9montr\u00e9 d\u00e8s les phases pr\u00e9cliniques une affinit\u00e9 remarquable pour les r\u00e9seaux s\u00e9rotoninergiques et dopaminergiques. Toutefois, le d\u00e9fi majeur rencontr\u00e9 lors du passage aux essais de phase clinique I r\u00e9sidait dans son inefficacit\u00e9 par voie orale standard li\u00e9e au m\u00e9tabolisme h\u00e9patique de premier passage. Au lieu d&rsquo;abandonner la mol\u00e9cule, les biochimistes et gal\u00e9nistes d&rsquo;Organon ont con\u00e7u une formulation sublinguale lyophilis\u00e9e innovante \u00e0 absorption rapide.<\/p>\n<p>\u00c0 la suite d&rsquo;une s\u00e9rie de restructurations industrielles incluant le rachat d&rsquo;Organon par Schering-Plough en 2007, puis la fusion de cette derni\u00e8re avec Merck &amp; Co. (MSD), le d\u00e9veloppement clinique de phase III s&rsquo;est acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale. Les essais pivots ont document\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 de la mol\u00e9cule dans deux indications phares : les \u00e9pisodes maniaques ou mixtes du trouble bipolaire de type I et la schizophr\u00e9nie aigu\u00eb.<\/p>\n<p>La Food and Drug Administration (FDA) des \u00c9tats-Unis a accord\u00e9 son approbation initiale pour ces deux indications en ao\u00fbt 2009 sous le nom de marque Saphris. En Europe, l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.ema.europa.eu\/en\/medicines\/human\/EPAR\/sycrest\">Agence Europ\u00e9enne des M\u00e9dicaments (EMA)<\/a> a valid\u00e9 en septembre 2010 l&rsquo;autorisation de mise sur le march\u00e9 sous la d\u00e9nomination Sycrest, mais en restreignant l&rsquo;indication principale aux \u00e9pisodes maniaques ou mixtes mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 s\u00e9v\u00e8res associ\u00e9s au trouble bipolaire de type I chez l&rsquo;adulte, estimant que la balance b\u00e9n\u00e9fice-risque dans la schizophr\u00e9nie n&rsquo;\u00e9tait pas suffisamment diff\u00e9renci\u00e9e par rapport aux alternatives d\u00e9j\u00e0 disponibles sur le march\u00e9 europ\u00e9en. Ult\u00e9rieurement, en 2019, la FDA a approuv\u00e9 un dispositif transdermique d&rsquo;as\u00e9napine (Secuado), ouvrant une nouvelle voie pour pallier les contraintes de l&rsquo;administration sublinguale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et pharmacologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;action th\u00e9rapeutique de l&rsquo;as\u00e9napine repose sur une assise th\u00e9orique issue de la neuropsychopharmacologie des circuits cortico-sous-corticaux et de la th\u00e9orie aminergique int\u00e9gr\u00e9e des troubles psychiatriques majeurs. L&rsquo;as\u00e9napine ne se contente pas de moduler une voie unique ; elle intervient de mani\u00e8re synergique sur plusieurs syst\u00e8mes de neurotransmission majeurs.<\/p>\n<p>Sur le versant dopaminergique, la th\u00e9orie sous-tendant l&rsquo;efficacit\u00e9 antipsychotique postule qu&rsquo;une hyperactivit\u00e9 de la voie m\u00e9solimbique est responsable des sympt\u00f4mes positifs (d\u00e9lires, hallucinations, d\u00e9sorganisation de la pens\u00e9e), tandis qu&rsquo;un d\u00e9ficit dopaminergique dans la voie m\u00e9socorticale sous-tend les d\u00e9ficits cognitifs et les sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs. L&rsquo;as\u00e9napine se lie aux r\u00e9cepteurs D2 avec une constante d&rsquo;affinit\u00e9 (Ki) de l&rsquo;ordre de 1,3 nM. En bloquant ces r\u00e9cepteurs dans les r\u00e9gions limbiques, elle jugule l&rsquo;agitation maniaque et les manifestations psychotiques.<\/p>\n<p>Cependant, ce blocage D2 est contrebalanc\u00e9 par son affinit\u00e9 encore plus forte pour les r\u00e9cepteurs 5-HT2A (Ki d&rsquo;environ 0,06 nM). L&rsquo;antagonisme 5-HT2A stimule indirectement la lib\u00e9ration de dopamine dans les noyaux gris centraux et le cortex frontal, neutralisant le risque de rigidit\u00e9 extrapyramidale et stimulant potentiellement les fonctions ex\u00e9cutives. Ce principe d&rsquo;antagonisme balanc\u00e9 5-HT2A\/D2 constitue la cl\u00e9 de vo\u00fbte de l&rsquo;atypicit\u00e9 antipsychotique th\u00e9oris\u00e9e par Herbert Meltzer d\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1980.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, l&rsquo;as\u00e9napine manifeste une affinit\u00e9 extr\u00eamement prononc\u00e9e pour les r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques 5-HT2C (Ki = 0,03 nM) et 5-HT7 (Ki = 0,11 nM), ainsi que pour les h\u00e9t\u00e9ror\u00e9cepteurs alpha-2 adr\u00e9nergiques (Ki = 1,2 nM). Dans les mod\u00e8les neurobiologiques de l&rsquo;humeur, le blocage de ces cibles pharmacologiques entra\u00eene une d\u00e9sinhibition de la lib\u00e9ration de noradr\u00e9naline et de dopamine dans l&rsquo;hippocampe et le cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dial, conf\u00e9rant \u00e0 la mol\u00e9cule un potentiel d&rsquo;action thymor\u00e9gulateur et antid\u00e9pressif essentiel dans la stabilisation \u00e0 long terme du trouble bipolaire.<\/p>\n<p>Contrairement aux mol\u00e9cules fortement s\u00e9datives et orexig\u00e8nes comme la clozapine ou l&rsquo;olanzapine, l&rsquo;as\u00e9napine poss\u00e8de une affinit\u00e9 pratiquement nulle pour les r\u00e9cepteurs muscariniques M1 \u00e0 M5 (Ki &gt; 1 000 nM). Cette absence de blocage cholinergique prot\u00e8ge le patient des effets ind\u00e9sirables classiques tels que la s\u00e9cheresse buccale, la constipation r\u00e9fractaire, les troubles de l&rsquo;accommodation visuelle et surtout l&rsquo;aggravation des troubles mn\u00e9siques, un param\u00e8tre d\u00e9terminant pour le fonctionnement cognitif des patients bipolaires ou schizophr\u00e8nes.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, formes et posologies<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension clinique de l&rsquo;as\u00e9napine requiert une analyse syst\u00e9matique de ses caract\u00e9ristiques physico-chimiques, gal\u00e9niques, m\u00e9taboliques et posologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Forme gal\u00e9nique sublinguale :<\/strong> Pr\u00e9sent\u00e9e sous forme de comprim\u00e9s lyophilis\u00e9s \u00e0 dissolution quasi instantan\u00e9e au contact de la salive. Les dosages commercialis\u00e9s sont g\u00e9n\u00e9ralement de 5 mg et 10 mg. L&rsquo;absorption transmuqueuse sublinguale est rapide, avec un pic plasmatique (Tmax) atteint entre 0,5 et 1,5 heure apr\u00e8s l&rsquo;administration.<\/li>\n<li><strong>Dispositif transdermique :<\/strong> Patch cutan\u00e9 \u00e0 lib\u00e9ration continue con\u00e7u pour lib\u00e9rer 3,8 mg ou 7,6 mg d&rsquo;as\u00e9napine par 24 heures. Cette formulation \u00e9vite les irritations buccales et optimise l&rsquo;observance th\u00e9rapeutique chez les patients r\u00e9ticents \u00e0 la prise sublinguale biquotidienne.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9tabolisation et \u00e9limination :<\/strong> L&rsquo;as\u00e9napine subit une clairance h\u00e9patique principalement r\u00e9gie par une glucuronidation directe m\u00e9di\u00e9e par l&rsquo;enzyme UGT1A4, produisant le d\u00e9riv\u00e9 inactif as\u00e9napine N-glucuronide. La seconde voie majeure est l&rsquo;oxydation par le cytochrome P450 1A2 (CYP1A2), donnant le m\u00e9tabolite N-d\u00e9m\u00e9thylas\u00e9napine. La demi-vie d&rsquo;\u00e9limination terminale moyenne oscille autour de 24 heures, autorisant un sch\u00e9ma posologique biquotidien r\u00e9gulier. L&rsquo;excr\u00e9tion est mixte, approximativement 50 % r\u00e9nale et 40 % f\u00e9cale.<\/li>\n<li><strong>Sch\u00e9mas posologiques recommand\u00e9s :<\/strong> Dans le traitement des \u00e9pisodes maniaques ou mixtes du trouble bipolaire de type I, la dose initiale recommand\u00e9e chez l&rsquo;adulte est de 5 ou 10 mg deux fois par jour (matin et soir). En monoth\u00e9rapie, 10 mg deux fois par jour constitue fr\u00e9quemment la dose cible optimale. En association th\u00e9rapeutique (notamment avec le lithium ou le valproate), une posologie de 5 mg deux fois par jour est souvent suffisante.<\/li>\n<li><strong>Tol\u00e9rance et profil d&rsquo;effets secondaires :<\/strong> Les effets ind\u00e9sirables les plus fr\u00e9quents recens\u00e9s incluent l&rsquo;hypoesth\u00e9sie orale transitoire ou la dysgueusie (engourdissement ou go\u00fbt amer dans la bouche imm\u00e9diatement apr\u00e8s la prise), une somnolence ou s\u00e9dation diurne, une prise de poids mod\u00e9r\u00e9e (nettement inf\u00e9rieure \u00e0 celle induite par l&rsquo;olanzapine), et le d\u00e9veloppement possible d&rsquo;une akathisie ou d&rsquo;autres signes extrapyramidaux aux doses \u00e9lev\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>Afin de rendre compte de la r\u00e9alit\u00e9 clinique de l&rsquo;as\u00e9napine, l&rsquo;examen de contextes d&rsquo;application concrets en psychiatrie permet d&rsquo;\u00e9clairer ses indications pr\u00e9f\u00e9rentielles et ses contraintes pratiques.<\/p>\n<p><strong>Vignette clinique 1 : \u00c9pisode maniaque aigu avec caract\u00e9ristiques mixtes<\/strong><br \/>Monsieur D., 34 ans, suivi pour un trouble bipolaire de type I, est admis en unit\u00e9 d&rsquo;hospitalisation psychiatrique ferm\u00e9e pour une rechute maniaque s\u00e9v\u00e8re marqu\u00e9e par une logorrh\u00e9e incoercible, une fuite des id\u00e9es, des d\u00e9penses inconsid\u00e9r\u00e9es, une insomnie totale sans fatigue et une irritabilit\u00e9 majeure ponctu\u00e9e d&rsquo;acc\u00e8s de col\u00e8re. Le traitement initial par lithium \u00e0 posologie efficace ne suffit pas \u00e0 contenir l&rsquo;agitation psychomotrice. L&rsquo;\u00e9quipe m\u00e9dicale introduit l&rsquo;as\u00e9napine \u00e0 la dose de 5 mg deux fois par jour, major\u00e9e \u00e0 10 mg deux fois par jour apr\u00e8s 48 heures. D\u00e8s le cinqui\u00e8me jour de traitement, on observe une r\u00e9duction notable de la pression du discours et une normalisation du cycle veille-sommeil, sans prise de poids notable ni rigidit\u00e9 motrice au cours des semaines suivantes. Le patient rapporte simplement un engourdissement buccal durant les 15 minutes suivant chaque prise, bien tol\u00e9r\u00e9 apr\u00e8s r\u00e9assurance.<\/p>\n<p><strong>Vignette clinique 2 : Gestion de l&rsquo;\u00e9chec m\u00e9tabolique chez une patiente bipolaire<\/strong><br \/>Madame L., 42 ans, pr\u00e9sente une stabilisation thymique satisfaisante sous olanzapine (15 mg\/jour), mais d\u00e9veloppe en l&rsquo;espace de 18 mois une prise pond\u00e9rale de 14 kilogrammes associ\u00e9e \u00e0 une dyslipid\u00e9mie mixte et une \u00e9l\u00e9vation de l&rsquo;h\u00e9moglobine glyqu\u00e9e (HbA1c \u00e0 6,4 %), la pla\u00e7ant en situation de pr\u00e9diab\u00e8te. Face au risque cardiovasculaire croissant, un relais th\u00e9rapeutique vers l&rsquo;as\u00e9napine sublinguale est orchestr\u00e9 par d\u00e9croissance progressive de l&rsquo;olanzapine et titration crois\u00e9e de l&rsquo;as\u00e9napine jusqu&rsquo;\u00e0 10 mg deux fois par jour. \u00c0 six mois post-relais, la patiente maintient sa r\u00e9mission clinique thymique tout en ayant amorc\u00e9 une perte de poids de 4,5 kg et une stabilisation de ses param\u00e8tres glyc\u00e9miques, illustrant le profil m\u00e9tabolique plus neutre de la mol\u00e9cule.<\/p>\n<p><strong>Vignette clinique 3 : Probl\u00e9matique de l&rsquo;observance sublinguale<\/strong><br \/>Monsieur T., 28 ans, souffrant de schizophr\u00e9nie parano\u00efde stabilis\u00e9e, omet fr\u00e9quemment de respecter la consigne d&rsquo;abstention hydrique apr\u00e8s sa prise d&rsquo;as\u00e9napine sublinguale, buvant syst\u00e9matiquement un grand verre de jus de fruits pour dissiper l&rsquo;amertume du comprim\u00e9. Cette pratique provoque une d\u00e9glutition pr\u00e9matur\u00e9e du principe actif et fait chuter son taux plasmatique d&rsquo;as\u00e9napine, conduisant \u00e0 une recrudescence subclinique d&rsquo;hallucinations auditives. Une intervention psycho\u00e9ducative cibl\u00e9e men\u00e9e par les soignants, compl\u00e9t\u00e9e par un entra\u00eenement \u00e0 la prise sublinguale correcte et la prescription d&rsquo;une pastille aromatis\u00e9e 15 minutes apr\u00e8s l&rsquo;administration, permet de restaurer l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique sans modifier la posologie brute.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, surveillance et biomarqueurs<\/h3>\n<p>La prescription et le maintien sous traitement par as\u00e9napine exigent une strat\u00e9gie de surveillance clinique et paraclinique structur\u00e9e pour garantir la s\u00e9curit\u00e9 et l&rsquo;efficience de la th\u00e9rapie. Bien que l&rsquo;as\u00e9napine pr\u00e9sente un risque m\u00e9tabolique plus faible que d&rsquo;autres agents de seconde g\u00e9n\u00e9ration, un suivi rigoureux s&rsquo;impose conform\u00e9ment aux recommandations internationales.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation initiale avant l&rsquo;instauration comprend un recueil minutieux des constantes anthropom\u00e9triques : indice de masse corporelle (IMC), tour de taille et pression art\u00e9rielle. Un bilan biologique de base est indispensable, incluant une glyc\u00e9mie \u00e0 jeun, un bilan lipidique complet (cholest\u00e9rol total, HDL, LDL, triglyc\u00e9rides), une num\u00e9ration formule sanguine (NFS), ainsi qu&rsquo;un dosage des enzymes h\u00e9patiques (ALAT, ASAT) et de la fonction r\u00e9nale. La r\u00e9alisation d&rsquo;un \u00e9lectrocardiogramme (ECG) de r\u00e9f\u00e9rence est pr\u00e9conis\u00e9e en raison du potentiel modeste de la mol\u00e9cule \u00e0 allonger l&rsquo;intervalle QTc, particuli\u00e8rement chez les individus pr\u00e9sentant des facteurs de risque arythmique ou des co-prescriptions allongeant le QTc.<\/p>\n<p>Le suivi longitudinal doit s&rsquo;articuler autour d&rsquo;\u00e9chelles standardis\u00e9es d&rsquo;\u00e9valuation clinique valid\u00e9es dans les troubles psychiatriques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9chelle de Young pour la manie (YMRS) :<\/strong> Utilis\u00e9e pour quantifier de mani\u00e8re objective l&rsquo;intensit\u00e9 des sympt\u00f4mes maniaques et mesurer la cin\u00e9tique de r\u00e9ponse sous traitement.<\/li>\n<li><strong>\u00c9chelle des sympt\u00f4mes positifs et n\u00e9gatifs (PANSS) :<\/strong> Appliqu\u00e9e pour \u00e9valuer la r\u00e9ponse clinique chez les patients schizophr\u00e8nes trait\u00e9s par as\u00e9napine.<\/li>\n<li><strong>\u00c9chelle d&rsquo;\u00e9valuation des sympt\u00f4mes extrapyramidaux (SAS de Simpson-Angus) et \u00e9chelle de Barnes pour l&rsquo;akathisie (BARS) :<\/strong> Outils syst\u00e9matiques permettant de d\u00e9pister une \u00e9ventuelle dysfonction motrice, une rigidit\u00e9 ou une impatience musculaire sous-jacente.<\/li>\n<li><strong>Suivi th\u00e9rapeutique pharmacologique (STP) :<\/strong> Le dosage plasmatique de l&rsquo;as\u00e9napine par chromatographie liquide coupl\u00e9e \u00e0 la spectrom\u00e9trie de masse (LC-MS\/MS) est r\u00e9alisable dans les centres de r\u00e9f\u00e9rence. La fen\u00eatre th\u00e9rapeutique usuelle est estim\u00e9e entre 1 et 5 ng\/mL au creux plasmatique (Cmin). Ce monitoring est particuli\u00e8rement pr\u00e9cieux pour v\u00e9rifier l&rsquo;observance et exclure une malabsorption li\u00e9e \u00e0 une d\u00e9glutition pr\u00e9matur\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Sur le plan des applications th\u00e9rapeutiques directes, l&rsquo;as\u00e9napine occupe un cr\u00e9neau sp\u00e9cifique au sein de l&rsquo;arsenal psychopharmacologique. Sa principale force clinique r\u00e9side dans sa rapidit\u00e9 d&rsquo;action lors des acc\u00e8s maniaques aigus du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_bipolaire\">trouble bipolaire<\/a>. Dans les protocoles hospitaliers, son profil s\u00e9datif initial aide \u00e0 apaiser l&rsquo;hyperactivit\u00e9 psychomotrice sans recourir syst\u00e9matiquement \u00e0 de fortes doses adjuvantes de benzodiaz\u00e9pines.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;\u00e9ducation th\u00e9rapeutique et de l&rsquo;alliance de soin, l&rsquo;as\u00e9napine constitue un excellent traceur de l&rsquo;autonomie du patient. L&rsquo;obligation de respecter le temps de dissolution sublinguale et de s&rsquo;abstenir de boire ou de manger durant dix minutes requiert un travail d&rsquo;explication pouss\u00e9. Cette exigence technique peut \u00eatre mise \u00e0 profit par les \u00e9quipes soignantes pour renforcer les comp\u00e9tences d&rsquo;autogestion de la maladie et consolider le contrat th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Au niveau de l&rsquo;organisation des soins, l&rsquo;absence d&rsquo;obligation de titrage lent et progressif permet d&rsquo;instaurer d&#8217;embl\u00e9e une dose efficace (5 ou 10 mg deux fois par jour), ce qui raccourcit potentiellement les d\u00e9lais de stabilisation hospitali\u00e8re en comparaison avec des mol\u00e9cules n\u00e9cessitant plusieurs semaines d&rsquo;escalade posologique comme la lamotrigine ou la qu\u00e9tiapine.<\/p>\n<p>Enfin, chez les patients souffrant de comorbidit\u00e9s m\u00e9taboliques (syndrome m\u00e9tabolique av\u00e9r\u00e9, st\u00e9atose h\u00e9patique non alcoolique, ob\u00e9sit\u00e9 s\u00e9v\u00e8re) chez qui l&rsquo;usage d&rsquo;olanzapine ou de qu\u00e9tiapine pose un dilemme \u00e9thique et pronostique, l&rsquo;as\u00e9napine se profile comme une alternative strat\u00e9gique cr\u00e9dible pour maintenir le contr\u00f4le thymique tout en limitant l&rsquo;escalade cardiovasculaire.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La validit\u00e9 clinique de l&rsquo;as\u00e9napine repose sur une abondante litt\u00e9rature d&rsquo;essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s (ECR) en double aveugle et de m\u00e9ta-analyses de grande envergure men\u00e9s au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies.<\/p>\n<p>Dans le champ du trouble bipolaire, les essais pivots randomis\u00e9s conduits par McIntyre et collaborateurs (2008, 2009) ont compar\u00e9 l&rsquo;as\u00e9napine au placebo et \u00e0 l&rsquo;olanzapine dans le traitement d&rsquo;\u00e9pisodes maniaques ou mixtes aigus. Ces travaux ont d\u00e9montr\u00e9 une sup\u00e9riorit\u00e9 statistique hautement significative de l&rsquo;as\u00e9napine par rapport au placebo d\u00e8s le deuxi\u00e8me jour de traitement sur l&rsquo;\u00e9chelle YMRS. Au terme des phases d&rsquo;extension \u00e0 52 semaines, l&rsquo;as\u00e9napine a affich\u00e9 une efficacit\u00e9 prophylactique comparable \u00e0 celle de l&rsquo;olanzapine dans la pr\u00e9vention des rechutes thymiques, tout en induisant significativement moins de prise de poids moyenne et de perturbations du m\u00e9tabolisme glucido-lipidique.<\/p>\n<p>Dans la schizophr\u00e9nie, les \u00e9tudes men\u00e9es par Potkin et son \u00e9quipe (2007) ainsi que Kane et al. (2010) ont \u00e9tabli la non-inf\u00e9riorit\u00e9 de l&rsquo;as\u00e9napine face \u00e0 l&rsquo;halop\u00e9ridol et \u00e0 la risp\u00e9ridone sur la r\u00e9duction du score total de la PANSS \u00e0 court et moyen terme. Les analyses post-hoc ont mis en exergue une action int\u00e9ressante de l&rsquo;as\u00e9napine sur la r\u00e9duction des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs comorbides et des sympt\u00f4mes n\u00e9gatifs de la schizophr\u00e9nie, probablement sous-tendue par ses propri\u00e9t\u00e9s antagonistes 5-HT2C et alpha-2 adr\u00e9nergiques.<\/p>\n<p>La m\u00e9ta-analyse monumentale de Stefan Leucht et ses coll\u00e8gues publi\u00e9e dans <em>The Lancet<\/em> en 2013, puis r\u00e9actualis\u00e9e en 2019 (comparant les profils d&rsquo;efficacit\u00e9 et de tol\u00e9rance de 32 antipsychotiques oraux), a positionn\u00e9 l&rsquo;as\u00e9napine dans le peloton interm\u00e9diaire en termes d&rsquo;efficacit\u00e9 antipsychotique globale, mais lui a reconnu un profil particuli\u00e8rement favorable concernant le gain pond\u00e9ral, la dyslipid\u00e9mie et la s\u00e9dation prolong\u00e9e, confirmant sa diff\u00e9renciation pharmacologique au sein des agents de seconde g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation de l&rsquo;as\u00e9napine varie consid\u00e9rablement selon les zones g\u00e9ographiques, les syst\u00e8mes de sant\u00e9 publique et les cadres r\u00e9glementaires nationaux. Aux \u00c9tats-Unis, la FDA a approuv\u00e9 l&rsquo;as\u00e9napine \u00e0 la fois pour la schizophr\u00e9nie et les \u00e9pisodes maniaques du trouble bipolaire, tandis qu&rsquo;en Europe, l&rsquo;EMA a restreint son indication exclusive au trouble bipolaire, ce qui restreint son accessibilit\u00e9 et son remboursement pour les patients schizophr\u00e8nes europ\u00e9ens aux situations d&rsquo;impasse th\u00e9rapeutique ou d&rsquo;autorisations d&rsquo;acc\u00e8s compassionnel.<\/p>\n<p>Les habitudes culturelles et alimentaires influencent \u00e9galement la cin\u00e9tique et la tol\u00e9rance du m\u00e9dicament. Dans les soci\u00e9t\u00e9s o\u00f9 la consommation de tabac est tr\u00e8s pr\u00e9valente, le clinicien doit int\u00e9grer l&rsquo;effet inducteur puissant des hydrocarbures aromatiques polycycliques de la fum\u00e9e de cigarette sur le CYP1A2, susceptible d&rsquo;abaisser les taux plasmatiques d&rsquo;as\u00e9napine chez les fumeurs chroniques, n\u00e9cessitant parfois des ajustements posologiques \u00e0 la hausse.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les rituels de prise m\u00e9dicamenteuse varient grandement selon les cultures. Dans les pays o\u00f9 la convivialit\u00e9 autour des repas ou des th\u00e9s matinaux et vesp\u00e9raux est centrale, la contrainte de je\u00fbne hydrique et alimentaire strict de 10 minutes suivant la prise sublinguale peut g\u00e9n\u00e9rer des r\u00e9sistances ou des oublis r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, imposant une adaptation concert\u00e9e des horaires de distribution pour pr\u00e9server la vie sociale et rituelle du patient.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de ses atouts pharmacologiques ind\u00e9niables, l&rsquo;as\u00e9napine a fait l&rsquo;objet de r\u00e9serves notables de la part de la communaut\u00e9 psychiatrique et des autorit\u00e9s de sant\u00e9. La principale critique concerne son mode d&rsquo;administration sublingual. Bien qu&rsquo;ing\u00e9nieuse sur le plan biochimique pour contourner le m\u00e9tabolisme h\u00e9patique, cette modalit\u00e9 repr\u00e9sente une contrainte ergonomique majeure pour des patients en proie \u00e0 une d\u00e9sorganisation cognitive ou psychomotrice aigu\u00eb. La mauvaise observance consistant \u00e0 avaler le comprim\u00e9 avec de l&rsquo;eau entra\u00eene une perte d&rsquo;efficacit\u00e9 quasi totale.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les effets ind\u00e9sirables locaux sur la sph\u00e8re buccale sont fr\u00e9quents : l&rsquo;hypoesth\u00e9sie linguale, l&rsquo;agueusie ou la dysgueusie temporaire sont rapport\u00e9es par pr\u00e8s de 15 \u00e0 20 % des patients, engendrant parfois des refus de traitement. Des r\u00e9actions allergiques graves d&rsquo;hypersensibilit\u00e9 imm\u00e9diate, incluant des \u0153d\u00e8mes de Quincke et des anaphylaxies cutan\u00e9es ou muqueuses, ont motiv\u00e9 des avertissements officiels de la FDA et de l&rsquo;EMA peu apr\u00e8s sa commercialisation.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9conomique et d&rsquo;acc\u00e8s aux soins, le co\u00fbt du princeps est rest\u00e9 substantiellement plus \u00e9lev\u00e9 que celui des antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration d\u00e9j\u00e0 g\u00e9n\u00e9riqu\u00e9s comme la risp\u00e9ridone ou l&rsquo;olanzapine. En France et dans plusieurs pays francophones, la Commission de la Transparence de la Haute Autorit\u00e9 de Sant\u00e9 (HAS) a attribu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;as\u00e9napine une Am\u00e9lioration du Service M\u00e9dical Rendu (ASMR) de niveau V (inexistante), estimant qu&rsquo;elle n&rsquo;apportait pas de progr\u00e8s th\u00e9rapeutique d\u00e9terminant par rapport aux alternatives existantes dans la manie bipolaire, ce qui a frein\u00e9 son int\u00e9gration en premi\u00e8re ligne de prescription.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour situer avec pr\u00e9cision l&rsquo;as\u00e9napine dans le paysage psychopharmacologique, il convient d&rsquo;analyser ses relations et divergences avec des mol\u00e9cules comparables :<\/p>\n<ul>\n<li><strong><a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Olanzapine\">Olanzapine<\/a> :<\/strong> Partage un large spectre d&rsquo;antagonisme r\u00e9cepteur (MARTA), mais se distingue par une affinit\u00e9 anticholinergique muscarinique tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e et un risque m\u00e9tabolique (prise de poids massive, diab\u00e8te de type 2) consid\u00e9rablement sup\u00e9rieur \u00e0 celui de l&rsquo;as\u00e9napine. L&rsquo;olanzapine s&rsquo;administre par voie orale standard.<\/li>\n<li><strong>Clozapine :<\/strong> Antipsychotique de r\u00e9f\u00e9rence pour les schizophr\u00e9nies r\u00e9sistantes. Bien que structurellement apparent\u00e9e aux dibenz\u00e9pines, la clozapine pr\u00e9sente une affinit\u00e9 D2 tr\u00e8s faible, un blocage muscarinique majeur et un risque h\u00e9matologique (agranulocytose) imposant une surveillance de la NFS, risque absent avec l&rsquo;as\u00e9napine.<\/li>\n<li><strong>Risp\u00e9ridone :<\/strong> Puissant antagoniste 5-HT2A et D2, mais d\u00e9pourvu d&rsquo;affinit\u00e9 notable pour les r\u00e9cepteurs 5-HT1A, 5-HT2C ou les r\u00e9cepteurs histaminiques par comparaison avec l&rsquo;as\u00e9napine. La risp\u00e9ridone induit une hyperprolactin\u00e9mie marqu\u00e9e et un risque extrapyramidal dose-d\u00e9pendant plus net.<\/li>\n<li><strong>Aripiprazole :<\/strong> Agoniste partiel des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2 et s\u00e9rotoninergiques 5-HT1A, dot\u00e9 d&rsquo;un profil activateur. L&rsquo;as\u00e9napine est un antagoniste pur \u00e0 ces r\u00e9cepteurs, lui conf\u00e9rant des propri\u00e9t\u00e9s s\u00e9datives et anti-maniaques imm\u00e9diates plus prononc\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Qu\u00e9tiapine :<\/strong> Antipsychotique dibenzothiaz\u00e9pine caract\u00e9ris\u00e9 par une tr\u00e8s faible affinit\u00e9 D2 et un m\u00e9tabolite actif (norqu\u00e9tiapine) agissant sur la recapture de la noradr\u00e9naline. La qu\u00e9tiapine est plus s\u00e9dative et induit plus d&rsquo;hypotension orthostatique que l&rsquo;as\u00e9napine.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;as\u00e9napine s&rsquo;affirme comme une mol\u00e9cule incontournable pour appr\u00e9hender l&rsquo;\u00e9volution de la psychopharmacologie moderne des troubles de l&rsquo;humeur et des psychoses. Voici les \u00e9l\u00e9ments fondamentaux \u00e0 retenir :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Nature et classe :<\/strong> Antipsychotique atypique de seconde g\u00e9n\u00e9ration de la famille des dibenzo-ox\u00e9pino-pyrroles.<\/li>\n<li><strong>M\u00e9canisme d&rsquo;action :<\/strong> Antagonisme \u00e9tendu \u00e0 haute affinit\u00e9 pour les r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques (5-HT2A, 5-HT2C, 5-HT7), dopaminergiques (D2, D3, D4), adr\u00e9nergiques (alpha-1, alpha-2) et histaminiques (H1), avec une absence protectrice d&rsquo;affinit\u00e9 muscarinique.<\/li>\n<li><strong>Mode d&rsquo;administration singulier :<\/strong> Administration sublinguale stricte (ou transdermique selon les pays) justifi\u00e9e par une biodisponibilit\u00e9 orale quasi nulle (&lt; 2 %) due au premier passage h\u00e9patique. Interdiction formelle de boire ou manger dans les 10 minutes suivant la prise.<\/li>\n<li><strong>Indications pivots :<\/strong> Traitement des \u00e9pisodes maniaques ou mixtes mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 s\u00e9v\u00e8res du trouble bipolaire de type I chez l&rsquo;adulte (homologu\u00e9e en Europe et aux \u00c9tats-Unis) et schizophr\u00e9nie (\u00c9tats-Unis et autres juridictions).<\/li>\n<li><strong>Bilan m\u00e9tabolique favorable :<\/strong> Moins de propension au gain pond\u00e9ral et aux anomalies glucidiques et lipidiques que l&rsquo;olanzapine ou la clozapine.<\/li>\n<li><strong>Pr\u00e9cautions cliniques :<\/strong> Vigilance face aux r\u00e9actions orales locales (hypoesth\u00e9sie, dysgueusie), \u00e0 la s\u00e9dation, aux rares allongements du QTc et aux r\u00e9actions immuno-allergiques.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Kane, J. M., Cohen, M., Zhao, J., Alphs, L., &amp; Panagides, J. (2010). Efficacy and safety of asenapine in a placebo- and risperidone-controlled trial in patients with acute schizophrenia. <em>The Journal of Clinical Psychiatry<\/em>, 71(8), 1073\u20131081. https:\/\/doi.org\/10.4088\/JCP.09m05305gre<\/li>\n<li>Leucht, S., Cipriani, A., Spineli, L., Mavridis, D., \u00d6rey, D., Richter, F., Samara, M., Barbui, C., Engel, R. R., Geddes, J. R., Kissling, W., Stapf, M. P., Lassig, B., Salanti, G., &amp; Davis, J. M. (2013). Comparative efficacy and tolerability of 15 antipsychotic drugs in schizophrenia: A multiple-treatments meta-analysis. <em>The Lancet<\/em>, 382(9896), 951\u2013962. https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(13)60733-3<\/li>\n<li>McIntyre, R. S., Cohen, M., Zhao, J., Fl\u00e9chon, D., Bowden, C. L., &amp; Asenapine Bipolar Mania Investigators. (2009). Asenapine versus olanzapine in acute mania: A double-blind, randomized, 9-week continuation study. <em>Bipolar Disorders<\/em>, 11(7), 715\u2013726. https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1399-5618.2009.00756.x<\/li>\n<li>Meltzer, H. Y. (1989). Clinical studies on the mechanism of action of clozapine: The dopamine-serotonin hypothesis of schizophrenia. <em>Psychopharmacology<\/em>, 99(Suppl 1), S18\u2013S27. https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF00442553<\/li>\n<li>Potkin, S. G., Cohen, M., &amp; Panagides, J. (2007). Efficacy and tolerability of asenapine in acute schizophrenia: A placebo- and haloperidol-controlled trial. <em>The Journal of Clinical Psychiatry<\/em>, 68(10), 1492\u20131500. https:\/\/doi.org\/10.4088\/jcp.v68n1004<\/li>\n<li>Stahl, S. M. (2021). <em>Stahl&rsquo;s Essential Psychopharmacology: Neuroscientific Basis and Practical Applications<\/em> (5th ed.). Cambridge University Press. https:\/\/doi.org\/10.1017\/9781108975292<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez l&rsquo;as\u00e9napine : caract\u00e9ristiques pharmacologiques, administration sublinguale, indications dans le trouble bipolaire et profil de tol\u00e9rance clinique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[958,7375],"tags":[34912,34911,33463,9041,572,2153],"class_list":["post-20960","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychiatrie-clinique","category-psychopharmacologie","tag-antipsychotique-atypique","tag-asenapine","tag-neuroleptique","tag-psychopharmacologie","tag-schizophrenie","tag-trouble-bipolaire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20960","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20960\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20960"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20960"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20960"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}