{"id":20917,"date":"2026-10-24T19:59:02","date_gmt":"2026-10-24T19:59:02","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=indice-articulation-intelligibilite-parole"},"modified":"2026-10-24T19:59:02","modified_gmt":"2026-10-24T19:59:02","slug":"indice-articulation-intelligibilite-parole","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=indice-articulation-intelligibilite-parole","title":{"rendered":"Indice d&rsquo;articulation : Mesure de l&rsquo;intelligibilit\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;intelligibilit\u00e9 de la parole constitue l&rsquo;un des piliers fondamentaux de la communication interpersonnelle, de l&rsquo;interaction sociale et du fonctionnement cognitif au sein de notre environnement quotidien. Au carrefour de la psychoacoustique, de la psychologie cognitive et des sciences de la communication, la capacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9coder un message vocal dans des contextes acoustiques d\u00e9grad\u00e9s repose sur des m\u00e9canismes perceptifs complexes qui ont n\u00e9cessit\u00e9 le d\u00e9veloppement de m\u00e9triques objectives rigoureuses. L&rsquo;indice d&rsquo;articulation s&rsquo;impose historiquement comme le premier mod\u00e8le math\u00e9matique pr\u00e9dictif capable de quantifier la proportion du signal de parole audible et accessible au syst\u00e8me auditif humain en pr\u00e9sence de bruit masquant.<\/p>\n<h2>Indice d&rsquo;articulation<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>indice d&rsquo;articulation<\/strong> (commun\u00e9ment abr\u00e9g\u00e9 <em>IA<\/em> ou <em>AI<\/em> pour l&rsquo;anglais <em>Articulation Index<\/em>) est une m\u00e9trique psychoacoustique pr\u00e9dictive qui estime la proportion d&rsquo;informations acoustiques du signal vocal demeurant audibles pour un auditeur humain \u00e0 travers diff\u00e9rentes bandes de fr\u00e9quences, en tenant compte du niveau du signal et du bruit de fond masquant. Cet indice scalaire varie de 0,0 (parole totalement inaudible et inintelligible) \u00e0 1,0 (audibilit\u00e9 compl\u00e8te et intelligibilit\u00e9 optimale), fournissant une quantification objective du potentiel de transmission d&rsquo;un canal acoustique ou \u00e9lectroacoustique.<\/p>\n<p>Sur le plan conceptuel et psychologique, l&rsquo;indice d&rsquo;articulation ne mesure pas directement le score effectif de reconnaissance des mots, mais plut\u00f4t la disponibilit\u00e9 physique des indices phon\u00e9tiques dans les filtres auditifs p\u00e9riph\u00e9riques de la cochl\u00e9e. Il mod\u00e9lise la fa\u00e7on dont le syst\u00e8me auditif d\u00e9compose le spectre sonore en plusieurs canaux fr\u00e9quentiels ind\u00e9pendants, o\u00f9 chaque intervalle contribue de mani\u00e8re pond\u00e9r\u00e9e \u00e0 la compr\u00e9hension globale du message linguistique. Ce faisant, il relie les propri\u00e9t\u00e9s physiques de l&rsquo;acoustique environnementale aux contraintes neurobiologiques de l&rsquo;audition et aux exigences cognitives du traitement du langage.<\/p>\n<p>Par extension, l&rsquo;indice d&rsquo;articulation sert de passerelle empirique pour estimer les courbes de transfert psychom\u00e9trique de reconnaissance verbale dans des conditions vari\u00e9es d&rsquo;\u00e9coute, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de contextes cliniques chez des patients malentendants, de postes de travail bruyants ou de salles de classe o\u00f9 la charge cognitive de l&rsquo;\u00e9coute est intimement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 la puret\u00e9 du signal per\u00e7u.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab articulation \u00bb provient du latin <em>articulatio<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>articulare<\/em> signifiant \u00ab diviser en n\u0153uds, articuler distinctement \u00bb, lui-m\u00eame issu du substantif <em>articulus<\/em>, diminutif d&rsquo;<em>artus<\/em> (\u00ab articulation, membre \u00bb). Dans la tradition phon\u00e9tique et physiologique du XIXe et du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;articulation d\u00e9signait la production m\u00e9canique et motrice distincte des consonnes et des voyelles par l&rsquo;appareil vocal (l\u00e8vres, langue, voile du palais, dents).<\/p>\n<p>L&rsquo;expression anglaise <em>Articulation Index<\/em> a \u00e9t\u00e9 forg\u00e9e au sein des laboratoires de la Bell Telephone Company durant les d\u00e9cennies 1920 et 1930. Les ing\u00e9nieurs et chercheurs en psychophysique utilisaient le mot <em>articulation<\/em> pour qualifier le pourcentage de phon\u00e8mes, syllabes ou logatomes (mots sans signification) correctement transmis par un circuit t\u00e9l\u00e9phonique et r\u00e9p\u00e9t\u00e9s sans erreur par un op\u00e9rateur. Le terme d\u00e9signait donc initialement un protocole empirique d&rsquo;\u00e9valuation de la clart\u00e9 du signal avant de d\u00e9signer l&rsquo;indice th\u00e9orique mod\u00e9lis\u00e9 (formalement unifi\u00e9 sous l&rsquo;appellation d&rsquo;indice d&rsquo;articulation par Harvey Fletcher, John C. Steinberg et N. R. French).<\/p>\n<p>Introduit dans le lexique francophone par la recherche acoustique et l&rsquo;ergonomie cognitive au cours des ann\u00e9es 1950 et 1960, le syntagme \u00ab indice d&rsquo;articulation \u00bb a \u00e9t\u00e9 naturalis\u00e9 pour refl\u00e9ter fid\u00e8lement cette mesure de fid\u00e9lit\u00e9 phonologique, bien que le langage contemporain pr\u00e9f\u00e8re parfois le terme d&rsquo;\u00ab indice d&rsquo;intelligibilit\u00e9 \u00bb pour souligner la dimension s\u00e9mantique et cognitive du ph\u00e9nom\u00e8ne perceptif.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement [\u025b\u0303.dis d\u203fa\u0281.ti.ky.la.sj\u0254\u0303]. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier, form\u00e9 du nom masculin \u00ab indice \u00bb suivi de la pr\u00e9position \u00e9lid\u00e9e \u00ab d&rsquo; \u00bb et du nom f\u00e9minin \u00ab articulation \u00bb. Au pluriel, la locution devient \u00ab des indices d&rsquo;articulation \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan distributionnel, le terme s&#8217;emploie principalement en acoustique architecturale, en ing\u00e9nierie de la voix, en audiologie et en psychoacoustique. Dans le discours technique et scientifique, on le rencontre souvent suivi de compl\u00e9ments d\u00e9terminatifs (ex. : \u00ab un indice d&rsquo;articulation pond\u00e9r\u00e9 \u00bb, \u00ab le calcul de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation en champ diffus \u00bb) ou sous son acronyme international \u00ab AI \u00bb (<em>Articulation Index<\/em>), d\u00e9sormais r\u00e9vis\u00e9 et standardis\u00e9 sous l&rsquo;appellation de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Intelligibilit%C3%A9_de_la_parole\">l&rsquo;intelligibilit\u00e9 de la parole<\/a> via le <em>Speech Intelligibility Index<\/em> (SII).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La th\u00e9orie sous-jacente \u00e0 l&rsquo;indice d&rsquo;articulation repose sur l&rsquo;observation que le syst\u00e8me auditif humain analyse le spectre acoustique complexe \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;une batterie de filtres passe-bande s\u00e9lectifs en fr\u00e9quence. La parole humaine n&rsquo;est pas distribu\u00e9e de mani\u00e8re homog\u00e8ne sur le plan \u00e9nerg\u00e9tique : la majeure partie de l&rsquo;\u00e9nergie acoustique se concentre dans les basses fr\u00e9quences (les formants graves des voyelles et les vibrations glottiques fondamentales, g\u00e9n\u00e9ralement sous 1 000 Hz), tandis que l&rsquo;information cruciale n\u00e9cessaire \u00e0 la discrimination fine des consonnes et \u00e0 la compr\u00e9hension syntaxique r\u00e9side majoritairement dans les moyennes et hautes fr\u00e9quences (entre 1 500 et 4 000 Hz), qui contiennent pourtant une \u00e9nergie physique bien moindre.<\/p>\n<p>L&rsquo;indice d&rsquo;articulation op\u00e8re une fragmentation math\u00e9matique du spectre de parole en plusieurs bandes fr\u00e9quentielles (par exemple en 20 bandes de pr\u00e9cision psychoacoustique, ou par bandes d&rsquo;octave ou de tiers d&rsquo;octave). Pour chaque bande, le mod\u00e8le \u00e9value la diff\u00e9rence d&rsquo;intensit\u00e9 acoustique entre le niveau moyen des cr\u00eates de la parole et le plancher de bruit ambiant (le rapport signal sur bruit local). Dans chaque bande, cette dynamique utile est plafonn\u00e9e \u00e0 une plage efficace de 30 d\u00e9cibels : tout niveau de parole situ\u00e9 sous le seuil du bruit est inaudible (valeur 0), et toute \u00e9l\u00e9vation au-del\u00e0 de 30 dB au-dessus du bruit n&rsquo;apporte plus de gain marginal d&rsquo;audibilit\u00e9 pour cette portion fr\u00e9quentielle (valeur 1).<\/p>\n<p>Une fois la proportion d&rsquo;audibilit\u00e9 calcul\u00e9e pour chaque bande, un facteur de pond\u00e9ration d&rsquo;importance (<em>weighting factor<\/em>) lui est assign\u00e9. Ces coefficients de pond\u00e9ration d\u00e9rivent d&rsquo;\u00e9tudes psychophysiques mesurant le pourcentage d&rsquo;erreurs phon\u00e9tiques commises par des auditeurs normo-entendants lorsque certaines tranches fr\u00e9quentielles du spectre vocal sont syst\u00e9matiquement \u00e9limin\u00e9es par filtrage passe-haut ou passe-bas. En effectuant la somme pond\u00e9r\u00e9e de ces contributions fr\u00e9quentielles, on obtient l&rsquo;indice d&rsquo;articulation global :<\/p>\n<p><em>IA = \u03a3 (w<sub>i<\/sub> \u00d7 A<sub>i<\/sub>)<\/em><\/p>\n<p>o\u00f9 <em>w<sub>i<\/sub><\/em> repr\u00e9sente le poids d&rsquo;importance relative de la bande <em>i<\/em> et <em>A<sub>i<\/sub><\/em> repr\u00e9sente la proportion d&rsquo;audibilit\u00e9 effective du signal vocal par rapport au masque de bruit dans cette m\u00eame bande. La valeur r\u00e9sultante, comprise entre 0 et 1, d\u00e9crit avec une grande fid\u00e9lit\u00e9 la r\u00e9serve informationnelle mise \u00e0 la disposition du syst\u00e8me nerveux central de l&rsquo;auditeur.<\/p>\n<p>Il convient de distinguer l&rsquo;indice d&rsquo;articulation de la performance brute d&rsquo;intelligibilit\u00e9. L&rsquo;indice d&rsquo;articulation est une variable pr\u00e9dictive physique et sensorielle interm\u00e9diaire ; le score d&rsquo;intelligibilit\u00e9 effectif (exprim\u00e9 en pourcentage de mots ou de phrases correctement r\u00e9p\u00e9t\u00e9s) d\u00e9pend en outre de la redondance lexicale, du contexte s\u00e9mantique, de l&rsquo;\u00e9tat attentionnel du sujet et de ses comp\u00e9tences linguistiques. Une valeur d&rsquo;indice d&rsquo;articulation de seulement 0,45 peut ainsi permettre une intelligibilit\u00e9 de phrases famili\u00e8res sup\u00e9rieure \u00e0 95 %, alors que la reconnaissance de syllabes non significatives (logatomes) chutera \u00e0 moins de 60 % pour ce m\u00eame indice.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La gen\u00e8se de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation s&rsquo;enracine dans les d\u00e9fis technologiques et industriels de la t\u00e9l\u00e9phonie au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. D\u00e8s les ann\u00e9es 1920, au sein des Bell Telephone Laboratories de New York, le physicien et pionnier de l&rsquo;audition <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Harvey_Fletcher\">Harvey Fletcher<\/a> et son \u00e9quipe ont entrepris de quantifier rigoureusement la d\u00e9gradation de la voix humaine transitant par les lignes en cuivre et les commutateurs \u00e9lectrom\u00e9caniques.<\/p>\n<p>Fletcher et John C. Steinberg ont mis en place des batteries de tests psychophysiques fond\u00e9es sur des listes de syllabes d\u00e9pourvues de sens (les tests d&rsquo;articulation CVC : consonne-voyelle-consonne). Ces protocoles visaient \u00e0 mesurer la fid\u00e9lit\u00e9 intrins\u00e8que du syst\u00e8me sans le biais de la suppl\u00e9ance mentale ou de l&rsquo;anticipation s\u00e9mantique des auditeurs. Ces exp\u00e9riences fondamentales ont men\u00e9 \u00e0 la d\u00e9couverte du concept de bande critique cochl\u00e9aire, posant les bases de la mod\u00e9lisation fr\u00e9quentielle de l&rsquo;audition.<\/p>\n<p>En 1947, N. R. French et J. C. Steinberg ont formalis\u00e9 l&rsquo;algorithme sous le titre canonique de <em>Factors Governing the Intelligibility of Speech Sounds<\/em>, publi\u00e9 dans le <em>Journal of the Acoustical Society of America<\/em>. Ils y pr\u00e9sentaient la premi\u00e8re m\u00e9thode de calcul syst\u00e9matique de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation, reposant sur vingt bandes fr\u00e9quentielles d&rsquo;\u00e9gale contribution \u00e0 l&rsquo;intelligibilit\u00e9.<\/p>\n<p>Durant la Seconde Guerre mondiale et la p\u00e9riode d&rsquo;apr\u00e8s-guerre, les exigences des communications militaires \u00e0 bord des avions de chasse, des navires et des blind\u00e9s ont propuls\u00e9 ces recherches th\u00e9oriques au rang de priorit\u00e9 strat\u00e9gique. Le psychoacousticien Karl D. Kryter a consid\u00e9rablement \u00e9tendu et simplifi\u00e9 les travaux de French et Steinberg. Il a adapt\u00e9 le calcul aux bandes d&rsquo;octave et de tiers d&rsquo;octave, beaucoup plus faciles \u00e0 mesurer avec l&rsquo;instrumentation de terrain de l&rsquo;\u00e9poque.<\/p>\n<p>L&rsquo;effort de normalisation men\u00e9 par Kryter a culmin\u00e9 en 1969 avec la publication par l&rsquo;American National Standards Institute de la norme <em>ANSI S3.5-1969 : American National Standard Methods for Calculation of the Articulation Index<\/em>. Ce standard a servi de r\u00e9f\u00e9rence internationale pendant pr\u00e8s de trois d\u00e9cennies dans les domaines de l&rsquo;audiologie clinique, de la conception architecturale des bureaux et de l&rsquo;ing\u00e9nierie des t\u00e9l\u00e9communications.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du si\u00e8cle, la prise en compte de ph\u00e9nom\u00e8nes psychoacoustiques plus subtils \u2014 tels que l&rsquo;\u00e9talement du masquage vers les hautes fr\u00e9quences \u00e0 forte intensit\u00e9, le masquage non lin\u00e9aire et la distorsion d&rsquo;auto-masquage phon\u00e9tique \u2014 a conduit \u00e0 une modernisation majeure. En 1997, l&rsquo;ANSI a abrog\u00e9 la version de 1969 pour introduire la norme <em>ANSI S3.5-1997<\/em> officialisant le <em>Speech Intelligibility Index<\/em> (SII), successeur direct et perfectionn\u00e9 de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation originel.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture th\u00e9orique de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation repose sur plusieurs paradigmes majeurs de la psychophysique et de la th\u00e9orie de l&rsquo;information :<\/p>\n<p>En premier lieu, le mod\u00e8le adopte la th\u00e9orie tonotopique de l&rsquo;audition d\u00e9riv\u00e9e des travaux de Georg von B\u00e9k\u00e9sy. Selon ce mod\u00e8le, la membrane basilaire de l&rsquo;oreille interne agit comme un analyseur spectral spatialis\u00e9 : chaque segment de la cochl\u00e9e r\u00e9pond pr\u00e9f\u00e9rentiellement \u00e0 une fr\u00e9quence caract\u00e9ristique. L&rsquo;indice d&rsquo;articulation postule que les informations contenues dans ces canaux tonotopiques distincts sont trait\u00e9es de mani\u00e8re quasi ind\u00e9pendante \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage sensoriel p\u00e9riph\u00e9rique avant d&rsquo;\u00eatre agr\u00e9g\u00e9es par le syst\u00e8me auditif central.<\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, le mod\u00e8le fait appel au concept de masquage auditif. Lorsqu&rsquo;un bruit al\u00e9atoire ou ind\u00e9sirable partage la m\u00eame bande fr\u00e9quentielle qu&rsquo;un \u00e9l\u00e9ment du signal vocal, il r\u00e9duit la sensibilit\u00e9 de l&rsquo;oreille \u00e0 ce signal en saturant les d\u00e9charges des neurones aff\u00e9rents du nerf auditif. L&rsquo;indice d&rsquo;articulation formalise le postulat selon lequel la contribution informationnelle d&rsquo;une bande donn\u00e9e est lin\u00e9airement proportionnelle au rapport signal sur bruit effectif dans cette bande, \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur d&rsquo;une fen\u00eatre dynamique op\u00e9rationnelle standardis\u00e9e de 30 dB.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, l&rsquo;indice d&rsquo;articulation s&rsquo;inspire directement de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9orie_de_l%27information\">th\u00e9orie de l&rsquo;information<\/a> de Claude Shannon. Chaque bande spectrale est appr\u00e9hend\u00e9e comme un sous-canal de communication poss\u00e9dant une certaine capacit\u00e9 de transmission. L&rsquo;audibilit\u00e9 totale r\u00e9sulte de la sommation de ces sous-capacit\u00e9s ind\u00e9pendantes, chacune \u00e9tant lest\u00e9e d&rsquo;une fonction d&rsquo;utilit\u00e9 psycholinguistique qui refl\u00e8te la densit\u00e9 des indices distinctifs (voisement, lieu d&rsquo;articulation, mode d&rsquo;articulation, transitions formantiques) pr\u00e9sents dans cette r\u00e9gion fr\u00e9quentielle.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Pour d\u00e9composer la structure math\u00e9matique et conceptuelle de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation, plusieurs \u00e9l\u00e9ments et d\u00e9clinaisons m\u00e9thodologiques doivent \u00eatre identifi\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le spectre de parole \u00e0 long terme (LTASS) :<\/strong> Profil standardis\u00e9 de l&rsquo;intensit\u00e9 acoustique de la parole continue moyenn\u00e9e dans le temps, caract\u00e9ris\u00e9 par un pic d&rsquo;\u00e9nergie vers 500 Hz et une att\u00e9nuation progressive d&rsquo;environ 9 \u00e0 10 dB par octave au-del\u00e0 de 1 000 Hz.<\/li>\n<li><strong>La plage dynamique op\u00e9rationnelle de 30 dB :<\/strong> Hypoth\u00e8se centrale selon laquelle le signal vocal fluctue statistiquement sur un intervalle de 30 dB entre ses cr\u00eates quasi instantan\u00e9es (percentile d&rsquo;intensit\u00e9 sup\u00e9rieure) et ses vall\u00e9es phon\u00e9miques les plus faibles.<\/li>\n<li><strong>Les bandes de fr\u00e9quences d&rsquo;analyse :<\/strong> Trois m\u00e9thodes de d\u00e9coupage spectral sont historiquement distingu\u00e9es :\n<ul>\n<li><em>La m\u00e9thode des 20 bandes d&rsquo;\u00e9gale contribution :<\/em> Chaque bande de largeur variable apporte exactement 5 % (poids de 0,05) \u00e0 l&rsquo;indice final lorsque le signal est totalement audible.<\/li>\n<li><em>La m\u00e9thode des tiers d&rsquo;octave :<\/em> Analyse plus fine bas\u00e9e sur 15 ou 16 filtres standardis\u00e9s, fr\u00e9quemment employ\u00e9e en laboratoire d&rsquo;acoustique.<\/li>\n<li><em>La m\u00e9thode des bandes d&rsquo;octave :<\/em> Approche simplifi\u00e9e bas\u00e9e sur 5 ou 6 bandes principales (de 250 Hz \u00e0 4 000 Hz ou 8 000 Hz), adapt\u00e9e aux sonom\u00e8tres conventionnels.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>La fonction de pond\u00e9ration phon\u00e9tique (<em>Frequency Weighting<\/em>) :<\/strong> Table de coefficients variables assign\u00e9s aux bandes de fr\u00e9quences. Les bandes centr\u00e9es autour de 2 000 Hz re\u00e7oivent syst\u00e9matiquement les coefficients les plus \u00e9lev\u00e9s en raison de la pr\u00e9sence critique des deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me formants (F2, F3) indispensables \u00e0 l&rsquo;identification consonantique.<\/li>\n<li><strong>Le facteur de r\u00e9duction pour niveau \u00e9lev\u00e9 :<\/strong> Ajustement math\u00e9matique p\u00e9nalisant l&rsquo;indice lorsque le signal vocal d\u00e9passe des niveaux d&rsquo;intensit\u00e9 acoustique \u00e9lev\u00e9s (typiquement au-dessus de 75-80 dB SPL), simulant la saturation cochl\u00e9aire et la d\u00e9t\u00e9rioration de la clart\u00e9 per\u00e7ue par auto-masquage phon\u00e9tique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Consid\u00e9rons le cas d&rsquo;une salle de classe d&rsquo;\u00e9cole \u00e9l\u00e9mentaire situ\u00e9e \u00e0 proximit\u00e9 d&rsquo;une art\u00e8re urbaine \u00e0 fort trafic automobile. Le bruit ext\u00e9rieur g\u00e9n\u00e8re un bourdonnement basse fr\u00e9quence continu, avec une forte intensit\u00e9 sous 500 Hz (65 dB SPL) mais une \u00e9nergie d\u00e9croissante dans les hautes fr\u00e9quences (40 dB SPL \u00e0 2 000 et 4 000 Hz). La voix de l&rsquo;enseignante est projet\u00e9e \u00e0 un niveau moyen de 60 dB SPL \u00e0 la position des \u00e9l\u00e8ves assis au fond de la classe. Dans les basses fr\u00e9quences, le rapport signal sur bruit est n\u00e9gatif (-5 dB), rendant les voyelles sourdes et voil\u00e9es. Cependant, dans la r\u00e9gion des 2 000 \u00e0 4 000 Hz, le rapport signal sur bruit atteint +20 dB. Le calcul de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation fournira un score d&rsquo;environ 0,55. Bien que le bruit semble g\u00eanant et bruyant pour l&rsquo;oreille humaine, l&rsquo;indice d&rsquo;articulation pr\u00e9dit avec justesse que l&rsquo;intelligibilit\u00e9 des mots usuels restera tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9e, car les bandes spectrales critiques transportant les formants consonantiques demeurent pr\u00e9serv\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, examinons l&rsquo;environnement d&rsquo;un bureau paysager (<em>open space<\/em>) o\u00f9 les gestionnaires souhaitent garantir la confidentialit\u00e9 des conversations entre coll\u00e8gues. Pour emp\u00eacher la distraction caus\u00e9e par la parole intelligible environnante, un syst\u00e8me de masquage sonore par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bruit_rose\">bruit rose<\/a> est inject\u00e9 via des diffuseurs au plafond. Le spectre de ce bruit est calibr\u00e9 pour cibler pr\u00e9cis\u00e9ment la r\u00e9gion 1 000 &#8211; 4 000 Hz \u00e0 un niveau de 48 dBA. D\u00e8s lors, le rapport signal sur bruit de la voix d&rsquo;un collaborateur distant s&rsquo;effondre dans la zone fr\u00e9quentielle cruciale. L&rsquo;indice d&rsquo;articulation tombe sous le seuil de 0,15. Dans ce sc\u00e9nario, la voix est toujours audible (on per\u00e7oit que quelqu&rsquo;un parle), mais le message est devenu incompr\u00e9hensible, \u00e9liminant ainsi la capture attentionnelle involontaire chez les employ\u00e9s voisins.<\/p>\n<p>Un autre exemple frappant concerne l&rsquo;adaptation proth\u00e9tique en audiologie. Un patient \u00e2g\u00e9 pr\u00e9sente une presbyacousie neurosensorielle en pente de ski, caract\u00e9ris\u00e9e par une audition normale jusqu&rsquo;\u00e0 1 000 Hz, puis une chute brutale du seuil auditif \u00e0 60 dB HL entre 2 000 et 6 000 Hz. Dans une conversation calme \u00e0 65 dB SPL en l&rsquo;absence de tout bruit ambiant, le seuil d&rsquo;audition du patient agit physiologiquement comme un plancher de bruit interne masquant. Bien que le niveau sonore global semble suffisant pour le sujet, les portions spectrales aigu\u00ebs sont inaudibles (A<sub>i<\/sub> = 0 pour les bandes sup\u00e9rieures). L&rsquo;indice d&rsquo;articulation calcul\u00e9 pour ce patient chute \u00e0 0,30, expliquant pourquoi il se plaint syst\u00e9matiquement d&rsquo;\u00ab entendre sans pouvoir comprendre \u00bb.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La d\u00e9termination de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation peut \u00eatre r\u00e9alis\u00e9e par calcul th\u00e9orique, par simulation informatique pr\u00e9dictive ou par mesure acoustique instrumentale <em>in situ<\/em>. Le protocole standardis\u00e9 requiert plusieurs \u00e9tapes m\u00e9thodologiques strictes :<\/p>\n<p>Dans un premier temps, l&rsquo;exp\u00e9rimentateur ou l&rsquo;ing\u00e9nieur mesure le niveau de pression acoustique \u00e9quivalent (L<sub>eq<\/sub>) du bruit de fond ambiant dans chacune des bandes de fr\u00e9quences retenues (bandes de tiers d&rsquo;octave ou d&rsquo;octave) au moyen d&rsquo;un sonom\u00e8tre de classe 1 \u00e9quip\u00e9 de filtres normalis\u00e9s. Cette mesure doit \u00eatre effectu\u00e9e en l&rsquo;absence de locuteur actif.<\/p>\n<p>Dans un second temps, le spectre moyen de la parole \u00e0 long terme au point de r\u00e9ception est d\u00e9termin\u00e9. Cela peut s&rsquo;effectuer soit en faisant parler un op\u00e9rateur de test selon un niveau vocal calibr\u00e9 (voix normale, \u00e9lev\u00e9e, cri\u00e9e), soit en utilisant un simulateur vocal artificiel (une bouche artificielle normalis\u00e9e selon la recommandation UIT-T P.51 \u00e9mettant un signal \u00e9talonn\u00e9 de type signal vocal artificiel ou bruit stationnaire conforme au LTASS).<\/p>\n<p>Pour chaque bande de fr\u00e9quence <em>i<\/em>, on calcule le rapport signal sur bruit effectif :<\/p>\n<p><em>SNR<sub>i<\/sub> = L<sub>parole, i<\/sub> &#8211; L<sub>bruit, i<\/sub><\/em><\/p>\n<p>La proportion d&rsquo;audibilit\u00e9 normalis\u00e9e <em>A<sub>i<\/sub><\/em> est ensuite d\u00e9riv\u00e9e selon la formule de troncature standard :<\/p>\n<p><em>A<sub>i<\/sub> = 0 si SNR<sub>i<\/sub> \u2264 -12 dB (selon les formulations historiques) ou 0 dB<\/em><br \/><em>A<sub>i<\/sub> = (SNR<sub>i<\/sub> + 12) \/ 30 si -12 dB &lt; SNR<sub>i<\/sub> &lt; +18 dB<\/em><br \/><em>A<sub>i<\/sub> = 1 si SNR<sub>i<\/sub> \u2265 +18 dB<\/em><\/p>\n<p>Chaque valeur <em>A<sub>i<\/sub><\/em> est ensuite multipli\u00e9e par le coefficient d&rsquo;importance <em>w<sub>i<\/sub><\/em> correspondant \u00e0 la grille fr\u00e9quentielle employ\u00e9e. Enfin, la somme arithm\u00e9tique de l&rsquo;ensemble des bandes est calcul\u00e9e pour produire la note globale d&rsquo;indice d&rsquo;articulation.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;indice d&rsquo;articulation et ses d\u00e9riv\u00e9s directs ont model\u00e9 de multiples pans de la soci\u00e9t\u00e9 technologique, industrielle et m\u00e9dicale contemporaine :<\/p>\n<p>En <strong>audiologie et audiom\u00e9trie clinique<\/strong>, l&rsquo;indice d&rsquo;articulation a r\u00e9volutionn\u00e9 la prescription et le r\u00e9glage des audioproth\u00e8ses. La m\u00e9thode <em>Count-the-Dots<\/em> (abaque \u00e0 100 points) d\u00e9velopp\u00e9e par Mueller et Killion en 1990 constitue une transposition clinique directe de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation : un audiogramme est superpos\u00e9 \u00e0 un graphique parsem\u00e9 de 100 points pond\u00e9r\u00e9s ; le praticien compte simplement le nombre de points demeurant situ\u00e9s au-dessus du seuil de perception du patient pour obtenir imm\u00e9diatement son indice d&rsquo;articulation en pourcentage, guidant l&rsquo;amplification requise bande par bande.<\/p>\n<p>En <strong>acoustique du b\u00e2timent et architecture d&rsquo;int\u00e9rieur<\/strong>, l&rsquo;indice d&rsquo;articulation est la m\u00e9trique historique qui a permis de formaliser le concept de confidentialit\u00e9 de la parole (<em>speech privacy<\/em>). Dans les h\u00f4pitaux, les banques ou les cabinets juridiques, l&rsquo;isolation phonique entre cloisons est dimensionn\u00e9e pour abaisser l&rsquo;indice d&rsquo;articulation sous des seuils r\u00e9glementaires stricts afin d&rsquo;\u00e9viter les violations du secret professionnel.<\/p>\n<p>En <strong>psychologie ergonomique et psychologie du travail<\/strong>, il est abondamment d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;un indice d&rsquo;articulation \u00e9lev\u00e9 pour les conversations parasites dans un espace de travail ouvert engendre une d\u00e9t\u00e9rioration rapide de la m\u00e9moire de travail phonologique des employ\u00e9s effectuant des t\u00e2ches de lecture, d&rsquo;\u00e9criture ou de programmation. Les ergonomes exploitent l&rsquo;indice pour concevoir des barri\u00e8res acoustiques et des masquages sonores visant \u00e0 atteindre un niveau de \u00ab non-distraction \u00bb cognitive.<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;<strong>a\u00e9ronautique et les t\u00e9l\u00e9communications spatiales<\/strong>, l&rsquo;optimisation des casques radio et des microphones \u00e0 r\u00e9duction de bruit repose sur des simulations d&rsquo;indice d&rsquo;articulation afin d&rsquo;assurer que les pilotes conservent une compr\u00e9hension parfaite des instructions des contr\u00f4leurs de vol, m\u00eame sous un environnement sonore extr\u00eame d\u00e9passant 100 dBA dans les cockpits.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les recherches empiriques men\u00e9es tout au long du XXe si\u00e8cle ont apport\u00e9 des validations syst\u00e9matiques \u00e0 la puissance pr\u00e9dictive de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation. Les travaux s\u00e9minaux de French et Steinberg (1947), compl\u00e9t\u00e9s par ceux de Fletcher et Galt (1950), ont corr\u00e9l\u00e9 les valeurs calcul\u00e9es de l&rsquo;indice avec des dizaines de milliers d&rsquo;essais d&rsquo;\u00e9coute humaine. Ces \u00e9tudes ont \u00e9tabli les courbes de transfert universelles qui relient la valeur physique de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation aux pourcentages de r\u00e9ussite des auditeurs selon la nature du mat\u00e9riel linguistique test\u00e9.<\/p>\n<p>Une observation empirique fondamentale est la nature non lin\u00e9aire de cette relation. Alors que la relation math\u00e9matique entre le niveau sonore et l&rsquo;indice d&rsquo;articulation est strictement lin\u00e9aire par morceaux, la relation entre l&rsquo;indice et l&rsquo;intelligibilit\u00e9 humaine prend la forme d&rsquo;une fonction sigmo\u00efde ou logistique. Cela d\u00e9montre empiriquement l&rsquo;existence de la suppl\u00e9ance mentale : d\u00e8s lors qu&rsquo;un seuil critique d&rsquo;information acoustique est franchi (souvent vers un indice de 0,35 \u00e0 0,40), le cerveau de l&rsquo;auditeur utilise ses sch\u00e9mas cognitifs internes, sa m\u00e9moire s\u00e9mantique et les r\u00e8gles phonotaxiques de sa langue maternelle pour \u00ab boucher les trous \u00bb phon\u00e9tiques laiss\u00e9s par le bruit, propulsant le taux de compr\u00e9hension des phrases compl\u00e8tes \u00e0 plus de 90 %.<\/p>\n<p>Des recherches ult\u00e9rieures en neuropsychologie auditive (notamment conduites par des \u00e9quipes scandinaves et am\u00e9ricaines comme Humes, Dirks ou Pavlovic) ont explor\u00e9 l&rsquo;impact du vieillissement cognitif sur la validit\u00e9 de l&rsquo;indice. Leurs donn\u00e9es indiquent que si l&rsquo;indice d&rsquo;articulation pr\u00e9dit fid\u00e8lement l&rsquo;audibilit\u00e9 chez les jeunes adultes normo-entendants, il a tendance \u00e0 surestimer l&rsquo;intelligibilit\u00e9 effective chez les personnes \u00e2g\u00e9es pr\u00e9sentant un ralentissement du traitement central ou des d\u00e9ficits de traitement temporel (diminution de la sensibilit\u00e9 aux modulations d&rsquo;amplitude temporelle de la parole).<\/p>\n<p>En outre, les travaux de George Miller et J. C. R. Licklider ont valid\u00e9 la pertinence de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation face \u00e0 divers types de masquages : bruit blanc, bruits de bande \u00e9troite et bruits modul\u00e9s, confirmant la robustesse du principe de sommation d&rsquo;indices \u00e9nerg\u00e9tiques \u00e0 travers les bandes critiques cochl\u00e9aires.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et interlinguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;une des limites historiques majeures de la formulation initiale de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation (ANSI S3.5-1969) r\u00e9sidait dans le fait que sa grille de pond\u00e9ration fr\u00e9quentielle \u00e9tait calibr\u00e9e de mani\u00e8re presque exclusive sur la phonologie de l&rsquo;anglais am\u00e9ricain standard. Or, la structure acoustique et l&rsquo;importance relative des diff\u00e9rentes bandes fr\u00e9quentielles varient d&rsquo;une langue \u00e0 une autre en fonction de ses propri\u00e9t\u00e9s phon\u00e9tiques intrins\u00e8ques.<\/p>\n<p>Dans les langues \u00e0 tons, comme le mandarin, le cantonais ou le vietnamien, la trajectoire de la fr\u00e9quence fondamentale (F0) et les harmoniques graves situ\u00e9es sous 500 Hz jouent un r\u00f4le morphologique et s\u00e9mantique bien plus d\u00e9terminant que dans les langues non tonales. Un mot comme \u00ab ma \u00bb en mandarin peut prendre quatre significations totalement distinctes selon son profil d&rsquo;intonation vocale. Par cons\u00e9quent, appliquer les coefficients de pond\u00e9ration standards de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation anglo-saxon \u00e0 des locuteurs chinois conduit \u00e0 sous-estimer syst\u00e9matiquement l&rsquo;importance des basses fr\u00e9quences.<\/p>\n<p>Dans les langues riches en consonnes fricatives et chuintantes (telles que le polonais, le russe ou l&rsquo;allemand), les hautes fr\u00e9quences (au-del\u00e0 de 4 000 Hz) concentrent une part cruciale de la distinctivit\u00e9 phon\u00e9mique. De m\u00eame, la phonologie de la langue fran\u00e7aise, avec sa fr\u00e9quence \u00e9lev\u00e9e de voyelles nasales et son syst\u00e8me vocalique dense, conf\u00e8re un poids distinct aux r\u00e9gions des formants interm\u00e9diaires comparativement \u00e0 l&rsquo;anglais.<\/p>\n<p>Pour pallier ce biais ethnocentrique et linguistique, des corpus de recherche internationaux ont formul\u00e9 des jeux de pond\u00e9ration alternatifs pour le <em>Speech Intelligibility Index<\/em>, permettant d&rsquo;adapter le calcul psychoacoustique aux caract\u00e9ristiques spectrales propres \u00e0 diverses familles de langues (langues romanes, germaniques, slaves ou tonales asiatiques).<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 son \u00e9l\u00e9gance math\u00e9matique et son statut pionnier, l&rsquo;indice d&rsquo;articulation originel a fait l&rsquo;objet de critiques r\u00e9p\u00e9t\u00e9es \u00e9manant tant de la communaut\u00e9 psychoacoustique que des sciences cognitives de l&rsquo;audition :<\/p>\n<p>Le principal reproche formul\u00e9 \u00e0 l&rsquo;encontre de l&rsquo;indice d&rsquo;articulation classique est son incapacit\u00e9 \u00e0 mod\u00e9liser correctement la <strong>r\u00e9verb\u00e9ration acoustique<\/strong>. L&rsquo;indice d&rsquo;articulation a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u pour des environnements en champ libre ou des circuits \u00e9lectroniques o\u00f9 le bruit est additif et incoh\u00e9rent. Or, dans une pi\u00e8ce tr\u00e8s r\u00e9verb\u00e9rante (comme une \u00e9glise ou un hall carrel\u00e9), la parole se masque elle-m\u00eame par la persistance de l&rsquo;\u00e9nergie des voyelles pr\u00e9c\u00e9dentes venant brouiller les consonnes suivantes dans le temps. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne temporel n&rsquo;est aucunement capt\u00e9 par l&rsquo;indice d&rsquo;articulation, qui n&rsquo;int\u00e8gre aucune dimension temporelle d&rsquo;\u00e9talement de l&rsquo;\u00e9nergie. Pour surmonter cet \u00e9cueil, d&rsquo;autres indices tels que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Speech_Transmission_Index\">Speech Transmission Index<\/a> (STI) de Houtgast et Steeneken ont d\u00fb \u00eatre invent\u00e9s, fondant leur analyse sur la r\u00e9duction de la fonction de transfert de modulation (MTF).<\/p>\n<p>Une deuxi\u00e8me limite th\u00e9orique concerne le masquage non stationnaire ou fluctuating. Lorsque le bruit de fond est constitu\u00e9 d&rsquo;une autre voix humaine concurrente (contexte de type <em>cocktail party<\/em>), l&rsquo;auditeur utilise les \u00ab creux \u00bb temporels du bruit pour y capter des bribes de parole (ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00e9coute dans les creux ou <em>glimpsing<\/em>). L&rsquo;indice d&rsquo;articulation conventionnel, qui r\u00e9alise une moyenne temporelle globale de l&rsquo;\u00e9nergie, est incapable d&rsquo;expliquer ce gain d&rsquo;intelligibilit\u00e9 substantiel li\u00e9 \u00e0 la s\u00e9paration des sources et aux m\u00e9canismes d&rsquo;attention s\u00e9lective.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;indice d&rsquo;articulation n\u00e9glige totalement les facteurs cognitifs de haut niveau (l&rsquo;\u00e2ge du sujet, sa familiarit\u00e9 avec le vocabulaire, la vitesse d&rsquo;\u00e9locution du locuteur, la pr\u00e9sence de bruits visuels distracteurs, ou les troubles du traitement auditif central). Il s&rsquo;agit d&rsquo;une m\u00e9trique d&rsquo;accessibilit\u00e9 spectrale sensorielle, et non d&rsquo;une mod\u00e9lisation int\u00e9grale de l&rsquo;acte neurocognitif de compr\u00e9hension du langage.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter les amalgames terminologiques fr\u00e9quents dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, il convient d&rsquo;expliciter les fronti\u00e8res conceptuelles qui s\u00e9parent l&rsquo;indice d&rsquo;articulation de concepts voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Indice d&rsquo;articulation (AI) vs Speech Intelligibility Index (SII) :<\/strong> Le SII (ANSI S3.5-1997) est le successeur officiel et direct de l&rsquo;AI. Il affine les math\u00e9matiques de l&rsquo;indice originel en int\u00e9grant des mod\u00e8les modernes de masquage \u00e9tal\u00e9 vers les hautes fr\u00e9quences, des corrections physiologiques d&rsquo;audition pathologique et des tables de pond\u00e9ration adapt\u00e9es \u00e0 divers types de mat\u00e9riaux verbaux.<\/li>\n<li><strong>Indice d&rsquo;articulation (AI) vs Speech Transmission Index (STI) :<\/strong> Alors que l&rsquo;indice d&rsquo;articulation s&rsquo;appuie principalement sur le rapport signal sur bruit fr\u00e9quentiel dans des conditions quasi stationnaires, le STI analyse la pr\u00e9servation de la modulation d&rsquo;amplitude du signal vocal au travers d&rsquo;un canal, captant avec pr\u00e9cision les effets combin\u00e9s du bruit et de la r\u00e9verb\u00e9ration de la pi\u00e8ce.<\/li>\n<li><strong>Intelligibilit\u00e9 de la parole :<\/strong> Il s&rsquo;agit de la performance cognitive et comportementale r\u00e9elle, mesur\u00e9e empiriquement aupr\u00e8s de sujets humains sous forme de pourcentage de phon\u00e8mes, mots ou phrases correctement identifi\u00e9s. L&rsquo;indice d&rsquo;articulation est la mesure physique pr\u00e9dictive ; l&rsquo;intelligibilit\u00e9 est le r\u00e9sultat comportemental qui en d\u00e9coule.<\/li>\n<li><strong>Audibilit\u00e9 vs Compr\u00e9hension :<\/strong> L&rsquo;audibilit\u00e9 renvoie \u00e0 la simple d\u00e9tection de la pr\u00e9sence d&rsquo;une vibration sonore par le syst\u00e8me auditif p\u00e9riph\u00e9rique. L&rsquo;indice d&rsquo;articulation quantifie l&rsquo;audibilit\u00e9 fine du spectre phon\u00e9tique, condition indispensable mais non suffisante pour la compr\u00e9hension s\u00e9mantique assur\u00e9e par les aires c\u00e9r\u00e9brales corticales (aire de Wernicke, gyrus temporal sup\u00e9rieur).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;indice d&rsquo;articulation repr\u00e9sente une avanc\u00e9e fondatrice dans l&rsquo;histoire des sciences de l&rsquo;audition et de l&rsquo;ing\u00e9nierie de la communication, dont l&rsquo;impact perdure dans les standards contemporains :<\/p>\n<ul>\n<li>Il s&rsquo;agit du tout premier mod\u00e8le objectif normalis\u00e9 (ANSI S3.5-1969) pr\u00e9disant l&rsquo;intelligibilit\u00e9 de la parole \u00e0 partir de la distribution spectrale du signal et du bruit de fond.<\/li>\n<li>Sa valeur oscille entre 0,0 et 1,0 et traduit la proportion cumul\u00e9e et pond\u00e9r\u00e9e du spectre de parole \u00e9mergeant au-dessus du plancher de bruit dans les diff\u00e9rentes bandes critiques auditives.<\/li>\n<li>Il repose sur la d\u00e9couverte psychophysique que certaines bandes fr\u00e9quentielles (notamment entre 1 500 et 3 000 Hz) portent une part pr\u00e9pond\u00e9rante de la charge informationnelle n\u00e9cessaire \u00e0 la discrimination des phon\u00e8mes.<\/li>\n<li>La relation liant l&rsquo;indice d&rsquo;articulation \u00e0 l&rsquo;intelligibilit\u00e9 humaine est fortement sigmo\u00efdale : en raison de la suppl\u00e9ance cognitive et de la redondance linguistique, un indice interm\u00e9diaire (ex. : 0,45) permet souvent d&rsquo;atteindre une intelligibilit\u00e9 quasi parfaite pour des phrases courantes.<\/li>\n<li>Bien qu&rsquo;historiquement supplant\u00e9 par le <em>Speech Intelligibility Index<\/em> (SII) et le <em>Speech Transmission Index<\/em> (STI) pour prendre en compte la r\u00e9verb\u00e9ration et les masquages complexes, l&rsquo;indice d&rsquo;articulation demeure le socle th\u00e9orique de l&rsquo;\u00e9valuation proth\u00e9tique en audiologie et des normes de confidentialit\u00e9 architecturale.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American National Standards Institute. (1969). <em>American national standard methods for calculation of the articulation index<\/em> (ANSI S3.5-1969). Acoustical Society of America.<\/li>\n<li>American National Standards Institute. (1997). <em>Methods for calculation of the speech intelligibility index<\/em> (ANSI S3.5-1997). Acoustical Society of America. <a href=\"https:\/\/webstore.ansi.org\/standards\/asa\/ansiasiis31997r2020\">https:\/\/webstore.ansi.org\/standards\/asa\/ansiasiis31997r2020<\/a><\/li>\n<li>Fletcher, H., &amp; Galt, R. H. (1950). The perception of speech and its relation to telephony. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 22(2), 89\u2013151. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1906605\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1906605<\/a><\/li>\n<li>French, N. R., &amp; Steinberg, J. C. (1947). Factors governing the intelligibility of speech sounds. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 19(1), 90\u2013119. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1916407\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1916407<\/a><\/li>\n<li>Kryter, K. D. (1962). Methods for the calculation and use of the articulation index. <em>The Journal of the Acoustical Society of America<\/em>, 34(11), 1689\u20131697. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1909094\">https:\/\/doi.org\/10.1121\/1.1909094<\/a><\/li>\n<li>Mueller, H. G., &amp; Killion, M. C. (1990). An easy method for calculating the articulation index. <em>The Hearing Journal<\/em>, 43(9), 14\u201317.<\/li>\n<li>Pavlovic, C. V. (1987). 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