{"id":20878,"date":"2026-10-24T18:10:14","date_gmt":"2026-10-24T18:10:14","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=phase-excitation-sexuelle"},"modified":"2026-10-24T18:10:14","modified_gmt":"2026-10-24T18:10:14","slug":"phase-excitation-sexuelle","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=phase-excitation-sexuelle","title":{"rendered":"Phase d&rsquo;excitation : Physiologie du d\u00e9sir"},"content":{"rendered":"<p>La phase d&rsquo;excitation repr\u00e9sente le premier embrasement psychologique et somatique par lequel l&rsquo;organisme r\u00e9pond \u00e0 une stimulation \u00e9rotique ou affective, orchestrant une m\u00e9tamorphose neurobiologique complexe. V\u00e9ritable passerelle entre l&rsquo;imaginaire \u00e9rotique et la dynamique g\u00e9nito-vasculaire, cette \u00e9tape conditionne l&rsquo;ensemble de la trajectoire du plaisir humain et pose les jalons de l&rsquo;hom\u00e9ostasie sexuelle.<\/p>\n<h2>Phase d&rsquo;excitation sexuelle<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La phase d&rsquo;excitation sexuelle d\u00e9signe le stade initial ou interm\u00e9diaire du cycle de la r\u00e9ponse sexuelle humaine, caract\u00e9ris\u00e9 par une cascade de modifications physiologiques vasocongestives et neuromusculaires d\u00e9clench\u00e9es par des stimuli \u00e9rotiques sensoriels, cognitifs ou affectifs. Sur le plan somatique, elle se traduit principalement par l&rsquo;\u00e9rection du p\u00e9nis chez l&rsquo;homme et par la lubrification vaginale, l&rsquo;engorgement clitoridien et l&rsquo;expansion des tissus g\u00e9nitaux chez la femme.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique, cette phase correspond \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un \u00e9tat de conscience modifi\u00e9 centr\u00e9 sur le plaisir \u00e9rotique, caract\u00e9ris\u00e9 par une focalisation attentionnelle accrue sur les signaux corporels, une intensification de l&rsquo;afflux affectif positif et une r\u00e9ceptivit\u00e9 subjective marqu\u00e9e. Elle constitue le socle dynamique qui permet le passage d&rsquo;un \u00e9tat de repos v\u00e9g\u00e9tatif \u00e0 une mobilisation neuro-v\u00e9g\u00e9tative hautement coordonn\u00e9e, pr\u00e9parant les structures anatomiques \u00e0 une activit\u00e9 sexuelle soutenue ou \u00e0 l&rsquo;accouplement.<\/p>\n<p>Loin de se r\u00e9duire \u00e0 un simple r\u00e9flexe hydraulique ou m\u00e9canique, la phase d&rsquo;excitation est une exp\u00e9rience multidimensionnelle o\u00f9 s&rsquo;entrem\u00ealent des composantes c\u00e9r\u00e9brales centrales, neurochimiques, autonomes et relationnelles. Les mod\u00e8les contemporains en sexologie soulignent par ailleurs la distinction fondamentale entre l&rsquo;excitation g\u00e9nitale objective (r\u00e9ponse vasculaire mesurable) et l&rsquo;excitation subjective (sentiment conscient de d\u00e9sir et d&rsquo;\u00e9veil sexuel), deux dimensions dont la concordance varie substantiellement selon les individus et le contexte.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab excitation \u00bb d\u00e9rive directement du latin classique <em>excitare<\/em>, verbe transitif compos\u00e9 du pr\u00e9fixe intensif <em>ex-<\/em> (\u00ab hors de \u00bb, \u00ab vers l&rsquo;ext\u00e9rieur \u00bb) et du verbe fr\u00e9quentatif <em>ciere<\/em> (\u00ab remuer \u00bb, \u00ab provoquer \u00bb, \u00ab appeler \u00bb, \u00ab mettre en mouvement \u00bb). Dans son acception originelle, le vocable \u00e9voque l&rsquo;action d&rsquo;\u00e9veiller d&rsquo;un sommeil, d&rsquo;inciter, d&rsquo;animer vigoureusement ou de faire surgir une force latente. Transpos\u00e9 aux sciences de la nature au cours du XVIIe et du XVIIIe si\u00e8cle, il a d&rsquo;abord qualifi\u00e9 l&rsquo;irritabilit\u00e9 cellulaire et la r\u00e9activit\u00e9 des fibres nerveuses sous l&rsquo;effet d&rsquo;agents stimulants.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction de l&rsquo;expression sp\u00e9cifique \u00ab phase d&rsquo;excitation \u00bb (traduite de l&rsquo;anglais <em>excitement phase<\/em>) dans le champ de la sexologie moderne et de la psychologie clinique est attribu\u00e9e aux travaux fondateurs des chercheurs am\u00e9ricains William Masters et Virginia Johnson au milieu des ann\u00e9es 1960. Dans leur monographie r\u00e9volutionnaire <em>Human Sexual Response<\/em> (1966), ils ont institutionnalis\u00e9 cette d\u00e9signation pour formaliser la premi\u00e8re des quatre \u00e9tapes de leur cycle physiologique (mod\u00e8le EPOR : <em>Excitement<\/em>, <em>Plateau<\/em>, <em>Orgasm<\/em>, <em>Resolution<\/em>).<\/p>\n<p>Auparavant, le vocabulaire m\u00e9dical et psychanalytique employait des locutions telles que \u00ab tumescence \u00bb (popularis\u00e9e par Havelock Ellis), \u00ab \u00e9rection psychique \u00bb ou \u00ab tension libidinale \u00bb (chez Sigmund Freud). La standardisation op\u00e9r\u00e9e par Masters et Johnson a permis d&rsquo;extraire la terminologie des m\u00e9taphores moralisatrices ou exclusivement m\u00e9caniques pour l&rsquo;ancrer dans la physiologie exp\u00e9rimentale, avant d&rsquo;\u00eatre universellement int\u00e9gr\u00e9e dans les nosographies psychiatriques internationales comme le DSM (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux) et la CIM (Classification internationale des maladies).<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais contemporain, le syntagme s&rsquo;\u00e9nonce phon\u00e9tiquement sous la forme \/faz d\u203f\u025bk.si.ta.sj\u0254\u0303\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une locution nominale f\u00e9minine, form\u00e9e par le substantif \u00ab phase \u00bb (nom commun f\u00e9minin d\u00e9signant une p\u00e9riode ou un stade dans un ph\u00e9nom\u00e8ne continu) et par le groupe pr\u00e9positionnel d\u00e9terminatif \u00ab d&rsquo;excitation \u00bb (\u00e9lision de la pr\u00e9position \u00ab de \u00bb devant le nom commun f\u00e9minin \u00ab excitation \u00bb).<\/p>\n<p>Au pluriel, la forme orthographique r\u00e9guli\u00e8re est \u00ab phases d&rsquo;excitation \u00bb, bien que le terme s&#8217;emploie principalement au singulier lorsqu&rsquo;il renvoie au concept th\u00e9orique canonique. Dans la litt\u00e9rature acad\u00e9mique et clinique francophone, on rencontre occasionnellement les variantes synonymiques \u00ab stade d&rsquo;excitation \u00bb, \u00ab phase d&rsquo;\u00e9veil sexuel \u00bb ou \u00ab r\u00e9ponse d&rsquo;excitation \u00e9rotique \u00bb. L&rsquo;adjectif correspondant est \u00ab excitatif \u00bb ou \u00ab excitateur \u00bb (ex. : \u00ab m\u00e9canisme excitateur central \u00bb), bien que l&rsquo;on privil\u00e9gie le plus souvent les p\u00e9riphrases fonctionnelles (\u00ab li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;excitation \u00bb).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie de la phase d&rsquo;excitation requiert l&rsquo;analyse d&rsquo;un syst\u00e8me \u00e0 double composante : une cascade h\u00e9modynamique p\u00e9riph\u00e9rique et une int\u00e9gration c\u00e9r\u00e9brale centrale. D\u00e8s lors qu&rsquo;un stimulus externe (visuel, tactile, auditif, olfactif) ou interne (fantasme, m\u00e9moire \u00e9pisodique, sensation int\u00e9roceptive) est qualifi\u00e9 d&rsquo;\u00e9rotique par le cortex c\u00e9r\u00e9bral, une reconfiguration imm\u00e9diate de l&rsquo;\u00e9quilibre du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_nerveux_autonome\">syst\u00e8me nerveux autonome<\/a> s&rsquo;enclenche. Contrairement \u00e0 la croyance populaire qui associe l&rsquo;excitation \u00e0 une pouss\u00e9e d&rsquo;adr\u00e9naline purement sympathique, la mise en place de la r\u00e9ponse g\u00e9nitale d\u00e9pend de mani\u00e8re pr\u00e9pond\u00e9rante de la division parasympathique sacr\u00e9e (nerfs \u00e9recteurs, segments S2-S4).<\/p>\n<p>Sur le plan h\u00e9modynamique, l&rsquo;activation parasympathique induit la lib\u00e9ration neuronale et endoth\u00e9liale de monoxyde d&rsquo;azote (NO). Ce compos\u00e9 gazeux stimule la guanylate cyclase, provoquant une \u00e9l\u00e9vation intracellulaire de guanosine monophosphate cyclique (GMPc), ce qui entra\u00eene une relaxation profonde des muscles lisses des corps caverneux et art\u00e9riolaires. Chez l&rsquo;homme, cet afflux art\u00e9riel massif remplit les lacunes sinuso\u00efdes p\u00e9niennes, comprimant le plexus veineux sous-tunique contre l&rsquo;albugin\u00e9e rigide (m\u00e9canisme veino-occlusif), produisant la rigidit\u00e9 axiale caract\u00e9ristique de l&rsquo;\u00e9rection. Chez la femme, le m\u00eame ph\u00e9nom\u00e8ne de vasocongestion active engorge le corps et les piliers du clitoris, les bulbes vestibulaires et les parois vaginales. Cette hyper\u00e9mie capillaire force un transsudat plasmatique \u00e0 travers l&rsquo;\u00e9pith\u00e9lium vaginal, initiant la lubrification protectrice indispensable.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de la sph\u00e8re g\u00e9nitale, la phase d&rsquo;excitation sollicite l&rsquo;organisme dans sa globalit\u00e9 via le ph\u00e9nom\u00e8ne de vasocongestion extrag\u00e9nitale et de myotonie (tension musculaire accrue). On observe couramment une \u00e9l\u00e9vation graduelle de la pression art\u00e9rielle systolique et diastolique, une acc\u00e9l\u00e9ration de la fr\u00e9quence cardiaque (tachycardie mod\u00e9r\u00e9e), une hyperventilation r\u00e9flexe et l&rsquo;apparition chez de nombreux individus d&rsquo;un \u00e9ryth\u00e8me d&rsquo;excitation sexuelle (<em>sex flush<\/em>), qui se diffuse sur le tronc, le cou et le visage. Au niveau mammaire, les mamelons entrent en \u00e9rection par contraction des cellules musculaires lisses ar\u00e9olaires, tandis que le volume global des seins augmente par engorgement vasculaire p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<p>La dimension psychologique de l&rsquo;excitation implique un d\u00e9sengagement progressif des boucles cognitives d&rsquo;autocontr\u00f4le et d&rsquo;inhibition pr\u00e9frontale. L&rsquo;imagerie c\u00e9r\u00e9brale fonctionnelle montre que l&rsquo;excitation subjective s&rsquo;accompagne d&rsquo;une d\u00e9sactivation du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral (si\u00e8ge du jugement critique et de la retenue) et d&rsquo;une hyperactivation synchronis\u00e9e de structures limbiques et paralimbiques : l&rsquo;amygdale, l&rsquo;insula ant\u00e9rieure (traitement somatosensoriel et int\u00e9roceptif), le cortex cingulaire ant\u00e9rieur et l&rsquo;aire tegmentale ventrale, pivot de la transmission dopaminergique. L&rsquo;esprit de l&rsquo;individu se focalise alors de mani\u00e8re quasi exclusive sur le flux d&rsquo;informations sensorielles gratifiantes.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La th\u00e9orisation scientifique de l&rsquo;excitation sexuelle a connu de profondes mutations au cours des deux derniers si\u00e8cles, passant d&rsquo;un statut de pathologie morale ou de simple r\u00e9flexe m\u00e9canique \u00e0 celui de fonction neuro-psychosomatique int\u00e9gr\u00e9e. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, les premiers psychopathologistes tels que Richard von Krafft-Ebing envisageaient l&rsquo;\u00e9veil sexuel principalement \u00e0 travers le prisme de l&rsquo;instinct de reproduction, consid\u00e9rant toute manifestation disproportionn\u00e9e comme une anomalie constitutionnelle ou une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence nerveuse.<\/p>\n<p>Le m\u00e9decin et essayiste britannique Havelock Ellis apporta une premi\u00e8re inflexion th\u00e9orique majeure dans ses <em>Studies in the Psychology of Sex<\/em> (1897-1928), en proposant le diptyque \u00ab tumescence \u00bb et \u00ab d\u00e9tumescence \u00bb. Ellis identifiait la tumescence comme l&rsquo;accumulation progressive d&rsquo;\u00e9nergie circulatoire, tissulaire et nerveuse pr\u00e9paratoire \u00e0 la lib\u00e9ration r\u00e9flexe. Parall\u00e8lement, Sigmund Freud formulait sa th\u00e9orie de la libido, concevant l&rsquo;excitation comme une charge \u00e9nerg\u00e9tique pulsionnelle que l&rsquo;appareil psychique cherche constamment \u00e0 d\u00e9charger pour maintenir une tension minimale (principe de constance).<\/p>\n<p>C&rsquo;est toutefois au laboratoire de l&rsquo;Universit\u00e9 Washington \u00e0 Saint-Louis que l&rsquo;excitation est devenue un objet mesurable en laboratoire. Entre 1954 et 1965, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Masters_et_Johnson\">Masters et Johnson<\/a> ont observ\u00e9, film\u00e9 et enregistr\u00e9 des milliers de cycles de r\u00e9ponse sexuelle chez des volontaires humains des deux sexes. En mod\u00e9lisant la phase d&rsquo;excitation comme la premi\u00e8re des quatre phases universelles (mod\u00e8le EPOR), ils ont d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;\u00e9quivalence biologique fondamentale des r\u00e9ponses masculines et f\u00e9minines, r\u00e9futant la th\u00e8se freudienne de la double nature (clitoridienne vs vaginale) de l&rsquo;orgasme f\u00e9minin et \u00e9tablissant que la vasocongestion g\u00e9nitale est le moteur somatique commun aux deux sexes.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin des ann\u00e9es 1970, la psychiatre am\u00e9ricaine Helen Singer Kaplan constata les lacunes de l&rsquo;approche purement somatique de Masters et Johnson. Elle introduisit en 1979 son mod\u00e8le triphasique, adjoignant le \u00ab d\u00e9sir \u00bb en amont de \u00ab l&rsquo;excitation \u00bb et de \u00ab l&rsquo;orgasme \u00bb. Cette conceptualisation a mis en lumi\u00e8re le fait que l&rsquo;excitation g\u00e9nitale ne peut advenir de mani\u00e8re saine et harmonieuse sans une app\u00e9tence psychique pr\u00e9alable, pavant la voie \u00e0 l&rsquo;individualisation des troubles de l&rsquo;excitation dans les classifications psychiatriques contemporaines.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Plusieurs cadres conceptuels s&rsquo;affrontent et se compl\u00e8tent pour expliquer le d\u00e9clenchement, l&rsquo;entretien et les modulations de la phase d&rsquo;excitation sexuelle. Le premier de ces cadres est le mod\u00e8le lin\u00e9aire classique, d\u00e9riv\u00e9 de Masters, Johnson et Kaplan, selon lequel la r\u00e9ponse humaine progresse de fa\u00e7on s\u00e9quentielle : le d\u00e9sir psychique pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;excitation physiologique, laquelle s&rsquo;amplifie vers la phase de plateau jusqu&rsquo;au seuil de d\u00e9clenchement orgasmique.<\/p>\n<p>Le mod\u00e8le circulaire de la r\u00e9ponse sexuelle f\u00e9minine, th\u00e9oris\u00e9 par la m\u00e9decin canadienne <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Rosemary_Basson\">Rosemary Basson<\/a> au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, est venu bousculer cette vision lin\u00e9aire normative. Selon Basson, chez de nombreuses personnes (notamment les femmes engag\u00e9es dans des relations de couple \u00e9tablies), le point de d\u00e9part n&rsquo;est pas un d\u00e9sir sexuel spontan\u00e9, mais un \u00e9tat de \u00ab neutralit\u00e9 sexuelle \u00bb. Par recherche d&rsquo;intimit\u00e9 \u00e9motionnelle, de bien-\u00eatre affectif ou de proximit\u00e9 relationnelle, l&rsquo;individu accepte de s&rsquo;exposer \u00e0 des stimuli \u00e9rotiques. C&rsquo;est l&rsquo;excitation physiologique et subjective d\u00e9clench\u00e9e par cette stimulation qui fait secondairement \u00e9merger le d\u00e9sir conscient, instaurant une boucle de r\u00e9troaction positive o\u00f9 intimit\u00e9, excitation et d\u00e9sir s&rsquo;auto-renforcent continuellement.<\/p>\n<p>Un autre cadre heuristique dominant est le Mod\u00e8le du Contr\u00f4le Double (<em>Dual Control Model<\/em>), d\u00e9velopp\u00e9 par John Bancroft et Erick Janssen au Kinsey Institute. Ce mod\u00e8le postule que la r\u00e9ponse d&rsquo;excitation r\u00e9sulte d&rsquo;un \u00e9quilibre dynamique entre deux syst\u00e8mes neurobiologiques ind\u00e9pendants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le syst\u00e8me d&rsquo;excitation sexuelle (SES) :<\/strong> Il agit comme un acc\u00e9l\u00e9rateur, traitant et amplifiant les indices environnementaux pertinents sur le plan \u00e9rotique via des transmissions neurochimiques dopaminergiques, noradr\u00e9nergiques et oxytocinergiques.<\/li>\n<li><strong>Le syst\u00e8me d&rsquo;inhibition sexuelle (SIS) :<\/strong> Il fonctionne comme un frein adaptatif, supprimant la r\u00e9ponse d&rsquo;excitation en pr\u00e9sence de signaux de menace, de peur de l&rsquo;\u00e9chec de performance, de stress environnemental ou d&rsquo;indices moraux aversifs, principalement m\u00e9di\u00e9 par les circuits s\u00e9rotoninergiques et endocannabino\u00efdes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Selon cette approche th\u00e9orique, une phase d&rsquo;excitation fonctionnelle ne d\u00e9pend pas uniquement de la puissance du stimulus excitateur, mais surtout de la capacit\u00e9 de l&rsquo;organisme \u00e0 d\u00e9sactiver ses m\u00e9canismes inhibiteurs. Ce cadre offre une lecture fondamentale des dysfonctions sexuelles telles que le trouble de l&rsquo;\u00e9rection ou le trouble de l&rsquo;excitation g\u00e9nitale chez la femme.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;excitation sexuelle n&rsquo;est pas une entit\u00e9 monolithique ; elle se structure autour de multiples axes physiologiques, cognitifs et temporels qu&rsquo;il convient de d\u00e9composer minutieusement :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;excitation g\u00e9nitale r\u00e9flexe (ou autonome) :<\/strong> D\u00e9clench\u00e9e par une stimulation somatosensorielle directe des r\u00e9cepteurs tactiles g\u00e9nitaux ou p\u00e9rin\u00e9aux (corpuscules de Meissner, disques de Merkel, terminaisons libres). Les influx aff\u00e9rents cheminent par le nerf pudendal jusqu&rsquo;au centre spinal sacr\u00e9 d&rsquo;\u00e9rection\/lubrification, g\u00e9n\u00e9rant une r\u00e9ponse vasculaire imm\u00e9diate sans n\u00e9cessiter d&rsquo;implication cognitive volontaire.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;excitation psychog\u00e8ne (ou centrale) :<\/strong> Initi\u00e9e par des processus cognitifs sup\u00e9rieurs, des r\u00eaveries diurnes, la perception visuelle ou auditive de partenaires potentiels. Les signaux transitent des aires associatives n\u00e9ocorticales et du syst\u00e8me limbique vers le centre d&rsquo;int\u00e9gration thoracolombaire (T11-L2), puis vers les organes g\u00e9nitaux via le syst\u00e8me sympathique et les nerfs splanchniques.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;excitation nocturne (somatomatrice) :<\/strong> Manifestation physiologique involontaire se produisant p\u00e9riodiquement durant les phases de sommeil paradoxal (sommeil REM). Elle se traduit par des tumescences p\u00e9niennes nocturnes (TPN) ou des congestions clitoridiennes cycliques ind\u00e9pendantes de tout contenu \u00e9rotique onirique, servant d&rsquo;oxyg\u00e9nation tissulaire trophique pour les corps \u00e9rectiles.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;excitation subjective (ou \u00e9motionnelle) :<\/strong> Dimension ph\u00e9nom\u00e9nologique consciente correspondant \u00e0 l&rsquo;\u00e9valuation mentale positive de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil, au sentiment d&rsquo;app\u00e9tence, \u00e0 la r\u00e9ceptivit\u00e9 affective et au v\u00e9cu voluptueux, distincte de la r\u00e9ponse m\u00e9canique brute.<\/li>\n<li><strong>La vasocongestion extrag\u00e9nitale :<\/strong> Ensemble des modifications microcirculatoires corporelles associ\u00e9es, incluant la rougeur t\u00e9gumentaire cutan\u00e9e, l&rsquo;hyper\u00e9mie conjonctivale, la turgescence des muqueuses nasales et l&rsquo;augmentation de temp\u00e9rature cutan\u00e9e globale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;illustrer la variabilit\u00e9 de la phase d&rsquo;excitation et les dissociations cliniques potentielles, examinons deux situations repr\u00e9sentatives rencontr\u00e9es fr\u00e9quemment en pratique sexologique :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Concordance physiologique et blocage inhibiteur central.<\/strong> Marc, 34 ans, consulte pour un trouble de l&rsquo;\u00e9rection d&rsquo;apparition brutale lors de nouvelles rencontres amoureuses. Lors des \u00e9pisodes d&rsquo;intimit\u00e9, il ressent un d\u00e9sir intense envers sa partenaire. Cependant, au cours de la phase d&rsquo;excitation, son attention bifurque : au lieu de demeurer centr\u00e9e sur les sensations tactiles et l&rsquo;\u00e9change \u00e9motionnel, elle se focalise sur la surveillance anxieuse de la fermet\u00e9 de son p\u00e9nis (ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab spectateur \u00bb ou <em>spectatoring<\/em> th\u00e9oris\u00e9 par Masters et Johnson). Cette pr\u00e9occupation cognitive active violemment son syst\u00e8me nerveux sympathique, d\u00e9versant une d\u00e9charge d&rsquo;adr\u00e9naline qui contracte les muscles lisses caverneux. La vasocongestion s&rsquo;effondre en quelques secondes, illustrant une inhibition survenue au milieu de la phase d&rsquo;excitation par hyperactivit\u00e9 du SIS.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Discordance subjective-g\u00e9nitale chez la femme.<\/strong> \u00c9l\u00e9onore, 28 ans, participe \u00e0 un protocole de recherche universitaire sur l&rsquo;\u00e9rotisme. Install\u00e9e dans un laboratoire prot\u00e9g\u00e9, elle visualise une s\u00e9rie d&rsquo;extraits cin\u00e9matographiques \u00e0 teneur \u00e9rotique explicite. Le photopl\u00e9thysmographe vaginal enregistre une augmentation rapide et significative de l&rsquo;amplitude de pulsation vaginale (VPA), t\u00e9moignant d&rsquo;une phase d&rsquo;excitation g\u00e9nitale p\u00e9riph\u00e9rique compl\u00e8te. Pourtant, \u00e0 l&rsquo;auto-\u00e9valuation sur \u00e9chelle visuelle analogique, \u00c9l\u00e9onore indique un niveau d&rsquo;excitation subjective nul, d\u00e9clarant ressentir de l&rsquo;indiff\u00e9rence, voire de l&rsquo;agacement vis-\u00e0-vis des images st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9es propos\u00e9es. Ce cas documente le ph\u00e9nom\u00e8ne classique de discordance g\u00e9nito-subjective, o\u00f9 le corps pr\u00e9pare les tissus par mesure de protection r\u00e9flexe sans validation \u00e9motionnelle consciente de la part du sujet.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et mesure psychophysiologique<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine et la m\u00e9decine clinique disposent d&rsquo;outils sophistiqu\u00e9s pour quantifier avec rigueur les diff\u00e9rentes facettes de la phase d&rsquo;excitation :<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;\u00e9valuation de la composante masculine, le pl\u00e9thysmographe p\u00e9nien (utilisant une jauge de contrainte au mercure ou en alliage d&rsquo;indium-gallium) mesure avec une extr\u00eame pr\u00e9cision les variations circonf\u00e9rentielles de la verge en temps r\u00e9el face \u00e0 des stimuli \u00e9rotiques audiovisuels standardis\u00e9s. En milieu urologique, le Rigiscan permet d&rsquo;\u00e9valuer la rigidit\u00e9 et la tumescence lors des enregistrements nocturnes afin de diff\u00e9rencier les troubles de l&rsquo;\u00e9rection psychog\u00e8nes des atteintes organiques vasculaires ou neurologiques. L&rsquo;\u00e9cho-Doppler p\u00e9nien avec injection intracaverneuse d&rsquo;un agent vasoactif (alprostadil) quantifie quant \u00e0 lui la v\u00e9locit\u00e9 systolique maximale et la r\u00e9sistance art\u00e9rielle caverneuse durant l&rsquo;excitation pharmacologiquement induite.<\/p>\n<p>Pour l&rsquo;\u00e9valuation f\u00e9minine, le gold-standard en laboratoire est le photopl\u00e9thysmographe vaginal, con\u00e7u par Sintchak et Geer en 1975. Ce dispositif cylindrique transparent ins\u00e9r\u00e9 dans le vagin \u00e9met un faisceau infrarouge et capte la lumi\u00e8re r\u00e9trodiffus\u00e9e par les parois de la muqueuse. Le signal permet d&rsquo;isoler l&rsquo;amplitude de pulsation vaginale (VPA), qui traduit les fluctuations volumiques des capillaires vaginaux \u00e0 chaque battement cardiaque et constitue l&rsquo;indicateur le plus sensible de la vasocongestion g\u00e9nitale aigu\u00eb. D&rsquo;autres m\u00e9thodologies incluent la thermographie infrarouge g\u00e9nitale (mesurant l&rsquo;\u00e9chauffement thermique de surface du clitoris et des grandes l\u00e8vres sans contact physique invasif) et la pl\u00e9thysmographie clitoridienne laser.<\/p>\n<p>Sur le plan psychom\u00e9trique, l&rsquo;excitation subjective s&rsquo;\u00e9value \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;instruments valid\u00e9s standardis\u00e9s. L&rsquo;Index de la Fonction Sexuelle F\u00e9minine (FSFI, d\u00e9velopp\u00e9 par Rosen et ses collaborateurs) consacre un sous-domaine sp\u00e9cifique \u00e0 l&rsquo;excitation subjective et \u00e0 la lubrification. Chez l&rsquo;homme, l&rsquo;Index International de la Fonction \u00c9rectile (IIEF) jauge la qualit\u00e9, la fiabilit\u00e9 et le maintien de la phase d&rsquo;excitation. Enfin, les \u00e9chelles de Bancroft et Janssen mesurent les scores de propension \u00e0 l&rsquo;excitation sexuelle (SES) et \u00e0 l&rsquo;inhibition (SIS-1 et SIS-2), mod\u00e9lisant le profil d&rsquo;autor\u00e9gulation de chaque individu.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse fine de la phase d&rsquo;excitation constitue la pierre angulaire du diagnostic et du traitement des dysfonctions sexuelles selon les crit\u00e8res des manuels nosographiques actuels, tels que le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux\">DSM-5<\/a> :<\/p>\n<p>Chez l&rsquo;homme, les perturbations de cette phase se manifestent au premier chef par le trouble de l&rsquo;\u00e9rection (dysfonction \u00e9rectile), d\u00e9fini par une incapacit\u00e9 persistante ou r\u00e9currente \u00e0 obtenir ou maintenir une tumescence suffisante pour accomplir une activit\u00e9 sexuelle satisfaisante. Le traitement combine souvent des interventions pharmacologiques ciblant directement la cascade intracellulaire de l&rsquo;excitation \u2014 notamment les inhibiteurs de la phosphodiest\u00e9rase de type 5 (sild\u00e9nafil, tadalafil) qui emp\u00eachent la d\u00e9gradation du GMPc et potentialisent la relaxation art\u00e9rielle \u2014 et des th\u00e9rapies sexocorporelles visant \u00e0 apaiser le tonus sympathique.<\/p>\n<p>Chez la femme, le DSM-5 a fusionn\u00e9 les troubles du d\u00e9sir et de l&rsquo;excitation en une cat\u00e9gorie int\u00e9gr\u00e9e : le trouble de l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour l&rsquo;activit\u00e9 sexuelle et de l&rsquo;excitation sexuelle f\u00e9minine (FSIAD). Cette d\u00e9cision clinique ent\u00e9rine le fait que, chez de nombreuses femmes, le d\u00e9sir et l&rsquo;excitation sont inextricablement intriqu\u00e9s et que l&rsquo;absence de lubrification ou d&rsquo;engorgement ne peut \u00eatre disjointe d&rsquo;un manque de r\u00e9ceptivit\u00e9 affective. Les interventions sexoth\u00e9rapeutiques, comme la th\u00e9rapie sensuelle ax\u00e9e sur la focalisation sensorielle (<em>sensate focus<\/em>) de Masters et Johnson, visent pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 r\u00e9apprendre aux partenaires \u00e0 naviguer dans la phase d&rsquo;excitation sans la pression contraignante de l&rsquo;orgasme ou de la p\u00e9n\u00e9tration syst\u00e9matique.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;excitation peut faire l&rsquo;objet de manifestations dysfonctionnelles inverses. Le syndrome d&rsquo;excitation g\u00e9nitale persistante (PGAD) plonge les personnes affect\u00e9es (tr\u00e8s majoritairement des femmes) dans un \u00e9tat d&rsquo;excitation g\u00e9nitale physique spontan\u00e9, continu, douloureux et involontaire, sans aucune corr\u00e9lation avec un d\u00e9sir psychologique ou une stimulation \u00e9rotique. Ce tableau pathologique complexe, impliquant souvent des neuropathies du nerf pudendal ou des anomalies m\u00e9dullaires kystiques de Tarlov, d\u00e9montre avec acuit\u00e9 la dissociation possible entre la machine r\u00e9flexe g\u00e9nitale et l&rsquo;intentionnalit\u00e9 psychique.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche en neurosciences affectives et en sexologie exp\u00e9rimentale a profond\u00e9ment renouvel\u00e9 la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes r\u00e9gissant la phase d&rsquo;excitation. Les \u00e9tudes conduites par la chercheuse canadienne Meredith Chivers sur la concordance sexuelle ont produit des avanc\u00e9es paradigmatiques quant \u00e0 la variabilit\u00e9 interindividuelle et genr\u00e9e des patterns de r\u00e9ponse.<\/p>\n<p>En comparant les r\u00e9ponses g\u00e9nitales objectives et les rapports subjectifs d&rsquo;individus expos\u00e9s \u00e0 une multitude de stimuli visuels (h\u00e9t\u00e9rosexuels, homosexuels, \u00e9rotiques solitaires ou m\u00eame interactions de primates non humains), Chivers et ses coll\u00e8gues ont mis en lumi\u00e8re un dimorphisme fondamental :<\/p>\n<p>Chez la majorit\u00e9 des hommes h\u00e9t\u00e9rosexuels ou homosexuels, l&rsquo;excitation g\u00e9nitale pr\u00e9sente une sp\u00e9cificit\u00e9 de cat\u00e9gorie tr\u00e8s stricte (<em>category-specific arousal<\/em>) : <span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">le r\u00e9flexe vasocongestif s&rsquo;active presque exclusivement face au genre de pr\u00e9dilection sexuelle de l&rsquo;individu, d\u00e9montrant une concordance \u00e9lev\u00e9e (r \u2248 0,6 \u00e0 0,8) entre le corps et la verbalisation consciente de l&rsquo;attirance. En revanche, chez la vaste majorit\u00e9 des femmes (qu&rsquo;elles s&rsquo;identifient comme h\u00e9t\u00e9rosexuelles, lesbiennes ou bisexuelles), la r\u00e9ponse g\u00e9nitale est \u00ab non sp\u00e9cifique de cat\u00e9gorie \u00bb (<em>category-nonspecific arousal<\/em>) : une vasocongestion vaginale significative appara\u00eet devant une palette extr\u00eamement large de sc\u00e8nes \u00e9rotiques, qu&rsquo;elles impliquent des hommes, des femmes ou des couples, alors m\u00eame que leur \u00e9valuation subjective consciente reste strictement align\u00e9e sur leur orientation d\u00e9clar\u00e9e. Le coefficient de concordance subjectif-g\u00e9nital chez la femme est ainsi significativement plus bas (r \u2248 0,2 \u00e0 0,3)<\/span>.<\/p>\n<p>Sur le versant de la neurochimie c\u00e9r\u00e9brale, les travaux de James Pfaus ont d\u00e9montr\u00e9 la chor\u00e9graphie pr\u00e9cise des neurotransmetteurs centraux. L&rsquo;initiation de l&rsquo;excitation d\u00e9pend fondamentalement de la transmission de la dopamine le long de la voie m\u00e9solimbique (vers le noyau accumbens), g\u00e9n\u00e9rant la saillance motivationnelle du stimulus. L&rsquo;adr\u00e9naline et la noradr\u00e9naline centrales amplifient la vigilance et l&rsquo;attention s\u00e9lective, tandis que l&rsquo;ocytocine facilite la disposition affiliative. \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation aigu\u00eb des taux de s\u00e9rotonine (5-HT), en particulier par stimulation des r\u00e9cepteurs 5-HT2A et 5-HT2C \u2014 comme cela se produit fr\u00e9quemment lors de prescriptions d&rsquo;antid\u00e9presseurs inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine (ISRS) \u2014, bloque s\u00e9v\u00e8rement l&rsquo;excitation tant centrale que p\u00e9riph\u00e9rique.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>Bien que les voies neurophysiologiques et vasocongestives de l&rsquo;excitation soient biologiquement universelles au sein de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, la mani\u00e8re dont cette phase est interpr\u00e9t\u00e9e, autoris\u00e9e, amplifi\u00e9e ou censur\u00e9e varie radicalement selon les cadres culturels, religieux et \u00e9ducatifs.<\/p>\n<p>Dans les cultures individualistes occidentales contemporaines, la phase d&rsquo;excitation est fortement valoris\u00e9e et soumise \u00e0 une attente d&rsquo;instantan\u00e9it\u00e9 et de performance spectaculaire, largement m\u00e9di\u00e9e par les repr\u00e9sentations pornographiques num\u00e9riques grand public. Ces repr\u00e9sentations v\u00e9hiculent une norme corporelle androcentrique o\u00f9 l&rsquo;excitation masculine doit se manifester par une \u00e9rection imm\u00e9diate et inalt\u00e9rable, et l&rsquo;excitation f\u00e9minine par une disponibilit\u00e9 r\u00e9ceptive instantan\u00e9e, induisant une charge anxiog\u00e8ne majeure pour les individus ne se conformant pas \u00e0 cette fiction d&rsquo;automaticit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles ou collectivistes, l&rsquo;\u00e9veil sexuel individuel est fr\u00e9quemment subordonn\u00e9 aux imp\u00e9ratifs de la reproduction, de la pudeur communautaire ou des conventions matrimoniales formelles. Les scripts sexuels (th\u00e9orie de John Gagnon et William Simon) prescrivent avec rigueur qui a le droit d&rsquo;initier la phase d&rsquo;excitation, quels sont les pr\u00e9liminaires l\u00e9gitimes et la dur\u00e9e acceptable de ce stade. Dans certaines communaut\u00e9s d&rsquo;Afrique subsaharienne ou du Proche-Orient, des mythes culturels tenaces attribuent \u00e0 la femme une passivit\u00e9 attendue, amenant parfois les partenaires \u00e0 n\u00e9gliger ou ignorer la n\u00e9cessit\u00e9 physiologique de la phase de lubrification pr\u00e9paratoire, avec pour cons\u00e9quence des douleurs gyn\u00e9cologiques s\u00e9v\u00e8res (dyspareunies d&rsquo;intromission) m\u00e9connues ou banalis\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, certaines traditions spirituelles orientales, comme le tantrisme hindou ou le tao\u00efsme sexuel dans la Chine ancienne, ont sanctuaris\u00e9 et raffin\u00e9 la phase d&rsquo;excitation pour en faire une pratique m\u00e9ditative prolong\u00e9e. Dans ces traditions, l&rsquo;excitation n&rsquo;est pas un simple pr\u00e9lude devant mener imp\u00e9rativement \u00e0 l&rsquo;orgasme et \u00e0 l&rsquo;\u00e9jaculation, mais un \u00e9tat d&rsquo;\u00e9quilibre \u00e9nerg\u00e9tique (stade de \u00ab plateau \u00bb entretenu) destin\u00e9 \u00e0 faire circuler la force vitale (le Qi ou la Kundalini) \u00e0 travers le corps durant des heures sans franchir le seuil d&rsquo;\u00e9puisement r\u00e9flexe.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>La conceptualisation de la phase d&rsquo;excitation suscite de vigoureux d\u00e9bats au sein de la communaut\u00e9 scientifique, de la sexologie critique et des \u00e9tudes de genre f\u00e9ministes :<\/p>\n<p>La critique majeure adress\u00e9e au mod\u00e8le originel de Masters et Johnson r\u00e9side dans son postulat de sym\u00e9trie universelle entre hommes et femmes. En mod\u00e9lisant la r\u00e9ponse sexuelle sur la m\u00e9canique masculine \u00e9rectile (apparition rapide, maintien en plateau, d\u00e9charge orgasmique obligatoire et p\u00e9riode r\u00e9fractaire), ces pionniers ont indirectement impos\u00e9 un standard normatif inadapt\u00e9 \u00e0 la pluralit\u00e9 des trajectoires f\u00e9minines. Les th\u00e9oriciennes f\u00e9ministes comme Leonore Tiefer ont d\u00e9nonc\u00e9 la \u00ab m\u00e9dicalisation \u00bb de la sexualit\u00e9, qui tend \u00e0 r\u00e9duire des difficult\u00e9s relationnelles, contextuelles ou affectives complexes \u00e0 une banale \u00ab panne de tuyauterie \u00bb ou \u00e0 un trouble organique traitable par pilule.<\/p>\n<p>Une controverse persistante concerne l&rsquo;assimilation h\u00e2tive de l&rsquo;excitation g\u00e9nitale au consentement sexuel. Le ph\u00e9nom\u00e8ne empiriquement valid\u00e9 de la non-concordance g\u00e9nito-subjective prouve sans \u00e9quivoque qu&rsquo;un individu peut pr\u00e9senter une \u00e9rection ou une lubrification vaginale involontaire en r\u00e9action \u00e0 un contact physique m\u00e9canique ou \u00e0 une menace aigu\u00eb, sans qu&rsquo;aucun d\u00e9sir, plaisir ou assentiment subjectif ne soit pr\u00e9sent. Dans les contextes judiciaires et m\u00e9dicaux-l\u00e9gaux entourant les agressions sexuelles, la m\u00e9connaissance de cette dissociation conduit encore trop souvent \u00e0 un bl\u00e2me injustifi\u00e9 des victimes (<em>victim blaming<\/em>), des observateurs ignorants interpr\u00e9tant la r\u00e9ponse vasocongestive du corps comme un signe fallacieux de jouissance partag\u00e9e.<\/p>\n<p>Enfin, les limites nosographiques actuelles divisent les praticiens. La d\u00e9cision du DSM-5 de supprimer le trouble isol\u00e9 de l&rsquo;excitation chez la femme pour le fusionner avec le d\u00e9sir (FSIAD) est contest\u00e9e par certains cliniciens qui constatent que certaines patientes \u00e9prouvent bel et bien un d\u00e9sir psychologique vigoureux, mais souffrent d&rsquo;une d\u00e9faillance strictement microcirculatoire ou neurog\u00e9nitale acquise (par exemple \u00e0 la suite d&rsquo;un accouchement avec d\u00e9chirure p\u00e9rin\u00e9ale, de s\u00e9quelles de chirurgie pelvienne ou d&rsquo;une atrophie vulvo-vaginale post-m\u00e9nopausique).<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion lexicale fr\u00e9quente dans l&rsquo;usage profane et clinique, il importe de distinguer avec nettet\u00e9 la phase d&rsquo;excitation des notions avoisinantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9sir sexuel (libido) :<\/strong> Le d\u00e9sir est une impulsion motivationnelle subjective, une pulsion app\u00e9titive psychique qui pousse \u00e0 rechercher une exp\u00e9rience sexuelle. Alors que le d\u00e9sir peut exister de mani\u00e8re purement abstraite sans modification somatique imm\u00e9diate, l&rsquo;excitation implique activement le basculement vasomoteur et l&rsquo;activation du syst\u00e8me nerveux autonome.<\/li>\n<li><strong>Phase de plateau :<\/strong> D\u00e9sign\u00e9e par Masters et Johnson comme la deuxi\u00e8me phase du cycle, elle ne constitue en r\u00e9alit\u00e9 qu&rsquo;un prolongement d&rsquo;excitation consolid\u00e9e \u00e0 son niveau maximal d&rsquo;intensit\u00e9. Durant le plateau, la vasocongestion atteint son acm\u00e9 (formation de la plateforme orgasmique chez la femme, fermeture du sphincter v\u00e9sical interne chez l&rsquo;homme), stabilisant l&rsquo;organisme imm\u00e9diatement sous le seuil critique de d\u00e9clenchement de l&rsquo;orgasme.<\/li>\n<li><strong>Tumescence :<\/strong> Terme strictement biophysique d\u00e9crivant le gonflement volum\u00e9trique et la rigidification d&rsquo;un organe ou tissu sous l&rsquo;effet de l&rsquo;accumulation liquidienne ou sanguine. La tumescence est la traduction m\u00e9canique somatique de l&rsquo;excitation g\u00e9nitale.<\/li>\n<li><strong>Sensualit\u00e9 :<\/strong> Disposition esth\u00e9tique et affective \u00e0 savourer les perceptions sensorielles (toucher, go\u00fbt, parfum) de mani\u00e8re d\u00e9connect\u00e9e de toute finalit\u00e9 g\u00e9nitale ou procr\u00e9atrice. La sensualit\u00e9 peut nourrir la phase d&rsquo;excitation, mais ne mobilise pas n\u00e9cessairement la cascade neuro-v\u00e9g\u00e9tative g\u00e9nitale.<\/li>\n<li><strong>Priapisme :<\/strong> Affection m\u00e9dicale urologique d&rsquo;urgence caract\u00e9ris\u00e9e par une \u00e9rection rigide, prolong\u00e9e (plus de 4 heures) et douloureuse, qui survient ind\u00e9pendamment de toute excitation sexuelle psychique et ne r\u00e9gresse pas apr\u00e8s l&rsquo;orgasme, cons\u00e9cutive \u00e0 un dysfonctionnement de drainage veineux caverneux.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La phase d&rsquo;excitation constitue un carrefour neuro-psychosomatique d&rsquo;une haute pr\u00e9cision biologique, transformant l&rsquo;intention affective ou la perception \u00e9rotique en une m\u00e9tamorphose physiologique globale indispensable \u00e0 l&rsquo;\u00e9panouissement sexuel.<\/p>\n<p>Sur le versant somatique, elle est gouvern\u00e9e par le rel\u00e2chement parasympathique des muscles lisses via la lib\u00e9ration de monoxyde d&rsquo;azote, d\u00e9clenchant l&rsquo;afflux sanguin art\u00e9riel, la vasocongestion caverneuse (\u00e9rection) et l&rsquo;exsudation vaginale (lubrification), doubl\u00e9e d&rsquo;une myotonie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et d&rsquo;une tachycardie mod\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le versant psychique et c\u00e9r\u00e9bral, elle n\u00e9cessite la convergence d&rsquo;une activation dopaminergique m\u00e9solimbique (motivationnelle) et d&rsquo;une lev\u00e9e efficace des inhibitions corticales pr\u00e9frontales (apaisement de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de performance et du stress).<\/p>\n<p>Les mod\u00e8les contemporains de la sexologie (Basson, Bancroft) ont d\u00e9pass\u00e9 la rigidit\u00e9 s\u00e9quentielle initiale de Masters et Johnson pour mettre en exergue la circularit\u00e9 intime entre d\u00e9sir et excitation, ainsi que l&rsquo;existence fr\u00e9quente d&rsquo;une discordance entre la r\u00e9ponse g\u00e9nitale r\u00e9flexe et l&rsquo;adh\u00e9sion subjective consciente du sujet.<\/p>\n<p>L&rsquo;exploration clinique de cette phase requiert des outils d&rsquo;investigation rigoureux (pl\u00e9thysmographie, \u00e9chelles d&rsquo;autor\u00e9gulation SIS\/SES) et \u00e9claire le traitement des dysfonctions les plus fr\u00e9quentes, rappelant qu&rsquo;une vie \u00e9rotique \u00e9panouie repose moins sur une m\u00e9canique infaillible que sur un climat de s\u00e9curit\u00e9 psychologique autorisant le l\u00e2cher-prise v\u00e9g\u00e9tatif.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bancroft, J., &amp; Janssen, E. (2000). The dual control model of male sexual response: A theoretical approach to centrally mediated erectile dysfunction. <em>European Urology<\/em>, 38(3), 263-268. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/10986704\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/10986704\/<\/a><\/li>\n<li>Basson, R. (2000). The female sexual response: A different model. <em>Journal of Sex &amp; Marital Therapy<\/em>, 26(1), 51-65. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/10693116\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/10693116\/<\/a><\/li>\n<li>Chivers, M. L., Seto, M. C., Lalumi\u00e8re, M. L., Laan, E., &amp; Grimbos, T. (2010). Agreement of self-reported and genital measures of sexual arousal in men and women: A meta-analysis. <em>Archives of Sexual Behavior<\/em>, 39(1), 5-56. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/20049517\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/20049517\/<\/a><\/li>\n<li>Kaplan, H. S. (1979). <em>Disorders of Sexual Desire and Other New Concepts and Techniques in Sex Therapy<\/em>. Brunner\/Mazel.<\/li>\n<li>Masters, W. H., &amp; Johnson, V. E. (1966). <em>Human Sexual Response<\/em>. 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