{"id":20852,"date":"2026-10-24T16:58:04","date_gmt":"2026-10-24T16:58:04","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=trouble-de-l-arithmetique-dyscalculie"},"modified":"2026-10-24T16:58:04","modified_gmt":"2026-10-24T16:58:04","slug":"trouble-de-l-arithmetique-dyscalculie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=trouble-de-l-arithmetique-dyscalculie","title":{"rendered":"Dyscalculie : Comprendre le trouble du calcul"},"content":{"rendered":"<p>Le trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique, plus commun\u00e9ment d\u00e9sign\u00e9 sous les vocables de dyscalculie d\u00e9veloppementale ou de trouble sp\u00e9cifique des apprentissages avec d\u00e9ficit en calcul, constitue une condition neurod\u00e9veloppementale complexe entravant l&rsquo;acquisition fluide des aptitudes num\u00e9riques fondamentales. Longtemps sous-estim\u00e9e en comparaison des troubles de la lecture comme la dyslexie, cette condition cognitive affecte significativement l&rsquo;acc\u00e8s au sens du nombre, la m\u00e9morisation des faits arithm\u00e9tiques et la r\u00e9solution de calculs proc\u00e9duraux indispensables \u00e0 la vie quotidienne.<\/p>\n<h2>Trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique est un trouble neurod\u00e9veloppemental persistant qui affecte la capacit\u00e9 d&rsquo;une personne \u00e0 comprendre, m\u00e9moriser et manipuler les nombres, les symboles num\u00e9riques et les concepts math\u00e9matiques fondamentaux. Cette alt\u00e9ration cognitive se manifeste ind\u00e9pendamment d&rsquo;un d\u00e9ficit intellectuel global, d&rsquo;anomalies sensorielles non corrig\u00e9es ou de carences p\u00e9dagogiques s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et clinique, ce trouble se traduit par une incapacit\u00e9 structurelle \u00e0 traiter la magnitude num\u00e9rique, \u00e0 automatiser les proc\u00e9dures algorithmiques \u00e9l\u00e9mentaires telles que l&rsquo;addition, la soustraction, la multiplication ou la division, ainsi qu&rsquo;\u00e0 appr\u00e9hender la logique spatio-temporelle requise pour aligner des op\u00e9rations complexes. Les personnes affect\u00e9es pr\u00e9sentent une lenteur invalidante et une propension marqu\u00e9e aux erreurs de comptage, compromettant leur scolarit\u00e9 et leur autonomie socio-professionnelle.<\/p>\n<p>Dans les nomenclatures contemporaines, notamment au sein du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Manuel_diagnostique_et_statistique_des_troubles_mentaux\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">DSM-5<\/a>) et de la Classification internationale des maladies (CIM-11), ce dysfonctionnement est classifi\u00e9 parmi les troubles sp\u00e9cifiques des apprentissages, ciblant s\u00e9lectivement le sens du nombre, la m\u00e9morisation des tables de calcul et la justesse du raisonnement math\u00e9matique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;appellation \u00ab dyscalculie \u00bb est un n\u00e9ologisme savant hybride issu du pr\u00e9fixe grec <em>dys-<\/em> (\u03b4\u03c5\u03c3-), traduisant une id\u00e9e de difficult\u00e9, d&rsquo;anomalie, de mauvais fonctionnement ou de privation, et du radical latin <em>calculus<\/em>, signifiant originellement \u00ab petit caillou \u00bb. Dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 romaine, ces cailloux servaient de jetons pour compter, ordonner et effectuer des transactions sur des abaques de calcul, reliant directement la racine \u00e9tymologique \u00e0 l&rsquo;acte manipulatoire du d\u00e9nombrement.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab arithm\u00e9tique \u00bb d\u00e9coule quant \u00e0 lui du grec ancien <em>arithm\u0113tik\u0113<\/em> (\u1f00\u03c1\u03b9\u03b8\u03bc\u03b7\u03c4\u03b9\u03ba\u03ae), form\u00e9 \u00e0 partir de <em>arithmos<\/em> (\u1f00\u03c1\u03b9\u03b8\u03bc\u03cc\u03c2), qui signifie \u00ab nombre \u00bb, et du suffixe technique <em>-tik\u0113<\/em> d\u00e9signant une science ou un art. L&rsquo;association descriptive de ces termes a initialement \u00e9merg\u00e9 dans la litt\u00e9rature neurologique europ\u00e9enne du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle pour d\u00e9crire les pertes fonctionnelles d&rsquo;origine l\u00e9sionnelle, avant d&rsquo;\u00eatre transpos\u00e9e dans la neuropsychologie du d\u00e9veloppement infantile pour d\u00e9signer les \u00e9checs primaires de constitution du syst\u00e8me num\u00e9rique.<\/p>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression \u00ab trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique \u00bb s&rsquo;est consolid\u00e9e aux c\u00f4t\u00e9s de termes synonymes tels que \u00ab d\u00e9ficit de l&rsquo;apprentissage math\u00e9matique \u00bb ou \u00ab acalculie d\u00e9veloppementale \u00bb. L&rsquo;\u00e9volution de l&rsquo;usage refl\u00e8te un basculement conceptuel : la recherche clinique est pass\u00e9e de la simple constatation d&rsquo;un \u00e9chec scolaire en arithm\u00e9tique \u00e0 l&rsquo;identification d&rsquo;une dysfonction cognitive circonscrite affectant le noyau dur du traitement num\u00e9rique.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et formes grammaticales<\/h3>\n<p>Le syntagme nominal \u00ab trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement \/t\u0281u.bl\u0259 d\u0259 la.\u0281it.me.tik\/ en fran\u00e7ais standard. Le terme \u00ab arithm\u00e9tique \u00bb s&rsquo;articule sans hiatus dur, avec une \u00e9lision obligatoire de l&rsquo;article d\u00e9fini \u00ab la \u00bb en \u00ab l&rsquo; \u00bb devant la voyelle initiale. Le synonyme m\u00e9dical \u00ab dyscalculie \u00bb se prononce quant \u00e0 lui \/dis.kal.ky.li\/.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphosyntaxique, \u00ab trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique \u00bb est un groupe nominal masculin singulier (au pluriel : \u00ab troubles de l&rsquo;arithm\u00e9tique \u00bb). L&rsquo;adjectif aff\u00e9rent pour qualifier une personne ou une d\u00e9marche clinique est \u00ab dyscalculique \u00bb (masculin et f\u00e9minin identiques : \u00ab un \u00e9l\u00e8ve dyscalculique \u00bb, \u00ab une approche dyscalculique \u00bb). Dans la litt\u00e9rature nosographique internationale anglo-saxonne, on retrouve les \u00e9quivalents stricts <em>arithmetic disability<\/em>, <em>developmental dyscalculia<\/em>, ou encore <em>mathematical learning disorder<\/em>.<\/p>\n<p>L&rsquo;utilisation formelle en milieu diagnostique privil\u00e9gie aujourd&rsquo;hui les formules int\u00e9gr\u00e9es aux manuels de r\u00e9f\u00e9rence, telles que \u00ab trouble sp\u00e9cifique des apprentissages avec d\u00e9ficit du calcul \u00bb, employant des locutions analytiques pour pr\u00e9ciser les axes de d\u00e9faillance fonctionnelle observ\u00e9s chez le patient.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Le trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique ne se r\u00e9sume pas \u00e0 une aversion passag\u00e8re pour les math\u00e9matiques ou \u00e0 une difficult\u00e9 isol\u00e9e face \u00e0 des probl\u00e8mes alg\u00e9briques complexes. Il implique une distorsion pr\u00e9coce et tenace de l&rsquo;intuition num\u00e9rique, souvent d\u00e9sign\u00e9e dans les sciences cognitives sous le concept de \u00ab sens du nombre \u00bb. Cette facult\u00e9 pr\u00e9-verbale inn\u00e9e, pr\u00e9sente chez le nourrisson et partag\u00e9e avec plusieurs esp\u00e8ces animales, permet d&rsquo;estimer et de discriminer rapidement des quantit\u00e9s sans passer par un comptage s\u00e9quentiel explicite, une fonction connue sous le nom de \u00ab subitisation \u00bb (de l&rsquo;anglais <em>subitizing<\/em>).<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un individu souffre de dyscalculie fondamentale, cette architecture intuitive est d\u00e9faillante. La distance quantitative entre les grandeurs reste floue, rendant ardue la simple \u00e9valuation de savoir si 8 est plus proche de 7 ou de 3. Cette vuln\u00e9rabilit\u00e9 primaire entra\u00eene une cascade d&rsquo;obstacles lors de l&rsquo;apprentissage scolaire formel : la conversion des symboles arabes (chiffres \u00e9crits) ou verbaux (mots-nombres) en repr\u00e9sentations s\u00e9mantiques de magnitude ne parvient pas \u00e0 s&rsquo;automatiser convenablement, contraignant l&rsquo;individu \u00e0 des efforts compensatoires \u00e9puisants.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&rsquo;acc\u00e8s s\u00e9mantique aux grandeurs, le trouble s&rsquo;\u00e9tend fr\u00e9quemment aux dimensions proc\u00e9durales et ex\u00e9cutives de l&rsquo;arithm\u00e9tique. L&rsquo;apprentissage du calcul r\u00e9clame la coordination de multiples sous-syst\u00e8mes cognitifs : l&rsquo;encodage visuo-spatial des colonnes de chiffres pour poser une op\u00e9ration, la r\u00e9cup\u00e9ration en m\u00e9moire \u00e0 long terme de faits arithm\u00e9tiques stock\u00e9s (comme les livrets de multiplication), et la m\u00e9moire de travail pour retenir les retenues tout en inhibant les informations interf\u00e9rentes. Chez le sujet atteint, la charge cognitive est continuellement satur\u00e9e, provoquant des erreurs syst\u00e9matiques d&rsquo;inversion op\u00e9ratoire, des oublis de reports et des blocages proc\u00e9duraux s\u00e9v\u00e8res.<\/p>\n<p>Il convient de d\u00e9limiter rigoureusement les fronti\u00e8res de ce concept clinique. Le trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique n&rsquo;est ni la cons\u00e9quence d&rsquo;une scolarit\u00e9 perturb\u00e9e, ni le produit d&rsquo;un blocage \u00e9motionnel primaire, bien que l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 math\u00e9matique puisse secondairement se greffer sur le tableau clinique et aggraver les difficult\u00e9s. Il se distingue de l&rsquo;acalculie acquise, observ\u00e9e chez l&rsquo;adulte \u00e0 la suite d&rsquo;un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral ou d&rsquo;un traumatisme cr\u00e2nien touchant les aires pari\u00e9tales, par son \u00e9mergence progressive tout au long du d\u00e9veloppement cognitif de l&rsquo;enfant.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;investigation scientifique des d\u00e9ficits du calcul a d\u00e9but\u00e9 au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle au sein de la neurologie clinique de l&rsquo;adulte. En 1925, le neurologue su\u00e9dois Salomon Eberhard Henschen a forg\u00e9 le terme d&rsquo;\u00ab acalculie \u00bb pour d\u00e9signer la perte de la facult\u00e9 de manipuler les nombres chez des patients pr\u00e9sentant des l\u00e9sions c\u00e9r\u00e9brales focales, montrant pour la premi\u00e8re fois que la cognition arithm\u00e9tique poss\u00e9dait une autonomie anatomique et fonctionnelle distincte de celle du langage oral et \u00e9crit.<\/p>\n<p>Quelques ann\u00e9es plus tard, en 1940, le neurologue germano-am\u00e9ricain Josef Gerstmann a d\u00e9crit le syndrome qui porte son nom (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_de_Gerstmann\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">syndrome de Gerstmann<\/a>), associant une acalculie, une agnosie digitale (impossibilit\u00e9 de reconna\u00eetre ou de d\u00e9signer ses propres doigts), une d\u00e9sorientation droite-gauche et une agraphie. Cette d\u00e9couverte historique a jet\u00e9 les bases d&rsquo;une corr\u00e9lation \u00e9troite entre le sch\u00e9ma corporel, la perception spatiale et l&rsquo;organisation du d\u00e9nombrement.<\/p>\n<p>La translation de ces mod\u00e8les l\u00e9sionnels vers la neuropsychologie du d\u00e9veloppement p\u00e9diatrique s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e principalement sous l&rsquo;impulsion du chercheur tch\u00e9coslovaque Ladislav Kosc dans les ann\u00e9es 1970. En 1974, Kosc a formellement d\u00e9fini la \u00ab dyscalculie d\u00e9veloppementale \u00bb en tant que trouble structurel de la maturation des aptitudes math\u00e9matiques, ayant pour origine une pr\u00e9disposition g\u00e9n\u00e9tique ou constitutionnelle des substrats c\u00e9r\u00e9braux concern\u00e9s, sans compromission de l&rsquo;efficience intellectuelle globale.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1990 et 2000, l&rsquo;av\u00e8nement des neurosciences cognitives et de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) a profond\u00e9ment renouvel\u00e9 la discipline. Les travaux de chercheurs pionniers tels que Stanislas Dehaene, Brian Butterworth et David C. Geary ont permis de cartographier avec pr\u00e9cision les circuits neuronaux impliqu\u00e9s dans le calcul mental. Ces recherches ont consolid\u00e9 l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un dysfonctionnement sp\u00e9cifique des r\u00e9gions intrapari\u00e9tales, inaugurant une \u00e8re de mod\u00e9lisation computationnelle du d\u00e9veloppement num\u00e9rique chez l&rsquo;enfant sain et pathologique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension contemporaine du trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique repose sur plusieurs mod\u00e8les th\u00e9oriques issus de la psychologie cognitive et des neurosciences. L&rsquo;un des plus influents est le mod\u00e8le du triple code propos\u00e9 par Stanislas Dehaene. Selon cette th\u00e9orie, le cerveau humain traite l&rsquo;information num\u00e9rique via trois repr\u00e9sentations distinctes mais interconnect\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le code analogique de la grandeur :<\/strong> localis\u00e9 bilat\u00e9ralement dans les sillons intrapari\u00e9taux, ce syst\u00e8me code le sens des quantit\u00e9s de mani\u00e8re non verbale et approximative (la magnitude brute).<\/li>\n<li><strong>Le code verbal :<\/strong> sous-tendu par les r\u00e9seaux p\u00e9risylviens de l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re gauche, il traite les nombres sous forme de mots oraux (\u00ab douze \u00bb) et soutient la r\u00e9cup\u00e9ration en m\u00e9moire des faits arithm\u00e9tiques appris par c\u0153ur, tels que les tables d&rsquo;addition et de multiplication.<\/li>\n<li><strong>Le code visuel arabique :<\/strong> ancr\u00e9 dans les r\u00e9gions occipito-temporales ventrales, il manipule les chiffres \u00e9crits sous forme de caract\u00e8res typographiques (\u00ab 12 \u00bb) et r\u00e9git l&rsquo;organisation spatiale des calculs \u00e9crits pos\u00e9s en colonnes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans ce cadre, la dyscalculie peut \u00e9merger d&rsquo;une alt\u00e9ration primaire du module analogique pari\u00e9tal, emp\u00eachant le raccordement efficace entre les repr\u00e9sentations symboliques (verbales et visuelles) et le concept quantitatif sous-jacent. C&rsquo;est l&rsquo;hypoth\u00e8se du d\u00e9ficit du \u00ab noyau num\u00e9rique \u00bb (<em>core deficit hypothesis<\/em>) \u00e2prement d\u00e9fendue par Brian Butterworth, qui postule l&rsquo;existence d&rsquo;une c\u00e9cit\u00e9 inn\u00e9e aux quantit\u00e9s de base.<\/p>\n<p>Une seconde approche th\u00e9orique, incarn\u00e9e notamment par les recherches de David C. Geary, envisage le trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique sous l&rsquo;angle de d\u00e9ficits cognitifs transversaux. Cette perspective met en lumi\u00e8re le r\u00f4le crucial des fonctions ex\u00e9cutives, de l&rsquo;inhibition cognitive et de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9moire_de_travail\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">m\u00e9moire de travail<\/a> (particuli\u00e8rement le calepin visuo-spatial et l&rsquo;administrateur central). Selon ce mod\u00e8le, les difficult\u00e9s calculatoires d\u00e9couleraient d&rsquo;une incapacit\u00e9 \u00e0 maintenir temporairement les r\u00e9sultats interm\u00e9diaires, \u00e0 actualiser les donn\u00e9es num\u00e9riques ou \u00e0 bloquer l&rsquo;interf\u00e9rence de r\u00e9ponses erron\u00e9es mais fortement associ\u00e9es (comme confondre le r\u00e9sultat de 4 x 3 avec celui de 4 + 3).<\/p>\n<p>Enfin, les mod\u00e8les d\u00e9veloppementaux constructivistes rappellent la progression hi\u00e9rarchique de l&rsquo;apprentissage num\u00e9rique. Tout accroc survenant dans les premiers stades de la quantification empirique (comme le pointage digital ou la compr\u00e9hension du principe de cardinalit\u00e9 mis en \u00e9vidence par Rochel Gelman) fragilise irr\u00e9m\u00e9diablement l&rsquo;\u00e9difice conceptuel ult\u00e9rieur, enfermant l&rsquo;enfant dans des strat\u00e9gies archa\u00efques et inefficaces.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Le trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique ne constitue pas une entit\u00e9 monolithique. Il se caract\u00e9rise par une h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 s\u00e9miologique remarquable regroupant divers profils cognitifs :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le d\u00e9ficit du sens num\u00e9rique (dyscalculie fondamentale) :<\/strong> alt\u00e9ration primaire de l&rsquo;estimation intuitive des grandeurs, incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9terminer le plus grand de deux nombres sans compter un par un, absence de subitisation visuelle au-del\u00e0 de deux ou trois \u00e9l\u00e9ments.<\/li>\n<li><strong>Le d\u00e9ficit mn\u00e9sique et lexical (dyscalculie s\u00e9mantique ou verbale) :<\/strong> difficult\u00e9 profonde \u00e0 automatiser et m\u00e9moriser les faits arithm\u00e9tiques de base en m\u00e9moire \u00e0 long terme (tables d&rsquo;addition et de multiplication), obligeant le patient \u00e0 recalculer continuellement chaque r\u00e9sultat par des m\u00e9thodes additives lentes.<\/li>\n<li><strong>Le d\u00e9ficit proc\u00e9dural (dyscalculie proc\u00e9durale) :<\/strong> d\u00e9sorganisation ou omission des \u00e9tapes s\u00e9quentielles requises pour accomplir des calculs complexes, erreurs fr\u00e9quentes d&rsquo;algorithme op\u00e9ratoire (confusion entre la soustraction avec retenue et l&rsquo;addition), non-respect de l&rsquo;ordre s\u00e9quentiel des op\u00e9rations.<\/li>\n<li><strong>Le d\u00e9ficit visuo-spatial (dyscalculie spatiale) :<\/strong> incapacit\u00e9 \u00e0 ordonner les chiffres selon leur valeur positionnelle (alignement inad\u00e9quat des unit\u00e9s, dizaines et centaines dans une pose en colonne), inversion de l&rsquo;\u00e9criture en miroir des chiffres (comme confondre 6 et 9, ou 12 et 21), mauvaise lecture des rep\u00e8res g\u00e9om\u00e9triques ou de la ligne num\u00e9rique mentale.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;atteinte du raisonnement conceptuel :<\/strong> d\u00e9faillance dans l&rsquo;extrapolation logique des propri\u00e9t\u00e9s math\u00e9matiques (incompr\u00e9hension de la commutativit\u00e9 : ignorer que 3 + 8 \u00e9quivaut \u00e0 8 + 3, ou de la r\u00e9versibilit\u00e9 entre l&rsquo;addition et la soustraction).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation clinique permet de mieux saisir les manifestations concr\u00e8tes de ce trouble \u00e0 diff\u00e9rents \u00e2ges de la vie. Prenons le cas d&rsquo;Adrien, un jeune gar\u00e7on de 8 ans scolaris\u00e9 en classe de CE2, d&rsquo;intelligence vive, sans aucun trouble du langage oral ni difficult\u00e9s en lecture. Face \u00e0 l&rsquo;op\u00e9ration basique \u00ab 5 + 3 \u00bb, Adrien est incapable de r\u00e9pondre spontan\u00e9ment. Pour r\u00e9soudre l&rsquo;op\u00e9ration, il doit obligatoirement regarder ses mains, d\u00e9ployer cinq doigts, puis en ajouter trois un par un, reprenant le comptage depuis l&rsquo;unit\u00e9 de d\u00e9part (1, 2, 3, 4, 5&#8230; 6, 7, 8). Si on lui demande d&rsquo;estimer sans compter si 8 est plus proche de 10 ou de 2, il r\u00e9pond au hasard apr\u00e8s un long silence embarrass\u00e9.<\/p>\n<p>Dans un contexte d&rsquo;\u00e9valuation clinique, lorsqu&rsquo;on lui propose de poser une soustraction en colonne simple telle que 43 &#8211; 27, Adrien inverse syst\u00e9matiquement les chiffres de la colonne des unit\u00e9s pour contourner l&rsquo;obstacle du report conceptuel : voyant 3 en haut et 7 en bas, il soustrait 3 de 7 et note 4, aboutissant au r\u00e9sultat absurde de 24. Il ne dispose d&rsquo;aucun m\u00e9canisme d&rsquo;autocorrection intuitive lui permettant de mesurer l&rsquo;incoh\u00e9rence globale de sa r\u00e9ponse par rapport \u00e0 l&rsquo;ordre de grandeur de l&rsquo;op\u00e9ration.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, les manifestations se r\u00e9organisent mais demeurent invalidantes. Soit le cas de Claire, 34 ans, cadre administrative. Claire \u00e9vite syst\u00e9matiquement les situations sociales impliquant un partage de note au restaurant, incapable de calculer mentalement la part de chacun ou d&rsquo;estimer un pourboire sans \u00e9prouver un sentiment de panique. Dans sa vie domestique, la gestion de son budget financier mensuel repr\u00e9sente une \u00e9preuve insurmontable marqu\u00e9e par des d\u00e9couverts chroniques caus\u00e9s par une incapacit\u00e9 \u00e0 visualiser le solde r\u00e9siduel de ses d\u00e9penses. Elle \u00e9prouve \u00e9galement des difficult\u00e9s majeures \u00e0 s&rsquo;orienter \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;horaires de transports en commun ou \u00e0 doser des ingr\u00e9dients de cuisine n\u00e9cessitant des conversions d&rsquo;unit\u00e9s de mesure m\u00e9triques.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>La d\u00e9marche diagnostique du trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique requiert une expertise clinique pluridisciplinaire m\u00e9ticuleuse, articul\u00e9e le plus souvent autour du neuropsychologue et de l&rsquo;orthophoniste (ou du logop\u00e8de). Le processus vise \u00e0 objectiver un \u00e9cart statistiquement significatif entre les performances math\u00e9matiques de l&rsquo;individu et celles attendues pour son \u00e2ge chronologique et son niveau de scolarisation, tout en d\u00e9montrant la persistance des difficult\u00e9s pendant au moins six mois en d\u00e9pit d&rsquo;interventions cibl\u00e9es.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation s&rsquo;appuie sur une batterie standardis\u00e9e d&rsquo;\u00e9preuves norm\u00e9es. Parmi les outils psychom\u00e9triques francophones de r\u00e9f\u00e9rence, on compte notamment :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;EDI-Math ou la batterie Zareki-R :<\/strong> con\u00e7ue pour \u00e9valuer les composantes fondamentales du traitement du nombre chez l&rsquo;enfant, incluant la comparaison de grandeurs, le positionnement d&rsquo;un nombre sur une ligne analogique, le calcul mental contextuel et la r\u00e9solution de petits probl\u00e8mes textuels.<\/li>\n<li><strong>La batterie UDN-II (Utilisation du Nombre) :<\/strong> fond\u00e9e sur une approche piag\u00e9tienne et d\u00e9veloppementale, elle explore la construction logique des structures pr\u00e9-num\u00e9riques (classification, s\u00e9riation, conservation des quantit\u00e9s, inclusion).<\/li>\n<li><strong>Les \u00e9chelles d&rsquo;intelligence globales (comme le WISC-V pour l&rsquo;enfant ou la WAIS-IV pour l&rsquo;adulte) :<\/strong> indispensables pour exclure une d\u00e9ficience intellectuelle globale, \u00e9valuer les indices de compr\u00e9hension verbale et analyser les ressources de la m\u00e9moire de travail et de la vitesse de traitement de l&rsquo;information.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Le diagnostic diff\u00e9rentiel doit rigoureusement \u00e9carter plusieurs facteurs confondants : un d\u00e9ficit sensoriel visuel ou auditif non corrig\u00e9, des troubles psychopathologiques majeurs tels qu&rsquo;un trouble anxieux g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 ou une d\u00e9pression p\u00e9diatrique, un environnement socioculturel s\u00e9v\u00e8rement carenc\u00e9, ou un trouble du d\u00e9ficit de l&rsquo;attention avec ou sans hyperactivit\u00e9 (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_du_d%C3%A9ficit_de_l%27attention_avec_ou_sans_hyperactivit%C3%A9\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">TDAH<\/a>). Chez ce dernier, les erreurs d&rsquo;inattention, d&rsquo;impulsivit\u00e9 ou d&rsquo;oubli de signe (+ au lieu de -) doivent \u00eatre distingu\u00e9es d&rsquo;une r\u00e9elle incomp\u00e9tence \u00e0 conceptualiser les nombres.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique et \u00e9ducative<\/h3>\n<p>La reconnaissance clinique du trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique est d\u00e9terminante pour pr\u00e9venir l&rsquo;effondrement de l&rsquo;estime de soi et le d\u00e9crochage scolaire des enfants concern\u00e9s. L&rsquo;intervention orthophonique et neuropsychologique sp\u00e9cialis\u00e9e ne consiste pas en une simple r\u00e9p\u00e9tition m\u00e9canique des cours scolaires, mais en une v\u00e9ritable r\u00e9\u00e9ducation cognitive de la cognition math\u00e9matique. Les protocoles th\u00e9rapeutiques visent \u00e0 r\u00e9tablir le pontage entre le monde concret et l&rsquo;univers abstrait des symboles math\u00e9matiques.<\/p>\n<p>Dans le domaine \u00e9ducatif, la mise en place d&rsquo;am\u00e9nagements p\u00e9dagogiques individualis\u00e9s (comme le Plan d&rsquo;Accompagnement Personnalis\u00e9 &#8211; PAP en France) est essentielle. Ces am\u00e9nagements incluent :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;autorisation explicite et permanente de l&rsquo;utilisation de la calculatrice pour compenser l&rsquo;\u00e9chec de la r\u00e9cup\u00e9ration des faits arithm\u00e9tiques et d\u00e9charger la m\u00e9moire de travail lors de r\u00e9solutions de probl\u00e8mes plus complexes.<\/li>\n<li>La mise \u00e0 disposition d&rsquo;aides visuelles et mat\u00e9rielles concr\u00e8tes (abaques, barrettes num\u00e9riques de type Cuisenaire, tableau des tables de multiplication, papier quadrill\u00e9 sp\u00e9cialis\u00e9 pour aligner rigoureusement les chiffres).<\/li>\n<li>La r\u00e9duction quantitative du nombre d&rsquo;exercices \u00e0 effectuer pour privil\u00e9gier la compr\u00e9hension conceptuelle plut\u00f4t que l&rsquo;\u00e9puisement face \u00e0 la vitesse d&rsquo;ex\u00e9cution.<\/li>\n<li>L&rsquo;octroi d&rsquo;un tiers-temps suppl\u00e9mentaire lors des \u00e9preuves d&rsquo;\u00e9valuation acad\u00e9mique pour pallier le manque d&rsquo;automatisation des proc\u00e9dures basiques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans la sph\u00e8re de la psychoth\u00e9rapie d&rsquo;accompagnement, une prise en charge cibl\u00e9e de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Anxi%C3%A9t%C3%A9_math%C3%A9matique\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">anxi\u00e9t\u00e9 math\u00e9matique<\/a> par des approches cognitivo-comportementales (TCC) ou des techniques de gestion du stress est souvent indispensable pour briser le cercle vicieux de l&rsquo;\u00e9vitement cognitif et du sentiment d&rsquo;impuissance acquise g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par des ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9chec scolaire humiliant.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations \u00e9pid\u00e9miologiques contemporaines estiment la pr\u00e9valence de la dyscalculie d\u00e9veloppementale entre 3 % et 7 % de la population g\u00e9n\u00e9rale, un taux de fr\u00e9quence remarquablement similaire \u00e0 celui de la dyslexie. Contrairement \u00e0 d&rsquo;anciens st\u00e9r\u00e9otypes de genre, les donn\u00e9es empiriques \u00e0 grande \u00e9chelle d\u00e9montrent une pr\u00e9valence \u00e9quilibr\u00e9e entre les filles et les gar\u00e7ons, r\u00e9futant toute pr\u00e9disposition sexuelle intrins\u00e8que dans la pathogen\u00e8se du trouble arithm\u00e9tique.<\/p>\n<p>Sur le plan g\u00e9n\u00e9tique, des \u00e9tudes men\u00e9es sur des cohortes de jumeaux monozygotes et dizygotes confirment une h\u00e9ritabilit\u00e9 substantielle du sens num\u00e9rique et des aptitudes arithm\u00e9tiques, oscillant entre 0,40 et 0,70. Des agr\u00e9gations familiales notables sont r\u00e9guli\u00e8rement observ\u00e9es : un enfant dont un parent de premier degr\u00e9 est dyscalculique pr\u00e9sente un risque d\u00e9cupl\u00e9 de manifester des troubles s\u00e9v\u00e8res de l&rsquo;apprentissage du calcul.<\/p>\n<p>Les neurosciences fondamentales ont apport\u00e9 des preuves anatomiques et fonctionnelles tangibles. Les explorations en imagerie morphom\u00e9trique r\u00e9v\u00e8lent une r\u00e9duction focale de la substance grise et une alt\u00e9ration de l&rsquo;organisation cytoarchitectonique le long du sillon intrapari\u00e9tal bilat\u00e9ral chez les personnes dyscalculiques. En IRMf, lors de t\u00e2ches de comparaison de magnitudes num\u00e9riques (par exemple d\u00e9terminer lequel de 5 ou de 9 est le plus \u00e9lev\u00e9), ces individus pr\u00e9sentent un recrutement neural anormalement att\u00e9nu\u00e9 ou atypique de cette r\u00e9gion c\u00e9r\u00e9brale sp\u00e9cialis\u00e9e, t\u00e9moignant d&rsquo;une d\u00e9connexion structurelle entre les zones d&rsquo;identification perceptuelle et les centres d&rsquo;\u00e9valuation de la grandeur.<\/p>\n<p>La recherche translationnelle s&rsquo;oriente aujourd&rsquo;hui vers l&rsquo;efficacit\u00e9 des entra\u00eenements informatis\u00e9s bas\u00e9s sur la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. Des logiciels interactifs valid\u00e9s exp\u00e9rimentalement, \u00e0 l&rsquo;image de <em>La Course aux Nombres<\/em> (d\u00e9velopp\u00e9e par l&rsquo;\u00e9quipe de Stanislas Dehaene) ou de <em>GraphoGame Maths<\/em>, ont montr\u00e9 empiriquement leur capacit\u00e9 \u00e0 induire des r\u00e9organisations fonctionnelles des r\u00e9seaux pari\u00e9to-frontaux et \u00e0 am\u00e9liorer significativement les performances d&rsquo;estimation quantitative chez les jeunes \u00e9l\u00e8ves \u00e0 risque.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>La conceptualisation et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 apparente du trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique sont modul\u00e9es de mani\u00e8re pr\u00e9gnante par les syst\u00e8mes linguistiques et culturels au sein desquels s&rsquo;inscrit l&rsquo;apprentissage. La transparence structurelle du vocabulaire des nombres joue un r\u00f4le facilitateur ind\u00e9niable. Dans plusieurs langues asiatiques (comme le mandarin, le japonais ou le cor\u00e9en), la d\u00e9signation lexicale des nombres refl\u00e8te scrupuleusement le syst\u00e8me d\u00e9cimal en base dix : le nombre 11 se prononce litt\u00e9ralement \u00ab dix-un \u00bb, 12 se dit \u00ab dix-deux \u00bb, et 23 se formule \u00ab deux-dix-trois \u00bb.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les langues indo-europ\u00e9ennes occidentales, et tout particuli\u00e8rement en langue fran\u00e7aise, l&rsquo;opacit\u00e9 linguistique est consid\u00e9rable : les termes comme \u00ab onze \u00bb, \u00ab douze \u00bb, ou les formes vig\u00e9simales traditionnelles conserv\u00e9es en France telles que \u00ab soixante-dix \u00bb, \u00ab quatre-vingts \u00bb et \u00ab quatre-vingt-dix \u00bb imposent une charge de d\u00e9codage phonologique et s\u00e9mantique additionnelle. Cette complexit\u00e9 linguistique arbitraire constitue une source d&#8217;emb\u00fbches suppl\u00e9mentaires majeure pour l&rsquo;enfant pr\u00e9sentant une fragilit\u00e9 intrins\u00e8que de l&rsquo;acc\u00e8s num\u00e9rique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les exigences soci\u00e9tales de litt\u00e9ratie num\u00e9rique ont explos\u00e9 au cours du si\u00e8cle \u00e9coul\u00e9. Dans les soci\u00e9t\u00e9s industrialis\u00e9es modernes, l&rsquo;inaptitude \u00e0 manipuler les nombres exclut socialement et \u00e9conomiquement bien plus cruellement qu&rsquo;auparavant. Des enqu\u00eates longitudinales men\u00e9es par le <em>National Child Development Study<\/em> au Royaume-Uni ont mis en \u00e9vidence qu&rsquo;un d\u00e9ficit prononc\u00e9 en comp\u00e9tences num\u00e9riques primaires entra\u00eenait, sur l&rsquo;ensemble de la trajectoire de vie adulte, un risque de ch\u00f4mage plus \u00e9lev\u00e9, des revenus significativement inf\u00e9rieurs et un taux de pathologies somatiques et psychiques accru, surpassant m\u00eame dans certains cas les cons\u00e9quences d\u00e9l\u00e9t\u00e8res d&rsquo;un faible niveau de litt\u00e9ratie textuelle.<\/p>\n<h3>13. Controverses, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La communaut\u00e9 scientifique et clinique demeure travers\u00e9e par d&rsquo;intenses d\u00e9bats autour de la nature exacte du trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique. La principale ligne de clivage th\u00e9orique oppose les partisans de l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;un d\u00e9ficit sp\u00e9cifique au domaine num\u00e9rique (<em>domain-specific hypothesis<\/em>) et les d\u00e9fenseurs d&rsquo;un d\u00e9ficit g\u00e9n\u00e9ral du domaine (<em>domain-general hypothesis<\/em>). Pour les premiers, la dyscalculie d\u00e9coule exclusivement d&rsquo;une anomalie constitutionnelle du module inn\u00e9 de magnitude log\u00e9 dans le sillon intrapari\u00e9tal. Pour les seconds, les rat\u00e9s de l&rsquo;arithm\u00e9tique r\u00e9sultent d&rsquo;une combinaison d&rsquo;alt\u00e9rations ex\u00e9cutives globales touchant la m\u00e9moire de travail spatiale, la vitesse de traitement perceptivo-moteur et la capacit\u00e9 d&rsquo;inhibition des interf\u00e9rences cognitives.<\/p>\n<p>Une seconde controverse critique concerne l&rsquo;arbitraire des seuils diagnostiques. L&rsquo;apprentissage des math\u00e9matiques s&rsquo;\u00e9talant sur un continuum dimensionnel continu au sein de la population, la fronti\u00e8re isolant le sujet \u00ab dyscalculique \u00bb de l&rsquo;\u00e9l\u00e8ve \u00ab simplement faible en math\u00e9matiques \u00bb repose sur des crit\u00e8res d&rsquo;inclusion psychom\u00e9triques variables selon les \u00e9tudes (score inf\u00e9rieur au 5e, 10e ou 25e centile). Cette absence de consensus unifi\u00e9 alimente les d\u00e9bats sur le risque de surdiagnostic ou de m\u00e9dicalisation excessive de variations d&rsquo;apprentissage normales imputables \u00e0 des rythmes d&rsquo;acquisition individuels h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes.<\/p>\n<p>Enfin, la question de la comorbidit\u00e9 \u00e9lev\u00e9e pose un d\u00e9fi diagnostique redoutable. Il est exceptionnel de rencontrer une dyscalculie pure et parfaitement isol\u00e9e : les \u00e9tudes estiment que 40 % \u00e0 60 % des sujets dyscalculiques pr\u00e9sentent conjointement une dyslexie de d\u00e9veloppement, et un pourcentage similaire partage des sympt\u00f4mes de trouble de l&rsquo;attention (TDAH) ou de dyspraxie d\u00e9veloppementale (trouble de l&rsquo;acquisition de la coordination). Cette interp\u00e9n\u00e9tration fr\u00e9quente interroge sur l&rsquo;existence potentielle d&rsquo;un syndrome de perturbation neurod\u00e9veloppementale plus large sous-jacent, remettant en cause la stricte \u00e9tanch\u00e9it\u00e9 des cat\u00e9gories diagnostiques traditionnelles.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour clarifier la s\u00e9miologie et le vocabulaire clinique, il est imp\u00e9ratif de distinguer rigoureusement les entit\u00e9s nosologiques connexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dyscalculie d\u00e9veloppementale :<\/strong> anomalie cong\u00e9nitale de la mise en place des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux du calcul survenant d\u00e8s la petite enfance chez un individu sans l\u00e9sion c\u00e9r\u00e9brale apparente.<\/li>\n<li><strong>Acalculie acquise :<\/strong> perte partielle ou compl\u00e8te de la capacit\u00e9 \u00e0 calculer et \u00e0 manipuler les chiffres, cons\u00e9cutive \u00e0 une atteinte c\u00e9r\u00e9brale survenue chez un adulte ant\u00e9rieurement indemne (accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, tumeur, d\u00e9mence de type Alzheimer, traumatisme cr\u00e2nien).<\/li>\n<li><strong>Anxi\u00e9t\u00e9 math\u00e9matique :<\/strong> r\u00e9action \u00e9motionnelle phobique d\u00e9clench\u00e9e sp\u00e9cifiquement par l&rsquo;exposition aux nombres et aux situations d&rsquo;\u00e9valuation quantitative. Elle n&rsquo;est pas un trouble cognitif structurel du sens du nombre \u00e0 l&rsquo;origine, bien qu&rsquo;elle paralyse temporairement les ressources de la m\u00e9moire de travail et puisse mimer les sympt\u00f4mes d&rsquo;une dyscalculie.<\/li>\n<li><strong>Dyslexie d\u00e9veloppementale :<\/strong> trouble sp\u00e9cifique de la lecture et de la conversion grapho-phonologique. Bien que distincte, elle complique fr\u00e9quemment la r\u00e9solution de probl\u00e8mes arithm\u00e9tiques par l&rsquo;impossibilit\u00e9 de d\u00e9coder correctement les \u00e9nonc\u00e9s \u00e9crits.<\/li>\n<li><strong>Difficult\u00e9s math\u00e9matiques non sp\u00e9cifiques :<\/strong> baisse globale des r\u00e9sultats scolaires en calcul li\u00e9e \u00e0 un enseignement inadapt\u00e9, \u00e0 un absent\u00e9isme prolong\u00e9, \u00e0 un d\u00e9sint\u00e9r\u00eat motivationnel ou \u00e0 un quotient intellectuel inf\u00e9rieur \u00e0 la moyenne, mais sans dysfonction neurocognitive \u00e9lective du traitement des grandeurs.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique (dyscalculie) est un trouble neurod\u00e9veloppemental persistant touchant la compr\u00e9hension intuitive des grandeurs num\u00e9riques, la m\u00e9morisation des faits de base et l&rsquo;application des proc\u00e9dures algorithmiques, pr\u00e9sent chez environ 5 % de la population.<\/p>\n<p>Son substrat neuroanatomique se focalise principalement sur un dysfonctionnement fonctionnel et structurel des sillons intrapari\u00e9taux, en interaction avec les r\u00e9seaux frontaux et p\u00e9risylviens soutenant la m\u00e9moire de travail et le langage formel.<\/p>\n<p>Le diagnostic ne repose pas sur une simple \u00e9valuation scolaire, mais sur un bilan psychom\u00e9trique et orthophonique norm\u00e9 excluant toute cause sensorielle, environnementale ou intellectuelle globale.<\/p>\n<p>La prise en charge implique une r\u00e9\u00e9ducation pr\u00e9coce, structur\u00e9e et multisensorielle de la cognition math\u00e9matique, assortie d&rsquo;am\u00e9nagements scolaires indispensables comme l&rsquo;usage de la calculatrice pour all\u00e9ger le co\u00fbt ex\u00e9cutif.<\/p>\n<p>L&rsquo;accompagnement \u00e9motionnel est capital : d\u00e9stigmatiser l&rsquo;\u00e9chec et traiter l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 math\u00e9matique associ\u00e9e permet de pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9gration socio-\u00e9ducative et l&rsquo;\u00e9panouissement personnel des individus tout au long de leur parcours de vie.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Butterworth, B. (2010). Foundational numerical capacities and the origins of dyscalculia. <em>Trends in Cognitive Sciences<\/em>, 14(12), 534\u2013541. https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.tics.2010.09.007<\/li>\n<li>Dehaene, S. (2010). <em>La bosse des maths : Quinze ans apr\u00e8s<\/em>. Odile Jacob.<\/li>\n<li>Geary, D. C. (2004). Mathematics and learning disabilities. <em>Journal of Learning Disabilities<\/em>, 37(1), 4\u201315. https:\/\/doi.org\/10.1177\/00222194040370010201<\/li>\n<li>Kosc, L. (1974). Developmental dyscalculia. <em>Journal of Learning Disabilities<\/em>, 7(3), 164\u2013177. https:\/\/doi.org\/10.1177\/002221947400700309<\/li>\n<li>von Aster, M. G., &amp; Shalev, R. S. (2007). Number development and developmental dyscalculia. <em>The Lancet<\/em>, 370(9587), 620\u2013627. https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(07)61303-3<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le trouble de l&rsquo;arithm\u00e9tique, ou dyscalculie d\u00e9veloppementale, est un trouble neurod\u00e9veloppemental touchant le sens du nombre, la m\u00e9morisation des faits arithm\u00e9tiques et la ma\u00eetrise du calcul chez l&rsquo;enfant et l&rsquo;adulte.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,127,12959],"tags":[34693,3411,8739,34695,34694,1724],"class_list":["post-20852","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-psychologie-du-developpement","category-troubles-des-apprentissages","tag-dyscalculie","tag-mathematiques","tag-neurodeveloppement","tag-sens-du-nombre","tag-trouble-de-larithmetique","tag-troubles-des-apprentissages"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20852","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20852\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20852"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20852"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20852"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}