{"id":20845,"date":"2026-10-24T16:40:12","date_gmt":"2026-10-24T16:40:12","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=pupille-argyll-robertson-definition-neuropsychiatrie"},"modified":"2026-10-24T16:40:12","modified_gmt":"2026-10-24T16:40:12","slug":"pupille-argyll-robertson-definition-neuropsychiatrie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=pupille-argyll-robertson-definition-neuropsychiatrie","title":{"rendered":"Pupille d&rsquo;Argyll Robertson : \u00c9nigme neurologique"},"content":{"rendered":"<p>Le signe ou pupille d&rsquo;Argyll Robertson constitue l&rsquo;une des anomalies neuro-ophtalmologiques les plus embl\u00e9matiques de l&rsquo;histoire de la m\u00e9decine et de la neuropsychiatrie clinique. Observ\u00e9e classiquement au cours de l&rsquo;\u00e9volution tardive de la neurosyphilis, cette anomalie motrice de l&rsquo;iris refl\u00e8te une dissociation fonctionnelle spectaculaire entre la r\u00e9activit\u00e9 lumineuse et l&rsquo;accommodation visuelle. L&rsquo;exploration de ce signe clinique offre une perspective fascinante sur l&rsquo;architecture fonctionnelle des voies r\u00e9flexes m\u00e9senc\u00e9phaliques et demeure un t\u00e9moin historique fondamental de l&rsquo;intersection entre neuropathologie infectieuse et s\u00e9miologie psychiatrique.<\/p>\n<h2>Pupille d&rsquo;Argyll Robertson<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>pupille d&rsquo;Argyll Robertson<\/strong> d\u00e9signe une anomalie pupillaire bilat\u00e9rale acquise, caract\u00e9ris\u00e9e par un myosis constant, une forme souvent irr\u00e9guli\u00e8re de l&rsquo;orifice pupillaire, une abolition ou une diminution drastique du r\u00e9flexe photomoteur direct et consensuel, contrastant avec la pr\u00e9servation int\u00e9grale du r\u00e9flexe de constriction lors de l&rsquo;accommodation-convergence. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne s\u00e9miologique classique est couramment d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de <em>dissociation photo-motrice<\/em> (ou dissociation lumi\u00e8re-proximit\u00e9).<\/p>\n<p>Sur le plan clinique et physiologique, les pupilles d&rsquo;Argyll Robertson sont g\u00e9n\u00e9ralement de petite taille (souvent inf\u00e9rieure \u00e0 2,5 millim\u00e8tres de diam\u00e8tre), asym\u00e9triques et anisocori\u00e9es \u00e0 des degr\u00e9s divers. Elles se dilatent tr\u00e8s difficilement et de mani\u00e8re incompl\u00e8te apr\u00e8s instillation d&rsquo;agents mydriatiques pharmacologiques. Bien que ce signe ait \u00e9t\u00e9 historiquement qualifi\u00e9 de pathognomonique du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Tabes_dorsalis\">tabes dorsalis<\/a> et de la paralysie g\u00e9n\u00e9rale au cours de la neurosyphilis tertiaire, des manifestations cliniquement comparables peuvent se manifester dans d&rsquo;autres affections infiltratives, inflammatoires ou vasculaires du tronc c\u00e9r\u00e9bral.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme tire son nom de l&rsquo;ophtalmologiste et chirurgien \u00e9cossais <strong>Douglas Moray Cooper Lamb Argyll Robertson<\/strong> (1837\u20131909), qui en publia la description s\u00e9minale en 1869 dans les <em>Edinburgh Medical Journal<\/em> sous le titre \u00ab Four cases of spinal miosis with remarks on the action of light on the pupil \u00bb. Le patronyme \u00ab Argyll Robertson \u00bb est compos\u00e9 du nom de famille de son p\u00e8re (le Dr John Argyll Robertson), reliant un toponyme g\u00e9ographique \u00e9cossais ancien (\u00ab Argyll \u00bb, issu du ga\u00e9lique classique <em>Earra-Gh\u00e0idheal<\/em>, d\u00e9signant la c\u00f4te des Ga\u00ebls) au nom patronymique d&rsquo;origine germanique \u00ab Robertson \u00bb (fils de Robert).<\/p>\n<p>Le substantif <em>pupille<\/em> provient quant \u00e0 lui du latin classique <em>pupilla<\/em>, diminutif affectueux de <em>pupa<\/em> signifiant \u00ab petite fille \u00bb ou \u00ab poup\u00e9e \u00bb, faisant r\u00e9f\u00e9rence au reflet minuscule de son propre visage que l&rsquo;observateur aper\u00e7oit lorsqu&rsquo;il regarde de pr\u00e8s dans l&rsquo;\u0153il d&rsquo;une autre personne. Dans le lexique s\u00e9miologique francophone, la d\u00e9signation a \u00e9t\u00e9 rapidement adopt\u00e9e d\u00e8s la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle par les ali\u00e9nistes et neurologues de l&rsquo;\u00e9cole de la Salp\u00eatri\u00e8re, consacrant la formule \u00ab signe d&rsquo;Argyll Robertson \u00bb pour classifier les stigmates physiques des d\u00e9lires m\u00e9galomanes et des d\u00e9mences paralytiques.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement [py.pil d\u203fa\u0281.\u0261ajl \u0281\u0254.b\u025b\u0281t.s\u0254n] ou [a\u0281.\u0261il \u0281\u0254.b\u025b\u0281t.s\u0254n], les locuteurs francophones h\u00e9sitant traditionnellement entre la prononciation calqu\u00e9e sur la phon\u00e9tique \u00e9cossaise originelle (\/\u0251\u02d0r\u02c8\u0261a\u026al \u02c8r\u0252b\u0259rts\u0259n\/) et une francisation phon\u00e9tique litt\u00e9rale. <\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal f\u00e9minin (\u00ab la pupille d&rsquo;Argyll Robertson \u00bb), invariable au regard du nom propre \u00e9ponyme, bien que l&rsquo;on emploie couramment le pluriel (\u00ab les pupilles d&rsquo;Argyll Robertson \u00bb) dans la mesure o\u00f9 l&rsquo;atteinte anatomique est presque invariablement bilat\u00e9rale. L&rsquo;expression abr\u00e9g\u00e9e \u00ab signe d&rsquo;Argyll Robertson \u00bb (syntagme nominal masculin) est \u00e9galement d&rsquo;usage standard dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale. Au pluriel, la graphie demeure \u00ab les signes d&rsquo;Argyll Robertson \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la complexit\u00e9 s\u00e9miologique de la pupille d&rsquo;Argyll Robertson, il convient de diss\u00e9quer les m\u00e9canismes intimes de la r\u00e9activit\u00e9 pupillaire. Chez un sujet sain, l&rsquo;iris module constamment l&rsquo;entr\u00e9e de lumi\u00e8re par l&rsquo;action conjointe de deux muscles antagonistes : le sphincter pupillaire (innerv\u00e9 par le syst\u00e8me nerveux parasympathique cr\u00e2nien via le troisi\u00e8me nerf oculomoteur) qui induit le myosis, et le dilatateur de la pupille (innerv\u00e9 par la cha\u00eene sympathique cervicale) qui assure la mydriase. Deux stimuli distincts provoquent une constriction pupillaire vigoureuse : l&rsquo;\u00e9clairement r\u00e9tinien (arc r\u00e9flexe photomoteur) et la fixation d&rsquo;un objet rapproch\u00e9 n\u00e9cessitant convergence et accommodation du cristallin (r\u00e9flexe de proximit\u00e9).<\/p>\n<p>Dans le cas du syndrome d&rsquo;Argyll Robertson, le syst\u00e8me subit une d\u00e9connexion s\u00e9lective remarquable. Lorsque le clinicien projette un faisceau lumineux puissant dans l&rsquo;un ou l&rsquo;autre des yeux du patient dans une pi\u00e8ce semi-obscure, aucune contraction de l&rsquo;iris n&rsquo;est perceptible : le diam\u00e8tre pupillaire demeure fig\u00e9, sans la moindre oscillation r\u00e9active. En revanche, d\u00e8s lors qu&rsquo;il est demand\u00e9 \u00e0 l&rsquo;individu de reporter son regard d&rsquo;un point \u00e9loign\u00e9 vers le bout de son propre nez ou vers l&rsquo;index de l&rsquo;examinateur approch\u00e9 \u00e0 quelques centim\u00e8tres, les deux pupilles se contractent instantan\u00e9ment et de fa\u00e7on marqu\u00e9e, d\u00e9montrant l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 fonctionnelle des effecteurs musculaires et de leurs contingents moteurs terminaux.<\/p>\n<p>Cette dissociation pose une fronti\u00e8re conceptuelle capitale entre le r\u00e9flexe sous-cortical archa\u00efque d&rsquo;adaptation \u00e0 la luminance et la commande motrice synkin\u00e9tique associ\u00e9e \u00e0 la vision de pr\u00e8s. La vision de pr\u00e8s met en jeu une boucle int\u00e9grant le cortex visuel stri\u00e9 et p\u00e9ristri\u00e9, les aires frontales du regard, ainsi que des projections cortico-tectales descendantes directes vers les noyaux d&rsquo;Edinger-Westphal. L&rsquo;atteinte n&rsquo;est donc pas une paralysie de l&rsquo;effecteur pupillaire lui-m\u00eame, mais une rupture focale et \u00e9lective du substrat aff\u00e9rent intercalaire du r\u00e9flexe \u00e0 la lumi\u00e8re.<\/p>\n<p>L&rsquo;autre facette d\u00e9terminante du concept r\u00e9side dans la pr\u00e9sence syst\u00e9matique d&rsquo;un myosis chronique prononc\u00e9. Les pupilles apparaissent ponctiformes ou tr\u00e8s r\u00e9duites en ambiance lumineuse normale, et ne se dilatent pas dans l&rsquo;obscurit\u00e9. Cette caract\u00e9ristique implique un d\u00e9s\u00e9quilibre autonome permanent au d\u00e9triment de l&rsquo;inhibition sympathique centrale ou d&rsquo;une atteinte concomitante des fibres inhibitrices supranucl\u00e9aires descendantes, conf\u00e9rant \u00e0 l&rsquo;\u0153il un aspect singulier, souvent accentu\u00e9 par des encoches marginales traduisant une atrophie localis\u00e9e du stroma de l&rsquo;iris.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La formalisation du signe par Douglas Argyll Robertson \u00e0 \u00c9dimbourg en 1869 s&rsquo;inscrit au c\u0153ur d&rsquo;une \u00e9poque de r\u00e9volution conceptuelle en neuro-ophtalmologie. Initialement, Robertson avait identifi\u00e9 cette dissociation chez cinq patients souffrant de d\u00e9my\u00e9linisation progressive des cordons post\u00e9rieurs de la moelle \u00e9pini\u00e8re, \u00e9tat alors d\u00e9sign\u00e9 sous le terme de <em>tabes dorsalis<\/em> ou ataxie locomotrice progressive. Robertson comprit d&#8217;embl\u00e9e la valeur topographique de cette d\u00e9couverte, supposant qu&rsquo;une alt\u00e9ration spinale ou bulbo-m\u00e9senc\u00e9phalique \u00e9tait responsable de la privation de l&rsquo;influx lumineux sans endommager la motricit\u00e9 volontaire et r\u00e9flexe de convergence.<\/p>\n<p>Dans le dernier quart du XIXe si\u00e8cle, les figures fondatrices de la neuropsychiatrie moderne s&#8217;empar\u00e8rent de cette observation. \u00c0 Paris, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean-Martin_Charcot\">Jean-Martin Charcot<\/a> et ses disciples int\u00e9gr\u00e8rent m\u00e9thodiquement la recherche du signe d&rsquo;Argyll Robertson dans l&rsquo;examen somatique de tout patient admis pour troubles psychiatriques ou moteurs. Parall\u00e8lement, le psychiatre et neurologue allemand Karl Westphal, ainsi qu&rsquo;Oskar Berger, confirm\u00e8rent la pr\u00e9valence \u00e9crasante de ce signe chez les sujets atteints de paralysie g\u00e9n\u00e9rale (d\u00e9mence paralytique de Bayle), scellant le lien empirique entre d\u00e9sordres psychiatriques florissants, m\u00e9galomanie d\u00e9lirante, d\u00e9ch\u00e9ance cognitive et stigmate d&rsquo;Argyll Robertson.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, la d\u00e9couverte de l&rsquo;agent pathog\u00e8ne de la syphilis, le spiroch\u00e8te <em>Treponema pallidum<\/em>, par Fritz Schaudinn et Erich Hoffmann en 1905, suivie de la mise au point de la r\u00e9action s\u00e9rologique de Wassermann en 1906, permit de prouver de mani\u00e8re irr\u00e9futable que le tabes dorsalis et la paralysie g\u00e9n\u00e9rale repr\u00e9sentaient les expressions tertiaires tardives d&rsquo;une m\u00eame spiroch\u00e9tose neurotrope. D\u00e8s lors, le signe d&rsquo;Argyll Robertson devint l&rsquo;indice diagnostique par excellence de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neurosyphilis\">neurosyphilis<\/a>, guidant le pronostic m\u00e9dical et l&rsquo;orientation asilaire avant l&rsquo;av\u00e8nement des th\u00e9rapeutiques efficaces.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction massive de la p\u00e9nicilline par Alexander Fleming et son application clinique g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e dans les ann\u00e9es 1940 transform\u00e8rent radicalement l&rsquo;\u00e9pid\u00e9miologie des affections neurologiques infectieuses dans les pays industrialis\u00e9s. La fr\u00e9quence des formes tertiaires de la syphilis s&rsquo;effondra, faisant de la pupille d&rsquo;Argyll Robertson un signe beaucoup plus rare dans les consultations quotidiennes. Toutefois, la r\u00e9surgence contemporaine des infections sexuellement transmissibles, notamment chez les patients immunod\u00e9prim\u00e9s infect\u00e9s par le virus de l&rsquo;immunod\u00e9ficience humaine (VIH), a suscit\u00e9 un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat acad\u00e9mique et clinique pour ce grand classique de la s\u00e9miologie.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neuroanatomiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;explication anatomopathologique exacte du si\u00e8ge l\u00e9sionnel responsable de la pupille d&rsquo;Argyll Robertson a suscit\u00e9 plus d&rsquo;un si\u00e8cle de controverses parmi les neuroanatomistes. Plusieurs th\u00e9ories concurrentes ont \u00e9t\u00e9 formul\u00e9es afin de justifier l&rsquo;interruption isol\u00e9e du r\u00e9flexe photomoteur avec respect du r\u00e9flexe de convergence-accommodation :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La th\u00e9orie m\u00e9senc\u00e9phalique pr\u00e9tectale centrale :<\/strong> Soutenue par la majorit\u00e9 des auteurs contemporains et consolid\u00e9e par les travaux exp\u00e9rimentaux de Ranson, Magoun et Loewenfeld, cette hypoth\u00e8se situe la l\u00e9sion au niveau du tegmentum m\u00e9senc\u00e9phalique dorsal, pr\u00e9cis\u00e9ment dans l&rsquo;aire pr\u00e9tectale rostrale. Les axones r\u00e9tiniens aff\u00e9rents cheminent par le nerf optique, le chiasma et les bandelettes optiques, puis contournent le corps genouill\u00e9 lat\u00e9ral pour former les bras conjonctivaux ant\u00e9rieurs et faire synapse dans les noyaux pr\u00e9tectaux. De l\u00e0, des neurones intercalaires projettent leurs axones de mani\u00e8re bilat\u00e9rale vers les noyaux visc\u00e9ro-moteurs accessoires du nerf oculomoteur (noyaux d&rsquo;Edinger-Westphal), en franchissant notamment la commissure post\u00e9rieure. Une l\u00e9sion microscopique destructive si\u00e9geant dans cette r\u00e9gion pr\u00e9tecto-commissurale interrompt les connexions intercalaires de la boucle lumineuse, tandis que les fibres aff\u00e9rentes de la vision de pr\u00e8s empruntent une voie descendante plus ventrale et plus ant\u00e9rieure, \u00e9pargnant l&rsquo;arc effecteur terminal.<\/li>\n<li><strong>La th\u00e9orie du ganglion ciliaire p\u00e9riph\u00e9rique :<\/strong> Formul\u00e9e initialement par Langgard et reprise ult\u00e9rieurement par Nathan et Turner, cette conception postule une d\u00e9nervation parasympathique post-ganglionnaire au sein du ganglion ciliaire situ\u00e9 dans l&rsquo;orbite, suivie d&rsquo;une r\u00e9innervation aberrante pr\u00e9f\u00e9rentielle par les fibres destin\u00e9es au muscle ciliaire de l&rsquo;accommodation. Bien que cette th\u00e9orie rende compte de la physiopathologie de la pupille tonique d&rsquo;Adie, elle \u00e9choue \u00e0 expliquer la bilat\u00e9ralit\u00e9 syst\u00e9matique, le myosis constant et l&rsquo;absence totale de ralentissement tonique (\u00ab hypersensibilit\u00e9 de d\u00e9nervation \u00bb) caract\u00e9ristiques du v\u00e9ritable signe d&rsquo;Argyll Robertson.<\/li>\n<li><strong>La th\u00e9orie de la d\u00e9sinhibition centrale et du myosis spinal :<\/strong> Pour \u00e9lucider la pr\u00e9sence du myosis serr\u00e9, les chercheurs avancent que la destruction des circuits pr\u00e9tectaux \u00e9limine une voie inhibitrice tonique supranucl\u00e9aire qui s&rsquo;exerce continuellement sur les noyaux parasympathiques d&rsquo;Edinger-Westphal. Lib\u00e9r\u00e9s de ce frein inhibiteur central, les corps cellulaires pr\u00e9ganglionnaires parasympathiques maintiennent une d\u00e9charge basale excessive dans les axones du nerf oculomoteur, contractant puissamment le sphincter irien de mani\u00e8re ininterrompue.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, caract\u00e9ristiques et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse d&rsquo;une pupille suspecte d&rsquo;ob\u00e9ir aux crit\u00e8res d&rsquo;Argyll Robertson exige la v\u00e9rification d&rsquo;un ensemble de crit\u00e8res s\u00e9miologiques strictement d\u00e9limit\u00e9s. Dans la pratique classique, on retient quatre composantes obligatoires et trois dimensions associ\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le myosis bilat\u00e9ral constant :<\/strong> Les deux pupilles pr\u00e9sentent un calibre diminu\u00e9 de fa\u00e7on permanente, mesurant le plus souvent entre 1,5 et 2,5 mm de diam\u00e8tre, sans dilatation adaptative lors du passage \u00e0 l&rsquo;obscurit\u00e9.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;abolition du r\u00e9flexe photomoteur :<\/strong> L&rsquo;exposition directe \u00e0 une source lumineuse focalis\u00e9e n&rsquo;entra\u00eene aucune r\u00e9ponse contractile de la pupille examin\u00e9e (r\u00e9flexe direct nul) ni de la pupille controlat\u00e9rale (r\u00e9flexe consensuel nul).<\/li>\n<li><strong>La conservation parfaite de la r\u00e9activit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;accommodation-convergence :<\/strong> Lorsque le sujet accommode sur une cible rapproch\u00e9e, la constriction pupillaire s&rsquo;effectue avec une vivacit\u00e9, une promptitude et une amplitude normales, voire exag\u00e9r\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9versibilit\u00e9 rapide lors du rel\u00e2chement :<\/strong> D\u00e8s que le regard retourne vers l&rsquo;infini, la pupille reprend spontan\u00e9ment son calibre myotique initial sans la lenteur tonique typique d&rsquo;autres atteintes neuropathiques.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;irr\u00e9gularit\u00e9 morphologique (dyscorie) :<\/strong> L&rsquo;orifice pupillaire n&rsquo;est pas parfaitement circulaire ; il montre souvent un contour ovalaire, cr\u00e9nel\u00e9 ou polygonal secondaire \u00e0 une atrophie sectorielle progressive du stroma irien.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;anisocorie mod\u00e9r\u00e9e :<\/strong> Bien que l&rsquo;atteinte soit bilat\u00e9rale, il existe fr\u00e9quemment une l\u00e9g\u00e8re diff\u00e9rence de diam\u00e8tre entre l&rsquo;\u0153il droit et l&rsquo;\u0153il gauche.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9sistance aux mydriatiques :<\/strong> L&rsquo;instillation d&rsquo;agents parasympatholytiques (atropine, tropicamide) ou sympathomim\u00e9tiques (ph\u00e9nyl\u00e9phrine) \u00e9choue \u00e0 provoquer une mydriase ample, t\u00e9moignant de modifications structurelles scl\u00e9reuses ou d&rsquo;un spasme myotique tenace.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux contextualiser la signification clinique de cette anomalie, deux observations arch\u00e9typiques mettent en lumi\u00e8re sa pr\u00e9sentation au sein de tableaux neuropsychiatriques et m\u00e9dicaux g\u00e9n\u00e9raux.<\/p>\n<p><strong>Observation 1 : Pr\u00e9sentation neuropsychiatrique classique d&rsquo;une paralysie g\u00e9n\u00e9rale.<\/strong><br \/>Un homme de 52 ans, sans ant\u00e9c\u00e9dents m\u00e9dicaux r\u00e9pertori\u00e9s, est conduit en consultation psychiatrique par sa famille en raison d&rsquo;alt\u00e9rations majeures de la personnalit\u00e9 \u00e9voluant depuis six mois. Le patient pr\u00e9sente un \u00e9tat d&rsquo;excitation psychomotrice, des d\u00e9penses inconsid\u00e9r\u00e9es, un discours logorrh\u00e9ique ponctu\u00e9 d&rsquo;id\u00e9es d\u00e9lirantes m\u00e9galomanes (affirmant \u00eatre en relation directe avec les chefs d&rsquo;\u00c9tat pour r\u00e9organiser le syst\u00e8me financier mondial) et des troubles cognitifs insidieux touchant la m\u00e9moire \u00e9pisodique et l&rsquo;attention. L&rsquo;examen neurologique initial met en \u00e9vidence un tremblement fin p\u00e9ribuccal et lingual (\u00ab signe du trombone \u00bb) ainsi qu&rsquo;une dysarthrie p\u00e2teuse. L&rsquo;examen ophtalmologique des pupilles sous \u00e9clairage ambiant r\u00e9v\u00e8le des orifices punctiformes (2 mm bilat\u00e9ralement), asym\u00e9triques et ovalis\u00e9s. Projet\u00e9 au faisceau lumineux direct, aucun r\u00e9tr\u00e9cissement n&rsquo;est per\u00e7u. En invitant le patient \u00e0 fixer son propre index amen\u00e9 \u00e0 dix centim\u00e8tres de ses yeux, les deux pupilles se contractent vigoureusement \u00e0 1 mm, puis reviennent \u00e0 2 mm au repos au loin. L&rsquo;identification d&rsquo;une pupille d&rsquo;Argyll Robertson oriente imm\u00e9diatement vers une \u00e9tiologie organique spiroch\u00e9to-induite : la s\u00e9rologie syphilitique (TPHA-VDRL) s&rsquo;av\u00e8re massivement positive dans le s\u00e9rum et le liquide c\u00e9r\u00e9brospinal, confirmant le diagnostic de neurosyphilis pithiatique parenchymateuse (paralysie g\u00e9n\u00e9rale).<\/p>\n<p><strong>Observation 2 : Forme fruste au cours d&rsquo;un tabes dorsalis m\u00e9connu.<\/strong><br \/>Une femme de 68 ans est adress\u00e9e pour exploration d&rsquo;une instabilit\u00e9 \u00e0 la marche et de douleurs fulgurantes paroxystiques dans les membres inf\u00e9rieurs, interpr\u00e9t\u00e9es initialement comme une sciatalgie r\u00e9currente. L&rsquo;examen statique montre un signe de Romberg positif avec perte de la sensibilit\u00e9 proprioceptive vibratoire et arthrokin\u00e9tique. L&rsquo;examen des yeux rel\u00e8ve un signe d&rsquo;Argyll Robertson complet avec dissociation photo-motrice bilat\u00e9rale et myosis sym\u00e9trique. L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique c\u00e9r\u00e9brale et m\u00e9dullaire ne montre pas de n\u00e9oplasie compressive mais une atrophie mod\u00e9r\u00e9e des cordons post\u00e9rieurs dorsolombaires. Le bilan biologique confirme une neurosyphilis ancienne m\u00e9connue avec s\u00e9rologie tr\u00e9pon\u00e9mique positive, permettant l&rsquo;instauration d&rsquo;un traitement intraveineux par benzylp\u00e9nicilline \u00e0 fortes doses qui stabilise le d\u00e9clin fonctionnel.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et examen clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;identification de la pupille d&rsquo;Argyll Robertson repose avant tout sur une m\u00e9thode s\u00e9miologique rigoureuse au lit du malade ou au cabinet de consultation. La d\u00e9marche diagnostique suit un protocole standardis\u00e9 en plusieurs \u00e9tapes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Conditionnement environnemental :<\/strong> L&rsquo;examen doit imp\u00e9rativement d\u00e9buter dans une pi\u00e8ce plong\u00e9e dans une semi-obscurit\u00e9 afin d&rsquo;observer la pupille dans des conditions favorisant physiologiquement la mydriase. L&rsquo;examinateur note la taille pupillaire initiale \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;une r\u00e9glette millim\u00e9tr\u00e9e ou d&rsquo;une \u00e9chelle pupillom\u00e9trique, ainsi que la r\u00e9gularit\u00e9 des contours.<\/li>\n<li><strong>Test du r\u00e9flexe photomoteur (lumi\u00e8re) :<\/strong> Le praticien dirige une source lumineuse ponctuelle et intense (lampe-stylo ou ophtalmoscope) successivement sur chaque \u0153il depuis le secteur temporal pour \u00e9viter une convergence involontaire. La r\u00e9ponse directe (\u0153il \u00e9clair\u00e9) et la r\u00e9ponse consensuelle (\u0153il oppos\u00e9 masqu\u00e9 par la main de l&rsquo;examinateur) sont minutieusement scrut\u00e9es. Dans le syndrome d&rsquo;Argyll Robertson, aucune \u00e9bauche de contraction ne doit \u00eatre objectivable.<\/li>\n<li><strong>Test de la vision rapproch\u00e9e (convergence-accommodation) :<\/strong> Le sujet regarde d&rsquo;abord au loin vers l&rsquo;angle sup\u00e9rieur de la pi\u00e8ce pour rel\u00e2cher l&rsquo;accommodation. Il lui est ensuite demand\u00e9 de commuter son regard de fa\u00e7on abrupte vers une mire de fixation (doigt de l&rsquo;examinateur ou pointe fine) plac\u00e9e \u00e0 une quinzaine de centim\u00e8tres devant la racine de son nez. Une contraction vive et synchronis\u00e9e des deux sphincters pupillaires valide la dissociation photo-motrice.<\/li>\n<li><strong>Pupillom\u00e9trie infrarouge dynamique :<\/strong> Dans les centres sp\u00e9cialis\u00e9s de neuro-ophtalmologie, l&rsquo;utilisation de cam\u00e9ras infrarouges permet un enregistrement graphique de haute pr\u00e9cision. Elle quantifie la v\u00e9locit\u00e9 de constriction, la latence de r\u00e9ponse et confirme l&rsquo;absence absolue de mouvement lors de la stimulation lumineuse br\u00e8ve calibr\u00e9e, objectivant des anomalies infracliniques impossibles \u00e0 d\u00e9celer \u00e0 l&rsquo;\u0153il nu.<\/li>\n<li><strong>Examens paracliniques compl\u00e9mentaires :<\/strong> Toute identification clinique impose la r\u00e9alisation urgente d&rsquo;un faisceau d&rsquo;investigations : s\u00e9rologies tr\u00e9pon\u00e9miques compl\u00e8tes (test d&rsquo;agglutination passive <em>Treponema pallidum<\/em> &#8211; TPHA, et <em>Venereal Disease Research Laboratory<\/em> &#8211; VDRL), ponction lombaire pour analyse cytologique, prot\u00e9ique et immunologique du liquide c\u00e9r\u00e9brospinal, ainsi qu&rsquo;une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique\">imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique<\/a> (IRM) enc\u00e9phalique haute r\u00e9solution centr\u00e9e sur le m\u00e9senc\u00e9phale, le toit tectal et la commissure post\u00e9rieure afin d&rsquo;exclure un processus expansif non infectieux.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique en neuropsychiatrie<\/h3>\n<p>Bien que la pupille d&rsquo;Argyll Robertson appartienne formellement au champ de la neuro-ophtalmologie, sa pertinence dans la clinique psychiatrique contemporaine demeure consid\u00e9rable. Les psychiatres sont r\u00e9guli\u00e8rement confront\u00e9s \u00e0 des tableaux atypiques associant d\u00e9clin cognitif progressif, changements d&rsquo;humeur marqu\u00e9s, hallucinations multimodales ou syndromes d\u00e9lirants r\u00e9fractaires aux antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration.<\/p>\n<p>Dans cette perspective diagnostique, l&rsquo;inspection m\u00e9thodique des yeux constitue une proc\u00e9dure d&rsquo;orientation essentielle. La mise en \u00e9vidence d&rsquo;une dissociation photo-motrice chez un adulte d&rsquo;\u00e2ge moyen pr\u00e9sentant un tableau d&rsquo;allure maniaque, une d\u00e9mence pr\u00e9s\u00e9nile ou un trouble psychotique inaugure un virage \u00e9tiologique radical : elle permet de soustraire le patient \u00e0 un \u00e9tiquetage d&rsquo;affection psychiatrique primaire (trouble bipolaire, schizophr\u00e9nie tardive) pour engager une prise en charge \u00e9tiologique urgente d&rsquo;enc\u00e9phalite syphilitique ou de l\u00e9sion organique du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>En outre, la pr\u00e9sence d&rsquo;une pupille d&rsquo;Argyll Robertson chez des patients s\u00e9ropositifs pour le VIH constitue un signal d&rsquo;alerte majeur. Le terrain d&rsquo;immunosuppression cellulaire alt\u00e8re l&rsquo;histoire naturelle de la syphilis, favorisant un passage acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et pr\u00e9coce vers des formes tertiaires agressives et r\u00e9cidivantes. La d\u00e9tection du signe guide imm\u00e9diatement le clinicien vers une neurosyphilis florissante requ\u00e9rant une antibioth\u00e9rapie cibl\u00e9e par voie parent\u00e9rale, \u00e9vitant la survenue de destructions c\u00e9r\u00e9brales irr\u00e9versibles.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations contemporaines consacr\u00e9es au signe d&rsquo;Argyll Robertson s&rsquo;articulent principalement autour de la neuro-imagerie fonctionnelle et structurelle ainsi que de la caract\u00e9risation pharmacodynamique du sphincter irien. L&rsquo;apport fondamental de la pupillom\u00e9trie num\u00e9rique a permis de d\u00e9montrer que bon nombre de pupilles autrefois class\u00e9es empiriquement comme des \u00ab pupilles d&rsquo;Argyll Robertson incompl\u00e8tes \u00bb correspondaient en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 des dysfonctionnements pupillaires diff\u00e9rents, tels que des pupilles toniques d&rsquo;Adie bilat\u00e9rales ou des atteintes neuropathiques autonomes p\u00e9riph\u00e9riques.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropathologique, les \u00e9tudes de corr\u00e9lation anatomo-clinique men\u00e9es sur des s\u00e9ries autopsiques historiques et corrobor\u00e9es par les s\u00e9quences IRM contemporaines \u00e0 tr\u00e8s haut champ (7 Tesla) confirment l&rsquo;implication pr\u00e9dominante des l\u00e9sions destructives du tegmentum m\u00e9senc\u00e9phalique p\u00e9riaqueducal rostral. Ces travaux ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les micro-gommes syphilitiques, les vascularites oblit\u00e9rantes focales (endart\u00e9rite de Heubner) ou les glioses p\u00e9riductales isolent pr\u00e9cis\u00e9ment les fibres aff\u00e9rentes issues des noyaux pr\u00e9tectaux avant leur d\u00e9cussation commissurale post\u00e9rieure.<\/p>\n<p>Par ailleurs, des travaux \u00e9pid\u00e9miologiques longitudinaux conduits par des centres de r\u00e9f\u00e9rence des maladies infectieuses d\u00e9montrent que m\u00eame apr\u00e8s une \u00e9radication microbiologique totale du tr\u00e9pon\u00e8me attest\u00e9e par la n\u00e9gativation du VDRL dans le liquide c\u00e9phalorachidien et la normalisation de la cellularit\u00e9, la pupille d&rsquo;Argyll Robertson ne r\u00e9gresse quasiment jamais. Elle constitue une s\u00e9quelle cicatricielle structurelle permanente du parenchyme nerveux m\u00e9senc\u00e9phalique, conservant ainsi sa valeur de cicatrice neuropathologique ind\u00e9l\u00e9bile.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et historiques<\/h3>\n<p>Au-del\u00e0 de son statut biom\u00e9dical, la pupille d&rsquo;Argyll Robertson occupe une place singuli\u00e8re dans l&rsquo;imaginaire m\u00e9dical et litt\u00e9raire de la fin du XIXe et du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle. \u00c0 cette \u00e9poque, la syphilis repr\u00e9sentait un fl\u00e9au sanitaire majeur, une pathologie honteuse entour\u00e9e d&rsquo;un lourd tabou moral et religieux, assimil\u00e9e au p\u00e9ch\u00e9 de chair et \u00e0 la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence morale de la soci\u00e9t\u00e9 urbaine industrialis\u00e9e.<\/p>\n<p>Le diagnostic de neurosyphilis valait alors condamnation sociale et m\u00e9dicale : il annon\u00e7ait une d\u00e9ch\u00e9ance physique et mentale in\u00e9luctable menant \u00e0 l&rsquo;asile d&rsquo;ali\u00e9n\u00e9s. Dans les cercles cliniques de l&rsquo;\u00e9poque victorienne et de la Belle \u00c9poque, savoir traquer le \u00ab signe d&rsquo;Argyll \u00bb \u00e9tait \u00e9rig\u00e9 au rang de summum de la virtuosit\u00e9 diagnostique du clinicien ali\u00e9niste. Le m\u00e9decin qui d\u00e9couvrait la dissociation photo-motrice pouvait pr\u00e9dire avec une certitude quasi proph\u00e9tique l&rsquo;effondrement intellectuel \u00e0 venir chez des personnalit\u00e9s publiques, des intellectuels ou des artistes qui semblaient encore ne manifester que de simples excentricit\u00e9s de comportement.<\/p>\n<p>Ce signe a ainsi p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 la culture litt\u00e9raire de l&rsquo;\u00e9poque. De nombreux \u00e9crivains et dramaturges ayant c\u00f4toy\u00e9 les asiles et la boh\u00e8me artistique ont transpos\u00e9 dans leurs r\u00e9cits les stigmates de la \u00ab maladie du si\u00e8cle \u00bb, d\u00e9crivant ces regards \u00e9tranges, aux pupilles minuscules et immobiles face au soleil, pr\u00e9figurant la folie syphilitique qui emporta des figures telles que Guy de Maupassant, Charles Baudelaire, Friedrich Nietzsche ou Alphonse Daudet.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>La principale controverse entourant la pupille d&rsquo;Argyll Robertson concerne sa sp\u00e9cificit\u00e9 nosologique. Pendant des d\u00e9cennies, l&rsquo;aphorisme m\u00e9dical enseignait qu&rsquo;une pupille d&rsquo;Argyll Robertson \u00e9quivalait \u00e0 une neurosyphilis jusqu&rsquo;\u00e0 preuve du contraire. Si cette maxime conserve une immense utilit\u00e9 probabiliste dans la pratique quotidienne, l&rsquo;av\u00e8nement de techniques diagnostiques avanc\u00e9es a montr\u00e9 qu&rsquo;un tableau s\u00e9miologique rigoureusement identique pouvait survenir dans d&rsquo;autres contextes pathologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La neuropathie autonome diab\u00e9tique avanc\u00e9e :<\/strong> Les alt\u00e9rations microvasculaires et la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence axonale des fibres autonomes peuvent engendrer un tableau de dissociation photo-motrice avec myosis, mimant fid\u00e8lement le signe classique.<\/li>\n<li><strong>La scl\u00e9rose en plaques :<\/strong> Des plaques de d\u00e9my\u00e9linisation inflammatoire si\u00e9geant \u00e9lectivement dans la r\u00e9gion p\u00e9riaqueducale du m\u00e9senc\u00e9phale dorsal peuvent reproduire l&rsquo;atteinte pr\u00e9tectale avec abolition isol\u00e9e du r\u00e9flexe photomoteur.<\/li>\n<li><strong>La sarco\u00efdose et les enc\u00e9phalites infiltratives :<\/strong> Les granulomes sarco\u00efdosiques ou des infiltrations lymphomateuses du tronc c\u00e9r\u00e9bral sont susceptibles de produire un syndrome d&rsquo;Argyll Robertson unilat\u00e9ral ou asym\u00e9trique \u00e0 un stade initial.<\/li>\n<li><strong>La borr\u00e9liose de Lyme (neuroborr\u00e9liose) :<\/strong> Autre spiroch\u00e9tose neurotrope, l&rsquo;infection diss\u00e9min\u00e9e \u00e0 <em>Borrelia burgdorferi<\/em> a \u00e9t\u00e9 occasionnellement associ\u00e9e \u00e0 des anomalies pupillaires superposables \u00e0 celles du tr\u00e9pon\u00e8me.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Une autre limite r\u00e9side dans la confusion fr\u00e9quente avec le syndrome de la pupille tonique d&rsquo;Adie bilat\u00e9rale ou le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_de_Parinaud\">syndrome de Parinaud<\/a> (syndrome tectal ou m\u00e9senc\u00e9phalique dorsal cons\u00e9cutif \u00e0 une tumeur pin\u00e9ale). De nombreux cliniciens peu entra\u00een\u00e9s posent abusivement le diagnostic de signe d&rsquo;Argyll Robertson devant toute dissociation photo-motrice, sans v\u00e9rifier la pr\u00e9sence obligatoire d&rsquo;un myosis franc et l&rsquo;absence de composante myotonique prolong\u00e9e, conduisant \u00e0 des errances diagnostiques et des explorations biologiques inutiles.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions nosologiques<\/h3>\n<p>Pour assurer une s\u00e9miologie irr\u00e9prochable, il est indispensable de confronter la pupille d&rsquo;Argyll Robertson aux entit\u00e9s cliniques apparent\u00e9es qui partagent certaines de ses anomalies motrices :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Pupille tonique d&rsquo;Adie (Syndrome de Holmes-Adie) :<\/strong> Contrairement \u00e0 la pupille d&rsquo;Argyll Robertson, la pupille d&rsquo;Adie est classiquement unilat\u00e9rale \u00e0 son d\u00e9but (bien qu&rsquo;elle puisse devenir bilat\u00e9rale au fil des ans), <em>mydriatique<\/em> (pupille dilat\u00e9e et non myotique), et sa contraction lors de l&rsquo;accommodation est extraordinairement lente et tonique, tout comme sa redilatation cons\u00e9cutive. Elle s&rsquo;accompagne d&rsquo;une paralysie segmentaire du sphincter irien visible \u00e0 la lampe \u00e0 fente et d&rsquo;une hypersensibilit\u00e9 pharmacologique de d\u00e9nervation \u00e0 la pilocarpine tr\u00e8s dilu\u00e9e (0,1 %).<\/li>\n<li><strong>Syndrome de Parinaud :<\/strong> Provoqu\u00e9 par une compression du m\u00e9senc\u00e9phale dorsal (souvent un pin\u00e9alome ou un accident vasculaire), il pr\u00e9sente \u00e9galement une dissociation photo-motrice, mais les pupilles sont le plus souvent de calibre normal ou dilat\u00e9 (mydriase moyenne), associ\u00e9es \u00e0 une paralysie de la verticalit\u00e9 du regard (paralysie vers le haut), un nystagmus r\u00e9tractile \u00e0 la convergence et une r\u00e9traction palp\u00e9brale bilat\u00e9rale (signe de Collier).<\/li>\n<li><strong>Syndrome de Claude Bernard-Horner :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9 par un myosis unilat\u00e9ral avec ptosis mod\u00e9r\u00e9 et anhidrose h\u00e9mi-faciale cons\u00e9cutif \u00e0 une l\u00e9sion de la voie sympathique oculosympathique. Toutefois, dans le syndrome de Claude Bernard-Horner, le r\u00e9flexe photomoteur \u00e0 la lumi\u00e8re est parfaitement intact et conserv\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Myosis pharmacologique :<\/strong> L&rsquo;exposition ou l&rsquo;usage chronique de collyres parasympathomim\u00e9tiques (pilocarpine) ou d&rsquo;opiac\u00e9s par voie syst\u00e9mique entra\u00eene un myosis serr\u00e9 bilat\u00e9ral, mais l&rsquo;inhibition motrice affecte aussi bien la convergence que la r\u00e9action \u00e0 la lumi\u00e8re.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La pupille d&rsquo;Argyll Robertson demeure un mod\u00e8le de rigueur s\u00e9miologique en neurologie et en neuropsychiatrie. Les points cardinaux \u00e0 retenir sont les suivants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Signature clinique :<\/strong> Association rigoureuse d&rsquo;un myosis bilat\u00e9ral souvent irr\u00e9gulier, d&rsquo;une absence compl\u00e8te de r\u00e9action r\u00e9flexe \u00e0 la lumi\u00e8re et d&rsquo;une conservation intacte et vive de la constriction lors de la convergence-accommodation (dissociation photo-motrice).<\/li>\n<li><strong>Si\u00e8ge anatomique :<\/strong> L\u00e9sion focale pr\u00e9tectale si\u00e9geant dans le tegmentum m\u00e9senc\u00e9phalique dorsal, interrompant les fibres intercalaires reliant les noyaux pr\u00e9tectaux aux noyaux visc\u00e9ro-moteurs d&rsquo;Edinger-Westphal, tout en \u00e9pargnant les voies ventrales de la vision de pr\u00e8s.<\/li>\n<li><strong>\u00c9tiologie dominante :<\/strong> Marqueur clinique majeur des formes parenchymateuses tertiaires de la syphilis, incluant le tabes dorsalis et la d\u00e9mence paralytique (paralysie g\u00e9n\u00e9rale).<\/li>\n<li><strong>Diagnostic diff\u00e9rentiel essentiel :<\/strong> Distinction d&rsquo;avec la pupille d&rsquo;Adie (qui est mydriatique, tonique et d&rsquo;origine post-ganglionnaire) et le syndrome de Parinaud (associ\u00e9 \u00e0 des paralysies de la verticalit\u00e9 du regard et sans myosis).<\/li>\n<li><strong>Valeur s\u00e9miologique moderne :<\/strong> Bien que devenue rare gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;antibioth\u00e9rapie par p\u00e9nicilline, sa d\u00e9couverte contemporaine justifie imm\u00e9diatement une enqu\u00eate s\u00e9rologique compl\u00e8te et un bilan m\u00e9ningo-enc\u00e9phalique d&rsquo;urgence, particuli\u00e8rement chez l&rsquo;adulte jeune ou le sujet immunod\u00e9prim\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Argyll Robertson, D. (1869). Four cases of spinal miosis: with remarks on the action of light on the pupil. <em>Edinburgh Medical Journal<\/em>, 15(6), 487\u2013493.<\/li>\n<li>Loewenfeld, I. E. (1969). The Argyll Robertson pupil, 1869\u20131969: A critical survey of the literature. <em>Survey of Ophthalmology<\/em>, 14(3), 199\u2013299.<\/li>\n<li>Pearce, J. M. (2004). The Argyll Robertson pupil. <em>Journal of Neurology, Neurosurgery, and Psychiatry<\/em>, 75(9), 1345. https:\/\/doi.org\/10.1136\/jnnp.2003.014225<\/li>\n<li>Thompson, H. S., &#038; Kardon, R. H. (2006). The Argyll Robertson pupil. <em>Journal of Neuro-Ophthalmology<\/em>, 26(2), 134\u2013138. https:\/\/doi.org\/10.1097\/01.wno.0000222971.09786.b5<\/li>\n<li>Wilhelm, H. (2007). Disorders of the pupil. <em>Handbook of Clinical Neurology<\/em>, 102, 427\u2013466. https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0072-9752(11)02018-8<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La pupille d&rsquo;Argyll Robertson est un signe neuro-ophtalmologique classique associant un myosis bilat\u00e9ral, une abolition du r\u00e9flexe photomoteur et une pr\u00e9servation de la convergence-accommodation, typique de la neurosyphilis.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1045,14286,34668],"tags":[34669,34670,34671,34672,34673,34674],"class_list":["post-20845","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie","category-neuropsychiatrie","category-ophtalmologie-clinique","tag-argyll-robertson","tag-dissociation-photomotrice","tag-neurosyphilis","tag-pupille","tag-reflexe-pupillaire","tag-tabes-dorsalis"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20845","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20845\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20845"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20845"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20845"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}