{"id":20836,"date":"2026-10-24T16:18:33","date_gmt":"2026-10-24T16:18:33","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=areflexie-neurologie-definition-causes"},"modified":"2026-10-24T16:18:33","modified_gmt":"2026-10-24T16:18:33","slug":"areflexie-neurologie-definition-causes","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=areflexie-neurologie-definition-causes","title":{"rendered":"Ar\u00e9flexie : Quand le r\u00e9flexe s&rsquo;\u00e9teint"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 sensorimotrice d&rsquo;un individu constitue le socle fondamental sur lequel reposent l&rsquo;adaptation motrice, la r\u00e9gulation posturale et la r\u00e9activit\u00e9 au milieu environnant. Lorsqu&rsquo;un praticien percute un tendon \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un marteau \u00e0 r\u00e9flexes et qu&rsquo;aucune r\u00e9ponse m\u00e9canique ne se manifeste, ce silence neurologique constitue un signal d&rsquo;alarme clinique majeur nomm\u00e9 ar\u00e9flexie. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, loin d&rsquo;\u00eatre un simple d\u00e9faut m\u00e9canique localis\u00e9, traduit une rupture fonctionnelle ou structurelle dans la communication synaptique le long des voies neuronales aff\u00e9rentes, centrales ou eff\u00e9rentes.<\/p>\n<h2>Ar\u00e9flexie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;ar\u00e9flexie d\u00e9signe l&rsquo;absence compl\u00e8te et reproductible d&rsquo;un ou de plusieurs r\u00e9flexes, qu&rsquo;ils soient d&rsquo;origine ost\u00e9otendineuse, cutan\u00e9o-muqueuse ou v\u00e9g\u00e9tative, lors de l&rsquo;application d&rsquo;une stimulation appropri\u00e9e. Sur le plan s\u00e9miologique, elle correspond au degr\u00e9 z\u00e9ro de l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;\u00e9valuation de la r\u00e9activit\u00e9 r\u00e9flexe, t\u00e9moignant de l&rsquo;interruption anatomique ou fonctionnelle de la boucle sensorimotrice.<\/p>\n<p>Dans le champ de la neurologie et de la neuropsychologie clinique, l&rsquo;ar\u00e9flexie repr\u00e9sente un marqueur cardinal d&rsquo;atteinte du syst\u00e8me nerveux p\u00e9riph\u00e9rique, affectant principalement le motoneurone inf\u00e9rieur, les fibres sensitives aff\u00e9rentes ou les gaines de my\u00e9line environnantes. Elle peut \u00e9galement s&rsquo;observer de mani\u00e8re aigu\u00eb lors d&rsquo;une sid\u00e9ration centrale, comme dans le cadre d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Choc_spinal\">choc spinal<\/a> cons\u00e9cutif \u00e0 un traumatisme m\u00e9dullaire s\u00e9v\u00e8re. Sa pr\u00e9sence impose une d\u00e9marche diagnostique m\u00e9thodique afin de diff\u00e9rencier une neuropathie d\u00e9my\u00e9linisante d&rsquo;une radiculopathie compressive ou d&rsquo;un trouble fonctionnel complexe.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 du simple cadre moteur, l&rsquo;ar\u00e9flexie affecte les dimensions proprioceptives du patient, alt\u00e9rant son sch\u00e9ma corporel, sa r\u00e9gulation posturale et son sentiment implicite d&rsquo;efficacit\u00e9 corporelle. Cette d\u00e9saff\u00e9rentation sensorielle peut induire des perturbations psychologiques notables, incluant de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;instabilit\u00e9 motrice, des \u00e9tats de d\u00e9personnalisation somatopsychique ou une r\u00e9organisation cognitive de la perception de l&rsquo;espace p\u00e9ripersonnel.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le mot \u00ab ar\u00e9flexie \u00bb est un n\u00e9ologisme m\u00e9dical forg\u00e9 au XIXe si\u00e8cle par l&rsquo;adjonction du pr\u00e9fixe privatif grec <em>a-<\/em> (\u1f00-), signifiant \u00ab absence \u00bb ou \u00ab privation \u00bb, et du substantif \u00ab r\u00e9flexe \u00bb, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 du participe pass\u00e9 latin <em>reflexus<\/em>, issu du verbe <em>reflectere<\/em> signifiant \u00ab courber en arri\u00e8re \u00bb, \u00ab d\u00e9tourner \u00bb ou \u00ab faire revenir sur ses pas \u00bb.<\/p>\n<p>La racine latine <em>flectere<\/em> (fl\u00e9chir, plier) \u00e9voque m\u00e9taphoriquement l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;un faisceau lumineux ou d&rsquo;une onde \u00e9nerg\u00e9tique qui frappe une surface et revient spontan\u00e9ment vers son point d&rsquo;origine sans l&rsquo;intervention de la volont\u00e9 d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e. En neurophysiologie, ce concept d&rsquo;influx r\u00e9fl\u00e9chi a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9 pour d\u00e9signer le trajet circulaire emprunt\u00e9 par l&rsquo;excitation sensitive qui, parvenue au centre nerveux m\u00e9dullaire, se \u00ab r\u00e9fl\u00e9chit \u00bb instantan\u00e9ment sous la forme d&rsquo;un ordre moteur eff\u00e9rent. L&rsquo;adjonction de l&rsquo;alpha privatif d\u00e9note ainsi litt\u00e9ralement l&rsquo;impossibilit\u00e9 pour l&rsquo;onde sensorielle d&rsquo;engendrer ce retour moteur involontaire.<\/p>\n<p>Le terme a \u00e9t\u00e9 int\u00e9gr\u00e9 de mani\u00e8re p\u00e9renne dans le lexique m\u00e9dical fran\u00e7ais au cours de la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, \u00e0 mesure que les travaux de Jean-Martin Charcot et de ses contemporains europ\u00e9ens syst\u00e9matisaient l&rsquo;examen s\u00e9miologique du syst\u00e8me nerveux. Il a ensuite \u00e9t\u00e9 adopt\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale sous des formes apparent\u00e9es (<em>areflexia<\/em> en anglais, <em>arreflexia<\/em> en espagnol et portugais, <em>Areflexie<\/em> en allemand).<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le mot se prononce \/a.\u0281e.fl\u025bk.si\/ en fran\u00e7ais standard. Sa transcription orthographique ne comporte pas de variation complexe, bien qu&rsquo;il convienne de veiller au respect des accents aigus sur le premier et le second \u00ab e \u00bb pour maintenir la clart\u00e9 articulatoire.<\/p>\n<p>Du point de vue grammatical, \u00ab ar\u00e9flexie \u00bb est un substantif f\u00e9minin singulier qui admet une forme plurielle (\u00ab ar\u00e9flexies \u00bb) lorsqu&rsquo;il est employ\u00e9 pour d\u00e9signer diff\u00e9rentes manifestations ou typologies du trouble (par exemple, \u00ab les ar\u00e9flexies ost\u00e9otendineuses g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es \u00bb). L&rsquo;adjectif d\u00e9riv\u00e9 est \u00ab ar\u00e9flexique \u00bb (\/a.\u0281e.fl\u025bk.sik\/), qualifiant un patient, un membre ou un syst\u00e8me physiologique d\u00e9pourvu de r\u00e9flexes (comme dans \u00ab un \u00e9tat ar\u00e9flexique transitoire \u00bb ou \u00ab une vessie ar\u00e9flexique \u00bb).<\/p>\n<p>Dans le discours clinique et la r\u00e9daction des observations m\u00e9dicales, le terme s&rsquo;associe couramment \u00e0 des syntagmes qualificatifs pr\u00e9cisant son \u00e9tendue anatomique ou sa nature : on parle ainsi d&rsquo;\u00ab ar\u00e9flexie tendineuse \u00bb, d&rsquo;\u00ab ar\u00e9flexie myotatique \u00bb, d&rsquo;\u00ab ar\u00e9flexie ost\u00e9otendineuse \u00bb (souvent abr\u00e9g\u00e9e en ROT abolis), d&rsquo;\u00ab ar\u00e9flexie pupillaire \u00bb ou encore d&rsquo;\u00ab ar\u00e9flexie autonome \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour comprendre la survenue de l&rsquo;ar\u00e9flexie, il est indispensable de d\u00e9composer la structure neuro-anatomique de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Arc_r%C3%A9flexe\">arc r\u00e9flexe<\/a> monosynaptique ou polysynaptique \u00e9l\u00e9mentaire. Un r\u00e9flexe myotatique simple exige la continuit\u00e9 fonctionnelle de cinq \u00e9l\u00e9ments s\u00e9quentiels indissociables : un r\u00e9cepteur sensoriel intramusculaire (le fuseau neuromusculaire sensible \u00e0 l&rsquo;\u00e9tirement), une fibre nerveuse aff\u00e9rente my\u00e9linis\u00e9e (les fibres de type Ia et II), un centre d&rsquo;int\u00e9gration synaptique au sein de la substance grise de la moelle \u00e9pini\u00e8re, une voie eff\u00e9rente motrice compos\u00e9e de l&rsquo;axone du motoneurone alpha, et enfin un effecteur tissulaire, la jonction neuromusculaire et la fibre musculaire squelettique.<\/p>\n<p>Une d\u00e9faillance localis\u00e9e au niveau de l&rsquo;un quelconque de ces maillons suffit \u00e0 abolir compl\u00e8tement la r\u00e9ponse motrice attendue. Si le stimulus m\u00e9canique provoqu\u00e9 par la percussion tendineuse \u00e9tire brusquement le muscle, mais que les potentiels d&rsquo;action aff\u00e9rents sont bloqu\u00e9s par une d\u00e9my\u00e9linisation p\u00e9riph\u00e9rique ou une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence axonale, le centre m\u00e9dullaire ne re\u00e7oit aucune information. R\u00e9ciproquement, si le motoneurone alpha est n\u00e9cros\u00e9 (comme dans la poliomy\u00e9lite ant\u00e9rieure aigu\u00eb ou l&rsquo;amyotrophie spinale), ou si l&rsquo;axone moteur est sectionn\u00e9 ou s\u00e9v\u00e8rement comprim\u00e9, le signal de contraction ne parvient jamais \u00e0 l&rsquo;effecteur, r\u00e9sultant en une ar\u00e9flexie distale ou segmentaire.<\/p>\n<p>L&rsquo;ar\u00e9flexie ne doit pas \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e uniquement comme un ph\u00e9nom\u00e8ne p\u00e9riph\u00e9rique. Dans des circonstances neurologiques aigu\u00ebs, une l\u00e9sion centrale brutale survenant au niveau du faisceau pyramidal ou du tronc c\u00e9r\u00e9bral peut d\u00e9clencher une phase de sid\u00e9ration synaptique temporaire. Bien que l&rsquo;arc r\u00e9flexe m\u00e9dullaire demeure morphologiquement intact au niveau sous-l\u00e9sionnel, la perte soudaine des influences toniques descendantes (notamment r\u00e9ticulospinales et vestibulospinales) plonge les motoneurones m\u00e9dullaires dans un \u00e9tat d&rsquo;hyperpolarisation r\u00e9fractaire. Durant cet intervalle, aucun r\u00e9flexe ne peut \u00eatre \u00e9voqu\u00e9, simulant fid\u00e8lement une atteinte du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_nerveux_p%C3%A9riph%C3%A9rique\">syst\u00e8me nerveux p\u00e9riph\u00e9rique<\/a>.<\/p>\n<p>La fronti\u00e8re de l&rsquo;ar\u00e9flexie s&rsquo;\u00e9tend \u00e9galement aux fonctions neurov\u00e9g\u00e9tatives et autonomes. L&rsquo;ar\u00e9flexie pupillaire \u00e0 la lumi\u00e8re (absence de constriction pupillaire lors d&rsquo;une stimulation lumineuse directe ou consensuelle), l&rsquo;ar\u00e9flexie baror\u00e9flexe (incapacit\u00e9 \u00e0 moduler la fr\u00e9quence cardiaque face aux variations de la pression art\u00e9rielle) et l&rsquo;ar\u00e9flexie v\u00e9sicale (d\u00e9faut de contraction d\u00e9trusorienne en r\u00e9ponse au remplissage v\u00e9sical) constituent des d\u00e9clinaisons visc\u00e9rales de ce m\u00eame principe de rupture synaptique, engageant directement le pronostic vital ou la qualit\u00e9 de vie globale des individus.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de l&rsquo;ar\u00e9flexie s&rsquo;inscrit au c\u0153ur m\u00eame de la naissance de la s\u00e9miologie neurologique moderne au cours du dernier quart du XIXe si\u00e8cle. Jusqu&rsquo;aux ann\u00e9es 1870, l&rsquo;investigation clinique des secousses musculaires provoqu\u00e9es par la percussion m\u00e9canique \u00e9tait largement empirique et controvers\u00e9e. La rupture conceptuelle s&rsquo;op\u00e8re en 1875 gr\u00e2ce aux publications simultan\u00e9es et ind\u00e9pendantes de deux neurologues germanophones de premier plan : Wilhelm Heinrich Erb \u00e0 Heidelberg et Carl Friedrich Otto Westphal \u00e0 Berlin.<\/p>\n<p>Westphal d\u00e9crit le ph\u00e9nom\u00e8ne sous le terme d&rsquo;\u00ab arr\u00eat du r\u00e9flexe rotulien \u00bb et observe sa disparition syst\u00e9matique chez les patients atteints de tab\u00e8s dorsal, une forme tertiaire de neurosyphilis caract\u00e9ris\u00e9e par la scl\u00e9rose des cordons post\u00e9rieurs de la moelle \u00e9pini\u00e8re. Erb, quant \u00e0 lui, d\u00e9montre la nature r\u00e9flexe de la contraction du quadriceps lors de la percussion du tendon rotulien. L&rsquo;absence du r\u00e9flexe rotulien chez le patient tab\u00e9tique, immortalis\u00e9e sous le nom de \u00ab signe de Westphal \u00bb, devient le premier mod\u00e8le clinique et pathologique d&rsquo;ar\u00e9flexie rigoureusement document\u00e9, liant sans ambigu\u00eft\u00e9 une anomalie s\u00e9miologique \u00e0 une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence histologique des voies radiculaires post\u00e9rieures.<\/p>\n<p>\u00c0 Paris, Jean-Martin Charcot et ses \u00e9l\u00e8ves de l&rsquo;\u00e9cole de la Salp\u00eatri\u00e8re int\u00e8grent imm\u00e9diatement la recherche des r\u00e9flexes tendineux dans leur m\u00e9thode anatomo-clinique. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, Joseph Babinski apporte une contribution d\u00e9cisive en distinguant l&rsquo;abolition des r\u00e9flexes cutan\u00e9s plantaires de l&rsquo;inversion de la r\u00e9ponse motrice (le c\u00e9l\u00e8bre signe de Babinski), permettant ainsi d&rsquo;opposer de mani\u00e8re m\u00e9thodique les syndromes d&rsquo;interruption p\u00e9riph\u00e9rique (caract\u00e9ris\u00e9s par l&rsquo;hypotonie et l&rsquo;ar\u00e9flexie) aux syndromes pyramidaux chroniques (domin\u00e9s par la spasticit\u00e9 et l&rsquo;hyperr\u00e9flexie).<\/p>\n<p>En 1916, Georges Guillain, Jean Alexandre Barr\u00e9 et Andr\u00e9 Strohl publient leur description princeps de la polyradiculon\u00e9vrite aigu\u00eb d\u00e9my\u00e9linisante. Ils identifient la triade caract\u00e9ristique associant une paralysie flasque ascendante, une dissociation albumino-cytologique dans le liquide c\u00e9r\u00e9brospinal et une ar\u00e9flexie ost\u00e9otendineuse pr\u00e9coce et g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e. D\u00e8s lors, le concept d&rsquo;ar\u00e9flexie quitte le cadre exclusif des affections d\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives chroniques pour s&rsquo;imposer comme le crit\u00e8re diagnostique d&rsquo;urgence de multiples neuropathies inflammatoires aigu\u00ebs.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurophysiologiques<\/h3>\n<p>Sur le plan \u00e9lectrophysiologique et biophysique, l&rsquo;ar\u00e9flexie traduit l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;acheminer un potentiel d&rsquo;action le long du circuit myotatique jusqu&rsquo;\u00e0 la production du potentiel d&rsquo;action musculaire compos\u00e9 (PAMC). Dans le cadre d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9flexe_ost%C3%A9otendineux\">r\u00e9flexe ost\u00e9otendineux<\/a> normal, la mise en tension brusque du faisceau de collag\u00e8ne intramusculaire \u00e9tire les terminaisons annulo-spiral\u00e9es entourant les fibres intrafusales, ce qui d\u00e9clenche l&rsquo;ouverture m\u00e9canique de canaux ioniques chimiosensibles et m\u00e9canosensibles (notamment les canaux Piezo2).<\/p>\n<p>Cette d\u00e9polarisation g\u00e9n\u00e8re une salve de potentiels d&rsquo;action circulant \u00e0 grande vitesse (entre 70 et 120 m\u00e8tres par seconde) le long des axones my\u00e9linis\u00e9s \u00e9pais de type Ia. Ces aff\u00e9rences p\u00e9n\u00e8trent par les racines post\u00e9rieures de la moelle \u00e9pini\u00e8re et \u00e9tablissent une synapse excitatrice glutamatergique directe avec les motoneurones alpha situ\u00e9s dans la corne ventrale. L&rsquo;activation des r\u00e9cepteurs AMPA et NMDA postsynaptiques d\u00e9clenche un potentiel postsynaptique excitateur (PPSE) qui, s&rsquo;il franchit le seuil critique, induit la d\u00e9charge du motoneurone et la lib\u00e9ration d&rsquo;ac\u00e9tylcholine au niveau de la jonction motrice terminale.<\/p>\n<p>L&rsquo;ar\u00e9flexie intervient lorsque ce flux est interrompu par des m\u00e9canismes distincts :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La conduction bloqu\u00e9e par d\u00e9my\u00e9linisation :<\/strong> La perte focale de gaine de my\u00e9line expose les canaux potassiques internodaux et disperse le courant capacitif local, emp\u00eachant la propagation saltatoire de l&rsquo;influx. M\u00eame si l&rsquo;axone demeure continu, la synchronisation temporelle requise pour exciter le motoneurone est perdue.<\/li>\n<li><strong>La rupture ou la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence axonale :<\/strong> L&rsquo;interruption physique des axones aff\u00e9rents ou eff\u00e9rents emp\u00eache toute propagation vectorielle, provoquant une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence wall\u00e9rienne en aval de la l\u00e9sion et supprimant tout enregistrement \u00e9lectromyographique de r\u00e9flexe de type H (r\u00e9flexe d&rsquo;Hoffmann).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;inhibition pr\u00e9synaptique ou postsynaptique pathologique :<\/strong> L&rsquo;accumulation d&rsquo;acides amin\u00e9s inhibiteurs (comme le GABA et la glycine) ou la perte d&rsquo;influences facilitatrices s\u00e9rotoninergiques et noradr\u00e9nergiques descendantes maintient la membrane du motoneurone alpha \u00e0 un potentiel trop n\u00e9gatif pour r\u00e9pondre aux stimuli m\u00e9caniques p\u00e9riph\u00e9riques.<\/li>\n<\/ul>\n<p>En neuropsychologie somatique, ces ruptures neurophysiologiques d\u00e9sarticulent le r\u00e9trocontr\u00f4le proprioceptif indispensable \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration de la kinesth\u00e9sie. La boucle sensorimotrice ne se limitant pas \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon segmentaire m\u00e9dullaire, ses signaux aff\u00e9rents sont parall\u00e8lement relay\u00e9s vers le cervelet via les faisceaux spinoc\u00e9r\u00e9belleux et vers le cortex somatosensoriel primaire par les voies lemniscales. Par cons\u00e9quent, l&rsquo;ar\u00e9flexie s&rsquo;accompagne presque syst\u00e9matiquement d&rsquo;un d\u00e9ficit du codage central des positions articulaires, induisant une ataxie proprioceptive et une discordance entre la commande motrice intentionnelle et le retour perceptif somatique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La s\u00e9miologie clinique distingue plusieurs formes d&rsquo;ar\u00e9flexie en fonction de la nature des voies neurales l\u00e9s\u00e9es, de leur topographie anatomique et de leur chronologie d&rsquo;installation.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Ar\u00e9flexie ost\u00e9otendineuse (ou myotatique) :<\/strong> Concerne les r\u00e9flexes induits par la percussion osseuse ou tendineuse (bicipital, tricipital, stylo-radial, rotulien, achill\u00e9en). Elle constitue la forme la plus courante et la plus fid\u00e8lement corr\u00e9l\u00e9e aux neuropathies p\u00e9riph\u00e9riques, aux radiculopathies et aux affections du motoneurone m\u00e9dullaire.<\/li>\n<li><strong>Ar\u00e9flexie cutan\u00e9o-muqueuse :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9e par l&rsquo;absence de r\u00e9ponse r\u00e9flexe lors de la stimulation de la peau ou des muqueuses. Elle englobe l&rsquo;abolition des r\u00e9flexes cutan\u00e9s abdominaux, du r\u00e9flexe cr\u00e9mast\u00e9rien, du r\u00e9flexe corn\u00e9en (nerf trijumeau et nerf facial) ou encore du r\u00e9flexe naus\u00e9eux (nerfs glossopharyngien et vague).<\/li>\n<li><strong>Ar\u00e9flexie pupillaire (ou v\u00e9g\u00e9tative c\u00e9phalique) :<\/strong> D\u00e9finie par la disparition du r\u00e9flexe photomoteur \u00e0 la lumi\u00e8re ou du r\u00e9flexe d&rsquo;accommodation-convergence. Elle oriente vers une atteinte sp\u00e9cifique des fibres parasympathiques du troisi\u00e8me nerf cr\u00e2nien, du ganglion ciliaire (pupille tonique d&rsquo;Adie) ou des structures m\u00e9senc\u00e9phaliques de la r\u00e9gion pr\u00e9tectale (signe d&rsquo;Argyll Robertson).<\/li>\n<li><strong>Ar\u00e9flexie visc\u00e9rale et autonome :<\/strong> Comprend la d\u00e9faillance des r\u00e9flexes d&rsquo;autor\u00e9gulation organique, tels que l&rsquo;ar\u00e9flexie v\u00e9sicale neurog\u00e8ne (vessie flasque atone avec r\u00e9tention d&rsquo;urine), l&rsquo;ar\u00e9flexie gastro-intestinale ou la perte du baror\u00e9flexe cardiaque, fr\u00e9quemment rencontr\u00e9es dans les polyneuropathies autonomes amylo\u00efdes ou diab\u00e9tiques s\u00e9v\u00e8res.<\/li>\n<li><strong>Ar\u00e9flexie focale, segmentaire ou asym\u00e9trique :<\/strong> Limit\u00e9e \u00e0 une racine ou un tronc nerveux d\u00e9termin\u00e9 (par exemple, l&rsquo;abolition isol\u00e9e du r\u00e9flexe achill\u00e9en dans une sciatique radiculaire S1 unilat\u00e9rale), contrastant avec les formes sym\u00e9triques et diffuses.<\/li>\n<li><strong>Ar\u00e9flexie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e et sym\u00e9trique :<\/strong> Atteinte diffuse de l&rsquo;ensemble des segments corporels, typique des polyradiculon\u00e9vrites aigu\u00ebs, des toxicit\u00e9s chimioth\u00e9rapeutiques ou des phases aigu\u00ebs de d\u00e9my\u00e9linisation auto-immune.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration clinique de l&rsquo;ar\u00e9flexie peut \u00eatre illustr\u00e9e par des sc\u00e9narios embl\u00e9matiques qui mettent en lumi\u00e8re la vari\u00e9t\u00e9 de ses \u00e9tiologies et son retentissement psychomoteur.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : La polyradiculon\u00e9vrite aigu\u00eb d\u00e9my\u00e9linisante (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_de_Guillain-Barr%C3%A9\">syndrome de Guillain-Barr\u00e9<\/a>).<\/strong> Un homme de 42 ans consulte pour des paresth\u00e9sies distales apparues aux deux pieds deux semaines apr\u00e8s une infection gastro-intestinale \u00e0 <em>Campylobacter jejuni<\/em>. En quarante-huit heures, une faiblesse musculaire ascendante s&rsquo;installe, entravant la mont\u00e9e des escaliers. L&rsquo;examen clinique initial r\u00e9v\u00e8le une force musculaire conserv\u00e9e aux membres sup\u00e9rieurs, mais une abolition bilat\u00e9rale et compl\u00e8te des r\u00e9flexes rotuliens et achill\u00e9ens, rapidement suivie de la perte des r\u00e9flexes aux membres sup\u00e9rieurs. Cette ar\u00e9flexie g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, survenant dans un contexte de paralysie flasque sans atteinte sensitive objective massive, constitue le signe clinique pivot qui motive une hospitalisation d&rsquo;urgence en soins intensifs pour pr\u00e9venir une d\u00e9faillance ventilatoire imminente.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Le traumatisme m\u00e9dullaire avec choc spinal aigu.<\/strong> Une sportive de 28 ans subit une chute de cheval entra\u00eenant une fracture-luxation au niveau de la vert\u00e8bre C6. \u00c0 son admission aux urgences, elle pr\u00e9sente une t\u00e9trapl\u00e9gie compl\u00e8te flasque. L&rsquo;examen r\u00e9v\u00e8le une anesth\u00e9sie sous le niveau l\u00e9sionnel, associ\u00e9e \u00e0 une ar\u00e9flexie tendineuse totale sous-l\u00e9sionnelle (r\u00e9flexes rotuliens, achill\u00e9ens et cutan\u00e9s plantaires totalement inertes) ainsi qu&rsquo;une r\u00e9tention aigu\u00eb d&rsquo;urine par atonie v\u00e9sicale compl\u00e8te. Bien qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une l\u00e9sion du syst\u00e8me nerveux central, l&rsquo;\u00e9tat de choc spinal d\u00e9connecte les motoneurones m\u00e9dullaires de toute influence supraspinale. Quelques semaines plus tard, \u00e0 mesure que la plasticit\u00e9 maladaptative s&rsquo;installe, cette ar\u00e9flexie initiale fait place \u00e0 une hyperr\u00e9flexie vive, polycin\u00e9tique et diffuse, caract\u00e9ristique du syndrome pyramidal constitu\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : La neuropathie diab\u00e9tique sensorimotrice distale.<\/strong> Une patiente de 65 ans souffrant de diab\u00e8te de type 2 depuis plus de vingt ans d\u00e9crit une sensation de br\u00fblure nocturne dans les orteils et une impression de marcher \u00ab sur du coton \u00bb. L&rsquo;examen physique met en \u00e9vidence une abolition isol\u00e9e et sym\u00e9trique des deux r\u00e9flexes achill\u00e9ens, alors que les r\u00e9flexes rotuliens sont diminu\u00e9s mais pr\u00e9sents. Cette ar\u00e9flexie distale s\u00e9lective s&rsquo;accompagne d&rsquo;une hypoesth\u00e9sie thermique et douloureuse en chaussette et d&rsquo;une alt\u00e9ration de la pallesth\u00e9sie au diapason, traduisant la longueur-d\u00e9pendance de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence axonale diab\u00e9tique.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et mesure clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;identification de l&rsquo;ar\u00e9flexie repose sur un examen clinique minutieux, reproductible et standardis\u00e9. Le praticien utilise un marteau \u00e0 r\u00e9flexes adapt\u00e9 (mod\u00e8les Babinski-Rabiner, Queen Square ou Taylor) en s&rsquo;assurant d&rsquo;obtenir un rel\u00e2chement musculaire optimal de la part du patient. L&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ou d&rsquo;hypertonie oppositionnelle pouvant masquer un r\u00e9flexe pr\u00e9sent, le praticien recourt \u00e0 des man\u0153uvres de diversion et de facilitation, au premier rang desquelles figure la classique man\u0153uvre de Jendrassik : le patient embo\u00eete ses mains en crochet et tire vigoureusement sur ordre au moment pr\u00e9cis o\u00f9 le clinicien percute le tendon.<\/p>\n<p>Dans la nomenclature clinique internationale, l&rsquo;intensit\u00e9 des r\u00e9flexes ost\u00e9otendineux est mesur\u00e9e selon une \u00e9chelle ordinale semi-quantitative valid\u00e9e par le <em>National Institute of Neurological Disorders and Stroke<\/em> (NINDS), s&rsquo;\u00e9tendant de 0 \u00e0 4 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Grade 0 :<\/strong> Absence totale de r\u00e9ponse motrice, m\u00eame apr\u00e8s sensibilisation par les man\u0153uvres de facilitation (ar\u00e9flexie absolue).<\/li>\n<li><strong>Grade 1+ :<\/strong> R\u00e9ponse diminu\u00e9e ou n&rsquo;apparaissant qu&rsquo;\u00e0 la faveur d&rsquo;une man\u0153uvre facilitatrice (hypor\u00e9flexie).<\/li>\n<li><strong>Grade 2+ :<\/strong> R\u00e9ponse normale, vive sans exc\u00e8s, sym\u00e9trique, avec amplitude adapt\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Grade 3+ :<\/strong> R\u00e9ponse exag\u00e9r\u00e9e, vive, pouvant t\u00e9moigner d&rsquo;une composante d&rsquo;hyperr\u00e9flexie sans clonus franc.<\/li>\n<li><strong>Grade 4+ :<\/strong> R\u00e9ponse hyperactive, clonique ou polycin\u00e9tique, caract\u00e9risant sans ambigu\u00eft\u00e9 un syndrome pyramidal.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation instrumentale s&rsquo;appuie sur l&rsquo;\u00e9lectroneuromyographie (ENMG). L&rsquo;enregistrement des vitesses de conduction motrice et sensitive permet d&rsquo;objectiver les blocs de conduction, les ralentissements my\u00e9liniques ou l&rsquo;effondrement des amplitudes globales en cas d&rsquo;atteinte axonale. L&rsquo;\u00e9tude du r\u00e9flexe H (\u00e9quivalent \u00e9lectrique monosynaptique du r\u00e9flexe achill\u00e9en induit par la stimulation du nerf tibial post\u00e9rieur) et de la r\u00e9ponse de l&rsquo;onde F permet d&rsquo;analyser pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;excitabilit\u00e9 des motoneurones proximaux et la perm\u00e9abilit\u00e9 des racines nerveuses, fournissant une preuve paraclinique irr\u00e9futable de l&rsquo;ar\u00e9flexie.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique<\/h3>\n<p>La mise en \u00e9vidence d&rsquo;une ar\u00e9flexie rev\u00eat une importance fondamentale dans l&rsquo;orientation diagnostique, le triage pronostique et l&rsquo;accompagnement r\u00e9\u00e9ducatif des patients. Dans les situations aigu\u00ebs, l&rsquo;installation rapide d&rsquo;une ar\u00e9flexie ascendante transforme une consultation m\u00e9dicale de routine en une urgence neuro-r\u00e9animatoire vitale, imposant la recherche imm\u00e9diate d&rsquo;une atteinte respiratoire neurog\u00e8ne par surveillance de la capacit\u00e9 vitale forc\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan m\u00e9dico-psychologique et r\u00e9adaptatif, l&rsquo;ar\u00e9flexie chronique pose des d\u00e9fis fonctionnels majeurs. La disparition des r\u00e9flexes de posture et d&rsquo;\u00e9tirement alt\u00e8re les ajustements posturaux anticipateurs et compensateurs. Les patients souffrant d&rsquo;ar\u00e9flexie des membres inf\u00e9rieurs pr\u00e9sentent une d\u00e9marche instable, h\u00e9sitante, rythm\u00e9e par un talonnage caract\u00e9ristique, souvent aggrav\u00e9e lors de l&rsquo;occlusion des yeux (signe de Romberg positif). Cette ins\u00e9curit\u00e9 posturale chronique engendre fr\u00e9quemment un syndrome de d\u00e9sadaptation psychomotrice et une kin\u00e9siophobie (la peur invalidante de chuter), conduisant \u00e0 un repli sur soi, une s\u00e9dentarit\u00e9 induite et des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs r\u00e9actionnels.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;abolition des r\u00e9flexes cutan\u00e9s et v\u00e9g\u00e9tatifs entra\u00eene des dysfonctionnements sphinct\u00e9riens et trophiques n\u00e9cessitant une \u00e9ducation th\u00e9rapeutique pouss\u00e9e. L&rsquo;auto-sondage urinaire intermittent, la surveillance quotidienne de points de pression cutan\u00e9s insensibles et la prise en charge de l&rsquo;hypotension orthostatique li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ar\u00e9flexie baror\u00e9flexe deviennent des composantes indispensables de la prise en charge neuropsychologique et multidisciplinaire de ces patients.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La recherche clinique et neurobiologique contemporaine s&rsquo;int\u00e9resse particuli\u00e8rement aux m\u00e9canismes immunitaires sous-jacents aux neuropathies ar\u00e9flexiques. Les \u00e9tudes pionni\u00e8res d&rsquo;auteurs tels que Nobuhiro Yuki et ses collaborateurs ont mis en \u00e9vidence le r\u00f4le direct des auto-anticorps dirig\u00e9s contre les gangliosides membranaires (tels que anti-GM1, anti-GD1a ou anti-GQ1b). Dans le syndrome de Miller Fisher, une variante sp\u00e9cifique associant ar\u00e9flexie, ataxie et ophtalmopl\u00e9gie externe, la pr\u00e9sence d&rsquo;anticorps anti-GQ1b dirig\u00e9s contre les r\u00e9cepteurs situ\u00e9s aux n\u0153uds de Ranvier et aux terminaisons pr\u00e9synaptiques des fuseaux neuromusculaires d\u00e9montre que l&rsquo;ar\u00e9flexie r\u00e9sulte d&rsquo;un blocage immunotoxique ultra-s\u00e9lectif des circuits aff\u00e9rents proprioceptifs.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuro-imagerie et de la neurophysiologie moderne, les travaux utilisant l&rsquo;\u00e9chographie neuromusculaire de haute r\u00e9solution et l&rsquo;IRM radiculaire lombo-sacr\u00e9e apportent des \u00e9clairages in\u00e9dits. Des chercheurs ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une augmentation du calibre radiculaire visible \u00e0 l&rsquo;\u00e9chographie ou un rehaussement des racines de la queue de cheval au gadolinium en IRM est fortement corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 la persistance d&rsquo;une ar\u00e9flexie prolong\u00e9e dans les polyradiculon\u00e9vrites inflammatoires d\u00e9my\u00e9linisantes chroniques (PIDC).<\/p>\n<p>D&rsquo;autres investigations longitudinales \u00e9valuent la r\u00e9cup\u00e9ration synaptique post-ar\u00e9flexique. Les donn\u00e9es prospectives r\u00e9v\u00e8lent que la r\u00e9apparition des potentiels \u00e9voqu\u00e9s somesth\u00e9siques et la normalisation du r\u00e9flexe H constituent des biomarqueurs pr\u00e9coces de la r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration axonale et de la remy\u00e9linisation fonctionnelle, pr\u00e9c\u00e9dant de plusieurs semaines la restauration clinique visible de la motricit\u00e9 volontaire.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;interpr\u00e9tation et l&rsquo;exp\u00e9rience de l&rsquo;ar\u00e9flexie varient selon les contextes socioculturels et les repr\u00e9sentations populaires de la maladie neurologique. Dans de nombreuses cultures, l&rsquo;absence de r\u00e9action corporelle \u00e0 un stimulus physique externe est associ\u00e9e m\u00e9taphoriquement \u00e0 une d\u00e9vitalisation, \u00e0 une \u00ab mort interne \u00bb ou \u00e0 une paralysie mystique. Le fait qu&rsquo;un m\u00e9decin frappe un muscle sans qu&rsquo;aucune secousse n&rsquo;apparaisse suscite fr\u00e9quemment une stupeur et une d\u00e9tresse anxieuse aigu\u00eb chez le patient non initi\u00e9, qui per\u00e7oit son corps comme subitement d\u00e9connect\u00e9 ou habit\u00e9 par un engourdissement pathologique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;acc\u00e8s aux outils \u00e9lectrophysiologiques de pointe et aux immunoth\u00e9rapies on\u00e9reuses (telles que les immunoglobulines intraveineuses ou les \u00e9changes plasmatiques) pr\u00e9sente de profondes disparit\u00e9s mondiales. Dans les contextes \u00e0 ressources sanitaires limit\u00e9es, le diagnostic de syndromes ar\u00e9flexiques graves comme le syndrome de Guillain-Barr\u00e9 repose exclusivement sur la dext\u00e9rit\u00e9 s\u00e9miologique du praticien et sur l&rsquo;usage m\u00e9ticuleux du marteau \u00e0 r\u00e9flexes. Dans ces environnements, la reconnaissance clinique pr\u00e9coce de l&rsquo;ar\u00e9flexie constitue litt\u00e9ralement la seule fronti\u00e8re s\u00e9parant une prise en charge vitale adapt\u00e9e d&rsquo;une issue fatale par t\u00e9trapl\u00e9gie flasque non ventil\u00e9e.<\/p>\n<p>Enfin, dans l&rsquo;\u00e9valuation psychologique transculturelle des plaintes somatiques, certains syndromes fonctionnels s&rsquo;exprimant par une grande faiblesse corporelle (comme dans les formes s\u00e9v\u00e8res de neurasth\u00e9nie ou d&rsquo;\u00e9puisement psychologique) doivent \u00eatre distingu\u00e9s avec rigueur des affections neuro-p\u00e9riph\u00e9riques authentiques. L&rsquo;examen des r\u00e9flexes tendineux demeure l&rsquo;un des rares tests physiologiques universels, ind\u00e9pendant du langage verbal, du niveau socio-\u00e9ducatif ou des biais d&rsquo;expression de la d\u00e9tresse somatique.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;ar\u00e9flexie soit universellement reconnue comme un signe objectif majeur, son recueil et son interpr\u00e9tation clinique ne sont pas exempts de controverses et de limites m\u00e9thodologiques. La principale difficult\u00e9 r\u00e9side dans la variabilit\u00e9 interindividuelle et l&rsquo;\u00e2ge des sujets examin\u00e9s. Il est document\u00e9 de longue date que l&rsquo;ar\u00e9flexie achill\u00e9enne isol\u00e9e peut \u00eatre observ\u00e9e chez une fraction notable de la population g\u00e9riatrique asymptomatique (estim\u00e9e entre 10 % et 30 % des individus de plus de 80 ans), en raison du vieillissement physiologique des fuseaux neuromusculaires, de modifications visco\u00e9lastiques du tendon ou d&rsquo;une perte neuronale s\u00e9nescente discr\u00e8te, sans que cela n&rsquo;indique une neuropathie \u00e9volutive.<\/p>\n<p>Une seconde controverse tient \u00e0 la subjectivit\u00e9 inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;examen au marteau. La force de frappe d\u00e9livr\u00e9e par le clinicien, l&rsquo;angle d&rsquo;impact, le positionnement pr\u00e9cis de la jambe et le degr\u00e9 r\u00e9el de rel\u00e2chement musculaire varient consid\u00e9rablement d&rsquo;un praticien \u00e0 l&rsquo;autre. Plusieurs \u00e9tudes de concordance inter-observateurs ont mis en \u00e9vidence un taux non n\u00e9gligeable de faux positifs (conclusion erron\u00e9e \u00e0 une ar\u00e9flexie alors que le r\u00e9flexe \u00e9tait simplement amorti) lorsque l&rsquo;examen est conduit sans les man\u0153uvres de facilitation adapt\u00e9es, soulignant l&rsquo;imp\u00e9ratif d&rsquo;une standardisation technique rigoureuse.<\/p>\n<p>Enfin, la distinction entre une ar\u00e9flexie authentiquement organique et une absence apparente de r\u00e9ponse dans le cadre de troubles neurologiques fonctionnels ou conversionnels exige une grande prudence. Bien qu&rsquo;un trouble de conversion ne puisse pas abolir biologiquement un r\u00e9flexe myotatique intrins\u00e8que, une contracture musculaire volontaire ou subconsciente de posture antagoniste peut rigidifier l&rsquo;articulation et masquer m\u00e9caniquement la course de la secousse musculaire, induisant le clinicien en erreur vers une fausse impression d&rsquo;ar\u00e9flexie segmentaire.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Une s\u00e9miologie pr\u00e9cise requiert de distinguer rigoureusement l&rsquo;ar\u00e9flexie d&rsquo;autres anomalies de la r\u00e9ponse motrice ou d&rsquo;alt\u00e9rations neurologiques connexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Hypor\u00e9flexie :<\/strong> Diminution quantitative de l&rsquo;amplitude ou de la vivacit\u00e9 de la r\u00e9ponse r\u00e9flexe sans abolition compl\u00e8te ; le r\u00e9flexe reste pr\u00e9sent spontan\u00e9ment ou sous man\u0153uvre de facilitation, contrairement \u00e0 l&rsquo;ar\u00e9flexie o\u00f9 la r\u00e9ponse est rigoureusement nulle.<\/li>\n<li><strong>Hyperr\u00e9flexie :<\/strong> Exag\u00e9ration de la r\u00e9ponse r\u00e9flexe, qui devient anormalement vive, diffus\u00e9e \u00e0 des groupes musculaires adjacents et polycin\u00e9tique ; elle traduit une lib\u00e9ration du contr\u00f4le pyramidal central et s&rsquo;oppose diam\u00e9tralement \u00e0 l&rsquo;ar\u00e9flexie p\u00e9riph\u00e9rique.<\/li>\n<li><strong>Atonie ou hypotonie musculaire :<\/strong> Diminution ou perte de la r\u00e9sistance m\u00e9canique passive du muscle au repos ; bien que l&rsquo;ar\u00e9flexie et l&rsquo;hypotonie soient souvent associ\u00e9es dans le syndrome de d\u00e9nervation motrice inf\u00e9rieure, elles constituent deux variables physiologiques diff\u00e9rentes (l&rsquo;une cin\u00e9tique, l&rsquo;autre tonique).<\/li>\n<li><strong>Paralysie ou par\u00e9sie motrice :<\/strong> Incapacit\u00e9 volontaire \u00e0 contracter un muscle ; un patient peut pr\u00e9senter une paralysie d&rsquo;origine centrale avec des r\u00e9flexes conserv\u00e9s ou exag\u00e9r\u00e9s, tandis qu&rsquo;une ar\u00e9flexie peut survenir au d\u00e9but d&rsquo;un processus sans d\u00e9ficit moteur imm\u00e9diatement complet.<\/li>\n<li><strong>Anesth\u00e9sie sensorielle :<\/strong> Perte de la sensibilit\u00e9 consciente tactile, thermique ou algique ; bien qu&rsquo;une ar\u00e9flexie puisse r\u00e9sulter d&rsquo;une l\u00e9sion des fibres aff\u00e9rentes, les deux ph\u00e9nom\u00e8nes n&rsquo;\u00e9voluent pas toujours de concert selon le type de fibres nerveuses \u00e9lectivement atteintes.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;ar\u00e9flexie constitue un pilier fondamental de la s\u00e9miologie neurologique et neuropsychologique, marquant l&rsquo;extinction compl\u00e8te d&rsquo;une r\u00e9ponse r\u00e9flexe sensorimotrice ou v\u00e9g\u00e9tative. Sa mise en \u00e9vidence ne repr\u00e9sente jamais une d\u00e9couverte anodine et n\u00e9cessite une contextualisation clinique globale.<\/p>\n<p>Ses points essentiels peuvent \u00eatre synth\u00e9tis\u00e9s comme suit :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle traduit l&rsquo;interruption anatomique, fonctionnelle ou immunologique de la boucle sensorimotrice au niveau aff\u00e9rent, synaptique, moteur eff\u00e9rent ou effecteur.<\/li>\n<li>Sur le plan topographique, elle signe pr\u00e9f\u00e9rentiellement une l\u00e9sion du motoneurone inf\u00e9rieur ou du syst\u00e8me nerveux p\u00e9riph\u00e9rique (neuropathies d\u00e9my\u00e9linisantes ou axonales, radiculopathies).<\/li>\n<li>Dans un contexte central aigu, elle refl\u00e8te une sid\u00e9ration m\u00e9dullaire transitoire caract\u00e9ristique du choc spinal post-traumatique ou isch\u00e9mique.<\/li>\n<li>Le syndrome de Guillain-Barr\u00e9 et le syndrome de Miller Fisher incarnent les urgences m\u00e9dicales o\u00f9 l&rsquo;ar\u00e9flexie fait office de crit\u00e8re diagnostique majeur.<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00e9valuation clinique au marteau \u00e0 r\u00e9flexes requiert un rel\u00e2chement musculaire optimal et le recours syst\u00e9matique aux man\u0153uvres de facilitation avant d&rsquo;affirmer l&rsquo;abolition.<\/li>\n<li>L&rsquo;exploration paraclinique de r\u00e9f\u00e9rence repose sur l&rsquo;\u00e9lectroneuromyographie avec \u00e9tude du r\u00e9flexe H et des vitesses de conduction nerveuse.<\/li>\n<li>Les cons\u00e9quences psychologiques et r\u00e9adaptatives englobent l&rsquo;ins\u00e9curit\u00e9 posturale, la perte de proprioception consciente, la kin\u00e9siophobie et l&rsquo;alt\u00e9ration du sch\u00e9ma corporel.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<p>Amato, A. A., &amp; Russell, J. A. (2015). <em>Neuromuscular disorders<\/em> (2e \u00e9d.). McGraw-Hill Education.<\/p>\n<p>Babinski, J. (1896). Sur le r\u00e9flexe cutan\u00e9 plantaire dans certaines affections organiques du syst\u00e8me nerveux central. <em>Comptes rendus des s\u00e9ances de la Soci\u00e9t\u00e9 de Biologie<\/em>, 48, 207-208.<\/p>\n<p>Erb, W. (1875). Ueber Sehnenreflexe bei Gesunden und bei R\u00fcckenmarkskranken. <em>Archiv f\u00fcr Psychiatrie und Nervenkrankheiten<\/em>, 5(3), 794-802. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF02225368\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/BF02225368<\/a><\/p>\n<p>Guillain, G., Barr\u00e9, J. A., &amp; Strohl, A. (1916). Sur un syndrome de radiculo-n\u00e9vrite avec hyperalbuminose du liquide c\u00e9phalo-rachidien sans r\u00e9action cellulaire. <em>Bulletins et M\u00e9moires de la Soci\u00e9t\u00e9 M\u00e9dicale des H\u00f4pitaux de Paris<\/em>, 40, 1462-1470.<\/p>\n<p>Ropper, A. H., Samuels, M. A., Klein, J. P., &amp; Prasad, S. (2019). <em>Adams and Victor&rsquo;s principles of neurology<\/em> (11e \u00e9d.). McGraw-Hill Education.<\/p>\n<p>Yuki, N., &amp; Hartung, H. P. (2012). Guillain-Barr\u00e9 syndrome. <em>New England Journal of Medicine<\/em>, 366(24), 2294-2304. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMra1114525\">https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJMra1114525<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;ar\u00e9flexie d\u00e9signe l&rsquo;absence compl\u00e8te de r\u00e9ponse r\u00e9flexe lors d&rsquo;une stimulation sensorimotrice ou v\u00e9g\u00e9tative. Explorez sa d\u00e9finition, ses m\u00e9canismes neurophysiologiques et sa port\u00e9e clinique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1045,46,31773],"tags":[24945,34647,34650,34649,696,34648],"class_list":["post-20836","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie","category-neuropsychologie","category-semiologie-medicale","tag-arc-reflexe","tag-areflexie","tag-choc-spinal","tag-guillain-barre","tag-neurologie","tag-reflexe-osteotendineux"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20836","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20836\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20836"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20836"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20836"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}