{"id":20769,"date":"2026-10-24T13:27:19","date_gmt":"2026-10-24T13:27:19","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=reponse-approche-psychologie"},"modified":"2026-10-24T13:27:19","modified_gmt":"2026-10-24T13:27:19","slug":"reponse-approche-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=reponse-approche-psychologie","title":{"rendered":"R\u00e9ponse d&rsquo;approche : Dynamique du rapprochement"},"content":{"rendered":"<p>La tendance fondamentale d&rsquo;un organisme vivant \u00e0 s&rsquo;orienter, \u00e0 progresser physiquement ou \u00e0 s&rsquo;engager psychologiquement vers un stimulus de son environnement constitue l&rsquo;un des piliers les plus archa\u00efques et d\u00e9terminants de la survie biologique et de l&rsquo;adaptation psychologique. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de la qu\u00eate de nourriture, de la recherche d&rsquo;un partenaire reproducteur ou de l&rsquo;exploration d&rsquo;une opportunit\u00e9 sociale enrichissante, ce comportement manifeste l&rsquo;activit\u00e9 de forces motivationnelles orient\u00e9es vers le gain et la r\u00e9compense. En psychologie exp\u00e9rimentale et en neurosciences cognitives, l&rsquo;\u00e9tude de la r\u00e9ponse d&rsquo;approche permet de diss\u00e9quer les m\u00e9canismes intimes reliant la perception sensorielle, le traitement affectif inconscient et l&rsquo;action motrice orient\u00e9e vers un but.<\/p>\n<h2>R\u00e9ponse d&rsquo;approche<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La r\u00e9ponse d&rsquo;approche d\u00e9signe toute r\u00e9action motrice, comportementale, physiologique ou psychologique par laquelle un individu r\u00e9duit la distance physique, temporelle ou conceptuelle qui le s\u00e9pare d&rsquo;un stimulus per\u00e7u ou anticip\u00e9 comme positif, gratifiant ou fonctionnellement n\u00e9cessaire. Ce patron de r\u00e9ponse traduit une propension comportementale app\u00e9titive visant l&rsquo;appropriation, l&rsquo;exploration ou l&rsquo;assimilation d&rsquo;un objet ou d&rsquo;une situation porteuse de valeur adaptative.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;analyse comportementale et des sciences cognitives, cette r\u00e9action ne se cantonne pas \u00e0 un simple d\u00e9placement spatial visible. Elle englobe \u00e9galement des ajustements posturaux pr\u00e9paratoires, des focalisations attentionnelles accrues et des orientations affectives positives qui pr\u00e9parent l&rsquo;organisme \u00e0 interagir avec le renfor\u00e7ateur. La r\u00e9ponse d&rsquo;approche s&rsquo;oppose conceptuellement \u00e0 la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement ou de retrait, qui vise au contraire \u00e0 accro\u00eetre la distance vis-\u00e0-vis d&rsquo;une menace, d&rsquo;un danger potentiel ou d&rsquo;une exp\u00e9rience n\u00e9gative.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, la r\u00e9ponse d&rsquo;approche est sous-tendue par des circuits neuronaux d\u00e9di\u00e9s \u00e0 la r\u00e9compense et \u00e0 la motivation incitative. Elle refl\u00e8te la conversion d&rsquo;une \u00e9valuation h\u00e9donique ou fonctionnelle en une commande motrice active, int\u00e9grant les donn\u00e9es mn\u00e9siques, l&rsquo;\u00e9tat physiologique interne de l&rsquo;organisme et la configuration contingente de l&rsquo;environnement imm\u00e9diat.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab r\u00e9ponse d&rsquo;approche \u00bb provient de l&rsquo;association de deux termes au confluent de la physiologie et de la linguistique romane. Le substantif \u00ab r\u00e9ponse \u00bb d\u00e9rive du latin <em>responsio<\/em>, issu du verbe <em>respondere<\/em> (\u00ab r\u00e9pondre \u00bb, \u00ab s&rsquo;engager en retour \u00bb, \u00ab promettre en retour \u00bb). Dans le vocabulaire exp\u00e9rimental du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/B%C3%A9haviorisme\">b\u00e9haviorisme<\/a> du d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, le mot \u00ab r\u00e9ponse \u00bb a \u00e9t\u00e9 rigoureusement codifi\u00e9 pour d\u00e9signer l&rsquo;unit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire de comportement provoqu\u00e9e par un stimulus sp\u00e9cifique ou \u00e9mise en pr\u00e9sence de stimuli discriminatifs.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab approche \u00bb trouve son origine dans le bas-latin <em>appropiare<\/em>, form\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ad-<\/em> (indiquant la direction, le mouvement vers) et de la racine <em>prope<\/em> (\u00ab proche \u00bb), signifiant litt\u00e9ralement \u00ab rendre plus proche \u00bb ou \u00ab venir \u00e0 proximit\u00e9 \u00bb. L&rsquo;anglais scientifique a formul\u00e9 la locution <em>approach response<\/em> dans le cadre des premiers travaux syst\u00e9matiques sur l&rsquo;\u00e9thologie et le conditionnement op\u00e9rant, avant que la litt\u00e9rature francophone ne l&rsquo;adopte sous les appellations synonymes de \u00ab r\u00e9ponse d&rsquo;approche \u00bb, \u00ab comportement d&rsquo;approche \u00bb ou \u00ab mouvement d&rsquo;approche \u00bb.<\/p>\n<p>L&rsquo;introduction formelle du concept dans la psychologie th\u00e9orique d\u00e9coule directement des travaux de la psychologie topologique et vectorielle, o\u00f9 le rapprochement spatial est devenu la m\u00e9taphore puis la mesure directe de la valence positive attribu\u00e9e \u00e0 un objet psychologique au sein du champ perceptif.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan linguistique, \u00ab r\u00e9ponse d&rsquo;approche \u00bb est une locution nominale f\u00e9minine employ\u00e9e au singulier, dont la forme plurielle s&rsquo;\u00e9crit \u00ab r\u00e9ponses d&rsquo;approche \u00bb (ou plus rarement \u00ab r\u00e9ponses d&rsquo;approches \u00bb lorsqu&rsquo;on insiste sur la pluralit\u00e9 des modalit\u00e9s d&rsquo;acc\u00e8s). Sa transcription phon\u00e9tique normalis\u00e9e en fran\u00e7ais standard selon l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) est \/\u0281e.p\u0254\u0303s d\u203fa.p\u0281\u0254\u0283\/.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, la locution fonctionne fr\u00e9quemment comme un syntagme nominal compl\u00e9ment de verbes d&rsquo;action ou de mesure (par exemple : \u00ab d\u00e9clencher une r\u00e9ponse d&rsquo;approche \u00bb, \u00ab inhiber la r\u00e9ponse d&rsquo;approche \u00bb, \u00ab chronom\u00e9trer la latence de la r\u00e9ponse d&rsquo;approche \u00bb). L&rsquo;adjectif relationnel \u00ab approchant \u00bb ou le participe substantiv\u00e9 ne sont g\u00e9n\u00e9ralement pas substitu\u00e9s \u00e0 cette locution, qui conserve une valeur terminologique fixe dans les paradigmes exp\u00e9rimentaux comme les \u00e9preuves d&rsquo;approche-\u00e9vitement (<em>Approach-Avoidance Tasks<\/em>).<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, l&rsquo;expression s&rsquo;articule souvent avec des modificateurs pr\u00e9cisant son niveau d&rsquo;observation : on parlera d&rsquo;une r\u00e9ponse d&rsquo;approche motrice, vestibulaire, manuelle, oculaire ou encore cognitive, t\u00e9moignant de la nature polyvalente du construit \u00e0 travers les diff\u00e9rents niveaux de granularit\u00e9 de l&rsquo;appareil psychique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La r\u00e9ponse d&rsquo;approche incarne le vecteur dynamique par lequel l&rsquo;organisme s&rsquo;articule avec les composantes d\u00e9sirables de son environnement. Loin d&rsquo;\u00eatre un acte moteur st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9 ou uniforme, elle constitue un processus multiniveau qui int\u00e8gre l&rsquo;identification du stimulus, son appr\u00e9ciation motivationnelle, l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;une intention d&rsquo;action et l&rsquo;ex\u00e9cution motrice coordonn\u00e9e. Comprendre la r\u00e9ponse d&rsquo;approche n\u00e9cessite de distinguer la simple locomotion vers une cible de la structure t\u00e9l\u00e9ologique complexe qui sous-tend ce mouvement.<\/p>\n<p>Au niveau le plus \u00e9l\u00e9mentaire, l&rsquo;approche est guid\u00e9e par l&rsquo;app\u00e9tence biologique : l&rsquo;hom\u00e9ostasie corporelle signale un d\u00e9ficit (faim, soif, privation thermique), ce qui augmente la valeur de renforcement des stimuli susceptibles de combler ce manque. D\u00e8s lors que de tels stimuli apparaissent dans l&rsquo;espace p\u00e9ripersonnel ou extrapersonnel, une cascade de r\u00e9actions se d\u00e9ploie. L&rsquo;attention est orient\u00e9e de fa\u00e7on pr\u00e9f\u00e9rentielle vers l&rsquo;indice environnemental, le tonus musculaire des fl\u00e9chisseurs ou des extenseurs est modul\u00e9 selon les contingences spatiales de l&rsquo;interaction, et une trajectoire comportementale vers la cible est initi\u00e9e afin de rendre possible la consommation ou l&rsquo;interaction.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de cette dimension purement biologique, l&rsquo;approche s&rsquo;applique \u00e0 des domaines cognitifs, symboliques et affectifs hautement sophistiqu\u00e9s chez l&rsquo;\u00eatre humain. Une personne manifeste une r\u00e9ponse d&rsquo;approche lorsqu&rsquo;elle recherche activement une interaction sociale chaleureuse, lorsqu&rsquo;elle accepte un d\u00e9fi intellectuel motivant, ou lorsqu&rsquo;elle s&rsquo;investit dans l&rsquo;apprentissage d&rsquo;une discipline complexe. Dans ces sc\u00e9narios, le stimulus gratifiant n&rsquo;est pas n\u00e9cessairement tangible ou imm\u00e9diat : il peut consister en une repr\u00e9sentation mentale anticip\u00e9e, une approbation par les pairs ou un sentiment de comp\u00e9tence et d&rsquo;accomplissement personnel.<\/p>\n<p>La d\u00e9limitation conceptuelle de la r\u00e9ponse d&rsquo;approche impose \u00e9galement de caract\u00e9riser son couplage avec les \u00e9tats affectifs sous-jacents. Si la majorit\u00e9 des comportements d&rsquo;approche sont associ\u00e9s \u00e0 des affects plaisants (joie, int\u00e9r\u00eat, enthousiasme, d\u00e9sir sexuel), il est crucial de noter qu&rsquo;une r\u00e9ponse d&rsquo;approche n&rsquo;est pas syst\u00e9matiquement synonyme de valence subjective positive. Par exemple, la col\u00e8re constitue un \u00e9tat \u00e9motionnel prototypique de haute approche : un individu en col\u00e8re r\u00e9duit souvent la distance le s\u00e9parant de l&rsquo;antagoniste pour l&rsquo;affronter, l&rsquo;intimider ou r\u00e9parer une injustice per\u00e7ue. La r\u00e9ponse d&rsquo;approche doit donc \u00eatre rigoureusement d\u00e9finie par la directionnalit\u00e9 de l&rsquo;action vers le stimulus plut\u00f4t que par la seule sensation h\u00e9donique passive ressentie par le sujet.<\/p>\n<p>Enfin, la r\u00e9ponse d&rsquo;approche se distingue de l&rsquo;exploration d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9e par sa focalisation sur un but gratifiant bien pr\u00e9cis. Tandis que la curiosit\u00e9 \u00e9pist\u00e9mique diffuse peut impliquer des mouvements d&rsquo;approche non cibl\u00e9s vers la nouveaut\u00e9, la r\u00e9ponse d&rsquo;approche au sens strict demeure fermement attach\u00e9e \u00e0 l&rsquo;esp\u00e9rance d&rsquo;un renforcement, qu&rsquo;il soit primaire (nourriture, soulagement) ou secondaire (argent, statut, reconnaissance symbolique).<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la th\u00e9orisation des r\u00e9ponses d&rsquo;approche s&rsquo;enracine dans la transition de la philosophie morale \u00e0 la physiologie exp\u00e9rimentale au cours du XIXe si\u00e8cle. Les premiers physiologistes, confront\u00e9s aux mouvements r\u00e9flexes chez l&rsquo;animal, ont rapidement observ\u00e9 que les organismes manifestaient des sch\u00e8mes moteurs bipolaires : l&rsquo;attraction vers certaines substances et le recul face \u00e0 d&rsquo;autres. Les travaux d&rsquo;Ivan Pavlov sur les r\u00e9flexes conditionnels ont apport\u00e9 une premi\u00e8re rigueur quantitative \u00e0 cette observation, en d\u00e9montrant que des stimuli neutres pouvaient acqu\u00e9rir la capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9voquer des r\u00e9ponses pr\u00e9paratoires et comportementales d&rsquo;orientation et d&rsquo;ingestion.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1930, le psychologue <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kurt_Lewin\">Kurt Lewin<\/a> a r\u00e9volutionn\u00e9 cette perspective en \u00e9laborant sa th\u00e9orie du champ dynamique. Lewin a postul\u00e9 que l&rsquo;espace de vie d&rsquo;un individu est constitu\u00e9 de r\u00e9gions dot\u00e9es de valences positives ou n\u00e9gatives. Dans ce mod\u00e8le vectoriel, la valence positive g\u00e9n\u00e8re une force d&rsquo;attraction qui oriente le comportement vers l&rsquo;objet valoris\u00e9, posant les bases formelles de ce que nous appelons aujourd&rsquo;hui les gradients d&rsquo;approche. Lewin a identifi\u00e9 les configurations conflictuelles fondamentales, notamment les conflits d&rsquo;approche-\u00e9vitement o\u00f9 un m\u00eame objet comporte \u00e0 la fois des attraits s\u00e9duisants et des \u00e9l\u00e9ments anxiog\u00e8nes.<\/p>\n<p>Ce mod\u00e8le lewinien a \u00e9t\u00e9 affin\u00e9 et formalis\u00e9 de mani\u00e8re exp\u00e9rimentale par Neal E. Miller au d\u00e9but des ann\u00e9es 1940 et 1950. \u00c0 travers des exp\u00e9riences rigoureuses sur des rongeurs plac\u00e9s dans des couloirs d&rsquo;exp\u00e9rimentation, Miller a mesur\u00e9 les forces de traction exerc\u00e9es par les animaux harnach\u00e9s. Il a mis en \u00e9vidence le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab gradient d&rsquo;approche \u00bb, stipulant que la force de la tendance \u00e0 approcher un but d\u00e9sirable augmente \u00e0 mesure que l&rsquo;organisme se rapproche de ce but dans l&rsquo;espace ou dans le temps. Ses observations ont montr\u00e9 que le gradient d&rsquo;\u00e9vitement est g\u00e9n\u00e9ralement plus abrupt que le gradient d&rsquo;approche, expliquant pourquoi un individu peut avancer avec assurance vers un but ambigu lorsqu&rsquo;il en est \u00e9loign\u00e9, pour subitement h\u00e9siter ou s&rsquo;immobiliser lorsqu&rsquo;il en devient tr\u00e8s proche.<\/p>\n<p>Durant la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, le cognitivisme et la psychologie biologique ont transform\u00e9 ces descriptions comportementales en mod\u00e8les fonctionnels et c\u00e9r\u00e9braux. Les chercheurs ont cess\u00e9 de consid\u00e9rer la r\u00e9ponse d&rsquo;approche comme un simple r\u00e9flexe conditionn\u00e9 pour y voir l&rsquo;expression de syst\u00e8mes motivationnels g\u00e9n\u00e9raux int\u00e9gr\u00e9s au sein du syst\u00e8me nerveux central. Les travaux pionniers de Jeffrey Alan Gray ont constitu\u00e9 un tournant d\u00e9cisif en identifiant les bases biologiques sous-jacentes \u00e0 ces dynamiques comportementales fondamentales.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension contemporaine de la r\u00e9ponse d&rsquo;approche repose principalement sur la th\u00e9orie de la sensibilit\u00e9 au renforcement (<em>Reinforcement Sensitivity Theory<\/em> ou RST), formul\u00e9e \u00e0 l&rsquo;origine par Jeffrey A. Gray puis r\u00e9vis\u00e9e par Gray et Neil McNaughton. Selon ce paradigme neuropsychologique, le comportement animal et humain est gouvern\u00e9 par trois syst\u00e8mes majeurs, au premier rang desquels figure le Syst\u00e8me d&rsquo;Activation Comportementale (SAC ou BAS pour <em>Behavioral Activation System<\/em>). Le BAS est directement responsable du d\u00e9clenchement des r\u00e9ponses d&rsquo;approche face aux signaux de r\u00e9compense, aux signaux de non-punition et \u00e0 la nouveaut\u00e9 app\u00e9titive. Un individu pr\u00e9sentant une forte r\u00e9activit\u00e9 du BAS aura tendance \u00e0 initier des r\u00e9ponses d&rsquo;approche rapides, intenses et persistantes.<\/p>\n<p>Sur le versant neurobiologique, la r\u00e9ponse d&rsquo;approche est intimement articul\u00e9e autour du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_de_r%C3%A9compense\">syst\u00e8me de r\u00e9compense<\/a> m\u00e9socorticolimbique. L&rsquo;innervation dopaminergique issue de l&rsquo;aire tegmentale ventrale (ATV) et projetant massivement sur le noyau accumbens, le striatum ventral et le cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian constitue le moteur biochimique essentiel de cette dynamique. Comme l&rsquo;ont d\u00e9montr\u00e9 Kent Berridge et Terry Robinson, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dopamine\">dopamine<\/a> ne code pas tant le plaisir consomm\u00e9 (le \u00ab liking \u00bb) que la saillance incitative (le \u00ab wanting \u00bb), c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;aimantation psychologique et motrice qui transforme une repr\u00e9sentation mentale en une r\u00e9ponse active d&rsquo;approche vers le stimulus d\u00e9sir\u00e9.<\/p>\n<p>Un autre cadre th\u00e9orique majeur provient de la th\u00e9orie de l&rsquo;asym\u00e9trie frontale d\u00e9velopp\u00e9e par Richard Davidson et compl\u00e9t\u00e9e par Eddie Harmon-Jones. Selon ce mod\u00e8le, l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re c\u00e9r\u00e9bral ant\u00e9rieur gauche est pr\u00e9f\u00e9rentiellement engag\u00e9 dans le traitement des affects et des motivations li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;approche, tandis que l&rsquo;h\u00e9misph\u00e8re droit r\u00e9gule les comportements de retrait et d&rsquo;inhibition. Des enregistrements \u00e9lectroenc\u00e9phalographiques (EEG) ont confirm\u00e9 qu&rsquo;une activation relative plus \u00e9lev\u00e9e du cortex pr\u00e9frontal gauche est syst\u00e9matiquement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 des r\u00e9ponses d&rsquo;approche vigoureuses, qu&rsquo;elles soient suscit\u00e9es par le d\u00e9sir, l&rsquo;espoir ou la col\u00e8re combative.<\/p>\n<p>Enfin, les approches contemporaines de la cognition incarn\u00e9e (<em>embodied cognition<\/em>), port\u00e9es notamment par Fritz Strack, Jens F\u00f6rster et Roland Neumann, postulent que les r\u00e9ponses d&rsquo;approche sont physiquement ancr\u00e9es dans des patrons musculaires r\u00e9currents. Historiquement, rapprocher un stimulus d\u00e9sirable de soi implique une flexion des bras (geste d&rsquo;\u00e9treinte ou d&rsquo;ingestion), tandis que repousser un \u00e9l\u00e9ment d\u00e9sagr\u00e9able sollicite l&rsquo;extension musculaire. Cette intrication bidirectionnelle entre programmation motrice et \u00e9valuation motivationnelle illustre comment les m\u00e9canismes d&rsquo;approche s&rsquo;inscrivent dans la corpor\u00e9it\u00e9 m\u00eame de l&rsquo;esprit humain.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La r\u00e9ponse d&rsquo;approche se d\u00e9ploie \u00e0 travers une mosa\u00efque d&rsquo;indicateurs physiologiques, moteurs et subjectifs qu&rsquo;il convient de d\u00e9composer pour en saisir la dynamique globale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La composante attentionnelle et perceptive :<\/strong> Orientation pr\u00e9f\u00e9rentielle et rapide des organes sensoriels vers le stimulus cible (fixations oculaires pr\u00e9coces, dilatation pupillaire, centrage du champ auditif).<\/li>\n<li><strong>La composante autonomique et pr\u00e9paratoire :<\/strong> Modification du tonus sympathique, acc\u00e9l\u00e9ration mod\u00e9r\u00e9e du rythme cardiaque et ajustement postural du centre de gravit\u00e9 vers l&rsquo;avant, pr\u00e9parant le corps au d\u00e9placement ou \u00e0 la saisie.<\/li>\n<li><strong>La composante motrice et locomotrice :<\/strong> Ex\u00e9cution d&rsquo;actes physiques concrets r\u00e9duisant la distance par rapport au stimulus (avanc\u00e9e du corps, extension de la main pour attraper, saisie active, flexion des membres sup\u00e9rieurs vers le tronc).<\/li>\n<li><strong>La composante affective et cognitive :<\/strong> \u00c9mergence d&rsquo;un \u00e9tat de d\u00e9sir, d&rsquo;envie, d&rsquo;anticipation h\u00e9donique positive ou d&rsquo;engagement combatif, accompagn\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9duction cognitive de la perception des risques concurrents.<\/li>\n<\/ul>\n<p>On distingue plusieurs typologies ou dimensions fondamentales selon la modalit\u00e9 et la temporalit\u00e9 de la r\u00e9ponse :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Approche proximale contre approche distale :<\/strong> L&rsquo;approche proximale concerne l&rsquo;interaction physique imm\u00e9diate dans l&rsquo;espace p\u00e9ripersonnel (toucher un objet agr\u00e9able), tandis que l&rsquo;approche distale s&rsquo;\u00e9tend sur des horizons temporels et g\u00e9ographiques vastes (planifier une carri\u00e8re prestigieuse, organiser un voyage lointain).<\/li>\n<li><strong>Approche app\u00e9titive contre approche d\u00e9fensive :<\/strong> L&rsquo;approche app\u00e9titive classique vise la consommation d&rsquo;un renfor\u00e7ateur positif (recherche de nourriture), tandis que l&rsquo;approche d\u00e9fensive (ou combative) est d\u00e9clench\u00e9e par une menace que l&rsquo;organisme choisit d&rsquo;affronter directement pour la neutraliser (comportement d&rsquo;attaque).<\/li>\n<li><strong>Approche automatique contre approche contr\u00f4l\u00e9e :<\/strong> Les r\u00e9ponses automatiques reposent sur des biais moteurs implicites et ultra-rapides, souvent d\u00e9clench\u00e9s en dehors de la conscience r\u00e9flexive, alors que les r\u00e9ponses contr\u00f4l\u00e9es proc\u00e8dent d&rsquo;une d\u00e9lib\u00e9ration rationnelle et d&rsquo;une planification ex\u00e9cutive \u00e9labor\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la variabilit\u00e9 de la r\u00e9ponse d&rsquo;approche, consid\u00e9rons le cas clinique d&rsquo;un individu souffrant d&rsquo;une addiction s\u00e9v\u00e8re \u00e0 l&rsquo;alcool confront\u00e9 \u00e0 un indice environnemental. Plac\u00e9 devant une photographie montrant un verre de bi\u00e8re fra\u00eechement servi, le sujet manifeste une r\u00e9ponse d&rsquo;approche automatique presque instantan\u00e9e : ses yeux se fixent sur le verre en moins de deux cents millisecondes, son tonus musculaire s&rsquo;infl\u00e9chit vers la saisie, et s&rsquo;il est test\u00e9 sur un manipulateur informatique (joystick), il tire le levier vers lui beaucoup plus rapidement qu&rsquo;un participant t\u00e9moin non d\u00e9pendant. Cet exemple montre comment la sensibilisation incitative d\u00e9r\u00e8gle les r\u00e9ponses d&rsquo;approche, les rendant impulsives et disproportionn\u00e9es au d\u00e9triment des capacit\u00e9s d&rsquo;inhibition pr\u00e9frontale.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me exemple s&rsquo;observe dans la psychologie du d\u00e9veloppement chez le jeune nourrisson lors du protocole de la \u00ab situation \u00e9trange \u00bb de Mary Ainsworth. Un enfant pr\u00e9sentant un attachement s\u00e9cure, lors du retour de sa m\u00e8re apr\u00e8s une br\u00e8ve s\u00e9paration, manifeste une r\u00e9ponse d&rsquo;approche franche et limpide : il tend les bras, rampe promptement vers elle, cherche le contact corporel et r\u00e9gule sa d\u00e9tresse par cette proximit\u00e9 physique retrouv\u00e9e. \u00c0 l&rsquo;inverse, un nourrisson au profil d&rsquo;attachement \u00e9vitant inhibera visiblement cette r\u00e9ponse d&rsquo;approche, maintenant une distance spatiale et orientant son attention vers des jouets inanim\u00e9s pour \u00e9touffer le besoin de r\u00e9confort non combl\u00e9.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychologie de la consommation et du marketing, les magasins con\u00e7oivent minutieusement leur agencement pour susciter des r\u00e9ponses d&rsquo;approche compulsives ou r\u00e9p\u00e9t\u00e9es. La diffusion d&rsquo;effluves olfactifs app\u00e9tissants (pain chaud, caf\u00e9 torr\u00e9fi\u00e9), l&rsquo;\u00e9clairage chaud et la disposition accessible des produits \u00e0 hauteur des yeux visent \u00e0 abaisser le seuil d&rsquo;activation motrice du client, favorisant le geste de pr\u00e9hension du produit avant m\u00eame que le calcul rationnel du co\u00fbt mon\u00e9taire n&rsquo;intervienne.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation rigoureuse des r\u00e9ponses d&rsquo;approche n\u00e9cessite une instrumentation vari\u00e9e, capable de saisir aussi bien les traits de personnalit\u00e9 stables que les r\u00e9actions motrices millim\u00e9tr\u00e9es en temps r\u00e9el.<\/p>\n<p>Le paradigme exp\u00e9rimental de r\u00e9f\u00e9rence est la t\u00e2che d&rsquo;approche-\u00e9vitement (<em>Approach-Avoidance Task<\/em> ou AAT), initialement conceptualis\u00e9e par Rinck et Becker. Dans ce protocole sur ordinateur, le participant r\u00e9agit \u00e0 des images pr\u00e9sent\u00e9es sur un \u00e9cran en poussant ou en tirant un joystick (ou en manipulant des touches directionnelles). Lorsque le participant tire le joystick vers son propre corps, l&rsquo;image grandit progressivement (simulant le rapprochement de l&rsquo;objet ou de soi vers l&rsquo;objet), ce qui mat\u00e9rialise une r\u00e9ponse d&rsquo;approche. Lorsque le joystick est pouss\u00e9, l&rsquo;image r\u00e9tr\u00e9cit, simulant l&rsquo;\u00e9loignement et donc l&rsquo;\u00e9vitement. La mesure pr\u00e9cise des temps de r\u00e9action et des taux d&rsquo;erreur permet de quantifier objectivement les biais d&rsquo;approche envers certaines classes de stimuli (aliments caloriques, substances psychoactives, visages souriants).<\/p>\n<p>Sur le plan psychom\u00e9trique, plusieurs \u00e9chelles auto-rapport\u00e9es mesurent la disposition chronique \u00e0 l&rsquo;approche. L&rsquo;\u00e9chelle BIS\/BAS de Charles Carver et Teri White (1994) est l&rsquo;outil le plus largement diffus\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle internationale. Elle \u00e9value la sensibilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale du syst\u00e8me d&rsquo;activation comportementale \u00e0 travers trois sous-dimensions distinctes : la r\u00e9activit\u00e9 \u00e0 la r\u00e9compense (<em>Reward Responsiveness<\/em>), la qu\u00eate de sensations et d&rsquo;amusement (<em>Fun Seeking<\/em>) et la d\u00e9termination vers les objectifs (<em>Drive<\/em>).<\/p>\n<p>En neurophysiologie, la mesure de l&rsquo;asym\u00e9trie frontale par \u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG) quantifie l&rsquo;activit\u00e9 relative de la bande de fr\u00e9quence alpha (8-13 Hz) entre les \u00e9lectrodes frontales gauches et droites (notamment F3\/F4 ou F7\/F8). \u00c9tant donn\u00e9 que la puissance alpha est inversement proportionnelle \u00e0 l&rsquo;activation corticale, une diminution relative de la puissance alpha \u00e0 gauche indique une plus forte activation frontale gauche, reconnue comme un biomarqueur robuste de la disposition \u00e0 la r\u00e9ponse d&rsquo;approche.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La manipulation clinique des r\u00e9ponses d&rsquo;approche s&rsquo;av\u00e8re particuli\u00e8rement f\u00e9conde dans le traitement des troubles addictifs. Les protocoles de r\u00e9entra\u00eenement du biais cognitif d&rsquo;approche (<em>Approach Bias Modification<\/em> ou ABM), d\u00e9velopp\u00e9s notamment par Reinout Wiers et ses coll\u00e8gues, entra\u00eenent les patients alcoolod\u00e9pendants \u00e0 repousser syst\u00e9matiquement les images d&rsquo;alcool \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un joystick pendant des centaines d&rsquo;essais tout en tirant vers eux des boissons sans alcool. Les \u00e9tudes cliniques randomis\u00e9es d\u00e9montrent que ce simple reconditionnement moteur r\u00e9duit significativement le taux de rechute \u00e0 un an, soulignant qu&rsquo;en modifiant directement la programmation motrice de l&rsquo;approche, on peut att\u00e9nuer le d\u00e9sir compulsif inconscient.<\/p>\n<p>Dans la prise en charge de la d\u00e9pression majeure, l&rsquo;activation comportementale constitue l&rsquo;une des psychoth\u00e9rapies les plus probantes. Les individus d\u00e9pressifs se caract\u00e9risent par un effondrement marqu\u00e9 du syst\u00e8me d&rsquo;activation comportementale et une quasi-disparition des r\u00e9ponses d&rsquo;approche envers les sources de valorisation ou de contact social, s&rsquo;enfermant dans une l\u00e9thargie de repli passif. La th\u00e9rapie consiste \u00e0 prescrire m\u00e9thodiquement des comportements d&rsquo;approche gradu\u00e9s vers des activit\u00e9s signifiantes et gratifiantes, r\u00e9tablissant ainsi progressivement le fonctionnement des circuits dopaminergiques de l&rsquo;anticipation positive.<\/p>\n<p>En milieu organisationnel et professionnel, la compr\u00e9hension de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Motivation\">motivation<\/a> d&rsquo;approche guide le leadership transformationnel et la gestion des talents. Les employ\u00e9s motiv\u00e9s par des objectifs d&rsquo;approche (chercher \u00e0 exceller, d\u00e9velopper des comp\u00e9tences novatrices) font preuve d&rsquo;une cr\u00e9ativit\u00e9 sup\u00e9rieure, d&rsquo;une r\u00e9silience accrue face aux \u00e9checs et d&rsquo;un engagement professionnel plus durable que ceux qui sont mus par des objectifs d&rsquo;\u00e9vitement (\u00e9viter de commettre des erreurs, esquiver la d\u00e9sapprobation des sup\u00e9rieurs hi\u00e9rarchiques).<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, la recherche exp\u00e9rimentale a profond\u00e9ment enrichi la conceptualisation des r\u00e9ponses d&rsquo;approche en explorant la complexit\u00e9 de leur impl\u00e9mentation sensorimotrice. Une controverse empirique majeure a oppos\u00e9 le mod\u00e8le de l&rsquo;invariance motrice sp\u00e9cifique au mod\u00e8le de la distance \u00e9valuative. Selon le mod\u00e8le classique d\u00e9fendu par Chen et Bargh (1999), la flexion musculaire \u00e9tait intrins\u00e8quement et automatiquement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;approche, et l&rsquo;extension \u00e0 l&rsquo;\u00e9vitement. Cependant, des travaux ult\u00e9rieurs conduits par Krieglmeyer, Deutsch, De Houwer et Philipp (2010) ont d\u00e9montr\u00e9 que ce lien n&rsquo;est pas rigide au niveau m\u00e9canique : ce qui d\u00e9termine l&rsquo;approche est la modification per\u00e7ue de la distance relative entre soi et l&rsquo;objet, ind\u00e9pendamment du groupe musculaire pr\u00e9cis activ\u00e9 pour accomplir cette r\u00e9duction spatiale.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences affectives, les travaux de Roland Zahn et de Jorge Moll ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 comment les repr\u00e9sentations morales abstraites peuvent recruter les syst\u00e8mes moteurs d&rsquo;approche. Leurs \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) montrent que les sentiments d&rsquo;admiration, d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation morale ou de fiert\u00e9 civique activent conjointement le cortex cingulaire ant\u00e9rieur subg\u00e9nual et le striatum ventral, sugg\u00e9rant que l&rsquo;esprit humain a recycl\u00e9 les m\u00e9canismes d&rsquo;approche physique primaire pour orienter l&rsquo;individu vers des vertus et des comportements prosociaux partag\u00e9s au sein du groupe.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les \u00e9tudes conduites par Eddie Harmon-Jones et ses collaborateurs ont permis de dissocier d\u00e9finitivement la valence \u00e9motionnelle de la direction motivationnelle. En provoquant des \u00e9tats de col\u00e8re chez des participants soumis \u00e0 un enregistrement EEG continu, ces chercheurs ont apport\u00e9 la preuve irr\u00e9futable que la col\u00e8re engendre une hyperactivation du cortex frontal gauche, signature absolue de la r\u00e9ponse d&rsquo;approche. Ce r\u00e9sultat cl\u00e9 a forc\u00e9 l&rsquo;ensemble de la communaut\u00e9 scientifique \u00e0 repenser les architectures affectives, confirmant que l&rsquo;approche peut servir des intentions hostiles et destructrices au m\u00eame titre que des intentions constructives et joyeuses.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Si les circuits neuronaux de la r\u00e9ponse d&rsquo;approche rel\u00e8vent du patrimoine biologique universel de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, leurs cibles l\u00e9gitimes, leur intensit\u00e9 d&rsquo;expression publique et leurs r\u00e9gulations normatives varient de mani\u00e8re frappante selon les contextes culturels.<\/p>\n<p>Dans les cultures individualistes occidentales (notamment en Am\u00e9rique du Nord et en Europe occidentale), la valorisation de l&rsquo;autonomie personelle, de l&rsquo;affirmation de soi et de l&rsquo;atteinte d&rsquo;objectifs uniques encourage fortement l&rsquo;adoption d&rsquo;un cadre motivationnel centr\u00e9 sur l&rsquo;approche. Les individus y sont culturellement socialis\u00e9s \u00e0 rechercher activement les opportunit\u00e9s de promotion, \u00e0 proclamer leurs r\u00e9ussites et \u00e0 manifester une approche affirm\u00e9e dans les relations interpersonnelles, le silence ou l&rsquo;\u00e9vitement \u00e9tant souvent stigmatis\u00e9s comme un manque de confiance.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, dans de nombreuses cultures collectivistes ou interd\u00e9pendantes (notamment en Asie de l&rsquo;Est), l&rsquo;accent normatif est traditionnellement plac\u00e9 sur le maintien de l&rsquo;harmonie du groupe social, la conformit\u00e9 collective et la pr\u00e9vention des conflits. Dans ces environnements, les r\u00e9gulations de type \u00e9vitement (\u00e9viter de d\u00e9cevoir autrui, \u00e9viter de perturber l&rsquo;\u00e9quilibre communautaire) occupent une place centrale dans la vie quotidienne. La r\u00e9ponse d&rsquo;approche y est souvent plus subtile, indirecte et prudente, car une approche directe et conqu\u00e9rante peut y \u00eatre facilement interpr\u00e9t\u00e9e comme une manifestation d&rsquo;arrogance disruptive ou d&rsquo;\u00e9go\u00efsme pr\u00e9judiciable.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les r\u00e8gles d&rsquo;affichage \u00e9motionnel (<em>display rules<\/em>) propres \u00e0 chaque culture d\u00e9terminent la tol\u00e9rance sociale accord\u00e9e \u00e0 certaines r\u00e9ponses d&rsquo;approche combatives comme la col\u00e8re. Tandis que certaines cultures autorisent des approches confrontatives directes pour d\u00e9fendre son honneur ou r\u00e9clamer r\u00e9paration, d&rsquo;autres exigent la transmutation compl\u00e8te de ces impulsions en comportements polic\u00e9s de conciliation et de retrait poli.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 sa puissance explicative, le cadre th\u00e9orique de la r\u00e9ponse d&rsquo;approche soul\u00e8ve plusieurs d\u00e9bats fondamentaux qui animent la litt\u00e9rature contemporaine. L&rsquo;une des principales critiques concerne le risque de simplisme r\u00e9ductionniste inh\u00e9rent \u00e0 la bipolarit\u00e9 approche-\u00e9vitement. Certains th\u00e9oriciens soutiennent que d\u00e9couper l&rsquo;ensemble du r\u00e9pertoire comportemental humain en seulement deux grandes tendances directionnelles (s&rsquo;approcher ou s&rsquo;\u00e9loigner) ampute la psychologie de sa finesse descriptive. Des comportements capitaux tels que l&rsquo;immobilit\u00e9 tonique de sid\u00e9ration (<em>freezing<\/em>), la soumission passive ou la rumination intellectuelle ne se laissent enfermer confortablement ni dans une r\u00e9ponse d&rsquo;approche effective, ni dans un v\u00e9ritable \u00e9vitement physique.<\/p>\n<p>Un autre point de discorde r\u00e9current porte sur la validit\u00e9 \u00e9cologique des paradigmes de laboratoire comme la t\u00e2che d&rsquo;approche-\u00e9vitement (AAT). De nombreux m\u00e9thodologistes soulignent qu&rsquo;un mouvement digital ou manuel d&rsquo;un centim\u00e8tre sur un joystick en r\u00e9ponse \u00e0 une vignette statique sur un \u00e9cran ne saurait capturer fid\u00e8lement la complexit\u00e9 dynamique d&rsquo;une r\u00e9ponse d&rsquo;approche dans la vie r\u00e9elle, o\u00f9 les sollicitations sont multisensorielles, hautement contextualis\u00e9es et charg\u00e9es d&rsquo;incertitudes relationnelles.<\/p>\n<p>Enfin, la distinction stricte entre les processus d&rsquo;approche et d&rsquo;\u00e9vitement est parfois brouill\u00e9e au sein m\u00eame des substrats neuronaux. Des recherches r\u00e9centes en connectomique ont mis en lumi\u00e8re des chevauchements fonctionnels consid\u00e9rables : des r\u00e9gions comme l&rsquo;amygdale basolat\u00e9rale ou le cortex orbitofrontal contiennent des populations de neurones intriqu\u00e9es qui codent alternativement pour la valeur app\u00e9titive et pour la menace aversive. Ce constat sugg\u00e8re que l&rsquo;approche et l&rsquo;\u00e9vitement ne reposent pas sur des syst\u00e8mes c\u00e9r\u00e9braux \u00e9tanches, mais plut\u00f4t sur une dynamique distribu\u00e9e et continuellement n\u00e9goci\u00e9e au sein des m\u00eames r\u00e9seaux corticostriataux.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour clarifier les limites conceptuelles de la r\u00e9ponse d&rsquo;approche, il convient de la contraster rigoureusement avec les notions voisines du champ psychologique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>R\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement :<\/strong> Comportement moteur ou cognitif dirig\u00e9 \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 d&rsquo;un stimulus nocif ou mena\u00e7ant pour accro\u00eetre la distance protectrice. Elle constitue le p\u00f4le oppos\u00e9 direct de la r\u00e9ponse d&rsquo;approche au sein des mod\u00e8les motivationnels vectoriels.<\/li>\n<li><strong>Motivation d&rsquo;approche :<\/strong> Disposition interne, d\u00e9sir ou force psychique sous-jacente qui incite l&rsquo;organisme \u00e0 agir. La motivation d&rsquo;approche d\u00e9signe l&rsquo;\u00e9tat potentiel latent, tandis que la r\u00e9ponse d&rsquo;approche constitue la concr\u00e9tisation observable de cette motivation.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9flexe d&rsquo;orientation :<\/strong> R\u00e9action physiologique et attentionnelle automatique suscit\u00e9e par tout stimulus soudain ou nouveau dans l&rsquo;environnement. Le r\u00e9flexe d&rsquo;orientation pr\u00e9c\u00e8de l&rsquo;\u00e9valuation de valence et ne pr\u00e9juge pas si l&rsquo;organisme initiera ensuite une r\u00e9ponse d&rsquo;approche ou de fuite.<\/li>\n<li><strong>Comportement d&rsquo;exploration :<\/strong> Exploration curieuse d&rsquo;un environnement inconnu sans cible imm\u00e9diate identifi\u00e9e. Contrairement \u00e0 l&rsquo;exploration ouverte, la r\u00e9ponse d&rsquo;approche se caract\u00e9rise par une trajectoire orient\u00e9e vers un but gratifiant d\u00e9j\u00e0 d\u00e9tect\u00e9 ou anticip\u00e9.<\/li>\n<li><strong>App\u00e9tence :<\/strong> D\u00e9sir instinctif ou inclination physiologique marqu\u00e9e pour une substance ou une satisfaction corporelle sp\u00e9cifique (faim, soif, sexualit\u00e9). L&rsquo;app\u00e9tence alimente l&rsquo;intensit\u00e9 de la r\u00e9ponse d&rsquo;approche mais n&rsquo;en constitue pas la dynamique motrice proprement dite.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, la r\u00e9ponse d&rsquo;approche incarne l&rsquo;un des m\u00e9canismes comportementaux et psychologiques les plus primordiaux du r\u00e8gne vivant, permettant \u00e0 l&rsquo;organisme d&rsquo;interagir activement avec les \u00e9l\u00e9ments b\u00e9n\u00e9fiques, gratifiants ou signifiants de son environnement :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle correspond \u00e0 la r\u00e9duction observable de la distance spatiale, temporelle ou symbolique s\u00e9parant un individu d&rsquo;un stimulus renfor\u00e7ateur.<\/li>\n<li>Sur le plan th\u00e9orique, elle est r\u00e9gie par le Syst\u00e8me d&rsquo;Activation Comportementale (BAS) et d\u00e9pend de l&rsquo;activit\u00e9 dopaminergique m\u00e9socorticolimbique ainsi que de l&rsquo;asym\u00e9trie frontale gauche.<\/li>\n<li>Elle ne se limite pas aux affects positifs : la col\u00e8re combative constitue un exemple paradigmatique d&rsquo;\u00e9tat affectif \u00e0 forte motivation d&rsquo;approche.<\/li>\n<li>Ses applications cliniques sont capitales, notamment dans la r\u00e9\u00e9ducation des biais cognitifs li\u00e9s aux addictions et dans l&rsquo;activation comportementale des \u00e9tats d\u00e9pressifs.<\/li>\n<li>Bien qu&rsquo;universelle biologiquement, sa mise en \u0153uvre est modul\u00e9e de fa\u00e7on substantielle par les normes culturelles qui encouragent ou temp\u00e8rent les manifestations explicites du d\u00e9sir et de la conqu\u00eate.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Carver, C. S., &amp; White, T. L. (1994). Behavioral inhibition, behavioral activation, and affective responses to impending reward and punishment: The BIS\/BAS Scales. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 67(2), 319\u2013333. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.67.2.319\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.67.2.319<\/a><\/li>\n<li>Gray, J. A., &amp; McNaughton, N. (2000). <em>The neuropsychology of anxiety: An enquiry into the functions of the septo-hippocampal system<\/em> (2nd ed.). Oxford University Press. <a href=\"https:\/\/global.oup.com\/academic\/product\/the-neuropsychology-of-anxiety-9780198522713\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/global.oup.com\/academic\/product\/the-neuropsychology-of-anxiety-9780198522713<\/a><\/li>\n<li>Harmon-Jones, E., Gable, P. A., &amp; Peterson, C. K. (2010). The role of asymmetric frontal cortical activity in emotion-related tendencies to approach and withdraw. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 98(2), 310\u2013326. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/a0017124\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/a0017124<\/a><\/li>\n<li>Krieglmeyer, R., Deutsch, R., De Houwer, J., &amp; De Houwer, K. (2010). Being on the move: Approach-avoidance behavior in the context of perceived distance change. <em>Journal of Experimental Social Psychology<\/em>, 46(2), 278\u2013285. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jesp.2009.11.002\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.jesp.2009.11.002<\/a><\/li>\n<li>Wiers, R. W., Eberl, C., Rinck, M., Becker, E. S., &amp; Lindenmeyer, J. (2011). Retraining automatic action tendencies changes alcoholic patients&rsquo; approach bias for alcohol and improves treatment outcome. <em>Psychological Science<\/em>, 22(4), 490\u2013497. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1177\/0956797611400615\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1177\/0956797611400615<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La r\u00e9ponse d&rsquo;approche d\u00e9signe le comportement moteur et psychologique par lequel un organisme r\u00e9duit la distance par rapport \u00e0 un stimulus gratifiant ou signifiant.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[459,647,3538],"tags":[10332,34451,14409,4757,34491,34457],"class_list":["post-20769","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-psychologie-cognitive","category-psychologie-comportementale","tag-approche-evitement","tag-comportement-appetitif","tag-motivation-dapproche","tag-neurosciences-cognitives","tag-reponse-dapproche","tag-systeme-bas"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20769","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20769\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20769"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20769"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20769"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}