{"id":20715,"date":"2026-10-24T11:09:01","date_gmt":"2026-10-24T11:09:01","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=apoptose-suicide-cellulaire-programme"},"modified":"2026-10-24T11:09:01","modified_gmt":"2026-10-24T11:09:01","slug":"apoptose-suicide-cellulaire-programme","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=apoptose-suicide-cellulaire-programme","title":{"rendered":"Apoptose : Le suicide cellulaire programm\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Au c\u0153ur de l&rsquo;hom\u00e9ostasie biologique et du d\u00e9veloppement neurocognitif, l&rsquo;apoptose repr\u00e9sente un m\u00e9canisme physiologique fondamental de mort cellulaire hautement r\u00e9gul\u00e9e. Loin d&rsquo;\u00eatre un simple ph\u00e9nom\u00e8ne destructeur, ce processus ordonn\u00e9 sculpte l&rsquo;architecture c\u00e9r\u00e9brale embryonnaire, affine les r\u00e9seaux synaptiques et pr\u00e9serve l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 fonctionnelle des syst\u00e8mes nerveux face aux agressions environnementales et au stress chronique. En neuropsychologie, en biologie du comportement et en psychiatrie biologique, la compr\u00e9hension des voies apoptotiques s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour \u00e9lucider l&rsquo;\u00e9tiologie des troubles neurod\u00e9veloppementaux, des affections neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives et des d\u00e9sordres de l&rsquo;humeur.<\/p>\n<h2>L&rsquo;Apoptose<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;<strong>apoptose<\/strong> d\u00e9signe une forme g\u00e9n\u00e9tiquement programm\u00e9e, ordonn\u00e9e et hautement conserv\u00e9e au cours de l&rsquo;\u00e9volution de mort cellulaire, par laquelle un organisme multicellulaire \u00e9limine activement les cellules superflues, endommag\u00e9es, s\u00e9nescentes ou potentiellement d\u00e9l\u00e9t\u00e8res sans d\u00e9clencher de r\u00e9action inflammatoire n\u00e9faste pour les tissus environnants.<\/p>\n<p>Sur le plan morphologique et biochimique, ce processus se distingue formellement de la n\u00e9crose accidentelle. Il se caract\u00e9rise par une cascade d&rsquo;\u00e9v\u00e9nements intracellulaires rigoureusement coordonn\u00e9es, incluant le r\u00e9tr\u00e9cissement cellulaire, la condensation et la fragmentation de la chromatine nucl\u00e9aire (pycnose et caryorrhexie), le bourgeonnement de la membrane plasmique et la formation subs\u00e9quente de corps apoptotiques entour\u00e9s d&rsquo;une membrane intacte. Ces d\u00e9bris sont ensuite \u00e9limin\u00e9s par phagocytose par les macrophages ou les cellules parenchymateuses voisines via des signaux de reconnaissance sp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p>Dans le contexte des neurosciences, de la neuropsychologie et de la psychobiologie, l&rsquo;apoptose neuronale constitue un m\u00e9canisme fondamental lors de l&rsquo;ontogen\u00e8se c\u00e9r\u00e9brale. Durant la neurogen\u00e8se et la synaptogen\u00e8se, pr\u00e8s de la moiti\u00e9 des neurones initialement g\u00e9n\u00e9r\u00e9s sont s\u00e9lectivement \u00e9limin\u00e9s pour optimiser les connexions synaptiques et adapter les circuits neuronaux \u00e0 leurs cibles cibles trophiques. \u00c0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, une d\u00e9r\u00e9gulation de l&rsquo;apoptose sous-tend des pathologies majeures, allant de la neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence progressive observ\u00e9e dans les d\u00e9mences \u00e0 l&rsquo;atrophie hippocampique document\u00e9e dans le trouble d\u00e9pressif majeur r\u00e9fractaire.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab apoptose \u00bb trouve son origine dans le grec ancien <em>ap\u00f3pt\u014dsis<\/em> (\u1f00\u03c0\u03cc\u03c0\u03c4\u03c9\u03c3\u03b9\u03c2), substantif d\u00e9riv\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ap\u00f3<\/em> (\u1f00\u03c0\u03cc, signifiant \u00ab loin de \u00bb, \u00ab en s&rsquo;\u00e9loignant \u00bb ou \u00ab s\u00e9paration \u00bb) et du verbe <em>p\u00edptein<\/em> (\u03c0\u03af\u03c0\u03c4\u03b5\u03b9\u03bd, signifiant \u00ab tomber \u00bb). Dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 grecque, ce mot po\u00e9tique et descriptif \u00e9tait notamment utilis\u00e9 par Hippocrate et d&rsquo;autres m\u00e9decins pour d\u00e9signer la chute des feuilles des arbres en automne ou la perte spontan\u00e9e des p\u00e9tales de fleurs fl\u00e9tries, illustrant ainsi un d\u00e9tachement naturel, ordonn\u00e9 et cyclique indispensable au renouveau vital.<\/p>\n<p>Ce terme a \u00e9t\u00e9 r\u00e9introduit dans le lexique scientifique moderne en 1972 par le pathologiste australien John Kerr et ses coll\u00e8gues \u00e9cossais Andrew Wyllie et Alastair Currie dans un article fondateur publi\u00e9 dans le <em>British Journal of Cancer<\/em>. Les auteurs cherchaient un mot pr\u00e9cis pour distinguer cette forme morphologique particuli\u00e8re de d\u00e9gradation cellulaire coordonn\u00e9e, programm\u00e9e et non destructrice de la n\u00e9crose passive cons\u00e9cutive \u00e0 une agression traumatique ou isch\u00e9mique aigu\u00eb.<\/p>\n<p>L&rsquo;adoption rapide du terme dans la litt\u00e9rature francophone a consolid\u00e9 l&rsquo;utilisation du substantif f\u00e9minin \u00ab l&rsquo;apoptose \u00bb (ou <em>apoptosis<\/em> en anglais), s&rsquo;imposant d\u00e9sormais dans tous les champs de la biologie m\u00e9dicale, des neurosciences fondamentales et de la psychophysiologie cellulaire.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan grammatical, le mot <strong>apoptose<\/strong> est un nom commun f\u00e9minin singulier (pluriel : <em>apoptoses<\/em>). Selon les conventions de phon\u00e9tique de l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international (API), il se prononce commun\u00e9ment \/a.p\u0254p.toz\/ ou parfois \/a.p\u0254.toz\/ dans la tradition anglo-saxonne qui omet l&rsquo;articulation de la consonne occlusive sourde [p], bien que la prononciation francophone standard pr\u00e9serve l&rsquo;articulation pleine de toutes les consonnes composant le radical.<\/p>\n<p>Les d\u00e9riv\u00e9s morphologiques courants dans le langage scientifique incluent l&rsquo;adjectif <strong>apoptotique<\/strong> (\/a.p\u0254p.t\u0254.tik\/), qui qualifie tout processus, signal ou morphologie li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;apoptose (par exemple, \u00ab corps apoptotique \u00bb, \u00ab voie apoptotique \u00bb, \u00ab signal pro-apoptotique \u00bb). \u00c0 l&rsquo;inverse, les m\u00e9canismes qui emp\u00eachent ou freinent cette cascade sont qualifi\u00e9s d&rsquo;<strong>anti-apoptotiques<\/strong>.<\/p>\n<p>Dans le discours clinique et neuroscientifique, le terme s&#8217;emploie principalement au singulier pour d\u00e9signer le m\u00e9canisme biologique global, tandis que le pluriel renvoie \u00e0 des vagues distinctes d&rsquo;\u00e9limination cellulaire survenant \u00e0 des stades pr\u00e9cis du d\u00e9veloppement f\u0153tal ou dans des zones anatomiques distinctes du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>L&rsquo;apoptose est un processus d&rsquo;autodestruction cellulaire active, m\u00e9taboliquement d\u00e9pendant et orchestr\u00e9 par un r\u00e9seau complexe de signaux mol\u00e9culaires. Contrairement aux formes lytiques de mort cellulaire telles que la n\u00e9crose ou la pyroptose, l&rsquo;apoptose pr\u00e9serve l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la membrane plasmique jusqu&rsquo;aux stades terminaux de la phagocytose. Cette imperm\u00e9abilit\u00e9 membranaire emp\u00eache la lib\u00e9ration de mol\u00e9cules intracellulaires cytotoxiques et de m\u00e9diateurs pro-inflammatoires (les motifs mol\u00e9culaires associ\u00e9s aux d\u00e9g\u00e2ts ou DAMP), \u00e9vitant ainsi d&rsquo;endommager les tissus sains adjacents ou d&rsquo;induire une neuro-inflammation secondaire.<\/p>\n<p>Sur le plan physiologique, le d\u00e9clenchement de l&rsquo;apoptose repose sur deux voies principales d&rsquo;activation : la <strong>voie intrins\u00e8que<\/strong> (ou mitochondriale) et la <strong>voie extrins\u00e8que<\/strong> (initi\u00e9e par des r\u00e9cepteurs de mort membranaires). La voie intrins\u00e8que est stimul\u00e9e par des signaux de stress intracellulaires, tels que les cassures irr\u00e9parables de l&rsquo;ADN, le stress oxydatif, la surcharge en ions calcium ou la privation prolong\u00e9e en facteurs neurotrophiques comme le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Brain-derived_neurotrophic_factor\">facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau<\/a> (BDNF). Cette voie est r\u00e9gul\u00e9e par les prot\u00e9ines de la famille Bcl-2, qui modulent la perm\u00e9abilisation de la membrane externe des mitochondries, entra\u00eenant la lib\u00e9ration de cytochrome c dans le cytosol. Ce dernier participe \u00e0 la formation de l&rsquo;apoptosome, complexe mol\u00e9culaire activant les caspases initiatrices (caspase-9).<\/p>\n<p>La voie extrins\u00e8que, quant \u00e0 elle, s&rsquo;amorce \u00e0 la surface cellulaire lorsque des ligands sp\u00e9cifiques se lient \u00e0 des r\u00e9cepteurs de mort transmembranaires appartenant \u00e0 la superfamille du r\u00e9cepteur au facteur de n\u00e9crose tumorale (TNF-R1, Fas\/CD95). Cette liaison recrute des mol\u00e9cules adaptatrices cytosoliques qui assemblent le complexe d&rsquo;induction de la mort (DISC), stimulant directement la caspase-8 ou la caspase-10. Les deux voies convergent finalement vers l&rsquo;activation des m\u00eames enzymes effectrices : les caspases-3, -6 et -7. Ces endopeptidases \u00e0 cyst\u00e9ine clivent de mani\u00e8re ordonn\u00e9e des centaines de substrats structuraux et r\u00e9gulateurs essentiels, orchestrant la d\u00e9molition m\u00e9thodique de la cellule.<\/p>\n<p>Dans le syst\u00e8me nerveux, l&rsquo;apoptose transcende la simple cytologie pour devenir un d\u00e9terminant structurel du comportement. Durant les phases critiques du d\u00e9veloppement c\u00e9r\u00e9bral, la survie des neurones d\u00e9pend de leur capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9tablir des connexions fonctionnelles avec leurs cibles et \u00e0 capter une quantit\u00e9 suffisante de neurotrophines. Les neurones qui ne parviennent pas \u00e0 int\u00e9grer de mani\u00e8re efficiente les r\u00e9seaux synaptiques ou qui re\u00e7oivent des influx aberrants activent la machinerie apoptotique. Ce processus d&rsquo;\u00e9limination comp\u00e9titive garantit que seuls les circuits neuronaux fonctionnels et optimis\u00e9s persistent, \u00e9tablissant les fondements de la plasticit\u00e9 synaptique, de l&rsquo;apprentissage et de l&rsquo;\u00e9quilibre cognitif ult\u00e9rieur.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, l&rsquo;apoptose neuronale est normalement restreinte et soumise \u00e0 une inhibition \u00e9troite pour assurer la p\u00e9rennit\u00e9 des m\u00e9moires et la stabilit\u00e9 des fonctions int\u00e9gratives. N\u00e9anmoins, en situation de stress psychosocial chronique, de toxicit\u00e9 aux glucocortico\u00efdes ou d&rsquo;isch\u00e9mie transitoire, ce m\u00e9canisme peut \u00eatre r\u00e9activ\u00e9 de fa\u00e7on anormale. L&rsquo;hyperactivation apoptotique dans des r\u00e9gions particuli\u00e8rement vuln\u00e9rables, comme le gyrus dent\u00e9 de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hippocampe_(cerveau)\">hippocampe<\/a> ou le cortex pr\u00e9frontal, contribue directement au d\u00e9clin mn\u00e9sique, aux troubles ex\u00e9cutifs et aux perturbations de la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle observ\u00e9s dans divers troubles psychiatriques.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>Bien que la reconnaissance formelle de l&rsquo;apoptose en tant qu&rsquo;entit\u00e9 biologique distincte remonte aux ann\u00e9es 1970, des observations microscopiques pionni\u00e8res de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence cellulaire programm\u00e9e ont \u00e9t\u00e9 document\u00e9es d\u00e8s le milieu du XIXe si\u00e8cle. En 1842, le biologiste germano-balte Carl Vogt est le premier \u00e0 consigner la disparition pr\u00e9visible et ordonn\u00e9e de cellules de la chorde dorsale lors de la m\u00e9tamorphose des t\u00eatards d&rsquo;amphibiens. Quelques d\u00e9cennies plus tard, en 1885, l&rsquo;anatomiste Walther Flemming d\u00e9crit la \u00ab chromatolyse \u00bb, processus par lequel les cellules des follicules ovariens en d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence condensent et d\u00e9sagr\u00e8gent leur mat\u00e9riel nucl\u00e9aire.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, les embryologistes constatent que la mort cellulaire fait partie int\u00e9grante du d\u00e9veloppement normal des vert\u00e9br\u00e9s. Cependant, ces observations restent isol\u00e9es et sont per\u00e7ues comme des anomalies accidentelles plut\u00f4t que comme un programme g\u00e9n\u00e9tique coordonn\u00e9. Le tournant d\u00e9cisif survient en 1972 avec les travaux de John Kerr, Andrew Wyllie et Alastair Currie. En s&rsquo;appuyant sur la microscopie \u00e9lectronique, ils d\u00e9montrent que la mort cellulaire programm\u00e9e pr\u00e9sente des caract\u00e9ristiques ultrastructurales constantes et universelles dans des tissus vari\u00e9s, et proposent officiellement le nom d&rsquo;<strong>apoptose<\/strong> pour la diff\u00e9rencier de la n\u00e9crose.<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1980 et 1990, la g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire r\u00e9volutionne ce domaine gr\u00e2ce aux travaux sur le ver n\u00e9matode <em>Caenorhabditis elegans<\/em>, conduits principalement par Sydney Brenner, H. Robert Horvitz et John Sulston (qui recevront le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 2002). Horvitz identifie les g\u00e8nes sp\u00e9cifiques contr\u00f4lant l&rsquo;\u00e9limination pr\u00e9cise de 131 cellules sur les 1090 g\u00e9n\u00e9r\u00e9es au cours du d\u00e9veloppement du ver : <em>ced-3<\/em> et <em>ced-4<\/em> (pro-apoptotiques) et <em>ced-9<\/em> (anti-apoptotique). La d\u00e9couverte des homologues de ces g\u00e8nes chez les mammif\u00e8res, notamment les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Caspase\">caspases<\/a> et la famille Bcl-2, prouve que l&rsquo;apoptose est un programme phylog\u00e9n\u00e9tiquement conserv\u00e9 chez tous les m\u00e9tazoaires.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences, les d\u00e9couvertes de Rita Levi-Montalcini et Viktor Hamburger sur le facteur de croissance nerveuse (NGF) dans les ann\u00e9es 1950 avaient d\u00e9j\u00e0 sugg\u00e9r\u00e9 l&rsquo;existence d&rsquo;une comp\u00e9tition trophique contr\u00f4lant la survie des neurones. La jonction entre l&#8217;embryologie du syst\u00e8me nerveux et la biologie mol\u00e9culaire de l&rsquo;apoptose s&rsquo;est op\u00e9r\u00e9e dans les ann\u00e9es 1990, lorsque les chercheurs ont d\u00e9montr\u00e9 que la mort naturelle des neurones sensoriels et moteurs pendant le neurod\u00e9veloppement est m\u00e9di\u00e9e par l&rsquo;activation des caspases en l&rsquo;absence de signaux de trophicit\u00e9 r\u00e9trograde.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;apoptose en biologie et en psychoneurobiologie s&rsquo;appuie sur plusieurs cadres th\u00e9oriques compl\u00e9mentaires qui expliquent son r\u00f4le \u00e9volutif, syst\u00e9mique et fonctionnel au sein des organismes sup\u00e9rieurs :<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de la s\u00e9lection trophique ou neurotrophique :<\/strong> Formul\u00e9e \u00e0 partir des observations fondamentales de Viktor Hamburger et Rita Levi-Montalcini, cette th\u00e9orie postule que les neurones sont initialement g\u00e9n\u00e9r\u00e9s en surnombre au cours du d\u00e9veloppement pr\u00e9coce. Leur survie d\u00e9pend de leur capacit\u00e9 \u00e0 projeter des axones vers leurs territoires cibles et \u00e0 capter des quantit\u00e9s limit\u00e9es de substances neurotrophiques r\u00e9trogrades produites par ces cibles. Les neurones qui \u00e9chouent dans cette comp\u00e9tition trophique d\u00e9clenchent leur propre mort par apoptose. Ce m\u00e9canisme darwinien \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle cellulaire adapte quantitativement la population neuronale \u00e0 la taille et aux exigences physiologiques des cibles innerv\u00e9es.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie du \u00ab suicide par d\u00e9faut \u00bb (Default Pathway) :<\/strong> D\u00e9velopp\u00e9e par des immunologistes et des biologistes cellulaires comme Martin Raff, cette th\u00e9orie stipule que la plupart des cellules de vert\u00e9br\u00e9s, y compris les cellules souches neurales et les neurones immatures, sont pr\u00e9programm\u00e9es pour s&rsquo;autod\u00e9truire en permanence. Leur survie n\u00e9cessite un apport continu de signaux biochimiques extracellulaires r\u00e9presseurs (tels que des facteurs de croissance, des contacts avec la matrice extracellulaire et des interactions cellulaires appropri\u00e9es). D\u00e8s lors que ces signaux r\u00e9gulateurs disparaissent ou passent sous un seuil critique, la machinerie apoptotique intrins\u00e8que est automatiquement lev\u00e9e et enclenche la destruction de la cellule.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;hypoth\u00e8se du remodelage plastique et de l&rsquo;adaptation :<\/strong> Au niveau psychologique et cognitif, l&rsquo;apoptose s&rsquo;int\u00e8gre dans le concept plus large de plasticit\u00e9 neuronale. Durant les p\u00e9riodes critiques du d\u00e9veloppement c\u00e9r\u00e9bral de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;adolescent, l&rsquo;\u00e9limination des connexions redondantes et des corps cellulaires surnum\u00e9raires fa\u00e7onne les colonnes corticales et \u00e9pure les synapses. Ce processus permet une transmission de l&rsquo;information plus rapide et plus pr\u00e9cise, r\u00e9duisant le bruit neural et optimisant le rapport co\u00fbt-efficacit\u00e9 m\u00e9tabolique du cerveau mature.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;apoptose repose sur un agencement biochimique pr\u00e9cis qui peut \u00eatre d\u00e9compos\u00e9 selon ses voies d&rsquo;activation, ses acteurs enzymatiques r\u00e9gulateurs et ses manifestations morphologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La voie intrins\u00e8que (ou mitochondriale) :<\/strong> D\u00e9clench\u00e9e par des signaux de d\u00e9tresse cellulaire interne (l\u00e9sions de l&rsquo;ADN, stress du r\u00e9ticulum endoplasmique, \u00e9l\u00e9vation d\u00e9l\u00e9t\u00e8re du calcium cytosolique). Elle implique l&rsquo;oligom\u00e9risation des prot\u00e9ines pro-apoptotiques Bax et Bak \u00e0 la membrane externe de la mitochondrie, provoquant la rupture du potentiel transmembranaire et la lib\u00e9ration de mol\u00e9cules cl\u00e9s comme le cytochrome c et Smac\/DIABLO dans le cytoplasme.<\/li>\n<li><strong>La voie extrins\u00e8que (ou m\u00e9di\u00e9e par r\u00e9cepteurs de mort) :<\/strong> Initi\u00e9e par la liaison de ligands extracellulaires sp\u00e9cifiques (FasL, TRAIL, TNF-alpha) \u00e0 leurs r\u00e9cepteurs membranaires tridimensionnels. Cette interaction recrute la prot\u00e9ine adaptatrice FADD (Fas-Associated Death Domain) et permet la trans-activation autocatalytique de la caspase-8.<\/li>\n<li><strong>La famille des prot\u00e9ines Bcl-2 :<\/strong> R\u00e9gulateurs centraux de la perm\u00e9abilit\u00e9 mitochondriale, divis\u00e9s en prot\u00e9ines anti-apoptotiques (Bcl-2, Bcl-xL, Mcl-1) qui prot\u00e8gent la cellule en s\u00e9questrant leurs homologues toxiques, en prot\u00e9ines pro-apoptotiques multidomaines (Bax, Bak) qui perforent la membrane mitochondriale, et en prot\u00e9ines \u00e0 domaine BH3-seul (Bad, Bim, Bid, Puma, Noxa) agissant comme des sentinelles directes des stress environnementaux.<\/li>\n<li><strong>Le complexe de l&rsquo;apoptosome :<\/strong> Assemblage heptam\u00e9rique en forme de roue constitu\u00e9 de la prot\u00e9ine cytosolique Apaf-1, de dATP et du cytochrome c lib\u00e9r\u00e9. Cette structure constitue la plateforme d&rsquo;activation directe de la procaspase-9.<\/li>\n<li><strong>La cascade prot\u00e9olytique des caspases :<\/strong> Enzymes \u00e0 clivage cibl\u00e9, s\u00e9par\u00e9es fonctionnellement en caspases initiatrices (caspases-8, -9, -10), responsables de l&rsquo;amplification du signal, et caspases effectrices (caspases-3, -6, -7), qui hydrolysent les prot\u00e9ines structurelles comme la lamine nucl\u00e9aire, l&rsquo;actine et l&rsquo;enzyme de r\u00e9paration de l&rsquo;ADN PARP.<\/li>\n<li><strong>La clairance phagocytaire (eff\u00e9rocytose) :<\/strong> \u00c9tape terminale au cours de laquelle la cellule apoptotique externalise des phosphatidyls\u00e9rines sur le feuillet externe de sa membrane plasmique. Ce signal \u00ab mangez-moi \u00bb (<em>eat-me signal<\/em>) stimule l&rsquo;engloutissement rapide et sans cicatrice inflammatoire par la microglie c\u00e9r\u00e9brale ou les macrophages p\u00e9riph\u00e9riques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux saisir le r\u00f4le critique de l&rsquo;apoptose, plusieurs situations physiologiques et psychopathologiques concr\u00e8tes fournissent des \u00e9clairages significatifs :<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;organogen\u00e8se f\u0153tale et la morphologie des extr\u00e9mit\u00e9s :<\/strong> L&rsquo;un des exemples classiques de l&rsquo;apoptose concerne la formation des doigts et des orteils chez l&#8217;embryon humain. Initialement, les mains et les pieds se d\u00e9veloppent sous la forme de palettes pleines. C&rsquo;est l&rsquo;apoptose massive et s\u00e9lective des cellules du tissu conjonctif interdigital, programm\u00e9e \u00e0 des stades temporels stricts, qui permet la s\u00e9paration individuelle des doigts. L&rsquo;\u00e9chec partiel ou complet de ce processus apoptotique conduit \u00e0 des malformations cong\u00e9nitales comme la syndactylie.<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9veloppement des colonnes du cortex c\u00e9r\u00e9bral :<\/strong> Durant le deuxi\u00e8me trimestre de gestation, les zones sous-ventriculaires g\u00e9n\u00e8rent une profusion de neurones pyramidaux corticaux. Environ 20 \u00e0 50 % de ces neurones embryonnaires subissent une mort programm\u00e9e par apoptose avant la naissance. Cette \u00e9limination massive \u00e9limine les cellules qui ne parviennent pas \u00e0 croiser leurs axones \u00e0 travers le corps calleux ou \u00e0 \u00e9tablir des contacts synaptiques coh\u00e9rents avec le thalamus, garantissant la synchronisation fonctionnelle des circuits corticaux sous-jacents aux futures capacit\u00e9s de raisonnement abstrait et de langage.<\/p>\n<p><strong>L&rsquo;atrophie hippocampique dans le trouble d\u00e9pressif majeur :<\/strong> Chez un individu souffrant d&rsquo;un stress psychosocial intense et chronique, l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HHS) s&#8217;emballe, entra\u00eenant une s\u00e9cr\u00e9tion continue et \u00e9lev\u00e9e de cortisol. Ce stress hormonal alt\u00e8re l&rsquo;expression g\u00e9nique du BDNF dans le gyrus dent\u00e9 de l&rsquo;hippocampe, une zone qui conserve une neurogen\u00e8se active \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte. La baisse de BDNF prive les n\u00e9o-neurones de leur signal trophique vital, d\u00e9clenchant leur entr\u00e9e en apoptose intrins\u00e8que. Cliniquement, ce ph\u00e9nom\u00e8ne se traduit par une r\u00e9duction mesurable du volume de l&rsquo;hippocampe \u00e0 l&rsquo;IRM, associ\u00e9e \u00e0 des troubles mn\u00e9siques \u00e9pisodiques et \u00e0 un sentiment persistant d&rsquo;impuissance apprise.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation et la quantification de l&rsquo;apoptose constituent des enjeux majeurs tant en biologie exp\u00e9rimentale qu&rsquo;en recherche clinique appliqu\u00e9e aux neurosciences :<\/p>\n<p><strong>Marquage de la fragmentation de l&rsquo;ADN par la m\u00e9thode TUNEL :<\/strong> L&rsquo;essai TUNEL (<em>Terminal deoxynucleotidyl transferase dUTP Nick End Labeling<\/em>) est l&rsquo;une des techniques histologiques de r\u00e9f\u00e9rence. Cette m\u00e9thode repose sur l&rsquo;utilisation de l&rsquo;enzyme transf\u00e9rase terminale pour catalyser l&rsquo;addition de nucl\u00e9otides marqu\u00e9s par fluorescence ou immuno-d\u00e9tectables sur les extr\u00e9mit\u00e9s 3&prime;-OH libres issues des cassures internucl\u00e9osomiques de l&rsquo;ADN g\u00e9nomique, r\u00e9v\u00e9lant les noyaux en cours de caryorrhexie.<\/p>\n<p><strong>Cytom\u00e9trie en flux et marquage \u00e0 l&rsquo;annexine V :<\/strong> En laboratoire, la cytom\u00e9trie en flux permet de discriminer avec pr\u00e9cision les cellules vivantes, n\u00e9crotiques et apoptotiques. L&rsquo;annexine V, une prot\u00e9ine ayant une forte affinit\u00e9 pour la phosphatidyls\u00e9rine, se lie \u00e0 cette mol\u00e9cule normalement confin\u00e9e au feuillet interne de la membrane plasmique mais expos\u00e9e \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur d\u00e8s les phases pr\u00e9coces de l&rsquo;apoptose. En combinant l&rsquo;annexine V avec un marqueur d&rsquo;exclusion d&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 membranaire comme l&rsquo;iodure de propidium (PI), les chercheurs distinguent les cellules en apoptose pr\u00e9coce (Annexine V+, PI-) de celles en n\u00e9crose ou apoptose tardive (Annexine V+, PI+).<\/p>\n<p><strong>Dosage biochimique de l&rsquo;activit\u00e9 des caspases :<\/strong> La lyse de tissus ou d&rsquo;extraits cellulaires permet de mesurer l&rsquo;activit\u00e9 enzymatique des caspases ex\u00e9cutrices (principalement la caspase-3) \u00e0 l&rsquo;aide de substrats peptidiques synth\u00e9tiques coupl\u00e9s \u00e0 des fluorochromes ou des chromophores (comme le peptide DEVD-pNA). Le clivage du substrat \u00e9met un signal quantitatif proportionnel au degr\u00e9 d&rsquo;induction apoptotique dans l&rsquo;\u00e9chantillon analys\u00e9.<\/p>\n<p><strong>Imagerie mol\u00e9culaire non invasive in vivo :<\/strong> En imagerie pr\u00e9clinique et clinique, le d\u00e9veloppement de radiotraceurs pour la tomographie par \u00e9mission de positons (TEP), ciblant l&rsquo;annexine V radiomarqu\u00e9e au techn\u00e9tium-99m ou des inhibiteurs marqu\u00e9s de la caspase-3, permet d\u00e9sormais de visualiser et de cartographier spatialement les vagues d&rsquo;apoptose en temps r\u00e9el dans le cerveau vivant lors d&rsquo;accidents vasculaires c\u00e9r\u00e9braux ou d&rsquo;enc\u00e9phalopathies aigu\u00ebs.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension fine des cascades apoptotiques \u00e9claire de multiples dimensions des disciplines m\u00e9dicales et de la sant\u00e9 mentale :<\/p>\n<p><strong>Pharmacologie psychiatrique et antid\u00e9presseurs :<\/strong> Les th\u00e9rapeutiques pharmacologiques modernes de la d\u00e9pression s\u00e9v\u00e8re ciblent indirectement l&rsquo;apoptose. Les inhibiteurs s\u00e9lectifs de la recapture de la s\u00e9rotonine (ISRS) et les mol\u00e9cules rapides comme la k\u00e9tamine stimulent la cascade de signalisation intracellulaire TrkB\/Akt, augmentant la transcription de BDNF et de la prot\u00e9ine anti-apoptotique Bcl-2. En inhibant la mort par apoptose des cellules prog\u00e9nitrices neurales et en stimulant la synaptogen\u00e8se dans l&rsquo;hippocampe, ces traitements restaurent la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale et favorisent la r\u00e9mission clinique des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs.<\/p>\n<p><strong>Maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives :<\/strong> Dans la maladie d&rsquo;Alzheimer, l&rsquo;accumulation de peptides b\u00eata-amylo\u00efdes oligom\u00e9riques et d&rsquo;enchev\u00eatrements neurofibrillaires de prot\u00e9ine tau hyperphosphoryl\u00e9e active de fa\u00e7on pathologique la voie mitochondriale de l&rsquo;apoptose dans les neurones cholinergiques et corticaux. La mise au point d&rsquo;agents pharmacologiques capables d&rsquo;inhiber sp\u00e9cifiquement les caspases initiatrices ou de bloquer le pore de transition de perm\u00e9abilit\u00e9 mitochondriale (mPTP) repr\u00e9sente une piste pour freiner la progression du d\u00e9clin cognitif.<\/p>\n<p><strong>Neuroprotection post-traumatique et isch\u00e9mique :<\/strong> Lors d&rsquo;un traumatisme cr\u00e2nien ou d&rsquo;un infarctus c\u00e9r\u00e9bral aigu, une zone centrale de n\u00e9crose imm\u00e9diate se forme. Cependant, la zone p\u00e9riph\u00e9rique \u2013 appel\u00e9e \u00ab p\u00e9nombre isch\u00e9mique \u00bb \u2013 est le si\u00e8ge d&rsquo;une apoptose diff\u00e9r\u00e9e qui se prolonge pendant plusieurs jours. Les interventions d&rsquo;urgence visant \u00e0 bloquer les voies de l&rsquo;apoptose dans cette p\u00e9nombre permettent de sauver des contingents majeurs de neurones fonctionnels, r\u00e9duisant les s\u00e9quelles cognitives et motrices \u00e0 long terme chez les patients r\u00e9habilit\u00e9s.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les recherches contemporaines en psychobiologie et en neurologie cellulaire mettent en lumi\u00e8re des corr\u00e9lations rigoureuses entre la d\u00e9r\u00e9gulation apoptotique et les alt\u00e9rations fonctionnelles c\u00e9r\u00e9brales. Les \u00e9tudes post-mortem pionni\u00e8res coordonn\u00e9es par des neuropathologistes comme Lucassen et ses collaborateurs ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une densit\u00e9 accrue de neurones immunor\u00e9actifs \u00e0 la caspase-3 activ\u00e9e dans le cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et l&rsquo;hippocampe d&rsquo;individus ayant souffert de d\u00e9pression majeure non trait\u00e9e par rapport \u00e0 des t\u00e9moins sains appari\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le domaine du stress pr\u00e9coce, les recherches de Meaney et de ses coll\u00e8gues sur des mod\u00e8les murins ont d\u00e9montr\u00e9 que la privation maternelle durant les premiers stades postnataux alt\u00e8re de mani\u00e8re \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique la m\u00e9thylation des promoteurs de g\u00e8nes r\u00e9gulateurs des r\u00e9cepteurs aux glucocortico\u00efdes. Cette modification entra\u00eene une lib\u00e9ration accrue de corticost\u00e9rone, suivie d&rsquo;une hyperactivation de la voie pro-apoptotique m\u00e9di\u00e9e par la prot\u00e9ine Bax dans le syst\u00e8me limbique, associ\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte \u00e0 des d\u00e9ficits d&rsquo;extinction de la peur et \u00e0 une anxi\u00e9t\u00e9 accrue.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les \u00e9tudes g\u00e9n\u00e9tiques utilisant des mod\u00e8les d&rsquo;animaux g\u00e9n\u00e9tiquement modifi\u00e9s (knock-out) pour les g\u00e8nes <em>Casp3<\/em> ou <em>Bcl-x<\/em>, men\u00e9es notamment par des \u00e9quipes affili\u00e9es au National Institute of Mental Health (NIMH), confirment que l&rsquo;inhibition totale de l&rsquo;apoptose durant l&#8217;embryogen\u00e8se entra\u00eene des anomalies structurales majeures : le cerveau se d\u00e9veloppe de mani\u00e8re hypertrophi\u00e9e (m\u00e9galenc\u00e9phalie) et pr\u00e9sente des replis ectopiques chaotiques de la substance grise, conduisant in\u00e9vitablement \u00e0 des crises d&rsquo;\u00e9pilepsie pr\u00e9coces et \u00e0 la mort p\u00e9rinatale.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Si les m\u00e9canismes mol\u00e9culaires de l&rsquo;apoptose constituent des r\u00e9alit\u00e9s biologiques universelles communes \u00e0 l&rsquo;ensemble de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, la mod\u00e9lisation de la mort cellulaire programm\u00e9e et son int\u00e9gration dans les discours sur la sant\u00e9 mentale sont influenc\u00e9es par les paradigmes m\u00e9dicaux et culturels contemporains.<\/p>\n<p>Dans la culture biom\u00e9dicale occidentale, l&rsquo;apoptose est souvent m\u00e9taphoris\u00e9e comme un \u00ab suicide cellulaire altruiste \u00bb ou une strat\u00e9gie d&rsquo;auto-\u00e9limination sacrificielle au b\u00e9n\u00e9fice de l&rsquo;organisme tout entier. Ce recours \u00e0 des m\u00e9taphores anthropomorphiques peut parfois brouiller la communication clinique aupr\u00e8s des patients, notamment lorsqu&rsquo;on aborde les causes neurobiologiques de la d\u00e9pression ou des maladies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives, en risquant d&rsquo;assimiler confus\u00e9ment la mort de neurones individuels \u00e0 des pens\u00e9es suicidaires ou \u00e0 une fatalit\u00e9 autodestructrice de la psych\u00e9 du sujet.<\/p>\n<p>Dans les approches transculturelles de la psychopathologie, il est d\u00e9sormais document\u00e9 que l&rsquo;impact physiologique du stress chronique \u2013 puissant inducteur d&rsquo;apoptose hippocampique via les glucocortico\u00efdes \u2013 varie selon le tissu de soutien social, les croyances spirituelles et les pratiques d&rsquo;adaptation propres aux diff\u00e9rentes communaut\u00e9s. Le sentiment d&rsquo;isolement social ou la pr\u00e9carit\u00e9 structurelle, modul\u00e9s par les in\u00e9galit\u00e9s socio-\u00e9conomiques mondiales, cr\u00e9ent des gradients de vuln\u00e9rabilit\u00e9 biologique mesurables par des taux diff\u00e9rentiels de biomarqueurs de stress oxydatif et d&rsquo;apoptose tissulaire.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Le paradigme de l&rsquo;apoptose suscite plusieurs controverses et discussions au sein de la communaut\u00e9 scientifique :<\/p>\n<p><strong>Le clivage binaire strict entre apoptose et n\u00e9crose :<\/strong> Historiquement, les scientifiques ont oppos\u00e9 une n\u00e9crose purement passive et d\u00e9sordonn\u00e9e \u00e0 une apoptose noble et ordonn\u00e9e. Les d\u00e9couvertes contemporaines ont largement nuanc\u00e9 cette dichotomie avec l&rsquo;identification de formes hybrides de mort cellulaire programm\u00e9e r\u00e9gul\u00e9e mais pro-inflammatoires, comme la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/N%C3%A9croptose\">n\u00e9croptose<\/a>, la pyroptose ou la ferroptose (mort d\u00e9pendante du fer et de la peroxydation lipidique). Certains pathologistes d\u00e9battent du fait que de nombreuses pertes de cellules neurales attribu\u00e9es dans le pass\u00e9 \u00e0 l&rsquo;apoptose rel\u00e8vent en r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une n\u00e9croptose complexe impliquant les kinases RIPK1 et RIPK3.<\/p>\n<p><strong>La r\u00e9versibilit\u00e9 de l&rsquo;apoptose (l&rsquo;anastase) :<\/strong> Un d\u00e9bat \u00e9merge autour de la d\u00e9couverte de l&rsquo;\u00ab anastase \u00bb (du grec signifiant \u00ab r\u00e9surrection \u00bb), un processus par lequel des cellules ayant d\u00e9j\u00e0 amorc\u00e9 les \u00e9tapes de clivage enzymatique par les caspases et la condensation nucl\u00e9aire peuvent, si le stimulus de stress dispara\u00eet rapidement, inverser la cascade et survivre. Cette observation remet en question le dogme selon lequel l&rsquo;engagement de la caspase-3 constitue un point de non-retour biologique irr\u00e9versible.<\/p>\n<p><strong>La sur-interpr\u00e9tation \u00e9tiologique en psychiatrie :<\/strong> En neurosciences psychiatriques, les critiques pointent r\u00e9guli\u00e8rement le risque de r\u00e9ductionnisme biologique outrancier. Expliquer la complexit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique d&rsquo;une d\u00e9pression clinique, d&rsquo;un trouble bipolaire ou d&rsquo;un \u00e9tat de stress post-traumatique par la seule \u00e9quation d&rsquo;une \u00ab apoptose excessive des neurones de l&rsquo;hippocampe \u00bb masque la dimension psychodynamique, existentielle, relationnelle et sociale essentielle \u00e0 la gen\u00e8se et au r\u00e9tablissement des troubles psychiques.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour clarifier les fronti\u00e8res conceptuelles, il convient de distinguer l&rsquo;apoptose des autres processus cellulaires associ\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>N\u00e9crose :<\/strong> Mort cellulaire accidentelle et d\u00e9sordonn\u00e9e cons\u00e9cutive \u00e0 une agression physique ou chimique s\u00e9v\u00e8re (br\u00fblure, isch\u00e9mie aigu\u00eb, toxine). Elle se manifeste par un gonflement de la cellule (oncostat), la rupture pr\u00e9coce de la membrane plasmique, la fuite de son contenu et une r\u00e9action inflammatoire locale majeure, contrairement au caract\u00e8re propre, ordonn\u00e9 et silencieux de l&rsquo;apoptose.<\/li>\n<li><strong>Autophagie (ou mort cellulaire autophagique) :<\/strong> Processus m\u00e9tabolique adaptatif par lequel une cellule d\u00e9grade et recycle ses propres composants cytosoliques et organites endommag\u00e9s via des lysosomes pour survivre au je\u00fbne ou au stress. Bien qu&rsquo;une autophagie excessive puisse aboutir \u00e0 la mort cellulaire (parfois appel\u00e9e apoptose de type II), sa fonction premi\u00e8re demeure pro-survie et m\u00e9tabolique.<\/li>\n<li><strong>N\u00e9croptose :<\/strong> Forme de mort cellulaire g\u00e9n\u00e9tiquement programm\u00e9e qui partage les signaux d&rsquo;initiation extrins\u00e8ques de l&rsquo;apoptose (via les r\u00e9cepteurs TNF), mais adopte la morphologie lytique et inflammatoire de la n\u00e9crose lorsque la caspase-8 est pharmacologiquement ou g\u00e9n\u00e9tiquement inhib\u00e9e.<\/li>\n<li><strong>Pyrostase (ou pyroptose) :<\/strong> Mort cellulaire programm\u00e9e hautement inflammatoire d\u00e9clench\u00e9e par des complexes intracellulaires nomm\u00e9s inflammasomes et m\u00e9di\u00e9e par la caspase-1 ou la caspase-11, impliqu\u00e9e principalement dans les r\u00e9ponses immunitaires face aux agents pathog\u00e8nes bact\u00e9riens.<\/li>\n<li><strong>S\u00e9nescence cellulaire :<\/strong> Arr\u00eat stable et prolong\u00e9 du cycle de division cellulaire en r\u00e9ponse \u00e0 des dommages \u00e0 l&rsquo;ADN ou au raccourcissement des t\u00e9lom\u00e8res. Les cellules s\u00e9nescentes ne meurent pas imm\u00e9diatement par apoptose ; elles demeurent m\u00e9taboliquement actives et s\u00e9cr\u00e8tent un profil cytokinique pro-inflammatoire destructeur pour leur environnement (le ph\u00e9notype s\u00e9cr\u00e9toire SASP).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;apoptose constitue un pilier biologique indispensable \u00e0 la construction, \u00e0 l&rsquo;organisation fonctionnelle et \u00e0 la pr\u00e9servation de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;architecture neurocognitive des vert\u00e9br\u00e9s. Ce suicide cellulaire g\u00e9n\u00e9tiquement guid\u00e9 \u00e9limine silencieusement et m\u00e9thodiquement les cellules ind\u00e9sirables, \u00e9pargnant au parenchyme nerveux les ravages de l&rsquo;inflammation.<\/p>\n<p>Indispensable \u00e0 la sculpture des connexions synaptiques lors de l&rsquo;ontogen\u00e8se c\u00e9r\u00e9brale, sa modulation pr\u00e9cise demeure un marqueur fondamental de plasticit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte. Son d\u00e9r\u00e8glement \u2013 qu&rsquo;il prenne la forme d&rsquo;un exc\u00e8s d\u00e9l\u00e9t\u00e8re sous l&rsquo;effet du stress et des toxines, ou d&rsquo;une insuffisance emp\u00eachant la clairance des structures alt\u00e9r\u00e9es \u2013 se retrouve au c\u0153ur des mod\u00e8les contemporains de la neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence et des troubles psychiatriques chroniques.<\/p>\n<p>La poursuite des recherches sur les voies mol\u00e9culaires fines de l&rsquo;apoptose et sur ses interactions avec les voies alternatives de mort programm\u00e9e offre des perspectives th\u00e9rapeutiques majeures, ouvrant la voie \u00e0 des approches neuroprotectrices cibl\u00e9es pour restaurer l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 fonctionnelle du cerveau face aux atteintes psychopathologiques et neurologiques.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Kerr, J. F., Wyllie, A. H., &#038; Currie, A. R. (1972). Apoptosis: a basic biological phenomenon with wide-ranging implications in tissue kinetics. <em>British Journal of Cancer<\/em>, 26(4), 239\u2013257. <a href=\"https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC2008650\/\">https:\/\/www.ncbi.nlm.nih.gov\/pmc\/articles\/PMC2008650\/<\/a><\/li>\n<li>Bredesen, D. E., Rao, R. V., &#038; Mehlen, P. (2006). Cell death in the nervous system. <em>Nature<\/em>, 443(7113), 796\u2013802. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature05293\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nature05293<\/a><\/li>\n<li>D&rsquo;Amelio, M., Cavallucci, V., &#038; Cecconi, F. (2010). Neuronal caspase-3: apoptotic and non-apoptotic functions in synaptic plasticity and neurodegeneration. <em>The Lancet Neurology<\/em>, 9(1), 90\u201399. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(09)70299-8\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(09)70299-8<\/a><\/li>\n<li>Lucassen, P. J., M\u00fcller, M. B., Holsboer, F., Bauer, J., Holtrop, A., Wouda, J., Hoogendijk, W. J., De Kloet, E. R., &#038; Swaab, D. F. (2001). Hippocampal apoptosis in major depression is a minor event and absent from subareas at risk for glucocorticoid-induced damage. <em>Molecular Psychiatry<\/em>, 6(3), 283\u2013290. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/sj.mp.4000844\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/sj.mp.4000844<\/a><\/li>\n<li>Galluzzi, L., Vitale, I., Aaronson, S. A., Abrams, J. M., Adam, D., Agostinis, P., &#8230; &#038; Kroemer, G. (2018). Molecular mechanisms of cell death: recommendations of the Nomenclature Committee on Cell Death 2018. <em>Cell Death &#038; Differentiation<\/em>, 25(3), 486\u2013541. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41418-017-0012-4\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/s41418-017-0012-4<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;apoptose est le m\u00e9canisme ordonn\u00e9 de mort cellulaire programm\u00e9e essentiel au d\u00e9veloppement du syst\u00e8me nerveux, \u00e0 la plasticit\u00e9 synaptique et \u00e0 la neuroprotection.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[459,6890,6870],"tags":[34387,25057,34403,34404,30877,31718,6620],"class_list":["post-20715","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-psychiatrie-biologique","category-psychobiologie","tag-apoptose","tag-bdnf","tag-caspases","tag-mort-cellulaire-programmee","tag-neurodegenerescence","tag-neurogenese","tag-plasticite-synaptique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20715","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20715\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20715"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20715"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20715"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}