{"id":20703,"date":"2026-10-24T10:36:15","date_gmt":"2026-10-24T10:36:15","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=dendrite-apicale-pilier-calcul-neuronal"},"modified":"2026-10-24T10:36:15","modified_gmt":"2026-10-24T10:36:15","slug":"dendrite-apicale-pilier-calcul-neuronal","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=dendrite-apicale-pilier-calcul-neuronal","title":{"rendered":"Dendrite apicale : Pilier du calcul neuronal"},"content":{"rendered":"<p>Au c\u0153ur de l&rsquo;architecture du cortex c\u00e9r\u00e9bral, la dendrite apicale repr\u00e9sente le vecteur morphologique et computationnel privil\u00e9gi\u00e9 par lequel les neurones pyramidaux int\u00e8grent le contexte et modulent nos repr\u00e9sentations perceptives conscientes. V\u00e9ritable antenne mol\u00e9culaire s&rsquo;\u00e9tendant \u00e0 travers les couches corticales, cette structure ne se contente pas de relayer passivement des signaux, mais r\u00e9alise des op\u00e9rations non lin\u00e9aires sophistiqu\u00e9es indispensables \u00e0 la plasticit\u00e9 synaptique et aux fonctions cognitives sup\u00e9rieures.<\/p>\n<h2>Dendrite apicale<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>dendrite apicale<\/strong> d\u00e9signe le prolongement cytoplasmique unique, \u00e9pais et polaris\u00e9 qui \u00e9merge du sommet (apex) du corps cellulaire d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neurone_pyramidal\">neurone pyramidal<\/a> ou d&rsquo;une cellule mitrale, et se projette verticalement vers la surface piale du cortex c\u00e9r\u00e9bral ou de la structure laminaire correspondante. Dot\u00e9e d&rsquo;une arborisation distale ramifi\u00e9e appel\u00e9e touffe apicale, elle a pour fonction biologique fondamentale de capter, filtrer et int\u00e9grer les signaux synaptiques descendants (r\u00e9troactions ou <em>top-down<\/em>) et lat\u00e9raux, contrastant avec les dendrites basales qui re\u00e7oivent pr\u00e9f\u00e9rentiellement les entr\u00e9es ascendantes (sensorielles directes ou <em>bottom-up<\/em>).<\/p>\n<p>Sur le plan neurophysiologique et computationnel, la dendrite apicale constitue bien plus qu&rsquo;un simple conducteur passif : elle agit comme un compartiment semi-autonome capable de g\u00e9n\u00e9rer des potentiels d&rsquo;action calciques dendritiques, d&rsquo;amplifier les d\u00e9polarisations locales et d&rsquo;ex\u00e9cuter des calculs logiques complexes. En psychologie cognitive et en neurosciences computationnelles, elle est ainsi consid\u00e9r\u00e9e comme le substrat mat\u00e9riel de l&rsquo;associationnisme neuronal, unissant les attentes internes et les donn\u00e9es environnementales en une repr\u00e9sentation perceptuelle unifi\u00e9e.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab dendrite apicale \u00bb r\u00e9unit deux racines gr\u00e9co-latines fondamentales de la terminologie biologique. Le terme \u00ab dendrite \u00bb d\u00e9rive du grec ancien <em>dendron<\/em> (\u03b4\u03ad\u03bd\u03b4\u03c1\u03bf\u03bd), signifiant \u00ab arbre \u00bb ou \u00ab rameau \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence explicite \u00e0 l&rsquo;aspect arborescent et hautement ramifi\u00e9 de ces prolongements neuronaux lorsqu&rsquo;ils sont observ\u00e9s au microscope. Ce terme fut introduit dans la nomenclature histologique \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle par l&rsquo;anatomiste et embryologiste suisse Wilhelm His en 1889, afin de distinguer ces branches r\u00e9ceptrices du prolongement axonant unique (cylindraxe).<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab apicale \u00bb tire son \u00e9tymologie du mot latin <em>apex<\/em> (g\u00e9nitif <em>apicis<\/em>), qui d\u00e9signe le sommet, la pointe ou l&rsquo;extr\u00e9mit\u00e9 sup\u00e9rieure d&rsquo;une structure pyramidale ou conique. En neuroanatomie, l&#8217;emploi de cet adjectif caract\u00e9rise l&rsquo;origine spatiale du tronc dendritique principal au sommet effil\u00e9 du soma neuronal triangulaire, par opposition aux dendrites \u00ab basales \u00bb qui rayonnent depuis la base du p\u00e9ricaryon. Cette nomenclature binaire s&rsquo;est formalis\u00e9e lors de l&rsquo;essor de la th\u00e9orie neuronale men\u00e9e par Santiago Ram\u00f3n y Cajal, immortalisant la morphologie g\u00e9om\u00e9trique distinctive des neurones du n\u00e9ocortex et de l&rsquo;hippocampe.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement \/d\u0251\u0303.d\u0281it a.pi.kal\/. Sur le plan morphosyntaxique, il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe nominal f\u00e9minin singulier, constitu\u00e9 du nom commun f\u00e9minin \u00ab dendrite \u00bb et de l&rsquo;adjectif qualificatif \u00e9pith\u00e8te \u00ab apicale \u00bb. Au pluriel, il prend la forme r\u00e9guli\u00e8re \u00ab dendrites apicales \u00bb (\/d\u0251\u0303.d\u0281it a.pi.kal\/).<\/p>\n<p>Dans le discours scientifique, l&rsquo;usage exige de conserver l&rsquo;accord f\u00e9minin strict. On rencontre parfois dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e des termes synonymiques ou apparent\u00e9s tels que \u00ab tronc apical \u00bb (pour d\u00e9signer sp\u00e9cifiquement la tige principale d\u00e9pourvue de la touffe terminale) ou \u00ab panache apical \u00bb (pour traduire le concept de <em>tuft<\/em>). La d\u00e9signation anglaise correspondante, omnipr\u00e9sente dans la litt\u00e9rature internationale index\u00e9e, est <em>apical dendrite<\/em>.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La dendrite apicale incarne le sommet de la sophistication fonctionnelle du neurone pyramidal, l&rsquo;unit\u00e9 de traitement majeure du cortex c\u00e9r\u00e9bral des mammif\u00e8res. S&rsquo;\u00e9tendant sur plusieurs centaines de microm\u00e8tres, voire plus d&rsquo;un millim\u00e8tre chez les primates, elle traverse perpendiculairement les diff\u00e9rentes couches laminaires du cortex. Chez un neurone pyramidal de la couche V, par exemple, le tronc dendritique apical monte depuis le cortex profond \u00e0 travers la couche IV et la couche III pour d\u00e9ployer un vaste bouquet terminal \u2014 la touffe apicale \u2014 au sein de la couche I mol\u00e9culaire, juste sous la pie-m\u00e8re. Cette organisation spatiale rigoureuse conf\u00e8re au neurone une capacit\u00e9 d&rsquo;\u00e9chantillonnage trans-laminaire unique dans le syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue biophysique, la dendrite apicale est dot\u00e9e d&rsquo;une densit\u00e9 remarquable de conductances ioniques actives voltage-d\u00e9pendantes, rompant d\u00e9finitivement avec l&rsquo;ancien dogme du c\u00e2ble passif mod\u00e9lis\u00e9 par Wilfrid Rall. Le tronc et la touffe apicale contiennent des canaux sodiques activ\u00e9s par le potentiel de membrane, des canaux calciques de haut seuil et de bas seuil, des canaux potassium r\u00e9gulateurs, ainsi qu&rsquo;une concentration croissante de canaux cationiques activ\u00e9s par l&rsquo;hyperpolarisation (canaux Ih ou HCN). Cette mosa\u00efque de canaux permet \u00e0 la dendrite apicale de propager des signaux de mani\u00e8re active, d&rsquo;att\u00e9nuer la dispersion temporelle des potentiels postsynaptiques excitateurs (PPSE) distaux, et de g\u00e9n\u00e9rer localement des potentiels d&rsquo;action dendritiques (spikes calciques ou sodiques).<\/p>\n<p>Un m\u00e9canisme central \u00e9lucid\u00e9 au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies est le couplage \u00e9lectrog\u00e9nique entre les deux zones d&rsquo;initiation du neurone pyramidal : la zone d&rsquo;initiation axonale (pr\u00e8s du soma) et la zone d&rsquo;initiation dendritique situ\u00e9e \u00e0 la bifurcation du tronc apical. Lorsqu&rsquo;un potentiel d&rsquo;action somatique est g\u00e9n\u00e9r\u00e9, il se propage non seulement le long de l&rsquo;axone, mais r\u00e9tro-propage \u00e9galement vers le haut de la dendrite apicale (<em>back-propagating action potential<\/em> ou bAP). Si cette r\u00e9tro-propagation co\u00efncide temporellement, dans une fen\u00eatre de quelques dizaines de millisecondes, avec une stimulation synaptique conjointe au niveau de la touffe apicale, elle d\u00e9clenche un potentiel d&rsquo;action calcique prolong\u00e9. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, baptis\u00e9 potentialisation associ\u00e9e au potentiel d&rsquo;action (m\u00e9canisme BAC, pour <em>Backpropagation-Activated Calcium spike<\/em>), induit une salve de tirs \u00e0 haute fr\u00e9quence vers les cibles sous-corticales et corticales, transformant le neurone en un puissant d\u00e9tecteur de co\u00efncidence.<\/p>\n<p>Sur le plan des repr\u00e9sentations psychologiques et des neurosciences computationnelles, cette architecture \u00e0 double compartiment offre une assise biologique \u00e0 la fusion de deux flux d&rsquo;informations distincts. La r\u00e9gion basale et p\u00e9ri-somatique traite les informations d&rsquo;entr\u00e9e feedforward (les caract\u00e9ristiques physiques d&rsquo;un stimulus sensoriel provenant du monde ext\u00e9rieur), tandis que la touffe apicale re\u00e7oit les modulations contextuelles, les signaux attentionnels, les pr\u00e9dictions motrices et les informations m\u00e9morielles descendantes (feedback). La dendrite apicale op\u00e8re ainsi la synth\u00e8se dialectique entre \u00ab ce que le cerveau observe \u00bb et \u00ab ce que le cerveau sait ou attend \u00bb, condition n\u00e9cessaire \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une perception stable et contextuellement pertinente.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension scientifique de la dendrite apicale a franchi plusieurs \u00e9tapes charni\u00e8res, \u00e9voluant de la simple description morphologique statique vers une reconnaissance de ses fonctions computationnelles dynamiques. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Santiago_Ram%C3%B3n_y_Cajal\">Santiago Ram\u00f3n y Cajal<\/a>, utilisant la m\u00e9thode d&rsquo;impr\u00e9gnation argentique mise au point par Camillo Golgi, illustra avec une pr\u00e9cision prodigieuse la morphologie des neurones pyramidaux du cortex et de la corne d&rsquo;Ammon de l&rsquo;hippocampe. Cajal formula la loi de la \u00ab polarisation dynamique \u00bb, postulant avec justesse que les dendrites, notamment la longue tige apicale, recueillent les impulsions nerveuses pour les acheminer vers le corps cellulaire, d&rsquo;o\u00f9 elles sont transmises vers l&rsquo;axone.<\/p>\n<p>Pendant la majeure partie du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;influence des mod\u00e8les de conduction passive formalis\u00e9s par Wilfrid Rall dans les ann\u00e9es 1960, la dendrite apicale a \u00e9t\u00e9 analys\u00e9e selon les lois de la th\u00e9orie des c\u00e2bles. Rall a d\u00e9montr\u00e9 math\u00e9matiquement que les dendrites ne sont pas de simples isolants \u00e9lectriques mais des structures complexes o\u00f9 les signaux subissent une att\u00e9nuation \u00e9lectrotonique progressive en fonction de leur diam\u00e8tre, de leur r\u00e9sistance membranaire et de leur r\u00e9sistance axiale interne. Malgr\u00e9 ces progr\u00e8s th\u00e9oriques, le consensus scientifique pr\u00e9valait alors que la dendrite apicale agissait comme un filtre lin\u00e9aire purement passif, incapable d&rsquo;initier ses propres \u00e9v\u00e9nements r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs.<\/p>\n<p>La rupture paradigmatique est survenue au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990 gr\u00e2ce au d\u00e9veloppement de l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie en patch-clamp appliqu\u00e9e directement aux dendrites fines de tranches de tissu c\u00e9r\u00e9bral vivant, ainsi qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;imagerie calcique biphotonique. En 1997 et 1999, les travaux novateurs de Matthew Larkum, Bert Sakmann et leurs collaborateurs ont formellement d\u00e9montr\u00e9 que la dendrite apicale g\u00e9n\u00e8re des potentiels d&rsquo;action calciques ind\u00e9pendants et agit comme un comparateur non lin\u00e9aire actif gr\u00e2ce au couplage BAC. Cette d\u00e9couverte a r\u00e9volutionn\u00e9 la neurobiologie cellulaire en \u00e9tablissant que l&rsquo;int\u00e9gration corticale ne s&rsquo;op\u00e8re pas au niveau d&rsquo;un point sommateur unique dans le soma, mais r\u00e9sulte d&rsquo;un dialogue complexe et r\u00e9ciproque entre plusieurs compartiments membranaires distincts r\u00e9partis le long de la dendrite apicale.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La th\u00e9orisation moderne de la dendrite apicale s&rsquo;inscrit au carrefour de plusieurs cadres conceptuels majeurs en sciences cognitives et en neurobiologie th\u00e9orique. Le premier cadre est la <strong>th\u00e9orie computationnelle \u00e0 deux compartiments<\/strong> (ou mod\u00e8le de traitement d\u00e9centralis\u00e9). Selon cette approche, formul\u00e9e par Bartlett Mel, Matthew Larkum et d&rsquo;autres th\u00e9oriciens, un neurone pyramidal cortical ne doit pas \u00eatre mod\u00e9lis\u00e9 comme une simple unit\u00e9 de type seuil-lin\u00e9aire (perceptron d&rsquo;adjonction), mais plut\u00f4t comme un r\u00e9seau neuronal artificiel \u00e0 deux couches incorpor\u00e9 dans une seule cellule. Le compartiment basal traite les signaux locaux via des non-lin\u00e9arit\u00e9s synaptiques, tandis que la dendrite apicale constitue un second n\u0153ud d&rsquo;int\u00e9gration capable d&rsquo;activer ou d&rsquo;inhiber globalement la r\u00e9ponse somatique en fonction de seuils hautement r\u00e9gul\u00e9s.<\/p>\n<p>Le second cadre est celui du <strong>codage pr\u00e9dictif<\/strong> (<em>predictive coding<\/em>), popularis\u00e9 par le neuroscientifique Karl Friston. Dans ce paradigme neurocognitif, le cerveau est envisag\u00e9 comme une machine d&rsquo;inf\u00e9rence bay\u00e9sienne active qui g\u00e9n\u00e8re en permanence des hypoth\u00e8ses descendantes sur les causes sous-jacentes des sensations per\u00e7ues, tout en les confrontant aux signaux ascendants r\u00e9els. La dendrite apicale fournit l&rsquo;infrastructure micro-anatomique id\u00e9ale pour ce m\u00e9canisme : le panache apical en couche I collecte les pr\u00e9dictions contextuelles g\u00e9n\u00e9r\u00e9es par les aires corticales sup\u00e9rieures (les priors bay\u00e9siens), tandis que le compartiment basal int\u00e8gre l&rsquo;erreur de pr\u00e9diction ou l&rsquo;entr\u00e9e sensorielle brute. L&rsquo;interaction biophysique le long du tronc apical permet de calculer l&rsquo;\u00e9cart entre attente et r\u00e9alit\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, la dendrite apicale sous-tend la th\u00e9orie du <strong>dendritic coupling<\/strong> ou amplification contextuelle (<em>apical amplification<\/em>) d\u00e9velopp\u00e9e par William Phillips et ses coll\u00e8gues. Selon ce mod\u00e8le, l&rsquo;entr\u00e9e apicale ne commande pas directement le d\u00e9clenchement d&rsquo;un potentiel d&rsquo;action si le soma est inactif, mais amplifie consid\u00e9rablement la r\u00e9ponse du neurone lorsque celui-ci est simultan\u00e9ment stimul\u00e9 par ses entr\u00e9es basales. Cette modulation permet un contr\u00f4le contextuel flexible du gain neuronal, essentiel pour diriger l&rsquo;attention s\u00e9lective, r\u00e9soudre l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 perceptive et organiser la conscience d&rsquo;acc\u00e8s.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La dendrite apicale pr\u00e9sente une compartimentation structurelle et biophysique hautement hi\u00e9rarchis\u00e9e, comprenant des segments anatomiques distincts, des variations morphologiques selon les sous-types neuronaux, et des r\u00e9seaux d&rsquo;\u00e9pines sp\u00e9cialis\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Le tronc apical principal (<em>apical trunk<\/em>) :<\/strong> Cylindre cytoplasmique robuste \u00e9mergeant du p\u00e9ricaryon somatique. Il est caract\u00e9ris\u00e9 par un diam\u00e8tre d\u00e9croissant \u00e0 mesure qu&rsquo;il s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve et par une expression remarquablement dense de canaux potassiques et de canaux HCN (Ih), g\u00e9n\u00e9rant un gradient de conductance qui amortit la sommation temporelle des entr\u00e9es passives et stabilise le potentiel de repos.<\/li>\n<li><strong>Les branches obliques (<em>oblique dendrites<\/em>) :<\/strong> Ramifications lat\u00e9rales qui divergent du tronc apical au sein des couches interm\u00e9diaires (couches III, IV et V). Ces collat\u00e9rales re\u00e7oivent des entr\u00e9es synaptiques locales et peuvent elles-m\u00eames supporter des potentiels d&rsquo;action sodiques dendritiques locaux et des pointes NMDA ind\u00e9pendantes.<\/li>\n<li><strong>La zone d&rsquo;initiation calcique (<em>apical calcium initiation zone<\/em>) :<\/strong> Situ\u00e9e typiquement au niveau de la bifurcation terminale du tronc apical (dans la couche sup\u00e9rieure II\/III ou la couche IV). Elle concentre des canaux calciques voltage-d\u00e9pendants de type CaV1 et CaV2, permettant le d\u00e9clenchement d&rsquo;ondes calciques r\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives durables.<\/li>\n<li><strong>La touffe ou panache apical (<em>apical tuft<\/em>) :<\/strong> R\u00e9seau dense d&rsquo;arborisations terminales fines occupant principalement la couche mol\u00e9culaire I du cortex c\u00e9r\u00e9bral. Ce r\u00e9seau est la cible privil\u00e9gi\u00e9e des axones de r\u00e9troaction corticaux \u00e0 longue distance, des aff\u00e9rences thalamiques non sp\u00e9cifiques (noyaux thalamiques de la matrice) et des fibres neuromodulatrices (ac\u00e9tylcholine, noradr\u00e9naline).<\/li>\n<li><strong>Les \u00e9pines dendritiques apicales (<em>apical dendritic spines<\/em>) :<\/strong> Micro-protub\u00e9rances membranaires recouvrant le tronc, les branches obliques et la touffe, abritant la densit\u00e9 postsynaptique (PSD) r\u00e9ceptrice du glutamate (r\u00e9cepteurs AMPA et NMDA). Elles constituent des micro-compartiments chimiques isolant le calcium intracellulaire lors des ph\u00e9nom\u00e8nes d&rsquo;induction synaptique.<\/li>\n<li><strong>Diversit\u00e9 selon les types neuronaux :<\/strong> On distingue les dendrites apicales des cellules pyramidales \u00e0 projection corticale intrat\u00e9lenc\u00e9phalique (IT), caract\u00e9ris\u00e9es par un tronc plus gr\u00eale et un panache dispers\u00e9, et celles des cellules de projection pyramidale tract (PT, couche Vb), dot\u00e9es d&rsquo;un tronc massif, d&rsquo;une grande excitabilit\u00e9 calcique et d&rsquo;une projection terminale luxuriante en couche I.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation clinique et exp\u00e9rimentale du r\u00f4le de la dendrite apicale \u00e9claire des aspects cardinaux du fonctionnement cognitif et de ses perturbations pathologiques. Un premier exemple embl\u00e9matique provient des exp\u00e9riences de perception visuelle sous seuil chez le rongeur conscient, document\u00e9es par l&rsquo;\u00e9quipe de Matthew Larkum. Lorsqu&rsquo;une impulsion m\u00e9canique tactile de tr\u00e8s faible intensit\u00e9 est appliqu\u00e9e sur les vibrisses d&rsquo;une souris, l&rsquo;animal ne d\u00e9tecte le stimulus que si le signal sensoriel arrivant aux dendrites basales s&rsquo;accompagne d&rsquo;une activation conjointe des dendrites apicales par les aires motrices et pr\u00e9frontales. Si la touffe apicale est optog\u00e9n\u00e9tiquement inactiv\u00e9e au moyen de canaux halorhodopsines inhibiteurs, l&rsquo;animal devient incapable de percevoir consciemment le contact, bien que le cortex sensoriel primaire re\u00e7oive toujours l&rsquo;information aff\u00e9rente de base.<\/p>\n<p>Un deuxi\u00e8me cas illustratif concerne les effets pharmacologiques des anesth\u00e9siques g\u00e9n\u00e9raux. Des compos\u00e9s volatils comme l&rsquo;isoflurane ou le s\u00e9voflurane, ainsi que des agents intraveineux comme le propofol, alt\u00e8rent drastiquement la communication trans-laminaire au sein du n\u00e9ocortex. Des enregistrements in vivo r\u00e9v\u00e8lent que la perte de conscience induite par ces agents correspond tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 un d\u00e9couplage \u00e9lectrophysiologique entre le compartiment somatique et la dendrite apicale des neurones de couche V. La r\u00e9tro-propagation des potentiels d&rsquo;action vers la touffe apicale s&rsquo;\u00e9teint, et les potentiels d&rsquo;action calciques dendritiques disparaissent, emp\u00eachant l&rsquo;int\u00e9gration des signaux contextuels descendants indispensable \u00e0 l&rsquo;\u00e9veil conscient.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me exemple clinique marquant r\u00e9side dans l&rsquo;alt\u00e9ration morphologique observ\u00e9e au cours de la maladie d&rsquo;Alzheimer et du stress chronique. Dans les mod\u00e8les murins d&rsquo;exposition prolong\u00e9e aux glucocortico\u00efdes et chez les patients souffrant de d\u00e9pression majeure ou de stress post-traumatique, on assiste \u00e0 une r\u00e9traction dendritique s\u00e9lective affectant de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e le panache et les \u00e9pines de la dendrite apicale des neurones de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Hippocampe_(cerveau)\">hippocampe<\/a> (aire CA3 et CA1) et du cortex pr\u00e9frontal. Cette d\u00e9gradation morphologique cibl\u00e9e se traduit chez l&rsquo;individu par une rigidit\u00e9 cognitive, une incapacit\u00e9 \u00e0 actualiser les souvenirs contextuels et des troubles s\u00e9v\u00e8res de la m\u00e9moire de travail.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploration fine de la dendrite apicale n\u00e9cessite des m\u00e9thodologies de pointe capables de franchir les limites impos\u00e9es par son \u00e9chelle microm\u00e9trique et sa cin\u00e9tique biophysique ultrarapide :<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>\u00e9lectrophysiologie patch-clamp directe sur dendrite<\/strong> constitue l&rsquo;\u00e9talon-or pour enregistrer les propri\u00e9t\u00e9s biophysiques intrins\u00e8ques. D\u00e9velopp\u00e9e pour les structures subcellulaires, cette technique requiert l&rsquo;approche d&rsquo;une micropipette de verre sur le tronc apical lui-m\u00eame chez l&rsquo;animal anesth\u00e9si\u00e9 ou sur des tranches de cerveau maintenues vivantes. Elle permet de mesurer directement les courants ioniques traversant les canaux Ih ou calciques, d&rsquo;injecter des courants artificiels et de quantifier la chute de tension \u00e9lectrotonique entre la touffe apicale et le corps cellulaire somatique.<\/p>\n<p>La <strong>microscopie de fluorescence \u00e0 excitation biphotonique<\/strong> associ\u00e9e \u00e0 des sondes optog\u00e9n\u00e9tiques ou des indicateurs fluorescents de calcium (comme les prot\u00e9ines GCaMP) permet d&rsquo;observer la dendrite apicale en action chez des animaux vivants \u00e9veill\u00e9s, accomplissant des t\u00e2ches cognitives complexes. Gr\u00e2ce \u00e0 une fen\u00eatre cr\u00e2nienne optique et \u00e0 la lumi\u00e8re infrarouge puls\u00e9e, cette technique visualise les flux de calcium au niveau de chaque \u00e9pine dendritique individuelle de la touffe apicale superficielle (couche I), r\u00e9v\u00e9lant l&rsquo;activit\u00e9 synaptique locale non d\u00e9tectable par les \u00e9lectrodes extracellulaires classiques.<\/p>\n<p>Sur le plan morphologique et quantitatif, la <strong>reconstruction tridimensionnelle par microscopie confocale ou \u00e9lectronique s\u00e9rielle<\/strong> coupl\u00e9e \u00e0 l&rsquo;analyse sholl fournit des m\u00e9triques quantitatives fondamentales : densit\u00e9 surfacique des \u00e9pines dendritiques par microm\u00e8tre lin\u00e9aire, diam\u00e8tre du tronc, longueur totale de l&rsquo;arbre dendritique et ordre de ramification. Ces mesures structurales sont ensuite inject\u00e9es dans des logiciels de simulation biophysique, tels que le simulateur NEURON, afin de mod\u00e9liser informatiquement l&rsquo;influence des alt\u00e9rations anatomiques sur l&rsquo;excitabilit\u00e9 globale de la cellule.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation approfondie des fonctions de la dendrite apicale ouvre des voies d&rsquo;application directes et prometteuses en psychiatrie clinique, en pharmacologie, en neuro-ing\u00e9nierie et en intelligence artificielle :<\/p>\n<p>En <strong>psychiatrie biologique<\/strong>, la dendrite apicale \u00e9merge comme la cible prioritaire des nouveaux traitements antid\u00e9presseurs \u00e0 action rapide, \u00e0 l&rsquo;instar de la k\u00e9tamine et des substances psych\u00e9d\u00e9liques (comme la psilocybine). Ces mol\u00e9cules favorisent une pouss\u00e9e de synaptogen\u00e8se aigu\u00eb sur le panache apical des neurones pyramidaux du cortex pr\u00e9frontal via la voie du facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Facteur_neurotrophique_d%C3%A9riv%C3%A9_du_cerveau\">BDNF<\/a>) et l&rsquo;activation du r\u00e9cepteur TrkB et du complexe mTOR. Restaurer la connectivit\u00e9 apicale perdue au fil des \u00e9pisodes d\u00e9pressifs permet d&rsquo;annuler l&rsquo;anh\u00e9donie et de restaurer la flexibilit\u00e9 comportementale chez les patients pharmaco-r\u00e9sistants.<\/p>\n<p>En <strong>neuro-ing\u00e9nierie et interfaces cerveau-machine (ICM)<\/strong>, la compr\u00e9hension de la signalisation dendritique apicale transforme l&rsquo;interpr\u00e9tation des signaux \u00e9lectrocorticographiques (ECoG) et de l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie (EEG). \u00c9tant donn\u00e9 que les dip\u00f4les \u00e9lectriques enregistr\u00e9s \u00e0 la surface du scalp proviennent pour l&rsquo;essentiel des courants synaptiques circulant longitudinalement le long des dendrites apicales orient\u00e9es parall\u00e8lement dans le cortex, les algorithmes de d\u00e9codage neuronal peuvent d\u00e9sormais estimer pr\u00e9cis\u00e9ment si un signal cortical refl\u00e8te un traitement perceptif local ou un retour attentionnel descendant, am\u00e9liorant le pilotage des neuroproth\u00e8ses motrices.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;<strong>intelligence artificielle neuromorphique<\/strong>, la dendrite apicale inspire de nouvelles architectures de r\u00e9seaux neuronaux profonds. Les r\u00e9seaux conventionnels s&rsquo;appuient sur des unit\u00e9s ponctuelles simplistes sans structure spatiale. L&rsquo;int\u00e9gration d&rsquo;unit\u00e9s computationnelles artificielles \u00e0 deux compartiments \u2014 simulant la s\u00e9paration fonctionnelle entre entr\u00e9es basales et modulations apicales \u2014 permet de concevoir des algorithmes capables d&rsquo;apprentissage continu sans oubli catastrophique, de r\u00e9solution autonome de l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 contextuelle et de r\u00e9tropropagation du gradient biologiquement plausible sans calcul d&rsquo;erreur global explicite.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche contemporaine consacr\u00e9e \u00e0 la dendrite apicale explore son implication dans des processus psychologiques fondamentaux tels que la conscience, le sommeil paradoxal et la m\u00e9moire associative :<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes s\u00e9minales men\u00e9es par Suzuki et Larkum (2020) ont formellement \u00e9tabli le r\u00f4le causal des dendrites apicales dans la <strong>conscience perceptive<\/strong>. En utilisant une combinaison de microscopie biphotonique, de transgen\u00e8se virale et d&rsquo;optog\u00e9n\u00e9tique chez la souris, les auteurs ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une perception sensorielle tactile n&rsquo;acc\u00e8de au rapport comportemental que lorsque le d\u00e9clenchement de potentiels d&rsquo;action somatiques est temporellement corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 un influx calcique dans la touffe apicale. Lorsque les chercheurs appliquaient localement un agoniste GABAergique ou illuminaient des opsines inhibitrices au niveau de la couche I pour silencier la touffe apicale, l&rsquo;animal ignorait le stimulus sensoriel alors m\u00eame que son cortex somatosensoriel primaire continuait de s&rsquo;activer au niveau basal.<\/p>\n<p>Dans le domaine du sommeil et de la consolidation m\u00e9morielle, les travaux de Miyamoto et al. (2016) ont mis en lumi\u00e8re une fonction inattendue des dendrites apicales durant le <strong>sommeil paradoxal (REM)<\/strong>. Les enregistrements calciques ont montr\u00e9 que la touffe apicale des neurones pyramidaux du cortex moteur pr\u00e9sente une activit\u00e9 synaptique massive et synchronis\u00e9e pendant le sommeil paradoxal, en l&rsquo;absence quasi totale d&rsquo;activit\u00e9 somatique. Cette activation apicale isol\u00e9e permet le renforcement synaptique s\u00e9lectif et l&rsquo;\u00e9lagage des connexions inutiles d\u00e9velopp\u00e9es pendant l&rsquo;apprentissage diurne, d\u00e9montrant que la dendrite apicale peut r\u00e9organiser le r\u00e9seau de fa\u00e7on compl\u00e8tement d\u00e9solidaris\u00e9e de la d\u00e9charge du corps cellulaire.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les recherches translationnelles men\u00e9es par Urbanc et ses collaborateurs en neuropathologie ont mis en \u00e9vidence que les oligom\u00e8res solubles de peptide b\u00eata-amylo\u00efde et les formes hyperphosphoryl\u00e9es de la prot\u00e9ine Tau ciblent pr\u00e9f\u00e9rentiellement les r\u00e9cepteurs glutamatergiques et les microdomaines calciques des \u00e9pines des dendrites apicales bien avant l&rsquo;apparition des plaques s\u00e9niles visibles. Ces l\u00e9sions subcellulaires pr\u00e9coces provoquent une perte d&rsquo;excitabilit\u00e9 apicale et expliquent le d\u00e9couplage pr\u00e9coce entre les aires associatives et les aires sensorielles chez les patients au stade prodromique de la d\u00e9mence d&rsquo;Alzheimer.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>Bien que la dendrite apicale soit une structure biologique universelle au sein de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine, l&rsquo;interpr\u00e9tation th\u00e9orique de ses m\u00e9canismes et l&rsquo;orientation des programmes de recherche portent l&#8217;empreinte des contextes acad\u00e9miques, historiques et technologiques :<\/p>\n<p>Historiquement, l&rsquo;\u00e9cole neurophysiologique occidentale a longtemps favoris\u00e9 une perspective r\u00e9ductionniste et \u00ab somatocentrique \u00bb, issue de l&rsquo;analogie entre le neurone et les circuits logiques binaires de von Neumann d\u00e9velopp\u00e9s au milieu du XXe si\u00e8cle. Dans ce prisme techno-culturel dominant, le corps cellulaire \u00e9tait conceptualis\u00e9 comme le centre d\u00e9cisionnel unique, et les dendrites \u00e9taient rel\u00e9gu\u00e9es au rang de simples fils \u00e9lectriques conducteurs. Il a fallu une v\u00e9ritable mutation \u00e9pist\u00e9mologique, port\u00e9e par l&rsquo;\u00e9mergence des technologies d&rsquo;imagerie optique \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1990 et par une vision plus d\u00e9centralis\u00e9e et distribu\u00e9e des syst\u00e8mes informatiques, pour que la communaut\u00e9 scientifique reconnaisse la dendrite apicale comme une unit\u00e9 computationnelle active et d\u00e9cisionnelle autonome.<\/p>\n<p>Dans le champ des neurosciences computationnelles et de la neuropsychologie, la mod\u00e9lisation de la dendrite apicale refl\u00e8te \u00e9galement des divergences d&rsquo;\u00e9coles th\u00e9oriques. Alors que les laboratoires de neurosciences computationnelles anglo-saxons int\u00e8grent massivement le concept d&rsquo;inf\u00e9rence bay\u00e9sienne pour expliquer le r\u00f4le de la dendrite apicale dans le contr\u00f4le contextuel descendant (<em>top-down<\/em>), d&rsquo;autres approches, notamment issues des traditions ph\u00e9nom\u00e9nologiques europ\u00e9ennes appliqu\u00e9es aux neurosciences cognitives, pr\u00e9f\u00e8rent conceptualiser l&rsquo;interaction dendrite-soma comme une m\u00e9diation dynamique continue entre l&rsquo;incarnation corporelle (aff\u00e9rences basales sensori-motrices) et l&rsquo;intentionnalit\u00e9 contextuelle globale (panache apical en couche superficielle).<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit des avanc\u00e9es spectaculaires r\u00e9alis\u00e9es dans la caract\u00e9risation de la dendrite apicale, le domaine fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats th\u00e9oriques et techniques :<\/p>\n<p>Le principal point de controverse concerne la <strong>validit\u00e9 de la th\u00e9orie du couplage apical comme substrat exclusif de la conscience<\/strong>. Certains neuroscientifiques contestent l&rsquo;affirmation selon laquelle le m\u00e9canisme BAC (<em>Backpropagation-Activated Calcium spike<\/em>) constituerait le d\u00e9clencheur premier et universel de la conscience d&rsquo;acc\u00e8s. Des critiques font valoir que de nombreuses esp\u00e8ces animales poss\u00e8dent des comportements adaptatifs et une conscience perceptuelle ph\u00e9nom\u00e9nale \u00e9vidente tout en pr\u00e9sentant une lamination corticale radicalement diff\u00e9rente de celle des mammif\u00e8res, voire d\u00e9pourvue des neurones pyramidaux typiques \u00e0 longue dendrite apicale (comme c&rsquo;est le cas chez les oiseaux de la famille des corvid\u00e9s et les c\u00e9phalopodes octopodes). Ces donn\u00e9es sugg\u00e8rent que les calculs attribu\u00e9s \u00e0 la dendrite apicale pourraient \u00eatre r\u00e9alis\u00e9s par d&rsquo;autres circuits architecturaux alternatifs.<\/p>\n<p>Une seconde limite tient aux <strong>contraintes m\u00e9thodologiques et aux biais exp\u00e9rimentaux<\/strong>. La grande majorit\u00e9 des donn\u00e9es \u00e9lectrophysiologiques relatives aux pointes calciques et sodiques de la dendrite apicale ont \u00e9t\u00e9 obtenues sur des tranches de cerveau in vitro d&rsquo;animaux juv\u00e9niles (souris et rats), souvent \u00e0 temp\u00e9rature ambiante ou subm\u00e9dicale. Or, l&rsquo;excitabilit\u00e9 des canaux ioniques d\u00e9pend fortement de la temp\u00e9rature physiologique (37 \u00b0C) et du bain neuromodulateur in vivo. Plusieurs \u00e9tudes r\u00e9centes sugg\u00e8rent que dans le cortex hautement spontan\u00e9 et actif d&rsquo;un mammif\u00e8re adulte \u00e9veill\u00e9, le seuil de d\u00e9clenchement des potentiels d&rsquo;action calciques est consid\u00e9rablement plus \u00e9lev\u00e9, et la r\u00e9tro-propagation somato-dendritique nettement plus att\u00e9nu\u00e9e que ce qui avait \u00e9t\u00e9 initialement quantifi\u00e9 sur tissu isol\u00e9.<\/p>\n<p>Enfin, le d\u00e9bat persiste quant au degr\u00e9 d&rsquo;ind\u00e9pendance computationnelle des diff\u00e9rentes branches au sein m\u00eame de la touffe apicale. Certains mod\u00e8les th\u00e9oriques consid\u00e8rent le panache apical comme une entit\u00e9 int\u00e9gratrice globale unique, tandis que d&rsquo;autres affirment que chaque petite sous-branche de la touffe agit comme une unit\u00e9 de calcul sigmo\u00efde ind\u00e9pendante, multipliant exponentiellement le nombre d&rsquo;\u00e9tages logiques au sein d&rsquo;un m\u00eame neurone. R\u00e9soudre cette incertitude exigera des r\u00e9solutions spatio-temporelles d&rsquo;imagerie optique encore sup\u00e9rieures \u00e0 celles dont dispose la science actuelle.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender rigoureusement la neurobiologie cellulaire, il convient de distinguer la dendrite apicale d&rsquo;autres structures et concepts anatomiques intimement li\u00e9s :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dendrite apicale vs Dendrites basales :<\/strong> Les dendrites basales \u00e9mergent de la base du soma et rayonnent localement dans la m\u00eame couche cellulaire que le corps cellulaire. Elles sont plus courtes, plus nombreuses (typiquement 3 \u00e0 8 par cellule) et re\u00e7oivent principalement des entr\u00e9es synaptiques ascendantes (feedforward), tandis que la dendrite apicale est unique, traverse verticalement toutes les couches superficielles et int\u00e8gre les signaux descendants (feedback) et contextuels \u00e0 longue distance.<\/li>\n<li><strong>Dendrite apicale vs Axone :<\/strong> L&rsquo;axone est le prolongement unique sp\u00e9cialis\u00e9 dans la gen\u00e8se et la transmission eff\u00e9rente des potentiels d&rsquo;action vers d&rsquo;autres cellules sur de longues distances, g\u00e9n\u00e9ralement my\u00e9linis\u00e9 dans la substance blanche. La dendrite apicale est une structure r\u00e9ceptrice aff\u00e9rente non my\u00e9linis\u00e9e, dens\u00e9ment recouverte d&rsquo;\u00e9pines, qui int\u00e8gre les signaux vers le soma ou g\u00e9n\u00e8re des \u00e9v\u00e9nements calciques locaux.<\/li>\n<li><strong>Potentiel d&rsquo;action calcique vs Potentiel d&rsquo;action sodique classique :<\/strong> Le potentiel d&rsquo;action classique est bref (environ 1 ms), g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par des canaux sodiques voltage-d\u00e9pendants dans le segment initial de l&rsquo;axone. Le potentiel d&rsquo;action calcique dendritique, g\u00e9n\u00e9r\u00e9 dans la bifurcation de la dendrite apicale, est beaucoup plus large et prolong\u00e9 (dur\u00e9e de 10 \u00e0 50 ms), entra\u00eenant une entr\u00e9e massive de calcium et provoquant en r\u00e9ponse une salve de potentiels somatiques.<\/li>\n<li><strong>R\u00e9tro-propagation du potentiel d&rsquo;action (bAP) :<\/strong> Mouvement r\u00e9trograde d&rsquo;un potentiel d&rsquo;action qui remonte de la zone somato-axonale vers la dendrite apicale. Elle ne doit pas \u00eatre confondue avec la propagation orthodromique standard qui voyage du soma vers les terminaisons pr\u00e9synaptiques de l&rsquo;axone.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, la dendrite apicale s&rsquo;impose comme l&rsquo;un des piliers morphologiques et computationnels majeurs du cerveau des mammif\u00e8res :<\/p>\n<ul>\n<li>Elle constitue le prolongement vertical principal du neurone pyramidal, reliant les couches profondes du cortex \u00e0 la couche mol\u00e9culaire superficielle (couche I).<\/li>\n<li>Loin d&rsquo;\u00eatre un conducteur passif, elle poss\u00e8de des canaux ioniques actifs qui lui permettent de g\u00e9n\u00e9rer des potentiels calciques locaux et d&rsquo;amplifier non lin\u00e9airement les signaux re\u00e7us.<\/li>\n<li>Elle joue le r\u00f4le d&rsquo;un pont fonctionnel entre deux flux d&rsquo;informations : les donn\u00e9es sensorielles brutes (re\u00e7ues au niveau basal) et les informations pr\u00e9dictives, m\u00e9morielles ou attentionnelles (re\u00e7ues au niveau de la touffe apicale).<\/li>\n<li>Le m\u00e9canisme de couplage BAC (co\u00efncidence entre potentiel r\u00e9tro-propag\u00e9 et entr\u00e9e apicale) est actuellement consid\u00e9r\u00e9 comme une assise neurobiologique centrale pour la perception sensorielle consciente.<\/li>\n<li>Ses alt\u00e9rations structurales et synaptiques constituent un d\u00e9nominateur commun dans de multiples pathologies neuropsychiatriques, notamment la d\u00e9pression majeure, le stress post-traumatique, la maladie d&rsquo;Alzheimer et la schizophr\u00e9nie.<\/li>\n<li>Elle repr\u00e9sente une source d&rsquo;inspiration majeure pour le d\u00e9veloppement de nouveaux algorithmes neuromorphiques et d&rsquo;architectures d&rsquo;apprentissage profond \u00e0 compartiments multiples.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Larkum, M. E., Zhu, J. J., &amp; Sakmann, B. (1999). A new cellular mechanism for coupling inputs arriving at different cortical layers. <em>Nature<\/em>, 398(6725), 338\u2013341. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/18686\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/18686<\/a><\/li>\n<li>Larkum, M. (2013). A cellular mechanism for cortical associations: an organizing principle for the cerebral cortex. <em>Trends in Neurosciences<\/em>, 36(3), 141\u2013151. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.tins.2012.11.006\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.tins.2012.11.006<\/a><\/li>\n<li>Miyamoto, D., Hirai, D., Fung, C. C. A., Inutsuka, A., Odagawa, M., Suzuki, T., Boehringer, R., Murayama, M., Yamanaka, A., &amp; McHugh, T. J. (2016). Top-down cortical input during NREM sleep promotes daytime motor memory consolidation. <em>Science<\/em>, 352(6291), 1315\u20131318. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.aaf0902\">https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.aaf0902<\/a><\/li>\n<li>Phillips, W. A. (2017). The optimistic role of apical amplification in mental illness. <em>Schizophrenia Research<\/em>, 187, 85\u201392. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.schres.2016.12.012\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.schres.2016.12.012<\/a><\/li>\n<li>Suzuki, M., &amp; Larkum, M. E. (2020). General anesthesia decouples cortical pyramidal neurons. <em>Cell<\/em>, 180(4), 666\u2013676.e13. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cell.2020.01.024\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.cell.2020.01.024<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La dendrite apicale est le prolongement vertical fondamental des neurones pyramidaux, orchestrant l&rsquo;int\u00e9gration non lin\u00e9aire des signaux contextuels et sensoriels indispensables \u00e0 la cognition consciente.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[9662,6756,1387],"tags":[34377,34378,2054,6620,34379],"class_list":["post-20703","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-biopsychologie","category-neuroanatomie","category-neurosciences-cognitives","tag-dendrite-apicale","tag-neurone-pyramidal","tag-neurosciences","tag-plasticite-synaptique","tag-potentiel-daction-calcique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20703","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20703\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20703"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20703"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20703"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}