{"id":20685,"date":"2026-10-24T09:45:18","date_gmt":"2026-10-24T09:45:18","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=apap-pression-positive-continue-auto-pilotee"},"modified":"2026-10-24T09:45:18","modified_gmt":"2026-10-24T09:45:18","slug":"apap-pression-positive-continue-auto-pilotee","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=apap-pression-positive-continue-auto-pilotee","title":{"rendered":"APAP : Ventilation nocturne et \u00e9quilibre mental"},"content":{"rendered":"<h2>Pression positive continue auto-pilot\u00e9e (APAP)<\/h2>\n<p>Les perturbations respiratoires nocturnes constituent l&rsquo;une des causes les plus insidieuses d&rsquo;alt\u00e9ration neurocognitive, de d\u00e9r\u00e8glement affectif et de d\u00e9tresse psychologique chez l&rsquo;adulte. Au croisement de la m\u00e9decine du sommeil, de la neuropsychologie et de la psychologie de la sant\u00e9, le dispositif d&rsquo;APAP (<em>Auto-titrating Positive Airway Pressure<\/em> ou pression positive continue auto-pilot\u00e9e) repr\u00e9sente une avanc\u00e9e th\u00e9rapeutique majeure destin\u00e9e \u00e0 r\u00e9tablir la perm\u00e9abilit\u00e9 des voies a\u00e9riennes sup\u00e9rieures de fa\u00e7on dynamique. En r\u00e9gulant continuellement le flux respiratoire nocturne au gr\u00e9 des variations de r\u00e9sistance anatomique, l&rsquo;APAP prot\u00e8ge le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral des \u00e9pisodes r\u00e9p\u00e9titifs d&rsquo;hypoxie intermittente et restaure l&rsquo;architecture du sommeil, condition <em>sine qua non<\/em> de l&rsquo;hom\u00e9ostasie \u00e9motionnelle et de la clart\u00e9 cognitive.<\/p>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;APAP d\u00e9signe un mode de ventilation spontan\u00e9e non invasive \u00e0 deux niveaux variables ou \u00e0 pression dynamique, con\u00e7u pour traiter les troubles respiratoires obstructifs du sommeil, au premier rang desquels figure le syndrome d&rsquo;apn\u00e9es-hypopn\u00e9es obstructives du sommeil (SAHOS). Contrairement aux syst\u00e8mes \u00e0 pression constante, l&rsquo;APAP utilise des algorithmes embarqu\u00e9s sophistiqu\u00e9s qui mesurent cycle par cycle les variations de d\u00e9bit, la r\u00e9sistance des voies a\u00e9riennes, le ronflement et l&rsquo;aplatissement de l&rsquo;onde respiratoire, afin d&rsquo;ajuster automatiquement la pression th\u00e9rapeutique au seuil minimal efficace.<\/p>\n<p>Dans le champ de la neuropsychologie et de la psychopathologie clinique, l&rsquo;APAP est envisag\u00e9e non pas uniquement comme une proth\u00e8se pneumatique, mais comme une modalit\u00e9 neuroprotectrice et un vecteur de r\u00e9habilitation psychophysiologique. En jugulant les micro-\u00e9veils corticaux r\u00e9currents et les d\u00e9saturations en oxyh\u00e9moglobine, cette technologie normalise la continuit\u00e9 du sommeil profond \u00e0 ondes lentes et du sommeil paradoxal. Cette restauration permet l&rsquo;att\u00e9nuation significative des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs secondaires, l&rsquo;amenuisement de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 diurne, la r\u00e9versibilit\u00e9 de certains d\u00e9ficits des fonctions ex\u00e9cutives et une nette am\u00e9lioration de la qualit\u00e9 de vie per\u00e7ue.<\/p>\n<p>Au sens le plus rigoureux, l&rsquo;intervention par APAP constitue une alliance entre ing\u00e9nierie biom\u00e9dicale et modification comportementale. Son efficacit\u00e9 r\u00e9elle d\u00e9pend intimement de l&rsquo;adh\u00e9sion th\u00e9rapeutique du patient, r\u00e9gie par des d\u00e9terminants psychologiques complexes tels que l&rsquo;auto-efficacit\u00e9, la tol\u00e9rance \u00e0 l&rsquo;inconfort sensoriel et la restructuration des croyances dysfonctionnelles relatives \u00e0 l&rsquo;appareillage nocturne.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;acronyme APAP d\u00e9rive directement de la terminologie biom\u00e9dicale anglophone : <em>Auto-titrating Positive Airway Pressure<\/em> (parfois d\u00e9sign\u00e9 sous les vocables synonymes de <em>Automatic Positive Airway Pressure<\/em> ou <em>Auto-CPAP<\/em>). La racine \u00ab auto- \u00bb proc\u00e8de du grec ancien <em>aut\u00f3s<\/em> (\u03b1\u1f50\u03c4\u03cc\u03c2), qui signifie \u00ab de soi-m\u00eame \u00bb, soulignant le caract\u00e8re autor\u00e9gulateur et automatis\u00e9 du microprocesseur int\u00e9gr\u00e9. Le concept de \u00ab titration \u00bb puise son ascendance dans le substantif fran\u00e7ais m\u00e9di\u00e9val \u00ab titre \u00bb (issu du latin <em>titulus<\/em>, inscription ou \u00e9tiquette), initialement appliqu\u00e9 en chimie pour quantifier avec rigueur la proportion n\u00e9cessaire d&rsquo;un r\u00e9actif afin de neutraliser une solution donn\u00e9e.<\/p>\n<p>Le syntagme \u00ab pression positive \u00bb s&rsquo;oppose \u00e0 la d\u00e9pression physiologique g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par le diaphragme et la cage thoracique lors de l&rsquo;inspiration spontan\u00e9e. Enfin, les locutions \u00ab voies a\u00e9riennes \u00bb et \u00ab continue \u00bb traduisent le maintien m\u00e9canique ininterrompu d&rsquo;une attelle pneumatique \u00e0 travers l&rsquo;arbre pharyng\u00e9. Int\u00e9gr\u00e9 dans le corpus francophone sous la d\u00e9nomination de \u00ab Pression Positive Continue Auto-pilot\u00e9e \u00bb ou \u00ab Pression Positive Continue Auto-ajustable \u00bb, l&rsquo;acronyme international APAP s&rsquo;est progressivement universalis\u00e9 dans les comptes rendus de polysomnographie, les \u00e9crits de neuropsychologie clinique et les protocoles de recherche en neurobiologie comportementale d\u00e8s le milieu des ann\u00e9es 1990.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le sigle se prononce couramment sous forme d&rsquo;acronyme unifi\u00e9 dans le milieu m\u00e9dical francophone sous la transcription phon\u00e9tique internationale \/a.pap\/, bien que l&rsquo;\u00e9pellation lettre par lettre (\/a.pe.a.pe\/) subsiste dans certains contextes acad\u00e9miques formels. Il est r\u00e9pertori\u00e9 sous la cat\u00e9gorie grammaticale du nom f\u00e9minin lorsqu&rsquo;il qualifie implicitement la \u00ab pression \u00bb (une APAP), ou du nom masculin lorsqu&rsquo;il renvoie \u00e0 \u00ab l&rsquo;appareil \u00bb ou \u00ab dispositif d&rsquo;APAP \u00bb (un APAP). Dans la litt\u00e9rature sp\u00e9cialis\u00e9e, l&rsquo;usage oscille couramment entre l&rsquo;ellipse fonctionnelle f\u00e9minine (\u00ab l&rsquo;APAP d\u00e9livr\u00e9e au masque \u00bb) et la d\u00e9signation mat\u00e9rielle masculine (\u00ab le bo\u00eetier APAP \u00bb).<\/p>\n<p>En tant qu&rsquo;acronyme invariable en genre morphologique, son pluriel n&rsquo;admet g\u00e9n\u00e9ralement pas d&rsquo;alt\u00e9ration orthographique (des dispositifs d&rsquo;APAP, les modes APAP). En psychologie m\u00e9dicale, on privil\u00e9gie l&rsquo;expression synth\u00e9tique \u00ab th\u00e9rapie par APAP \u00bb ou \u00ab traitement par APAP \u00bb afin de d\u00e9limiter l&rsquo;ensemble du paradigme clinique qui r\u00e9unit le g\u00e9n\u00e9rateur de pression, l&rsquo;interface faciale, l&rsquo;observance comportementale et les b\u00e9n\u00e9fices neurocognitifs sous-jacents.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;APAP dans toute son amplitude, il convient d&rsquo;analyser la physiopathologie de l&rsquo;effondrement des voies a\u00e9riennes sup\u00e9rieures durant l&rsquo;endormissement et ses r\u00e9percussions c\u00e9r\u00e9brales directes. Lors du passage de la veille au sommeil non-REM puis au sommeil REM, le tonus des muscles dilatateurs du pharynx (notamment le muscle g\u00e9nioglosse) subit une hypotonie physiologique. Chez les individus pr\u00e9dispos\u00e9s par des particularit\u00e9s c\u00e9phalom\u00e9triques, un encombrement tissulaire ou une surcharge pond\u00e9rale, cette hypotonie aboutit \u00e0 une occlusion partielle (hypopn\u00e9e) ou totale (apn\u00e9e) du conduit pharyng\u00e9. La rupture du flux gazeux entra\u00eene une asphyxie progressive marqu\u00e9e par une hypercapnie et une hypox\u00e9mie s\u00e9v\u00e8re, d\u00e9clenchant une d\u00e9charge orthosympathique massive et un micro-\u00e9veil cortical (<em>arousal<\/em>) salvateur mais d\u00e9l\u00e9t\u00e8re.<\/p>\n<p>Ce micro-\u00e9veil r\u00e9p\u00e9t\u00e9 de cinquante \u00e0 plus de cent fois par heure fragmente dramatiquement le sommeil. Le cerveau ne parvient plus \u00e0 s&rsquo;ancrer dans les stades r\u00e9parateurs que sont le sommeil \u00e0 ondes lentes (stade N3) et le sommeil paradoxal (sommeil REM). Or, c&rsquo;est pr\u00e9cis\u00e9ment au cours de ces phases que se d\u00e9ploient la clairance des toxines m\u00e9taboliques c\u00e9r\u00e9brales via le syst\u00e8me glymphatique, la potentialisation \u00e0 long terme indispensable \u00e0 la consolidation mn\u00e9sique, et l&rsquo;hom\u00e9ostasie synaptique garantissant la r\u00e9gulation de l&rsquo;affect. L&rsquo;APAP intervient comme une attelle pneumatique pneumatique dynamique qui projette de l&rsquo;air ambiant pressuris\u00e9 pour maintenir le calibre pharyng\u00e9 b\u00e9ant. \u00c0 la diff\u00e9rence de la CPAP fixe (<em>Continuous Positive Airway Pressure<\/em>), qui injecte une pression pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9e invariable toute la nuit, l&rsquo;APAP navigue au sein d&rsquo;une fen\u00eatre de pression programmable (par exemple entre 6 et 14 cmH2O).<\/p>\n<p>L&rsquo;appareil r\u00e9agit en temps r\u00e9el aux diff\u00e9rentes postures du patient : le d\u00e9cubitus dorsal majore la chute linguale vers l&rsquo;arri\u00e8re par simple gravit\u00e9, requ\u00e9rant une pression d&rsquo;ouverture plus forte, tandis que le d\u00e9cubitus lat\u00e9ral exige souvent un soutien manom\u00e9trique moindre. De m\u00eame, les p\u00e9riodes de sommeil paradoxal, propices \u00e0 une atonie musculaire globale accrue, voient la pression s&rsquo;ajuster \u00e0 la hausse de fa\u00e7on cibl\u00e9e. D\u00e8s que les voies a\u00e9riennes se stabilisent, l&rsquo;algorithme r\u00e9duit la pression \u00e0 son niveau plancher, limitant ainsi les contraintes m\u00e9caniques, l&rsquo;inconfort d&rsquo;expiration forc\u00e9e, les fuites de masque et l&rsquo;a\u00e9rophagie nocturne.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique, cette modulation r\u00e9duit la charge mentale li\u00e9e \u00e0 la sensation d&rsquo;\u00e9touffement ou d&rsquo;intrusion m\u00e9canique. L&rsquo;individu ne se sent pas agress\u00e9 par une colonne d&rsquo;air maximale d\u00e8s l&rsquo;endormissement, ce qui att\u00e9nue les manifestations anxieuses anticipatoires et la claustrophobie associ\u00e9e au port de l&rsquo;interface nasale ou oronasale. La baisse de l&rsquo;intensit\u00e9 de fragmentation du sommeil se traduit, d\u00e8s les premi\u00e8res semaines de traitement, par une recrudescence de l&rsquo;\u00e9nergie psychique diurne, une restauration de l&rsquo;attention s\u00e9lective et une d\u00e9cadence des affects d\u00e9pressifs majeurs.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la pression positive nocturne est indissociable des travaux pionniers du m\u00e9decin australien <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Colin_Sullivan\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Colin Sullivan<\/a> qui, en 1981, publia dans la revue <em>The Lancet<\/em> la premi\u00e8re d\u00e9monstration irr\u00e9futable de la r\u00e9versibilit\u00e9 du collapsus pharyng\u00e9 par insufflation nasale continue. \u00c0 l&rsquo;origine, les compresseurs \u00e9taient des appareils lourds, assourdissants et d\u00e9nu\u00e9s de toute modularit\u00e9 num\u00e9rique, imposant une pression fixe calibr\u00e9e laborieusement au cours d&rsquo;une nuit compl\u00e8te d&rsquo;enregistrement polysomnographique au laboratoire du sommeil.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, face aux abandons th\u00e9rapeutiques massifs dus aux pressions fixes trop \u00e9lev\u00e9es lors de l&rsquo;endormissement ou dans les phases peu critiques de la nuit, les chercheurs et ing\u00e9nieurs biom\u00e9dicaux ont entrepris de concevoir des valves et des capteurs de pression diff\u00e9rentielle capables d&rsquo;analyser le signal d&rsquo;onde de d\u00e9bit inspiratoire. L&rsquo;essor de la micro-informatique a permis l&rsquo;\u00e9mergence des premiers prototypes d&rsquo;APAP vers 1992-1993. Ces premiers mod\u00e8les exp\u00e9rimentaux ajustaient la pression en fonction du ronflement acoustique ou des arr\u00eats massifs du d\u00e9bit.<\/p>\n<p>Entre 1995 et 2005, les algorithmes se sont perfectionn\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;introduction de l&rsquo;analyse de forme de l&rsquo;onde de d\u00e9bit (mise en \u00e9vidence de la limitation de d\u00e9bit inspiratoire sans apn\u00e9e franche). La d\u00e9mocratisation de ces technologies a co\u00efncid\u00e9 avec un glissement paradigmatique : la titration manuelle complexe en milieu hospitalier a c\u00e9d\u00e9 le pas \u00e0 la possibilit\u00e9 de r\u00e9aliser des auto-titrations ambulatoires au domicile du patient. Les psychologues du comportement et les sp\u00e9cialistes de la m\u00e9decine comportementale du sommeil ont alors saisi l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de ces syst\u00e8mes pour concevoir des protocoles d&rsquo;habituation personnalis\u00e9s, r\u00e9duisant les r\u00e9sistances psychologiques des sujets confront\u00e9s au diagnostic stigmatisant d&rsquo;apn\u00e9e du sommeil.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et physiologiques<\/h3>\n<p>Les fondements th\u00e9oriques de l&rsquo;APAP reposent sur le mod\u00e8le biom\u00e9canique du r\u00e9sistor de Starling appliqu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arbre respiratoire pharyng\u00e9. Le pharynx humain y est mod\u00e9lis\u00e9 comme un tube souple compressible d\u00e9limit\u00e9 par deux segments rigides : les fosses nasales en amont et la trach\u00e9e en aval. Selon les lois de l&rsquo;hydrodynamique et du comportement des conduits d\u00e9formables, l&rsquo;\u00e9coulement gazeux est brid\u00e9 d\u00e8s lors que la pression tissulaire environnante (pression critique de fermeture ou <em>Pcrit<\/em>) d\u00e9passe la pression intraluminale. En augmentant la pression intraluminale par voie externe, l&rsquo;APAP \u00e9l\u00e8ve la pression \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du conduit pharyng\u00e9 au-dessus de la <em>Pcrit<\/em>, maintenant la perm\u00e9abilit\u00e9 m\u00e9canique en d\u00e9pit du collapsus musculaire passif.<\/p>\n<p>Sur le versant neurophysiologique, le concept central repose sur la th\u00e9orie de la d\u00e9nervation sensorielle et de l&rsquo;hyperactivit\u00e9 sympathique chronique induites par le SAHOS. L&rsquo;alternance r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d&rsquo;hypoxies aigu\u00ebs et de r\u00e9oxyg\u00e9nations brutales produit un stress oxydatif syst\u00e9mique massif, catalyse la lib\u00e9ration de cytokines pro-inflammatoires (TNF-alpha, interleukine-6) et d\u00e9r\u00e8gle l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HPA). L&rsquo;\u00e9l\u00e9vation nocturne et diurne du cortisol et des cat\u00e9cholamines plasmatiques maintient l&rsquo;organisme dans un \u00e9tat permanent d&rsquo;alerte biologique, propice aux troubles d\u00e9pressifs, \u00e0 l&rsquo;irritabilit\u00e9 et aux crises de panique nocturnes.<\/p>\n<p>Au niveau c\u00e9r\u00e9bral, l&rsquo;interruption des cycles de sommeil profond nuit gravement au m\u00e9tabolisme du cortex pr\u00e9frontal dorsolat\u00e9ral et de l&rsquo;hippocampe, structures hautement vuln\u00e9rables \u00e0 la dette en oxyg\u00e8ne. L&rsquo;application de l&rsquo;APAP interrompt ce cercle vicieux : en supprimant les d\u00e9saturations et les micro-\u00e9veils, elle \u00e9teint la suractivation du syst\u00e8me sympathique et permet aux structures c\u00e9r\u00e9brales sup\u00e9rieures de recouvrer leur hom\u00e9ostasie neurochimique, en particulier la transmission s\u00e9rotoninergique et dopaminergique indispensable \u00e0 la r\u00e9gulation de l&rsquo;affect.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan de la th\u00e9orie cognitive et comportementale, l&rsquo;acceptation de l&rsquo;APAP s&rsquo;inscrit dans la th\u00e9orie de l&rsquo;auto-efficacit\u00e9 formul\u00e9e par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Albert_Bandura\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">Albert Bandura<\/a>. L&rsquo;appareil g\u00e9n\u00e8re chez l&rsquo;utilisateur une dynamique d&rsquo;apprentissage operant : si le souffle d\u00e9livr\u00e9 est trop rigide, il agit comme un renfor\u00e7ateur aversif (conduisant \u00e0 l&rsquo;arrachage nocturne du masque) ; \u00e0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;ajustement dynamique de l&rsquo;APAP, doux lors de l&rsquo;endormissement et ne s&rsquo;\u00e9levant qu&rsquo;en cas de n\u00e9cessit\u00e9 critique, diminue la perception de contrainte et renforce positivement le sentiment de contr\u00f4le et de confort du dormeur.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>Le syst\u00e8me APAP articule plusieurs composantes techniques, physiologiques et subjectives dont l&rsquo;harmonie conditionne l&rsquo;adh\u00e9sion globale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;algorithme de d\u00e9tection et de r\u00e9gulation :<\/strong> Le microprocesseur embarqu\u00e9 qui analyse le signal de d\u00e9bit a\u00e9rien. Il identifie les apn\u00e9es obstructives, les apn\u00e9es centrales (diff\u00e9renci\u00e9es par la technique de l&rsquo;oscillation forc\u00e9e mesurant la perm\u00e9abilit\u00e9 de la glotte), les hypopn\u00e9es, les limitations de d\u00e9bit et les vibrations acoustiques caract\u00e9ristiques du ronflement.<\/li>\n<li><strong>La plage manom\u00e9trique (Pmin et Pmax) :<\/strong> Intervalle de pression prescrit par le praticien. La pression minimale (<em>Pmin<\/em>) doit \u00eatre suffisante pour pr\u00e9venir le collapsus initial \u00e0 l&rsquo;endormissement sans cr\u00e9er d&rsquo;inconfort, tandis que la pression maximale (<em>Pmax<\/em>) plafonne la mont\u00e9e de l&rsquo;appareil afin d&rsquo;\u00e9viter les hyperventilations, les micro-r\u00e9veils induits par la surpression et les fuites a\u00e9roport\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>La rampe intelligente :<\/strong> Fonctionnalit\u00e9 permettant \u00e0 l&rsquo;appareil de d\u00e9marrer \u00e0 un niveau sous-th\u00e9rapeutique tr\u00e8s bas pendant la phase d&rsquo;endormissement conscient, puis d&rsquo;activer l&rsquo;auto-titration uniquement lorsque des algorithmes d&rsquo;analyse respiratoire identifient l&rsquo;installation formelle du sommeil.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;interface patient (le masque) :<\/strong> \u00c9l\u00e9ment physique crucial pour l&rsquo;acceptation psychologique. Il se d\u00e9cline en masque narinaire (minimaliste, r\u00e9duisant la sensation d&rsquo;enfermement), masque nasal (couvrant l&rsquo;ar\u00eate du nez) et masque bucco-nasal ou facial (indispensable en cas de respiration buccale pr\u00e9dominante ou d&rsquo;obstruction nasale anatomique).<\/li>\n<li><strong>Le syst\u00e8me d&rsquo;humidification et de r\u00e9chauffement :<\/strong> Module thermostatique indispensable pour pr\u00e9venir le dess\u00e8chement de la muqueuse naso-pharyng\u00e9e, la congestion rebond et la rhinorrh\u00e9e, causes fr\u00e9quentes d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 et de rejet pr\u00e9coce de la machine.<\/li>\n<li><strong>La t\u00e9l\u00e9m\u00e9trie et le biofeedback comportemental :<\/strong> Puce cellulaire ou modem transmettant les donn\u00e9es nocturnes (dur\u00e9e d&rsquo;utilisation, indice d&rsquo;apn\u00e9es r\u00e9siduel, fuites). Ces donn\u00e9es peuvent \u00eatre restitu\u00e9es au patient via une application pour t\u00e9l\u00e9phone intelligent, stimulant la motivation intrins\u00e8que et l&rsquo;autor\u00e9gulation.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Cas 1 : D\u00e9pression r\u00e9fractaire et alt\u00e9ration ex\u00e9cutive chez un cadre sup\u00e9rieur<\/strong><br \/>\nMarc, 48 ans, consulte en psychiatrie pour un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur caract\u00e9ris\u00e9 par une anh\u00e9donie profonde, des troubles de la concentration, une irritabilit\u00e9 professionnelle et une fatigue persistante, r\u00e9sistant \u00e0 deux lignes d&rsquo;antid\u00e9presseurs s\u00e9rotoninergiques bien conduits. L&rsquo;anamn\u00e8se r\u00e9v\u00e8le une hypersomnolence diurne mesur\u00e9e par un score d&rsquo;Epworth \u00e0 16\/24 et un ronflement rapport\u00e9 par sa conjointe. La polygraphie ventilatoire confirme un SAHOS s\u00e9v\u00e8re avec un Indice d&rsquo;Apn\u00e9es-Hypopn\u00e9es (IAH) de 42 \u00e9v\u00e9nements par heure. Une prescription d&rsquo;APAP r\u00e9gl\u00e9e entre 7 et 13 cmH2O est mise en place. Apr\u00e8s un accompagnement psycho-\u00e9ducatif initial pour surmonter l&rsquo;appr\u00e9hension de l&rsquo;interface narinaire, Marc atteint une observance moyenne de 6,8 heures par nuit. D\u00e8s la quatri\u00e8me semaine, l&rsquo;IAH r\u00e9siduel chute \u00e0 2,1 \u00e9v\u00e9nements par heure. Les tests neuropsychologiques mettent en \u00e9vidence une normalisation de la vitesse de traitement et de la flexibilit\u00e9 mentale, tandis que le score \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de d\u00e9pression de Hamilton diminue de 60 %, permettant un sevrage progressif des psychotropes sous supervision m\u00e9dicale.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Phobie du masque et claustrophobie nocturne<\/strong><br \/>\n\u00c9l\u00e9onore, 56 ans, pr\u00e9sente une apn\u00e9e obstructive du sommeil mod\u00e9r\u00e9e (IAH \u00e0 26\/h) compliqu\u00e9e par un trouble panique avec claustrophobie ancienne. Lors de son premier essai sous CPAP fixe \u00e0 10 cmH2O, elle arrache l&rsquo;appareillage apr\u00e8s quarante minutes en proie \u00e0 une sensation d&rsquo;\u00e9touffement insoutenable et refuse tout nouvel essai. L&rsquo;\u00e9quipe m\u00e9dicale l&rsquo;oriente vers une th\u00e9rapie cognitivo-comportementale coupl\u00e9e \u00e0 un passage sous APAP param\u00e9tr\u00e9e sur une plage \u00e9troite de 5 \u00e0 9 cmH2O avec rampe d&rsquo;endormissement prolong\u00e9e. Des s\u00e9ances d&rsquo;exposition <em>in vivo<\/em> gradu\u00e9e en \u00e9tat de veille (respirer avec le masque d\u00e9branch\u00e9, puis branch\u00e9 \u00e0 faible pression devant un programme t\u00e9l\u00e9vis\u00e9 relaxant) sont men\u00e9es. Le mode auto-pilot\u00e9 permet \u00e0 \u00c9l\u00e9onore de s&rsquo;endormir \u00e0 une pression douce de 5 cmH2O sans sensation d&rsquo;obstacle expiratoire. La machine n&rsquo;augmente sa pression que vers le milieu de la nuit, sans interrompre son cycle de sommeil. Au bout de trois mois, l&rsquo;observance th\u00e9rapeutique se stabilise \u00e0 5,5 heures par nuit, s&rsquo;accompagnant d&rsquo;une disparition quasi-compl\u00e8te des attaques de panique nocturnes.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, mesure et titration<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;efficacit\u00e9 et de l&rsquo;adaptation sous APAP s&rsquo;appuie sur une conjugaison de mesures \u00e9lectrophysiologiques objectives et d&rsquo;\u00e9chelles psychom\u00e9triques valid\u00e9es. Les appareils contemporains enregistrent en permanence le d\u00e9bit et la pression, calculant l&rsquo;IAH r\u00e9siduel ainsi que le 95e percentile de pression (la valeur sous laquelle le patient a pass\u00e9 95 % de son temps de sommeil). Cette m\u00e9trique permet au clinicien de r\u00e9ajuster avec une pr\u00e9cision math\u00e9matique la fourchette manom\u00e9trique lors des consultations de suivi.<\/p>\n<p>Sur le plan de la somnolence et de l&rsquo;\u00e9tat fonctionnel, <a href=\"https:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Epworth_Sleepiness_Scale\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">l&rsquo;\u00e9chelle de somnolence d&rsquo;Epworth<\/a> (ESS) demeure l&rsquo;\u00e9talon-or clinique, compl\u00e9t\u00e9e par l&rsquo;indice de qualit\u00e9 du sommeil de Pittsburgh (PSQI). Du c\u00f4t\u00e9 neuropsychologique, l&rsquo;\u00e9valuation post-APAP requiert fr\u00e9quemment des tests psychom\u00e9triques mesurant la vigilance soutenue, tels que le test de maintien de l&rsquo;\u00e9veil (TME), le test d&rsquo;attention soutenue visuelle (PVT &#8211; <em>Psychomotor Vigilance Task<\/em>) ou la batterie d&rsquo;\u00e9valuation des fonctions ex\u00e9cutives (test de Stroop, Trail Making Test A et B, tests de fluence verbale).<\/p>\n<p>L&rsquo;adh\u00e9sion th\u00e9rapeutique, facteur d\u00e9terminant de la r\u00e9ussite psychologique du traitement, est standardis\u00e9e au niveau international par un seuil minimal d&rsquo;observance : l&rsquo;usage de l&rsquo;appareil au moins 4 heures par nuit sur 70 % des nuits cons\u00e9cutives. Toutefois, les \u00e9tudes en neurosciences cognitives d\u00e9montrent qu&rsquo;une normalisation substantielle des fonctions ex\u00e9cutives sup\u00e9rieures et de la r\u00e9gulation de l&rsquo;humeur exige souvent un seuil d&rsquo;utilisation plus \u00e9lev\u00e9, oscillant entre 6 et 7 heures par nuit, de mani\u00e8re \u00e0 couvrir l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 des cycles de sommeil paradoxal concentr\u00e9s en fin de nuit.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e neuropsychologique<\/h3>\n<p>Les applications cliniques de l&rsquo;APAP s&rsquo;\u00e9tendent bien au-del\u00e0 de la simple suppression du ronflement ou de la r\u00e9duction du risque cardiovasculaire (hypertension, fibrillation auriculaire, accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral). En psychiatrie et en psychologie clinique, l&rsquo;APAP est d\u00e9sormais per\u00e7ue comme un co-traitement d\u00e9terminant dans plusieurs tableaux nosographiques complexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les troubles d\u00e9pressifs majeurs et dysthymies :<\/strong> Le chevauchement symptomatologique entre SAHOS et d\u00e9pression (asth\u00e9nie, anh\u00e9donie, ralentissement psychomoteur, troubles de la m\u00e9moire) conduit fr\u00e9quemment \u00e0 des impasses diagnostiques. L&rsquo;instauration de l&rsquo;APAP permet d&rsquo;\u00e9radiquer la part organique de l&rsquo;\u00e9tat d\u00e9pressif, d\u00e9masquant parfois une humeur euthymique stable d\u00e8s la reprise d&rsquo;un sommeil r\u00e9parateur.<\/li>\n<li><strong>Les troubles anxieux et les attaques de panique nocturnes :<\/strong> Les r\u00e9veils brusques provoqu\u00e9s par des apn\u00e9es sont souvent interpr\u00e9t\u00e9s de mani\u00e8re catastrophique par le patient comme des suffocations d&rsquo;origine angoissante. L&rsquo;APAP, en maintenant la perm\u00e9abilit\u00e9 respiratoire, interrompt ces faux signaux d&rsquo;alarme autonomes et r\u00e9\u00e9duque le sentiment de s\u00e9curit\u00e9 somatique.<\/li>\n<li><strong>Le d\u00e9clin cognitif l\u00e9ger (MCI) et la neuroprotection :<\/strong> L&rsquo;hypoxie nocturne acc\u00e9l\u00e8re le d\u00e9p\u00f4t de peptides amylo\u00efdes et la phosphorylation de la prot\u00e9ine tau, biomarqueurs cardinaux de la maladie d&rsquo;Alzheimer. L&rsquo;APAP constitue une strat\u00e9gie th\u00e9rapeutique pr\u00e9ventive prometteuse, ralentissant l&rsquo;\u00e9rosion mn\u00e9sique chez les personnes \u00e2g\u00e9es souffrant de troubles respiratoires mod\u00e9r\u00e9s \u00e0 s\u00e9v\u00e8res.<\/li>\n<li><strong>La r\u00e9habilitation cognitive post-traumatisme cr\u00e2nien ou post-AVC :<\/strong> Les patients victimes d&rsquo;atteintes neurologiques pr\u00e9sentent une pr\u00e9valence anormalement haute de SAHOS central ou obstructif qui entrave la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. L&rsquo;APAP acc\u00e9l\u00e8re les gains fonctionnels en kin\u00e9sith\u00e9rapie et en r\u00e9\u00e9ducation cognitive en assurant une oxyg\u00e9nation c\u00e9r\u00e9brale ininterrompue au repos.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>Une abondante litt\u00e9rature scientifique a document\u00e9 l&rsquo;impact de la ventilation en pression positive sur le fonctionnement c\u00e9r\u00e9bral et le profil affectif. Les travaux synth\u00e9tis\u00e9s par Weaver et ses collaborateurs ont \u00e9tabli de longue date une relation dose-r\u00e9ponse lin\u00e9aire entre le nombre d&rsquo;heures nocturnes d&rsquo;utilisation de la pression positive et l&rsquo;amplitude de normalisation des scores cognitifs et de la somnolence diurne. Les m\u00e9ta-analyses publi\u00e9es au sein de revues psychiatriques de r\u00e9f\u00e9rence confirment que le traitement par pression positive produit une r\u00e9duction d&rsquo;amplitude mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 forte (d de Cohen entre 0,40 et 0,65) des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs chez les patients apn\u00e9iques, rivalisant avec l&rsquo;effet moyen de certains antid\u00e9presseurs chez les patients mod\u00e9r\u00e9ment touch\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) fonctionnelle et structurale, des \u00e9tudes men\u00e9es notamment par Canessa et son \u00e9quipe ont mis en \u00e9vidence une plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale spectaculaire : apr\u00e8s plusieurs mois de traitement r\u00e9gulier par pression positive (APAP ou CPAP fixe), on observe une r\u00e9cup\u00e9ration partielle de la substance grise au sein de l&rsquo;hippocampe, du gyrus frontal moyen et du cervelet, corr\u00e9l\u00e9e directement \u00e0 la restauration des performances aux tests de m\u00e9moire \u00e9pisodique et de m\u00e9moire de travail.<\/p>\n<p>Concernant le d\u00e9bat sp\u00e9cifique comparant l&rsquo;APAP \u00e0 la CPAP fixe, de vastes essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s (tels que ceux revus dans les bases de donn\u00e9es Cochrane) soulignent que si les deux modes affichent une efficacit\u00e9 \u00e9quivalente sur la baisse de l&rsquo;IAH et de l&rsquo;indice de d\u00e9saturation en oxyg\u00e8ne, l&rsquo;APAP se distingue par une pression moyenne administr\u00e9e significativement plus faible sur l&rsquo;ensemble de la nuit. Cela conf\u00e8re \u00e0 l&rsquo;APAP un net avantage en mati\u00e8re de confort d&rsquo;usage chez les sujets intol\u00e9rants aux hautes pressions continues, favorisant ainsi une meilleure compliance psychologique sur le long terme.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;int\u00e9gration d&rsquo;un dispositif d&rsquo;APAP dans la sph\u00e8re intime du sommeil convoque des repr\u00e9sentations sociales et culturelles profondes. Dans de nombreuses cultures, l&rsquo;introduction d&rsquo;une machine m\u00e9dicale bruyante, d&rsquo;un tuyau annel\u00e9 et d&rsquo;un masque dans le lit conjugal alt\u00e8re la dimension symbolique du repos partag\u00e9 et soul\u00e8ve des enjeux d&rsquo;image corporelle, de s\u00e9duction et de sexualit\u00e9. Les patients verbalisent fr\u00e9quemment un sentiment de vieillissement pr\u00e9matur\u00e9, de d\u00e9ch\u00e9ance physique ou de d\u00e9pendance technologique ali\u00e9nante.<\/p>\n<p>Les disparit\u00e9s socio-\u00e9conomiques influencent \u00e9galement l&rsquo;adoption de l&rsquo;APAP. L&rsquo;acc\u00e8s aux \u00e9quipements de pointe, le remboursement des consommables (masques en silicone ou en mousse \u00e0 m\u00e9moire de forme, filtres ultra-fins) et l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 un accompagnement par des techniciens prestataires ou des psychologues de la sant\u00e9 d\u00e9pendent fortement des syst\u00e8mes de couverture m\u00e9dicale nationaux. Dans les milieux d\u00e9favoris\u00e9s ou au sein de logements surpeupl\u00e9s, la peur du regard d&rsquo;autrui ou l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;isoler l&rsquo;appareil majorent les taux d&rsquo;abandon pr\u00e9coce.<\/p>\n<p>\u00c0 cela s&rsquo;ajoute la variabilit\u00e9 des repr\u00e9sentations du sommeil \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle transculturelle : l\u00e0 o\u00f9 les soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es privil\u00e9gient un sommeil monophasique individuel ax\u00e9 sur l&rsquo;optimisation de la performance diurne, d&rsquo;autres structures communautaires valorisent le co-sommeil familial ou des rythmes polyphasiques, ce qui requiert des adaptations personnalis\u00e9es de la guidance m\u00e9dicale et comportementale lors de la prescription d&rsquo;une APAP.<\/p>\n<h3>13. Controverses, limites et d\u00e9bats cliniques<\/h3>\n<p>Bien que l&rsquo;APAP constitue une innovation technologique salu\u00e9e, elle suscite des controverses nourries au sein de la communaut\u00e9 somnologique. L&rsquo;un des d\u00e9bats majeurs concerne la variabilit\u00e9 algorithmique inter-fabricants. Contrairement \u00e0 un principe pharmacologique dont la mol\u00e9cule est standardis\u00e9e, chaque constructeur d&rsquo;appareils d&rsquo;APAP d\u00e9veloppe son propre algorithme propri\u00e9taire de d\u00e9tection du profil d&rsquo;onde inspiratoire. Par cons\u00e9quent, deux machines d&rsquo;APAP programm\u00e9es avec des plages de pression rigoureusement identiques peuvent r\u00e9agir de mani\u00e8re diam\u00e9tralement oppos\u00e9e face au m\u00eame type d&rsquo;hypopn\u00e9e, l&rsquo;une montant agressivement en pression tandis que l&rsquo;autre maintient un palier mod\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<p>Une autre controverse clinique r\u00e9side dans le risque de survenue d&rsquo;apn\u00e9es centrales induites par le traitement (\u00e9galement nomm\u00e9es syndrome d&rsquo;apn\u00e9es complexes du sommeil). Chez certains sujets particuli\u00e8rement r\u00e9actifs, l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation dynamique et rapide de la pression intrathoracique impos\u00e9e par l&rsquo;APAP d\u00e9clenche une hyperventilation r\u00e9flexe qui abaisse la pression art\u00e9rielle partielle en dioxyde de carbone (PaCO2) sous le seuil d&rsquo;apn\u00e9e bulbaire, provoquant une cascade d&rsquo;arr\u00eats respiratoires d&rsquo;origine centrale. Dans ces circonstances, le mode APAP se r\u00e9v\u00e8le d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, r\u00e9veillant paradoxalement le patient et imposant le recours \u00e0 une ventilation servo-assist\u00e9e auto-adaptative (ASV).<\/p>\n<p>Enfin, la promesse marketing d&rsquo;une observance syst\u00e9matiquement sup\u00e9rieure de l&rsquo;APAP par rapport \u00e0 la CPAP fixe classique a \u00e9t\u00e9 nuanc\u00e9e par la recherche clinique. Si l&rsquo;APAP offre un confort d&rsquo;endormissement ind\u00e9niable, les donn\u00e9es empiriques montrent que l&rsquo;observance moyenne ne gagne souvent qu&rsquo;une quinzaine \u00e0 une trentaine de minutes par nuit en moyenne globale par rapport \u00e0 une CPAP fixe bien r\u00e9gl\u00e9e. Cela d\u00e9montre que le d\u00e9terminant principal du succ\u00e8s th\u00e9rapeutique ne repose pas exclusivement sur l&rsquo;ing\u00e9nierie logicielle de la machine, mais bien sur l&rsquo;accompagnement humain, l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique et la prise en charge des variables psychocomportementales associ\u00e9es.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9cosyst\u00e8me de la ventilation nocturne comprend de multiples technologies qu&rsquo;il convient de distinguer rigoureusement du mode APAP :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>CPAP fixe (Pression Positive Continue) :<\/strong> Modalit\u00e9 historique o\u00f9 la pression d&rsquo;air insuffl\u00e9 demeure invariable tout au long de la nuit, de l&rsquo;endormissement au r\u00e9veil, quel que soit le stade de sommeil ou la position corporelle. L&rsquo;APAP se diff\u00e9rencie de la CPAP par sa capacit\u00e9 d&rsquo;autor\u00e9gulation dynamique en temps r\u00e9el.<\/li>\n<li><strong>BiPAP ou BPAP (Pression Positive \u00e0 Deux Niveaux) :<\/strong> Appareil d\u00e9livrant deux pressions distinctes pr\u00e9d\u00e9termin\u00e9es : une pression plus \u00e9lev\u00e9e lors de l&rsquo;inspiration (IPAP) et une pression abaiss\u00e9e lors de l&rsquo;expiration (EPAP) pour faciliter l&rsquo;effort m\u00e9canique de rejet de l&rsquo;air. R\u00e9serv\u00e9e principalement aux insuffisances respiratoires chroniques, \u00e0 l&rsquo;hypoventilation alv\u00e9olaire ou aux intol\u00e9rances extr\u00eames aux pressions expiratoires de la CPAP\/APAP.<\/li>\n<li><strong>ASV (Ventilation Auto-Asservie) :<\/strong> Syst\u00e8me ventilatoire de pointe con\u00e7u sp\u00e9cifiquement pour juguler les respirations de Cheyne-Stokes et les apn\u00e9es du sommeil centrales. Contrairement \u00e0 l&rsquo;APAP qui module la pression sur une \u00e9chelle lente de plusieurs secondes \u00e0 minutes pour contrer l&rsquo;obstacle m\u00e9canique, l&rsquo;ASV adapte son aide inspiratoire volume par volume \u00e0 chaque souffle.<\/li>\n<li><strong>Orth\u00e8se d&rsquo;avanc\u00e9e mandibulaire (OAM) :<\/strong> Dispositif dentaire biom\u00e9canique amovible qui propulse la m\u00e2choire inf\u00e9rieure en avant pendant le sommeil afin d&rsquo;agrandir l&rsquo;espace r\u00e9tro-lingual. C&rsquo;est une alternative non pneumatique \u00e0 l&rsquo;APAP, privil\u00e9gi\u00e9e dans les apn\u00e9es l\u00e9g\u00e8res \u00e0 mod\u00e9r\u00e9es ou en cas de refus psychologique total de la ventilation au masque.<\/li>\n<li><strong>TCC-I (Th\u00e9rapie Cognitivo-Comportementale de l&rsquo;Insomnie) :<\/strong> Approche psychologique structur\u00e9e ciblant les cognitions et conditionnements d\u00e9l\u00e9t\u00e8res entourant le sommeil. Fr\u00e9quemment mobilis\u00e9e en association avec l&rsquo;APAP chez les patients souffrant de COMISA (comorbidit\u00e9 insomnie et apn\u00e9e obstructive du sommeil).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;APAP s&rsquo;impose comme une modalit\u00e9 th\u00e9rapeutique de premier plan alliant ing\u00e9nierie biom\u00e9dicale avanc\u00e9e et optimisation neurocognitive :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Principe dynamique :<\/strong> L&rsquo;APAP ajuste en continu le niveau de pression positive d&rsquo;air au strict minimum requis pour vaincre la r\u00e9sistance pharyng\u00e9e, en tenant compte de la posture de sommeil et des stades \u00e9lectroenc\u00e9phalographiques.<\/li>\n<li><strong>Restauration c\u00e9r\u00e9brale :<\/strong> En pr\u00e9venant les d\u00e9saturations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es en oxyg\u00e8ne et les micro-\u00e9veils corticaux, l&rsquo;APAP r\u00e9tablit la continuit\u00e9 du sommeil profond et du sommeil paradoxal, socles de la plasticit\u00e9 synaptique et de la consolidation de la m\u00e9moire.<\/li>\n<li><strong>B\u00e9n\u00e9fices psychopathologiques :<\/strong> Son application r\u00e9guli\u00e8re engendre une d\u00e9croissance mesurable des sympt\u00f4mes d\u00e9pressifs, une d\u00e9sescalade de l&rsquo;hyperactivit\u00e9 sympathique diurne et une r\u00e9habilitation fonctionnelle des processus attentionnels et ex\u00e9cutifs.<\/li>\n<li><strong>Primaut\u00e9 du facteur humain :<\/strong> Malgr\u00e9 la sophistication des algorithmes embarqu\u00e9s, l&rsquo;adh\u00e9sion th\u00e9rapeutique \u00e0 long terme demeure tributaire d&rsquo;un accompagnement psychologique ciblant l&rsquo;auto-efficacit\u00e9, la d\u00e9sensibilisation \u00e0 la claustrophobie et le soutien conjugal.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Academy of Sleep Medicine. (2021). <em>International classification of sleep disorders<\/em> (3e \u00e9d. r\u00e9vis\u00e9e). American Academy of Sleep Medicine.<\/li>\n<li>Bandura, A. (1997). <em>Self-efficacy: The exercise of control<\/em>. W. H. Freeman and Company.<\/li>\n<li>Canessa, N., Castronovo, V., Cappa, S. F., Aloia, M. S., Marelli, S., Falini, A., Alemanno, F., &amp; Ferini-Strambi, L. (2011). Obstructive sleep apnea: Brain structural changes and neurocognitive function before and after treatment. <em>American Journal of Respiratory and Critical Care Medicine<\/em>, 183(10), 1419\u20131426. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1164\/rccm.201005-0693OC\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1164\/rccm.201005-0693OC<\/a><\/li>\n<li>Patil, S. P., Ayappa, I. A., Caples, S. M., Kimoff, R. J., Patel, P. R., &amp; Harrod, C. G. (2019). Treatment of adult obstructive sleep apnea with positive airway pressure: An American Academy of Sleep Medicine clinical practice guideline. <em>Journal of Clinical Sleep Medicine<\/em>, 15(2), 335\u2013343. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.5664\/jcsm.7640\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.5664\/jcsm.7640<\/a><\/li>\n<li>Sullivan, C. E., Issa, F. G., Berthon-Jones, M., &amp; Eves, L. (1981). Reversal of obstructive sleep apnoea by continuous positive airway pressure applied through the nares. <em>The Lancet<\/em>, 317(8225), 862\u2013865. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(81)92140-1\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0140-6736(81)92140-1<\/a><\/li>\n<li>Weaver, T. E., &amp; Grunstein, R. R. (2008). 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