{"id":20677,"date":"2026-10-24T09:24:14","date_gmt":"2026-10-24T09:24:14","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=attachement-anxieux-evitant-psychologie"},"modified":"2026-10-24T09:24:14","modified_gmt":"2026-10-24T09:24:14","slug":"attachement-anxieux-evitant-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=attachement-anxieux-evitant-psychologie","title":{"rendered":"Attachement anxieux-\u00e9vitant : l&rsquo;armure affective"},"content":{"rendered":"<p>Derri\u00e8re une fa\u00e7ade d&rsquo;autonomie in\u00e9branlable et d&rsquo;indiff\u00e9rence feinte se cache souvent l&rsquo;une des adaptations relationnelles les plus complexes de la psychologie humaine. L&rsquo;attachement anxieux-\u00e9vitant illustre comment un individu apprend, d\u00e8s le plus jeune \u00e2ge, \u00e0 r\u00e9primer ses besoins affectifs fondamentaux pour pr\u00e9server le lien avec des figures de soins \u00e9motionnellement indisponibles. Cette strat\u00e9gie de survie psychique, initialement protectrice face au rejet pr\u00e9coce, fa\u00e7onne durablement la vie intime, la r\u00e9gulation des \u00e9motions et l&rsquo;architecture cognitive des relations interpersonnelles tout au long de l&rsquo;existence.<\/p>\n<h2>Attachement anxieux-\u00e9vitant<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;attachement anxieux-\u00e9vitant d\u00e9signe une modalit\u00e9 d&rsquo;organisation relationnelle ins\u00e9curis\u00e9e caract\u00e9ris\u00e9e par la d\u00e9sactivation syst\u00e9matique des comportements de proximit\u00e9 affective, la r\u00e9pression consciente ou inconsciente de la d\u00e9tresse \u00e9motionnelle et une valorisation rigide de l&rsquo;autosuffisance. Observ\u00e9 initialement chez le jeune enfant confront\u00e9 \u00e0 la s\u00e9paration et aux retrouvailles, ce mod\u00e8le se manifeste par un \u00e9vitement manifeste du contact physique et visuel avec la figure d&rsquo;attachement, alors m\u00eame que les indices physiologiques t\u00e9moignent d&rsquo;une intense activation du stress.<\/p>\n<p>Dans la sph\u00e8re adulte, ce style d&rsquo;attachement se traduit par une m\u00e9fiance structurelle envers la d\u00e9pendance mutuelle, une mise \u00e0 distance d\u00e9fensive de l&rsquo;intimit\u00e9 et une rationalisation permanente des enjeux affectifs. L&rsquo;individu tend \u00e0 percevoir autrui comme intrins\u00e8quement peu fiable ou intrusif, consolidant un mod\u00e8le interne op\u00e9rant o\u00f9 la vuln\u00e9rabilit\u00e9 est assimil\u00e9e \u00e0 un danger intol\u00e9rable d&rsquo;abandon ou de rejet.<\/p>\n<p>Loin de traduire une v\u00e9ritable absence de besoin relationnel, ce sch\u00e9ma constitue un compromis adaptatif : il vise \u00e0 minimiser la douleur de l&rsquo;insensibilit\u00e9 parentale tout en maintenant une proximit\u00e9 physique minimale indispensable \u00e0 la survie de l&rsquo;organisme.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab attachement \u00bb puise ses racines dans l&rsquo;ancien fran\u00e7ais <em>estachier<\/em> (XIIe si\u00e8cle), d\u00e9riv\u00e9 du terme francique <em>stakka<\/em> signifiant \u00ab pieu \u00bb ou \u00ab poteau \u00bb, qui a \u00e9galement donn\u00e9 le verbe \u00ab attacher \u00bb au sens de lier solidement un objet ou un individu \u00e0 un point fixe. Transpos\u00e9 dans le lexique affectif au XVIIe si\u00e8cle pour qualifier un sentiment durable de sympathie et de d\u00e9vouement, le concept a \u00e9t\u00e9 formalis\u00e9 scientifiquement en langue anglaise sous le terme d&rsquo;<em>attachment<\/em> par le psychanalyste et psychiatre britannique <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/John_Bowlby\">John Bowlby<\/a> dans le cadre de sa trilogie fondatrice initi\u00e9e en 1969.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab anxieux \u00bb provient du latin classique <em>anxiosus<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du verbe <em>angere<\/em> signifiant \u00ab serrer \u00bb, \u00ab \u00e9trangler \u00bb ou \u00ab suffoquer \u00bb, qui a \u00e9galement engendr\u00e9 les termes d&rsquo;angoisse et d&rsquo;angine. Il renvoie \u00e0 un \u00e9tat d&rsquo;inqui\u00e9tude diffuse et de tension visc\u00e9rale face \u00e0 une menace anticip\u00e9e mais incertaine.<\/p>\n<p>Enfin, \u00ab \u00e9vitant \u00bb d\u00e9rive du verbe latin <em>evitare<\/em>, compos\u00e9 du pr\u00e9fixe privatif <em>e-<\/em> (\u00ab hors de \u00bb) et de <em>vitare<\/em> (\u00ab fuir \u00bb, \u00ab esquiver \u00bb). Dans la litt\u00e9rature psychiatrique anglo-saxonne, la d\u00e9signation <em>anxious-avoidant attachment<\/em> (ou classification de \u00ab Type A \u00bb) a \u00e9t\u00e9 introduite par la psychologue du d\u00e9veloppement <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Mary_Ainsworth\">Mary Ainsworth<\/a> \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970 pour capturer la tension paradoxale entre l&rsquo;angoisse sous-jacente de rupture et la r\u00e9ponse comportementale d&rsquo;esquive active du dispensateur de soins.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, l&rsquo;expression se transcrit en alphabet phon\u00e9tique international sous la forme : \/a.ta\u0283.m\u0251\u0303 \u0251\u0303k.sj\u00f8 e.vi.t\u0251\u0303\/. Dans le registre soutenu de la langue fran\u00e7aise, une liaison facultative mais \u00e9l\u00e9gante peut s&rsquo;effectuer entre \u00ab attachement \u00bb et \u00ab anxieux \u00bb (\/a.ta\u0283.m\u0251\u0303.t\u203f\u0251\u0303k.sj\u00f8\/).<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, la locution est un syntagme nominal masculin singulier. Elle s&rsquo;articule autour du nom commun noyau \u00ab attachement \u00bb, qualifi\u00e9 par deux adjectifs qualificatifs coordonn\u00e9s par un trait d&rsquo;union (\u00ab anxieux-\u00e9vitant \u00bb). Au pluriel, la formule prend la marque d&rsquo;accord r\u00e9guli\u00e8re : \u00ab des attachements anxieux-\u00e9vitants \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le discours clinique et acad\u00e9mique, on emploie fr\u00e9quemment des variantes synonymiques telles que \u00ab style d&rsquo;attachement ins\u00e9cure-\u00e9vitant \u00bb, \u00ab profil d&rsquo;attachement \u00e9vitant \u00bb ou, dans la nomenclature adulte de Kim Bartholomew, \u00ab attachement d\u00e9tach\u00e9 \u00bb (<em>dismissing-avoidant<\/em>) ou \u00ab attachement craintif-\u00e9vitant \u00bb (<em>fearful-avoidant<\/em>), selon le niveau d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;abandon corr\u00e9l\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9vitement relationnel.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9orie_de_l%27attachement\">th\u00e9orie de l&rsquo;attachement<\/a> postule l&rsquo;existence d&rsquo;un syst\u00e8me motivationnel inn\u00e9, r\u00e9gul\u00e9 par l&rsquo;\u00e9volution biologique, dont le r\u00f4le est de maintenir la proximit\u00e9 avec un adulte protecteur (la figure d&rsquo;attachement) afin de garantir la s\u00e9curit\u00e9 physique et la r\u00e9gulation \u00e9motionnelle de l&rsquo;enfant. Face \u00e0 une menace, ce syst\u00e8me s&rsquo;active normalement par des signaux d&rsquo;appel (pleurs, cris, recherche d&rsquo;\u00e9treinte) destin\u00e9s \u00e0 mobiliser le donneur de soins.<\/p>\n<p>Dans la configuration de l&rsquo;attachement anxieux-\u00e9vitant, l&rsquo;enfant fait l&rsquo;exp\u00e9rience r\u00e9p\u00e9t\u00e9e d&rsquo;un parent qui rejette, ignore ou sanctionne ses manifestations de vuln\u00e9rabilit\u00e9, de peur ou de chagrin. Les m\u00e8res ou p\u00e8res de ces enfants ont tendance \u00e0 se retirer \u00e9motionnellement ou \u00e0 exprimer de l&rsquo;agacement lorsque le nourrisson r\u00e9clame du r\u00e9confort. Devant ce constat empirique r\u00e9current, le psychisme en d\u00e9veloppement \u00e9labore une strat\u00e9gie adaptative dite \u00ab de d\u00e9sactivation \u00bb (<em>deactivating strategy<\/em>) :<\/p>\n<p>Cette d\u00e9sactivation consiste \u00e0 inhiber l&rsquo;expression ext\u00e9rieure des besoins d&rsquo;attachement pour pr\u00e9venir le rejet direct ou la rupture d\u00e9finitive du lien. L&rsquo;enfant apprend que la meilleure mani\u00e8re de garder le parent \u00e0 proximit\u00e9 physique relative est d&rsquo;exiger le moins possible de lui sur le plan affectif. En apparence impassible, l&rsquo;individu se focalise de fa\u00e7on quasi compulsive sur son environnement mat\u00e9riel, sur des objets inanim\u00e9s ou sur des activit\u00e9s exploratoires neutres, d\u00e9tournant son attention de la d\u00e9tresse relationnelle non r\u00e9solue.<\/p>\n<p>Cependant, les recherches psycho-physiologiques d\u00e9montrent sans ambigu\u00eft\u00e9 que cette neutralit\u00e9 comportementale n&rsquo;est qu&rsquo;un trompe-l&rsquo;\u0153il. Lors des s\u00e9parations ou des confrontations directes avec le parent, les enfants et adultes \u00e9vitants manifestent une tachycardie soutenue, une hausse marqu\u00e9e de la conductance cutan\u00e9e et une lib\u00e9ration prolong\u00e9e de cortisol par l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien. La souffrance psychique est donc pleinement active sur le plan somatique et neurobiologique, mais coup\u00e9e des voies d&rsquo;expression motrices et verbales normales.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, ce sch\u00e9ma engendre un ensemble coh\u00e9rent de d\u00e9fenses psychologiques. L&rsquo;individu \u00e9rige l&rsquo;autonomie et l&rsquo;autosuffisance en valeurs cardinales absolues. L&rsquo;intimit\u00e9 amoureuse est v\u00e9cue comme une menace d&rsquo;\u00e9touffement ou une source imminente de trahison. D\u00e8s lors que l&rsquo;engagement affectif s&rsquo;intensifie, le sujet \u00e9vitant recourt \u00e0 des \u00ab d\u00e9sactivateurs relationnels \u00bb : focalisation obsessionnelle sur les d\u00e9fauts du partenaire, retrait de la communication, intellectualisation des conflits, refoulement des souvenirs \u00e9motionnels d&rsquo;enfance et surinvestissement du travail ou des loisirs solitaires.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La trajectoire scientifique du concept d\u00e9bute dans les ann\u00e9es 1950 sous l&rsquo;impulsion de John Bowlby au sein de la clinique Tavistock de Londres. En rupture avec la vision psychanalytique traditionnelle selon laquelle le lien \u00e0 la m\u00e8re reposait uniquement sur la satisfaction de la faim (pulsion secondaire d&rsquo;\u00e9tayage), Bowlby propose un mod\u00e8le \u00e9thologique et \u00e9volutionniste o\u00f9 le besoin d&rsquo;attachement primaire constitue un imp\u00e9ratif biologique vital.<\/p>\n<p>L&rsquo;op\u00e9rationnalisation empirique de l&rsquo;attachement anxieux-\u00e9vitant revient toutefois \u00e0 Mary Ainsworth. \u00c0 la suite de ses travaux pionniers en Ouganda, Ainsworth formalise au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 le protocole de laboratoire de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Situation_%C3%A9trange\">Situation \u00e9trange<\/a> (<em>Strange Situation<\/em>) \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 Johns Hopkins de Baltimore. En observant les r\u00e9actions de nourrissons de douze mois confront\u00e9s \u00e0 de courtes s\u00e9parations et r\u00e9unions avec leur m\u00e8re dans un environnement non familier, elle identifie trois profils typiques fondamentaux, dont le \u00ab Groupe A \u00bb qualifi\u00e9 d&rsquo;\u00ab anxieux-\u00e9vitant \u00bb (<em>anxious-avoidant<\/em>).<\/p>\n<p>Les observations m\u00e9ticuleuses d&rsquo;Ainsworth documentent pour la premi\u00e8re fois que ces b\u00e9b\u00e9s ne pleurent pas au d\u00e9part de la m\u00e8re et l&rsquo;ignorent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00e0 son retour, poursuivant l&rsquo;exploration de leurs jouets tout en \u00e9vitant activement son regard. Ainsworth d\u00e9montre que ce comportement n&rsquo;est pas le reflet d&rsquo;une ind\u00e9pendance pr\u00e9coce robuste, mais l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une dynamique d&rsquo;insensibilit\u00e9 maternelle constante au domicile durant la premi\u00e8re ann\u00e9e de vie.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1980 et 1990, des chercheurs comme Mary Main, Carol George et Nancy Kaplan \u00e9largissent le champ de l&rsquo;attachement \u00e0 l&rsquo;adolescence et \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge adulte gr\u00e2ce \u00e0 la cr\u00e9ation de l&rsquo;<em>Adult Attachment Interview<\/em> (AAI). Main montre que le pendant adulte du profil anxieux-\u00e9vitant infantile correspond \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;esprit \u00ab d\u00e9tach\u00e9 \u00bb (<em>dismissing<\/em>), dans lequel le sujet tient un discours d\u00e9cousu ou st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9, id\u00e9alisant superficiellement ses figures parentales tout en \u00e9tant incapable d&rsquo;\u00e9tayer ses affirmations par des souvenirs d&rsquo;enfance pr\u00e9cis.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la psychologie sociale men\u00e9e par Cindy Hazan, Phillip Shaver, puis Kim Bartholomew transpose ces concepts aux relations amoureuses adultes, ouvrant la voie \u00e0 une exploration multidimensionnelle de l&rsquo;\u00e9vitement dans les couples contemporains.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;attachement anxieux-\u00e9vitant repose sur une articulation f\u00e9conde entre plusieurs paradigmes th\u00e9oriques majeurs de la psychologie contemporaine :<\/p>\n<p>En premier lieu, la <strong>th\u00e9orie computationnelle des mod\u00e8les internes op\u00e9rants<\/strong> (MIO), conceptualis\u00e9e par Bowlby \u00e0 partir des travaux de Kenneth Craik, stipule que l&rsquo;enfant int\u00e9riorise des cartes cognitives dynamiques de lui-m\u00eame et de son environnement relationnel. Dans l&rsquo;attachement \u00e9vitant, le MIO du donneur de soins est encod\u00e9 comme inaccessible et rejetant en situation de crise, tandis que le MIO du soi s&rsquo;\u00e9tablit sur un postulat compensatoire : \u00ab Je ne suis digne d&rsquo;amour que si je ne demande rien et si je g\u00e8re tout par moi-m\u00eame \u00bb.<\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, la <strong>th\u00e9orie des syst\u00e8mes et de l&rsquo;autor\u00e9gulation affective<\/strong> explique l&rsquo;\u00e9vitement par la strat\u00e9gie d&rsquo;hyper-contr\u00f4le cognitif. Selon Jude Cassidy et Phillip Shaver, l&rsquo;individu \u00e9vitant met en place une strat\u00e9gie de d\u00e9sactivation du syst\u00e8me d&rsquo;attachement par le blocage des flux d&rsquo;informations \u00e9motionnelles vers la conscience. L&rsquo;attention est d\u00e9tourn\u00e9e en amont de toute prise de conscience de la d\u00e9tresse pour emp\u00eacher l&rsquo;\u00e9mergence de comportements de sollicitation condamn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chec.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, les <strong>perspectives \u00e9volutionnistes conditionnelles<\/strong> (telles que d\u00e9velopp\u00e9es par Jay Belsky) sugg\u00e8rent que l&rsquo;attachement \u00e9vitant repr\u00e9sente une strat\u00e9gie reproductive et adaptative viable en milieu environnemental difficile ou au sein de niches \u00e9cologiques \u00e0 faible soutien parental. Dans un contexte o\u00f9 les ressources affectives sont rares ou hostiles, l&rsquo;ind\u00e9pendance pr\u00e9coce et la r\u00e9duction des investissements relationnels prolong\u00e9s maximisent les chances de survie de l&rsquo;organisme sans s&rsquo;exposer \u00e0 des repr\u00e9sailles ou \u00e0 l&rsquo;abandon.<\/p>\n<p>Enfin, les <strong>neurosciences cognitives et affectives<\/strong> contemporaines mettent en lumi\u00e8re une alt\u00e9ration des circuits d&#8217;empathie et de traitement de la r\u00e9compense sociale. Les individus \u00e9vitants pr\u00e9sentent une hypoactivation de l&rsquo;amygdale et du striatum ventral lors de la pr\u00e9sentation de signaux sociaux affiliatifs, corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 une hyperactivation des r\u00e9gions pr\u00e9frontales dorsolat\u00e9rales responsables de l&rsquo;inhibition volontaire des affects.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>Le profil anxieux-\u00e9vitant se d\u00e9ploie \u00e0 travers des composantes comportementales, cognitives et somatiques sp\u00e9cifiques, et se d\u00e9cline en diff\u00e9rentes nuances selon les mod\u00e8les dimensionnels :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La suppression affective et la d\u00e9sactivation cognitive :<\/strong> Blocage d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 des souvenirs p\u00e9nibles, refoulement de la tristesse et de la honte, et tendance marqu\u00e9e \u00e0 intellectualiser syst\u00e9matiquement les conflits relationnels.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;autosuffisance compulsive :<\/strong> Incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer, refus cat\u00e9gorique de solliciter de l&rsquo;aide m\u00eame en situation d&rsquo;\u00e9puisement critique, et valorisation exclusive du labeur et de la ma\u00eetrise individuelle.<\/li>\n<li><strong>La m\u00e9fiance projective :<\/strong> Conviction implicite selon laquelle autrui nourrit des intentions cach\u00e9es de contr\u00f4le, d&rsquo;intrusion ou d&rsquo;abandon, justifiant une distance de s\u00e9curit\u00e9 permanente.<\/li>\n<li><strong>Le d\u00e9tachement somatique et relationnel :<\/strong> Tension corporelle musculaire constante, respiration superficielle, \u00e9vitement du contact oculaire prolong\u00e9 et r\u00e9pugnance face aux d\u00e9monstrations physiques d&rsquo;affection.<\/li>\n<li><strong>Le profil d\u00e9tach\u00e9-\u00e9vitant (<em>Dismissing-avoidant<\/em>) :<\/strong> Faible anxi\u00e9t\u00e9 consciente d&rsquo;abandon, haut \u00e9vitement de l&rsquo;intimit\u00e9, vision positive et id\u00e9alis\u00e9e de soi combin\u00e9e \u00e0 une vision cynique ou n\u00e9gative d&rsquo;autrui.<\/li>\n<li><strong>Le profil craintif-\u00e9vitant (<em>Fearful-avoidant<\/em>) :<\/strong> Forte anxi\u00e9t\u00e9 d&rsquo;abandon coupl\u00e9e \u00e0 un haut \u00e9vitement relationnel. L&rsquo;individu d\u00e9sire ardemment l&rsquo;intimit\u00e9 mais en a une terreur paralysante par peur visc\u00e9rale d&rsquo;\u00eatre bless\u00e9 (souvent assimil\u00e9 au spectre de l&rsquo;attachement d\u00e9sorganis\u00e9).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>Pour illustrer ce tableau au cours de la petite enfance, consid\u00e9rons la situation typique observ\u00e9e lors de l&rsquo;\u00e9valuation standardis\u00e9e :<\/p>\n<p><strong>Vignette 1 : L\u00e9o, 14 mois, en Situation \u00e9trange.<\/strong> Lorsque sa m\u00e8re quitte la pi\u00e8ce, L\u00e9o ne pousse aucun cri et ne l\u00e2che aucun sanglot ; il demeure assis sur le tapis de jeu, manipulant fr\u00e9n\u00e9tiquement un train miniature. Au retour de sa m\u00e8re, L\u00e9o ne l\u00e8ve pas les yeux vers elle. Lorsque celle-ci tente de l&rsquo;appeler et s&rsquo;approche, le gar\u00e7on tourne d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment le torse dans la direction oppos\u00e9e, intensifiant son jeu avec un jouet sans y associer de sourire ou de vocalise joyeuse. L&rsquo;observateur non averti pourrait louer le calme impressionnant de l&rsquo;enfant, mais les capteurs cardiaques r\u00e9v\u00e8lent une \u00e9l\u00e9vation aigu\u00eb de ses pulsations, r\u00e9v\u00e9lant la charge de stress qu&rsquo;il masque activement.<\/p>\n<p><strong>Vignette 2 : Marc, 38 ans, en psychoth\u00e9rapie de couple.<\/strong> Cadre sup\u00e9rieur accompli, Marc consulte sous l&rsquo;injonction de sa conjointe, qui lui reproche d&rsquo;\u00eatre \u00ab un mur de glace \u00bb. Marc d\u00e9crit son enfance avec des qualificatifs \u00e9logieux g\u00e9n\u00e9riques (\u00ab mes parents \u00e9taient parfaits, nous \u00e9tions une famille mod\u00e8le \u00bb). Toutefois, lorsqu&rsquo;on lui demande d&rsquo;\u00e9voquer une sc\u00e8ne o\u00f9 il avait peur ou s&rsquo;\u00e9tait bless\u00e9, il ne trouve aucun souvenir pr\u00e9cis, avant de l\u00e2cher d&rsquo;un ton neutre : \u00ab Quand j&rsquo;avais sept ans et que je pleurais, mon p\u00e8re m&rsquo;enfermait dans le garage jusqu&rsquo;\u00e0 ce que je me calme. \u00c7a m&rsquo;a forg\u00e9 le caract\u00e8re \u00bb. Dans son couple, toute demande de dialogue intime de sa compagne est ressentie par Marc comme une agression intol\u00e9rable, provoquant chez lui une coupure imm\u00e9diate de la parole (<em>stonewalling<\/em>) et un refuge compulsif dans son travail professionnel ou ses entra\u00eenements sportifs.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;attachement anxieux-\u00e9vitant varie en fonction de l&rsquo;\u00e2ge du sujet et de l&rsquo;approche \u00e9pist\u00e9mologique du clinicien :<\/p>\n<p>Durant la premi\u00e8re enfance (12 \u00e0 20 mois), la <strong>Situation \u00e9trange d&rsquo;Ainsworth<\/strong> demeure l&rsquo;\u00e9talon-or empirique mondial. Ce protocole standardis\u00e9 en huit \u00e9pisodes de trois minutes soumet le duo parent-enfant \u00e0 deux br\u00e8ves s\u00e9parations et retrouvailles. Le codage du Groupe A repose sur des \u00e9chelles mesurant la recherche de proximit\u00e9, le contact, l&rsquo;\u00e9vitement et la r\u00e9sistance manifest\u00e9s lors des deux r\u00e9unions avec la figure de soin.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e2ge adulte, deux traditions m\u00e9thodologiques coexistent :<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>Adult Attachment Interview (AAI)<\/strong> de George, Kaplan et Main explore les repr\u00e9sentations de l&rsquo;attachement \u00e0 travers un entretien semi-structur\u00e9 d&rsquo;environ une heure. L&rsquo;analyse ne se focalise pas sur la v\u00e9racit\u00e9 factuelle des \u00e9v\u00e9nements d&rsquo;enfance, mais sur la coh\u00e9rence du discours \u00e9valu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aune des maximes conversationnelles de Paul Grice (qualit\u00e9, quantit\u00e9, relation, mani\u00e8re). Les sujets \u00ab d\u00e9tach\u00e9s \u00bb (\u00e9vitants) se caract\u00e9risent par des violations manifestes de la maxime de qualit\u00e9 (id\u00e9alisation sans preuves) et de quantit\u00e9 (r\u00e9ponses laconiques, d\u00e9clarations r\u00e9p\u00e9t\u00e9es de \u00ab ne pas se souvenir \u00bb).<\/p>\n<p>Dans le courant de la psychologie sociale et de la personnalit\u00e9, l&rsquo;instrument auto-rapport\u00e9 pr\u00e9dominant est l&rsquo;<strong>Experiences in Close Relationships (ECR)<\/strong>, d\u00e9velopp\u00e9 par Brennan, Clark et Shaver, ainsi que sa version r\u00e9vis\u00e9e (ECR-R). Ce questionnaire \u00e9value l&rsquo;attachement sur deux axes orthogonaux continus : l&rsquo;\u00c9vitement de l&rsquo;intimit\u00e9 (<em>Attachment Avoidance<\/em>) et l&rsquo;Anxi\u00e9t\u00e9 face \u00e0 l&rsquo;abandon (<em>Attachment Anxiety<\/em>). Le p\u00f4le \u00e9vitant se caract\u00e9rise par des scores \u00e9lev\u00e9s sur des items tels que : \u00ab Je pr\u00e9f\u00e8re ne pas montrer mes sentiments profonds \u00e0 mon partenaire \u00bb ou \u00ab Je me sens mal \u00e0 l&rsquo;aise d\u00e8s qu&rsquo;une personne devient trop proche de moi \u00bb.<\/p>\n<h3>10. Applications pratiques et port\u00e9e clinique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension de l&rsquo;attachement anxieux-\u00e9vitant a r\u00e9volutionn\u00e9 la pratique de la psychoth\u00e9rapie contemporaine, la prise en charge parent-nourrisson et la psychodynamique institutionnelle :<\/p>\n<p>En <strong>psychoth\u00e9rapie individuelle<\/strong>, les patients au profil \u00e9vitant constituent un d\u00e9fi clinique d&rsquo;envergure. M\u00e9fiants \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la posture soignante, ils intellectualisent volontiers leurs sympt\u00f4mes et ont tendance \u00e0 abandonner la th\u00e9rapie pr\u00e9matur\u00e9ment d\u00e8s lors que le mat\u00e9riel affectif profond commence \u00e0 \u00e9merger. Le th\u00e9rapeute doit faire preuve d&rsquo;un tact relationnel aigu : une attitude chaleureuse trop intrusive peut d\u00e9clencher une panique d&rsquo;engluement et faire fuir le patient. La cr\u00e9ation d&rsquo;une \u00ab base de s\u00e9curit\u00e9 \u00bb th\u00e9rapeutique passe d&rsquo;abord par la validation de la strat\u00e9gie d&rsquo;autosuffisance du sujet comme une adaptation jadis indispensable, avant d&rsquo;encourager tr\u00e8s graduellement l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la vuln\u00e9rabilit\u00e9 \u00e9motionnelle refoul\u00e9e.<\/p>\n<p>En <strong>th\u00e9rapie de couple<\/strong> (notamment dans l&rsquo;approche centr\u00e9e sur les \u00e9motions d\u00e9velopp\u00e9e par Sue Johnson), le profil \u00e9vitant est fr\u00e9quemment engag\u00e9 dans le cycle dysfonctionnel universel dit \u00ab poursuite-retrait \u00bb. Plus le partenaire anxieux amplifie ses reproches et ses appels pour rompre la distance, plus le partenaire \u00e9vitant se mure dans le silence pour se prot\u00e9ger du sentiment d&rsquo;incomp\u00e9tence et d&rsquo;\u00e9touffement. La th\u00e9rapie aide le partenaire \u00e9vitant \u00e0 identifier la sensation primaire de menace qui pr\u00e9c\u00e8de son retrait et \u00e0 verbaliser son besoin d&rsquo;apaisement sans couper la relation.<\/p>\n<p>Dans le <strong>milieu organisationnel et du travail<\/strong>, les individus \u00e9vitants font souvent preuve d&rsquo;un rendement individuel \u00e9lev\u00e9 et d&rsquo;une remarquable r\u00e9sistance apparente au stress op\u00e9rationnel. Toutefois, dans les postes de direction ou de management d&rsquo;\u00e9quipe, leur propension \u00e0 n\u00e9gliger les dynamiques humaines, leur r\u00e9pugnance \u00e0 offrir un soutien bienveillant et leur incapacit\u00e9 \u00e0 d\u00e9l\u00e9guer peuvent g\u00e9n\u00e9rer un \u00e9puisement collectif et d\u00e9t\u00e9riorer le climat psychosocial des organisations.<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Un ensemble foisonnant de recherches longitudinales et neurobiologiques corrobore la stabilit\u00e9 et l&rsquo;impact de ce profil au fil du cycle de vie :<\/p>\n<p>L&rsquo;<strong>\u00e9tude longitudinale du Minnesota<\/strong>, pilot\u00e9e par Alan Sroufe et ses collaborateurs durant plus de quatre d\u00e9cennies, a suivi des centaines d&rsquo;enfants depuis la naissance jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr. Les r\u00e9sultats montrent que les nourrissons class\u00e9s comme anxieux-\u00e9vitants \u00e0 12 mois manifestent plus tard, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole maternelle, des taux accrus de comportements hostiles passifs ou d&rsquo;isolement social par rapport aux enfants s\u00e9cures. \u00c0 l&rsquo;adolescence, ils sont plus susceptibles d&rsquo;adopter des conduites \u00e0 risque solitaires et d&rsquo;afficher un d\u00e9ni des \u00e9tats \u00e9motionnels de leurs pairs.<\/p>\n<p>Sur le plan de la <strong>neurobiologie de l&rsquo;attachement<\/strong>, les travaux pionniers men\u00e9s par Mario Mikulincer et Phillip Shaver ont apport\u00e9 la preuve exp\u00e9rimentale de la r\u00e9pression cognitive active chez l&rsquo;adulte \u00e9vitant. Dans des t\u00e2ches de temps de r\u00e9action associ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;effet Stroop \u00e9motionnel, les sujets \u00e9vitants parviennent avec succ\u00e8s \u00e0 inhiber l&rsquo;acc\u00e8s aux pens\u00e9es de s\u00e9paration ou de mort dans des conditions de repos. Cependant, d\u00e8s qu&rsquo;une charge cognitive concurrente \u00e9lev\u00e9e leur est impos\u00e9e en laboratoire, cette barri\u00e8re d\u00e9fensive s&rsquo;effondre brutalement, provoquant un afflux incontr\u00f4l\u00e9 de cognitions anxieuses et douloureuses, prouvant que la d\u00e9sactivation r\u00e9clame une d\u00e9pense constante et \u00e9puisante d&rsquo;\u00e9nergie c\u00e9r\u00e9brale pr\u00e9frontale.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) men\u00e9es par Roberto Gaviria et ses coll\u00e8gues r\u00e9v\u00e8lent en outre une connectivit\u00e9 fonctionnelle alt\u00e9r\u00e9e entre le cortex pr\u00e9frontal m\u00e9dian et le syst\u00e8me limbique, illustrant le co\u00fbt neuro-physiologique chronique de cette strat\u00e9gie adaptative.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et interculturelles<\/h3>\n<p>La distribution statistique et la valeur fonctionnelle de l&rsquo;attachement anxieux-\u00e9vitant varient notablement \u00e0 travers les cultures du monde, remettant en cause l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une universalit\u00e9 stricte des normes de comportement affectif :<\/p>\n<p>Les m\u00e9ta-analyses transculturelles de Marinus van IJzendoorn et Pieter Kroonenberg (1988) ont mis en \u00e9vidence des disparit\u00e9s g\u00e9ographiques substantielles dans la pr\u00e9valence des styles d&rsquo;attachement. En Europe du Nord, et particuli\u00e8rement en Allemagne de l&rsquo;Ouest, les \u00e9tudes initiales ont montr\u00e9 une proportion nettement plus \u00e9lev\u00e9e d&rsquo;enfants class\u00e9s comme anxieux-\u00e9vitants (pouvant atteindre 35 \u00e0 40 % des \u00e9chantillons) comparativement aux cohortes am\u00e9ricaines.<\/p>\n<p>Cette surrepr\u00e9sentation ne t\u00e9moigne nullement d&rsquo;une pathologie parentale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, mais d\u00e9coule des normes \u00e9ducatives traditionnelles de ces r\u00e9gions, qui valorisent historiquement l&rsquo;ind\u00e9pendance pr\u00e9coce, la retenue \u00e9motionnelle et la capacit\u00e9 de l&rsquo;enfant \u00e0 ne pas importuner l&rsquo;adulte. Ce qui est cod\u00e9 comme un comportement d&rsquo;\u00e9vitement ins\u00e9cure dans la grille nord-am\u00e9ricaine standard peut refl\u00e9ter, dans d&rsquo;autres contextes, une socialisation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e vers l&rsquo;autonomie instrumentale.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les cultures collectivistes interd\u00e9pendantes telles que le Japon traditionnel ou les communaut\u00e9s rurales d&rsquo;Isra\u00ebl, l&rsquo;attachement anxieux-\u00e9vitant est extr\u00eamement rare chez le jeune enfant, au profit quasi exclusif de profils s\u00e9cures ou anxieux-ambivalents. L&rsquo;immersion maternelle constante (notion d&rsquo;<em>amae<\/em> au Japon) rend la r\u00e9ponse d&rsquo;\u00e9vitement comportemental tout \u00e0 fait atypique et inadapt\u00e9e dans cet \u00e9cosyst\u00e8me relationnel singulier.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>Bien que fondamentale en psychologie clinique, la th\u00e9orisation de l&rsquo;attachement anxieux-\u00e9vitant suscite plusieurs d\u00e9bats critiques au sein de la communaut\u00e9 scientifique :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re critique concerne la <strong>nature cat\u00e9gorielle contre dimensionnelle<\/strong> de l&rsquo;attachement. De nombreux psychom\u00e9triciens, notamment R. Chris Fraley, soutiennent que la classification rigide des individus dans des cases discr\u00e8tes (Type A, B, C, D) constitue un artefact m\u00e9thodologique qui appauvrit la r\u00e9alit\u00e9 clinique. Les approches contemporaines pr\u00e9conisent d&rsquo;\u00e9valuer le sujet le long d&rsquo;un continuum d&rsquo;\u00e9vitement et d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, reconnaissant que des degr\u00e9s variables de d\u00e9fenses \u00e9vitantes peuvent coexister chez une m\u00eame personne selon le contexte relationnel.<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me controverse porte sur le <strong>poids de la g\u00e9n\u00e9tique comportementale et du temp\u00e9rament inn\u00e9<\/strong>. Certains chercheurs contestent l&rsquo;affirmation selon laquelle l&rsquo;attachement \u00e9vitant r\u00e9sulte quasi exclusivement de la sensibilit\u00e9 parentale pr\u00e9coce. Des facteurs temp\u00e9ramentaux d&rsquo;inhibition comportementale, de seuil de r\u00e9activit\u00e9 sensorielle ou d&rsquo;hypor\u00e9activit\u00e9 biologique aux signaux sociaux pourraient pr\u00e9disposer certains enfants \u00e0 adopter une posture d&rsquo;\u00e9vitement, ind\u00e9pendamment des comp\u00e9tences r\u00e9elles des figures parentales.<\/p>\n<p>Enfin, une critique \u00e9pist\u00e9mologique majeure d\u00e9nonce la <strong>pathologisation excessive de l&rsquo;ind\u00e9pendance<\/strong> par une psychologie clinique occidentale parfois centr\u00e9e de fa\u00e7on unilat\u00e9rale sur un id\u00e9al de fusion verbale et d&rsquo;expressivit\u00e9 \u00e9motionnelle extravertie. Les d\u00e9fenses \u00e9vitantes ont permis \u00e0 d&rsquo;innombrables individus de fonctionner avec brio dans des environnements traumatiques ou hautement comp\u00e9titifs, invitant les praticiens \u00e0 respecter la fonction protectrice de cette armure psychologique plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 chercher \u00e0 la briser h\u00e2tivement.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>Pour pr\u00e9venir toute confusion nosologique, il importe de distinguer l&rsquo;attachement anxieux-\u00e9vitant de notions voisines mais conceptuellement divergentes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Attachement anxieux-ambivalent (ou r\u00e9sistant) :<\/strong> \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la strat\u00e9gie de d\u00e9sactivation de l&rsquo;\u00e9vitant, le sujet ambivalent recourt \u00e0 une <em>hyperactivation<\/em> permanente du syst\u00e8me d&rsquo;attachement. Il amplifie ses signaux de d\u00e9tresse, revendique l&rsquo;attention de fa\u00e7on th\u00e9\u00e2trale et ne peut \u00eatre consol\u00e9 lors des retrouvailles, fusionnant anxi\u00e9t\u00e9 et col\u00e8re ouverte.<\/li>\n<li><strong>Attachement d\u00e9sorganis\u00e9 \/ d\u00e9sorient\u00e9 :<\/strong> Ce profil r\u00e9sulte d&rsquo;une figure d&rsquo;attachement qui est elle-m\u00eame source d&rsquo;effroi ou de maltraitance directe. Alors que l&rsquo;\u00e9vitant dispose d&rsquo;une strat\u00e9gie organis\u00e9e et coh\u00e9rente (fuir la proximit\u00e9 pour rester en s\u00e9curit\u00e9), l&rsquo;enfant d\u00e9sorganis\u00e9 vit un \u00ab effroi sans issue \u00bb et pr\u00e9sente des comportements fragment\u00e9s, contradictoires et fig\u00e9s (<em>freezing<\/em>).<\/li>\n<li><strong>Personnalit\u00e9 schizo\u00efde :<\/strong> Si le trouble de la personnalit\u00e9 schizo\u00efde partage l&rsquo;absence apparente de recherche d&rsquo;intimit\u00e9, il se caract\u00e9rise par une anh\u00e9donie sociale profonde et une indiff\u00e9rence authentique aux relations humaines. L&rsquo;individu \u00e9vitant, quant \u00e0 lui, \u00e9prouve des d\u00e9sirs affectifs et une activation biologique intense du stress, mais les inhibe par peur d\u00e9fensive du rejet.<\/li>\n<li><strong>Trouble de la personnalit\u00e9 \u00e9vitante (DSM-5) :<\/strong> Bien que phon\u00e9tiquement identique, ce diagnostic psychiatrique se focalise sur la peur du ridicule, de la critique sociale et du jugement public n\u00e9gatif dans la sph\u00e8re sociale large, alors que l&rsquo;attachement anxieux-\u00e9vitant caract\u00e9rise la dynamique affective intime au sein des relations diadiques profondes.<\/li>\n<li><strong>Alexithymie :<\/strong> L&rsquo;alexithymie d\u00e9signe l&rsquo;incapacit\u00e9 cognitive \u00e0 identifier et nommer ses propres \u00e9motions. Si les sujets anxieux-\u00e9vitants manifestent souvent une alexithymie secondaire fonctionnelle (d\u00e9fensive), celle-ci peut \u00eatre r\u00e9versible lorsque le climat de confiance et de s\u00e9curit\u00e9 interpersonnelle est restaur\u00e9, contrairement \u00e0 l&rsquo;alexithymie primaire d&rsquo;origine neurobiologique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>L&rsquo;attachement anxieux-\u00e9vitant repr\u00e9sente un chef-d&rsquo;\u0153uvre d&rsquo;adaptation biologique et psychologique face au manque de syntonie et \u00e0 la non-r\u00e9ponse \u00e9motionnelle des premi\u00e8res figures de soins. En d\u00e9veloppant une armure d&rsquo;autonomie absolue, le sujet compense la faillibilit\u00e9 de son environnement relationnel pour se pr\u00e9server du d\u00e9sespoir d&rsquo;abandon.<\/p>\n<p>Les points cardinaux \u00e0 retenir sont :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Une strat\u00e9gie organis\u00e9e de d\u00e9sactivation :<\/strong> L&rsquo;\u00e9vitement n&rsquo;est pas une absence d&rsquo;attachement, mais un am\u00e9nagement d\u00e9fensif rigide destin\u00e9 \u00e0 maintenir le contact sans s&rsquo;exposer au rejet r\u00e9current.<\/li>\n<li><strong>La dissociation corps-esprit :<\/strong> Le calme ext\u00e9rieur affich\u00e9 par l&rsquo;enfant ou l&rsquo;adulte \u00e9vitant masque une activation neuro-v\u00e9g\u00e9tative et hormonale de d\u00e9tresse physiologique \u00e9quivalente ou sup\u00e9rieure \u00e0 celle des autres profils ins\u00e9cures.<\/li>\n<li><strong>Une vuln\u00e9rabilit\u00e9 intime adulte :<\/strong> Dans la sph\u00e8re conjugale et affective, ce style se traduit par la fuite devant la d\u00e9pendance mutuelle, la peur de l&rsquo;engloutissement et le recours \u00e0 des m\u00e9canismes de mise \u00e0 distance d\u00e8s que l&rsquo;engagement grandit.<\/li>\n<li><strong>Une plasticit\u00e9 d\u00e9veloppementale continue :<\/strong> L&rsquo;attachement n&rsquo;est pas un destin immuable fix\u00e9 \u00e0 tout jamais. Gr\u00e2ce \u00e0 des relations r\u00e9paratrices avec des partenaires stables ou \u00e0 une d\u00e9marche psychoth\u00e9rapeutique cibl\u00e9e, un individu peut d\u00e9construire ses d\u00e9fenses obsol\u00e8tes et d\u00e9velopper un \u00ab attachement s\u00e9cure acquis \u00bb (<em>earned security<\/em>), red\u00e9couvrant ainsi la f\u00e9condit\u00e9 apais\u00e9e de la d\u00e9pendance mutuelle.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Ainsworth, M. D. S., Blehar, M. C., Waters, E., &#038; Wall, S. (1978). <em>Patterns of attachment: A psychological study of the strange situation<\/em>. Lawrence Erlbaum Associates.<\/li>\n<li>Bartholomew, K., &#038; Horowitz, L. M. (1991). Attachment styles among young adults: A test of a four-category model. <em>Journal of Personality and Social Psychology<\/em>, 61(2), 226\u2013244. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.61.2.226\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0022-3514.61.2.226<\/a><\/li>\n<li>Bowlby, J. (1969). <em>Attachment and loss: Vol. 1. Attachment<\/em>. Basic Books.<\/li>\n<li>Fraley, R. C., &#038; Spieker, S. J. (2003). Are infant attachment patterns continuously or categorically distributed? A taxometric analysis of strange situation behavior. <em>Developmental Psychology<\/em>, 39(3), 387\u2013404. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1037\/0012-1649.39.3.387\">https:\/\/doi.org\/10.1037\/0012-1649.39.3.387<\/a><\/li>\n<li>George, C., Kaplan, N., &#038; Main, M. (1985). <em>The Adult Attachment Interview<\/em> [Unpublished manuscript]. University of California, Berkeley.<\/li>\n<li>Mikulincer, M., &#038; Shaver, P. R. (2016). <em>Attachment in adulthood: Structure, dynamics, and change<\/em> (2nd ed.). Guilford Press.<\/li>\n<li>Sroufe, L. A., Egeland, B., Carlson, E. A., &#038; Collins, W. A. (2005). <em>The development of the person: The Minnesota study of risk and adaptation from birth to adulthood<\/em>. Guilford Press.<\/li>\n<li>van IJzendoorn, M. H., &#038; Kroonenberg, P. M. (1988). Cross-cultural patterns of attachment: A meta-analysis of the Strange Situation at one year of age. <em>Child Development<\/em>, 59(1), 147\u2013156. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2307\/1130396\">https:\/\/doi.org\/10.2307\/1130396<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;attachement anxieux-\u00e9vitant est une strat\u00e9gie relationnelle o\u00f9 l&rsquo;individu d\u00e9sactive ses besoins affectifs et valorise une autosuffisance stricte face au rejet.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3,127,1592],"tags":[19403,34335,34334,1935,1936,2236,516],"class_list":["post-20677","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-clinique","category-psychologie-du-developpement","category-theorie-de-lattachement","tag-attachement-evitant","tag-autosuffisance-compulsive","tag-desactivation-affective","tag-john-bowlby","tag-mary-ainsworth","tag-psychologie-relationnelle","tag-theorie-de-lattachement"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20677","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20677\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20677"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20677"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20677"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}