{"id":20663,"date":"2026-10-24T08:45:15","date_gmt":"2026-10-24T08:45:15","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=hierarchie-anxiete-exposition-tcc"},"modified":"2026-10-24T08:45:15","modified_gmt":"2026-10-24T08:45:15","slug":"hierarchie-anxiete-exposition-tcc","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=hierarchie-anxiete-exposition-tcc","title":{"rendered":"Hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 : Dompter la peur pas \u00e0 pas"},"content":{"rendered":"<p>Dans le domaine de la psychologie clinique et des psychoth\u00e9rapies cognitivo-comportementales, la confrontation structur\u00e9e aux stimuli aversifs repr\u00e9sente l&rsquo;une des d\u00e9marches th\u00e9rapeutiques les plus \u00e9prouv\u00e9es scientifiquement. Face aux manifestations d\u00e9bilitantes des troubles anxieux, la conceptualisation m\u00e9thodique des \u00e9l\u00e9ments d\u00e9clencheurs permet de transformer une d\u00e9tresse diffuse en un parcours th\u00e9rapeutique lisible, progressif et mesurable. La hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 s&rsquo;affirme ainsi comme l&rsquo;outil programmatique fondamental guidant les protocoles d&rsquo;exposition et de d\u00e9sensibilisation.<\/p>\n<h2>Hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 d\u00e9signe une liste ordonn\u00e9e et gradu\u00e9e de situations, d&rsquo;objets, de sensations ou de pens\u00e9es redout\u00e9s, class\u00e9s par un individu selon l&rsquo;intensit\u00e9 de la peur ou de la d\u00e9tresse subjective qu&rsquo;ils provoquent. Instrument central des th\u00e9rapies comportementales et cognitives, elle sert de feuille de route op\u00e9rationnelle pour structurer les interventions th\u00e9rapeutiques bas\u00e9es sur l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9rapie_d%27exposition\">exposition<\/a> progressive.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique, cet outil s&rsquo;articule g\u00e9n\u00e9ralement autour d&rsquo;un continuum standardis\u00e9 allant de stimuli d\u00e9clenchant une anxi\u00e9t\u00e9 minimale (ou tol\u00e9rable) jusqu&rsquo;aux sc\u00e9narios d\u00e9clenchant la d\u00e9tresse la plus paroxystique. L&rsquo;\u00e9valuation repose couramment sur l&rsquo;\u00e9chelle des Unit\u00e9s Subjectives de D\u00e9tresse (Subjective Units of Distress Scale, ou SUDS), variant de 0 (calme absolu) \u00e0 100 (panique maximale). En ordonnant de mani\u00e8re explicite les diff\u00e9rentes configurations phobog\u00e8nes, la hi\u00e9rarchie permet au clinicien et au patient de d\u00e9samorcer l&rsquo;\u00e9vitement syst\u00e9matique en favorisant une progression th\u00e9rapeutique ma\u00eetris\u00e9e, s\u00e9curisante et collaborative.<\/p>\n<p>Loin d&rsquo;\u00eatre un inventaire statique, la hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 constitue un dispositif dynamique et \u00e9volutif. Au fur et \u00e0 mesure que les processus d&rsquo;extinction, d&rsquo;habituation ou d&rsquo;apprentissage inhibiteur s&rsquo;op\u00e8rent lors des s\u00e9ances th\u00e9rapeutiques, la valeur aversive des stimuli se modifie, imposant des ajustements r\u00e9guliers dans la disposition des \u00e9chelons pour consolider les gains th\u00e9rapeutiques.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 \u00bb r\u00e9unit deux concepts issus de traditions linguistiques distinctes, int\u00e9gr\u00e9s par la psychologie exp\u00e9rimentale anglo-saxonne sous le terme d&rsquo;origine <em>anxiety hierarchy<\/em>.<\/p>\n<p>Le substantif \u00ab hi\u00e9rarchie \u00bb d\u00e9rive du grec eccl\u00e9siastique <em>hierarkhia<\/em>, compos\u00e9 de <em>hieros<\/em> (sacr\u00e9) et d&rsquo;un d\u00e9riv\u00e9 de <em>arkhein<\/em> (commander, gouverner). Utilis\u00e9 \u00e0 l&rsquo;origine par le Pseudo-Denys l&rsquo;Ar\u00e9opagite pour qualifier l&rsquo;ordre sacr\u00e9 des ch\u0153urs ang\u00e9liques, le mot a progressivement perdu sa connotation th\u00e9ologique pour d\u00e9signer, d\u00e8s le XVIIe si\u00e8cle en fran\u00e7ais, tout syst\u00e8me de classement pyramidal ou s\u00e9quentiel ordonn\u00e9 selon des degr\u00e9s de pouvoir, d&rsquo;importance ou d&rsquo;intensit\u00e9.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab anxi\u00e9t\u00e9 \u00bb provient du latin classique <em>anxietas<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 de <em>anxius<\/em> (tourment\u00e9, inquiet), lui-m\u00eame reli\u00e9 \u00e0 la racine indo-europ\u00e9enne <em>angh-<\/em> signifiant \u00ab serrer, \u00e9trangler \u00bb (qui donne \u00e9galement l&rsquo;angine et l&rsquo;angoisse). Cette \u00e9tymologie souligne la dimension corporelle d&rsquo;oppression et de resserrement visc\u00e9ral inh\u00e9rente \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat \u00e9motionnel.<\/p>\n<p>L&rsquo;association formelle de ces deux notions au sein du champ clinique est attribu\u00e9e au psychiatre sud-africain <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Joseph_Wolpe\">Joseph Wolpe<\/a> \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950. Dans ses travaux fondateurs sur l&rsquo;inhibition r\u00e9ciproque, Wolpe a formalis\u00e9 la construction de ces \u00e9chelles ordonn\u00e9es afin de rendre op\u00e9rationnelle l&rsquo;exposition d\u00e9sensibilisante, transformant un concept philosophique d&rsquo;agencement en un protocole psychom\u00e9trique rigoureux.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais, le terme se prononce phon\u00e9tiquement \/je.\u0281a\u0281.\u0283i d\u203f\u0251\u0303k.sje.te\/ (i-\u00e9-rar-chi d-an-ksi\u00e9-t\u00e9). L&rsquo;accent tonique s&rsquo;applique naturellement sur la derni\u00e8re syllabe de chaque terme signifiant.<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;une locution nominale f\u00e9minine compos\u00e9e d&rsquo;un nom noyau singulier (\u00ab hi\u00e9rarchie \u00bb), suivi du morph\u00e8me pr\u00e9positionnel \u00e9lid\u00e9 (\u00ab d&rsquo; \u00bb) et d&rsquo;un compl\u00e9ment du nom abstrait sans article (\u00ab anxi\u00e9t\u00e9 \u00bb). Au pluriel, elle devient \u00ab hi\u00e9rarchies d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 \u00bb ou, de mani\u00e8re alternative dans la litt\u00e9rature francophone, \u00ab hi\u00e9rarchies des angoisses \u00bb ou \u00ab hi\u00e9rarchies de stimuli anxiog\u00e8nes \u00bb.<\/p>\n<p>Dans la pratique contemporaine des th\u00e9rapies comportementales et cognitives (TCC), on rencontre fr\u00e9quemment des expressions synonymes ou variantes fonctionnelles, telles que \u00ab hi\u00e9rarchie d&rsquo;exposition \u00bb, \u00ab \u00e9chelle gradu\u00e9e d&rsquo;exposition \u00bb ou \u00ab continuum anxiog\u00e8ne \u00bb. Ces variantes mettent davantage l&rsquo;accent sur l&rsquo;action comportementale (l&rsquo;exposition) plut\u00f4t que sur l&rsquo;affect subi (l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 repose sur la compr\u00e9hension du cercle vicieux de l&rsquo;\u00e9vitement comportemental et cognitif caract\u00e9ristique des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_anxieux\">troubles anxieux<\/a>. Lorsqu&rsquo;un sujet pr\u00e9sente une r\u00e9action phobique ou anxieuse disproportionn\u00e9e, la tendance spontan\u00e9e consiste \u00e0 \u00e9viter activement tout contact avec la situation mena\u00e7ante. Si l&rsquo;\u00e9vitement procure un soulagement imm\u00e9diat par renforcement n\u00e9gatif, il emp\u00eache en revanche toute opportunit\u00e9 d&rsquo;invalidation des croyances catastrophiques et renforce la chronicit\u00e9 de la pathologie. La hi\u00e9rarchie permet de d\u00e9construire le stimulus globalement redout\u00e9 en composantes atomis\u00e9es et manipulables.<\/p>\n<p>L&rsquo;architecture d&rsquo;une hi\u00e9rarchie efficace n\u00e9cessite une analyse fonctionnelle pr\u00e9alable extr\u00eamement d\u00e9taill\u00e9e. Les stimuli ne sont pas des entit\u00e9s abstraites ; ils s&rsquo;articulent autour de param\u00e8tres multidimensionnels pr\u00e9cis incluant la distance physique au stimulus, la dur\u00e9e d&rsquo;exposition, le degr\u00e9 d&rsquo;impr\u00e9visibilit\u00e9, le niveau de soutien social disponible, l&rsquo;\u00e9tat physiologique interne du sujet et le contexte environnemental. Par exemple, pour un individu souffrant de claustrophobie, prendre un ascenseur seul pendant dix \u00e9tages \u00e0 l&rsquo;heure de pointe repr\u00e9sente un \u00e9chelon radicalement distinct de celui consistant \u00e0 maintenir la porte de l&rsquo;ascenseur ouverte au rez-de-chauss\u00e9e en pr\u00e9sence du th\u00e9rapeute.<\/p>\n<p>Le processus de graduation implique la collaboration active du patient dans un esprit d&#8217;empowerment et d&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique. Le clinicien ne prescrit pas arbitrairement la difficult\u00e9 des \u00e9tapes : il aide le patient \u00e0 quantifier son ressenti via l&rsquo;\u00e9chelle des SUDS. Une hi\u00e9rarchie standard comprend g\u00e9n\u00e9ralement entre 10 et 20 \u00e9tapes distinctes, distribu\u00e9es harmonieusement le long du continuum allant de 10-20 SUDS jusqu&rsquo;\u00e0 95-100 SUDS. Des \u00e9carts trop importants entre deux \u00e9chelons successifs (par exemple passer d&rsquo;une t\u00e2che \u00e9valu\u00e9e \u00e0 30 \u00e0 une t\u00e2che \u00e0 70) risquent de provoquer un \u00e9chec par d\u00e9couragement ou sid\u00e9ration, tandis qu&rsquo;une gradation trop resserr\u00e9e peut ralentir inutilement le traitement.<\/p>\n<p>Enfin, la hi\u00e9rarchie joue un r\u00f4le m\u00e9tacognitif fondamental : elle rend explicite l&rsquo;existence de limites tol\u00e9rables et red\u00e9finit la confrontation non plus comme une \u00e9preuve binaire et terrifiante (\u00ab supporter ou succomber \u00bb), mais comme une s\u00e9quence d&rsquo;exp\u00e9riences d&rsquo;apprentissage ordonn\u00e9es. Elle conf\u00e8re au patient une sensation de contr\u00f4le pr\u00e9visible, indispensable pour s&rsquo;engager volontairement dans des exercices provoquant une d\u00e9tresse temporaire.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>Les pr\u00e9mices empiriques de la hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 remontent aux travaux pionniers de Mary Cover Jones en 1924, sous la supervision de John B. Watson. Dans son \u00e9tude c\u00e9l\u00e8bre sur le jeune Peter, un enfant manifestant une phobie aigu\u00eb des lapins blancs, Mary Cover Jones a d\u00e9montr\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;un conditionnement direct progressif. En rapprochant le lapin pas \u00e0 pas de l&rsquo;enfant alors que celui-ci consommait une friandise appr\u00e9ci\u00e9e, la chercheuse appliquait d\u00e9j\u00e0 le principe d&rsquo;une hi\u00e9rarchie spatiale et comportementale d&rsquo;exposition, bien que la formalisation conceptuelle n&rsquo;en f\u00fbt qu&rsquo;\u00e0 ses balbutiements.<\/p>\n<p>La cons\u00e9cration th\u00e9orique et m\u00e9thodologique de l&rsquo;outil intervient au cours des ann\u00e9es 1950 sous l&rsquo;impulsion de Joseph Wolpe. Confront\u00e9 aux limites de la psychanalyse pour traiter les n\u00e9vroses de guerre et les phobies, Wolpe s&rsquo;appuie sur le mod\u00e8le du conditionnement pavlovien et les concepts physiologiques de Sherrington pour d\u00e9velopper la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9sensibilisation_syst%C3%A9matique\">d\u00e9sensibilisation syst\u00e9matique<\/a>. Dans son ouvrage de r\u00e9f\u00e9rence, <em>Psychotherapy by Reciprocal Inhibition<\/em> (1958), Wolpe formalise l&rsquo;\u00e9laboration \u00e9crite d&rsquo;une hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 que le sujet parcourt mentalement (exposition en imagination) tout en maintenant un \u00e9tat antagoniste de relaxation musculaire profonde (inhibition r\u00e9ciproque de Jacobson).<\/p>\n<p>Durant les ann\u00e9es 1960 et 1970, des chercheurs comme Isaac Marks, Stanley Rachman et Albert Bandura ont fait \u00e9voluer l&rsquo;usage de la hi\u00e9rarchie vers l&rsquo;exposition <em>in vivo<\/em> (en situation r\u00e9elle), d\u00e9montrant que la confrontation directe aux stimuli surpassait souvent l&rsquo;exposition imaginaire, et que la relaxation musculaire n&rsquo;\u00e9tait pas n\u00e9cessairement un pr\u00e9requis obligatoire pour observer l&rsquo;extinction de la peur.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1980 et 1990, avec l&rsquo;av\u00e8nement de la r\u00e9volution cognitive men\u00e9e par Aaron T. Beck et David M. Clark, puis les travaux d&rsquo;Edna Foa sur le traitement \u00e9motionnel, la hi\u00e9rarchie a cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre consid\u00e9r\u00e9e sous le seul prisme du reconditionnement m\u00e9canique. Elle est devenue un protocole d&rsquo;exp\u00e9rimentation comportementale visant \u00e0 tester et invalider activement des postulats cognitifs dysfonctionnels (\u00ab Si mon c\u0153ur acc\u00e9l\u00e8re, je vais faire un infarctus \u00bb).<\/p>\n<p>Au XXIe si\u00e8cle, l&rsquo;apport des neurosciences computationnelles et les th\u00e9ories de l&rsquo;apprentissage inhibiteur formul\u00e9es notamment par Michelle Craske ont renouvel\u00e9 le r\u00f4le de la hi\u00e9rarchie : plut\u00f4t que de viser une extinction lin\u00e9aire et compl\u00e8te de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 \u00e9tape par \u00e9tape, la hi\u00e9rarchie contemporaine est parfois remani\u00e9e de mani\u00e8re al\u00e9atoire ou variable pour optimiser la violation des attentes et renforcer la robustesse mn\u00e9sique du nouvel apprentissage de s\u00e9curit\u00e9 face au risque de rechute.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La construction et l&rsquo;exploitation clinique d&rsquo;une hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 s&rsquo;enracinent dans plusieurs mod\u00e8les th\u00e9oriques majeurs de la psychologie scientifique :<\/p>\n<p>Le premier socle th\u00e9orique rel\u00e8ve du <strong>conditionnement classique (pavlovien)<\/strong> et des lois de l&rsquo;extinction. Selon cette perspective, le trouble anxieux r\u00e9sulte de l&rsquo;association fortuite ou traumatique entre un stimulus initialement neutre (Stimulus Conditionn\u00e9, SC) et une exp\u00e9rience d&rsquo;effroi ou de douleur (Stimulus Inconditionn\u00e9, SI). La hi\u00e9rarchie pr\u00e9sente le SC de mani\u00e8re fractionn\u00e9e, en l&rsquo;absence syst\u00e9matique du SI mena\u00e7ant. La r\u00e9p\u00e9tition prolong\u00e9e du SC sans cons\u00e9quence aversive provoque l&rsquo;extinction graduelle de la R\u00e9ponse Conditionn\u00e9e (RC) d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9. L&rsquo;agencement hi\u00e9rarchique \u00e9vite que l&rsquo;intensit\u00e9 du SC n&rsquo;entra\u00eene une fuite imm\u00e9diate qui p\u00e9renniserait le conditionnement.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me cadre conceptuel est celui de l&rsquo;<strong>inhibition r\u00e9ciproque<\/strong> propos\u00e9 par Wolpe. Ce principe physiologique postule que deux \u00e9tats \u00e9motionnels et neurov\u00e9g\u00e9tatifs incompatibles ne peuvent coexister simultan\u00e9ment avec la m\u00eame intensit\u00e9. En activant un \u00e9tat parasympathique de d\u00e9tente (relaxation, hypnose, calme respiratoire) au moment o\u00f9 le sujet aborde un \u00e9chelon de basse intensit\u00e9 sur sa hi\u00e9rarchie, l&rsquo;activation sympathique propre \u00e0 l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 est inhib\u00e9e, permettant une extinction sans panique.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me mod\u00e8le, d\u00e9velopp\u00e9 par Edna Foa et Michael Kozak, est la <strong>th\u00e9orie du traitement \u00e9motionnel (Emotional Processing Theory)<\/strong>. Pour modifier une structure de peur mn\u00e9sique dysfonctionnelle stock\u00e9e en m\u00e9moire \u00e0 long terme, cette derni\u00e8re doit imp\u00e9rativement \u00eatre r\u00e9activ\u00e9e. La hi\u00e9rarchie fournit les amorces adapt\u00e9es pour d\u00e9clencher une activation \u00e9motionnelle mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 forte (condition n\u00e9cessaire) sans d\u00e9passer le seuil d&rsquo;assimilation cognitive du sujet, permettant \u00e0 l&rsquo;information d&rsquo;incompatibilit\u00e9 (l&rsquo;absence de catastrophe anticip\u00e9e) d&rsquo;\u00eatre encod\u00e9e dans la m\u00e9moire \u00e9motionnelle.<\/p>\n<p>Enfin, le mod\u00e8le contemporain de l&rsquo;<strong>apprentissage inhibiteur (Inhibitory Learning Model)<\/strong> de Michelle Craske soutient que l&rsquo;extinction ne d\u00e9truit pas la trace mn\u00e9sique originelle de la peur, mais cr\u00e9e une nouvelle m\u00e9moire inhibitrice concurrente (SC &#8211; Pas de danger). Dans cette optique, la hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 est con\u00e7ue comme un outil maximisant la <em>violation des attentes<\/em> (expectancy violation). Plus l&rsquo;\u00e9cart entre la catastrophe pr\u00e9dite par le patient sur un \u00e9chelon donn\u00e9 et le r\u00e9sultat r\u00e9el de l&rsquo;exposition est prononc\u00e9, plus la consolidation de la m\u00e9moire de s\u00e9curit\u00e9 est puissante.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>Une hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 s&rsquo;\u00e9labore selon des typologies et des dimensions rigoureusement d\u00e9limit\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Modalit\u00e9s d&rsquo;exposition (Typologies) :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Hi\u00e9rarchie in vivo :<\/em> Implique la confrontation directe et tangible avec des objets ou des situations concr\u00e8tes du monde physique (ex. approcher un chien, toucher une poign\u00e9e de porte publique).<\/li>\n<li><em>Hi\u00e9rarchie imaginaire (in virtuo \/ mentale) :<\/em> Recourt \u00e0 la visualisation mentale guid\u00e9e de sc\u00e9narios redout\u00e9s, essentielle lorsque le stimulus est physiquement inaccessible, immoral, ou rel\u00e8ve d&rsquo;obsessions int\u00e9rieures (ex. phobies d&rsquo;impulsion, anxi\u00e9t\u00e9 li\u00e9e \u00e0 la mort).<\/li>\n<li><em>Hi\u00e9rarchie en r\u00e9alit\u00e9 virtuelle (RV) :<\/em> Utilise des environnements informatiques immersifs contr\u00f4l\u00e9s permettant d&rsquo;ajuster dynamiquement les variables anxiog\u00e8nes (ex. hauteur d&rsquo;un pont, densit\u00e9 du public dans une rame de m\u00e9tro).<\/li>\n<li><em>Hi\u00e9rarchie int\u00e9roceptive :<\/em> Cible la provocation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e de sensations corporelles anxiog\u00e8nes internes imitant l&rsquo;attaque de panique (ex. hyperventilation, rotation sur une chaise, respiration dans une paille).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Dimensions d&rsquo;ajustement des param\u00e8tres :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Dimension spatiale :<\/em> Distance physique s\u00e9parant le sujet du stimulus cible (de 10 m\u00e8tres \u00e0 un contact cutan\u00e9 direct).<\/li>\n<li><em>Dimension temporelle :<\/em> Dur\u00e9e de maintien de la confrontation (de 30 secondes \u00e0 45 minutes) et moment de la journ\u00e9e (jour, cr\u00e9puscule, nuit).<\/li>\n<li><em>Dimension contextuelle et d&rsquo;impr\u00e9visibilit\u00e9 :<\/em> Pr\u00e9sence ou absence d&rsquo;un accompagnateur s\u00e9curisant (th\u00e9rapeute, proche), caract\u00e8re captif de la situation (cin\u00e9ma ferm\u00e9 vs rue ouverte), mobilit\u00e9 du stimulus (animal immobile vs animal courant).<\/li>\n<li><em>Dimension de magnitude :<\/em> Taille de l&rsquo;objet phobog\u00e8ne, intensit\u00e9 sonore, nombre d&rsquo;individus observateurs dans une situation sociale.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Composantes structurelles d&rsquo;un item de hi\u00e9rarchie :<\/strong> Chaque item doit contenir la description pr\u00e9cise de l&rsquo;action \u00e0 accomplir, le contexte spatio-temporel, la cotation pr\u00e9visionnelle en SUDS, la croyance catastrophique associ\u00e9e \u00e0 tester et le crit\u00e8re mesurable marquant la r\u00e9ussite de l&rsquo;\u00e9tape.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la mise en pratique d&rsquo;une hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, examinons deux cas cliniques embl\u00e9matiques illustrant la diversit\u00e9 des applications contemporaines.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : Phobie sp\u00e9cifique des transports a\u00e9riens (Acrophobie \/ A\u00e9rophobie)<\/strong><br \/>\nMarc, cadre d&rsquo;entreprise de 42 ans, ne peut plus accepter de promotions n\u00e9cessitant des d\u00e9placements internationaux. Avec son psychoth\u00e9rapeute, il \u00e9labore la hi\u00e9rarchie suivante \u00e9chelonn\u00e9e de 10 \u00e0 100 SUDS :<\/p>\n<ul>\n<li><em>\u00c9chelon 1 (SUDS : 15) :<\/em> Regarder une photographie statique d&rsquo;un avion civil en vol sur un \u00e9cran d&rsquo;ordinateur pendant 5 minutes.<\/li>\n<li><em>\u00c9chelon 2 (SUDS : 30) :<\/em> Visionner un reportage vid\u00e9o montrant le d\u00e9collage d&rsquo;un appareil avec le son activ\u00e9.<\/li>\n<li><em>\u00c9chelon 3 (SUDS : 45) :<\/em> Se rendre sur la terrasse d&rsquo;observation d&rsquo;un a\u00e9roport et observer les atterrissages pendant une heure.<\/li>\n<li><em>\u00c9chelon 4 (SUDS : 60) :<\/em> S&rsquo;asseoir dans un simulateur de cabine au sol avec la ceinture attach\u00e9e pendant 30 minutes.<\/li>\n<li><em>\u00c9chelon 5 (SUDS : 75) :<\/em> Acheter un billet pour un vol court-courrier et effectuer les formalit\u00e9s d&rsquo;enregistrement jusqu&rsquo;\u00e0 la porte d&#8217;embarquement.<\/li>\n<li><em>\u00c9chelon 6 (SUDS : 85) :<\/em> Embarquer dans l&rsquo;avion, s&rsquo;asseoir pr\u00e8s du hublot lors de la phase de fermeture des portes et de roulage.<\/li>\n<li><em>\u00c9chelon 7 (SUDS : 100) :<\/em> Vivre le d\u00e9collage et la travers\u00e9e d&rsquo;une zone de turbulences l\u00e9g\u00e8res sans recourir \u00e0 des anxiolytiques ni \u00e0 des rituels de distraction.<\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Cas 2 : Agoraphobie avec attaques de panique (Hi\u00e9rarchie mixte int\u00e9roceptive et in vivo)<\/strong><br \/>\nSophie, 28 ans, \u00e9vite les supermarch\u00e9s et les lieux publics de peur de \u00ab perdre le contr\u00f4le \u00bb et de s&rsquo;\u00e9vanouir sous l&rsquo;effet de sensations de vertige et de tachycardie. La hi\u00e9rarchie int\u00e8gre d&rsquo;abord des \u00e9chelons int\u00e9roceptifs :<\/p>\n<ul>\n<li><em>\u00c9chelon 1 (SUDS : 25) :<\/em> Monter rapidement un escalier de deux \u00e9tages pour g\u00e9n\u00e9rer une tachycardie mod\u00e9r\u00e9e (battements perceptibles).<\/li>\n<li><em>\u00c9chelon 2 (SUDS : 50) :<\/em> Hyperventiler volontairement pendant 60 secondes en cabinet avec le th\u00e9rapeute pour induire des vertiges l\u00e9gers.<\/li>\n<li><em>\u00c9chelon 3 (SUDS : 65) :<\/em> Se tenir debout au milieu d&rsquo;un petit commerce de proximit\u00e9 pendant 10 minutes avec un proche post\u00e9 \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e.<\/li>\n<li><em>\u00c9chelon 4 (SUDS : 80) :<\/em> Faire la queue \u00e0 la caisse d&rsquo;un grand hypermarch\u00e9 un samedi apr\u00e8s-midi en autonomie compl\u00e8te.<\/li>\n<li><em>\u00c9chelon 5 (SUDS : 95) :<\/em> Faire la queue dans ce m\u00eame hypermarch\u00e9 tout en provoquant d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment une sensation de vertige par hyperventilation de 30 secondes, sans quitter la file d&rsquo;attente.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation psychologique<\/h3>\n<p>La validit\u00e9 clinique d&rsquo;une hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 d\u00e9pend directement de la rigueur des instruments d&rsquo;\u00e9valuation utilis\u00e9s pour calibrer ses diff\u00e9rents \u00e9chelons. L&rsquo;outil psychom\u00e9trique le plus r\u00e9pandu demeure l&rsquo;\u00e9chelle des <strong>Unit\u00e9s Subjectives de D\u00e9tresse (SUDS)<\/strong>, conceptualis\u00e9e par Wolpe en 1969. Cette \u00e9chelle ordinale d&rsquo;auto-\u00e9valuation permet au sujet d&rsquo;attribuer une note num\u00e9rique continue entre 0 (\u00e9tat de relaxation totale, absence absolue de tension) et 100 (le niveau d&rsquo;angoisse le plus insoutenable jamais exp\u00e9riment\u00e9 ou concevable). La fid\u00e9lit\u00e9 du score s&rsquo;accro\u00eet lorsque le th\u00e9rapeute ancre pr\u00e9alablement les rep\u00e8res cardinaux avec le patient (ce que repr\u00e9sente concr\u00e8tement un score de 25, 50, 75 et 100 pour lui).<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&rsquo;auto-\u00e9valuation verbale subjective, le clinicien compl\u00e8te souvent la d\u00e9marche par le <strong>Test d&rsquo;\u00c9vitement Comportemental (Behavioral Avoidance Test, BAT)<\/strong>. Ce protocole empirique \u00e9value objectivement la distance physique minimale ou le temps maximal qu&rsquo;un individu peut tol\u00e9rer face au stimulus aversif r\u00e9el avant d&rsquo;interrompre l&rsquo;interaction. Le BAT offre une mesure standardis\u00e9e pr\u00e9- et post-th\u00e9rapeutique hautement fiable, imperm\u00e9able aux biais de d\u00e9sirabilit\u00e9 sociale.<\/p>\n<p>Les avanc\u00e9es technologiques contemporaines int\u00e8grent \u00e9galement des mesures psychophysiologiques objectives pour valider les \u00e9tapes de la hi\u00e9rarchie. L&rsquo;enregistrement de la variabilit\u00e9 de la fr\u00e9quence cardiaque (VFC), de la conductance cutan\u00e9e (r\u00e9ponse \u00e9lectrodermale traduisant l&rsquo;activation du syst\u00e8me nerveux sympathique) et du tonus musculaire \u00e9lectromyographique permet d&rsquo;objectiver l&rsquo;activation \u00e9motionnelle du patient, mettant parfois en lumi\u00e8re des dissonances entre la d\u00e9tresse physiologique r\u00e9elle et l&rsquo;\u00e9valuation verbale subjective formul\u00e9e par l&rsquo;individu.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation de la hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 d\u00e9passe largement le cadre des phobies sp\u00e9cifiques simples pour irriguer l&rsquo;ensemble du spectre de la psychopathologie anxieuse et des troubles associ\u00e9s :<\/p>\n<p>Dans le <strong>Trouble Obsessionnel-Compulsif (TOC)<\/strong>, la hi\u00e9rarchie est la cl\u00e9 de vo\u00fbte du protocole d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_obsessionnel_compulsif\">Exposition avec Pr\u00e9vention de la R\u00e9ponse<\/a> (EPR). Les items classent non seulement les d\u00e9clencheurs de souillure ou de doute obs\u00e9dant, mais d\u00e9terminent \u00e9galement des dur\u00e9es croissantes d&rsquo;abstinence des rituels compulsifs neutralisateurs (ex. attendre 5 minutes avant de se laver les mains, puis 15 minutes, puis toucher un d\u00e9chet sans aucun lavage).<\/p>\n<p>Dans le <strong>Trouble de Stress Post-Traumatique (TSPT)<\/strong>, les protocoles d&rsquo;exposition prolong\u00e9e (PE) d\u00e9velopp\u00e9s par Edna Foa utilisent des hi\u00e9rarchies d&rsquo;exposition <em>in vivo<\/em> pour r\u00e9int\u00e9grer des lieux, des odeurs ou des v\u00eatements associ\u00e9s au traumatisme mais d\u00e9nu\u00e9s de danger r\u00e9el pr\u00e9sent, compl\u00e9t\u00e9es par des hi\u00e9rarchies de rappel narratif du souvenir traumatique.<\/p>\n<p>Dans le <strong>Trouble d&rsquo;Anxi\u00e9t\u00e9 Sociale (Phobie Sociale)<\/strong>, la hi\u00e9rarchie structure l&rsquo;exposition aux situations de jugement interpersonnel : poser une question banale \u00e0 un passant inconnu, faire d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment tomber un stylo dans une r\u00e9union silencieuse pour tol\u00e9rer l&rsquo;attention d&rsquo;autrui, jusqu&rsquo;\u00e0 d\u00e9livrer une pr\u00e9sentation orale improvis\u00e9e devant un auditoire critique.<\/p>\n<p>En psychiatrie de l&rsquo;enfant et de l&rsquo;adolescent, l&rsquo;outil est adapt\u00e9 sous des formes ludiques m\u00e9taphoriques telles que \u00ab l&rsquo;\u00e9chelle des peurs \u00bb ou \u00ab l&rsquo;escalier du courage \u00bb. Les enfants mat\u00e9rialisent visuellement leur progression par des paliers color\u00e9s et des r\u00e9compenses comportementales, ce qui favorise l&rsquo;adh\u00e9sion th\u00e9rapeutique et la d\u00e9dramatisation de la prise de risque adaptative.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>Depuis plus de six d\u00e9cennies, l&rsquo;efficacit\u00e9 des protocoles th\u00e9rapeutiques reposant sur une hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;un volume consid\u00e9rable de preuves empiriques issues d&rsquo;essais contr\u00f4l\u00e9s randomis\u00e9s (ECR) et de m\u00e9ta-analyses exhaustives. Les travaux de David Barlow sur les protocoles unifi\u00e9s pour les troubles \u00e9motionnels, tout comme les synth\u00e8ses de l&rsquo;American Psychological Association (APA &#8211; Division 12), attestent que les th\u00e9rapies d&rsquo;exposition structur\u00e9es obtiennent les tailles d&rsquo;effet les plus \u00e9lev\u00e9es de la pharmacop\u00e9e et des psychoth\u00e9rapies confondues dans le traitement des phobies (d de Cohen d\u00e9passant r\u00e9guli\u00e8rement 1,2).<\/p>\n<p>Sur le plan neurobiologique, des \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) men\u00e9es sur des patients avant et apr\u00e8s compl\u00e9tion d&rsquo;une hi\u00e9rarchie d&rsquo;exposition d\u00e9montrent une normalisation remarquable des circuits neuronaux de la peur. L&rsquo;hyperr\u00e9activit\u00e9 de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Amygdale_(cerveau)\">amygdale<\/a> c\u00e9r\u00e9brale face aux stimuli anxiog\u00e8nes r\u00e9gresse significativement, tandis que l&rsquo;activit\u00e9 r\u00e9gulatrice du cortex pr\u00e9frontal ventrom\u00e9dian (CPFvm) et de l&rsquo;hippocampe augmente, traduisant l&rsquo;ancrage neuroplastique d&rsquo;un contr\u00f4le top-down consolid\u00e9.<\/p>\n<p>Un d\u00e9bat scientifique majeur a toutefois bouscul\u00e9 la recherche empirique ces derni\u00e8res ann\u00e9es concernant la stricte n\u00e9cessit\u00e9 de la progression lin\u00e9aire. Historiquement, le mod\u00e8le wolpien imposait une mont\u00e9e pas \u00e0 pas, n&rsquo;autorisant le passage \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon sup\u00e9rieur que lorsque l&rsquo;\u00e9chelon pr\u00e9c\u00e9dent avait suscit\u00e9 une baisse d&rsquo;au moins 50 % des SUDS (habituation intra- et inter-sessions). Cependant, les essais cliniques contemporains dirig\u00e9s par Michelle Craske, Michael Treanor et leurs collaborateurs ont d\u00e9montr\u00e9 que la <em>variabilit\u00e9 de l&rsquo;exposition<\/em> (alterner de mani\u00e8re impr\u00e9visible des items mod\u00e9r\u00e9s et des items \u00e9lev\u00e9s de la hi\u00e9rarchie) produit des taux de rechute significativement plus faibles \u00e0 long terme que l&rsquo;exposition strictement lin\u00e9aire, remettant au centre du jeu la tol\u00e9rance cognitive \u00e0 l&rsquo;incertitude plut\u00f4t que la seule d\u00e9croissance physiologique imm\u00e9diate.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La formulation d&rsquo;une hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 ne s&rsquo;op\u00e8re jamais dans un vide culturel. Les normes sociales, les repr\u00e9sentations culturelles de la maladie mentale et les valeurs pr\u00e9valentes au sein d&rsquo;une communaut\u00e9 mod\u00e8lent en profondeur tant la nature des d\u00e9clencheurs anxiog\u00e8nes que la l\u00e9gitimit\u00e9 des conduites d&rsquo;affirmation de soi exig\u00e9es par certains \u00e9chelons.<\/p>\n<p>Dans les cultures occidentales individualistes, les hi\u00e9rarchies en anxi\u00e9t\u00e9 sociale se focalisent majoritairement sur la peur d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9 incomp\u00e9tent, ridicule ou vuln\u00e9rable par autrui. \u00c0 l&rsquo;inverse, dans les contextes collectivistes d&rsquo;Asie de l&rsquo;Est (notamment au Japon avec le syndrome du <em>Taijin Kyofusho<\/em>), les stimuli les plus redout\u00e9s sur la hi\u00e9rarchie impliquent la crainte d&rsquo;offenser, de blesser ou d&#8217;embarrasser son entourage par une odeur corporelle, un regard inappropri\u00e9 ou une maladresse interpersonnelle. Le clinicien doit calibrer les items en int\u00e9grant le concept de courtoisie et d&rsquo;interd\u00e9pendance harmonique propre \u00e0 ces milieux.<\/p>\n<p>De m\u00eame, l&rsquo;expression symptomatique de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 varie selon les ethnocultures : certaines populations manifestent des idiomes de d\u00e9tresse principalement somatiques (comme l&rsquo;<em>Ataque de nervios<\/em> dans les cultures hispanophones ou la sensation d&rsquo;oppression thoracique et de mont\u00e9e de chaleur dans certains contextes subsahariens). Une hi\u00e9rarchie int\u00e9roceptive doit alors imp\u00e9rativement int\u00e9grer ces manifestations somatosensorielles sp\u00e9cifiques pour conserver une validit\u00e9 \u00e9cologique et th\u00e9rapeutique maximale.<\/p>\n<p>Enfin, les conditions socio-\u00e9conomiques jouent un r\u00f4le logistique ind\u00e9niable. L&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;\u00e9chelons n\u00e9cessitant des ressources mat\u00e9rielles ou environnementales particuli\u00e8res (se rendre dans un centre commercial \u00e9loign\u00e9, prendre un vol a\u00e9rien, avoir acc\u00e8s \u00e0 un \u00e9quipement technologique de r\u00e9alit\u00e9 virtuelle) peut se heurter \u00e0 des contraintes de pr\u00e9carit\u00e9, obligeant le th\u00e9rapeute \u00e0 faire preuve de cr\u00e9ativit\u00e9 pour b\u00e2tir des hi\u00e9rarchies \u00e9cologiquement accessibles au quotidien du sujet.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats contemporains et limites<\/h3>\n<p>Bien que fondamentale, la hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 fait l&rsquo;objet de discussions th\u00e9oriques et pratiques substantielles au sein de la communaut\u00e9 des psychoth\u00e9rapeutes :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re controverse historique oppose l&rsquo;approche gradu\u00e9e \u00e0 l&rsquo;<strong>immersion massive (flooding)<\/strong>. Les partisans de l&rsquo;immersion soutiennent que confronter directement le patient \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelon le plus terrifiant de sa hi\u00e9rarchie (sans graduation pr\u00e9alable) produit une extinction plus rapide en d\u00e9montrant sans d\u00e9lai l&rsquo;absence de danger vital. Bien que le flooding soit cliniquement efficace, la hi\u00e9rarchie gradu\u00e9e conserve la pr\u00e9f\u00e9rence de la majorit\u00e9 des praticiens en raison d&rsquo;un taux d&rsquo;abandon (drop-out) consid\u00e9rablement plus faible et d&rsquo;une meilleure pr\u00e9servation de l&rsquo;alliance th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Une seconde limite concerne le risque de renforcement des <strong>comportements de s\u00e9curit\u00e9 (safety behaviors)<\/strong>. Si le d\u00e9coupage des \u00e9tapes est trop fragment\u00e9 ou si le patient utilise la hi\u00e9rarchie comme un bouclier pour diff\u00e9rer ind\u00e9finiment la confrontation aux situations v\u00e9ritablement aversives, la d\u00e9marche peut paradoxalement entretenir la croyance selon laquelle le stimulus final demeure intrins\u00e8quement toxique et insurmontable.<\/p>\n<p>Un troisi\u00e8me d\u00e9bat porte sur la primaut\u00e9 accord\u00e9e au score des SUDS. De nombreux praticiens de la troisi\u00e8me vague des TCC, notamment issus de la Th\u00e9rapie d&rsquo;Acceptation et d&rsquo;Engagement (ACT), critiquent la focalisation excessive sur la r\u00e9duction de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 chiffr\u00e9e. Selon l&rsquo;ACT, l&rsquo;objectif d&rsquo;une hi\u00e9rarchie d&rsquo;exposition n&rsquo;est pas de faire baisser l&rsquo;inconfort \u00e9motionnel (ce qui rel\u00e8verait encore d&rsquo;une forme d&rsquo;\u00e9vitement exp\u00e9rientiel), mais d&rsquo;accro\u00eetre la flexibilit\u00e9 psychologique en incitant le sujet \u00e0 agir en conformit\u00e9 avec ses valeurs fondamentales, m\u00eame en pr\u00e9sence d&rsquo;un niveau d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 maximal.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Il importe de distinguer rigoureusement la hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de plusieurs concepts limitrophes de la psychologie clinique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>\u00c9chelle SUDS (Subjective Units of Distress Scale) :<\/strong> L&rsquo;outil de m\u00e9trique ordinale (le thermom\u00e8tre de 0 \u00e0 100) utilis\u00e9 pour coter l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, tandis que la hi\u00e9rarchie est la liste organis\u00e9e des \u00e9v\u00e9nements concrets auxquels ces cotes sont attribu\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9sensibilisation syst\u00e9matique :<\/strong> Protocole psychoth\u00e9rapeutique complet associant une hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 (souvent en imagination) \u00e0 un \u00e9tat physiologique antagoniste induit (relaxation), alors que la hi\u00e9rarchie d&rsquo;exposition contemporaine s&rsquo;applique majoritairement sans relaxation concurrente.<\/li>\n<li><strong>Immersion (Flooding) :<\/strong> Strat\u00e9gie d&rsquo;exposition imm\u00e9diate et prolong\u00e9e au stimulus le plus aversif sans passer par les \u00e9chelons interm\u00e9diaires d&rsquo;une hi\u00e9rarchie.<\/li>\n<li><strong>\u00c9vitement comportemental :<\/strong> Strat\u00e9gie d&rsquo;adaptation dysfonctionnelle visant \u00e0 fuir le stimulus ; la hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 constitue pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;antidote structur\u00e9 \u00e0 cet \u00e9vitement.<\/li>\n<li><strong>Exp\u00e9rience comportementale :<\/strong> Outil cognitif visant \u00e0 tester la v\u00e9racit\u00e9 d&rsquo;une pr\u00e9diction n\u00e9gative sp\u00e9cifique ; une hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sert souvent de cadre d&rsquo;exp\u00e9rimentation comportementale s\u00e9quentielle.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>La hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 demeure l&rsquo;un des piliers op\u00e9rationnels les plus robustes de la psychoth\u00e9rapie scientifique moderne. Instrument de planification individualis\u00e9, elle permet de cartographier la d\u00e9tresse subjective d&rsquo;un individu et d&rsquo;organiser m\u00e9thodiquement sa r\u00e9sorption.<\/p>\n<p>En d\u00e9coupant un stimulus anxiog\u00e8ne monolithique en une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tapes franchissables cot\u00e9es de 0 \u00e0 100 SUDS, la hi\u00e9rarchie restaure chez le patient le sentiment d&rsquo;efficacit\u00e9 personnelle et d\u00e9samorce le cercle vicieux de l&rsquo;\u00e9vitement comportemental.<\/p>\n<p>Alors que la conception classique reposait sur une habituation physiologique lin\u00e9aire facilit\u00e9e par la relaxation, la neuropsychologie contemporaine envisage d\u00e9sormais la hi\u00e9rarchie comme un g\u00e9n\u00e9rateur optimis\u00e9 de violation des attentes et d&rsquo;apprentissage inhibiteur p\u00e9renne. Par sa flexibilit\u00e9 d&rsquo;application \u2014 qu&rsquo;elle soit d\u00e9ploy\u00e9e <em>in vivo<\/em>, en imagination, par provocation int\u00e9roceptive ou via la r\u00e9alit\u00e9 virtuelle \u2014, elle s&rsquo;impose comme une d\u00e9marche incontournable pour lib\u00e9rer l&rsquo;individu des entraves pathologiques de la peur.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Barlow, D. H. (2002). <em>Anxiety and its disorders: The nature and treatment of anxiety and panic<\/em> (2nd ed.). Guilford Press.<\/li>\n<li>Craske, M. G., Treanor, M., Conway, C. C., Zbozinek, T., &amp; Vervliet, B. (2014). Maximizing exposure therapy: An inhibitory learning approach. <em>Behaviour Research and Therapy<\/em>, 58, 10\u201323. https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.brat.2014.04.006<\/li>\n<li>Foa, E. B., &amp; Kozak, M. J. (1986). Emotional processing of fear: Exposure to corrective information. <em>Psychological Bulletin<\/em>, 99(1), 20\u201335. https:\/\/doi.org\/10.1037\/0033-2909.99.1.20<\/li>\n<li>Jones, M. C. (1924). The elimination of children&rsquo;s fears. <em>Journal of Experimental Psychology<\/em>, 7(5), 382\u2013390. https:\/\/doi.org\/10.1037\/h0072283<\/li>\n<li>Wolpe, J. (1958). <em>Psychotherapy by reciprocal inhibition<\/em>. Stanford University Press.<\/li>\n<li>Wolpe, J. (1969). <em>The practice of behavior therapy<\/em>. Pergamon Press.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La hi\u00e9rarchie d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 est une liste ordonn\u00e9e et gradu\u00e9e de situations redout\u00e9es selon la d\u00e9tresse qu&rsquo;elles provoquent. Outil central des TCC, elle guide l&rsquo;exposition progressive pour vaincre les troubles anxieux.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[3,1399,5815],"tags":[7057,34317,7448,289,33884,8013,34318],"class_list":["post-20663","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychologie-clinique","category-psychotherapie","category-therapies-cognitivo-comportementales","tag-desensibilisation-systematique","tag-hierarchie-danxiete","tag-joseph-wolpe","tag-tcc","tag-therapie-dexposition","tag-troubles-anxieux","tag-unites-subjectives-de-detresse"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20663","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20663\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20663"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20663"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20663"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}