{"id":20648,"date":"2026-10-24T08:07:18","date_gmt":"2026-10-24T08:07:18","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=medicament-antispasmodique-axe-intestin-cerveau"},"modified":"2026-10-24T08:07:18","modified_gmt":"2026-10-24T08:07:18","slug":"medicament-antispasmodique-axe-intestin-cerveau","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=medicament-antispasmodique-axe-intestin-cerveau","title":{"rendered":"Antispasmodique : R\u00e9guler l&rsquo;axe intestin-cerveau"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour de la gastro-ent\u00e9rologie, de la neurobiologie et de la psychiatrie de liaison, la motricit\u00e9 visc\u00e9rale constitue un miroir fid\u00e8le de l&rsquo;\u00e9tat \u00e9motionnel et physiologique de l&rsquo;organisme humain. Les agents antispasmodiques incarnent une classe th\u00e9rapeutique fondamentale destin\u00e9e \u00e0 r\u00e9guler l&rsquo;hyperr\u00e9activit\u00e9 musculaire lisse, particuli\u00e8rement au niveau du tractus gastro-intestinal et g\u00e9nito-urinaire, o\u00f9 le stress psychologique et la d\u00e9r\u00e9gulation neurov\u00e9g\u00e9tative se traduisent fr\u00e9quemment par des douleurs invalidantes. En modulant la transmission synaptique autonome et l&rsquo;excitabilit\u00e9 membranaire des myocytes, ces compos\u00e9s offrent un \u00e9clairage pr\u00e9cieux sur les interactions bidirectionnelles complexes unissant le syst\u00e8me nerveux central et la sph\u00e8re ent\u00e9rique.<\/p>\n<h2>M\u00e9dicament antispasmodique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Un m\u00e9dicament antispasmodique est un agent pharmacologique con\u00e7u pour pr\u00e9venir, att\u00e9nuer ou supprimer les contractions involontaires, excessives et douloureuses (spasmes) des fibres musculaires lisses, principalement situ\u00e9es dans les parois des visc\u00e8res creux tels que le tube digestif, les voies biliaires, les uret\u00e8res et l&rsquo;ut\u00e9rus. Ces substances agissent en interrompant les voies de signalisation neuromusculaires responsables de la gen\u00e8se ou du maintien du tonus spastique anormal.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la m\u00e9decine psychosomatique et de la psychopathologie clinique, les antispasmodiques occupent une place pr\u00e9pond\u00e9rante dans la prise en charge des troubles gastro-intestinaux fonctionnels ou troubles de l&rsquo;interaction intestin-cerveau, \u00e0 l&rsquo;instar du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_de_l%27intestin_irritable\">syndrome de l&rsquo;intestin irritable<\/a> (SII). Ils permettent de briser le cercle vicieux associant anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire, hypersensibilit\u00e9 visc\u00e9rale m\u00e9di\u00e9e par l&rsquo;enc\u00e9phale et contractilit\u00e9 anarchique de la musculature pari\u00e9tale abdominale.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue fonctionnel, ces mol\u00e9cules se subdivisent classiquement en deux grandes cat\u00e9gories pharmacologiques : les antispasmodiques anticholinergiques (ou neurotropes), qui s&rsquo;opposent aux effets moteurs de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ac%C3%A9tylcholine\">ac\u00e9tylcholine<\/a> sur les r\u00e9cepteurs muscariniques, et les antispasmodiques musculotropes (ou directs), qui exercent leur influence relaxante directement sur la machinerie contractile intracellulaire du myocyte sans bloquer les synapses autonomes extrins\u00e8ques.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab antispasmodique \u00bb d\u00e9rive de la combinaison du pr\u00e9fixe grec <em>anti-<\/em> (\u1f00\u03bd\u03c4\u03af), signifiant \u00ab contre \u00bb, \u00ab oppos\u00e9 \u00e0 \u00bb ou \u00ab qui combat \u00bb, et du substantif <em>spasmos<\/em> (\u03c3\u03c0\u03b1\u03c3\u03bc\u03cc\u03c2), qui d\u00e9signe une convulsion, un tiraillement ou une contraction violente et involontaire, lui-m\u00eame issu du verbe <em>span<\/em> (\u03c3\u03c0\u1fb6\u03bd), signifiant \u00ab tirer \u00bb, \u00ab arracher \u00bb ou \u00ab contracter violemment \u00bb.<\/p>\n<p>Le suffixe <em>-ique<\/em> (du grec <em>-ikos<\/em> via le latin <em>-icus<\/em>) conf\u00e8re au mot sa valeur adjectivale et substantive, d\u00e9signant la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;agir contre le spasme. Historiquement, le terme a \u00e9merg\u00e9 dans la nomenclature m\u00e9dicale europ\u00e9enne au cours du XVIIe et du XVIIIe si\u00e8cle, d&rsquo;abord pour cat\u00e9goriser des rem\u00e8des d&rsquo;origine v\u00e9g\u00e9tale (tels que la belladone, la jusquiame ou le camphre) r\u00e9put\u00e9s calmer les \u00ab vapeurs \u00bb, l&rsquo;hyst\u00e9rie, les convulsions nerveuses et les coliques spasmodiques, avant que l&rsquo;av\u00e8nement de la physiologie exp\u00e9rimentale au XIXe si\u00e8cle ne circonscrive rigoureusement son acception aux contractions de la musculature lisse visc\u00e9rale.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le terme s&rsquo;\u00e9nonce \/\u0251\u0303.ti.spas.m\u0254.dik\/ en fran\u00e7ais standard. Sa transcription orthographique ne pr\u00e9sente aucune variante majeure dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale contemporaine, bien qu&rsquo;on observe parfois la forme adjectivale coordonn\u00e9e \u00ab antispasmodique \u00bb employ\u00e9e substantivement pour d\u00e9signer la mol\u00e9cule elle-m\u00eame (\u00ab un antispasmodique \u00bb).<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, le mot fonctionne comme un adjectif \u00e9pith\u00e8te ou attribut (\u00ab un traitement antispasmodique \u00bb, \u00ab une mol\u00e9cule antispasmodique \u00bb) ou comme un nom commun masculin (\u00ab administrer un antispasmodique \u00bb). Au pluriel, il prend la marque r\u00e9guli\u00e8re \u00ab antispasmodiques \u00bb. Il convient de noter que dans la pharmacop\u00e9e internationale, ce terme est un hyperonyme qui englobe diverses sous-classes de modulateurs myorelaxants visc\u00e9raux.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender en profondeur le concept d&rsquo;antispasmodique, il est n\u00e9cessaire de comprendre la physiologie motrice des visc\u00e8res creux et son assujettissement aux influences psycho-neuro-endocriniennes. La paroi des organes digestifs et urinaires est tapiss\u00e9e de cellules musculaires lisses unitaires, reli\u00e9es entre elles par des jonctions communicantes (jonctions gap). Cet arrangement syncytial permet la propagation rapide des potentiels d&rsquo;action et assure des ondes p\u00e9ristaltiques coordonn\u00e9es, indispensables \u00e0 la progression des flux liquidiens ou solides. Toutefois, lorsqu&rsquo;une perturbation hom\u00e9ostasique survient, ce p\u00e9ristaltisme harmonieux c\u00e8de la place \u00e0 un spasme : une contraction hypertonique, soutenue et asynchrone, qui engendre une isch\u00e9mie pari\u00e9tale relative, comprime les terminaisons nerveuses sensitives locales et d\u00e9clenche une douleur aigu\u00eb ou sourde d&rsquo;une intensit\u00e9 remarquable.<\/p>\n<p>Le spasme visc\u00e9ral n&rsquo;est pas un ph\u00e9nom\u00e8ne purement m\u00e9canique p\u00e9riph\u00e9rique ; il repr\u00e9sente le point d&rsquo;aboutissement somatique d&rsquo;un r\u00e9seau complexe d&rsquo;aff\u00e9rences et d&rsquo;eff\u00e9rences. Le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_nerveux_ent%C3%A9rique\">syst\u00e8me nerveux ent\u00e9rique<\/a> (SNE), souvent qualifi\u00e9 de \u00ab deuxi\u00e8me cerveau \u00bb, orchestre la rythmicit\u00e9 de base par l&rsquo;interm\u00e9diaire des cellules interstitielles de Cajal. N\u00e9anmoins, ce syst\u00e8me intrins\u00e8que subit la modulation constante du syst\u00e8me nerveux autonome (SNA) sympathique et parasympathique, lui-m\u00eame subordonn\u00e9 aux centres c\u00e9r\u00e9braux sup\u00e9rieurs du syst\u00e8me limbique, de l&rsquo;insula et du cortex cingulaire ant\u00e9rieur. Dans les contextes de d\u00e9tresse psychologique, d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 chronique ou de traumatisme psychique, la r\u00e9gulation descendante s&rsquo;alt\u00e8re : le tonus vagal s&rsquo;effondre ou devient erratique, la transmission cholinergique s&rsquo;amplifie de mani\u00e8re disproportionn\u00e9e et l&rsquo;inhibition sympathique locale se d\u00e9synchronise, favorisant l&rsquo;\u00e9closion de spasmes musculaires segmentaires.<\/p>\n<p>Dans ce cadre int\u00e9gratif, le m\u00e9dicament antispasmodique intervient comme un d\u00e9coupleur physiologique. Selon sa nature chimique, il neutralise la commande motrice pathologique en amont ou d\u00e9samorce directement le processus biochimique contractile au sein de la fibre musculaire. En restaurant un \u00e9tat de repos m\u00e9canique sans paralyser compl\u00e8tement le transit visc\u00e9ral physiologique, l&rsquo;antispasmodique supprime la stimulation nociceptive g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par la distension et la traction des m\u00e9canor\u00e9cepteurs pari\u00e9taux. Par cons\u00e9quent, il interrompt le flux d&rsquo;informations aff\u00e9rentes douloureuses montant vers l&rsquo;enc\u00e9phale, r\u00e9duisant secondairement l&rsquo;hypervigilance centrale et l&rsquo;anticipation anxieuse de la douleur.<\/p>\n<p>Le champ conceptuel de l&rsquo;antispasmodique se distingue nettement de celui des analg\u00e9siques centraux ou p\u00e9riph\u00e9riques conventionnels. Alors que les analg\u00e9siques comme le parac\u00e9tamol, les anti-inflammatoires non st\u00e9ro\u00efdiens (AINS) ou les opio\u00efdes visent \u00e0 bloquer la synth\u00e8se des m\u00e9diateurs inflammatoires ou la transmission synaptique de l&rsquo;influx nociceptif le long de la moelle \u00e9pini\u00e8re, l&rsquo;antispasmodique agit \u00e0 la source somato-motrice primaire du stimulus algog\u00e8ne. En traitant la cause m\u00e9canique locale \u2014 le tonus spasmodique \u2014, il soulage la souffrance sans exposer le patient aux risques d&rsquo;accoutumance des opio\u00efdes ou aux toxicit\u00e9s gastriques des AINS, deux \u00e9cueils particuli\u00e8rement redoutables chez les patients souffrant d&rsquo;affections psychosomatiques digestives.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire des agents antispasmodiques s&rsquo;enracine dans la pharmacognosie antique et m\u00e9di\u00e9vale. D\u00e8s l&rsquo;Antiquit\u00e9 \u00e9gyptienne et gr\u00e9co-romaine, des extraits de solanac\u00e9es vireuses \u2014 notamment <em>Atropa belladonna<\/em> (belladone), <em>Hyoscyamus niger<\/em> (jusquiame) et <em>Mandragora officinarum<\/em> (mandragore) \u2014 \u00e9taient empiriquement employ\u00e9s pour apaiser les coliques n\u00e9phr\u00e9tiques violentes, les douleurs pelviennes f\u00e9minines et les dysenteries spasmodiques. Ces plantes renfermaient sans qu&rsquo;on le sache des alcalo\u00efdes naturels hautement puissants, dot\u00e9s de remarquables effets anticholinergiques.<\/p>\n<p>Au XIXe si\u00e8cle, les progr\u00e8s de la chimie organique permirent l&rsquo;isolement des premiers principes actifs purifi\u00e9s. En 1831, le pharmacien allemand Heinrich F. G. Mein isola l&rsquo;atropine \u00e0 partir des racines de belladone, ouvrant la voie \u00e0 la pharmacologie exp\u00e9rimentale moderne. Sous l&rsquo;impulsion de physiologistes tels que Claude Bernard, les m\u00e9canismes d&rsquo;action de l&rsquo;atropine sur les s\u00e9cr\u00e9tions glandulaires et le tonus vagal furent progressivement diss\u00e9qu\u00e9s. Cependant, l&rsquo;usage clinique de l&rsquo;atropine pure demeurait s\u00e9v\u00e8rement limit\u00e9 par sa diffusion ubiquitaire \u00e0 l&rsquo;ensemble de l&rsquo;organisme, provoquant des effets ind\u00e9sirables majeurs : s\u00e9cheresse buccale intense, tachycardie, mydriase avec troubles de l&rsquo;accommodation visuelle, r\u00e9tention urinaire et \u00e9tats confusionnels centraux.<\/p>\n<p>Le XXe si\u00e8cle marqua le tournant de la chimie de synth\u00e8se et de la s\u00e9lectivit\u00e9 pharmacologique. Durant l&rsquo;entre-deux-guerres et les ann\u00e9es 1950, les chimistes cherch\u00e8rent \u00e0 synth\u00e9tiser des d\u00e9riv\u00e9s d&rsquo;ammonium quaternaire de la scopolamine et de l&rsquo;atropine, tels que le bromure de butylhyoscine (scopolamine butylbromure). Ces mol\u00e9cules modifi\u00e9es pr\u00e9sentaient une biodisponibilit\u00e9 syst\u00e9mique tr\u00e8s faible et une incapacit\u00e9 quasi totale \u00e0 franchir la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, concentrant ainsi leur activit\u00e9 antispasmodique sur les plexus nerveux intestinaux tout en \u00e9pargnant les fonctions c\u00e9r\u00e9brales sup\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Simultan\u00e9ment, la d\u00e9couverte d&rsquo;antispasmodiques dits \u00ab musculotropes \u00bb r\u00e9volutionna la prise en charge clinique. L&rsquo;introduction de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9b%C3%A9v%C3%A9rine\">m\u00e9b\u00e9v\u00e9rine<\/a> au milieu des ann\u00e9es 1960, suivie de mol\u00e9cules comme le pinav\u00e9rium, le phloroglucinol et la trim\u00e9butine, permit de s&rsquo;affranchir enti\u00e8rement du blocage des r\u00e9cepteurs muscariniques. Ces d\u00e9couvertes ont co\u00efncid\u00e9 chronologiquement avec l&rsquo;essor de la m\u00e9decine psychosomatique et l&rsquo;identification nosologique du syndrome de l&rsquo;intestin irritable, offrant aux praticiens des outils th\u00e9rapeutiques s\u00fbrs pour g\u00e9rer les manifestations visc\u00e9rales du stress chronique sans induire d&rsquo;effets ind\u00e9sirables neuropsychiatriques majeurs.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 et le rationnel clinique des antispasmodiques reposent sur les mod\u00e8les neurobiologiques contemporains de l&rsquo;axe intestin-cerveau et de la biom\u00e9canique cellulaire du muscle lisse. Ces cadres conceptuels s&rsquo;articulent autour de plusieurs piliers majeurs :<\/p>\n<p>En premier lieu, le mod\u00e8le de l&rsquo;hyperr\u00e9activit\u00e9 autonome et de l&rsquo;hyperalg\u00e9sie visc\u00e9rale postule que chez les sujets vuln\u00e9rables sur le plan psychologique ou ayant subi des stress pr\u00e9coces, le syst\u00e8me nerveux central pr\u00e9sente une hypersensibilit\u00e9 aux signaux int\u00e9roceptifs. Dans ce contexte, une contraction musculaire intraluminale qui serait per\u00e7ue comme un simple glissement physiologique chez un individu sain d\u00e9clenche une cascade nociceptive violente chez le patient souffrant de troubles fonctionnels. L&rsquo;antispasmodique agit au niveau p\u00e9riph\u00e9rique en diminuant l&rsquo;amplitude de ces contractions, r\u00e9duisant ainsi l&rsquo;intensit\u00e9 du signal transmis aux noyaux bulbaires, thalamiques et corticaux.<\/p>\n<p>En deuxi\u00e8me lieu, la th\u00e9orie biochimique de l&rsquo;excitation-contraction musculaire lisse explique comment l&rsquo;inhibition pharmacologique pr\u00e9vient le spasme. La contraction du myocyte d\u00e9pend fondamentalement de l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de la concentration intracellulaire d&rsquo;ions calcium (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"Ca^{2+}\">$Ca^{2+}$<\/span>). Ce calcium se lie \u00e0 la calmoduline pour activer la kinase des cha\u00eenes l\u00e9g\u00e8res de myosine (MLCK), provoquant la phosphorylation de la myosine et le glissement des filaments d&rsquo;actine. Les antispasmodiques musculotropes modulent cette machinerie par plusieurs m\u00e9canismes distincts : soit par blocage direct des canaux calciques voltage-d\u00e9pendants de type L (comme le bromure de pinav\u00e9rium), soit par modulation des r\u00e9serves intracellulaires calciques et des canaux sodiques (comme la m\u00e9b\u00e9v\u00e9rine), soit par inhibition enzymatique des phosphodiest\u00e9rases maintenant des taux \u00e9lev\u00e9s d&rsquo;ad\u00e9nosine monophosphate cyclique (AMPc), mol\u00e9cule favorisant la s\u00e9questration calcique et la relaxation musculaire.<\/p>\n<p>En troisi\u00e8me lieu, les th\u00e9ories neurogastroent\u00e9rologiques mettent l&rsquo;accent sur les syst\u00e8mes peptidergiques et opio\u00efdes intrins\u00e8ques de la paroi digestive. Des agents comme la trim\u00e9butine illustrent ce principe : ils agissent comme des agonistes faibles des r\u00e9cepteurs opio\u00efdes p\u00e9riph\u00e9riques mu (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\mu\">$\\mu$<\/span>), delta (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\delta\">$\\delta$<\/span>) et kappa (<span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"kappa\">$kappa$<\/span>) situ\u00e9s sur les neurones ent\u00e9riques. Cette action double conf\u00e8re \u00e0 la mol\u00e9cule une propri\u00e9t\u00e9 r\u00e9gulatrice remarquable qualifi\u00e9e d&rsquo;\u00ab antispasmodique biphasique \u00bb ou de \u00ab prokin\u00e9tique modulateur \u00bb : elle inhibe la motricit\u00e9 en cas d&rsquo;hypermotilit\u00e9 et de spasme, mais est capable de stimuler le p\u00e9ristaltisme coordonn\u00e9 en cas d&rsquo;hypomotilit\u00e9 ou de stase.<\/p>\n<h3>7. Composantes, classifications et dimensions<\/h3>\n<p>La vaste pharmacop\u00e9e des antispasmodiques s&rsquo;articule autour de distinctions fonctionnelles, chimiques et pharmacodynamiques pr\u00e9cises :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Antispasmodiques anticholinergiques (neurotropes) :<\/strong> Ces mol\u00e9cules agissent par antagonisme comp\u00e9titif des r\u00e9cepteurs muscariniques (principalement <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"M_2\">$M_2$<\/span> et <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"M_3\">$M_3$<\/span>) situ\u00e9s sur la membrane des myocytes lisses et les synapses ganglionnaires ent\u00e9riques. En bloquant l&rsquo;action de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine lib\u00e9r\u00e9e par les terminaisons parasympathiques, elles diminuent drastiquement le tonus basal et l&rsquo;amplitude des contractions visc\u00e9rales. Cette classe inclut le bromure de butylhyoscine, l&rsquo;atropine, l&rsquo;hyoscyamine et le ti\u00e9monium. Leur profil d&rsquo;effets secondaires refl\u00e8te leur m\u00e9canisme anticholinergique potentiel (x\u00e9rostomie, flou visuel, risque de glaucome \u00e0 angle ferm\u00e9).<\/li>\n<li><strong>Antispasmodiques musculotropes directs :<\/strong> Mol\u00e9cules exer\u00e7ant leur action relaxante directement sur le muscle lisse, ind\u00e9pendamment de l&rsquo;innervation parasympathique. Elles n&rsquo;induisent pas d&rsquo;effets ind\u00e9sirables atropiniques centraux ou p\u00e9riph\u00e9riques, ce qui en fait les traitements de pr\u00e9dilection en pratique psychosomatique ambulatoire. Cette classe comprend la m\u00e9b\u00e9v\u00e9rine (r\u00e9gulatrice des canaux sodiques et calciques), le phloroglucinol et son d\u00e9riv\u00e9 trim\u00e9thyl\u00e9 (modulateurs de la r\u00e9activit\u00e9 cellulaire), ainsi que la papav\u00e9rine (inhibiteur des phosphodiest\u00e9rases).<\/li>\n<li><strong>Bloqueurs des canaux calciques \u00e0 s\u00e9lectivit\u00e9 digestive :<\/strong> Repr\u00e9sent\u00e9s principalement par le bromure de pinav\u00e9rium et l&rsquo;octatropine. Ces agents inhibent de fa\u00e7on s\u00e9lective l&rsquo;influx calcique \u00e0 travers les canaux membranaires des cellules musculaires de l&rsquo;intestin gr\u00eale et du c\u00f4lon, sans modifier significativement la pression art\u00e9rielle g\u00e9n\u00e9rale ni la contractilit\u00e9 myocardique, en raison de leur m\u00e9tabolisme h\u00e9patique de premier passage tr\u00e8s important et de leur \u00e9limination biliaire pr\u00e9f\u00e9rentielle.<\/li>\n<li><strong>Modulateurs des r\u00e9cepteurs opio\u00efdes ent\u00e9riques :<\/strong> Domin\u00e9s par la trim\u00e9butine, ces antispasmodiques modulent la lib\u00e9ration de neurotransmetteurs locaux (ac\u00e9tylcholine, substance P, peptide vasoactif intestinal) au niveau des plexus myent\u00e9riques d&rsquo;Auerbach, r\u00e9tablissant ainsi une activit\u00e9 \u00e9lectrique basale physiologique.<\/li>\n<li><strong>Phytoth\u00e9rapies antispasmodiques valid\u00e9es :<\/strong> Notamment l&rsquo;huile essentielle de menthe poivr\u00e9e (<em>Mentha x piperita<\/em>), dont le principe actif majeur, le L-menthol, exerce une action pharmacologique d\u00e9montr\u00e9e de blocage direct des canaux calciques du muscle lisse colique, tout en stimulant les r\u00e9cepteurs thermiques p\u00e9riph\u00e9riques TRPM8, induisant une analg\u00e9sie locale et un rel\u00e2chement spastique puissant.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples cliniques et \u00e9tudes de cas<\/h3>\n<p>Pour illustrer la port\u00e9e clinique des antispasmodiques dans l&rsquo;interaction corps-esprit, consid\u00e9rons deux profils caract\u00e9ristiques rencontr\u00e9s en m\u00e9decine psychosomatique et en psychiatrie hospitali\u00e8re :<\/p>\n<p><strong>\u00c9tude de cas 1 : Le spasme visc\u00e9ral induit par le stress de performance.<\/strong><br \/>Julien, un juriste de 34 ans pr\u00e9sentant un trouble d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sociale sous-jacent, subit des \u00e9pisodes r\u00e9currents de douleurs abdominales paroxystiques atroces associ\u00e9es \u00e0 des envies imp\u00e9rieuses de d\u00e9f\u00e9quer imm\u00e9diatement avant chaque plaidoirie ou r\u00e9union strat\u00e9gique. Les explorations endoscopiques et tomodensitom\u00e9triques digestives \u00e9liminent toute l\u00e9sion organique (maladie de Crohn, colite ulc\u00e9reuse ou n\u00e9oplasie). Le diagnostic de syndrome de l&rsquo;intestin irritable \u00e0 pr\u00e9dominance de diarrh\u00e9e (SII-D) d\u00e9clench\u00e9 par une d\u00e9charge v\u00e9g\u00e9tative sympathique\/cholinergique est pos\u00e9. L&rsquo;introduction d&rsquo;un antispasmodique musculotrope (m\u00e9b\u00e9v\u00e9rine, 135 mg trois fois par jour) combin\u00e9e \u00e0 une th\u00e9rapie cognitivo-comportementale (TCC) centr\u00e9e sur l&rsquo;exposition et la respiration abdominale permet d&rsquo;inhiber la survenue des crampes coliques invalidantes, brisant la spirale de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 anticipatoire li\u00e9e \u00e0 la peur d&rsquo;un accident rectal en public.<\/p>\n<p><strong>\u00c9tude de cas 2 : Douleur somatoforme et somatisation pelvienne post-traumatique.<\/strong><br \/>\u00c9l\u00e9onore, 28 ans, suivie en psychiatrie pour un trouble de stress post-traumatique (TSPT) complexe cons\u00e9cutif \u00e0 des violences conjugales, consulte pour des crises chroniques de douleurs pelviennes et d&rsquo;\u00e9preintes rectales quotidiennes exacerb\u00e9es lors des anniversaires de traumatismes ou de conflits interpersonnels. Ces crises s&rsquo;accompagnent d&rsquo;un hypertonus musculaire du plancher pelvien et de spasmes v\u00e9sico-sphinct\u00e9riens (dysurie r\u00e9flexe non infectieuse). Dans ce contexte, l&rsquo;utilisation aigu\u00eb de phloroglucinol administr\u00e9 par voie sublinguale lors des pouss\u00e9es paroxystiques, compl\u00e9t\u00e9e par un travail de d\u00e9sensibilisation EMDR et un antid\u00e9presseur tricyclique \u00e0 faible dose (amitriptyline) pour ses vertus neuromodulatrices centrales, permet une baisse significative de l&rsquo;intensit\u00e9 douloureuse et une reprise progressive des activit\u00e9s quotidiennes.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, mesure et outils diagnostiques<\/h3>\n<p>La prescription et l&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;efficacit\u00e9 d&rsquo;un m\u00e9dicament antispasmodique ne s&rsquo;effectuent pas au hasard ; elles requi\u00e8rent une instrumentation clinique rigoureuse, tant sur le plan quantitatif que qualitatif :<\/p>\n<p>Au plan clinique, la caract\u00e9risation du spasme repose sur les crit\u00e8res diagnostiques consensuels de <em>Rome IV<\/em> pour les troubles de l&rsquo;interaction intestin-cerveau. L&rsquo;existence d&rsquo;une douleur abdominale r\u00e9currente survenant au moins un jour par semaine au cours des trois derniers mois, associ\u00e9e \u00e0 des modifications de la fr\u00e9quence des selles ou de leur consistance, oriente formellement vers une composante spasmodique fonctionnelle.<\/p>\n<p>L&rsquo;intensit\u00e9 et l&rsquo;impact de la symptomatologie avant et apr\u00e8s l&rsquo;administration de l&rsquo;antispasmodique sont quantifi\u00e9s \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;\u00e9chelles d&rsquo;auto-\u00e9valuation valid\u00e9es, telles que :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle visuelle analogique (EVA) de la douleur :<\/strong> Gradu\u00e9e de 0 \u00e0 100 mm, elle mesure l&rsquo;intensit\u00e9 subjective per\u00e7ue du spasme visc\u00e9ral au repos et lors des crises paroxystiques.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;IBS Severity Scoring System (IBS-SSS) :<\/strong> Score multidimensionnel \u00e9valuant sur 500 points la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 globale de la douleur, le nombre de jours de crise sur une p\u00e9riode de dix jours, la distension abdominale ressentie, l&rsquo;impact sur le transit et l&rsquo;alt\u00e9ration de la qualit\u00e9 de vie g\u00e9n\u00e9rale.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle de Bristol (Bristol Stool Form Scale) :<\/strong> \u00c9chelle visuelle classant les f\u00e8ces de 1 (selles dures, t\u00e9moignant souvent d&rsquo;un spasme colique segmentaire retardateur de transit) \u00e0 7 (liquides), permettant d&rsquo;objectiver l&rsquo;effet r\u00e9gulateur de l&rsquo;antispasmodique sur la motricit\u00e9 d&rsquo;ensemble.<\/li>\n<li><strong>Mesures de laboratoire et d&rsquo;imagerie fonctionnelle :<\/strong> Dans les contextes hospitaliers de recherche neuro-ent\u00e9rologique, la r\u00e9ponse aux antispasmodiques peut \u00eatre document\u00e9e par manom\u00e9trie colique haute r\u00e9solution, barostat \u00e9lectronique mesurant le seuil d&rsquo;inconfort \u00e0 la distension par ballonnet intraluminal, ou par \u00e9lectrogastrographie cutan\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications cliniques et pertinence pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilit\u00e9 clinique des antispasmodiques transcende le simple cadre de l&rsquo;urgence somatique aigu\u00eb. En pratique m\u00e9dicale et psychiatrique, leurs indications s&rsquo;\u00e9tendent sur plusieurs champs th\u00e9rapeutiques fondamentaux :<\/p>\n<p>En gastro-ent\u00e9rologie et m\u00e9decine psychosomatique, ils repr\u00e9sentent la pierre angulaire symptomatique de premi\u00e8re ligne pour la prise en charge des douleurs spasmodiques du syndrome de l&rsquo;intestin irritable, de la dyspepsie fonctionnelle et des colopathies spasmodiques secondaires \u00e0 une instabilit\u00e9 neurov\u00e9g\u00e9tative. Ils soulagent promptement l&rsquo;inconfort sans masquer les signes d&rsquo;une d\u00e9tresse chirurgicale imminente lorsqu&rsquo;ils sont employ\u00e9s \u00e0 posologies ad\u00e9quates.<\/p>\n<p>En urologie et n\u00e9phrologie, les antispasmodiques (en particulier les d\u00e9riv\u00e9s anticholinergiques et musculotropes injectables) sont couramment indiqu\u00e9s dans le traitement de la crise de colique n\u00e9phr\u00e9tique aigu\u00eb, caract\u00e9ris\u00e9e par un spasme ur\u00e9t\u00e9ral provoqu\u00e9 par l&rsquo;enclavement d&rsquo;un calcul min\u00e9ral. Ils sont \u00e9galement utilis\u00e9s dans la gestion de l&rsquo;instabilit\u00e9 v\u00e9sicale et des contractions involontaires du d\u00e9trusor \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;imp\u00e9riosit\u00e9 urinaire li\u00e9e au stress \u00e9motionnel.<\/p>\n<p>En gyn\u00e9cologie, ils constituent un adjuvant traditionnel pour le traitement symptomatique des dysm\u00e9norrh\u00e9es primaires (spasmes ut\u00e9rins provoqu\u00e9s par une lib\u00e9ration massive de prostaglandines contracturantes lors de la desquamation de l&rsquo;endom\u00e8tre) et des contractions ut\u00e9rines pr\u00e9matur\u00e9es au cours de grossesses menac\u00e9es sous \u00e9troite surveillance tocolytique hospitali\u00e8re.<\/p>\n<p>En psychopharmacologie d&rsquo;appoint, les antispasmodiques permettent de g\u00e9rer les effets somatiques secondaires de certains psychotropes. Par exemple, certains antipsychotiques ou antid\u00e9presseurs peuvent induire des d\u00e9sordres de la motricit\u00e9 intestinale (coliques de d\u00e9compression, faux besoins, hyperp\u00e9ristaltisme spastique transitoire) que des antispasmodiques musculotropes permettent d&rsquo;att\u00e9nuer, favorisant grandement l&rsquo;observance th\u00e9rapeutique du traitement psychiatrique au long cours.<\/p>\n<h3>11. Donn\u00e9es empiriques et recherches contemporaines<\/h3>\n<p>L&rsquo;efficacit\u00e9 des antispasmodiques a fait l&rsquo;objet d&rsquo;un nombre consid\u00e9rable d&rsquo;essais cliniques randomis\u00e9s contr\u00f4l\u00e9s par placebo et de m\u00e9ta-analyses rigoureuses men\u00e9es par des consortiums internationaux :<\/p>\n<p>Une m\u00e9ta-analyse majeure r\u00e9alis\u00e9e par le groupe de recherche de Ford et collaborateurs (publi\u00e9e dans la revue <em>The American Journal of Gastroenterology<\/em> et actualis\u00e9e sous l&rsquo;\u00e9gide de la Cochrane Collaboration) a analys\u00e9 plus de cinquante essais randomis\u00e9s comparant divers antispasmodiques au placebo dans le syndrome de l&rsquo;intestin irritable. Les r\u00e9sultats ont mis en \u00e9vidence un b\u00e9n\u00e9fice th\u00e9rapeutique statistiquement significatif pour plusieurs mol\u00e9cules, notamment la m\u00e9b\u00e9v\u00e9rine, le bromure de pinav\u00e9rium, le citrate d&rsquo;alv\u00e9rine et le bromure de butylhyoscine, avec un nombre de sujets \u00e0 traiter (NNT, <em>Number Needed to Treat<\/em>) oscillant entre 5 et 7 pour obtenir une am\u00e9lioration globale substantielle des douleurs visc\u00e9rales.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes r\u00e9centes en neuro-imagerie fonctionnelle c\u00e9r\u00e9brale (IRMf) men\u00e9es par Mayer et ses collaborateurs ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 un ph\u00e9nom\u00e8ne remarquable : chez les patients souffrant de douleurs visc\u00e9rales chroniques recevant un traitement antispasmodique efficace, on n&rsquo;observe pas seulement une r\u00e9duction de la motilit\u00e9 intestinale locale, mais \u00e9galement une normalisation de l&rsquo;hyperactivation pathologique du cortex insulaire ant\u00e9rieur et de l&rsquo;amygdale en r\u00e9ponse \u00e0 une stimulation int\u00e9roceptive nociceptive. Cette d\u00e9couverte apporte la preuve tangible que l&rsquo;inhibition m\u00e9canique p\u00e9riph\u00e9rique du spasme att\u00e9nue la charge allostatique centrale et l&rsquo;hyper-r\u00e9activit\u00e9 limbique.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les travaux sur l&rsquo;huile essentielle de menthe poivr\u00e9e sous forme de g\u00e9lules gastro-r\u00e9sistantes ont confirm\u00e9 son rang d&rsquo;antispasmodique naturel de haute vol\u00e9e. Dans les revues syst\u00e9matiques, le NNT de la menthe poivr\u00e9e s&rsquo;\u00e9tablit autour de 4, d\u00e9montrant une efficacit\u00e9 clinique \u00e9gale ou sup\u00e9rieure \u00e0 certains agents de synth\u00e8se dans la r\u00e9duction de la fr\u00e9quence des spasmes postprandiaux.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La perception du spasme et l&rsquo;utilisation des m\u00e9dicaments antispasmodiques sont intimement tributaires des repr\u00e9sentations culturelles de la douleur et des idiomes de la d\u00e9tresse somatique. Dans de nombreuses cultures latines, moyen-orientales ou asiatiques, la sph\u00e8re abdominale (\u00ab le ventre \u00bb ou le centre vital <em>hara<\/em>) est consid\u00e9r\u00e9e comme le r\u00e9ceptacle \u00e9motionnel par excellence. Les expressions populaires telles que \u00ab avoir la boule au ventre \u00bb, \u00ab se faire de la bile \u00bb ou \u00ab avoir les tripes nou\u00e9es \u00bb traduisent linguistiquement la m\u00e9taphorisation visc\u00e9rale de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, de la peur et de la culpabilit\u00e9.<\/p>\n<p>Dans les pays francophones, la prescription et la consommation en autom\u00e9dication d&rsquo;antispasmodiques \u2014 notamment le phloroglucinol \u2014 atteignent des volumes consid\u00e9rables comparativement aux pays anglo-saxons (o\u00f9 les antidiarrh\u00e9iques, les laxatifs osmotiques ou les r\u00e9gulateurs s\u00e9rotoninergiques sont souvent prescrits de mani\u00e8re plus pr\u00e9coce). Ce recours massif refl\u00e8te une propension culturelle \u00e0 privil\u00e9gier la normalisation du spasme par des mol\u00e9cules per\u00e7ues comme douces et exemptes d&rsquo;effets ind\u00e9sirables majeurs, inscrivant le soin dans une r\u00e9assurance corporelle imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>Inversement, dans d&rsquo;autres aires g\u00e9ographiques, la douleur spasmodique visc\u00e9rale est fr\u00e9quemment n\u00e9glig\u00e9e ou stigmatis\u00e9e comme relevant d&rsquo;une simple faiblesse caract\u00e9rielle ou d&rsquo;un manque d&rsquo;endurance mentale, retardant l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 une prise en charge pharmacologique ad\u00e9quate et favorisant le d\u00e9veloppement d&rsquo;\u00e9tats d&rsquo;hypersensibilit\u00e9 centrale chroniques particuli\u00e8rement difficiles \u00e0 \u00e9radiquer ult\u00e9rieurement.<\/p>\n<h3>13. Controverses, limites et d\u00e9bats critiques<\/h3>\n<p>En d\u00e9pit de leur prescription quotidienne g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, les antispasmodiques suscitent plusieurs d\u00e9bats scientifiques et controverses m\u00e9thodologiques :<\/p>\n<p>La premi\u00e8re controverse concerne l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 flagrante de l&rsquo;efficacit\u00e9 clinique d&rsquo;une mol\u00e9cule \u00e0 l&rsquo;autre et la qualit\u00e9 variable des essais cliniques historiques. Certaines autorit\u00e9s sanitaires, notamment la Haute Autorit\u00e9 de Sant\u00e9 (HAS) en France, ont r\u00e9\u00e9valu\u00e9 le service m\u00e9dical rendu (SMR) de plusieurs antispasmodiques anciens, soulignant que des mol\u00e9cules comme le phloroglucinol ou la trim\u00e9butine reposent sur des \u00e9tudes d&rsquo;efficacit\u00e9 conduites il y a plusieurs d\u00e9cennies, dont les standards m\u00e9thodologiques ne r\u00e9pondent pas toujours aux crit\u00e8res contemporains stricts (absence de biomarqueurs objectifs, crit\u00e8res de jugement subjectifs, effets placebo massifs atteignant 30 \u00e0 45 % dans les troubles digestifs fonctionnels).<\/p>\n<p>La deuxi\u00e8me limite r\u00e9side dans le risque de s\u00e9dation ou d&rsquo;effets atropiniques d\u00e9l\u00e9t\u00e8res des antispasmodiques anticholinergiques chez les personnes \u00e2g\u00e9es. L&rsquo;utilisation d&rsquo;anticholinergiques puissants accro\u00eet de mani\u00e8re d\u00e9montr\u00e9e la charge anticholinergique globale, corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 un risque accru de d\u00e9clin cognitif, d&rsquo;\u00e9tats confusionnels nocturnes, de chutes et d&rsquo;aggravation de troubles mn\u00e9siques chez les patients atteints de troubles neurocognitifs ou de d\u00e9pression \u00e0 composante somatique.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan psychiatrique, le risque majeur est l&rsquo;installation d&rsquo;une conduite de r\u00e9assurance phobique somatique : le patient en vient \u00e0 consommer des antispasmodiques de mani\u00e8re compulsive et prophylactique avant chaque micro-\u00e9v\u00e9nement stressant du quotidien. Une telle utilisation entretient la croyance dysfonctionnelle que son corps est intrins\u00e8quement d\u00e9faillant et incapable de supporter le moindre stress \u00e9motionnel sans l&rsquo;intervention chimique d&rsquo;une pilule, court-circuitant ainsi l&rsquo;apprentissage de strat\u00e9gies d&rsquo;adaptation psychologiques autonomes (coping actif, pleine conscience, biofeedback).<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions nosologiques<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion taxonomique, il est fondamental de distinguer clairement l&rsquo;antispasmodique d&rsquo;autres classes pharmacologiques ciblant le tonus musculaire ou la motricit\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Myorelaxants (ou d\u00e9contracturants musculaires squelettiques) :<\/strong> Ces m\u00e9dicaments (ex. : baclof\u00e8ne, thiocolchicoside, m\u00e9ph\u00e9n\u00e9sine, diaz\u00e9pam) ciblent exclusivement les fibres musculaires stri\u00e9es sous contr\u00f4le volontaire et les r\u00e9flexes spinaux moteurs. Ils n&rsquo;ont aucune efficacit\u00e9 pharmacologique sur les spasmes visc\u00e9raux musculaires lisses et induisent un blocage synaptique central ou p\u00e9riph\u00e9rique totalement diff\u00e9rent.<\/li>\n<li><strong>Prokin\u00e9tiques :<\/strong> Contrairement aux antispasmodiques qui ralentissent ou apaisent le tonus contractile, les prokin\u00e9tiques (ex. : m\u00e9toclopramide, domp\u00e9ridone, prucalopride) stimulent et coordonnent activement la vidange gastrique et le transit intestinal en favorisant la lib\u00e9ration d&rsquo;ac\u00e9tylcholine ou en activant les r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"5\text{-}HT_4\">$5\text{-}HT_4$<\/span>. Seule la trim\u00e9butine chevauche partiellement ces deux notions par ses effets modulateurs duaux.<\/li>\n<li><strong>Antidiarrh\u00e9iques opio\u00efdes :<\/strong> Mol\u00e9cules comme le lop\u00e9ramide qui, bien que r\u00e9duisant la motilit\u00e9 globale de transit par stimulation des r\u00e9cepteurs <span class=\"arabpsy-math-inline\" data-latex=\"\\mu\">$\\mu$<\/span>, n&rsquo;ont pas pour mission de traiter s\u00e9lectivement le spasme spasmodique visc\u00e9ral hyperalgique mais d&rsquo;augmenter le temps de r\u00e9absorption hydro\u00e9lectrolytique colique et le tonus du sphincter anal.<\/li>\n<li><strong>Analg\u00e9siques purs :<\/strong> Mol\u00e9cules (parac\u00e9tamol, anti-inflammatoires, morphiniques) modifiant l&rsquo;int\u00e9gration ou la transmission du message nociceptif le long de l&rsquo;axe neuro-rachidien sans abolir la contraction m\u00e9canique spasmodique sous-jacente du visc\u00e8re.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En somme, le m\u00e9dicament antispasmodique se dresse comme un outil th\u00e9rapeutique capital, mat\u00e9rialisant de mani\u00e8re \u00e9clatante l&rsquo;interd\u00e9pendance intime unissant l&rsquo;\u00e9quilibre psychologique central et la m\u00e9canique somatique p\u00e9riph\u00e9rique :<\/p>\n<ul>\n<li>Les antispasmodiques regroupent des mol\u00e9cules capables d&rsquo;inhiber le spasme aigu et douloureux des fibres musculaires lisses visc\u00e9rales (tube digestif, voies biliaires, voies urinaires, ut\u00e9rus).<\/li>\n<li>Ils se divisent essentiellement en agents neurotropes anticholinergiques (bloquant les r\u00e9cepteurs muscariniques) et agents musculotropes directs (ciblant les flux calciques, sodiques ou les enzymes intracellulaires des myocytes).<\/li>\n<li>Dans le spectre des troubles psychosomatiques et des dysfonctionnements de l&rsquo;axe intestin-cerveau (syndrome de l&rsquo;intestin irritable), ils apportent un soulagement somatique rapide qui enraye le ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;hypersensibilit\u00e9 visc\u00e9rale et brise la boucle anxi\u00e9t\u00e9-douleur.<\/li>\n<li>Leur utilisation rationnelle exige une d\u00e9marche diagnostique rigoureuse \u00e9liminant toute affection organique sous-jacente et pr\u00e9venant le pi\u00e8ge d&rsquo;une surm\u00e9dicalisation passive face aux manifestations corporelles de la d\u00e9tresse \u00e9motionnelle.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Ford, A. C., Talley, N. J., Spiegel, B. M., Fox, A. E., Schiller, L. R., Quigley, E. M., &#038; Moayyedi, P. (2008). Effect of fibre, antispasmodics, and peppermint oil in the treatment of irritable bowel syndrome: Systematic review and meta-analysis. <em>BMJ<\/em>, 337, a2313. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1136\/bmj.a2313\">https:\/\/doi.org\/10.1136\/bmj.a2313<\/a><\/li>\n<li>Drossman, D. A. (2016). Functional gastrointestinal disorders: History, pathophysiology, clinical features and Rome IV. <em>Gastroenterology<\/em>, 150(6), 1262\u20131279. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1053\/j.gastro.2016.02.032\">https:\/\/doi.org\/10.1053\/j.gastro.2016.02.032<\/a><\/li>\n<li>Mayer, E. A., &#038; Tillisch, K. (2011). The brain-gut axis in abdominal pain syndromes. <em>Annual Review of Medicine<\/em>, 62, 381\u2013396. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev-med-012309-103958\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev-med-012309-103958<\/a><\/li>\n<li>Annahazi, A., &#038; Schemann, M. (2014). The underlying mechanisms of action of peppermint oil in the treatment of irritable bowel syndrome: A review. <em>Phytomedicine<\/em>, 21(5), 569\u2013576. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.phymed.2013.10.027\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.phymed.2013.10.027<\/a><\/li>\n<li>Enck, P., Aziz, Q., Barbara, G., Farmer, A. D., Fukudo, S., Mayer, E. A., Niesler, B., Quigley, E. M., Rajili\u0107-Stojanovi\u0107, M., Schemann, M., Schwille-Kiuntke, J., Simren, M., Zipfel, S., &#038; Spiller, R. C. (2016). Irritable bowel syndrome. <em>Nature Reviews Disease Primers<\/em>, 2, 16014. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrdp.2016.14\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrdp.2016.14<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les antispasmodiques constituent une classe th\u00e9rapeutique majeure agissant sur les fibres musculaires lisses visc\u00e9rales pour calmer la douleur et r\u00e9guler l&rsquo;axe intestin-cerveau.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[7767,34281,7375],"tags":[32735,34282,4159,34284,31277,1227,34283],"class_list":["post-20648","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-medecine-psychosomatique","category-neurogastroenterologie","category-psychopharmacologie","tag-anticholinergique","tag-antispasmodique","tag-axe-intestin-cerveau","tag-douleur-viscerale","tag-pharmacologie","tag-psychosomatique","tag-syndrome-intestin-irritable"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20648","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20648\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20648"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20648"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20648"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}