{"id":20637,"date":"2026-10-24T07:38:16","date_gmt":"2026-10-24T07:38:16","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=medicaments-antiparkinsoniens-neurobiologie"},"modified":"2026-10-24T07:38:16","modified_gmt":"2026-10-24T07:38:16","slug":"medicaments-antiparkinsoniens-neurobiologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=medicaments-antiparkinsoniens-neurobiologie","title":{"rendered":"Antiparkinsoniens : Neurobiologie et Soins"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour fondamental de la neurologie fonctionnelle et de la neuropsychiatrie contemporaine, les m\u00e9dicaments antiparkinsoniens constituent une classe th\u00e9rapeutique pivot dont l&rsquo;action d\u00e9passe largement la simple sph\u00e8re motrice. En r\u00e9tablissant la transmission dopaminergique d\u00e9faillante au sein des ganglions de la base ou en r\u00e9\u00e9quilibrant les r\u00e9seaux neuronaux sous-corticaux, ces mol\u00e9cules transforment le pronostic fonctionnel des patients tout en soulevant des d\u00e9fis majeurs sur les plans affectif, cognitif et comportemental. Comprendre en profondeur leurs m\u00e9canismes d&rsquo;action, leurs d\u00e9clinaisons cliniques et leurs r\u00e9percussions psychiques s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour tout praticien confront\u00e9 aux troubles du mouvement et \u00e0 la psychopathologie biologique.<\/p>\n<h2>M\u00e9dicament antiparkinsonien<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Un m\u00e9dicament antiparkinsonien d\u00e9signe tout agent pharmacologique capable de pallier le d\u00e9ficit en transmission dopaminergique ou de corriger les perturbations neurochimiques secondaires induites par la perte progressive des neurones de la substance noire (pars compacta). Ces substances ont pour objectif premier d&rsquo;att\u00e9nuer la triade motrice caract\u00e9ristique de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_de_Parkinson\">maladie de Parkinson<\/a>, comprenant l&rsquo;akin\u00e9sie ou bradykin\u00e9sie, la rigidit\u00e9 plastique et le tremblement de repos.<\/p>\n<p>Sur le plan translationnel et psychiatrique, la port\u00e9e de ces agents s&rsquo;\u00e9tend bien au-del\u00e0 de la motricit\u00e9 somatique. D&rsquo;une part, ils sont couramment employ\u00e9s pour contrer les effets ind\u00e9sirables extrapyramidaux induits par les traitements neuroleptiques ou antipsychotiques, tels que le parkinsonisme iatrog\u00e8ne, la dystonie aigu\u00eb ou l&rsquo;akathisie. D&rsquo;autre part, en modulant les voies ascendantes projetant sur le striatum ventral et le cortex pr\u00e9frontal, ils influencent directement l&rsquo;\u00e9veil, l&rsquo;affectivit\u00e9, la motivation et les processus attentionnels.<\/p>\n<p>Ainsi, la d\u00e9finition clinique moderne d&rsquo;un antiparkinsonien englobe des classes th\u00e9rapeutiques distinctes, incluant les pr\u00e9curseurs m\u00e9taboliques, les agonistes dopaminergiques, les modulateurs enzymatiques du catabolisme de la dopamine, les antagonistes muscariniques centraux et certains modulateurs glutamatergiques, chacun poss\u00e9dant un profil neuropsychologique et pharmacodynamique propre.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab antiparkinsonien \u00bb est un adjectif substantiv\u00e9 compos\u00e9 du pr\u00e9fixe grec <em>anti-<\/em> (\u1f00\u03bd\u03c4\u03af), signifiant \u00ab contre \u00bb, \u00ab en opposition \u00e0 \u00bb ou \u00ab qui combat \u00bb, associ\u00e9 au patronyme du m\u00e9decin, chirurgien et pal\u00e9ontologue britannique James Parkinson (1755\u20131824). En 1817, ce dernier publie sa monographie s\u00e9minale intitul\u00e9e <em>An Essay on the Shaking Palsy<\/em> (\u00ab Essai sur la paralysie agitante \u00bb), dans laquelle il offre la premi\u00e8re description clinique rigoureuse et unifi\u00e9e de la pathologie.<\/p>\n<p>C&rsquo;est ult\u00e9rieurement, au cours de la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, que le neurologue fran\u00e7ais Jean-Martin Charcot propose d&rsquo;abandonner l&rsquo;expression \u00ab paralysie agitante \u00bb au motif que les patients ne pr\u00e9sentent pas de d\u00e9ficit par\u00e9tique primaire, attribuant formellement \u00e0 l&rsquo;affection le nom de \u00ab maladie de Parkinson \u00bb. Par extension linguistique et m\u00e9dicale, au fur et \u00e0 mesure que l&rsquo;arsenal th\u00e9rapeutique s&rsquo;est structur\u00e9 au XXe si\u00e8cle, le morph\u00e8me d\u00e9rivateur <em>-ien<\/em> a \u00e9t\u00e9 annex\u00e9 pour d\u00e9signer l&rsquo;ensemble des th\u00e9rapeutiques ciblant ce syndrome neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratif.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature biom\u00e9dicale internationale anglophone, le terme correspondant s&rsquo;exprime sous les formes <em>antiparkinsonian agent<\/em> ou <em>antiparkinsonian drug<\/em>. En fran\u00e7ais contemporain, le terme s&#8217;emploie indiff\u00e9remment comme adjectif qualificatif (par exemple, \u00ab une mol\u00e9cule antiparkinsonienne \u00bb) ou comme substantif masculin pour nommer la famille de produits th\u00e9rapeutiques correspondante.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, \u00ab antiparkinsonien \u00bb se transcrit dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) sous la forme \/\u0251\u0303.ti.pa\u0281.kin.s\u0254.nj\u025b\u0303\/ au masculin singulier, et \/\u0251\u0303.ti.pa\u0281.kin.s\u0254.nj\u025bn\/ au f\u00e9minin singulier (\u00ab antiparkinsonienne \u00bb). Le terme admet pour pluriel r\u00e9gulier \u00ab antiparkinsoniens \u00bb (\/\u0251\u0303.ti.pa\u0281.kin.s\u0254.nj\u025b\u0303\/) et \u00ab antiparkinsoniennes \u00bb (\/\u0251\u0303.ti.pa\u0281.kin.s\u0254.nj\u025bn\/).<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, le mot fonctionne principalement comme :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Adjectif relationnel :<\/strong> qualifiant tout ce qui concerne le traitement de la maladie de Parkinson ou des syndromes associ\u00e9s (ex. \u00ab prescription antiparkinsonienne \u00bb, \u00ab effet antiparkinsonien \u00bb).<\/li>\n<li><strong>Nom commun masculin :<\/strong> d\u00e9signant g\u00e9n\u00e9riquement le m\u00e9dicament en lui-m\u00eame (ex. \u00ab l&rsquo;instauration d&rsquo;un nouvel antiparkinsonien requiert une surveillance psychiatrique \u00bb).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans l&rsquo;usage clinique quotidien, il est fr\u00e9quent d&rsquo;observer une m\u00e9tonymie d\u00e9signant des sous-cat\u00e9gories sp\u00e9cifiques (\u00ab un dopath\u00e9rapie-\u00e9pargnant \u00bb, \u00ab un anticholinergique antiparkinsonien \u00bb), bien que l&rsquo;appellation canonique regroupe l&rsquo;ensemble des mol\u00e9cules homologu\u00e9es dans cette indication nosologique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension conceptuelle des m\u00e9dicaments antiparkinsoniens repose sur la neuroanatomie fonctionnelle des ganglions de la base, un r\u00e9seau de noyaux sous-corticaux impliqu\u00e9 dans la r\u00e9gulation motrice, les fonctions ex\u00e9cutives et le traitement de la r\u00e9compense. Le mod\u00e8le classique postule une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence progressive et pr\u00e9dominante des neurones dopaminergiques de la voie nigrostri\u00e9e, reliant la substance noire compacte au striatum dorsal (compos\u00e9 du noyau caud\u00e9 et du putamen). Cette d\u00e9aff\u00e9rentation dopaminergique brise l&rsquo;\u00e9quilibre physiologique entre deux voies de projection striatales concurrentes : la voie directe, facilitatrice du mouvement et activ\u00e9e par les r\u00e9cepteurs D1, et la voie indirecte, inhibitrice du mouvement et modul\u00e9e par les r\u00e9cepteurs D2.<\/p>\n<p>En l&rsquo;absence de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dopamine\">dopamine<\/a>, la voie indirecte devient anormalement hyperactive tandis que la voie directe est frein\u00e9e, aboutissant \u00e0 une inhibition excessive du thalamus moteur par le complexe globus pallidus interne \/ substance noire r\u00e9ticul\u00e9e. Les antiparkinsoniens visent ainsi \u00e0 r\u00e9tablir le tonus dopaminergique striatal afin de restituer une transmission thalamo-corticale fluide. Cependant, la complexit\u00e9 pharmacodynamique r\u00e9side dans le fait que la dopamine c\u00e9r\u00e9brale ne se limite pas \u00e0 la motricit\u00e9 somatique ; elle sous-tend \u00e9galement la voie m\u00e9solimbique (motivation, plaisir, renforcement) et la voie m\u00e9socorticale (cognition, m\u00e9moire de travail, flexibilit\u00e9 mentale).<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, administrer un traitement antiparkinsonien ne constitue jamais un acte circonscrit \u00e0 la commande musculaire. L&rsquo;inondation pharmacologique dopaminergique s&rsquo;applique souvent \u00e0 des structures c\u00e9r\u00e9brales non d\u00e9g\u00e9n\u00e9r\u00e9es, cr\u00e9ant ce que les neuropsychologues d\u00e9crivent comme une \u00ab surdose relative \u00bb des circuits ventro-striataux et limbiques. Tandis que le striatum dorsal d\u00e9nerv\u00e9 r\u00e9clame des doses \u00e9lev\u00e9es de pr\u00e9curseurs ou d&rsquo;agonistes pour lib\u00e9rer le geste moteur, le striatum ventral, relativement pr\u00e9serv\u00e9 aux stades initiaux et interm\u00e9diaires, est soumis \u00e0 une hyperactivation susceptible de d\u00e9clencher des troubles psychiatriques majeurs, tels que des hallucinations, des d\u00e9lires ou des d\u00e9r\u00e8glements du contr\u00f4le impulsif.<\/p>\n<p>Enfin, le concept int\u00e8gre \u00e9galement les mol\u00e9cules \u00e0 vis\u00e9e non dopaminergique. L&rsquo;activit\u00e9 cholinergique intrins\u00e8que du striatum, assur\u00e9e par des interneurones g\u00e9ants, s&rsquo;exerce normalement en \u00e9quilibre inverse avec la dopamine. Le d\u00e9ficit dopaminergique lib\u00e8re une hypercholinergique relative responsable d&rsquo;une part de la rigidit\u00e9 et du tremblement. Les antiparkinsoniens anticholinergiques restaurent cet \u00e9quilibre chimique en att\u00e9nuant l&rsquo;activit\u00e9 muscarinique, mais au prix potentiel de d\u00e9gradations cognitives, notamment mn\u00e9siques et confusionnelles.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la pharmacop\u00e9e antiparkinsonienne s&rsquo;articule autour de ruptures \u00e9pist\u00e9mologiques et technologiques majeures marquant le passage de l&#8217;empirisme botanique \u00e0 la neurochimie de pr\u00e9cision. Au XIXe si\u00e8cle, avant m\u00eame que les bases l\u00e9sionnelles de l&rsquo;affection ne soient \u00e9lucid\u00e9es, Jean-Martin Charcot et ses disciples \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital de la Salp\u00eatri\u00e8re introduisent des pr\u00e9parations \u00e0 base d&rsquo;alcalo\u00efdes de la belladone, de jusquiame et de datura. Bien qu&rsquo;efficaces sur le tremblement par leurs propri\u00e9t\u00e9s antimuscariniques m\u00e9connues \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque, ces th\u00e9rapeutiques pr\u00e9sentaient une marge th\u00e9rapeutique \u00e9troite et une toxicit\u00e9 centrale et p\u00e9riph\u00e9rique redoutable.<\/p>\n<p>Le milieu du XXe si\u00e8cle amorce la r\u00e9volution dopaminergique gr\u00e2ce aux travaux fondamentaux du pharmacologue su\u00e9dois Arvid Carlsson \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1950. En d\u00e9montrant que la dopamine n&rsquo;est pas un simple interm\u00e9diaire inerte de la synth\u00e8se de la noradr\u00e9naline mais un neurotransmetteur c\u00e9r\u00e9bral autonome impliqu\u00e9 dans le contr\u00f4le moteur, Carlsson pose les bases d&rsquo;un nouveau paradigme. Dans la foul\u00e9e, Oleh Hornykiewicz d\u00e9montre \u00e0 Vienne, en 1960, que le striatum de patients parkinsonien d\u00e9c\u00e9d\u00e9s pr\u00e9sente un \u00e9puisement massif et s\u00e9lectif en dopamine, \u00e9tablissant pour la premi\u00e8re fois le lien causal entre un d\u00e9ficit neurochimique pr\u00e9cis et une pathologie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative humaine.<\/p>\n<p>Puisque la dopamine elle-m\u00eame s&rsquo;av\u00e8re incapable de traverser la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, les chercheurs se tournent vers son pr\u00e9curseur m\u00e9tabolique imm\u00e9diat, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%C3%A9vodopa\">l\u00e9vodopa<\/a> (L-DOPA). Apr\u00e8s des essais cliniques pr\u00e9liminaires mitig\u00e9s en raison de naus\u00e9es violentes et d&rsquo;une absorption incertaine, George Cotzias \u00e9tablit en 1967 un protocole d&rsquo;escalade posologique progressive permettant d&rsquo;obtenir des b\u00e9n\u00e9fices cliniques spectaculaires, r\u00e9volutionnant la qualit\u00e9 de vie des patients. L&rsquo;association ult\u00e9rieure de la L-DOPA \u00e0 des inhibiteurs p\u00e9riph\u00e9riques de la dopa-d\u00e9carboxylase (carbidopa, bens\u00e9razide) au d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 constitue une \u00e9tape d\u00e9terminante, emp\u00eachant la d\u00e9gradation de la mol\u00e9cule dans l&rsquo;organisme p\u00e9riph\u00e9rique et r\u00e9duisant massivement les effets secondaires \u00e9m\u00e9tisants et cardiovasculaires.<\/p>\n<p>Au cours des ann\u00e9es 1980 et 1990, l&rsquo;apparition des complications motrices li\u00e9es \u00e0 la l\u00e9vodopath\u00e9rapie au long cours (fluctuations motrices, dyskin\u00e9sies) motive l&rsquo;essor des agonistes dopaminergiques synth\u00e9tiques, d&rsquo;abord d\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;ergot de seigle (bromocriptine, pergolide), puis non ergot\u00e9s (pramipexole, ropinirole, rotigotine, apomorphine). Parall\u00e8lement, des inhibiteurs s\u00e9lectifs des enzymes de d\u00e9gradation de la dopamine, tels que les inhibiteurs de la monoamine oxydase de type B (s\u00e9l\u00e9giline, rasagiline) et les inhibiteurs de la cat\u00e9chol-O-m\u00e9thyltransf\u00e9rase (entacapone, tolacapone, opicapone), viennent enrichir l&rsquo;arsenal th\u00e9rapeutique pour prolonger la demi-vie striatale de la dopamine.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Sur le plan th\u00e9orique, l&rsquo;utilisation des m\u00e9dicaments antiparkinsoniens s&rsquo;appuie sur la mod\u00e9lisation cybern\u00e9tique des boucles cortico-striato-thalamo-corticales (boucles CSTC). Cette architecture int\u00e8gre un r\u00e9seau fonctionnel o\u00f9 le cortex c\u00e9r\u00e9bral projette massivement des aff\u00e9rences glutamatergiques excitatrices vers le striatum. Ce dernier filtre et traite ces informations motrices, associatives et limbiques sous la modulation constante de la dopamine d\u00e9livr\u00e9e par la substance noire compacte.<\/p>\n<p>La dopamine exerce une action diff\u00e9rentielle selon les sous-types de r\u00e9cepteurs membranaires coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La famille D1-like (r\u00e9cepteurs D1 et D5) :<\/strong> coupl\u00e9e \u00e0 la prot\u00e9ine Gs\/olf, elle stimule l&rsquo;ad\u00e9nylate cyclase, augmente l&rsquo;ad\u00e9nosine monophosphate cyclique (AMPc) intracellulaire et facilite la d\u00e9polarisation des neurones de projection striato-pallidaux internes (voie directe). L&rsquo;activation de cette voie l\u00e8ve le frein exerc\u00e9 sur le thalamus, autorisant l&rsquo;initiation du programme moteur.<\/li>\n<li><strong>La famille D2-like (r\u00e9cepteurs D2, D3 et D4) :<\/strong> coupl\u00e9e \u00e0 la prot\u00e9ine Gi\/o, elle inhibe l&rsquo;ad\u00e9nylate cyclase, r\u00e9duit l&rsquo;AMPc et diminue l&rsquo;activit\u00e9 des neurones striato-pallidaux externes (voie indirecte). En freinant cette voie indirecte, la dopamine r\u00e9duit indirectement l&rsquo;activit\u00e9 excitatrice du noyau sous-thalamique sur les structures de sortie des ganglions de la base.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans la pathologie parkinsonienne, la perte de cette modulation bilat\u00e9rale engendre une hypersynchronisation pathologique des d\u00e9charges neuronales dans les fr\u00e9quences b\u00eata (13\u201330 Hz) au sein du noyau sous-thalamique et du globus pallidus interne, corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 l&rsquo;akin\u00e9sie et \u00e0 la rigidit\u00e9. Les antiparkinsoniens dopaminergiques permettent de d\u00e9synchroniser ces oscillateurs pathologiques et de restaurer des profils de d\u00e9charge physiologiques prokin\u00e9tiques.<\/p>\n<p>N\u00e9anmoins, la pharmacodynamie th\u00e9orique doit int\u00e9grer la neurochimie compar\u00e9e du syst\u00e8me nerveux central. Tandis que la voie nigrostri\u00e9e perd jusqu&rsquo;\u00e0 80 % de ses terminaisons avant l&rsquo;apparition des signes cliniques initiaux, la voie m\u00e9solimbique (reliant l&rsquo;aire tegmentale ventrale au noyau accumbens) subit une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence beaucoup plus mod\u00e9r\u00e9e et tardive. Ainsi, l&rsquo;affinit\u00e9 pr\u00e9f\u00e9rentielle de certains antiparkinsoniens modernes, notamment les agonistes dopaminergiques non ergot\u00e9s, pour les r\u00e9cepteurs D3 situ\u00e9s pr\u00e9f\u00e9rentiellement dans le syst\u00e8me limbique, mod\u00e9lise le substrat neurobiologique sous-jacent aux alt\u00e9rations de la motivation, de l&rsquo;humeur et du comportement d&rsquo;impulsivit\u00e9.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>La classification pharmacologique des antiparkinsoniens se scinde en plusieurs familles th\u00e9rapeutiques distinctes, chacune ciblant un n\u0153ud sp\u00e9cifique de la cascade neurochimique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La l\u00e9vodopa associ\u00e9e \u00e0 un inhibiteur de la DDC :<\/strong> Pr\u00e9curseur imm\u00e9diat de la dopamine, la l\u00e9vodopa franchit la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique via le transporteur des acides amin\u00e9s neutres (LAT1). Elle est co-administr\u00e9e de mani\u00e8re syst\u00e9matique avec un inhibiteur p\u00e9riph\u00e9rique de la dopa-d\u00e9carboxylase (carbidopa ou bens\u00e9razide) qui ne p\u00e9n\u00e8tre pas le cerveau, limitant la conversion extrac\u00e9r\u00e9brale en dopamine. Elle demeure la mol\u00e9cule la plus puissante sur le plan symptomatique.<\/li>\n<li><strong>Les agonistes dopaminergiques non ergot\u00e9s :<\/strong> Mol\u00e9cules telles que le pramipexole, le ropinirole, la rotigotine (disponible en dispositif transdermique) et l&rsquo;apomorphine (administrable par voie sous-cutan\u00e9e). Ils stimulent directement les r\u00e9cepteurs dopaminergiques post-synaptiques sans n\u00e9cessiter de transformation enzymatique intraneuronale, pr\u00e9sentant une dur\u00e9e d&rsquo;action souvent plus longue que la l\u00e9vodopa standard mais un risque neuropsychiatrique sup\u00e9rieur.<\/li>\n<li><strong>Les agonistes dopaminergiques ergot\u00e9s :<\/strong> D\u00e9riv\u00e9s de l&rsquo;ergot de seigle (bromocriptine, cabergoline, lisuride, pergolide). Historiquement majeurs, leur usage clinique est d\u00e9sormais marginal en raison d&rsquo;effets ind\u00e9sirables fibrosants graves (fibroses pulmonaires, p\u00e9riton\u00e9ales et valvulopathies cardiaques).<\/li>\n<li><strong>Les inhibiteurs de la cat\u00e9chol-O-m\u00e9thyltransf\u00e9rase (ICOMT) :<\/strong> Tels que l&rsquo;entacapone, le tolacapone et l&rsquo;opicapone. En bloquant la d\u00e9gradation p\u00e9riph\u00e9rique (et centrale pour le tolacapone) de la l\u00e9vodopa en 3-O-m\u00e9thyldopa, ils augmentent la biodisponibilit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale de la L-DOPA et prolongent son efficacit\u00e9 lors des fluctuations de fin de dose.<\/li>\n<li><strong>Les inhibiteurs de la monoamine oxydase de type B (IMAO-B) :<\/strong> Repr\u00e9sent\u00e9s par la s\u00e9l\u00e9giline, la rasagiline et la safinamide. Ils emp\u00eachent le catabolisme intraneuronal et glial de la dopamine dans la fente synaptique, assurant un renforcement doux et prolong\u00e9 de la neurotransmission dopaminergique.<\/li>\n<li><strong>Les anticholinergiques centraux :<\/strong> Tels que le trihexyph\u00e9nidyle ou le bip\u00e9rid\u00e8ne. Agissant comme antagonistes comp\u00e9titifs des r\u00e9cepteurs muscariniques, ils att\u00e9nuent l&rsquo;hyperactivit\u00e9 ac\u00e9tylcholinique striatale, efficaces particuli\u00e8rement sur les formes tremblantes et le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_extrapyramidal\">syndrome extrapyramidal<\/a> d&rsquo;origine iatrog\u00e8ne.<\/li>\n<li><strong>Les modulateurs glutamatergiques :<\/strong> Notamment l&rsquo;amantadine, initialement d\u00e9couverte comme antiviral. Elle exerce une action antagoniste non comp\u00e9titive des r\u00e9cepteurs NMDA du glutamate tout en favorisant la lib\u00e9ration et le blocage de recapture de la dopamine, reconnue pour ses propri\u00e9t\u00e9s remarquables de r\u00e9duction des dyskin\u00e9sies induites par la l\u00e9vodopa.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et vignettes cliniques<\/h3>\n<p>Pour illustrer la complexit\u00e9 neuropsychologique de ces traitements, examinons deux situations cliniques repr\u00e9sentatives rencontr\u00e9es en pratique hospitali\u00e8re et ambulatoire.<\/p>\n<p><strong>Vignette 1 : D\u00e9r\u00e8glement comportemental sous agoniste dopaminergique.<\/strong><br \/>Monsieur D., 58 ans, enseignant, sans ant\u00e9c\u00e9dents psychiatriques, re\u00e7oit un diagnostic de maladie de Parkinson de forme akin\u00e9to-rigide pr\u00e9dominante. Afin d&rsquo;\u00e9pargner le capital moteur et de diff\u00e9rer l&rsquo;introduction de la l\u00e9vodopa, son neurologue instaure un traitement par pramipexole \u00e0 posologie progressive jusqu&rsquo;\u00e0 2,1 mg par jour. L&rsquo;am\u00e9lioration motrice est spectaculaire, permettant la reprise d&rsquo;une autonomie fonctionnelle compl\u00e8te. Cependant, six mois plus tard, son \u00e9pouse consulte en d\u00e9tresse : le patient a contract\u00e9 des dettes massives de jeu en ligne, passant des nuits enti\u00e8res sur des sites de paris sportifs, associ\u00e9es \u00e0 des d\u00e9penses compulsives d&rsquo;objets inutiles et une hypersexualit\u00e9 inhabituelle. Le patient nie initialement le caract\u00e8re pathologique de son comportement, d\u00e9crivant un regain d&rsquo;\u00e9nergie intense et une euphorie cr\u00e9ative. Ce tableau signe un trouble du contr\u00f4le de l&rsquo;impulsion (TCI) sous agoniste D3 pr\u00e9f\u00e9rentiel. La baisse progressive du pramipexole, relay\u00e9e prudemment par une faible dose de l\u00e9vodopa associ\u00e9e \u00e0 un soutien psychoth\u00e9rapeutique d&rsquo;orientation cognitivo-comportementale, a permis la r\u00e9solution compl\u00e8te du trouble impulsif, confirmant l&rsquo;origine iatrog\u00e8ne du syndrome.<\/p>\n<p><strong>Vignette 2 : Gestion du parkinsonisme iatrog\u00e8ne et d\u00e9compensation cognitive.<\/strong><br \/>Madame T., 72 ans, suivie en psychiatrie pour un trouble d\u00e9lirant persistant ancien stabilis\u00e9 sous 5 mg d&rsquo;halop\u00e9ridol par jour, d\u00e9veloppe un syndrome parkinsonien s\u00e9v\u00e8re associant une d\u00e9marche \u00e0 petits pas, une amimie faciale marqu\u00e9e et un tremblement de repos bilat\u00e9ral. Face \u00e0 cette g\u00eane motrice invalidante, le praticien prescrit du trihexyph\u00e9nidyle \u00e0 6 mg par jour. Quelques jours apr\u00e8s l&rsquo;introduction de cet anticholinergique antiparkinsonien, l&rsquo;entourage constate une r\u00e9gression motrice favorable mais observe l&rsquo;installation brutale d&rsquo;un \u00e9tat confusionnel fluctuant avec d\u00e9sorientation temporo-spatiale, hallucinations visuelles nocturnes et propos incoh\u00e9rents. L&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique d&rsquo;urgence confirme une toxicit\u00e9 anticholinergique centrale sur un terrain de fragilit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale sous-jacente. L&rsquo;arr\u00eat progressif du trihexyph\u00e9nidyle et la r\u00e9\u00e9valuation du traitement psychiatrique vers un antipsychotique de seconde g\u00e9n\u00e9ration (atypique) \u00e0 moindre propension extrapyramidale, telle que la qu\u00e9tiapine, a permis la r\u00e9gression de la confusion mentale et le contr\u00f4le \u00e9quilibr\u00e9 des sympt\u00f4mes psychotiques et moteurs.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et suivi th\u00e9rapeutique<\/h3>\n<p>La surveillance clinique des patients sous traitement antiparkinsonien n\u00e9cessite une approche standardis\u00e9e et multidimensionnelle, combinant l&rsquo;examen neurologique moteur et des \u00e9chelles neuropsychiatriques valid\u00e9es. Le suivi ne peut se restreindre \u00e0 la simple \u00e9valuation de la mobilit\u00e9, car les effets ind\u00e9sirables non moteurs constituent fr\u00e9quemment la premi\u00e8re cause d&rsquo;alt\u00e9ration de la qualit\u00e9 de vie et d&rsquo;\u00e9puisement des aidants.<\/p>\n<p>Pour la composante motrice, l&rsquo;outil de r\u00e9f\u00e9rence mondial demeure l&rsquo;\u00e9chelle unifi\u00e9e d&rsquo;\u00e9valuation de la maladie de Parkinson r\u00e9vis\u00e9e par la Movement Disorder Society (MDS-UPDRS). La partie III de cette \u00e9chelle permet de mesurer rigoureusement la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;akin\u00e9sie, du tremblement et de la rigidit\u00e9, ainsi que l&rsquo;impact des fluctuations \u00ab on\/off \u00bb et la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 des dyskin\u00e9sies induites par le traitement. En contexte psychiatrique, l&rsquo;\u00e9chelle de Simpson-Angus (SAS) ou l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;akathisie de Barnes (BARS) sont pr\u00e9f\u00e9rentiellement employ\u00e9es pour quantifier les sympt\u00f4mes extrapyramidaux induits par les antipsychotiques et juger de la pertinence d&rsquo;un traitement antiparkinsonien correcteur.<\/p>\n<p>Sur le versant psychique et cognitif, des protocoles de d\u00e9pistage r\u00e9guliers s&rsquo;imposent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9pistage des troubles du contr\u00f4le des impulsions :<\/strong> Utilisation syst\u00e9matique du questionnaire <em>QUIP<\/em> (Questionnaire for Impulsive-Compulsive Disorders in Parkinson&rsquo;s Disease), compl\u00e9t\u00e9 par des entretiens semi-structur\u00e9s avec le patient et son entourage proche pour traquer le jeu pathologique, l&rsquo;hypersexualit\u00e9, les achats compulsifs ou l&rsquo;alimentation compulsive.<\/li>\n<li><strong>Surveillance cognitive :<\/strong> \u00c9valuations p\u00e9riodiques au moyen de la batterie MoCA (Montreal Cognitive Assessment), plus sensible aux d\u00e9ficits ex\u00e9cutifs sous-cortico-frontaux que le MMSE traditionnel, particuli\u00e8rement avant et apr\u00e8s l&rsquo;introduction de substances anticholinergiques.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9pistage des troubles psychotiques :<\/strong> Questionnaires d\u00e9di\u00e9s aux illusions, \u00e0 la sensation de pr\u00e9sence et aux hallucinations visuelles form\u00e9es, souvent annonciatrices d&rsquo;une enc\u00e9phalopathie m\u00e9dicamenteuse ou d&rsquo;une progression neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation pratique des m\u00e9dicaments antiparkinsoniens traverse les fronti\u00e8res disciplinaires entre neurologie, g\u00e9riatrie et psychiatrie. Au sein de la pathologie parkinsonienne idiopathique, la strat\u00e9gie moderne repose sur le concept de traitement personnalis\u00e9 : chez le sujet jeune (moins de 60-65 ans), l&rsquo;approche th\u00e9rapeutique privil\u00e9giait classiquement les agonistes dopaminergiques ou les IMAO-B pour retarder l&rsquo;apparition des complications motrices de la l\u00e9vodopa, bien que ce paradigme soit aujourd&rsquo;hui r\u00e9\u00e9valu\u00e9 au vu du lourd fardeau psychiatrique et addictif potentiel de ces mol\u00e9cules. Chez le sujet plus \u00e2g\u00e9 ou pr\u00e9sentant une fragilit\u00e9 cognitive av\u00e9r\u00e9e, la l\u00e9vodopa reste le traitement de premier choix en raison de son excellente tol\u00e9rance neuropsychologique relative et de son efficacit\u00e9 constante.<\/p>\n<p>En pratique psychiatrique courante, les antiparkinsoniens anticholinergiques sont prescrits pour neutraliser le blocage dopaminergique striatal iatrog\u00e8ne induit par les neuroleptiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration (ph\u00e9nothiazines, butyroph\u00e9nones) et certains antipsychotiques de seconde g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 fortes doses. Cependant, les guidelines contemporaines recommandent de limiter rigoureusement ces prescriptions dans le temps et de privil\u00e9gier plut\u00f4t la diminution de dose du neuroleptique ou le relais vers une mol\u00e9cule antipsychotique \u00e0 profil pharmacologique moins antidopaminergique D2 striatal (aripiprazole, clozapine, qu\u00e9tiapine), afin d&rsquo;\u00e9viter d&rsquo;induire des dyskin\u00e9sies tardives irr\u00e9versibles ou des d\u00e9t\u00e9riorations cognitives p\u00e9rennes.<\/p>\n<p>Enfin, les antiparkinsoniens dopaminergiques trouvent des indications pr\u00e9cieuses dans des pathologies neurologiques distinctes : le syndrome des jambes sans repos (maladie de Willis-Ekbom), trait\u00e9 \u00e0 faibles posologies d&rsquo;agonistes dopaminergiques, ainsi que certaines formes rares de dystonies sensibles \u00e0 la DOPA (syndrome de Segawa).<\/p>\n<h3>11. Recherches et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche translationnelle sur les m\u00e9dicaments antiparkinsoniens a connu d&rsquo;immenses avanc\u00e9es au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, document\u00e9es par des cohortes \u00e9pid\u00e9miologiques et des essais cliniques randomis\u00e9s contr\u00f4l\u00e9s d&rsquo;envergure. Selon les synth\u00e8ses publi\u00e9es par des organismes de recherche biom\u00e9dicale majeurs comme l&rsquo;<a href=\"https:\/\/www.inserm.fr\/dossier\/parkinson-maladie\/\">Inserm<\/a>, les travaux contemporains confirment que bien que les traitements actuels offrent une am\u00e9lioration symptomatique remarquable, aucun m\u00e9dicament antiparkinsonien disponible sur le march\u00e9 ne poss\u00e8de pour l&rsquo;heure d&rsquo;effet neuroprotecteur ou modificateur av\u00e9r\u00e9 de la maladie capable d&rsquo;enrayer d\u00e9finitivement la mort cellulaire programm\u00e9e des neurones dopaminergiques.<\/p>\n<p>Sur le plan des neurosciences cognitives, les travaux d&rsquo;imagerie par \u00e9mission de positons (TEP) et d&rsquo;IRM fonctionnelle ont apport\u00e9 des preuves empiriques fondamentales sur le ph\u00e9nom\u00e8ne de dysr\u00e9gulation dopaminergique. Des chercheurs tels que Cools et ses collaborateurs ont d\u00e9montr\u00e9 que la l\u00e9vodopa et les agonistes dopaminergiques restaurent les performances cognitives d\u00e9pendantes du striatum dorsal (flexibilit\u00e9 mentale, commutation attentionnelle), mais peuvent paradoxalement alt\u00e9rer les apprentissages par renforcement et l&rsquo;inhibition comportementale sous-tendus par le striatum ventral et le cortex orbitofrontal. Ces d\u00e9couvertes ont valid\u00e9 le mod\u00e8le th\u00e9orique de la \u00ab double dissociation cognitive \u00bb sous traitement antiparkinsonien.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la recherche clinique s&rsquo;est focalis\u00e9e sur l&rsquo;optimisation gal\u00e9nique afin de r\u00e9duire les fluctuations plasmatiques de la l\u00e9vodopa, identifi\u00e9es comme le principal facteur causal des dyskin\u00e9sies et des ph\u00e9nom\u00e8nes de blocage moteur impr\u00e9visibles. L&rsquo;introduction de pompes de perfusion continue j\u00e9junale de gel de l\u00e9vodopa-carbidopa, ainsi que le d\u00e9veloppement de perfusions sous-cutan\u00e9es d&rsquo;apomorphine ou de nouvelles formulations de l\u00e9vodopa-carbidopa sous-cutan\u00e9e continue, ont prouv\u00e9 leur sup\u00e9riorit\u00e9 sur la stabilisation des taux de dopamine synaptique et la r\u00e9duction drastique des fluctuations motrices et des perturbations de l&rsquo;humeur associ\u00e9es aux phases \u00ab off \u00bb.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La perception et la gestion des traitements antiparkinsoniens varient substantiellement selon les environnements socioculturels et les syst\u00e8mes de sant\u00e9 publique. Dans les pays \u00e0 haut revenu, l&rsquo;acc\u00e8s universel aux mol\u00e9cules de pointe et aux th\u00e9rapies de perfusion continue permet une prise en charge hautement sp\u00e9cialis\u00e9e. Cependant, l&rsquo;observance th\u00e9rapeutique demeure un d\u00e9fi complexe : les contraintes horaires rigides impos\u00e9es par la cin\u00e9tique des prises m\u00e9dicamenteuses (parfois toutes les 2 \u00e0 3 heures aux stades avanc\u00e9s) engendrent un fardeau psychologique et logistique \u00e9crasant pour le patient et ses proches aidants.<\/p>\n<p>Dans les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire, l&rsquo;inaccessibilit\u00e9 \u00e9conomique de la l\u00e9vodopa et des inhibiteurs enzymatiques constitue une crise sanitaire majeure. L&rsquo;Organisation mondiale de la Sant\u00e9 (OMS) a plusieurs fois soulign\u00e9 les disparit\u00e9s critiques d&rsquo;approvisionnement en l\u00e9vodopa de base, contraignant de nombreuses populations \u00e0 recourir \u00e0 des m\u00e9decines traditionnelles ou \u00e0 des graines botaniques non standardis\u00e9es telles que le <em>Mucuna pruriens<\/em> (naturellement riche en L-DOPA), dont le titrage impr\u00e9visible expose \u00e0 des risques graves de sous-dosage moteur ou de toxicit\u00e9 neuropsychiatrique s\u00e9v\u00e8re.<\/p>\n<p>De surcro\u00eet, les manifestations psychiatriques induites par les antiparkinsoniens (hallucinations, d\u00e9sinhibition comportementale) se heurtent \u00e0 de lourds stigmates culturels. Dans certaines communaut\u00e9s, l&rsquo;apparition d&rsquo;un d\u00e9lire ou d&rsquo;une hypersexualit\u00e9 m\u00e9dicamenteuse n&rsquo;est pas identifi\u00e9e comme un effet iatrog\u00e8ne pharmacologique mais interpr\u00e9t\u00e9e comme une d\u00e9ch\u00e9ance morale, une d\u00e9mence honteuse ou une manifestation mystique, retardant l&rsquo;intervention m\u00e9dicale d&rsquo;ajustement posologique et aggravant l&rsquo;isolement social de la famille.<\/p>\n<h3>13. Controverses, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>Parmi les controverses historiques les plus intenses de la neuropharmacologie moderne figure le d\u00e9bat sur la neurotoxicit\u00e9 pr\u00e9sum\u00e9e de la l\u00e9vodopa, longtemps connu sous le terme de \u00ab l\u00e9vodopaphobie \u00bb. Dans les ann\u00e9es 1990 et au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, plusieurs hypoth\u00e8ses in vitro sugg\u00e9raient que le m\u00e9tabolisme oxydatif de la dopamine g\u00e9n\u00e9rait des d\u00e9riv\u00e9s r\u00e9actifs de l&rsquo;oxyg\u00e8ne (radicaux libres, quinones) susceptibles d&rsquo;acc\u00e9l\u00e9rer la mort neuronale. Cette crainte a pouss\u00e9 toute une g\u00e9n\u00e9ration de cliniciens \u00e0 diff\u00e9rer le plus possible l&rsquo;introduction de la l\u00e9vodopa au profit des agonistes dopaminergiques, parfois au d\u00e9triment du confort moteur et au prix d&rsquo;effets ind\u00e9sirables psychiatriques majeurs. L&rsquo;\u00e9tude clinique prospective multicentrique ELLDOPA (Earlier vs Later L-DOPA) a largement infirm\u00e9 cette toxicit\u00e9 in vivo, r\u00e9habilitant la l\u00e9vodopa comme traitement \u00e9talon sans preuve de d\u00e9gradation acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e.<\/p>\n<p>Une controverse contemporaine majeure concerne le syndrome de dysr\u00e9gulation dopaminergique (SDD) et l&rsquo;\u00e9mergence des troubles du contr\u00f4le des impulsions (TCI). L&rsquo;industrie pharmaceutique et les prescripteurs ont \u00e9t\u00e9 confront\u00e9s \u00e0 des contentieux juridiques complexes impliquant des patients ayant d\u00e9velopp\u00e9 des conduites addictives destructrices (ruines financi\u00e8res, divorces, conduites d\u00e9lictuelles) sous agonistes dopaminergiques sans avoir re\u00e7u d&rsquo;informations claires sur ce risque comportemental. Le d\u00e9bat \u00e9thique persiste sur la responsabilit\u00e9 partag\u00e9e et la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un consentement \u00e9clair\u00e9 sp\u00e9cifique et r\u00e9p\u00e9t\u00e9 avant toute initiation d&rsquo;un agoniste dopaminergique.<\/p>\n<p>Enfin, le m\u00e9susage des antiparkinsoniens anticholinergiques repr\u00e9sente un probl\u00e8me de sant\u00e9 publique r\u00e9current. Des mol\u00e9cules comme le trihexyph\u00e9nidyle font l&rsquo;objet de d\u00e9tournements d&rsquo;usage en raison de leurs propri\u00e9t\u00e9s euphorisantes, anxiolytiques et hallucinog\u00e8nes \u00e0 fortes doses. Dans certains contextes carc\u00e9raux ou chez des usagers de substances psychoactives, ces produits sont consomm\u00e9s pour induire des \u00e9tats dissociatifs, posant un dilemme permanent aux prescripteurs psychiatriques qui doivent arbitrer entre le traitement des raideurs extrapyramidales r\u00e9elles et le risque de d\u00e9pendance iatrog\u00e8ne.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Pour clarifier l&rsquo;espace nosologique et pharmacologique de l&rsquo;antiparkinsonien, il convient d&rsquo;expliciter ses fronti\u00e8res avec des concepts voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Antiparkinsonien vs Antipsychotique :<\/strong> Ces deux classes th\u00e9rapeutiques op\u00e8rent de mani\u00e8re pharmacologiquement oppos\u00e9e au niveau des r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2. Les antipsychotiques classiques bloquent ces r\u00e9cepteurs pour juguler les d\u00e9lires et hallucinations, provoquant un syndrome parkinsonien iatrog\u00e8ne en cas de blocage striatal excessif. Les antiparkinsoniens dopaminergiques stimulent ces m\u00eames r\u00e9cepteurs, au risque de r\u00e9veiller ou d&rsquo;induire des manifestations psychotiques.<\/li>\n<li><strong>Antiparkinsonien vs Antidyskin\u00e9tique :<\/strong> Les antiparkinsoniens classiques (en particulier la l\u00e9vodopa) sont eux-m\u00eames la cause principale des dyskin\u00e9sies chor\u00e9iformes apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es d&rsquo;\u00e9volution. Les agents antidyskin\u00e9tiques (dont le chef de file est l&rsquo;amantadine) d\u00e9signent sp\u00e9cifiquement les mol\u00e9cules destin\u00e9es \u00e0 calmer ces mouvements anormaux involontaires sans d\u00e9t\u00e9riorer les performances motrices globales.<\/li>\n<li><strong>Antiparkinsonien vs Psychostimulant :<\/strong> Bien que les psychostimulants (ex. m\u00e9thylph\u00e9nidate, amph\u00e9tamines) augmentent \u00e9galement les concentrations extracellulaires de dopamine et de noradr\u00e9naline en bloquant leurs transporteurs membranaires (DAT et NET), ils ne sont pas homologu\u00e9s pour corriger l&rsquo;atteinte motrice d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative de la maladie de Parkinson et sont avant tout indiqu\u00e9s dans le TDAH ou la narcolepsie.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de sevrage des agonistes dopaminergiques (DAWS) :<\/strong> Entit\u00e9 clinique s\u00e9v\u00e8re survenant lors de la r\u00e9duction rapide d&rsquo;un traitement antiparkinsonien par agoniste, caract\u00e9ris\u00e9e par une d\u00e9tresse psychique aigu\u00eb associant anxi\u00e9t\u00e9 panique, d\u00e9pression profonde, agonie morale et douleurs diffuses, r\u00e9fractaire \u00e0 la r\u00e9introduction d&rsquo;\u00e9quivalents de l\u00e9vodopa pure.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, les m\u00e9dicaments antiparkinsoniens constituent une famille th\u00e9rapeutique sophistiqu\u00e9e dont le maniement exige une rigueur pharmacologique et une vigilance neuropsychiatrique constantes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Objectif fondamental :<\/strong> Restaurer la transmission synaptique d\u00e9faillante dans les circuits nigrostri\u00e9s et r\u00e9tablir l&rsquo;hom\u00e9ostasie motrice des ganglions de la base.<\/li>\n<li><strong>Arsenal th\u00e9rapeutique :<\/strong> Compos\u00e9 de la l\u00e9vodopa (gold standard m\u00e9tabolique), des agonistes dopaminergiques, des inhibiteurs enzymatiques (IMAO-B et ICOMT), des anticholinergiques centraux et de l&rsquo;amantadine.<\/li>\n<li><strong>Dualit\u00e9 moteur\/comportement :<\/strong> L&rsquo;administration syst\u00e9mique expose in\u00e9vitablement les circuits c\u00e9r\u00e9braux limbiques et frontaux \u00e0 des concentrations dopaminergiques supra-physiologiques, expliquant la survenue fr\u00e9quente d&rsquo;hallucinations, d&rsquo;\u00e9tats confusionnels et de troubles du contr\u00f4le des impulsions.<\/li>\n<li><strong>Gestion clinique :<\/strong> Impose un \u00e9quilibre personnalis\u00e9 entre l&rsquo;optimisation motrice somatique et la pr\u00e9servation de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 cognitive et comportementale du patient tout au long de la trajectoire de la maladie.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Carlsson, A. (1959). The occurrence, distribution and physiological role of catecholamines in the nervous system. <em>Pharmacological Reviews<\/em>, 11(2), 490\u2013493. <a href=\"https:\/\/pharmrev.aspetjournals.org\/\">https:\/\/pharmrev.aspetjournals.org\/<\/a><\/li>\n<li>Cotzias, G. C., Van Woert, M. H., &amp; Schiffer, L. M. (1967). Aromatic amino acids and modification of parkinsonism. <em>The New England Journal of Medicine<\/em>, 276(7), 374\u2013379. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJM196702162760703\">https:\/\/doi.org\/10.1056\/NEJM196702162760703<\/a><\/li>\n<li>Hornykiewicz, O. (2006). The discovery of dopamine deficiency in the parkinsonian brain: A historical review. <em>Journal of Neural Transmission. Supplementum<\/em>, (70), 9\u201315. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-3-211-45295-0_3\">https:\/\/doi.org\/10.1007\/978-3-211-45295-0_3<\/a><\/li>\n<li>Poewe, W., Seppi, K., Tanner, C. M., Halliday, G. M., Brundin, P., Volkmann, J., Schrag, A. E., &amp; Lang, A. E. (2017). Parkinson disease. <em>Nature Reviews Disease Primers<\/em>, 3, Article 17013. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrdp.2017.13\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrdp.2017.13<\/a><\/li>\n<li>Voon, V., Napier, T. C., Frank, M. J., Sgambato-Faure, V., Grace, A. A., Rodriguez-Oroz, M., Obeso, J., Bezard, E., &amp; Fernagut, P. O. (2017). Impulse control disorders and dopamine dysregulation syndrome in Parkinson&rsquo;s disease. <em>The Lancet Neurology<\/em>, 16(3), 238\u2013250. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(17)30004-2\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1474-4422(17)30004-2<\/a><\/li>\n<li>Weintraub, D., David, A. S., Evans, A. H., Grant, J. E., &amp; Stacy, M. (2015). Clinical spectrum of impulse control disorders in Parkinson&rsquo;s disease. <em>Movement Disorders<\/em>, 30(2), 121\u2013127. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.26016\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/mds.26016<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les m\u00e9dicaments antiparkinsoniens restaurent la transmission dopaminergique c\u00e9r\u00e9brale pour pallier les d\u00e9ficits moteurs et les effets secondaires extrapyramidaux.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[1449,31279,6890],"tags":[34262,1377,7228,34263,6887,1178,34264],"class_list":["post-20637","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurologie-clinique","category-neuropsychopharmacologie","category-psychiatrie-biologique","tag-antiparkinsonien","tag-dopamine","tag-ganglions-de-la-base","tag-levodopa","tag-neuropharmacologie","tag-parkinson","tag-troubles-des-impulsions"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20637","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20637\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20637"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20637"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20637"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}