{"id":20631,"date":"2026-10-24T07:22:06","date_gmt":"2026-10-24T07:22:06","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=medicament-antimuscarinique-neurocognition"},"modified":"2026-10-24T07:22:06","modified_gmt":"2026-10-24T07:22:06","slug":"medicament-antimuscarinique-neurocognition","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=medicament-antimuscarinique-neurocognition","title":{"rendered":"M\u00e9dicament antimuscarinique : Impact neurocognitif"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour de la pharmacologie clinique, de la psychiatrie et des neurosciences cognitives, les agents pharmacologiques ciblant le syst\u00e8me cholinergique exercent une influence d\u00e9terminante sur l&rsquo;hom\u00e9ostasie c\u00e9r\u00e9brale et somatique. Parmi eux, les substances antagonistes des r\u00e9cepteurs muscariniques repr\u00e9sentent une classe th\u00e9rapeutique dont les r\u00e9percussions sur l&rsquo;architecture psychique, la vigilance et la m\u00e9moire demeurent au centre de d\u00e9bats nosologiques et cliniques majeurs.<\/p>\n<h2>M\u00e9dicament antimuscarinique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Un <strong>m\u00e9dicament antimuscarinique<\/strong> d\u00e9signe un agent pharmacologique qui inhibe de mani\u00e8re comp\u00e9titive ou non comp\u00e9titive la liaison de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ac%C3%A9tylcholine\">ac\u00e9tylcholine<\/a> aux r\u00e9cepteurs muscariniques distribu\u00e9s au sein du syst\u00e8me nerveux central et du syst\u00e8me nerveux autonome p\u00e9riph\u00e9rique. En bloquant la transduction des signaux parasympathiques et centraux v\u00e9hicul\u00e9s par ces r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G, cette mol\u00e9cule att\u00e9nue ou supprime les r\u00e9ponses physiologiques et comportementales normalement induites par le tonus cholinergique.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique et neuropsychiatrique, ces substances modulent directement les processus de m\u00e9morisation, l&rsquo;attention soutenue, l&rsquo;encodage mn\u00e9sique et la r\u00e9gulation thymique. Elles constituent \u00e0 la fois des outils d&rsquo;investigation neurobiologique pour mod\u00e9liser les d\u00e9ficits cognitifs et des traitements adjuvants indispensables, notamment pour att\u00e9nuer le syndrome extrapyramidal secondaire \u00e0 l&rsquo;administration d&rsquo;antipsychotiques.<\/p>\n<p>Leur utilisation s&rsquo;accompagne toutefois d&rsquo;une \u00e9troite marge de tol\u00e9rance psychique, dans la mesure o\u00f9 un blocage muscarinique excessif ou prolong\u00e9 expose le patient \u00e0 des perturbations cognitives aigu\u00ebs telles que la confusion mentale ou le delirium, ainsi qu&rsquo;\u00e0 une \u00e9l\u00e9vation mesurable du risque d&rsquo;alt\u00e9ration neurocognitive chronique.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>L&rsquo;appellation \u00ab antimuscarinique \u00bb est un mot compos\u00e9 d&rsquo;origine gr\u00e9co-latine et mycologique. Le pr\u00e9fixe \u00ab anti- \u00bb provient du grec ancien <em>\u1f00\u03bd\u03c4\u03af<\/em> (ant\u00ed), signifiant \u00ab oppos\u00e9 \u00e0 \u00bb, \u00ab contre \u00bb ou \u00ab qui neutralise \u00bb. Ce pr\u00e9fixe est adjoint au terme \u00ab muscarine \u00bb, substantif d\u00e9riv\u00e9 du latin scientifique <em>Amanita muscaria<\/em> (l&rsquo;amanite tue-mouches), lui-m\u00eame forg\u00e9 \u00e0 partir du latin classique <em>musca<\/em>, qui d\u00e9signe la mouche domestique, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;usage traditionnel de ce champignon toxique comme insecticide rural.<\/p>\n<p>La muscarine fut isol\u00e9e au XIXe si\u00e8cle par les chimistes Oswald Schmiedeberg et Richard Koppe en 1869, \u00e9tablissant ainsi le premier mod\u00e8le exp\u00e9rimental de stimulation parasympathomim\u00e9tique s\u00e9lective. Le suffixe adjectival \u00ab -ique \u00bb, h\u00e9rit\u00e9 du latin <em>-icus<\/em> et du grec <em>-\u03b9\u03ba\u03cc\u03c2<\/em> (-ikos), sert \u00e0 indiquer l&rsquo;appartenance, la sp\u00e9cificit\u00e9 ou la relation fonctionnelle directe.<\/p>\n<p>Le terme s&rsquo;est progressivement impos\u00e9 dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale et neuroscientifique internationale au milieu du XXe si\u00e8cle afin de distinguer nettement les effets bloquants sp\u00e9cifiques exerc\u00e9s sur les r\u00e9cepteurs stimul\u00e9s par la muscarine de ceux ciblant les r\u00e9cepteurs nicotiniques, affinant ainsi le concept global et autrefois impr\u00e9cis de \u00ab parasympatholytique \u00bb ou de \u00ab substance anticholinergique \u00bb.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le mot se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme <strong>\/\u0251\u0303.ti.mys.ka.\u0281i.nik\/<\/strong>. Il pr\u00e9sente une structure articulatoire r\u00e9guli\u00e8re en fran\u00e7ais standard, marqu\u00e9e par l&rsquo;\u00e9lision de la voyelle nasale initiale suivie d&rsquo;une s\u00e9rie de consonnes occlusives et v\u00e9laires franches ne comportant aucune ambigu\u00eft\u00e9 ortho\u00e9piquement attest\u00e9e.<\/p>\n<p>Du point de vue grammatical, le mot s&#8217;emploie principalement comme adjectif qualificatif \u00e9pith\u00e8te ou attribut (par exemple : \u00ab un effet antimuscarinique prononc\u00e9 \u00bb, \u00ab des propri\u00e9t\u00e9s antimuscariniques centrales \u00bb). Il s&rsquo;accorde en genre et en nombre avec le nom qu&rsquo;il qualifie, prenant la marque \u00ab -s \u00bb au pluriel sans variation de forme graphique entre le masculin et le f\u00e9minin.<\/p>\n<p>Le mot est \u00e9galement employ\u00e9 de fa\u00e7on m\u00e9tonymique comme substantif masculin (\u00ab un antimuscarinique \u00bb, \u00ab les antimuscariniques \u00bb) pour d\u00e9signer tout compos\u00e9 appartenant \u00e0 cette classe pharmacologique. Dans la pratique clinique francophone, il alterne fr\u00e9quemment avec la locution nominale \u00ab antagoniste des r\u00e9cepteurs muscariniques \u00bb ou \u00ab agent anticholinergique muscarinique \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la port\u00e9e clinique et psychologique des m\u00e9dicaments antimuscariniques, il convient d&rsquo;analyser l&rsquo;architecture fonctionnelle de la neurotransmission cholinergique. L&rsquo;ac\u00e9tylcholine agit sur deux grands ensembles de r\u00e9cepteurs membranaires : les canaux ioniques nicotiniques et les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9cepteur_muscarinique\">r\u00e9cepteurs muscariniques<\/a> m\u00e9tabotropes. Ces derniers, subdivis\u00e9s en cinq sous-types distincts not\u00e9s de M1 \u00e0 M5, sont coupl\u00e9s \u00e0 des prot\u00e9ines G r\u00e9gulant la production de seconds messagers intracellulaires tels que le phosphatidylinositol ou l&rsquo;ad\u00e9nosine monophosphate cyclique (AMPc).<\/p>\n<p>Au niveau central, les r\u00e9cepteurs M1, M3 et M5 sont pr\u00e9f\u00e9rentiellement coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines Gq\/11, entra\u00eenant une activation de la phospholipase C et une excitation neuronale, tandis que les sous-types M2 et M4 interagissent avec les prot\u00e9ines Gi\/o pour inhiber l&rsquo;ad\u00e9nylate cyclase et r\u00e9duire l&rsquo;excitabilit\u00e9 membranaire. Les m\u00e9dicaments antimuscariniques agissent pour la plupart comme des antagonistes comp\u00e9titifs ou des agonistes inverses r\u00e9versibles. En occupant le site orthost\u00e9rique de ces r\u00e9cepteurs, ils emp\u00eachent l&rsquo;ac\u00e9tylcholine endog\u00e8ne d&rsquo;exercer sa signalisation fondamentale dans les circuits du t\u00e9lenc\u00e9phale basal, de l&rsquo;hippocampe, du striatum et du cortex pr\u00e9frontal.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, les r\u00e9seaux cholinergiques ascendants issus des noyaux du septum m\u00e9dian, de la bandelette diagonale de Broca et du noyau basal de Meynert projettent massivement vers les structures limbiques et n\u00e9ocorticales. Ce syst\u00e8me est l&rsquo;artisan principal du maintien du tonus d&rsquo;\u00e9veil, de l&rsquo;orientation attentionnelle s\u00e9lective, de la plasticit\u00e9 synaptique et de la potentialisation \u00e0 long terme indispensable \u00e0 la consolidation mn\u00e9sique. Par cons\u00e9quent, l&rsquo;intrusion d&rsquo;un m\u00e9dicament antimuscarinique capable de traverser la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique perturbe imm\u00e9diatement ces cascades neurochimiques, r\u00e9duisant la capacit\u00e9 du sujet \u00e0 encoder de nouvelles informations \u00e9pisodiques et induisant un \u00e9tat de ralentissement psychomoteur ou de vuln\u00e9rabilit\u00e9 cognitive.<\/p>\n<p>\u00c0 la p\u00e9riph\u00e9rie, les antimuscariniques neutralisent l&rsquo;action du nerf vague et des fibres parasympathiques post-ganglionnaires qui innervent les effecteurs visc\u00e9raux. Leurs manifestations somatiques cardinales r\u00e9sultent de cette d\u00e9aff\u00e9rentation pharmacologique : diminution drastique des s\u00e9cr\u00e9tions salivaires, bronchiques et sudorales, mydriase avec paralysie de l&rsquo;accommodation oculaire (cyclopl\u00e9gie), tachycardie sinusale par lev\u00e9e du frein vagal, rel\u00e2chement des fibres musculaires lisses du tractus gastro-intestinal menant \u00e0 la constipation, et diminution du tonus v\u00e9sical susceptible d&rsquo;engendrer une r\u00e9tention urinaire aigu\u00eb.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;exploitation empirique des principes antimuscariniques plonge ses racines dans l&rsquo;Antiquit\u00e9 et le Moyen \u00c2ge, bien avant que la pharmacologie mol\u00e9culaire ne voie le jour. Diverses solanac\u00e9es vireuses contenant des alcalo\u00efdes tropaniques naturels\u2014notamment la belladone (<em>Atropa belladonna<\/em>), la jusquiame noire (<em>Hyoscyamus niger<\/em>) et le datura (<em>Datura stramonium<\/em>)\u2014\u00e9taient employ\u00e9es pour leurs vertus s\u00e9datives, anesth\u00e9siques, mais \u00e9galement pour leurs effets hallucinog\u00e8nes et d\u00e9liriog\u00e8nes lors de rituels mystiques ou de pratiques magiques. Les femmes de la Renaissance italienne instillaient le suc de belladone dans leurs yeux afin de dilater leurs pupilles \u00e0 des fins cosm\u00e9tiques, geste qui inspira le nom botanique de la plante (\u00ab bella donna \u00bb signifiant belle dame).<\/p>\n<p>L&rsquo;isolement de l&rsquo;atropine par le pharmacien allemand Philipp Lorenz Geiger et Heinrich F. G. Mein en 1831, suivi de la caract\u00e9risation de la scopolamine (ou hyoscine) \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, a marqu\u00e9 le passage de la phytoth\u00e9rapie ancestrale \u00e0 la pharmacologie exp\u00e9rimentale rigoureuse. Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, ces mol\u00e9cules ont trouv\u00e9 des applications novatrices en neuropsychiatrie : la scopolamine a notamment \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e dans le fameux protocole du \u00ab sommeil cr\u00e9pusculaire \u00bb (<em>D\u00e4mmerschlaf<\/em>) en obst\u00e9trique et en anesth\u00e9sie, ainsi que comme s\u00e9datif puissant dans les asiles psychiatriques pour calmer les \u00e9tats d&rsquo;agitation maniaque ou catatonique extr\u00eame.<\/p>\n<p>Dans la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle, la d\u00e9couverte des premiers antipsychotiques neuroleptiques a transform\u00e9 le traitement de la schizophr\u00e9nie, mais s&rsquo;est accompagn\u00e9e d&rsquo;effets secondaires moteurs d\u00e9vastateurs sous la forme de tremblements parkinsoniens, de rigidit\u00e9 plastique et d&rsquo;akathisie. Les cliniciens ont alors d\u00e9velopp\u00e9 et introduit des antimuscariniques de synth\u00e8se p\u00e9n\u00e9trant le syst\u00e8me nerveux central, tels que le trihexyph\u00e9nidyle, le bip\u00e9rid\u00e8ne et la benztropine. Ces mol\u00e9cules visaient \u00e0 restaurer artificiellement l&rsquo;\u00e9quilibre alt\u00e9r\u00e9 entre la transmission dopaminergique d\u00e9ficitaire et l&rsquo;hyperactivit\u00e9 cholinergique relative au sein des ganglions de la base.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1970 et 1980, les travaux de David Drachman sur le mod\u00e8le scopolaminique de la d\u00e9mence ont r\u00e9volutionn\u00e9 la neuropsychologie. En d\u00e9montrant qu&rsquo;une dose minime de scopolamine induisait chez de jeunes volontaires sains des d\u00e9ficits mn\u00e9siques calqu\u00e9s sur ceux observ\u00e9s dans la maladie d&rsquo;Alzheimer, la recherche a scell\u00e9 le r\u00f4le fondamental des circuits muscariniques dans les th\u00e9ories neurobiologiques de la cognition, orientant par la suite la recherche vers le d\u00e9veloppement de biomarqueurs et de concepts r\u00e9cents comme la charge anticholinergique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Le cadre th\u00e9orique expliquant l&rsquo;impact neuropsychologique des antimuscariniques repose sur l&rsquo;hypoth\u00e8se cholinergique de l&rsquo;apprentissage et de la m\u00e9moire, d\u00e9velopp\u00e9e initialement par Peter Bartus et ses collaborateurs. Selon cette th\u00e9orie, l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;innervation cholinergique corticale et hippocampique constitue une condition <em>sine qua non<\/em> pour la s\u00e9lection, le filtrage des signaux sensoriels pertinents et la stabilisation des traces mn\u00e9siques. Le blocage des r\u00e9cepteurs M1 post-synaptiques rompt la signalisation coupl\u00e9e \u00e0 la cascade du phosphoinositol et entrave l&rsquo;activation de la prot\u00e9ine kinase C (PKC), un r\u00e9gulateur crucial des r\u00e9cepteurs NMDA n\u00e9cessaires \u00e0 la potentialisation synaptique \u00e0 long terme.<\/p>\n<p>Sur le versant des ganglions de la base, le mod\u00e8le th\u00e9orique d&rsquo;interaction striatale r\u00e9ciproque entre dopamine et ac\u00e9tylcholine sous-tend l&rsquo;utilisation des antimuscariniques en psychopathologie motrice. Au sein du striatum, les interneurones g\u00e9ants cholinergiques toniquement actifs exercent une r\u00e9gulation antagoniste vis-\u00e0-vis des projections dopaminergiques m\u00e9sostriatales. Lorsque des neuroleptiques bloquent massivement les r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2, cette lev\u00e9e d&rsquo;inhibition engendre une temp\u00eate cholinergique relative responsable des sympt\u00f4mes extrapyramidaux.<\/p>\n<p>L&rsquo;administration d&rsquo;un antimuscarinique synth\u00e9tique permet de r\u00e9tablir un ratio fonctionnel stable entre ces deux neurotransmetteurs, apaisant les tremblements et la catalepsie motrice. N\u00e9anmoins, ce r\u00e9\u00e9quilibrage striatal s&rsquo;effectue souvent au d\u00e9triment des aires corticales et limbiques, g\u00e9n\u00e9rant un compromis n\u00e9faste entre confort moteur et acuit\u00e9 cognitive.<\/p>\n<p>Un autre cadre th\u00e9orique essentiel concerne le mod\u00e8le de vuln\u00e9rabilit\u00e9 au syndrome confusionnel aigu (delirium). Le fonctionnement synaptique global d\u00e9pend d&rsquo;un \u00e9quilibre dynamique entre inputs excitateurs glutamatergiques, modulations monoaminergiques et synchronisation cholinergique des rythmes corticaux oscillatoires (ondes gamma et th\u00eata). La privation soudaine en signalisation muscarinique alt\u00e8re la connectivit\u00e9 fonctionnelle du r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (Default Mode Network) et des r\u00e9seaux attentionnels dorsaux, plongeant le cortex dans un \u00e9tat d&rsquo;hypom\u00e9tabolisme et de d\u00e9synchronisation propice \u00e0 la dissolution de la continuit\u00e9 de la conscience.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, sous-types et dimensions<\/h3>\n<p>Les m\u00e9dicaments antimuscariniques se r\u00e9partissent selon plusieurs axes de classification pharmacologique, fonctionnelle et structurelle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Origine mol\u00e9culaire et structure chimique :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Alcalo\u00efdes naturels :<\/em> Atropine, scopolamine (hyoscine), d\u00e9riv\u00e9s directement extraits de plantes de la famille des Solanac\u00e9es.<\/li>\n<li><em>D\u00e9riv\u00e9s semi-synth\u00e9tiques :<\/em> Bromure d&rsquo;ipratropium, bromure de tiotropium, modifi\u00e9s chimiquement pour restreindre leur passage syst\u00e9mique ou c\u00e9r\u00e9bral.<\/li>\n<li><em>Compos\u00e9s purement synth\u00e9tiques :<\/em> Bip\u00e9rid\u00e8ne, trihexyph\u00e9nidyle, benztropine, oxybutynine, solif\u00e9nacine, tropicamide.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>S\u00e9lectivit\u00e9 sous-typique pour les r\u00e9cepteurs (M1 \u00e0 M5) :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Agents non s\u00e9lectifs :<\/em> La majorit\u00e9 des mol\u00e9cules historiques (atropine, scopolamine, trihexyph\u00e9nidyle) bloquent indiff\u00e9remment tous les sous-types de M1 \u00e0 M5.<\/li>\n<li><em>Agents \u00e0 s\u00e9lectivit\u00e9 p\u00e9riph\u00e9rique ou urologique pr\u00e9f\u00e9rentielle :<\/em> Mol\u00e9cules comme la darif\u00e9nacine ou la solif\u00e9nacine, con\u00e7ues pour pr\u00e9senter une affinit\u00e9 accrue pour les r\u00e9cepteurs M3 r\u00e9gissant le muscle d\u00e9trusor v\u00e9sical.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Perm\u00e9abilit\u00e9 de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Compos\u00e9s \u00e0 amine tertiaire :<\/em> Mol\u00e9cules lipophiles et non ionis\u00e9es au pH physiologique (ex. scopolamine, trihexyph\u00e9nidyle, amitriptyline), franchissant massivement la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et provoquant de profonds effets centraux psychotropes.<\/li>\n<li><em>Compos\u00e9s \u00e0 ammonium quaternaire :<\/em> Mol\u00e9cules charg\u00e9es positivement et hydrophiles (ex. m\u00e9thylscopolamine, ipratropium), incapables de p\u00e9n\u00e9trer le parenchyme c\u00e9r\u00e9bral et limitant leur action aux r\u00e9cepteurs p\u00e9riph\u00e9riques.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Charge anticholinergique intrins\u00e8que en psychiatrie :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Antimuscariniques primaires :<\/em> Prescrits explicitement pour leur propri\u00e9t\u00e9 atropinique (correcteurs antiparkinsoniens, antispasmodiques).<\/li>\n<li><em>Antimuscariniques secondaires ou \u00ab cach\u00e9s \u00bb :<\/em> Psychotropes d&rsquo;autres classes dot\u00e9s d&rsquo;une forte affinit\u00e9 muscarinique non intentionnelle, tels que les antid\u00e9presseurs tricycliques (amitriptyline, clomipramine) et certains antipsychotiques de premi\u00e8re et deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration (chlorpromazine, clozapine, olanzapine).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Afin de mieux cerner l&rsquo;implication clinique de ces compos\u00e9s, examinons deux situations repr\u00e9sentatives de la pratique psychiatrique et neuropsychologique :<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 1 : Le compromis moteur et mn\u00e9sique chez un patient schizophr\u00e8ne<\/strong><br \/>Monsieur A., 38 ans, suivi pour un trouble schizophr\u00e9nique parano\u00efde stabilis\u00e9 sous halop\u00e9ridol (un neuroleptique de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration), pr\u00e9sente un tremblement de repos invalidant des extr\u00e9mit\u00e9s sup\u00e9rieures et une rigidit\u00e9 de la nuque. Son psychiatre introduit du trihexyph\u00e9nidyle \u00e0 la dose de 6 mg par jour pour corriger ce syndrome parkinsonien. Si l&rsquo;am\u00e9lioration motrice est spectaculaire en quelques jours, l&rsquo;entourage rapporte rapidement que le patient \u00e9gare constamment ses affaires, peine \u00e0 retenir les consignes simples de son atelier de r\u00e9habilitation et se plaint d&rsquo;une bouche extr\u00eamement s\u00e8che ainsi que d&rsquo;une vision trouble. Une \u00e9valuation neuropsychologique objective une chute significative des scores d&#8217;empan mn\u00e9sique verbal et d&rsquo;apprentissage associatif diff\u00e9r\u00e9. Ce tableau illustre le co\u00fbt cognitif iatrog\u00e8ne fr\u00e9quemment pay\u00e9 lors de la neutralisation des effets secondaires extrapyramidaux.<\/p>\n<p><strong>Cas clinique 2 : L&rsquo;orage confusionnel iatrog\u00e8ne chez une patiente \u00e2g\u00e9e<\/strong><br \/>Madame B., 76 ans, sans ant\u00e9c\u00e9dent de d\u00e9mence diagnostiqu\u00e9e mais pr\u00e9sentant des plaintes mn\u00e9siques b\u00e9nignes, re\u00e7oit simultan\u00e9ment de l&rsquo;oxybutynine pour une instabilit\u00e9 v\u00e9sicale, de l&rsquo;hydroxyzine pour des troubles du sommeil et de la parox\u00e9tine pour un \u00e9pisode d\u00e9pressif caract\u00e9ris\u00e9. En moins de 48 heures \u00e0 la suite d&rsquo;une majoration de posologie, la patiente d\u00e9veloppe un \u00e9tat d&rsquo;agitation nocturne, une d\u00e9sorientation spatio-temporelle compl\u00e8te, des hallucinations visuelles zoopsiques (vision d&rsquo;animaux sur les murs) et une fluctuation rapide de sa vigilance. Admise aux urgences, l&rsquo;examen physique r\u00e9v\u00e8le une mydriase bilat\u00e9rale ar\u00e9active, une peau s\u00e8che et br\u00fblante ainsi qu&rsquo;un globe v\u00e9sical. L&rsquo;arr\u00eat imm\u00e9diat des trois mol\u00e9cules \u00e0 valence antimuscarinique permet une r\u00e9solution totale de l&rsquo;acc\u00e8s confusionnel en trois jours, d\u00e9montrant les dangers cumulatifs de la charge anticholinergique chez le sujet \u00e2g\u00e9.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et \u00e9chelles cliniques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des effets des m\u00e9dicaments antimuscariniques en psychologie clinique et en g\u00e9riatrie repose sur des outils standardis\u00e9s quantifiant l&rsquo;impact central et p\u00e9riph\u00e9rique cumul\u00e9 de ces prescriptions. On parle commun\u00e9ment d&rsquo;\u00e9valuation de la \u00ab charge anticholinergique \u00bb (<em>anticholinergic burden<\/em>).<\/p>\n<p>Parmi les instruments les plus valid\u00e9s figure l&rsquo;<strong>\u00e9chelle ACB<\/strong> (<em>Anticholinergic Cognitive Burden Scale<\/em>), \u00e9labor\u00e9e par Malaz Boustani et son \u00e9quipe. Cet outil attribue \u00e0 chaque m\u00e9dicament une note de 0 \u00e0 3 selon son affinit\u00e9 <em>in vitro<\/em> pour les r\u00e9cepteurs muscariniques et sa capacit\u00e9 document\u00e9e \u00e0 franchir la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Score 0 :<\/strong> Aucune activit\u00e9 antimuscarinique connue.<\/li>\n<li><strong>Score 1 :<\/strong> Activit\u00e9 antimuscarinique faible r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par des dosages de liaison aux r\u00e9cepteurs, sans retentissement clinique cognitif d\u00e9montr\u00e9 de fa\u00e7on isol\u00e9e (ex. at\u00e9olol, risp\u00e9ridone).<\/li>\n<li><strong>Score 2 :<\/strong> Activit\u00e9 antimuscarinique mod\u00e9r\u00e9e avec passage central av\u00e9r\u00e9, susceptible de provoquer des anomalies cognitives \u00e0 posologie \u00e9lev\u00e9e (ex. carbamaz\u00e9pine, m\u00e9pyramine).<\/li>\n<li><strong>Score 3 :<\/strong> Activit\u00e9 antimuscarinique s\u00e9v\u00e8re et passage central massif, hautement corr\u00e9l\u00e9e au d\u00e9clenchement de syndromes confusionnels et de d\u00e9ficits mn\u00e9siques nets (ex. atropine, scopolamine, amitriptyline, clozapine, trihexyph\u00e9nidyle, oxybutynine).<\/li>\n<\/ul>\n<p>D&rsquo;autres \u00e9chelles comparables compl\u00e8tent l&rsquo;arsenal m\u00e9trologique contemporain, telles que l&rsquo;<em>Anticholinergic Risk Scale<\/em> (ARS) de Rudolph ou la <em>Drug Burden Index<\/em> (DBI). Sur le plan neuropsychologique, les performances cognitives sous antimuscariniques sont typiquement mesur\u00e9es \u00e0 l&rsquo;aide de batteries explorant la m\u00e9moire \u00e9pisodique verbale (comme le test de rappel libre \/ rappel indic\u00e9 \u00e0 16 items de Grober et Buschke), la vitesse de traitement de l&rsquo;information (Test des Trac\u00e9s \/ Trail Making Test A) et les fonctions ex\u00e9cutives (Trail Making Test B, test de Stroop). En recherche fondamentale, le dosage de l&rsquo;activit\u00e9 anticholinergique s\u00e9rique totale (<em>serum anticholinergic activity<\/em>) par radior\u00e9cepteur reste la mesure biologique de r\u00e9f\u00e9rence pour corr\u00e9ler la charge sanguine au d\u00e9clin cognitif.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Bien que redout\u00e9s pour leur toxicit\u00e9 cognitive, les m\u00e9dicaments antimuscariniques demeurent indispensables dans plusieurs sp\u00e9cialit\u00e9s m\u00e9dicales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Psychiatrie et neurologie :<\/strong> Les correcteurs de synth\u00e8se (trihexyph\u00e9nidyle, bip\u00e9rid\u00e8ne, tropat\u00e9pine) constituent la pierre angulaire du traitement symptomatique de l&rsquo;akathisie aigu\u00eb, des crises oculogyres et des dystonies aigu\u00ebs provoqu\u00e9es par les neuroleptiques incisifs. Dans la maladie de Parkinson, ils conservent une indication cibl\u00e9e pour r\u00e9duire les tremblements rebelles chez des sujets jeunes indemnes de troubles cognitifs.<\/li>\n<li><strong>Anesth\u00e9siologie et m\u00e9decine d&rsquo;urgence :<\/strong> L&rsquo;atropine s&rsquo;av\u00e8re vitale dans la r\u00e9animation des bradycardies sinusales extr\u00eames ou des blocs auriculo-ventriculaires d&rsquo;origine vagale. Elle repr\u00e9sente \u00e9galement l&rsquo;antidote sp\u00e9cifique d&rsquo;urgence en cas d&rsquo;intoxication aigu\u00eb aux insecticides organophosphor\u00e9s ou aux gaz innervants neurotoxiques (sarin, VX), qui saturent les synapses d&rsquo;ac\u00e9tylcholine en inhibant l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase.<\/li>\n<li><strong>Ophtalmologie :<\/strong> Le tropicamide et le cyclopentolate sont quotidiennement instill\u00e9s pour induire une mydriase diagnostique indispensable \u00e0 l&rsquo;examen du fond d&rsquo;\u0153il et bloquer le muscle ciliaire afin de mesurer avec exactitude la r\u00e9fraction chez l&rsquo;enfant.<\/li>\n<li><strong>Pneumologie et gastro-ent\u00e9rologie :<\/strong> Des mol\u00e9cules inhal\u00e9es non r\u00e9sorbables (ipratropium, tiotropium) induisent une bronchodilatation prolong\u00e9e salutaire dans la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Bronchopneumopathie_chronique_obstructive\">bronchopneumopathie chronique obstructive<\/a> (BPCO) et l&rsquo;asthme s\u00e9v\u00e8re, tandis que des d\u00e9riv\u00e9s cibl\u00e9s apaisent les spasmes coliques et digestifs douloureux.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche contemporaine et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La recherche \u00e9pid\u00e9miologique et observationnelle des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies a profond\u00e9ment modifi\u00e9 notre regard sur l&rsquo;innocuit\u00e9 \u00e0 long terme des antimuscariniques. Une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tudes de cohortes prospectives de grande envergure, \u00e0 l&rsquo;image des travaux publi\u00e9s par Gray et al. (2015) dans le <em>JAMA Internal Medicine<\/em>, ou de l&rsquo;\u00e9tude britannique de Coupland et al. (2019), ont d\u00e9montr\u00e9 une corr\u00e9lation dose-d\u00e9pendante et cumulative robuste entre l&rsquo;exposition chronique \u00e0 des m\u00e9dicaments \u00e0 forte charge anticholinergique et le risque d&rsquo;apparition ult\u00e9rieure de syndromes d\u00e9mentiels irr\u00e9versibles, incluant la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_d%27Alzheimer\">maladie d&rsquo;Alzheimer<\/a>.<\/p>\n<p>Ces donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques sugg\u00e8rent qu&rsquo;une exposition cumul\u00e9e quotidienne \u00e9quivalant \u00e0 la prise d&rsquo;un antimuscarinique puissant pendant plus de trois ans majore l&rsquo;incidence des troubles neurocognitifs majeurs de pr\u00e8s de 50 % par rapport \u00e0 une population non expos\u00e9e. Les hypoth\u00e8ses explicatives avancent qu&rsquo;un blocage muscarinique central prolong\u00e9 pourrait non seulement masquer et acc\u00e9l\u00e9rer l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une pathologie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative sous-jacente, mais \u00e9galement favoriser l&rsquo;accumulation anormale de peptide b\u00eata-amylo\u00efde et la phosphorylation pathologique de la prot\u00e9ine tau en privant les neurones des effets neuroprotecteurs m\u00e9di\u00e9s par l&rsquo;activation normale des r\u00e9cepteurs M1.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la neuro-imagerie fonctionnelle et structurelle contemporaine corrobore ces observations en montrant une r\u00e9duction acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e du volume hippocampique et une atrophie corticale globale plus marqu\u00e9e chez les sujets \u00e2g\u00e9s consommateurs r\u00e9guliers de ces substances. Enfin, dans le champ de la psychiatrie biologique, la scopolamine fait l&rsquo;objet d&rsquo;un regain d&rsquo;int\u00e9r\u00eat fascinant : administr\u00e9e par voie intraveineuse \u00e0 faibles doses transitoires, elle engendre un effet antid\u00e9presseur ultrarapide chez les patients souffrant de d\u00e9pression r\u00e9sistante ou bipolaire, un m\u00e9canisme d&rsquo;action novateur semblant reposer sur une cascade synaptique glutamatergique secondaire comparable \u00e0 celle induite par la k\u00e9tamine.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et d\u00e9mographiques<\/h3>\n<p>La vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux m\u00e9dicaments antimuscariniques est fortement asym\u00e9trique sur le plan d\u00e9mographique. La population g\u00e9riatrique constitue le groupe le plus expos\u00e9 en raison de multiples facteurs intriqu\u00e9s : modifications pharmacocin\u00e9tiques li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge (diminution du m\u00e9tabolisme h\u00e9patique et de la clairance r\u00e9nale, augmentation de la fraction libre des m\u00e9dicaments lipophiles), perm\u00e9abilit\u00e9 accrue de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique s\u00e9nescente, et d\u00e9clin physiologique pr\u00e9existant du nombre de neurones cholinergiques centraux.<\/p>\n<p>Dans les pays industrialis\u00e9s, le ph\u00e9nom\u00e8ne de polym\u00e9dication chez les personnes de plus de 65 ans amplifie de fa\u00e7on critique ce risque. Les prescriptions crois\u00e9es pour incontinence urinaire, troubles du sommeil, insomnie, vertiges, allergies saisonni\u00e8res et douleurs neuropathiques aboutissent souvent \u00e0 une charge anticholinergique totale cumulative insidieuse, ignor\u00e9e des prescripteurs non coordonn\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan socioculturel, il existe par ailleurs un m\u00e9susage document\u00e9 et des pratiques r\u00e9cr\u00e9atives impliquant les antimuscariniques centraux. Dans divers contextes sous-culturels ou chez des adolescents et jeunes adultes en qu\u00eate d&rsquo;exp\u00e9riences psychoactives extr\u00eames, l&rsquo;ingestion de graines de datura ou le surdosage d\u00e9lib\u00e9r\u00e9 de trihexyph\u00e9nidyle (fr\u00e9quemment d\u00e9tourn\u00e9 sous le nom de marque \u00ab Artane \u00bb dans certaines r\u00e9gions du globe) sont recherch\u00e9s pour leurs propri\u00e9t\u00e9s hallucinog\u00e8nes et d\u00e9sinhibitrices. Ces conduites \u00e0 risque se soldent fr\u00e9quemment par des hospitalisations en milieu r\u00e9animatoire pour \u00ab syndrome anticholinergique malin \u00bb associant d\u00e9lire hallucinatoire terrifiant, hyperthermie maligne et convulsions.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites th\u00e9rapeutiques<\/h3>\n<p>La prescription syst\u00e9matique d&rsquo;antimuscariniques comme \u00ab protecteurs \u00bb ou \u00ab correcteurs \u00bb syst\u00e9matiques lors de l&rsquo;instauration d&rsquo;un traitement antipsychotique repr\u00e9sente l&rsquo;une des controverses les plus vives de la psychiatrie contemporaine. De nombreux experts et soci\u00e9t\u00e9s savantes pr\u00e9conisent aujourd&rsquo;hui de proscrire cette co-prescription prophylactique syst\u00e9matique en raison de ses m\u00e9faits av\u00e9r\u00e9s sur les fonctions cognitives et de la majoration du risque de d\u00e9velopper ult\u00e9rieurement des dyskin\u00e9sies tardives irr\u00e9versibles.<\/p>\n<p>Un autre \u00e9cueil majeur r\u00e9side dans la survenue du \u00ab d\u00e9lire atropinique \u00bb ou syndrome anticholinergique central. Cette urgence neuropsychiatrique se caract\u00e9rise par une confusion mentale fluctuante, une anxi\u00e9t\u00e9 paroxystique, un b\u00e9gaiement ou des propos incoh\u00e9rents, des myoclonies, ainsi que des hallucinations visuelles vivaces souvent sc\u00e9niques. Les cliniciens non avertis commettent parfois l&rsquo;erreur dramatique d&rsquo;interpr\u00e9ter cette confusion d\u00e9lirante comme une d\u00e9compensation psychotique de la maladie initiale du patient, ce qui les conduit \u00e0 augmenter les doses d&rsquo;antipsychotiques dot\u00e9s eux-m\u00eames d&rsquo;effets antimuscariniques, aggravant ainsi la cascade iatrog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Enfin, la balance b\u00e9n\u00e9fice\/risque des antispasmodiques urologiques prescrits pour l&rsquo;hyperactivit\u00e9 v\u00e9sicale chez le patient \u00e2g\u00e9 fait l&rsquo;objet d&rsquo;une remise en question constante. Plusieurs g\u00e9riatres recommandent d\u00e9sormais de privil\u00e9gier des th\u00e9rapies comportementales de r\u00e9\u00e9ducation du plancher pelvien ou des agonistes des r\u00e9cepteurs b\u00eata-3 adr\u00e9nergiques (comme le mirab\u00e9gron), d\u00e9pourvus d&rsquo;affinit\u00e9 pour les r\u00e9cepteurs cholinergiques, afin d&rsquo;\u00e9pargner les capacit\u00e9s mn\u00e9siques des a\u00een\u00e9s.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions nosologiques<\/h3>\n<p>La terminologie entourant les m\u00e9dicaments antimuscariniques n\u00e9cessite d&rsquo;\u00eatre soigneusement clarifi\u00e9e pour \u00e9viter des confusions fr\u00e9quentes en pharmacologie et en neuropsychiatrie :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Anticholinergique :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique englobant toute substance neutralisant l&rsquo;ac\u00e9tylcholine. Il inclut les antimuscariniques mais \u00e9galement les <em>bloquants nicotiniques<\/em> (tels que les curares utilis\u00e9s en anesth\u00e9sie pour induire une paralysie musculaire motrice ou les gangliopl\u00e9giques). Tout antimuscarinique est un anticholinergique, mais tout anticholinergique n&rsquo;est pas un antimuscarinique.<\/li>\n<li><strong>Parasympatholytique :<\/strong> Notion fonctionnelle classique d\u00e9crivant une mol\u00e9cule qui bloque sp\u00e9cifiquement les r\u00e9ponses du syst\u00e8me nerveux parasympathique. Bien que superposable aux antimuscariniques p\u00e9riph\u00e9riques, ce vocable physiologique ne tient pas compte des r\u00e9percussions neurochimiques centrales de la mol\u00e9cule sur le cortex ou l&rsquo;hippocampe.<\/li>\n<li><strong>Cholinomim\u00e9tique \/ Parasympathomim\u00e9tique :<\/strong> Antonyme pharmacologique direct. D\u00e9signe les agents qui stimulent les r\u00e9cepteurs cholinergiques ou qui emp\u00eachent la d\u00e9gradation de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine (comme les inhibiteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase : don\u00e9p\u00e9zil, rivastigmine, galantamine), prescrits pr\u00e9cis\u00e9ment pour compenser le d\u00e9ficit cognitif dans la maladie d&rsquo;Alzheimer.<\/li>\n<li><strong>Charge anticholinergique :<\/strong> Concept \u00e9pid\u00e9miologique et clinique composite qui ne d\u00e9signe pas un compos\u00e9 isol\u00e9, mais l&rsquo;effet net r\u00e9sultant de l&rsquo;addition de toutes les prescriptions d&rsquo;un patient pr\u00e9sentant une activit\u00e9 inhibitrice sur les r\u00e9cepteurs muscariniques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Les m\u00e9dicaments antimuscariniques agissent comme des antagonistes comp\u00e9titifs des r\u00e9cepteurs muscariniques de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine, exer\u00e7ant un impact profond \u00e0 la fois sur le syst\u00e8me nerveux autonome p\u00e9riph\u00e9rique et sur les r\u00e9seaux neuronaux du syst\u00e8me nerveux central. Si leur r\u00f4le demeure incontournable en r\u00e9animation, en anesth\u00e9sie, en ophtalmologie et dans la ma\u00eetrise des sympt\u00f4mes extrapyramidaux induits par les neuroleptiques, leurs effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res sur les fonctions intellectuelles imposent une vigilance m\u00e9dicale de premier ordre.<\/p>\n<p>Sur le plan neurocognitif, ces mol\u00e9cules perturbent l&rsquo;encodage mn\u00e9sique, r\u00e9duisent l&rsquo;attention soutenue et favorisent l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;\u00e9pisodes de confusion mentale aigu\u00eb (delirium), particuli\u00e8rement chez les sujets \u00e2g\u00e9s ou neuro-vuln\u00e9rables. De surcro\u00eet, les donn\u00e9es contemporaines confirment qu&rsquo;une exposition chronique et cumul\u00e9e \u00e0 une charge anticholinergique \u00e9lev\u00e9e majore significativement le risque de d\u00e9velopper une d\u00e9mence p\u00e9renne.<\/p>\n<p>Dans la pratique psychologique et psychiatrique moderne, l&rsquo;optimisation th\u00e9rapeutique exige donc une r\u00e9\u00e9valuation constante des ordonnances, la recherche syst\u00e9matique des effets antimuscariniques dissimul\u00e9s au sein des psychotropes et la promotion d&rsquo;alternatives pharmacologiques ou non pharmacologiques chaque fois que la pr\u00e9servation du capital cognitif du patient est en jeu.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Boustani, M., Campbell, N., Munger, S., Maidment, I., &amp; Fox, C. (2008). Impact of anticholinergics on the aging brain: A review and practical application. <em>Aging Health<\/em>, 4(3), 311\u2013320. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2217\/1745509X.4.3.311\">https:\/\/doi.org\/10.2217\/1745509X.4.3.311<\/a><\/li>\n<li>Coupland, C. A. C., Hill, T., Dening, T., Morriss, R., Moore, M., &amp; Hippisley-Cox, J. (2019). Anticholinergic drug exposure and the risk of dementia: A nested case-control study. <em>JAMA Internal Medicine<\/em>, 179(8), 1084\u20131093. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamainternmed.2019.0677\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamainternmed.2019.0677<\/a><\/li>\n<li>Drachman, D. A., &amp; Leavitt, J. (1974). Human memory and the cholinergic system: A relationship to aging? <em>Archives of Neurology<\/em>, 30(2), 113\u2013121. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archneur.1974.00490320001001\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archneur.1974.00490320001001<\/a><\/li>\n<li>Gray, S. L., Anderson, M. L., Dublin, S., Hanlon, J. T., Hubbard, R., Walker, R., Yu, O., Crane, P. K., &amp; Larson, E. B. (2015). Cumulative use of strong anticholinergics and incident dementia: A prospective cohort study. <em>JAMA Internal Medicine<\/em>, 175(3), 401\u2013407. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamainternmed.2014.7740\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamainternmed.2014.7740<\/a><\/li>\n<li>Hulme, E. C., Birdsall, N. J., &amp; Buckley, N. J. (1990). Muscarinic receptor subtypes. <em>Annual Review of Pharmacology and Toxicology<\/em>, 30, 635\u2013673. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.pa.30.040190.003223\">https:\/\/doi.org\/10.1146\/annurev.pa.30.040190.003223<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez les m\u00e9canismes, indications et r\u00e9percussions neurocognitives des m\u00e9dicaments antimuscariniques, de leurs fondements th\u00e9oriques aux risques mn\u00e9siques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,958,7375],"tags":[6360,32735,34246,34247,34167,34248,18513],"class_list":["post-20631","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-psychiatrie-clinique","category-psychopharmacologie","tag-acetylcholine","tag-anticholinergique","tag-antimuscarinique","tag-atropine","tag-charge-anticholinergique","tag-scopolamine","tag-troubles-cognitifs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20631","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20631\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20631"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20631"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20631"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}