{"id":20630,"date":"2026-10-24T07:20:22","date_gmt":"2026-10-24T07:20:22","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=antimetropie-asymetrie-visuelle-binoculaire"},"modified":"2026-10-24T07:20:22","modified_gmt":"2026-10-24T07:20:22","slug":"antimetropie-asymetrie-visuelle-binoculaire","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=antimetropie-asymetrie-visuelle-binoculaire","title":{"rendered":"Antim\u00e9tropie : L&rsquo;asym\u00e9trie visuelle binoculaire"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;antim\u00e9tropie repr\u00e9sente l&rsquo;une des configurations r\u00e9fractives les plus singuli\u00e8res et complexes du syst\u00e8me visuel humain, caract\u00e9ris\u00e9e par la coexistence paradoxale d&rsquo;un \u0153il myope et d&rsquo;un \u0153il hyperm\u00e9trope chez un m\u00eame individu. Cette discordance optique fondamentale impose un d\u00e9fi neuro-ophtalmologique et psychologique majeur, contraignant le cortex visuel \u00e0 traiter simultan\u00e9ment deux flux d&rsquo;informations aux r\u00e9solutions et aux plans focaux radicalement divergents. Comprendre ses m\u00e9canismes sous-jacents \u00e9claire non seulement les lois de la r\u00e9fraction oculaire, mais aussi les dynamiques de la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale, de l&rsquo;adaptation perceptive et du d\u00e9veloppement cognitif de l&rsquo;enfant.<\/p>\n<h2>Antim\u00e9tropie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;antim\u00e9tropie est une forme rare et sp\u00e9cifique d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Anisom%C3%A9tropie\">anisom\u00e9tropie<\/a> dans laquelle les deux yeux pr\u00e9sentent des \u00e9tats r\u00e9fractifs de signes oppos\u00e9s : l&rsquo;un est atteint de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Myopie\">myopie<\/a> (focalisation en avant de la r\u00e9tine), tandis que l&rsquo;autre pr\u00e9sente une hyperm\u00e9tropie (focalisation en arri\u00e8re de la r\u00e9tine). Contrairement \u00e0 l&rsquo;anisom\u00e9tropie isom\u00e9trique o\u00f9 les deux globes oculaires partagent la m\u00eame polarit\u00e9 optique \u00e0 des degr\u00e9s divers, l&rsquo;antim\u00e9tropie instaure une asym\u00e9trie bidirectionnelle du plan focal.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue clinique et neurobiologique, cette disparit\u00e9 emp\u00eache le syst\u00e8me nerveux central d&rsquo;\u00e9tablir une accommodation harmonis\u00e9e entre les deux r\u00e9tines. L&rsquo;appareil visuel se trouve confront\u00e9 \u00e0 une rivalit\u00e9 permanente : lorsque le sujet tente de faire la mise au point sur un objet \u00e9loign\u00e9, l&rsquo;\u0153il hyperm\u00e9trope doit mobiliser son pouvoir accommodatif tandis que l&rsquo;\u0153il myope demeure flou ; inversement, en vision de pr\u00e8s, l&rsquo;\u0153il myope b\u00e9n\u00e9ficie d&rsquo;une acuit\u00e9 naturelle sans effort, alors que l&rsquo;\u0153il hyperm\u00e9trope requiert une stimulation ciliaire consid\u00e9rable. Cette contradiction optique fragilise les processus de fusion motrice et sensorielle au sein du cortex visuel primaire.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel et psychologique, l&rsquo;antim\u00e9tropie est \u00e9troitement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 des perturbations perceptives subtiles ou s\u00e9v\u00e8res, incluant l&rsquo;anis\u00e9iconie (diff\u00e9rence per\u00e7ue dans la taille des images r\u00e9tiniennes), la rupture de la st\u00e9r\u00e9oscopie, la fatigue cognitive li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;asth\u00e9nopie et, chez l&rsquo;enfant en bas \u00e2ge, un risque particuli\u00e8rement \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;amblyopie anis\u00e9iconique ou d&rsquo;inhibition corticale unilat\u00e9rale.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab antim\u00e9tropie \u00bb est un n\u00e9ologisme scientifique construit \u00e0 partir de racines grecques anciennes couramment mobilis\u00e9es dans le lexique ophtalmologique et optom\u00e9trique contemporain. Il r\u00e9sulte de l&rsquo;adjonction de trois formants morphologiques distincts :<\/p>\n<ul>\n<li>Le pr\u00e9fixe grec <em>anti-<\/em> (\u1f00\u03bd\u03c4\u03af), traduisant l&rsquo;opposition, la contrepartie, la confrontation ou la polarit\u00e9 invers\u00e9e ;<\/li>\n<li>Le radical nominal <em>metron<\/em> (\u03bc\u03ad\u03c4\u03c1\u03bf\u03bd), signifiant \u00ab mesure \u00bb, \u00ab juste proportion \u00bb ou \u00ab norme dimensionnelle \u00bb ;<\/li>\n<li>Le suffixe <em>-opia<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 de <em>\u014dps<\/em> (\u1f64\u03c8) ou <em>opsis<\/em> (\u1f44\u03c8\u03b9\u03c2), renvoyant au regard, \u00e0 la vue ou \u00e0 la fonction oculaire.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;ensemble s&rsquo;adosse directement au concept d&#8217;emm\u00e9tropie (vue normale, id\u00e9alement mesur\u00e9e), auquel s&rsquo;oppose l&rsquo;am\u00e9tropie (vue d\u00e9viant de la norme de r\u00e9fraction). En y incorporant le pr\u00e9fixe <em>anti-<\/em>, la nosologie m\u00e9dicale isole sp\u00e9cifiquement la situation o\u00f9 chaque \u0153il incarne une am\u00e9tropie antinomique par rapport \u00e0 la norme emm\u00e9tropique centrale. Introduit dans la litt\u00e9rature ophtalmologique europ\u00e9enne au cours du XIXe si\u00e8cle aux c\u00f4t\u00e9s de la classification g\u00e9n\u00e9rale des vices de r\u00e9fraction de Frans Cornelis Donders, le mot s&rsquo;est stabilis\u00e9 dans les lexiques fran\u00e7ais, allemand et anglo-saxon pour d\u00e9signer sans ambigu\u00eft\u00e9 cette opposition dioptrique droite-gauche.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, \u00ab antim\u00e9tropie \u00bb est un substantif f\u00e9minin singulier qui se prononce phon\u00e9tiquement [\u0251\u0303.ti.me.t\u0281\u0254.pi]. Le terme s&rsquo;\u00e9crit invariablement avec un accent aigu sur la premi\u00e8re lettre \u00ab e \u00bb (antim\u00e9-) et prend la marque classique du pluriel orthographique avec un \u00ab s \u00bb terminal (\u00ab antim\u00e9tropies \u00bb [\u0251\u0303.ti.me.t\u0281\u0254.pi]), bien que son emploi au pluriel soit restreint aux comparaisons de typologies cliniques.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif correspondant est \u00ab antim\u00e9trope \u00bb [\u0251\u0303.ti.me.t\u0281\u0254p], invariable en genre au singulier (\u00ab un patient antim\u00e9trope \u00bb, \u00ab une vision antim\u00e9trope \u00bb) et prenant un \u00ab s \u00bb au pluriel (\u00ab des sujets antim\u00e9tropes \u00bb). Dans le discours acad\u00e9mique et clinique, on rencontre fr\u00e9quemment l&rsquo;expression \u00ab statut antim\u00e9tropique \u00bb ou \u00ab configuration antim\u00e9tropique \u00bb pour qualifier la condition r\u00e9fractive globale du sujet ou les propri\u00e9t\u00e9s d&rsquo;un syst\u00e8me visuel binoculaire asym\u00e9trique.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender l&rsquo;antim\u00e9tropie dans toute sa profondeur, il convient de d\u00e9passer la simple \u00e9quation physique de la dioptrie et d&rsquo;analyser la mani\u00e8re dont le syst\u00e8me nerveux int\u00e8gre les images visuelles. Chez l&rsquo;individu emm\u00e9trope, les rayons lumineux parall\u00e8les issus de l&rsquo;infini optique convergent pr\u00e9cis\u00e9ment sur la macula de chaque \u0153il lorsque le muscle ciliaire est rel\u00e2ch\u00e9. Les deux yeux partagent une longueur axiale et une puissance corn\u00e9o-cristallinienne quasi identiques, ce qui permet \u00e0 l&rsquo;\u00e9corce c\u00e9r\u00e9brale de fusionner ais\u00e9ment les deux stimulations r\u00e9tiniennes en un percept unitaire tridimensionnel (st\u00e9r\u00e9opsie).<\/p>\n<p>Dans le tableau clinique de l&rsquo;antim\u00e9tropie, l&rsquo;un des deux globes oculaires pr\u00e9sente un exc\u00e8s de convergence r\u00e9fractive ou une longueur axiale trop importante (myopie), projetant l&rsquo;image nette en avant du plan des photor\u00e9cepteurs. L&rsquo;autre globe oculaire accuse un d\u00e9ficit convergent ou une bri\u00e8vet\u00e9 axiale relative (hyperm\u00e9tropie), positionnant le foyer virtuel en arri\u00e8re de la r\u00e9tine. Le sujet se retrouve donc dot\u00e9 de deux appareils photographiques biologiques munis d&rsquo;objectifs antagonistes et non synchronis\u00e9s. L&rsquo;amplitude d&rsquo;accommodation \u00e9tant un ph\u00e9nom\u00e8ne conjugu\u00e9 sous contr\u00f4le neurologique central commun (loi d&rsquo;innervation sym\u00e9trique de Hering), le cortex ne peut pas envoyer une commande motrice d&rsquo;accommodation diff\u00e9rente \u00e0 chaque \u0153il. D\u00e8s lors, si l&rsquo;\u0153il hyperm\u00e9trope accommode pour clarifier une cible distante, l&rsquo;\u0153il myope devient d&rsquo;autant plus myopis\u00e9 et brouill\u00e9.<\/p>\n<p>Ce d\u00e9saccord dioptrique engendre ce que les neurobiologistes qualifient de rivalit\u00e9 binoculaire chronique. Incapable de superposer deux images dont l&rsquo;une est nette et l&rsquo;autre irr\u00e9m\u00e9diablement diffuse, le syst\u00e8me nerveux central met en \u0153uvre des m\u00e9canismes de compensation et de d\u00e9fense perceptuelle. Le plus pr\u00e9coce et le plus invasif de ces m\u00e9canismes est la suppression interoculaire : les connexions synaptiques transmettant le signal de l&rsquo;\u0153il le plus d\u00e9favoris\u00e9 pour une t\u00e2che donn\u00e9e sont transitoirement ou d\u00e9finitivement inhib\u00e9es dans les colonnes de dominance oculaire de l&rsquo;aire V1 (cortex stri\u00e9). Lorsque cette inhibition s&rsquo;installe au cours de la fen\u00eatre de maturation c\u00e9r\u00e9brale pr\u00e9coce, elle d\u00e9bouche sur une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Amblyopie\">amblyopie<\/a> fonctionnelle, caract\u00e9ris\u00e9e par une baisse irr\u00e9versible de l&rsquo;acuit\u00e9 visuelle centrale m\u00eame apr\u00e8s correction optique parfaite.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;antim\u00e9tropie introduit fr\u00e9quemment une contrainte g\u00e9om\u00e9trique majeure lors de la compensation optique : l&rsquo;anis\u00e9iconie. La correction d&rsquo;une myopie par un verre divergent entra\u00eene une diminution de la taille de l&rsquo;image r\u00e9tinienne (effet de minification), tandis que la correction de l&rsquo;hyperm\u00e9tropie par un verre convergent produit un agrandissement (effet de magnification). Cette distorsion de dimension relative entre les deux r\u00e9tines, si elle exc\u00e8de 3 \u00e0 5 %, exc\u00e8de les capacit\u00e9s de fusion du cerveau humain, provoquant des distorsions spatiales vertigineuses, un inconfort visuel incapacitant et une d\u00e9sorganisation de l&rsquo;espace p\u00e9ripersonnel.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension scientifique de l&rsquo;antim\u00e9tropie s&rsquo;est structur\u00e9e parall\u00e8lement \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence de l&rsquo;ophtalmologie moderne au cours de la seconde moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle. Jusqu&rsquo;alors, les praticiens observaient empiriquement des patients capables de lire de tr\u00e8s pr\u00e8s sans verres d&rsquo;un \u0153il tout en discernant des cibles \u00e9loign\u00e9es de l&rsquo;autre, une particularit\u00e9 alors assimil\u00e9e \u00e0 des curiosit\u00e9s t\u00e9ratologiques ou \u00e0 des dysfonctionnements du sensorium sans assise anatomique claire.<\/p>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;ophtalmologiste n\u00e9erlandais Frans Cornelis Donders qui, par la publication en 1864 de son trait\u00e9 magistral <em>On the Anomalies of Accommodation and Refraction of the Eye<\/em>, pose les fondations physiologiques et physiques rigoureuses des vices de r\u00e9fraction. Donders d\u00e9crit m\u00e9thodiquement les \u00e9carts de r\u00e9fraction unilat\u00e9raux et introduit la notion d&rsquo;anisom\u00e9tropie pour qualifier les diff\u00e9rences d&rsquo;am\u00e9tropie entre les yeux. Peu apr\u00e8s, les cliniciens germanophones et fran\u00e7ais isolent sous le nom d&rsquo;antim\u00e9tropie le sous-groupe paradoxal combinant myopie et hyperm\u00e9tropie, soulignant l&rsquo;impossibilit\u00e9 d&rsquo;une accommodation unifi\u00e9e.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, avec l&rsquo;av\u00e8nement des m\u00e9thodes de skiascopie et de r\u00e9fraction subjective standardis\u00e9e, des chercheurs comme Alfred Bielschowsky commencent \u00e0 explorer les implications motrices de ces \u00e9carts dioptriques, documentant la propension des patients antim\u00e9tropes \u00e0 d\u00e9velopper des h\u00e9t\u00e9rophories d\u00e9compens\u00e9es ou des micro-strabismes. L&rsquo;introduction par Hermann von Helmholtz des concepts de fusion psychique et d&rsquo;horopt\u00e8re permet de mod\u00e9liser les distorsions spatiales engendr\u00e9es par cette asym\u00e9trie.<\/p>\n<p>Les ann\u00e9es 1960 et 1970 marquent un tournant r\u00e9volutionnaire gr\u00e2ce aux travaux de David Hubel et Torsten Wiesel sur l&rsquo;architecture fonctionnelle du cortex visuel et l&rsquo;existence de p\u00e9riodes critiques du d\u00e9veloppement n\u00e9onatal. Leurs d\u00e9couvertes exp\u00e9rimentales r\u00e9v\u00e8lent comment une disparit\u00e9 optique asym\u00e9trique pr\u00e9coce, telle qu&rsquo;une antim\u00e9tropie cong\u00e9nitale non corrig\u00e9e, alt\u00e8re de mani\u00e8re structurelle les colonnes de dominance oculaire, induisant une atrophie des corps genouill\u00e9s lat\u00e9raux et une r\u00e9organisation fonctionnelle irr\u00e9versible de l&rsquo;aire visuelle primaire. Cette perc\u00e9e translate d\u00e9finitivement l&rsquo;antim\u00e9tropie du simple domaine de l&rsquo;optique luneti\u00e8re vers celui des neurosciences cognitives et du neurod\u00e9veloppement p\u00e9diatrique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>Le statut d&rsquo;antim\u00e9tropie mobilise plusieurs piliers th\u00e9oriques majeurs issus de la physiologie sensorielle, de la cybern\u00e9tique visuelle et des sciences cognitives de la perception :<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie du contr\u00f4le binoculaire et de l&rsquo;asservissement accommodatif :<\/strong> Selon les lois classiques de la neuro-ophtalmologie, notamment la loi de motricit\u00e9 conjugu\u00e9e de Hering, les deux yeux re\u00e7oivent un signal d&rsquo;innervation simultan\u00e9 et d&rsquo;intensit\u00e9 \u00e9gale pour l&rsquo;alignement moteur et l&rsquo;effort d&rsquo;accommodation. Le syst\u00e8me nerveux fonctionne sur un principe de boucle d&rsquo;asservissement n\u00e9gatif : il tente de minimiser le flou r\u00e9tinien moyen. Dans l&rsquo;antim\u00e9tropie, l&rsquo;absence de solution d&rsquo;accommodation permettant d&rsquo;annuler le flou bilat\u00e9ral soumet le syst\u00e8me \u00e0 une oscillation continue ou force le cerveau \u00e0 choisir un \u0153il ma\u00eetre permanent, rel\u00e9guant l&rsquo;autre \u00e0 un flou perceptif non r\u00e9solu.<\/p>\n<p><strong>La th\u00e9orie de la plasticit\u00e9 neuronale et des p\u00e9riodes critiques :<\/strong> Formul\u00e9e \u00e0 partir des d\u00e9couvertes de Hubel et Wiesel, cette approche soutient que les circuits synaptiques corticaux responsables de la vision binoculaire et de la st\u00e9r\u00e9oscopie se construisent sous l&rsquo;influence directe de l&rsquo;exp\u00e9rience sensorielle pr\u00e9coce. La pr\u00e9sence d&rsquo;une antim\u00e9tropie durant cette fen\u00eatre de vuln\u00e9rabilit\u00e9 maximale engendre une comp\u00e9tition synaptique in\u00e9quitable : les terminaisons aff\u00e9rentes issues de l&rsquo;\u0153il fournissant l&rsquo;image la plus d\u00e9grad\u00e9e perdent leur territoire cortical face \u00e0 l&rsquo;\u0153il dominant, entra\u00eenant une <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Plasticit%C3%A9_neuronale\">plasticit\u00e9 neuronale<\/a> malformative conduisant \u00e0 l&rsquo;amblyopie fonctionnelle.<\/p>\n<p><strong>Le paradigme de la rivalit\u00e9 binoculaire et de la suppression sensorielle :<\/strong> Lorsque deux images dissemblables en contraste, en nettet\u00e9 ou en taille stimulent des points r\u00e9tiniens correspondants, le cortex ne parvient pas \u00e0 synth\u00e9tiser un percept unitaire. Au lieu d&rsquo;une perception stable, le cerveau alterne entre les images (rivalit\u00e9 binoculaire) ou, plus fr\u00e9quemment dans l&rsquo;am\u00e9tropie asym\u00e9trique stable, applique une suppression active sur les signaux de l&rsquo;\u0153il d\u00e9favoris\u00e9. Ce filtrage neurophysiologique d\u00e9montre le r\u00f4le actif de l&rsquo;attention et des m\u00e9canismes d&rsquo;inhibition centrale dans la construction de la conscience perceptive.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse clinique de l&rsquo;antim\u00e9tropie requiert une d\u00e9composition fine selon l&rsquo;\u00e9tiologie anatomique, la magnitude de la diff\u00e9rence dioptrique et l&rsquo;orientation fonctionnelle de la dominance oculaire :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Antim\u00e9tropie axiale pure :<\/strong> Provient d&rsquo;une diff\u00e9rence de longueur axiale ant\u00e9ropost\u00e9rieure entre les deux globes oculaires. L&rsquo;\u0153il myope pr\u00e9sente un diam\u00e8tre axial excessif (souvent sup\u00e9rieur \u00e0 24 mm), tandis que l&rsquo;\u0153il hyperm\u00e9trope est anormalement court (inf\u00e9rieur \u00e0 22 mm), malgr\u00e9 des courbures corn\u00e9ennes et des puissances cristalliniennes strictement identiques.<\/li>\n<li><strong>Antim\u00e9tropie r\u00e9fractive ou d&rsquo;indice :<\/strong> R\u00e9sulte d&rsquo;une variation de la puissance dioptrique des milieux transparents (corn\u00e9e anormalement cambr\u00e9e d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 et plate de l&rsquo;autre, ou diff\u00e9rence d&rsquo;indice de r\u00e9fraction du noyau cristallinien, fr\u00e9quemment observ\u00e9e au stade initial d&rsquo;une cataracte nucl\u00e9aire unilat\u00e9rale), les longueurs des globes \u00e9tant par ailleurs sym\u00e9triques.<\/li>\n<li><strong>Antim\u00e9tropie mixte ou combin\u00e9e :<\/strong> Forme la plus fr\u00e9quente, o\u00f9 des dissemblances \u00e0 la fois axiales et de courbures corn\u00e9ennes ou cristalliniennes concourent \u00e0 l&rsquo;opposition des plans focaux.<\/li>\n<li><strong>Antim\u00e9tropie \u00e0 faible \u00e9cart (\u2264 2,00 dioptries) :<\/strong> Souvent bien tol\u00e9r\u00e9e sur le plan fusionnel, elle permet parfois le maintien d&rsquo;une st\u00e9r\u00e9oscopie fonctionnelle brute sans d\u00e9sorganisation majeure de l&rsquo;alignement moteur des axes visuels.<\/li>\n<li><strong>Antim\u00e9tropie \u00e0 fort \u00e9cart (> 3,00 dioptries) :<\/strong> Presque syst\u00e9matiquement associ\u00e9e \u00e0 une anis\u00e9iconie clinique majeure, une perte compl\u00e8te de la st\u00e9r\u00e9oscopie fine, une suppression monoculaire unilat\u00e9rale s\u00e9v\u00e8re et un risque majeur d&rsquo;amblyopie am\u00e9tropique chez l&rsquo;enfant.<\/li>\n<li><strong>Antim\u00e9tropie avec astigmatisme crois\u00e9 :<\/strong> Complexification clinique o\u00f9 s&rsquo;ajoutent des composantes cylindriques obliques ou orthogonales asym\u00e9triques sur chaque \u0153il, fragmentant encore davantage la concordance des fuseaux de Sturm r\u00e9tiniens.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation concr\u00e8te de l&rsquo;antim\u00e9tropie en pratique clinique et psychologique met en relief la grande diversit\u00e9 des trajectoires adaptatives selon l&rsquo;\u00e2ge d&rsquo;apparition et les modalit\u00e9s de compensation sensorielle :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;adaptation spontan\u00e9e dite de \u00ab monovision naturelle \u00bb chez l&rsquo;adulte.<\/strong> Un enseignant de 52 ans consulte pour un bilan visuel de routine. L&rsquo;examen r\u00e9v\u00e8le un \u0153il droit myope de -1,75 dioptrie et un \u0153il gauche hyperm\u00e9trope de +1,25 dioptrie, une condition ignor\u00e9e du patient depuis l&rsquo;adolescence. De mani\u00e8re totalement inconsciente, son syst\u00e8me nerveux central a instaur\u00e9 une s\u00e9gr\u00e9gation des fonctions : l&rsquo;\u0153il gauche hyperm\u00e9trope (et l\u00e9g\u00e8rement corrig\u00e9 par son accommodation r\u00e9siduelle) assure la vision lointaine (conduite, observation g\u00e9n\u00e9rale), tandis que l&rsquo;\u0153il droit myope prend automatiquement le relais pour la lecture de pr\u00e8s sans aucun effort d&rsquo;accommodation. Le sujet ne signale aucune plainte fonctionnelle majeure, hormis l&rsquo;absence de st\u00e9r\u00e9opsie fine (incapacit\u00e9 \u00e0 appr\u00e9cier les tests de relief st\u00e9r\u00e9oscopiques avanc\u00e9s), illustrant une symbiose fonctionnelle o\u00f9 l&rsquo;antim\u00e9tropie compense pr\u00e9cocement les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res de la presbytie naissante.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : D\u00e9compensation asth\u00e9nopique et anis\u00e9iconie induite par des lunettes.<\/strong> Une graphiste de 28 ans pr\u00e9sente une antim\u00e9tropie plus marqu\u00e9e : \u0153il droit myope de -3,50 dioptries et \u0153il gauche hyperm\u00e9trope de +2,50 dioptries. Apr\u00e8s avoir port\u00e9 des lentilles de contact pendant dix ans sans encombre, elle se fait confectionner une monture de lunettes conventionnelle pour travailler sur \u00e9cran. Tr\u00e8s rapidement, elle d\u00e9veloppe des c\u00e9phal\u00e9es frontales s\u00e9v\u00e8res, des naus\u00e9es cin\u00e9toses-d\u00e9pendantes, des difficult\u00e9s \u00e0 juger les distances et une impression angoissante que les objets apparaissent asym\u00e9triques en taille. Ce tableau illustre l&rsquo;anis\u00e9iconie induite par la distance verre-\u0153il : le verre divergent droit r\u00e9tr\u00e9cit l&rsquo;image de 5 % tandis que le verre convergent gauche l&rsquo;agrandit de 4 %, cr\u00e9ant un diff\u00e9rentiel de pr\u00e8s de 9 % qui disloque la fusion corticale et submerge les capacit\u00e9s d&rsquo;adaptation psychophysiologique de la patiente.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Antim\u00e9tropie d\u00e9veloppementale et amblyopie unilat\u00e9rale chez l&rsquo;enfant.<\/strong> Lors d&rsquo;un d\u00e9pistage visuel scolaire en classe de cours pr\u00e9paratoire, un jeune enfant de 6 ans \u00e9choue au test d&rsquo;acuit\u00e9 monoculaire de l&rsquo;\u0153il gauche. La r\u00e9fraction sous cyclopl\u00e9gique r\u00e9v\u00e8le un \u0153il droit \u00e0 -0,50 dioptrie (acuit\u00e9 10\/10) et un \u0153il gauche \u00e0 +4,50 dioptries (acuit\u00e9 plafonnant \u00e0 2\/10 malgr\u00e9 les verres correcteurs). L&rsquo;enfant n&rsquo;avait jamais manifest\u00e9 de g\u00eane visible car son \u0153il droit assurait une vision claire \u00e0 toutes distances fonctionnelles. L&rsquo;\u0153il gauche, perp\u00e9tuellement hors focus et victime d&rsquo;une suppression corticale constante, a d\u00e9velopp\u00e9 une amblyopie profonde. La prise en charge a exig\u00e9 une correction optique rigoureuse par lentille coupl\u00e9e \u00e0 une th\u00e9rapie d&rsquo;occlusion s\u00e9lective de l&rsquo;\u0153il droit pour r\u00e9activer les connexions synaptiques dormantes du cortex visuel gauche.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation pr\u00e9cise de l&rsquo;antim\u00e9tropie exige une m\u00e9thodologie rigoureuse combinant examens ophtalmologiques objectifs, tests psychophysiques subjectifs et bilans orthoptiques approfondis :<\/p>\n<p><strong>R\u00e9fraction objective sous cyclopl\u00e9gie :<\/strong> L&rsquo;instillation d&rsquo;un agent parasympatholytique (tel que le cyclopentolate ou l&rsquo;atropine) est la r\u00e8gle d&rsquo;or, en particulier chez l&rsquo;enfant et l&rsquo;adulte jeune. En neutralisant temporairement le tonus ciliaire, la cyclopl\u00e9gie abolit l&rsquo;accommodation r\u00e9siduelle et r\u00e9v\u00e8le la r\u00e9fraction basale r\u00e9elle de chaque \u0153il, \u00e9vitant ainsi de masquer une hyperm\u00e9tropie latente derri\u00e8re une myopie apparente d&#8217;emprunt.<\/p>\n<p><strong>Biom\u00e9trie oculaire par interf\u00e9rom\u00e9trie optique :<\/strong> La mesure fine de la longueur axiale, de l&rsquo;\u00e9paisseur du cristallin et de la k\u00e9ratom\u00e9trie corn\u00e9enne permet de dissocier formellement la part axiale de la part r\u00e9fractive dans l&rsquo;asym\u00e9trie. Elle fournit \u00e9galement les variables de calcul indispensables pour pr\u00e9dire les pourcentages d&rsquo;anis\u00e9iconie attendus selon le mode de correction.<\/p>\n<p><strong>\u00c9valuation de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Vision_binoculaire\">vision binoculaire<\/a> et de la suppression :<\/strong> \u00c0 l&rsquo;aide de tests psychophysiques sp\u00e9cialis\u00e9s tels que le test des verres stri\u00e9s de Bagolini, le filtre rouge de Worth ou les synoptophores, le clinicien \u00e9value le degr\u00e9 de coop\u00e9ration sensorielle entre les deux r\u00e9tines. Ces instruments identifient s&rsquo;il existe une fusion normale, une suppression monoculaire pr\u00e9f\u00e9rentielle ou une alternance spontan\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Quantification de la st\u00e9r\u00e9opsie et de l&rsquo;anis\u00e9iconie :<\/strong> L&rsquo;acuit\u00e9 st\u00e9r\u00e9oscopique est mesur\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide de tests \u00e0 disparit\u00e9 r\u00e9tinienne calibr\u00e9e (st\u00e9r\u00e9otests de Titmus, de TNO ou de Lang). Pour \u00e9valuer sp\u00e9cifiquement la disparit\u00e9 per\u00e7ue de taille d&rsquo;image, des eiconom\u00e8tres informatis\u00e9s ou le test d&rsquo;anis\u00e9iconie d&rsquo;Awaya permettent de d\u00e9terminer avec pr\u00e9cision le pourcentage de divergence dimensionnelle selon les m\u00e9ridiens verticaux et horizontaux.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>L&rsquo;antim\u00e9tropie poss\u00e8de des r\u00e9percussions directes et fondamentales dans de nombreux contextes m\u00e9dicaux, ergonomiques et psychologiques :<\/p>\n<p><strong>Strat\u00e9gies de compensation optique et d&rsquo;ing\u00e9nierie visuelle :<\/strong> L&rsquo;appareillage en lunettes conventionnelles d&rsquo;une antim\u00e9tropie mod\u00e9r\u00e9e \u00e0 forte g\u00e9n\u00e8re des effets prismatiques induits asym\u00e9triques d\u00e8s que le regard quitte le centre optique du verre (loi de Prentice). Cela engendre une h\u00e9t\u00e9rophorie cin\u00e9tique tr\u00e8s d\u00e9stabilisante. La prescription pr\u00e9f\u00e9rentielle de lentilles de contact constitue l&rsquo;intervention de premier choix : en r\u00e9duisant la distance sommet-corn\u00e9e \u00e0 z\u00e9ro, la lentille minimise dramatiquement l&rsquo;anis\u00e9iconie et supprime les aberrations prismatiques dynamiques, restaurant les conditions g\u00e9om\u00e9triques de la fusion sensorielle.<\/p>\n<p><strong>Chirurgie r\u00e9fractive corn\u00e9enne et cristallinienne :<\/strong> Le recours au laser excimer (LASIK, PKR) ou \u00e0 l&rsquo;implantation de lentilles intraoculaires phakes offre une solution curative particuli\u00e8rement efficace pour r\u00e9\u00e9quilibrer les puissances dioptriques directement au niveau du segment ant\u00e9rieur de l&rsquo;\u0153il, \u00e9liminant les contraintes anis\u00e9iconiques et d\u00e9livrant le patient de la d\u00e9pendance \u00e0 un \u00e9quipement externe asym\u00e9trique.<\/p>\n<p><strong>Ergonomie cognitive et charge mentale :<\/strong> En milieu scolaire et professionnel, les individus antim\u00e9tropes non corrig\u00e9s ou mal compens\u00e9s subissent une surcharge cognitive chronique li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;effort permanent de traitement d&rsquo;un signal optique discordant. Cette contrainte se traduit par des ralentissements de la vitesse de lecture, des difficult\u00e9s d&rsquo;attention visuelle soutenue, une irritabilit\u00e9 accrue et une fatigue g\u00e9n\u00e9rale en fin de journ\u00e9e de travail sur \u00e9cran.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations \u00e9pid\u00e9miologiques et neurophysiologiques r\u00e9centes apportent un \u00e9clairage in\u00e9dit sur la pr\u00e9valence et les m\u00e9canismes sous-jacents de l&rsquo;antim\u00e9tropie :<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9pid\u00e9miologique, les cohortes populationnelles internationales (telles que les \u00e9tudes de Rotterdam ou de Beaver Dam) estiment la pr\u00e9valence de l&rsquo;antim\u00e9tropie entre 0,5 % et 2 % de la population globale, ce qui en fait une entit\u00e9 bien plus rare que l&rsquo;anisom\u00e9tropie de m\u00eame signe (myopique ou hyperm\u00e9tropique pure). La pr\u00e9valence tend toutefois \u00e0 s&rsquo;\u00e9lever significativement avec l&rsquo;\u00e2ge au-del\u00e0 de 60 ans, sous l&rsquo;effet de l&rsquo;apparition unilat\u00e9rale ou asym\u00e9trique de cataractes nucl\u00e9aires myopisantes qui transforment un patient anciennement hyperm\u00e9trope bilat\u00e9ral en antim\u00e9trope acquis.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) men\u00e9es par des neuroscientifiques de la vision d\u00e9montrent que le traitement c\u00e9r\u00e9bral chez les sujets antim\u00e9tropes de longue date implique une r\u00e9organisation atypique des connexions cortico-corticales entre le cortex visuel primaire (V1) et les aires associatives sup\u00e9rieures (V4, MT\/V5). Lorsque la fusion est rendue impossible, l&rsquo;inhibition de l&rsquo;\u0153il flou ne s&rsquo;op\u00e8re pas simplement par une extinction passive, mais mobilise un r\u00e9seau fronto-pari\u00e9tal de contr\u00f4le descendant qui filtre activement les hautes fr\u00e9quences spatiales de l&rsquo;\u0153il d\u00e9focalis\u00e9.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la recherche contemporaine sur l&rsquo;apprentissage perceptif chez l&rsquo;adulte (notamment les travaux conduits autour des protocoles de stimulation dichoptique sur jeux vid\u00e9o calibr\u00e9s) a prouv\u00e9 qu&rsquo;il est possible de r\u00e9cup\u00e9rer une st\u00e9r\u00e9opsie substantielle chez des patients antim\u00e9tropes adultes tenus pour irr\u00e9m\u00e9diablement amblyopes. En \u00e9quilibrant artificiellement le contraste et la clart\u00e9 des stimuli pr\u00e9sent\u00e9s s\u00e9par\u00e9ment \u00e0 chaque \u0153il, ces protocoles d\u00e9verrouillent la plasticit\u00e9 neuronale r\u00e9siduelle et forcent les r\u00e9seaux binoculaires inhib\u00e9s \u00e0 coop\u00e9rer de nouveau.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>Si la dimension optique de l&rsquo;antim\u00e9tropie est strictement biologique, la perception de son impact fonctionnel et l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 sa rem\u00e9diation varient consid\u00e9rablement selon les contextes socioculturels et g\u00e9ographiques :<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s industrialis\u00e9es occidentales et est-asiatiques, caract\u00e9ris\u00e9es par une intense scolarisation, un travail de bureau digitalis\u00e9 et une demande visuelle soutenue en vision interm\u00e9diaire et rapproch\u00e9e, les moindres sympt\u00f4mes de d\u00e9compensation antim\u00e9tropique (fatigue oculaire, c\u00e9phal\u00e9es, anis\u00e9iconie) sont rapidement verbalis\u00e9s, m\u00e9dicalis\u00e9s et trait\u00e9s par des technologies de pointe (lentilles sur mesure, chirurgie r\u00e9fractive). Le syst\u00e8me \u00e9ducatif d\u00e9piste pr\u00e9cocement ces d\u00e9s\u00e9quilibres d\u00e8s l&rsquo;\u00e9cole maternelle afin d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;exclusion cognitive des jeunes enfants.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, dans les zones rurales ou les pays en d\u00e9veloppement o\u00f9 les bilans de d\u00e9pistage syst\u00e9matique sous cyclopl\u00e9gique font d\u00e9faut, l&rsquo;antim\u00e9tropie passe fr\u00e9quemment inaper\u00e7ue tout au long de la scolarit\u00e9. L&rsquo;\u0153il myope permettant l&rsquo;\u00e9criture et l&rsquo;\u0153il hyperm\u00e9trope assurant les d\u00e9placements dans l&rsquo;environnement spatial lointain, l&rsquo;individu compense sans s&rsquo;en rendre compte, mais s&rsquo;expose \u00e0 une \u00e9limination irr\u00e9m\u00e9diable de son acuit\u00e9 binoculaire fine. Dans certaines cultures, les manifestations somatiques de l&rsquo;asth\u00e9nopie s\u00e9v\u00e8re caus\u00e9e par l&rsquo;effort de compensation d&rsquo;une antim\u00e9tropie non corrig\u00e9e (vertiges, migraines chroniques, troubles de concentration) continuent d&rsquo;\u00eatre interpr\u00e9t\u00e9es comme des troubles psychiatriques primaires ou des faiblesses d&rsquo;ordre psychosomatique, retardant un diagnostic ophtalmologique pourtant salvateur.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La gestion de l&rsquo;antim\u00e9tropie soul\u00e8ve plusieurs controverses th\u00e9oriques et cliniques au sein de la communaut\u00e9 scientifique :<\/p>\n<p><strong>Le d\u00e9bat sur l&rsquo;induction artificielle de la monovision :<\/strong> En chirurgie r\u00e9fractive corn\u00e9enne ou lors de la chirurgie de la cataracte bilat\u00e9rale avec pose d&rsquo;implants chez le presbyte, une pratique courante consiste \u00e0 cr\u00e9er d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment une antim\u00e9tropie iatrog\u00e8ne ou une anisom\u00e9tropie programm\u00e9e (d\u00e9nomm\u00e9e \u00ab monovision \u00bb). Cette approche attribue un \u0153il \u00e0 la vision de loin et l&rsquo;autre \u00e0 la vision de pr\u00e8s. Si de nombreux chirurgiens et optom\u00e9tristes vantent son co\u00fbt r\u00e9duit et sa simplicit\u00e9 ergonomique, une communaut\u00e9 substantielle de neuro-ergonomes et d&rsquo;orthoptistes d\u00e9nonce cette cr\u00e9ation artificielle d&rsquo;un \u00e9tat discordant. Ils soulignent qu&rsquo;elle sacrifie d\u00e9finitivement la vision binoculaire de qualit\u00e9, alt\u00e8re l&rsquo;appr\u00e9ciation des distances dans la conduite automobile nocturne et augmente le taux de chutes chez les personnes \u00e2g\u00e9es en raison de la d\u00e9gradation de la st\u00e9r\u00e9opsie.<\/p>\n<p><strong>Les controverses relatives \u00e0 la r\u00e9\u00e9ducation binoculaire active :<\/strong> Un autre point de friction r\u00e9side dans l&rsquo;utilit\u00e9 r\u00e9elle des th\u00e9rapies visuelles et de l&rsquo;entra\u00eenement orthoptique chez les adultes antim\u00e9tropes porteurs d&rsquo;une suppression de longue dur\u00e9e. Tandis que les promoteurs des th\u00e9rapies neuro-visuelles affirment pouvoir restaurer un confort binoculaire durable gr\u00e2ce \u00e0 la stimulation dichoptique, les approches m\u00e9dicales plus conventionnelles rappellent le risque d&rsquo;induire une diplopie post-th\u00e9rapeutique incoercible et invalidante lorsque l&rsquo;on l\u00e8ve artificiellement une suppression corticale ancienne protectrice.<\/p>\n<p><strong>Les limites diagnostiques des autorefractom\u00e8tres de d\u00e9pistage :<\/strong> Dans les campagnes de sant\u00e9 publique, l&rsquo;usage exclusif d&rsquo;appareils de r\u00e9fraction automatique portables sans dilatation pharmacologique sous-estime fr\u00e9quemment la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de la composante hyperm\u00e9tropique chez le jeune antim\u00e9trope en raison du spasme accommodatif d\u00e9clench\u00e9 par l&rsquo;instrument, faussant les donn\u00e9es \u00e9pid\u00e9miologiques globales.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Il est imp\u00e9ratif d&rsquo;isoler avec exactitude l&rsquo;antim\u00e9tropie des nombreuses notions cliniques p\u00e9riph\u00e9riques avec lesquelles elle est parfois confondue dans la nomenclature m\u00e9dicale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Anisom\u00e9tropie :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique englobant toute in\u00e9galit\u00e9 de r\u00e9fraction entre les deux yeux. Toute antim\u00e9tropie est une anisom\u00e9tropie, mais la r\u00e9ciproque est fausse : une anisom\u00e9tropie peut \u00eatre purement myopique (ex. : -1,00 D \u00e0 droite et -4,00 D \u00e0 gauche) ou hyperm\u00e9tropique (ex. : +1,00 D et +3,50 D), tandis que l&rsquo;antim\u00e9tropie exige imp\u00e9rativement une divergence de polarit\u00e9 (un \u0153il n\u00e9gatif, un \u0153il positif).<\/li>\n<li><strong>Anis\u00e9iconie :<\/strong> Diff\u00e9rence per\u00e7ue dans la dimension et la forme des images per\u00e7ues par chaque \u0153il au niveau cortical. Bien que l&rsquo;anis\u00e9iconie soit une cons\u00e9quence clinique tr\u00e8s fr\u00e9quente de la correction par lunettes de l&rsquo;antim\u00e9tropie, elle n&rsquo;est pas synonyme du trouble optique lui-m\u00eame et peut survenir sans asym\u00e9trie de puissance en cas d&rsquo;atteinte r\u00e9tinienne ou maculaire organique.<\/li>\n<li><strong>Amblyopie :<\/strong> Baisse unilat\u00e9rale (ou rarement bilat\u00e9rale) de l&rsquo;acuit\u00e9 visuelle centrale non explicable par une l\u00e9sion oculaire structurelle d\u00e9celable \u00e0 l&rsquo;examen ophtalmoscopique, r\u00e9sultant d&rsquo;une anomalie du d\u00e9veloppement visuel pr\u00e9coce. L&rsquo;antim\u00e9tropie constitue un facteur \u00e9tiologique majeur d&rsquo;amblyopie r\u00e9fractive, mais de nombreuses personnes antim\u00e9tropes adultes appareill\u00e9es pr\u00e9cocement conservent une excellente acuit\u00e9 sur leurs deux yeux sans aucune amblyopie.<\/li>\n<li><strong>Monovision :<\/strong> Condition clinique ou protocole th\u00e9rapeutique dans lequel chaque \u0153il est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 une distance de travail distincte (loin vs pr\u00e8s). L&rsquo;antim\u00e9tropie naturelle peut fonctionner sur un mod\u00e8le de monovision, mais la monovision clinique moderne est g\u00e9n\u00e9ralement induite artificiellement par des lentilles ou de la chirurgie.<\/li>\n<li><strong>Diplopie :<\/strong> Vision double d&rsquo;un objet unique. Si l&rsquo;antim\u00e9tropie d\u00e9sorganise la fusion, elle aboutit le plus souvent \u00e0 une suppression monoculaire ou \u00e0 une neutralisation corticale pour pr\u00e9munir le sujet contre la diplopie, cette derni\u00e8re ne se manifestant que transitoirement lors de la d\u00e9compensation d&rsquo;une phorie sous-jacente.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En somme, l&rsquo;antim\u00e9tropie se pr\u00e9sente comme un mod\u00e8le exceptionnel d&rsquo;asym\u00e9trie optique et neuro-visuelle reliant directement les contraintes anatomiques de l&rsquo;\u0153il aux facult\u00e9s d&rsquo;adaptation du cerveau humain. Les \u00e9l\u00e9ments cl\u00e9s \u00e0 retenir sont les suivants :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;antim\u00e9tropie se caract\u00e9rise par l&rsquo;opposition polaire de la r\u00e9fraction oculaire : un \u0153il est myope et l&rsquo;autre hyperm\u00e9trope.<\/li>\n<li>Elle constitue une sous-cat\u00e9gorie rare et sp\u00e9cifique de l&rsquo;anisom\u00e9tropie, repr\u00e9sentant environ 1 % de la population globale.<\/li>\n<li>Elle impose une impossibilit\u00e9 physiologique de mise au point simultan\u00e9e en raison de l&rsquo;unicit\u00e9 de la commande accommodative bilat\u00e9rale r\u00e9gie par la loi de Hering.<\/li>\n<li>Sans prise en charge pr\u00e9coce durant la p\u00e9riode critique du neurod\u00e9veloppement de l&rsquo;enfant, elle engendre un risque critique d&rsquo;inhibition corticale unilat\u00e9rale, d&rsquo;extinction de la st\u00e9r\u00e9oscopie et d&rsquo;amblyopie irr\u00e9versible.<\/li>\n<li>Chez l&rsquo;adulte, elle peut \u00eatre v\u00e9cue soit comme un m\u00e9canisme ergonomique spontan\u00e9 de compensation de la presbytie (monovision naturelle), soit comme une source majeure d&rsquo;asth\u00e9nopie et d&rsquo;anis\u00e9iconie intol\u00e9rable sous correction par verres de lunettes classiques.<\/li>\n<li>Le traitement privil\u00e9gi\u00e9 repose prioritairement sur la contactologie de pr\u00e9cision ou la chirurgie r\u00e9fractive, seules th\u00e9rapies capables de r\u00e9tablir une \u00e9quivalence dimensionnelle des images r\u00e9tiniennes et de pr\u00e9server l&rsquo;\u00e9quilibre binoculaire.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>American Academy of Ophthalmology. (2020). <em>Clinical and Epidemiologic Characteristics of Anisometropia and Antimetropia<\/em>. In <em>Basic and Clinical Science Course: Pediatric Ophthalmology and Strabismus<\/em>. San Francisco: American Academy of Ophthalmology.<\/li>\n<li>Awaya, S., Sugawara, M., Horibe, F., &amp; Torii, F. (1973). The New Aniseikonia Tests and its clinical application. <em>Acta Societatis Ophthalmologicae Japonicae<\/em>, 77(9), 1279-1288.<\/li>\n<li>Bielschowsky, A. (1938). Congenital and acquired deficiencies of fusion. <em>American Journal of Ophthalmology<\/em>, 21(11), 1219-1229. https:\/\/doi.org\/10.1016\/S0002-9394(38)90184-7<\/li>\n<li>Donders, F. C. (1864). <em>On the Anomalies of Accommodation and Refraction of the Eye: With a Preliminary Essay on Dioptrics<\/em>. New Sydenham Society.<\/li>\n<li>Hubel, D. H., &amp; Wiesel, T. N. (1970). The period of susceptibility to the physiological effects of unilateral eye closure in kittens. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 206(2), 419-436. https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1970.sp009022<\/li>\n<li>Levi, D. M., Knill, D. C., &amp; Bavelier, D. (2015). Stereopsis and amblyopia: A mini-review. <em>Vision Research<\/em>, 110, 123-130. https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.visres.2015.01.002<\/li>\n<li>Rutstein, R. P., &amp; Daum, K. M. (1998). <em>Anomalies of Binocular Vision: Diagnosis and Management<\/em>. Mosby.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;antim\u00e9tropie est une condition visuelle asym\u00e9trique singuli\u00e8re caract\u00e9ris\u00e9e par un \u0153il myope et un \u0153il hyperm\u00e9trope. 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