{"id":20625,"date":"2026-10-24T07:06:08","date_gmt":"2026-10-24T07:06:08","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=antihistaminique-neurobiologie-et-psychisme"},"modified":"2026-10-24T07:06:08","modified_gmt":"2026-10-24T07:06:08","slug":"antihistaminique-neurobiologie-et-psychisme","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=antihistaminique-neurobiologie-et-psychisme","title":{"rendered":"Antihistaminique : Neurobiologie et psychisme"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour de l&rsquo;immunologie, de la neurobiologie et de la psychiatrie clinique, les agents antihistaminiques constituent une classe pharmacologique dont l&rsquo;impact d\u00e9passe largement le simple soulagement des manifestations allergiques p\u00e9riph\u00e9riques. En modulant l&rsquo;action de l&rsquo;histamine au sein du syst\u00e8me nerveux central, ces mol\u00e9cules exercent des effets profonds sur la vigilance, l&rsquo;architecture du sommeil, la r\u00e9gulation affective et les fonctions cognitives. L&rsquo;exploration de leurs m\u00e9canismes d&rsquo;action offre une perspective fondamentale sur les bases neurochimiques de l&rsquo;\u00e9veil et de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 humaine.<\/p>\n<h2>Antihistaminique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Un <strong>antihistaminique<\/strong> est une substance pharmacologique qui inhibe, bloque ou att\u00e9nue les effets physiologiques et physiopathologiques m\u00e9di\u00e9s par l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Histamine\">histamine<\/a> sur ses r\u00e9cepteurs sp\u00e9cifiques. Bien que classiquement d\u00e9crits comme des antagonistes des r\u00e9cepteurs histaminergiques, la quasi-totalit\u00e9 des mol\u00e9cules utilis\u00e9es en th\u00e9rapeutique agit en r\u00e9alit\u00e9 comme des agonistes inverses, stabilisant la conformation inactive des r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences et de la psychologie clinique, le terme d\u00e9signe principalement les mol\u00e9cules ciblant les r\u00e9cepteurs histaminergiques H1 capables de franchir la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique. Ces compos\u00e9s interf\u00e8rent directement avec le syst\u00e8me histaminergique central, dont les corps cellulaires sont confin\u00e9s dans le noyau tub\u00e9romamillaire de l&rsquo;hypothalamus post\u00e9rieur. Ce syst\u00e8me de projection diffuse r\u00e9git des fonctions cruciales telles que l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;\u00e9veil cortical, la vigilance soutenue, les processus mn\u00e9siques, l&rsquo;apprentissage, la thermor\u00e9gulation et le comportement alimentaire.<\/p>\n<p>Par cons\u00e9quent, les antihistaminiques centraux sont couramment employ\u00e9s en neuropsychiatrie comme s\u00e9datifs, hypnotiques, anxiolytiques et anti\u00e9m\u00e9tiques. \u00c0 l&rsquo;inverse, le d\u00e9veloppement d&rsquo;agents bloquant les r\u00e9cepteurs H3 pr\u00e9synaptiques (autor\u00e9cepteurs) permet de stimuler la lib\u00e9ration d&rsquo;histamine et d&rsquo;autres neurotransmetteurs monoaminergiques, positionnant cette nouvelle g\u00e9n\u00e9ration de mol\u00e9cules comme des agents \u00e9veillants et procognitifs novateurs.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab antihistaminique \u00bb est un n\u00e9ologisme scientifique d&rsquo;origine gr\u00e9co-latine et chimique, construit par l&rsquo;adjonction du pr\u00e9fixe grec <em>anti-<\/em> (\u1f00\u03bd\u03c4\u03af), signifiant \u00ab contre \u00bb, \u00ab en opposition \u00e0 \u00bb ou \u00ab qui combat \u00bb, au substantif \u00ab histamine \u00bb. Le terme histamine d\u00e9coule lui-m\u00eame du grec ancien <em>histos<\/em> (\u1f31\u03c3\u03c4\u03cc\u03c2), d\u00e9signant le \u00ab tissu \u00bb ou la \u00ab trame \u00bb, combin\u00e9 au suffixe chimique \u00ab amine \u00bb, qui d\u00e9rive par contraction de l&rsquo;ammoniaque (du latin <em>sal ammoniacus<\/em>).<\/p>\n<p>L&rsquo;histamine a \u00e9t\u00e9 identifi\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en 1910 par les physiologistes britanniques Henry Hallett Dale et Patrick Playfair Laidlaw, qui ont d\u00e9montr\u00e9 sa pr\u00e9sence dans les tissus animaux et son r\u00f4le dans la contraction musculaire lisse et le choc anaphylactique. Le substantif \u00ab antihistaminique \u00bb est apparu dans la litt\u00e9rature biom\u00e9dicale \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1930, au fur et \u00e0 mesure que les chimistes de l&rsquo;Institut Pasteur synth\u00e9tisaient les premi\u00e8res mol\u00e9cules capables de neutraliser cette amine biog\u00e8ne.<\/p>\n<p>Dans la nomenclature psychopharmacologique internationale, le terme s&rsquo;est enrichi de sous-cat\u00e9gories distinctes (\u00ab antihistaminiques s\u00e9datifs \u00bb, \u00ab antihistaminiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration \u00bb, \u00ab antihistaminiques anti-H1 \u00bb, \u00ab ligands H3 \u00bb), traduisant le passage progressif de la biochimie tissulaire g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 la neuropsychopharmacologie fine des r\u00e9cepteurs c\u00e9r\u00e9braux.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le mot se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme <strong>\/\u0251\u0303.ti.is.ta.mi.nik\/<\/strong>. Le \u00ab h \u00bb initial de la racine \u00ab histamine \u00bb \u00e9tant muet en fran\u00e7ais, la prononciation s&rsquo;effectue avec un hiatus ou une transition vocalique douce entre le pr\u00e9fixe [\u0251\u0303.ti] et la base [is.ta.mi.nik], sans liaison consonantique dure.<\/p>\n<p>Du point de vue grammatical, \u00ab antihistaminique \u00bb s&#8217;emploie alternativement comme adjectif qualificatif et comme nom commun :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Comme adjectif :<\/strong> invariable en genre (\u00e9pic\u00e8ne), il s&rsquo;accorde en nombre avec le substantif qu&rsquo;il qualifie (par exemple : <em>\u00ab une substance antihistaminique \u00bb<\/em>, <em>\u00ab des propri\u00e9t\u00e9s antihistaminiques \u00bb<\/em>).<\/li>\n<li><strong>Comme substantif :<\/strong> il est du genre masculin (par exemple : <em>\u00ab un antihistaminique \u00e0 action centrale \u00bb<\/em>, <em>\u00ab la prescription d&rsquo;antihistaminiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration \u00bb<\/em>).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Dans le discours psychiatrique et m\u00e9dical contemporain, l&rsquo;abr\u00e9viation \u00ab anti-H1 \u00bb est fr\u00e9quemment utilis\u00e9e de mani\u00e8re m\u00e9tonymique pour d\u00e9signer les antihistaminiques ciblant sp\u00e9cifiquement le sous-type de r\u00e9cepteur 1, responsable des effets sur le niveau de conscience et l&rsquo;apaisement de l&rsquo;agitation motrice.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la port\u00e9e psychologique et neurobiologique des antihistaminiques, il est indispensable de comprendre le r\u00f4le physiologique de l&rsquo;histamine dans l&rsquo;enc\u00e9phale. Bien que l&rsquo;histamine p\u00e9riph\u00e9rique agisse comme un m\u00e9diateur cl\u00e9 de l&rsquo;inflammation, de la vasodilatation et de la s\u00e9cr\u00e9tion gastrique, l&rsquo;histamine c\u00e9r\u00e9brale op\u00e8re comme un puissant neurotransmetteur modulateur. Les neurones histaminergiques du noyau tub\u00e9romamillaire projettent leurs axones de mani\u00e8re ubiquitaire vers le cortex c\u00e9r\u00e9bral, le thalamus, le syst\u00e8me limbique, l&rsquo;hippocampe et la formation r\u00e9ticul\u00e9e, constituant l&rsquo;un des piliers du syst\u00e8me activateur ascendant garant de l&rsquo;\u00e9veil cortical.<\/p>\n<p>Les antihistaminiques traversant la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique exercent leur effet primaire en se liant au r\u00e9cepteur histaminergique H1, un r\u00e9cepteur coupl\u00e9 \u00e0 la prot\u00e9ine Gq\/11 dont l&rsquo;activation physiologique stimule la phospholipase C et d\u00e9clenche une cascade de signalisation excitatrice. En agissant comme des agonistes inverses de ces r\u00e9cepteurs, les antihistaminiques suppriment le tonus excitateur constitutif. Il en r\u00e9sulte un effondrement de l&rsquo;activation corticale d&rsquo;origine tub\u00e9romamillaire, ce qui induit une s\u00e9dation subjective, une r\u00e9duction de la vigilance, un ralentissement psychomoteur et une propension accrue \u00e0 l&rsquo;endormissement.<\/p>\n<p>La distinction pharmacocin\u00e9tique et pharmacodynamique fondamentale repose sur la classification en deux g\u00e9n\u00e9rations principales :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les antihistaminiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration :<\/strong> caract\u00e9ris\u00e9s par une lipophilie \u00e9lev\u00e9e, un faible poids mol\u00e9culaire et une faible affinit\u00e9 pour la glycoprot\u00e9ine P (transporteur d&rsquo;efflux de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique). Ces propri\u00e9t\u00e9s leur permettent de saturer entre 50 % et 80 % des r\u00e9cepteurs H1 c\u00e9r\u00e9braux aux doses th\u00e9rapeutiques. Ils se distinguent \u00e9galement par leur manque de s\u00e9lectivit\u00e9, bloquant couramment les r\u00e9cepteurs cholinergiques muscariniques, s\u00e9rotoninergiques (5-HT2) et alpha-1 adr\u00e9nergiques, ce qui amplifie leur impact s\u00e9datif, anxiolytique et anticholinergique.<\/li>\n<li><strong>Les antihistaminiques de seconde et troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9rations :<\/strong> con\u00e7us pour \u00eatre plus volumineux, ionis\u00e9s au pH physiologique ou substrats avides de la glycoprot\u00e9ine P. Leur p\u00e9n\u00e9tration c\u00e9r\u00e9brale est marginale (occupant g\u00e9n\u00e9ralement moins de 15 % \u00e0 20 % des r\u00e9cepteurs H1 centraux), ce qui les rend non s\u00e9datifs et d\u00e9pourvus d&rsquo;effets psychotropes manifestes.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, le blocage des r\u00e9cepteurs H1 centraux g\u00e9n\u00e8re des modifications substantielles de l&rsquo;humeur et du comportement. Au niveau limbique, l&rsquo;inhibition histaminergique temp\u00e8re les circuits de l&rsquo;hyperr\u00e9activit\u00e9 \u00e9motionnelle, conf\u00e9rant \u00e0 certains compos\u00e9s comme l&rsquo;hydroxyzine une efficacit\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e dans le traitement du trouble panique et du trouble anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, sans engendrer la d\u00e9pendance physique propre aux modulateurs allost\u00e9riques positifs du r\u00e9cepteur GABA-A (benzodiaz\u00e9pines).<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire des antihistaminiques s&rsquo;entrelace intimement avec la naissance m\u00eame de la psychopharmacologie moderne. Apr\u00e8s l&rsquo;isolement de l&rsquo;histamine en 1910 par Dale et Laidlaw, il a fallu plus de deux d\u00e9cennies pour concevoir des mol\u00e9cules antagonistes. En 1937, \u00e0 l&rsquo;Institut Pasteur de Paris, Anne-Marie Staub et Daniel Bovet d\u00e9couvrent le premier compos\u00e9 antihistaminique exp\u00e9rimental, le thymoxy\u00e9thyldi\u00e9thylamine (F. 929). Bien que trop toxique pour un usage clinique, cette d\u00e9couverte fondatrice a valu \u00e0 <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Daniel_Bovet\">Daniel Bovet<\/a> le prix Nobel de physiologie ou m\u00e9decine en 1957.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1940, les chimistes synth\u00e9tisent des d\u00e9riv\u00e9s ph\u00e9nothiaziniques dot\u00e9s d&rsquo;une puissante activit\u00e9 antihistaminique. En 1947, Bernard Halpern introduit la prom\u00e9thazine. En observant les effets s\u00e9datifs singuliers et le d\u00e9tachement affectif induits par la prom\u00e9thazine chez les patients chirurgicaux, le chirurgien militaire fran\u00e7ais Henri Laborit postule que ces antihistaminiques stabilisent le syst\u00e8me nerveux autonome face au stress chirurgical. En qu\u00eate d&rsquo;un compos\u00e9 aux effets centraux encore plus prononc\u00e9s, Laborit incite la firme Rh\u00f4ne-Poulenc \u00e0 synth\u00e9tiser des mol\u00e9cules d\u00e9riv\u00e9es, aboutissant en 1950 \u00e0 la chlorpromazine (4560 RP).<\/p>\n<p>Bien que la chlorpromazine se soit r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00eatre un puissant antagoniste dopaminergique devenant le tout premier antipsychotique de l&rsquo;histoire, sa gen\u00e8se d\u00e9coule directement de la recherche sur les antihistaminiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration. Parall\u00e8lement, dans les ann\u00e9es 1950, l&rsquo;hydroxyzine est synth\u00e9tis\u00e9e en Belgique par l&rsquo;Union Chimique Belge (UCB), devenant rapidement un anxiolytique non-benzodiaz\u00e9pinique largement prescrit en m\u00e9decine g\u00e9n\u00e9rale et en psychiatrie de liaison.<\/p>\n<p>La d\u00e9couverte progressive de multiples sous-types de r\u00e9cepteurs histaminergiques a constitu\u00e9 un autre jalon d\u00e9cisif. Dans les ann\u00e9es 1970, Sir James Black et ses collaborateurs caract\u00e9risent le r\u00e9cepteur H2, permettant l&rsquo;essor d&rsquo;antagonistes gastriques (cim\u00e9tidine, ranitidine). En 1983, l&rsquo;\u00e9quipe fran\u00e7aise men\u00e9e par Jean-Charles Schwartz \u00e0 l&rsquo;INSERM identifie le r\u00e9cepteur H3, qui r\u00e9gule par r\u00e9trocontr\u00f4le la lib\u00e9ration d&rsquo;histamine c\u00e9r\u00e9brale. Cette d\u00e9couverte a ouvert la voie, au XXIe si\u00e8cle, au d\u00e9veloppement du pitolisant, un agoniste inverse H3 commercialis\u00e9 comme agent stimulant de l&rsquo;\u00e9veil dans la narcolepsie et explor\u00e9 dans les troubles d\u00e9ficitaires de l&rsquo;attention et la schizophr\u00e9nie.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;int\u00e9gration des antihistaminiques dans les sciences du comportement s&rsquo;appuie sur des cadres th\u00e9oriques r\u00e9gissant la r\u00e9gulation veille-sommeil, l&rsquo;\u00e9veil cortical (<em>arousal<\/em>) et l&rsquo;\u00e9quilibre hom\u00e9ostasique des neurotransmetteurs. Le mod\u00e8le neurobiologique de l&rsquo;\u00e9veil \u00e9labor\u00e9 par Clifford Saper d\u00e9crit un commutateur biphasique (<em>flip-flop switch<\/em>) entre le noyau pr\u00e9optique ventrolat\u00e9ral (VLPO) de l&rsquo;hypothalamus ant\u00e9rieur, qui favorise le sommeil par inhibition GABAergique, et les noyaux de l&rsquo;\u00e9veil du tronc c\u00e9r\u00e9bral et du dienc\u00e9phale, dont le noyau tub\u00e9romamillaire (TMN) histaminergique est un composant indispensable.<\/p>\n<p>Lorsque les antihistaminiques H1 p\u00e9n\u00e8trent dans le n\u00e9ocortex et le dienc\u00e9phale, ils d\u00e9couplent les circuits thalamocorticaux de l&rsquo;influence activatrice de l&rsquo;histamine. Selon la th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9veil cognitif de Moruzzi et Magoun actualis\u00e9e par les donn\u00e9es mol\u00e9culaires, l&rsquo;inhibition des voies histaminergiques supprime la d\u00e9synchronisation de l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalogramme (EEG), favorisant l&rsquo;apparition d&rsquo;ondes lentes synchronis\u00e9es caract\u00e9ristiques de la somnolence et du sommeil non-paradoxique (NREM).<\/p>\n<p>Par ailleurs, la th\u00e9orie du fardeau anticholinergique et s\u00e9datif permet d&rsquo;expliquer les r\u00e9percussions cognitives des antihistaminiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration. La majorit\u00e9 de ces substances poss\u00e8de une affinit\u00e9 pour les r\u00e9cepteurs cholinergiques muscariniques de type M1. Selon le mod\u00e8le neurochimique de la m\u00e9moire hippocampique soutenu par David Olton et Peter Krnjevi\u0107, l&rsquo;inhibition concomitante de la transmission histaminergique et muscarinique perturbe la potentialisation \u00e0 long terme (LTP), entra\u00eenant une d\u00e9t\u00e9rioration mesurable de l&rsquo;encodage mn\u00e9sique, de l&rsquo;attention s\u00e9lective et de la flexibilit\u00e9 cognitive.<\/p>\n<p>Sur le plan anxiolytique, les mod\u00e8les th\u00e9oriques de l&rsquo;hyperactivit\u00e9 de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-surr\u00e9nalien (HPA) sugg\u00e8rent que l&rsquo;histamine agit comme un m\u00e9diateur de la r\u00e9ponse centrale au stress. L&rsquo;administration d&rsquo;un antagoniste H1 \u00e0 haute affinit\u00e9 centrale att\u00e9nue l&rsquo;activation noradr\u00e9nergique du locus coeruleus et la r\u00e9activit\u00e9 de l&rsquo;amygdale basolat\u00e9rale, r\u00e9duisant les composantes psychiques et somatiques de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 sans alt\u00e9rer significativement le tonus myorelaxant profond associ\u00e9 aux agonistes GABAergiques.<\/p>\n<h3>7. Composants cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>D&rsquo;un point de vue structural, clinique et neurophysiologique, les antihistaminiques se cat\u00e9gorisent selon le r\u00e9cepteur cibl\u00e9 et leur capacit\u00e9 \u00e0 moduler le psychisme :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Antihistaminiques H1 de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration (psychotropes s\u00e9datifs) :<\/strong> Mol\u00e9cules lipophiles franchissant ais\u00e9ment la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique. Elles poss\u00e8dent des propri\u00e9t\u00e9s s\u00e9datives, anxiolytiques et anticholinergiques marqu\u00e9es. Les principales sous-familles chimiques incluent :\n<ul>\n<li><em>Diphenylm\u00e9thanes \/ Pip\u00e9razines :<\/em> Ex. l&rsquo;<strong>hydroxyzine<\/strong>, puissamment anxiolytique, agissant sur H1 et faiblement sur les r\u00e9cepteurs s\u00e9rotoninergiques 5-HT2A.<\/li>\n<li><em>\u00c9thanolamines :<\/em> Ex. la <strong>diph\u00e9nhydramine<\/strong> et la <strong>doxylamine<\/strong>, hautement s\u00e9datives, fr\u00e9quemment employ\u00e9es comme hypnotiques en vente libre.<\/li>\n<li><em>Ph\u00e9nothiazines :<\/em> Ex. la <strong>prom\u00e9thazine<\/strong> et l&rsquo;<strong>alim\u00e9mazine<\/strong>, dot\u00e9es d&rsquo;une s\u00e9dation intense et d&rsquo;effets antidopaminergiques mod\u00e9r\u00e9s.<\/li>\n<li><em>Alkylamines :<\/em> Ex. la <strong>chlorph\u00e9namine<\/strong>, \u00e0 profil s\u00e9datif interm\u00e9diaire.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Antihistaminiques H1 de deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9rations (\u00e0 action p\u00e9riph\u00e9rique pr\u00e9dominante) :<\/strong> Mol\u00e9cules hydrophiles (ex. <em>c\u00e9tirizine<\/em>, <em>loratadine<\/em>, <em>fexof\u00e9nadine<\/em>, <em>desloratadine<\/em>, <em>l\u00e9voc\u00e9tirizine<\/em>). Leur p\u00e9n\u00e9tration c\u00e9r\u00e9brale minimale exclut tout effet anxiolytique ou hypnotique direct aux doses th\u00e9rapeutiques standard, ce qui pr\u00e9serve les capacit\u00e9s psychomotrices et la conduite automobile.<\/li>\n<li><strong>Antagonistes des r\u00e9cepteurs H2 :<\/strong> Mol\u00e9cules telles que la <em>cim\u00e9tidine<\/em> et la <em>famotidine<\/em>. Bien que leur usage soit gastro-ent\u00e9rologique (inhibition de l&rsquo;acidit\u00e9 gastrique), la cim\u00e9tidine peut franchir occasionnellement la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique chez les sujets vuln\u00e9rables, g\u00e9n\u00e9rant des \u00e9tats confusionnels ou d\u00e9pressifs par interf\u00e9rence m\u00e9tabolique (inhibition des cytochromes P450).<\/li>\n<li><strong>Modulateurs des r\u00e9cepteurs H3 (procognitifs et stimulants de l&rsquo;\u00e9veil) :<\/strong> Compos\u00e9s novateurs agissant sur les autor\u00e9cepteurs pr\u00e9synaptiques. En bloquant l&rsquo;autor\u00e9gulation inhibitrice, le <strong>pitolisant<\/strong> stimule la lib\u00e9ration endog\u00e8ne d&rsquo;histamine, d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ac%C3%A9tylcholine\">ac\u00e9tylcholine<\/a>, de dopamine et de noradr\u00e9naline dans le cortex pr\u00e9frontal, agissant comme agent \u00e9veillant et optimisateur mn\u00e9sique.<\/li>\n<li><strong>Ligands des r\u00e9cepteurs H4 :<\/strong> Mol\u00e9cules principalement impliqu\u00e9es dans l&rsquo;immunor\u00e9gulation, la modulation de la douleur neuropathique et l&rsquo;inflammation neurog\u00e8ne, sans application psychotrope directe valid\u00e9e \u00e0 ce jour.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p><strong>Cas 1 : Prise en charge de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 aigu\u00eb par l&rsquo;hydroxyzine.<\/strong> Une patiente de 34 ans consulte pour un trouble d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e exacerb\u00e9 par des stresseurs professionnels, manifestant une tension musculaire permanente, des ruminations anxieuses et des r\u00e9veils nocturnes fr\u00e9quents. Face au risque de tol\u00e9rance et d&rsquo;accoutumance li\u00e9 aux benzodiaz\u00e9pines, le clinicien instaure un traitement par hydroxyzine \u00e0 la dose de 25 mg deux \u00e0 trois fois par jour. L&rsquo;action antagoniste H1 centrale permet une att\u00e9nuation rapide de l&rsquo;hyper\u00e9veil \u00e9motionnel et une s\u00e9dation diurne mod\u00e9r\u00e9e qui s&rsquo;estompe apr\u00e8s quelques jours de traitement, sans induction de d\u00e9pendance physique ni syndrome de sevrage \u00e0 l&rsquo;arr\u00eat.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Insomnie transitoire et s\u00e9dation r\u00e9siduelle matinale par la doxylamine.<\/strong> Un homme de 48 ans subissant un d\u00e9calage horaire s\u00e9v\u00e8re s&rsquo;auto-m\u00e9dique avec un comprim\u00e9 de doxylamine (15 mg) au coucher. Bien que la latence d&rsquo;endormissement soit r\u00e9duite de mani\u00e8re significative, le patient rapporte \u00e0 son r\u00e9veil une sensation de lourdeur cognitive persistante (\u00ab gueule de bois \u00bb pharmacologique), une s\u00e9cheresse buccale prononc\u00e9e et un d\u00e9ficit d&rsquo;attention soutenue lors de sa journ\u00e9e de travail. Cet exemple illustre la longue demi-vie d&rsquo;\u00e9limination de certains antihistaminiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration (souvent sup\u00e9rieure \u00e0 10-12 heures) et la persistance de l&rsquo;occupation des r\u00e9cepteurs H1 c\u00e9r\u00e9braux bien au-del\u00e0 de la p\u00e9riode de sommeil physiologique.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : Prise de poids et s\u00e9dation sous antipsychotiques atypiques.<\/strong> Un jeune adulte d\u00e9butant un traitement par olanzapine pour un \u00e9pisode psychotique aigu pr\u00e9sente une s\u00e9dation profonde quasi-imm\u00e9diate ainsi qu&rsquo;une hyperphagie compulsive se traduisant par une prise pond\u00e9rale de 7 kg en huit semaines. Cette symptomatologie s&rsquo;explique par l&rsquo;extr\u00eame affinit\u00e9 de l&rsquo;olanzapine pour les r\u00e9cepteurs histaminergiques H1 hypothalamiques. Le blocage H1 central d\u00e9sactive les m\u00e9canismes de sati\u00e9t\u00e9 m\u00e9di\u00e9s par l&rsquo;ad\u00e9nosine monophosphate cyclique (AMPc) dans le noyau ventrom\u00e9dian de l&rsquo;hypothalamus, d\u00e9montrant comment l&rsquo;antagonisme histaminergique collat\u00e9ral de certains psychotropes modifie le comportement alimentaire et le m\u00e9tabolisme.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et biomarqueurs<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation quantitative et qualitative des effets psychotropes des antihistaminiques repose sur plusieurs paradigmes objectifs et subjectifs utilis\u00e9s en recherche clinique et en toxicologie comportementale :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>La tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) :<\/strong> L&rsquo;imagerie mol\u00e9culaire \u00e0 l&rsquo;aide de radioligands sp\u00e9cifiques des r\u00e9cepteurs H1 c\u00e9r\u00e9braux, tels que la <strong>[11C]-dox\u00e9pine<\/strong>, constitue l&rsquo;\u00e9talon-or pour quantifier le taux d&rsquo;occupation des r\u00e9cepteurs H1 dans le cortex frontal, temporal et le dienc\u00e9phale. Les recherches d\u00e9montrent qu&rsquo;une occupation sup\u00e9rieure \u00e0 50 % des r\u00e9cepteurs H1 c\u00e9r\u00e9braux s&rsquo;accompagne syst\u00e9matiquement d&rsquo;une s\u00e9dation s\u00e9v\u00e8re et d&rsquo;une alt\u00e9ration psychomotrice mesurable, tandis que les antihistaminiques de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration n&rsquo;exc\u00e8dent que rarement 10 % \u00e0 20 % d&rsquo;occupation.<\/li>\n<li><strong>La t\u00e2che de vigilance psychomotrice (PVT &#8211; <em>Psychomotor Vigilance Task<\/em>) :<\/strong> Ce test chronom\u00e9trique mesure la vitesse de r\u00e9action \u00e0 des stimuli visuels intermittents. Les antihistaminiques s\u00e9datifs induisent une augmentation significative du temps de r\u00e9action moyen et une multiplication des \u00ab laps d&rsquo;attention \u00bb (r\u00e9ponses retard\u00e9es > 500 ms).<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalographie quantitative (qEEG) et polysomnographie :<\/strong> L&rsquo;impact des antihistaminiques sur l&rsquo;architecture c\u00e9r\u00e9brale se traduit par une augmentation de la puissance des bandes d&rsquo;ondes lentes th\u00eata et delta au d\u00e9triment de l&rsquo;activit\u00e9 b\u00eata rapide, ainsi qu&rsquo;une pr\u00e9servation globale du sommeil lent profond, contrairement aux benzodiaz\u00e9pines qui alt\u00e8rent souvent les stades de sommeil \u00e0 ondes lentes.<\/li>\n<li><strong>\u00c9chelles psychom\u00e9triques standardis\u00e9es :<\/strong> La somnolence subjective est mesur\u00e9e par l&rsquo;\u00e9chelle de somnolence d&rsquo;Epworth (ESS) ou l&rsquo;\u00e9chelle de Stanford (SSS), tandis que la r\u00e9duction des sympt\u00f4mes d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 est quantifi\u00e9e par l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 de Hamilton (HAM-A).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Dans la pratique psychiatrique, p\u00e9dopsychiatrique et m\u00e9dicale, les antihistaminiques occupent des indications th\u00e9rapeutiques sp\u00e9cifiques et vari\u00e9es :<\/p>\n<p><strong>Traitement des troubles anxieux :<\/strong> L&rsquo;hydroxyzine est largement valid\u00e9e dans la prise en charge \u00e0 court terme des manifestations mineures ou mod\u00e9r\u00e9es de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 chez l&rsquo;adulte et l&rsquo;enfant de plus de 6 ans. Elle repr\u00e9sente une alternative strat\u00e9gique aux benzodiaz\u00e9pines chez les patients pr\u00e9sentant des ant\u00e9c\u00e9dents d&rsquo;abus de substances, de pharmacod\u00e9pendance ou de trouble de l&rsquo;usage de l&rsquo;alcool, car elle n&rsquo;active pas les voies dopaminergiques de la r\u00e9compense m\u00e9solimbique.<\/p>\n<p><strong>Insomnie d&rsquo;endormissement et d&rsquo;ajustement :<\/strong> Des agents tels que la doxylamine, la diph\u00e9nhydramine ou l&rsquo;alim\u00e9mazine sont fr\u00e9quemment prescrits ou d\u00e9livr\u00e9s sans ordonnance comme hypnotiques l\u00e9gers pour traiter les perturbations transitoires du rythme veille-sommeil. Leur capacit\u00e9 \u00e0 raccourcir le temps d&rsquo;endormissement est document\u00e9e, bien que leur usage chronique doive \u00eatre d\u00e9courag\u00e9 en raison du d\u00e9veloppement rapide d&rsquo;une tol\u00e9rance pharmacologique.<\/p>\n<p><strong>Traitement de l&rsquo;akathisie et des syndromes extrapyramidaux :<\/strong> Certains antihistaminiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration poss\u00e9dant de fortes propri\u00e9t\u00e9s anticholinergiques centrales (comme la prom\u00e9thazine ou la diph\u00e9nhydramine) sont employ\u00e9s en psychiatrie hospitali\u00e8re pour contrer l&rsquo;akathisie, les dystonies aigu\u00ebs et les tremblements induits par les antipsychotiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration (neuroleptiques conventionnels).<\/p>\n<p><strong>Traitement de la narcolepsie et des hypersomnies centrales :<\/strong> \u00c0 l&rsquo;inverse du blocage H1, l&rsquo;antagonisme\/agonisme inverse des r\u00e9cepteurs H3 par le pitolisant restaure l&rsquo;\u00e9veil chez les patients souffrant de narcolepsie avec ou sans cataplexie, offrant une solution non psychostimulante d\u00e9nu\u00e9e de potentiel addictif.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et donn\u00e9es scientifiques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique contemporaine a largement \u00e9valu\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 et la s\u00e9curit\u00e9 neuropsychopharmacologique des antihistaminiques. Une m\u00e9ta-analyse syst\u00e9matique publi\u00e9e par la collaboration Cochrane (<a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/21154375\/\">Guaiana et al., 2010<\/a>) portant sur l&rsquo;hydroxyzine dans le trouble d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e a d\u00e9montr\u00e9 que cette mol\u00e9cule \u00e9tait significativement plus efficace que le placebo pour r\u00e9duire les scores HAM-A, avec une efficacit\u00e9 comparable \u00e0 celle des benzodiaz\u00e9pines (loraz\u00e9pam, diaz\u00e9pam) et du buspirone, bien qu&rsquo;elle induise une somnolence diurne plus fr\u00e9quente en d\u00e9but d&rsquo;administration.<\/p>\n<p>Les \u00e9tudes pionni\u00e8res en neuro-imagerie TEP men\u00e9es par l&rsquo;\u00e9quipe de Kazuhiko Yanai \u00e0 l&rsquo;universit\u00e9 de Tohoku ont profond\u00e9ment transform\u00e9 la compr\u00e9hension de la s\u00e9curit\u00e9 cognitive des antihistaminiques. Leurs travaux ont \u00e9tabli que la c\u00e9tirizine, la fexof\u00e9nadine ou la l\u00e9voc\u00e9tirizine pr\u00e9sentent un taux d&rsquo;occupation des r\u00e9cepteurs H1 corticaux extr\u00eamement faible, validant leur statut de mol\u00e9cules non s\u00e9datives. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, les mol\u00e9cules de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration comme la diph\u00e9nhydramine pr\u00e9sentent un taux d&rsquo;occupation avoisinant 70 %, corr\u00e9l\u00e9 directement \u00e0 des d\u00e9gradations de la performance sur simulateur de conduite automobile \u00e9quivalentes ou sup\u00e9rieures \u00e0 celles induites par une alcool\u00e9mie de 0,5 g\/L.<\/p>\n<p>Des recherches \u00e9pid\u00e9miologiques longitudinales majeures (notamment l&rsquo;\u00e9tude men\u00e9e par Gray et ses collaborateurs en 2015 dans le <em>JAMA Internal Medicine<\/em>) ont mis en lumi\u00e8re les risques associ\u00e9s \u00e0 une utilisation cumul\u00e9e et prolong\u00e9e d&rsquo;antihistaminiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration chez les personnes \u00e2g\u00e9es. En raison de leurs propri\u00e9t\u00e9s anticholinergiques intrins\u00e8ques, une exposition chronique est significativement associ\u00e9e \u00e0 un risque accru de d\u00e9clin cognitif l\u00e9ger et de d\u00e9mence de type Alzheimer, incitant les consensus g\u00e9riatriques (crit\u00e8res de Beers) \u00e0 d\u00e9conseiller formellement leur prescription chez les sujets \u00e2g\u00e9s.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;accessibilit\u00e9 et la perception des antihistaminiques varient consid\u00e9rablement d&rsquo;un syst\u00e8me de sant\u00e9 \u00e0 l&rsquo;autre. Dans de nombreux pays occidentaux, comme la France, les \u00c9tats-Unis ou le Royaume-Uni, plusieurs antihistaminiques s\u00e9datifs (doxylamine, diph\u00e9nhydramine) sont disponibles sans ordonnance (en vente libre ou OTC &#8211; <em>Over-The-Counter<\/em>). Ce statut conf\u00e8re au grand public une fausse impression d&rsquo;innocuit\u00e9 absolue, favorisant l&rsquo;autom\u00e9dication massive face au stress soci\u00e9tal contemporain et aux insomnies chroniques.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue culturel, la consommation d&rsquo;antihistaminiques s\u00e9datifs s&rsquo;inscrit dans une tendance \u00e0 la m\u00e9dicalisation de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 quotidienne. Cependant, leur usage pose un d\u00e9fi majeur de sant\u00e9 publique en mati\u00e8re de s\u00e9curit\u00e9 routi\u00e8re et professionnelle. Plusieurs l\u00e9gislations nationales classent d\u00e9sormais les antihistaminiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration au niveau 2 ou 3 d&rsquo;alerte pour la conduite de v\u00e9hicules, imposant des pictogrammes explicites sur les conditionnements pour pr\u00e9venir les accidents de la circulation imputables \u00e0 la somnolence r\u00e9siduelle.<\/p>\n<p>En psychiatrie transculturelle, le choix des antihistaminiques comme anxiolytiques d\u00e9pend \u00e9galement de la stigmatisation entourant les psychotropes majeurs. Dans certains contextes culturels o\u00f9 la prescription d&rsquo;antid\u00e9presseurs ou de benzodiaz\u00e9pines est per\u00e7ue n\u00e9gativement comme le signe d&rsquo;une \u00ab folie \u00bb ou d&rsquo;une fragilit\u00e9 morale irr\u00e9m\u00e9diable, l&rsquo;hydroxyzine est fr\u00e9quemment mieux accept\u00e9e par les patients et leurs familles, \u00e9tant per\u00e7ue comme un m\u00e9dicament \u00ab doux \u00bb ou \u00ab antiallergique \u00bb d\u00e9tourn\u00e9 pour ses vertus apaisantes.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites th\u00e9rapeutiques<\/h3>\n<p>Malgr\u00e9 leur utilit\u00e9 ind\u00e9niable, les antihistaminiques s\u00e9datifs font l&rsquo;objet de critiques nourries au sein de la communaut\u00e9 neuropsychiatrique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9veloppement de la tol\u00e9rance :<\/strong> Si la tol\u00e9rance pharmacologique aux effets anxiolytiques de l&rsquo;hydroxyzine semble faible, la tol\u00e9rance \u00e0 l&rsquo;effet s\u00e9datif des antihistaminiques H1 survient souvent apr\u00e8s quelques jours \u00e0 quelques semaines d&rsquo;utilisation quotidienne. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;\u00e9chappement th\u00e9rapeutique limite leur efficacit\u00e9 comme hypnotiques p\u00e9rennes.<\/li>\n<li><strong>D\u00e9gradation de la qualit\u00e9 objective du sommeil :<\/strong> Bien qu&rsquo;ils r\u00e9duisent la latence d&rsquo;endormissement, certains antihistaminiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration peuvent perturber le sommeil paradoxal (REM) et alt\u00e9rer la macroarchitecture du sommeil, ne reproduisant pas un repos physiologique totalement r\u00e9parateur.<\/li>\n<li><strong>Effets ind\u00e9sirables p\u00e9riph\u00e9riques et centraux :<\/strong> En raison du blocage cholinergique muscarinique, ils provoquent couramment bouche s\u00e8che, constipation, vision trouble, r\u00e9tention urinaire aigu\u00eb (particuli\u00e8rement chez l&rsquo;homme avec hypertrophie prostatique) et risque de glaucome par fermeture de l&rsquo;angle. Au niveau central, chez les sujets fragiles ou \u00e2g\u00e9s, ils peuvent d\u00e9clencher des \u00e9tats confusionnels aigus ou aggraver un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_confusionnel\">syndrome confusionnel<\/a>.<\/li>\n<li><strong>Prolongation de l&rsquo;intervalle QTc :<\/strong> Des doses \u00e9lev\u00e9es d&rsquo;hydroxyzine peuvent induire un allongement de l&rsquo;intervalle QT \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectrocardiogramme via le blocage des canaux potassiques cardiaques hERG, exposant les patients pr\u00e9dispos\u00e9s \u00e0 un risque de torsades de pointes et d&rsquo;arythmies ventriculaires s\u00e9v\u00e8res.<\/li>\n<li><strong>Prise pond\u00e9rale et syndrome m\u00e9tabolique :<\/strong> Le blocage chronique des r\u00e9cepteurs H1 centraux stimule l&rsquo;app\u00e9tit via la prot\u00e9ine kinase activ\u00e9e par l&rsquo;AMP (AMPK) hypothalamique, constituant un facteur \u00e9tiologique majeur dans le surpoids et la dyslipid\u00e9mie induits par de multiples psychotropes \u00e0 forte composante antihistaminique.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Il importe de distinguer rigoureusement les antihistaminiques d&rsquo;autres classes th\u00e9rapeutiques aux effets cliniques similaires :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Benzodiaz\u00e9pines (ex. diaz\u00e9pam, alprazolam) :<\/strong> Alors que les antihistaminiques H1 diminuent le tonus excitateur histaminergique, les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Benzodiaz%C3%A9pine\">benzodiaz\u00e9pines<\/a> potentialisent l&rsquo;inhibition GABAergique par modulation allost\u00e9rique positive du r\u00e9cepteur GABA-A. Les benzodiaz\u00e9pines induisent un risque majeur de d\u00e9pendance, d&rsquo;accoutumance et d&rsquo;amn\u00e9sie ant\u00e9rograde, des propri\u00e9t\u00e9s absentes ou nettement moins prononc\u00e9es chez les antihistaminiques purs.<\/li>\n<li><strong>Hypnotiques \u00ab Z \u00bb (zolpidem, zopiclone) :<\/strong> Agonistes s\u00e9lectifs de la sous-unit\u00e9 alpha-1 du r\u00e9cepteur GABA-A ciblant sp\u00e9cifiquement l&rsquo;induction du sommeil, sans action sur le syst\u00e8me histaminergique ni propri\u00e9t\u00e9s antiallergiques associ\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Anticholinergiques stricts (ex. atropine, scopolamine) :<\/strong> Mol\u00e9cules bloquant exclusivement les r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine. Si de nombreux antihistaminiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration partagent ces propri\u00e9t\u00e9s, un antihistaminique pur de seconde g\u00e9n\u00e9ration n&rsquo;exerce aucune activit\u00e9 anticholinergique.<\/li>\n<li><strong>Neuroleptiques s\u00e9datifs (ex. cyam\u00e9mazine, l\u00e9vom\u00e9promazine) :<\/strong> Compos\u00e9s ph\u00e9nothiaziniques combinant une puissante affinit\u00e9 antihistaminique H1 avec un blocage dopaminergique D2 marqu\u00e9, ce dernier \u00e9tant absent chez les antihistaminiques utilis\u00e9s pour l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 simple (comme l&rsquo;hydroxyzine).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En r\u00e9sum\u00e9, l&rsquo;antihistaminique repr\u00e9sente un outil psychopharmacologique pr\u00e9cieux dont l&rsquo;action centrale r\u00e9sulte de la r\u00e9gulation n\u00e9gative de la transmission histaminergique c\u00e9r\u00e9brale :<\/p>\n<ul>\n<li>Le syst\u00e8me histaminergique, issu du noyau tub\u00e9romamillaire, est un r\u00e9gulateur essentiel de la vigilance, de l&rsquo;\u00e9veil cortical, des \u00e9motions et de l&rsquo;app\u00e9tit.<\/li>\n<li>Les antihistaminiques H1 de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration traversent la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et agissent comme agonistes inverses, provoquant une s\u00e9dation, un ralentissement psychomoteur et un effet anxiolytique sans induire de d\u00e9pendance m\u00e9dicamenteuse majeure.<\/li>\n<li>Leur profil de tol\u00e9rance est domin\u00e9 par la somnolence r\u00e9siduelle diurne, le risque de tol\u00e9rance s\u00e9dative, ainsi que par des effets ind\u00e9sirables anticholinergiques n\u00e9cessitant une vigilance particuli\u00e8re chez le sujet \u00e2g\u00e9.<\/li>\n<li>Les antihistaminiques H1 de deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration ne franchissent pas significativement la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et sont d\u00e9pourvus d&rsquo;effets psychotropes, tandis que les ligands des r\u00e9cepteurs H3 \u00e9mergent comme une nouvelle classe de stimulants cognitifs et d&rsquo;agents de l&rsquo;\u00e9veil.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bovet, D., &amp; Staub, A. M. (1937). Action protectrice des \u00e9thers ph\u00e9noliques au cours de l&rsquo;intoxication histaminique. <em>Comptes Rendus de la Soci\u00e9t\u00e9 de Biologie<\/em>, 124, 547\u2013549.<\/li>\n<li>Dale, H. H., &amp; Laidlaw, P. P. (1910). The physiological action of beta-iminazolylethylamine. <em>The Journal of Physiology<\/em>, 41(4), 318\u2013344. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1910.sp001406\">https:\/\/doi.org\/10.1113\/jphysiol.1910.sp001406<\/a><\/li>\n<li>Gray, S. L., Anderson, M. L., Dublin, S., Hanlon, J. T., Hubbard, R., Walker, R., Yu, O., Crane, P. K., &amp; Larson, E. B. (2015). Cumulative use of strong anticholinergics and incident dementia: A prospective cohort study. <em>JAMA Internal Medicine<\/em>, 175(3), 401\u2013407. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamainternmed.2014.7740\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamainternmed.2014.7740<\/a><\/li>\n<li>Guaiana, G., Barbui, C., &amp; Cipriani, A. (2010). Hydroxyzine for generalised anxiety disorder. <em>Cochrane Database of Systematic Reviews<\/em>, 2010(12), CD006815. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1002\/14651858.CD006815.pub2\">https:\/\/doi.org\/10.1002\/14651858.CD006815.pub2<\/a><\/li>\n<li>Yanai, K., &amp; Tashiro, M. (2007). The physiological and pathophysiological roles of neuronal histamine: An insight from human positron emission tomography studies. <em>Pharmacology &amp; Therapeutics<\/em>, 113(1), 1\u201315. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.pharmthera.2006.06.008\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.pharmthera.2006.06.008<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Exploration approfondie des antihistaminiques : neurobiologie de l&rsquo;histamine c\u00e9r\u00e9brale, effets s\u00e9datifs et anxiolytiques, classification et impact clinique.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[459,958,7375],"tags":[34235,553,33809,34236,9041,1344,3050],"class_list":["post-20625","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurosciences","category-psychiatrie-clinique","category-psychopharmacologie","tag-antihistaminique","tag-anxiete","tag-histamine","tag-hydroxyzine","tag-psychopharmacologie","tag-sommeil","tag-vigilance"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20625","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20625\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20625"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20625"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20625"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}