{"id":20597,"date":"2026-10-24T05:52:04","date_gmt":"2026-10-24T05:52:04","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=anticholinesterase"},"modified":"2026-10-24T05:52:04","modified_gmt":"2026-10-24T05:52:04","slug":"anticholinesterase","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=anticholinesterase","title":{"rendered":"Anticholinest\u00e9rase : Neurobiologie et m\u00e9moire"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour de la neurochimie, de la psychopharmacologie cognitive et de la psychiatrie biologique, les agents modulateurs de la neurotransmission constituent des leviers fondamentaux pour comprendre l&rsquo;architecture fonctionnelle de la cognition humaine. Parmi ces substances, les compos\u00e9s capables de suspendre la d\u00e9gradation enzymatique de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine r\u00e9v\u00e8lent les dynamiques intimes de l&rsquo;attention, de l&rsquo;apprentissage et de la neuroplasticit\u00e9 corticale.<\/p>\n<h2>Anticholinest\u00e9rase<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Une anticholinest\u00e9rase, couramment d\u00e9sign\u00e9e sous le terme d&rsquo;inhibiteur de la cholinest\u00e9rase, est un compos\u00e9 chimique ou pharmacologique qui inhibe l&rsquo;activit\u00e9 catalytique des enzymes cholinest\u00e9rases, principalement l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ac%C3%A9tylcholinest%C3%A9rase\">ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase<\/a> (AChE) et la butyrylcholinest\u00e9rase (BuChE). En emp\u00eachant le clivage hydrolytique de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine en choline et en ac\u00e9tate, cette substance prolonge la dur\u00e9e de vie du neurotransmetteur et amplifie son action dans la fente synaptique ainsi qu&rsquo;\u00e0 la jonction neuromusculaire.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences cognitives et de la psychologie clinique, les anticholinest\u00e9rases occupent une place pivot. Elles constituent la pierre angulaire des interventions pharmacologiques symptomatiques dans les pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives affectant les r\u00e9seaux cholinergiques centraux, au premier rang desquelles figure la maladie d&rsquo;Alzheimer. En restaurant un niveau basal suffisant d&rsquo;ac\u00e9tylcholine dans les projections corticales et hippocampiques, ces mol\u00e9cules soutiennent les fonctions ex\u00e9cutives, la m\u00e9moire de travail et les processus attentionnels.<\/p>\n<p>Sur le plan physiologique \u00e9largi, l&rsquo;action anticholinest\u00e9rasique s&rsquo;exerce tant au niveau du syst\u00e8me nerveux central que du syst\u00e8me nerveux p\u00e9riph\u00e9rique, parasympathique et somatique. Selon leur affinit\u00e9, leur r\u00e9versibilit\u00e9 et leur capacit\u00e9 \u00e0 franchir la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, ces agents s&rsquo;\u00e9tendent des th\u00e9rapeutiques nootropes et myasth\u00e9niques jusqu&rsquo;aux toxiques environnementaux et aux armes neurotoxiques de guerre.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab anticholinest\u00e9rase \u00bb est un mot compos\u00e9 savant structur\u00e9 \u00e0 partir d&rsquo;affixes et de racines issus du grec ancien et de la nomenclature biochimique internationale. Le pr\u00e9fixe \u00ab anti- \u00bb provient du grec ancien <em>\u1f00\u03bd\u03c4\u03af<\/em> (ant\u00ed), signifiant \u00ab contre \u00bb, \u00ab en opposition \u00e0 \u00bb ou \u00ab qui neutralise \u00bb. Ce pr\u00e9fixe marque l&rsquo;antagonisme fonctionnel de la mol\u00e9cule vis-\u00e0-vis du substrat enzymatique cible.<\/p>\n<p>Le c\u0153ur du lex\u00e8me repose sur le terme \u00ab cholinest\u00e9rase \u00bb, forg\u00e9 par la contraction de \u00ab choline \u00bb et du suffixe biochimique \u00ab -est\u00e9rase \u00bb. Le mot \u00ab choline \u00bb d\u00e9rive du grec <em>\u03c7\u03bf\u03bb\u03ae<\/em> (chol\u0113), signifiant \u00ab bile \u00bb, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 son isolement initial \u00e0 partir de la bile de b\u0153uf par le chimiste allemand Adolph Strecker en 1862. Le terme \u00ab ester \u00bb a \u00e9t\u00e9 introduit au XIXe si\u00e8cle par Leopold Gmelin, d\u00e9riv\u00e9 de l&rsquo;allemand <em>Essig\u00e4ther<\/em> (\u00e9ther ac\u00e9tique). Le suffixe \u00ab -ase \u00bb, universellement adopt\u00e9 en enzymologie depuis les travaux d&rsquo;\u00c9mile Duclaux en hommage \u00e0 la diastase, d\u00e9signe la propri\u00e9t\u00e9 catalytique d&rsquo;hydrolyse.<\/p>\n<p>La formalisation du terme est apparue dans la litt\u00e9rature biom\u00e9dicale au cours des ann\u00e9es 1930, au fur et \u00e0 mesure que les travaux de Dale, Loewi et Feldberg \u00e9tablissaient la th\u00e9orie de la transmission chimique des influx nerveux. L&rsquo;introduction du vocable a permis de classifier une gamme h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne de substances partageant une finalit\u00e9 commune : entraver la d\u00e9sactivation enzymatique de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le mot se transcrit dans l&rsquo;Alphabet Phon\u00e9tique International (API) sous la forme \/\u0251\u0303.ti.k\u0254.li.n\u025bs.te.\u0281az\/. La prononciation standard du fran\u00e7ais maintient l&rsquo;occlusive v\u00e9laire sourde [k] pour la graphie \u00ab ch \u00bb (h\u00e9rit\u00e9e du chi grec), et non le son fricatif post-alv\u00e9olaire [\u0283].<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue grammatical, le terme est un substantif f\u00e9minin lorsqu&rsquo;il d\u00e9signe la classe mol\u00e9culaire (\u00ab une anticholinest\u00e9rase \u00bb), bien qu&rsquo;il puisse \u00e9galement \u00eatre employ\u00e9 comme adjectif \u00e9pith\u00e8te invariable en genre (\u00ab un compos\u00e9 anticholinest\u00e9rase \u00bb, \u00ab une substance anticholinest\u00e9rase \u00bb). Au pluriel, il prend la marque r\u00e9guli\u00e8re : \u00ab des anticholinest\u00e9rases \u00bb. Dans la litt\u00e9rature contemporaine sp\u00e9cialis\u00e9e, les cliniciens et chercheurs emploient indiff\u00e9remment le vocable substantiv\u00e9 ou l&rsquo;expression descriptive synonyme \u00ab inhibiteur de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase \u00bb (souvent abr\u00e9g\u00e9e en IAChE ou IChE).<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender en profondeur le concept d&rsquo;anticholinest\u00e9rase, il convient d&rsquo;examiner le cycle synaptique de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ac%C3%A9tylcholine\">ac\u00e9tylcholine<\/a>. Synth\u00e9tis\u00e9e par la choline ac\u00e9tyltransf\u00e9rase (ChAT) \u00e0 partir de l&rsquo;ac\u00e9tyl-coenzyme A et de la choline dans le cytoplasme pr\u00e9synaptique, l&rsquo;ac\u00e9tylcholine est stock\u00e9e dans des v\u00e9sicules synaptiques. Lors de la d\u00e9polarisation membranaire, l&rsquo;afflux d&rsquo;ions calcium entra\u00eene l&rsquo;exocytose du neurotransmetteur dans la fente synaptique. L&rsquo;ac\u00e9tylcholine s&rsquo;associe alors bri\u00e8vement \u00e0 deux grands types de r\u00e9cepteurs : les r\u00e9cepteurs nicotiniques (canaux ioniques ligand-d\u00e9pendants) et les r\u00e9cepteurs muscariniques (r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G).<\/p>\n<p>Afin de pr\u00e9server la fid\u00e9lit\u00e9 temporelle du signal nerveux et d&rsquo;\u00e9viter une d\u00e9sensibilisation rapide des r\u00e9cepteurs membranaires, l&rsquo;ac\u00e9tylcholine doit \u00eatre neutralis\u00e9e avec une extr\u00eame v\u00e9locit\u00e9. L&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase pr\u00e9sente une efficacit\u00e9 catalytique parmi les plus \u00e9lev\u00e9es du r\u00e8gne biologique, op\u00e9rant \u00e0 une vitesse proche de la limite de diffusion des mol\u00e9cules : une seule mol\u00e9cule d&rsquo;enzyme peut hydrolyser pr\u00e8s de 25 000 mol\u00e9cules de neurotransmetteur par seconde. L&rsquo;introduction d&rsquo;un agent anticholinest\u00e9rasique modifie radicalement cette hom\u00e9ostasie en occupant le site actif de l&rsquo;enzyme ou en alt\u00e9rant sa conformation allost\u00e9rique.<\/p>\n<p>L&rsquo;effet neurophysiologique imm\u00e9diat est une accumulation stochastique du neurotransmetteur dans le micro-environnement synaptique. Cette concentration accrue permet \u00e0 l&rsquo;ac\u00e9tylcholine de diffuser plus largement (ph\u00e9nom\u00e8ne de transmission volumique) et de stimuler de mani\u00e8re prolong\u00e9e les r\u00e9cepteurs post-synaptiques et pr\u00e9synaptiques (autor\u00e9cepteurs). Sur le plan psychologique et cognitif, cette stimulation soutenue amplifie le rapport signal\/bruit dans le cortex c\u00e9r\u00e9bral, facilite les ph\u00e9nom\u00e8nes de potentialisation \u00e0 long terme au sein de l&rsquo;hippocampe et stabilise le r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut, souvent perturb\u00e9 dans les syndromes d\u00e9mentiels.<\/p>\n<p>Toutefois, la port\u00e9e fonctionnelle d&rsquo;une anticholinest\u00e9rase d\u00e9pend fondamentalement de ses caract\u00e9ristiques cin\u00e9tiques. On distingue les inhibiteurs r\u00e9versibles, dont la liaison \u00e0 l&rsquo;enzyme ob\u00e9it \u00e0 un \u00e9quilibre dissociatif rapide ou mod\u00e9r\u00e9, et les inhibiteurs irr\u00e9versibles, qui forment une liaison covalente ultra-stable (souvent par phosphorylation de la s\u00e9rine du site actif). Ces derniers provoquent une saturation continue et toxique de la voie cholinergique, conduisant \u00e0 une paralysie synaptique et \u00e0 des d\u00e9faillances syst\u00e9miques graves.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution et d\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire des anticholinest\u00e9rases s&rsquo;entrem\u00eale avec l&rsquo;\u00e9mergence de la pharmacologie moderne, de la toxicologie et des neurosciences exp\u00e9rimentales. Les pr\u00e9mices de cette histoire remontent au XIXe si\u00e8cle avec l&rsquo;\u00e9tude ethnopharmacologique de la f\u00e8ve de Calabar (<em>Physostigma venenosum<\/em>), utilis\u00e9e en Afrique occidentale comme poison d&rsquo;\u00e9preuve lors de rituels judiciaires. En 1864, Jobst et Hesse isolent le principe actif de cette l\u00e9gumineuse, la physostigmine (ou \u00e9s\u00e9rine). D\u00e8s la fin du XIXe si\u00e8cle, les ophtalmologues d\u00e9couvrent ses propri\u00e9t\u00e9s myotiques, sans en \u00e9lucider le m\u00e9canisme enzymatique intime.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1920 et 1930, Otto Loewi d\u00e9montre l&rsquo;existence d&rsquo;une transmission chimique du syst\u00e8me nerveux v\u00e9g\u00e9tatif par l&rsquo;interm\u00e9diaire de la \u00ab Vagusstoff \u00bb (ult\u00e9rieurement identifi\u00e9e comme l&rsquo;ac\u00e9tylcholine). Simultan\u00e9ment, Edgar Stedman et George Barger clarifient le r\u00f4le de l&rsquo;enzyme responsable de son inactivation. La physostigmine devient alors le prototype structural des inhibiteurs de la cholinest\u00e9rase, ouvrant la voie \u00e0 la synth\u00e8se de la n\u00e9ostigmine par Aeschlimann en 1931, une avanc\u00e9e th\u00e9rapeutique d\u00e9cisive pour le traitement de la myasth\u00e9nie grave promue par Mary Walker en 1934.<\/p>\n<p>La p\u00e9riode de la Seconde Guerre mondiale marque une bifurcation sombre et intensive dans l&rsquo;\u00e9tude des anticholinest\u00e9rases. Le chimiste allemand Gerhard Schrader, travaillant pour le conglom\u00e9rat IG Farben sur des insecticides organophosphor\u00e9s, d\u00e9couvre la l\u00e9talit\u00e9 extr\u00eame de ces agents et synth\u00e9tise les premiers gaz neurotoxiques (tabun, sarin, soman). Parall\u00e8lement, des recherches britanniques men\u00e9es par Bernard Charles Saunders aboutissent \u00e0 la synth\u00e8se du diisopropylfluorophosphate (DFP). Ces travaux mettent en lumi\u00e8re la liaison quasi irr\u00e9versible des organophosphor\u00e9s avec la cholinest\u00e9rase et stimulent la recherche sur les antidotes r\u00e9activateurs d&rsquo;enzymes, comme les oximes d\u00e9velopp\u00e9es dans les ann\u00e9es 1950 par Irwin Wilson.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1970, une r\u00e9volution conceptuelle s&rsquo;op\u00e8re en neuropsychiatrie. Peter Davies et David Maloney mettent en \u00e9vidence un d\u00e9ficit dramatique et sp\u00e9cifique des marqueurs cholinergiques dans le cortex c\u00e9r\u00e9bral de patients atteints de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Maladie_d%27Alzheimer\">maladie d&rsquo;Alzheimer<\/a>. Cette d\u00e9couverte fonde \u00ab l&rsquo;hypoth\u00e8se cholinergique \u00bb de la d\u00e9mence, formul\u00e9e de fa\u00e7on magistrale par Bartus et ses collaborateurs en 1982. Les chercheurs tentent alors d&rsquo;administrer de la physostigmine pour am\u00e9liorer la m\u00e9moire des patients, validant le principe de la compensation du d\u00e9ficit cholinergique central. Durant les d\u00e9cennies 1990 et 2000, l&rsquo;industrie pharmaceutique d\u00e9veloppe des anticholinest\u00e9rases de seconde g\u00e9n\u00e9ration, franchissant ais\u00e9ment la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et pr\u00e9sentant une demi-vie adapt\u00e9e : la tacrine (retir\u00e9e par la suite pour h\u00e9patotoxicit\u00e9), le don\u00e9p\u00e9zil, la rivastigmine et la galantamine.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du r\u00f4le psychologique des anticholinest\u00e9rases s&rsquo;enracine dans la th\u00e9orie des syst\u00e8mes modulateurs diffus d\u00e9velopp\u00e9e par les neurobiologistes au cours du XXe si\u00e8cle. Contrairement aux syst\u00e8mes de transmission synaptique point-\u00e0-point (tels que le glutamate et le GABA), le syst\u00e8me cholinergique central est un syst\u00e8me modulateur ascendant. Ses corps cellulaires sont regroup\u00e9s dans deux structures principales du prosenc\u00e9phale : le complexe nucl\u00e9aire basal de Meynert (qui innerve l&rsquo;ensemble du n\u00e9ocortex et de l&rsquo;amygdale) et les noyaux du septum m\u00e9dian et de la bandelette diagonale de Broca (qui projettent massivement vers la formation hippocampique).<\/p>\n<p>Sur le plan neuro-informatique, l&rsquo;ac\u00e9tylcholine agit comme un commutateur dynamique du mode de traitement cortical. Selon le mod\u00e8le computationnel propos\u00e9 par Michael Hasselmo, des niveaux \u00e9lev\u00e9s d&rsquo;ac\u00e9tylcholine suppriment la transmission synaptique excitatrice intrins\u00e8que (les connexions r\u00e9currentes cortico-corticales) tout en favorisant la transmission aff\u00e9rente sensorielle et la plasticit\u00e9 synaptique. En inhibant la cholinest\u00e9rase, on favorise ainsi l&rsquo;encodage des informations environnementales nouvelles en pr\u00e9venant l&rsquo;interf\u00e9rence proactive provenant de souvenirs consolid\u00e9s ant\u00e9rieurs.<\/p>\n<p>Par ailleurs, la th\u00e9orie du filtrage attentionnel stipule que le syst\u00e8me cholinergique module le gain neuronal dans les aires sensorielles primaires et secondaires. L&rsquo;administration d&rsquo;anticholinest\u00e9rases optimise la discrimination perceptuelle, renforce l&rsquo;attention soutenue et facilite le d\u00e9placement du foyer attentionnel face \u00e0 des stimuli pertinents. Les r\u00e9cepteurs nicotiniques alpha-7 pr\u00e9synaptiques facilitent en outre la lib\u00e9ration secondaire de glutamate, de dopamine et de noradr\u00e9naline, cr\u00e9ant un r\u00e9seau neurochimique propice \u00e0 l&rsquo;\u00e9veil et \u00e0 la vigilance cognitive.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9chelle synaptique mol\u00e9culaire, la prolongation de la pr\u00e9sence d&rsquo;ac\u00e9tylcholine favorise l&rsquo;induction de la plasticit\u00e9 synaptique d\u00e9pendante du temps d&rsquo;occurrence des potentiels d&rsquo;action (STDP) et stabilise la potentialisation \u00e0 long terme (LTP) au niveau des cellules pyramidales CA1 de l&rsquo;hippocampe. Ces processus repr\u00e9sentent le substrat cellulaire fondamental de l&rsquo;apprentissage et de la m\u00e9moire explicite.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La famille des anticholinest\u00e9rases peut \u00eatre classifi\u00e9e selon plusieurs axes dimensionnels : la nature biochimique de l&rsquo;interaction enzymatique, la s\u00e9lectivit\u00e9 pour les sous-types de cholinest\u00e9rases et la pharmacocin\u00e9tique de distribution tissulaire.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Inhibiteurs r\u00e9versibles non covalents :<\/strong> Ces mol\u00e9cules se lient temporairement et par des interactions faibles (liaisons hydrog\u00e8ne, forces de van der Waals) au site actif de l&rsquo;enzyme. Le <em>don\u00e9p\u00e9zil<\/em> en est l&rsquo;arch\u00e9type le plus prescrit en neuropsychiatrie ; il pr\u00e9sente une affinit\u00e9 hautement s\u00e9lective pour l&rsquo;AChE par rapport \u00e0 la BuChE, avec une clairance h\u00e9patique lente permettant une prise quotidienne unique.<\/li>\n<li><strong>Inhibiteurs pseudo-irr\u00e9versibles (ou carbamates) :<\/strong> Ces compos\u00e9s, dont la <em>rivastigmine<\/em> et la <em>physostigmine<\/em>, carbamoyilent le r\u00e9sidu s\u00e9rine du site actif catalytique. La d\u00e9carbamoylation de l&rsquo;enzyme s&rsquo;effectue beaucoup plus lentement que la d\u00e9sac\u00e9tylation naturelle, rendant l&rsquo;inhibition fonctionnellement prolong\u00e9e durant plusieurs heures, bien que le principe actif plasmatique soit rapidement \u00e9limin\u00e9. La rivastigmine pr\u00e9sente une double affinit\u00e9 \u00e9quilibr\u00e9e pour l&rsquo;AChE et la BuChE.<\/li>\n<li><strong>Inhibiteurs allost\u00e9riques \u00e0 m\u00e9canisme mixte :<\/strong> La <em>galantamine<\/em> constitue un compos\u00e9 unique : en plus d&rsquo;inhiber de mani\u00e8re comp\u00e9titive et r\u00e9versible l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase, elle agit comme un modulateur allost\u00e9rique positif des r\u00e9cepteurs nicotiniques pr\u00e9synaptiques et postsynaptiques, potentialisant la sensibilit\u00e9 de ces canaux ioniques \u00e0 l&rsquo;ac\u00e9tylcholine endog\u00e8ne.<\/li>\n<li><strong>Inhibiteurs irr\u00e9versibles (organophosphor\u00e9s) :<\/strong> Mol\u00e9cules caract\u00e9ris\u00e9es par une liaison phosphodierster covalente extr\u00eamement stable avec l&rsquo;enzyme cholinest\u00e9rase. Ils regroupent des insecticides agricoles (comme le malathion ou le chlorpyrifos) et des agents d&#8217;empoisonnement chimique (sarin, VX, Novitchok). En l&rsquo;absence d&rsquo;administration pr\u00e9coce d&rsquo;un r\u00e9activateur de l&rsquo;enzyme, survient le ph\u00e9nom\u00e8ne de \u00ab vieillissement \u00bb de la liaison (d\u00e9isopropylation ou clivage d&rsquo;une cha\u00eene lat\u00e9rale), rendant l&rsquo;inhibition d\u00e9finitive et l\u00e9tale.<\/li>\n<li><strong>Inhibiteurs p\u00e9riph\u00e9riques purs :<\/strong> Compos\u00e9s charg\u00e9s (souvent des d\u00e9riv\u00e9s d&rsquo;ammonium quaternaire comme la <em>n\u00e9ostigmine<\/em> ou la <em>pyridostigmine<\/em>) qui ne traversent pas la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique. Ils sont r\u00e9serv\u00e9s au traitement de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Myasth%C3%A9nie\">myasth\u00e9nie grave<\/a> ou \u00e0 la r\u00e9version de curares apr\u00e8s une intervention chirurgicale, sans effet psychoactif direct sur la cognition.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la port\u00e9e clinique et neuropsychologique des anticholinest\u00e9rases, consid\u00e9rons le profil de Madame H., 73 ans, pr\u00e9sentant un trouble neurocognitif majeur d\u00e9butant de type Alzheimer, attest\u00e9 par une baisse progressive de la m\u00e9moire \u00e9pisodique \u00e9pargnant initialement les automatismes moteurs, mais assortie d&rsquo;un d\u00e9sengagement attentionnel et d&rsquo;une apathie mod\u00e9r\u00e9e. L&rsquo;\u00e9valuation psychom\u00e9trique initiale montre un score de 21\/30 au Mini-Mental State Examination (MMSE), caract\u00e9ris\u00e9 par un \u00e9chec complet au rappel diff\u00e9r\u00e9 des trois mots et des difficult\u00e9s aux soustractions en s\u00e9rie.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s instauration progressive de don\u00e9p\u00e9zil (titr\u00e9 \u00e0 5 mg puis 10 mg par jour pour minimiser les d\u00e9sagr\u00e9ments gastro-intestinaux), une r\u00e9\u00e9valuation \u00e0 six mois objective une stabilisation cognitive avec un MMSE \u00e0 23\/30. L&rsquo;observation clinique et le rapport des aidants soulignent non pas une inversion de la neuropathologie causale, mais une am\u00e9lioration significative de la vigilance diurne, de la participation aux conversations complexes et de la fluidit\u00e9 dans les activit\u00e9s instrumentales de la vie quotidienne. Ce cas exemplifie l&rsquo;objectif des anticholinest\u00e9rases : offrir un r\u00e9pit fonctionnel symptomatique en maximisant le rendement des synapses r\u00e9siduelles.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;analyse d&rsquo;une intoxication accidentelle aux organophosphor\u00e9s permet de saisir les cons\u00e9quences d&rsquo;une d\u00e9r\u00e9gulation massive de ce syst\u00e8me. Un travailleur agricole admis en urgence toxico-psychiatrique suite \u00e0 une exposition cutan\u00e9e prolong\u00e9e \u00e0 un pesticide manifeste un syndrome cholinergique complet : au niveau p\u00e9riph\u00e9rique, hypersalivation, fasciculations musculaires, bronchospasme et bradycardie ; au niveau central, une agitation psychomotrice extr\u00eame, des hallucinations visuelles terrifiantes, une confusion mentale aigu\u00eb (delirium cholinergique) \u00e9voluant vers le coma convulsif. L&rsquo;antagonisme imm\u00e9diat par l&rsquo;atropine (qui bloque les r\u00e9cepteurs muscariniques) coupl\u00e9 au pralidoxime d\u00e9montre avec acuit\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;un \u00e9quilibre hom\u00e9ostatique strict de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, mesure et biomarqueurs<\/h3>\n<p>La quantification des effets des anticholinest\u00e9rases et de l&rsquo;\u00e9tat fonctionnel du syst\u00e8me cholinergique s&rsquo;appuie sur un continuum d&rsquo;outils allant de l&rsquo;enzymologie sanguine \u00e0 la neuro-imagerie mol\u00e9culaire avanc\u00e9e et aux bilans psychom\u00e9triques standardis\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan biochimique, la mesure de l&rsquo;inhibition enzymatique est r\u00e9alis\u00e9e par le dosage spectrophotom\u00e9trique selon la m\u00e9thode classique de George Ellman (m\u00e9thode \u00e0 l&rsquo;acide dithiobisnitrobenzo\u00efque ou DTNB). Dans le cadre d&rsquo;un traitement pharmacologique ou d&rsquo;une intoxication, on \u00e9value le taux d&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase \u00e9rythrocytaire (refl\u00e9tant fid\u00e8lement l&rsquo;enzyme neuronale) et de la cholinest\u00e9rase plasmatique (butyrylcholinest\u00e9rase). Une inhibition de 60 % \u00e0 70 % de l&rsquo;AChE \u00e9rythrocytaire est g\u00e9n\u00e9ralement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 l&rsquo;efficacit\u00e9 th\u00e9rapeutique optimale sans toxicit\u00e9 majeure chez les patients trait\u00e9s pour des troubles neurocognitifs.<\/p>\n<p>En recherche neuropsychiatrique et en imagerie fonctionnelle, l&rsquo;utilisation de la tomographie par \u00e9mission de positons (TEP) au moyen de radiotraceurs sp\u00e9cifiques (comme le [\u00b9\u00b9C]-PMP ou le [\u00b9\u2078F]-FEOBV) permet de cartographier directement l&rsquo;activit\u00e9 catalytique de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase et la densit\u00e9 des transporteurs v\u00e9siculaires de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine (VAChT) <em>in vivo<\/em> chez l&rsquo;humain. Ces techniques fournissent des biomarqueurs spatio-temporels cruciaux pour quantifier le taux d&rsquo;occupation des enzymes c\u00e9r\u00e9brales par les m\u00e9dicaments anticholinest\u00e9rasiques prescrits.<\/p>\n<p>Sur le versant psychom\u00e9trique, l&rsquo;efficacit\u00e9 des anticholinest\u00e9rases est mesur\u00e9e dans les essais cliniques \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;\u00e9chelles composites rigoureuses, telles que l&rsquo;Alzheimer&rsquo;s Disease Assessment Scale-Cognitive Subscale (ADAS-Cog), le Clinical Dementia Rating (CDR) et l&rsquo;inventaire neuropsychiatrique (NPI) pour mesurer l&rsquo;impact de l&rsquo;augmentation cholinergique sur les perturbations comportementales et les hallucinations.<\/p>\n<h3>10. Applications cliniques et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les applications cliniques des anticholinest\u00e9rases traversent de multiples sp\u00e9cialit\u00e9s m\u00e9dicales, soulignant l&rsquo;importance transversale du signal cholinergique dans l&rsquo;organisme :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Neuropsychologie des d\u00e9mences :<\/strong> Le don\u00e9p\u00e9zil, la rivastigmine et la galantamine repr\u00e9sentent les traitements de premi\u00e8re ligne des formes l\u00e9g\u00e8res \u00e0 mod\u00e9r\u00e9ment s\u00e9v\u00e8res de la maladie d&rsquo;Alzheimer, ainsi que de la d\u00e9mence associ\u00e9e \u00e0 la maladie de Parkinson et de la d\u00e9mence \u00e0 corps de Lewy. Dans cette derni\u00e8re, les anticholinest\u00e9rases sont particuli\u00e8rement remarquables pour r\u00e9duire les hallucinations visuelles r\u00e9currentes et les fluctuations attentionnelles, sans aggraver la rigidit\u00e9 extrapyramidale.<\/li>\n<li><strong>Neurologie neuromusculaire :<\/strong> Dans la myasth\u00e9nie auto-immune, o\u00f9 des auto-anticorps bloquent et d\u00e9truisent les r\u00e9cepteurs nicotiniques de la plaque motrice, la pyridostigmine compense la perte de r\u00e9cepteurs en augmentant la concentration d&rsquo;ac\u00e9tylcholine, restaurant temporairement la force musculaire et limitant la fatigabilit\u00e9 invalidante (ptosis, diplopie, faiblesse des membres).<\/li>\n<li><strong>R\u00e9animation et anesth\u00e9sie :<\/strong> La n\u00e9ostigmine est administr\u00e9e en fin d&rsquo;intervention chirurgicale pour lever le blocage neuromusculaire provoqu\u00e9 par les curares non d\u00e9polarisants, assurant ainsi la reprise d&rsquo;une ventilation spontan\u00e9e efficace.<\/li>\n<li><strong>Psychiatrie d&rsquo;urgence et toxicologie :<\/strong> La physostigmine sert d&rsquo;antidote sp\u00e9cifique face au redoutable \u00ab syndrome anticholinergique central \u00bb, induit par le surdosage accidentel ou volontaire en antid\u00e9presseurs tricycliques, neuroleptiques atropiniques, antihistaminiques s\u00e9datifs ou alcalo\u00efdes belladon\u00e9s (datura, belladone). En restaurant le tonus cholinergique central, elle dissipe rapidement le d\u00e9lire agit\u00e9 et l&rsquo;obnubilation mentale.<\/li>\n<li><strong>Gastroent\u00e9rologie et urologie :<\/strong> Des mol\u00e9cules \u00e0 tropisme p\u00e9riph\u00e9rique sont utilis\u00e9es pour stimuler la motilit\u00e9 gastro-intestinale en cas d&rsquo;il\u00e9us paralytique postop\u00e9ratoire ou de r\u00e9tention urinaire non obstructive par atonie v\u00e9sicale.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>La litt\u00e9rature scientifique relative aux anticholinest\u00e9rases est consid\u00e9rable. D\u00e8s la fin des ann\u00e9es 1990, des dizaines d&rsquo;essais cliniques multicentriques randomis\u00e9s en double aveugle contre placebo ont \u00e9valu\u00e9 leur efficacit\u00e9 dans les maladies neurocognitives. Les m\u00e9ta-analyses majeures, notamment celles conduites par la collaboration Cochrane (Birks, 2006 ; Birks &#038; Harvey, 2018), ont constamment valid\u00e9 une sup\u00e9riorit\u00e9 statistique modeste mais robuste des inhibiteurs par rapport au placebo sur les scores cognitifs (gain moyen de 1,5 \u00e0 2,5 points sur l&rsquo;\u00e9chelle ADAS-Cog sur une p\u00e9riode de 6 mois).<\/p>\n<p>Les recherches longitudinales d\u00e9montrent \u00e9galement un retard significatif du d\u00e9lai d&rsquo;institutionnalisation chez les patients recevant un traitement continu et bien tol\u00e9r\u00e9. Toutefois, les donn\u00e9es empiriques ont mis en lumi\u00e8re une grande variabilit\u00e9 interindividuelle de r\u00e9ponse : environ un tiers des patients trait\u00e9s manifestent une r\u00e9ponse clinique visible (am\u00e9lioration ou stabilisation nette), un tiers une r\u00e9ponse interm\u00e9diaire, et un tiers demeurent non-r\u00e9pondeurs en raison de la progression inexorable des l\u00e9sions tau et amylo\u00efdes d\u00e9truisant en amont les neurones cholinergiques sous-corticaux.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, la recherche translationnelle s&rsquo;est int\u00e9ress\u00e9e aux propri\u00e9t\u00e9s neuroprotectrices non enzymatiques des anticholinest\u00e9rases. Des travaux exp\u00e9rimentaux men\u00e9s sur des mod\u00e8les rongeurs ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la stimulation prolong\u00e9e des r\u00e9cepteurs nicotiniques induite par ces mol\u00e9cules favorise l&rsquo;expression du facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Facteur_neurotrophique_d%C3%A9riv%C3%A9_du_cerveau\">BDNF<\/a>), r\u00e9gule \u00e0 la baisse la phosphorylation de la prot\u00e9ine tau et diminue la toxicit\u00e9 des oligom\u00e8res du peptide b\u00eata-amylo\u00efde. Cependant, la transposition de ces effets modificateurs de la maladie chez l&rsquo;\u00eatre humain n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 confirm\u00e9e de mani\u00e8re concluante sur les crit\u00e8res d&rsquo;imagerie structurelle (atrophie c\u00e9r\u00e9brale).<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation des anticholinest\u00e9rases refl\u00e8te des divergences profondes d&rsquo;ordre culturel, socio-\u00e9conomique et \u00e9thique selon les syst\u00e8mes de sant\u00e9 \u00e0 travers le monde. Dans les pays occidentaux, l&rsquo;autorisation des mol\u00e9cules dans les ann\u00e9es 1990 a co\u00efncid\u00e9 avec l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une prise de conscience soci\u00e9tale du \u00ab fardeau \u00bb de la d\u00e9mence, transformant le regard m\u00e9dical sur la s\u00e9nilit\u00e9, qui est pass\u00e9e du statut d&rsquo;in\u00e9vitable d\u00e9ch\u00e9ance li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge \u00e0 celui de maladie neurologique traitable.<\/p>\n<p>Cependant, les disparit\u00e9s de remboursement illustrent des philosophies d&rsquo;\u00e9valuation clinique divergentes. En France, la Haute Autorit\u00e9 de Sant\u00e9 (HAS) a d\u00e9cid\u00e9 en 2016 de r\u00e9trograder le service m\u00e9dical rendu (SMR) de ces mol\u00e9cules d&rsquo;\u00ab important \u00bb \u00e0 \u00ab insuffisant \u00bb, conduisant au d\u00e9remboursement effectif par l&rsquo;Assurance Maladie en 2018. Cette d\u00e9cision s&rsquo;appuyait sur le caract\u00e8re modeste de l&rsquo;efficacit\u00e9 symptomatique mis en balance avec le risque d&rsquo;effets secondaires digestifs, cardiaques et les risques iatrog\u00e8nes de polym\u00e9dication. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, les agences de sant\u00e9 britannique (NICE), nord-am\u00e9ricaine (FDA) et la plupart des instances europ\u00e9ennes maintiennent fermement ces m\u00e9dicaments en recommandation de premi\u00e8re intention, arguant que m\u00eame un b\u00e9n\u00e9fice fonctionnel limit\u00e9 demeure d&rsquo;une valeur inestimable pour les patients et leurs familles face \u00e0 l&rsquo;absence d&rsquo;alternatives curatives accessibles.<\/p>\n<p>Dans les pays \u00e0 revenu faible ou interm\u00e9diaire, l&rsquo;acc\u00e8s aux anticholinest\u00e9rases demeure largement tributaire du niveau \u00e9conomique individuel, le co\u00fbt des formes princeps ou g\u00e9n\u00e9riques de qualit\u00e9 restant prohibitif pour une large part de la population, qui se tourne vers des th\u00e9rapeutiques traditionnelles (plantes contenant des alcalo\u00efdes comme <em>Huperzia serrata<\/em>, source de l&rsquo;anticholinest\u00e9rase naturelle huperzine A).<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>La controverse centrale entourant les anticholinest\u00e9rases d\u00e9coule de l&rsquo;\u00e9cart persistant entre les promesses th\u00e9oriques initiales de \u00ab l&rsquo;hypoth\u00e8se cholinergique \u00bb et la r\u00e9alit\u00e9 clinique observ\u00e9e au lit du malade. Bien que l&rsquo;ac\u00e9tylcholine soit cruciale pour l&rsquo;assemblage de la m\u00e9moire de travail et de l&rsquo;attention, son d\u00e9ficit dans la maladie d&rsquo;Alzheimer n&rsquo;est pas le primum movens de l&rsquo;affection, mais une cons\u00e9quence collat\u00e9rale de la d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence neurofibrillaire du noyau basal de Meynert. Par cons\u00e9quent, les anticholinest\u00e9rases n&rsquo;interrompent en rien la cascade sous-jacente de mort neuronale ; elles augmentent la performance d&rsquo;un moteur dont les composants s&rsquo;amenuisent progressivement.<\/p>\n<p>Une seconde limite clinique majeure r\u00e9side dans le profil d&rsquo;effets ind\u00e9sirables, directement d\u00e9duit de l&rsquo;hyperactivit\u00e9 cholinergique p\u00e9riph\u00e9rique parasympathique. Les manifestations gastro-intestinales (naus\u00e9es, diarrh\u00e9es, vomissements, perte pond\u00e9rale) sont fr\u00e9quentes lors de l&rsquo;initiation ou des augmentations posologiques. Plus pr\u00e9occupants encore sont les effets cardiovasculaires : bradycardie sinusale, blocs auriculo-ventriculaires et syncopes vagales, pouvant provoquer des chutes traumatiques et des fractures chez des patients \u00e2g\u00e9s fragilis\u00e9s.<\/p>\n<p>Enfin, le d\u00e9bat porte sur les difficult\u00e9s inh\u00e9rentes au sevrage de ces th\u00e9rapeutiques chez les patients arriv\u00e9s au stade terminal de leur maladie. L&rsquo;interruption brutale d&rsquo;une anticholinest\u00e9rase chez une personne trait\u00e9e de longue date peut pr\u00e9cipiter un d\u00e9clin cognitif acc\u00e9l\u00e9r\u00e9 et l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;un \u00e9tat confusionnel aigu par rupture de compensation, confrontant les soignants et les familles \u00e0 des dilemmes \u00e9thiques d\u00e9licats sur la temporalit\u00e9 optimale d&rsquo;arr\u00eat des soins actifs.<\/p>\n<h3>14. Termes associ\u00e9s et distinctions conceptuelles<\/h3>\n<p>Une appr\u00e9hension rigoureuse de la terminologie pharmacologique exige de distinguer l&rsquo;anticholinest\u00e9rase d&rsquo;autres entit\u00e9s agissant sur les r\u00e9cepteurs ou m\u00e9tabolismes voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Anticholinest\u00e9rase vs Agoniste cholinergique direct :<\/strong> Un agoniste direct (comme la pilocarpine ou l&rsquo;ar\u00e9coline) mime l&rsquo;action de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine en se fixant directement sur les r\u00e9cepteurs nicotiniques ou muscariniques. L&rsquo;anticholinest\u00e9rase, quant \u00e0 elle, n&rsquo;exerce qu&rsquo;une action indirecte qui n\u00e9cessite imp\u00e9rativement la pr\u00e9sence d&rsquo;une production endog\u00e8ne r\u00e9siduelle d&rsquo;ac\u00e9tylcholine par le neurone pr\u00e9synaptique.<\/li>\n<li><strong>Anticholinest\u00e9rase vs Anticholinergique :<\/strong> Ces deux classes sont des antagonistes conceptuels et pharmacologiques totaux. Les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Anticholinergique\">m\u00e9dicaments anticholinergiques<\/a> (ou atropiniques) bloquent les r\u00e9cepteurs de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine, induisant une s\u00e9cheresse buccale, de la mydriase et de la confusion mentale, alors que les anticholinest\u00e9rases visent \u00e0 augmenter l&rsquo;activit\u00e9 globale de ce neurotransmetteur.<\/li>\n<li><strong>Ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase (AChE) vs Butyrylcholinest\u00e9rase (BuChE) :<\/strong> L&rsquo;AChE est localis\u00e9e pr\u00e9f\u00e9rentiellement dans les synapses neuronales et les membranes des h\u00e9maties, affichant une haute affinit\u00e9 pour l&rsquo;ac\u00e9tylcholine. La BuChE (ou pseudocholinest\u00e9rase), synth\u00e9tis\u00e9e par le foie et pr\u00e9sente dans le plasma et les cellules gliales, poss\u00e8de un spectre d&rsquo;hydrolyse plus large. Si le don\u00e9p\u00e9zil cible l&rsquo;AChE de mani\u00e8re tr\u00e8s s\u00e9lective, la rivastigmine inhibe les deux isoformes avec une efficacit\u00e9 comparable.<\/li>\n<li><strong>Procholinergique :<\/strong> Terme g\u00e9n\u00e9rique englobant tout traitement qui facilite la transmission cholinergique, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de pr\u00e9curseurs m\u00e9taboliques (citicoline, l\u00e9cithine), de modulateurs allost\u00e9riques ou d&rsquo;inhibiteurs enzymatiques (anticholinest\u00e9rases).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Les anticholinest\u00e9rases forment une classe pharmacologique strat\u00e9gique dont la fonction principale est de retarder l&rsquo;inactivation de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine par inhibition comp\u00e9titive, non comp\u00e9titive ou pseudo-irr\u00e9versible de l&rsquo;enzyme ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase. Dans la sph\u00e8re psychologique et neuropsychiatrique, elles repr\u00e9sentent l&rsquo;incarnation th\u00e9rapeutique de l&rsquo;hypoth\u00e8se cholinergique, d\u00e9montrant que la compensation neurochimique d&rsquo;un r\u00e9seau peut att\u00e9nuer temporairement les d\u00e9ficits de l&rsquo;attention, de la m\u00e9moire et des fonctions ex\u00e9cutives induits par des processus neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratifs.<\/p>\n<p>Disponibles sous des formes r\u00e9versibles \u00e0 p\u00e9n\u00e9tration centrale (don\u00e9p\u00e9zil, rivastigmine, galantamine), elles constituent le traitement symptomatique de r\u00e9f\u00e9rence des d\u00e9mences l\u00e9g\u00e8res \u00e0 mod\u00e9r\u00e9es, tout en exigeant une vigilance accrue face \u00e0 leurs effets ind\u00e9sirables parasympathicomim\u00e9tiques gastro-intestinaux et cardiaques. \u00c0 l&rsquo;extr\u00eame oppos\u00e9 du spectre d&rsquo;application, les compos\u00e9s irr\u00e9versibles (organophosphor\u00e9s) rappellent la toxicit\u00e9 syst\u00e9mique mortelle d&rsquo;une inhibition cholinest\u00e9rasique incontr\u00f4l\u00e9e, illustrant la sensibilit\u00e9 hom\u00e9ostatique remarquable r\u00e9gissant la synapse cholinergique humaine.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bartus, R. T., Dean, R. L., Beer, B., &amp; Lippa, A. S. (1982). The cholinergic hypothesis of geriatric memory dysfunction. <em>Science<\/em>, 217(4558), 408\u2013414. https:\/\/doi.org\/10.1126\/science.7046051<\/li>\n<li>Birks, J. S., &amp; Harvey, R. J. (2018). Donepezil for dementia due to Alzheimer&rsquo;s disease. <em>Cochrane Database of Systematic Reviews<\/em>, 2018(6), CD001190. https:\/\/doi.org\/10.1002\/14651858.CD001190.pub3<\/li>\n<li>Davies, P., &amp; Maloney, A. J. (1976). Selective loss of central cholinergic neurons in Alzheimer&rsquo;s disease. <em>The Lancet<\/em>, 308(8000), 1403. https:\/\/doi.org\/10.1016\/s0140-6736(76)91936-x<\/li>\n<li>Ellman, G. L., Courtney, K. D., Andres, V., &amp; Featherstone, R. M. (1961). A new and rapid colorimetric determination of acetylcholinesterase activity. <em>Biochemical Pharmacology<\/em>, 7(2), 88\u201395. https:\/\/doi.org\/10.1016\/0006-2952(61)90145-9<\/li>\n<li>Hasselmo, M. E. (2006). The role of acetylcholine in learning and memory as formulated by cognitive maps and episodic processing. <em>Neurobiology of Learning and Memory<\/em>, 85(1), 1\u201317. https:\/\/doi.org\/10.1016\/j.nlm.2005.06.002<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez en d\u00e9tail l&rsquo;anticholinest\u00e9rase : m\u00e9canisme d&rsquo;inhibition enzymatique, r\u00f4le cl\u00e9 dans la cognition et la maladie d&rsquo;Alzheimer, et applications cliniques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,459,7375],"tags":[6360,34174,34175,1366,2350,6887,27973],"class_list":["post-20597","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-neurosciences","category-psychopharmacologie","tag-acetylcholine","tag-anticholinesterase","tag-cholinesterase","tag-cognition","tag-maladie-dalzheimer","tag-neuropharmacologie","tag-neurotransmetteurs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20597","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20597\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20597"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20597"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20597"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}