{"id":20596,"date":"2026-10-24T05:50:12","date_gmt":"2026-10-24T05:50:12","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=syndrome-anticholinergique"},"modified":"2026-10-24T05:50:12","modified_gmt":"2026-10-24T05:50:12","slug":"syndrome-anticholinergique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=syndrome-anticholinergique","title":{"rendered":"Syndrome anticholinergique : Urgence et clinique"},"content":{"rendered":"<p>Caract\u00e9ris\u00e9 par une d\u00e9sorganisation aigu\u00eb des fonctions autonomes et cognitives cons\u00e9cutive \u00e0 l&rsquo;inhibition des r\u00e9cepteurs muscariniques, le syndrome anticholinergique constitue un toxidrome majeur \u00e0 la crois\u00e9e de la psychiatrie, de la pharmacologie et de la r\u00e9animation m\u00e9dicale. Ce tableau clinique d&rsquo;origine iatrog\u00e8ne ou toxique compromet brutalement l&rsquo;hom\u00e9ostasie hom\u00e9othermique, cardiovasculaire et neuro-psychique, exposant le patient \u00e0 un risque d\u00e9lirant s\u00e9v\u00e8re et potentiellement l\u00e9tal.<\/p>\n<h2>Syndrome anticholinergique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le syndrome anticholinergique, ou toxidrome atropinique, est une constellation syndromique aigu\u00eb r\u00e9sultant du blocage comp\u00e9titif de la neurotransmission m\u00e9di\u00e9e par l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ac%C3%A9tylcholine\">ac\u00e9tylcholine<\/a> au niveau des r\u00e9cepteurs muscariniques centraux et p\u00e9riph\u00e9riques. Il se manifeste typiquement par l&rsquo;association d&rsquo;une d\u00e9sorganisation neuropsychique s\u00e9v\u00e8re (confusion, agitation, hallucinations) et d&rsquo;un dysfonctionnement neurov\u00e9g\u00e9tatif marqu\u00e9 par une anhidrose, une hyperthermie, une tachycardie, une mydriase et une r\u00e9tention urinaire aigu\u00eb.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la psychiatrie et de la psychopharmacologie, ce syndrome repr\u00e9sente une complication iatrog\u00e8ne fr\u00e9quente, souvent induite par l&rsquo;accumulation cumulative de m\u00e9dicaments poss\u00e9dant des propri\u00e9t\u00e9s atropiniques intrins\u00e8ques ou accessoires (tels que les antid\u00e9presseurs tricycliques, les neuroleptiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration, les antihistaminiques et certains correcteurs antiparkinsoniens). L&rsquo;inhibition de la signalisation cholinergique au sein des circuits corticaux et sous-corticaux induit une rupture de la r\u00e9gulation thalamocorticale, pr\u00e9cipitant un \u00e9tat de confusion mentale et d&rsquo;hyperactivit\u00e9 psychomotrice qui n\u00e9cessite une prise en charge urgente.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab syndrome anticholinergique \u00bb puise ses origines linguistiques dans le grec ancien et la biologie moderne. Le pr\u00e9fixe \u00ab anti- \u00bb provient du grec ancien <em>\u1f00\u03bd\u03c4\u03af<\/em> (ant\u00ed), signifiant \u00ab contre \u00bb ou \u00ab oppos\u00e9 \u00e0 \u00bb. L&rsquo;\u00e9l\u00e9ment \u00ab cholinergique \u00bb combine le grec <em>\u03c7\u03bf\u03bb\u03ae<\/em> (chol\u1e17), d\u00e9signant la \u00ab bile \u00bb (d&rsquo;o\u00f9 a \u00e9t\u00e9 isol\u00e9e historiquement la choline), et le suffixe <em>-ergique<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 du grec <em>\u1f14\u03c1\u03b3\u03bf\u03bd<\/em> (\u00e9rgon), traduisant le \u00ab travail \u00bb ou \u00ab l&rsquo;action \u00bb. Ainsi, \u00ab anticholinergique \u00bb d\u00e9signe litt\u00e9ralement toute entit\u00e9 s&rsquo;opposant au travail biologique de la choline et de son d\u00e9riv\u00e9 ac\u00e9tyl\u00e9.<\/p>\n<p>Le terme \u00ab syndrome \u00bb est issu du grec <em>\u03c3\u03c5\u03bd\u03b4\u03c1\u03bf\u03bc\u03ae<\/em> (sundrom\u00ea), compos\u00e9 de <em>\u03c3\u03cd\u03bd<\/em> (s\u00fan, \u00ab avec, ensemble \u00bb) et de <em>\u03b4\u03c1\u03cc\u03bc\u03bf\u03c2<\/em> (dr\u00f3mos, \u00ab course, marche \u00bb), signifiant litt\u00e9ralement \u00ab rencontre \u00bb ou \u00ab concours d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments \u00bb, qui caract\u00e9rise en s\u00e9miologie m\u00e9dicale un ensemble r\u00e9current de signes cliniques et de sympt\u00f4mes survenant de concert. Sur le plan historique, le terme a \u00e9t\u00e9 introduit au fur et \u00e0 mesure que les pharmacologues isolaient les alcalo\u00efdes de la belladone (atropine, scopolamine) et identifiaient le neurotransmetteur ac\u00e9tylcholine au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, notamment gr\u00e2ce aux travaux fondamentaux de Henry Dale et Otto Loewi sur la m\u00e9diation chimique de l&rsquo;influx nerveux.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le terme se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme <strong>\/s\u025b\u0303.d\u0281om \u0251\u0303.ti.k\u0254.li.n\u025b\u0281.\u0292ik\/<\/strong>. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe nominal masculin singulier compos\u00e9 du substantif masculin \u00ab syndrome \u00bb et de l&rsquo;adjectif relationnel \u00ab anticholinergique \u00bb. Au pluriel, il prend la forme orthographique r\u00e9guli\u00e8re \u00ab syndromes anticholinergiques \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le discours clinique francophone, on rencontre fr\u00e9quemment l&rsquo;usage de synonymes tels que \u00ab toxidrome atropinique \u00bb ou \u00ab syndrome atropinique \u00bb, bien que ce dernier d\u00e9signe stricto sensu les intoxications directement li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;atropine ou aux solanac\u00e9es vireuses, alors que le terme \u00ab syndrome anticholinergique \u00bb englobe l&rsquo;ensemble des mol\u00e9cules antagonistes des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9cepteur_muscarinique\">r\u00e9cepteurs muscariniques<\/a>, qu&rsquo;elles soient pharmacologiques, v\u00e9g\u00e9tales ou synth\u00e9tiques. En psychiatrie clinique, l&rsquo;abr\u00e9viation famili\u00e8re \u00ab effet atropinique \u00bb est souvent employ\u00e9e pour qualifier les sympt\u00f4mes p\u00e9riph\u00e9riques pr\u00e9curseurs.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender le syndrome anticholinergique dans toute son ampleur, il convient de comprendre l&rsquo;architecture du syst\u00e8me cholinergique c\u00e9r\u00e9bral et p\u00e9riph\u00e9rique. L&rsquo;ac\u00e9tylcholine agit sur deux grands types de r\u00e9cepteurs : les r\u00e9cepteurs nicotiniques (canaux ioniques) et les r\u00e9cepteurs muscariniques (r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G, sous-types M1 \u00e0 M5). Le syndrome anticholinergique classique d\u00e9coule sp\u00e9cifiquement d&rsquo;une antagonisation comp\u00e9titive de ces r\u00e9cepteurs muscariniques. Le syst\u00e8me muscarinique r\u00e9gule les fonctions du <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syst%C3%A8me_nerveux_parasympathique\">syst\u00e8me nerveux parasympathique<\/a> \u00e0 la p\u00e9riph\u00e9rie et orchestre la vigilance, la m\u00e9moire de travail, l&rsquo;attention et le traitement de l&rsquo;information sensorielle au niveau du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>Sur le plan p\u00e9riph\u00e9rique, le blocage des r\u00e9cepteurs M2 et M3 paralyse les effecteurs parasympathiques post-ganglionnaires. L&rsquo;inhibition des r\u00e9cepteurs M2 cardiaques l\u00e8ve le tonus vagal inhibiteur sur le n\u0153ud sino-auriculaire, provoquant une tachycardie sinusale soutenue. Le blocage des r\u00e9cepteurs M3 situ\u00e9s au niveau des muscles lisses et des glandes exocrines entra\u00eene une suppression drastique des s\u00e9cr\u00e9tions sudorales (anhidrose), salivaires (x\u00e9rostomie) et lacrymales, ainsi qu&rsquo;une relaxation de la musculature lisse d\u00e9trusorienne associ\u00e9e \u00e0 une constriction du sphincter v\u00e9sical (r\u00e9tention aigu\u00eb d&rsquo;urine) et une hypomotilit\u00e9 gastro-intestinale majeure (il\u00e9us paralytique). La paralysie du muscle constricteur de l&rsquo;iris et du muscle ciliaire engendre une mydriase bilat\u00e9rale non r\u00e9active et une cyclopl\u00e9gie (perte de l&rsquo;accommodation visuelle).<\/p>\n<p>Sur le plan central, l&rsquo;antagonisme des r\u00e9cepteurs M1, M2 et M4 au niveau du cortex c\u00e9r\u00e9bral, du striatum et de l&rsquo;hippocampe engendre une dysfonction majeure des r\u00e9seaux de la saillance et du contr\u00f4le ex\u00e9cutif. Priv\u00e9 de la modulation ac\u00e9tylcholinique provenant du noyau basal de Meynert et de la r\u00e9gion tegmentale dorsolat\u00e9rale, le cerveau glisse vers un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9lirium\">delirium<\/a> aigu hyperactif. Les patients pr\u00e9sentent une d\u00e9sorientation temporo-spatiale, des troubles massifs de l&rsquo;attention, des illusions perceptives et des hallucinations visuelles caract\u00e9ristiques, souvent lilliputiennes ou zoopsiques, ainsi qu&rsquo;une agitation incoercible avec des mouvements st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s de pr\u00e9hension dans le vide (carphologie).<\/p>\n<p>La d\u00e9faillance de la thermor\u00e9gulation constitue l&rsquo;un des m\u00e9canismes les plus redoutables du syndrome. L&rsquo;hyperthermie anticholinergique r\u00e9sulte d&rsquo;un cercle vicieux : l&rsquo;anhidrose bloque l&rsquo;\u00e9vaporation cutan\u00e9e (seul m\u00e9canisme d&rsquo;\u00e9vacuation thermique efficace lors d&rsquo;un effort ou d&rsquo;une ambiance chaude), tandis que l&rsquo;agitation psychomotrice intense g\u00e9n\u00e8re une thermogen\u00e8se endog\u00e8ne massive. Si elle n&rsquo;est pas corrig\u00e9e, cette hyperthermie maligne peut d\u00e9passer 41 \u00b0C et pr\u00e9cipiter une rhabdomyolyse, une d\u00e9faillance multivisc\u00e9rale et le d\u00e9c\u00e8s.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire du syndrome anticholinergique est intimement li\u00e9e \u00e0 l&rsquo;utilisation s\u00e9culaire des plantes de la famille des Solanac\u00e9es. Depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9, des esp\u00e8ces telles que la belladone (<em>Atropa belladonna<\/em>), la jusquiame noire (<em>Hyoscyamus niger<\/em>), la mandragore (<em>Mandragora officinarum<\/em>) et le datura (<em>Datura stramonium<\/em>) ont \u00e9t\u00e9 employ\u00e9es pour leurs propri\u00e9t\u00e9s narcotiques, hallucinog\u00e8nes ou toxiques. Durant le Moyen \u00c2ge et la Renaissance, ces v\u00e9g\u00e9taux constituaient l&rsquo;ingr\u00e9dient principal des \u00ab onguents de vol \u00bb des sorci\u00e8res, dont les hallucinations c\u00e9nesth\u00e9siques et visuelles correspondaient fid\u00e8lement aux tableaux centraux de l&rsquo;intoxication muscarinique.<\/p>\n<p>La formalisation scientifique du tableau d\u00e9bute au XIXe si\u00e8cle avec l&rsquo;isolement de l&rsquo;atropine par le pharmacien allemand Philipp Lorenz Geiger en 1833. C&rsquo;est \u00e0 la fin du XIXe et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle que la s\u00e9miologie classique de l&rsquo;intoxication atropinique est consign\u00e9e dans les trait\u00e9s de toxicologie m\u00e9dicale. Pour fixer les signes cliniques dans la m\u00e9moire des \u00e9tudiants, les cliniciens anglo-saxons ont forg\u00e9 le fameux aphorisme mn\u00e9motechnique : <em>\u00ab Blind as a bat, mad as a hatter, red as a beet, hot as a hare, dry as a bone, the bowel and bladder lose their tone, and the heart runs alone \u00bb<\/em> (Aveugle comme une chauve-souris, fou comme un chapelier, rouge comme une betterave, chaud comme un li\u00e8vre, sec comme un os, les intestins et la vessie perdent leur tonus, et le c\u0153ur bat la chamade).<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, avec l&rsquo;av\u00e8nement de la psychopharmacologie moderne et l&rsquo;introduction successive des neuroleptiques ph\u00e9nothiaziniques, des antid\u00e9presseurs tricycliques, des antiparkinsoniens de synth\u00e8se et des antihistaminiques H1, la pr\u00e9valence du syndrome a connu une hausse spectaculaire. D\u00e8s les ann\u00e9es 1960 et 1970, des psychiatres ont d\u00e9crit des \u00ab psychoses toxiques atropiniques \u00bb d\u00e9clench\u00e9es par l&rsquo;association combin\u00e9e d&rsquo;antid\u00e9presseurs et de correcteurs anticholinergiques prescrits pour contrer le parkinsonisme m\u00e9dicamenteux. \u00c0 partir des ann\u00e9es 1990 et 2000, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9 vers la g\u00e9rontopsychiatrie avec l&rsquo;\u00e9laboration du concept de \u00ab charge anticholinergique \u00bb cumulative chez le sujet \u00e2g\u00e9, transformant la perception du syndrome : d&rsquo;une intoxication aigu\u00eb isol\u00e9e, il est devenu un enjeu chronique de sant\u00e9 publique et de s\u00e9curit\u00e9 m\u00e9dicamenteuse.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>Le syndrome anticholinergique repose sur le principe biophysique du blocage comp\u00e9titif de l&rsquo;action de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine sur les r\u00e9cepteurs m\u00e9tabotropes muscariniques. Dans une configuration physiologique normale, la liaison de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine aux r\u00e9cepteurs M1, M3 et M5 (coupl\u00e9s \u00e0 la prot\u00e9ine Gq\/11) stimule la phospholipase C, augmentant l&rsquo;inositol trisphosphate (IP3) et le diacylglyc\u00e9rol (DAG), ce qui mobilise le calcium intracellulaire et active la prot\u00e9ine kinase C. Les r\u00e9cepteurs M2 et M4 (coupl\u00e9s \u00e0 la prot\u00e9ine Gi\/o) inhibent pour leur part l&rsquo;ad\u00e9nylate cyclase et diminuent la concentration d&rsquo;ad\u00e9nosine monophosphate cyclique (AMPc), modulant l&rsquo;ouverture de canaux potassiques.<\/p>\n<p>Lorsqu&rsquo;un x\u00e9nobiotique ou un m\u00e9dicament antagoniste se lie avec une haute affinit\u00e9 au site orthost\u00e9rique de ces r\u00e9cepteurs, il emp\u00eache st\u00e9riquement l&rsquo;ac\u00e9tylcholine d&rsquo;amorcer le changement conformationnel n\u00e9cessaire \u00e0 la transduction du signal. En cons\u00e9quence, les cascades enzymatiques intracellulaires sont suspendues. En p\u00e9riph\u00e9rie, la disparition du r\u00e9trocontr\u00f4le cholinergique lib\u00e8re le syst\u00e8me nerveux sympathique de son modulateur physiologique, provoquant un \u00e9tat fonctionnel d&rsquo;hyperactivit\u00e9 adr\u00e9nergique relative (sans que les cat\u00e9cholamines soient initialement \u00e9lev\u00e9es en valeur absolue).<\/p>\n<p>Au niveau cortical et sous-cortical, les fondements th\u00e9oriques s&rsquo;adossent au mod\u00e8le de la dissociation thalamocorticale. Les projections cholinergiques du tronc c\u00e9r\u00e9bral et du t\u00e9lenc\u00e9phale basal synchronisent les oscillations gamma (30-80 Hz) et b\u00eata (13-30 Hz) n\u00e9cessaires \u00e0 la coh\u00e9rence perceptive et au maintien d&rsquo;une conscience unifi\u00e9e. L&rsquo;inhibition muscarinique d\u00e9structure ce syst\u00e8me oscillatoire, provoquant un effondrement du rapport signal\/bruit neuronal. Les stimuli sensoriels internes et externes ne sont plus filtr\u00e9s de mani\u00e8re appropri\u00e9e, ce qui induit une faillite de la m\u00e9moire de travail et une d\u00e9r\u00e9gulation de la transmission dopaminergique striatale, sous-tendant les manifestations hallucinatoires et le d\u00e9lire parano\u00efde.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La symptomatologie du syndrome anticholinergique s&rsquo;articule autour de deux dimensions anatomo-fonctionnelles fondamentales : les manifestations p\u00e9riph\u00e9riques et les manifestations centrales.<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Manifestations p\u00e9riph\u00e9riques dysautonomiques :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>S\u00e9cheresse cutan\u00e9o-muqueuse (anhidrose et x\u00e9rostomie) :<\/em> Peau s\u00e8che, r\u00eache, absence totale de transpiration axillaire ou inguinale, muqueuses buccales arides entra\u00eenant une dysphagie et une dysphonie.<\/li>\n<li><em>Vasodilatation r\u00e9flexe cutan\u00e9e :<\/em> \u00c9ryth\u00e8me du visage, du cou et du thorax sup\u00e9rieur (\u00ab flush \u00bb cutan\u00e9), m\u00e9canisme compensateur inefficace visant \u00e0 dissiper la chaleur en l&rsquo;absence de sudation.<\/li>\n<li><em>Hyperthermie :<\/em> Temp\u00e9rature corporelle s&rsquo;\u00e9levant souvent au-del\u00e0 de 38,5 \u00b0C, pouvant \u00e9voluer vers une pyrexie extr\u00eame sup\u00e9rieure \u00e0 40 \u00b0C.<\/li>\n<li><em>Troubles ophtalmologiques :<\/em> Mydriase bilat\u00e9rale ar\u00e9active, cyclopl\u00e9gie entra\u00eenant une vision floue de pr\u00e8s et un risque accru de glaucome aigu \u00e0 angle ferm\u00e9.<\/li>\n<li><em>Troubles cardiovasculaires :<\/em> Tachycardie sinusale pr\u00e9coce et constante (fr\u00e9quemment entre 110 et 160 battements\/minute), hypertension art\u00e9rielle mod\u00e9r\u00e9e ou instabilit\u00e9 tensionnelle.<\/li>\n<li><em>Atonie des muscles lisses :<\/em> Globe urinaire par r\u00e9tention aigu\u00eb d&rsquo;urine secondaire \u00e0 la paralysie du d\u00e9trusor, disparition des bruits hydro-a\u00e9riques intestinaux signant un il\u00e9us paralytique, m\u00e9t\u00e9orisme abdominal et constipation opini\u00e2tre.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Manifestations neuropsychiatriques centrales :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Syndrome confusionnel (delirium) :<\/em> D\u00e9sorientation spatio-temporelle compl\u00e8te, fluctuations rapides de la vigilance, fragmentation de la pens\u00e9e et perplexit\u00e9 anxieuse.<\/li>\n<li><em>Agitation psychomotrice et labilit\u00e9 \u00e9motionnelle :<\/em> D\u00e9ambulation st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e, agressivit\u00e9 impr\u00e9visible, cris, alternant parfois avec des phases de prostration stuporeuse.<\/li>\n<li><em>Activit\u00e9 hallucinatoire sp\u00e9cifique :<\/em> Hallucinations visuelles vives, souvent micropsiques ou zoopsiques (vision d&rsquo;insectes, de petits rongeurs) et hallucinations kinesth\u00e9siques.<\/li>\n<li><em>Carphologie et mouvements involontaires :<\/em> Mouvements involontaires des doigts mimant la cueillette, gestes r\u00e9p\u00e9t\u00e9s pour tenter d&rsquo;attraper des objets invisibles ou de boutonner\/d\u00e9boutonner fr\u00e9n\u00e9tiquement des v\u00eatements.<\/li>\n<li><em>Signes neurologiques moteurs :<\/em> Myoclonies multifocales, tremblements grossiers des extr\u00e9mit\u00e9s, dysarthrie s\u00e9v\u00e8re, ataxie vestibulo-c\u00e9r\u00e9belleuse, hyperr\u00e9flexie ost\u00e9otendineuse diffuse, et dans les formes extr\u00eames, convulsions tonico-cloniques et coma profond.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour illustrer la variabilit\u00e9 clinique du syndrome anticholinergique, examinons trois contextes repr\u00e9sentatifs rencontr\u00e9s en pratique m\u00e9dicale et psychiatrique contemporaine :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;autom\u00e9dication chez un sujet \u00e2g\u00e9 (Cascade iatrog\u00e8ne).<\/strong> Une femme de 78 ans, suivie pour un trouble d\u00e9pressif r\u00e9current trait\u00e9 par amitriptyline (25 mg\/j) et souffrant d&rsquo;incontinence urinaire par imp\u00e9riosit\u00e9 trait\u00e9e par oxybutynine, consulte son m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste pour des insomnies. Elle prend spontan\u00e9ment de la doxylamine (antihistaminique s\u00e9datif en vente libre) pendant plusieurs soirs cons\u00e9cutifs. En 72 heures, la patiente d\u00e9veloppe une confusion majeure, accuse son entourage de complot, pr\u00e9sente des hallucinations visuelles nocturnes (elle tente d&rsquo;\u00e9chapper \u00e0 des \u00ab fils \u00e9lectriques imaginaires \u00bb) et n&rsquo;a pas urin\u00e9 depuis 18 heures. \u00c0 l&rsquo;admission aux urgences, l&rsquo;examen met en \u00e9vidence une temp\u00e9rature \u00e0 38,9 \u00b0C, un pouls \u00e0 125 bpm, une peau enti\u00e8rement s\u00e8che, des pupilles dilat\u00e9es fixes et un globe v\u00e9sical de 900 mL. Le sondage v\u00e9sical, l&rsquo;arr\u00eat des trois mol\u00e9cules anticholinergiques et une hydratation parent\u00e9rale permettent une r\u00e9gression compl\u00e8te des troubles en 48 heures.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : L&rsquo;intoxication volontaire chez l&rsquo;adulte jeune.<\/strong> Un homme de 24 ans sans ant\u00e9c\u00e9dent somatique est admis aux urgences apr\u00e8s une ingestion massive de diphenhydramine (1500 mg) dans un contexte de rupture sentimentale. Il est retrouv\u00e9 dans la rue en \u00e9tat d&rsquo;agitation extr\u00eame, torse nu, le visage rubicond, tenant des propos totalement incoh\u00e9rents et tentant fr\u00e9n\u00e9tiquement de retirer des \u00ab toiles d&rsquo;araign\u00e9es \u00bb de ses bras (carphologie). La fr\u00e9quence cardiaque est mesur\u00e9e \u00e0 150 bpm, les bruits intestinaux sont totalement absents \u00e0 l&rsquo;auscultation, et l&rsquo;\u00e9lectrocardiogramme met en \u00e9vidence une tachycardie sinusale avec allongement mod\u00e9r\u00e9 de l&rsquo;intervalle QTc. La prise en charge n\u00e9cessite une s\u00e9dation initiale titr\u00e9e par benzodiaz\u00e9pines et un monitorage continu en soins intensifs.<\/p>\n<p><strong>Cas 3 : L&rsquo;intoxication accidentelle par Solanac\u00e9es v\u00e9g\u00e9tales.<\/strong> Trois adolescents cueillent et consomment une infusion de graines de <em>Datura stramonium<\/em> lors d&rsquo;une f\u00eate en plein air dans le but de vivre une exp\u00e9rience r\u00e9cr\u00e9ative. Quelques heures plus tard, ils sont d\u00e9couverts d\u00e9sorient\u00e9s, incapables de verbaliser correctement, manifestant une photophobie intense cons\u00e9cutive \u00e0 une mydriase bilat\u00e9rale totale, une x\u00e9rostomie rendant la d\u00e9glutition impossible et une hyperthermie cutan\u00e9e sans aucune trace de sueur malgr\u00e9 une temp\u00e9rature ext\u00e9rieure \u00e9lev\u00e9e. L&rsquo;intervention m\u00e9dicale rapide et le refroidissement physique externe permettent de pr\u00e9venir des complications thermiques d\u00e9vastatrices.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>Le diagnostic du syndrome anticholinergique est fondamentalement <strong>clinique<\/strong>. Aucun biomarqueur plasmatique ou d&rsquo;imagerie ne permet d&rsquo;affirmer de mani\u00e8re imm\u00e9diate une intoxication muscarinique. L&rsquo;\u00e9valuation repose sur une anamn\u00e8se toxicologique rigoureuse, la reconnaissance des anomalies v\u00e9g\u00e9tatives et l&rsquo;examen neurologique approfondi.<\/p>\n<p>En pratique clinique et g\u00e9riatrique, l&rsquo;estimation du risque et de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 du fardeau atropinique s&rsquo;appuie sur des \u00e9chelles valid\u00e9es \u00e9valuant la charge anticholinergique (<em>Anticholinergic Burden Scales<\/em>). Parmi les plus reconnues figurent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle ACB (Anticholinergic Cognitive Burden Scale) :<\/strong> Elle classe les mol\u00e9cules de 0 (aucun effet anticholinergique) \u00e0 3 (effet anticholinergique s\u00e9v\u00e8re ou delirium av\u00e9r\u00e9). Un score cumul\u00e9 sup\u00e9rieur ou \u00e9gal \u00e0 3 est fortement pr\u00e9dictif de troubles cognitifs et de risque de confusion aigu\u00eb.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle ADS (Anticholinergic Drug Scale) :<\/strong> Elle quantifie le potentiel anticholinergique s\u00e9rique \u00e0 partir d&rsquo;\u00e9tudes de liaison aux r\u00e9cepteurs muscariniques.<\/li>\n<li><strong>L&rsquo;\u00e9chelle ARS (Anticholinergic Risk Scale) :<\/strong> \u00c9labor\u00e9e pour pr\u00e9dire le risque d&rsquo;effets ind\u00e9sirables p\u00e9riph\u00e9riques et centraux chez le sujet \u00e2g\u00e9 hospitalis\u00e9.<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan diagnostique diff\u00e9rentiel et toxicologique, l&rsquo;administration d&rsquo;un test diagnostique \u00e0 la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Physostigmine\">physostigmine<\/a> (ou \u00e9s\u00e9rine) a longtemps \u00e9t\u00e9 pr\u00e9conis\u00e9e dans certains centres sp\u00e9cialis\u00e9s. La physostigmine est un inhibiteur r\u00e9versible de l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase capable de franchir la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique. L&rsquo;injection intraveineuse lente (1 \u00e0 2 mg chez l&rsquo;adulte) l\u00e8ve de mani\u00e8re spectaculaire le delirium et la tachycardie en quelques minutes en augmentant la concentration synaptique d&rsquo;ac\u00e9tylcholine endog\u00e8ne, confirmant formellement l&rsquo;\u00e9tiologie anticholinergique. Cependant, en raison du risque de bradycardie s\u00e9v\u00e8re, de bronchospasme et de convulsions (notamment en cas de co-intoxication par les antid\u00e9presseurs tricycliques avec \u00e9largissement des complexes QRS), ce test n\u00e9cessite des conditions de r\u00e9animation strictes et un monitorage \u00e9lectrocardiographique permanent.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du syndrome anticholinergique est cruciale pour le psychiatre, l&rsquo;urgentiste et le m\u00e9decin g\u00e9riatre. En psychiatrie, l&rsquo;utilisation de correcteurs anticholinergiques (tels que le trihexyph\u00e9nidyle, la bip\u00e9rid\u00e8ne ou la tropat\u00e9pine) pour traiter les sympt\u00f4mes extrapyramidaux induits par les antipsychotiques conventionnels constitue l&rsquo;un des pourvoyeurs majeurs de tableaux subaigus ou chroniques. Ces \u00e9tats de toxicit\u00e9 insidieuse sont trop souvent m\u00e9connus et attribu\u00e9s \u00e0 tort \u00e0 une aggravation de la schizophr\u00e9nie ou \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une manie atypique, conduisant \u00e0 une funeste escalade th\u00e9rapeutique (majoration des neuroleptiques qui amplifie le syndrome).<\/p>\n<p>Chez le patient \u00e2g\u00e9, la vuln\u00e9rabilit\u00e9 au syndrome anticholinergique est exacerb\u00e9e par de multiples facteurs pharmacocin\u00e9tiques et pharmacodynamiques : r\u00e9duction de la clairance r\u00e9nale et h\u00e9patique, alt\u00e9ration de la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, diminution physiologique de la densit\u00e9 des neurones cholinergiques corticaux et perte de r\u00e9cepteurs muscariniques. La prescription de mol\u00e9cules courantes comme la parox\u00e9tine, l&rsquo;hydroxyzine, la cyam\u00e9mazine ou les antispasmodiques urinaires peut d\u00e9clencher un syndrome confusionnel aigu mimant ou d\u00e9compensant une d\u00e9mence de type Alzheimer sous-jacente.<\/p>\n<p>Sur le plan th\u00e9rapeutique imm\u00e9diat, la prise en charge clinique repose sur un algorithme rigoureux :<\/p>\n<ul>\n<li>Arr\u00eat imm\u00e9diat de toutes les substances suspectes et d\u00e9contamination digestive par charbon activ\u00e9 si l&rsquo;ingestion est pr\u00e9coce (moins de 2 heures) et si les voies a\u00e9riennes sont prot\u00e9g\u00e9es.<\/li>\n<li>Refroidissement physique externe agressif en cas d&rsquo;hyperthermie (brumisation, ventilateurs, glace axillaire\/inguinale), les antipyr\u00e9tiques classiques (parac\u00e9tamol, AINS) \u00e9tant totalement inefficaces car le d\u00e9r\u00e8glement n&rsquo;est pas d&rsquo;origine hypothalamique pyrog\u00e8ne mais p\u00e9riph\u00e9rique.<\/li>\n<li>Contr\u00f4le de l&rsquo;agitation psychomotrice par des benzodiaz\u00e9pines d&rsquo;action interm\u00e9diaire (diaz\u00e9pam ou loraz\u00e9pam intraveineux), en \u00e9vitant formellement les neuroleptiques (halop\u00e9ridol) qui aggraveraient le blocage atropinique et abaisseraient le seuil \u00e9pileptog\u00e8ne.<\/li>\n<li>Sondage v\u00e9sical d&rsquo;urgence pour drainer le globe urinaire et pr\u00e9vention de la rhabdomyolyse par hyperhydratation alcalinisante monitor\u00e9e.<\/li>\n<li>Utilisation r\u00e9serv\u00e9e de la physostigmine en cas d&rsquo;agitation incontr\u00f4lable mena\u00e7ante, d&rsquo;hyperthermie r\u00e9fractaire ou d&rsquo;\u00e9tat d\u00e9lirant \u00e9puisant les r\u00e9serves cardiovasculaires, en l&rsquo;absence de contre-indications \u00e9lectrocardiographiques.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La recherche \u00e9pid\u00e9miologique et neuroscientifique r\u00e9cente a d\u00e9montr\u00e9 que les effets n\u00e9fastes des agents anticholinergiques ne se limitent pas \u00e0 des \u00e9pisodes toxiques aigus r\u00e9versibles, mais s&rsquo;inscrivent dans une neurotoxicit\u00e9 \u00e0 long terme. Des \u00e9tudes de cohorte prospectives majeures, telles que les travaux conduits par Campbell et al. (2010) ou Gray et al. (2015) publi\u00e9s dans le <em>JAMA Internal Medicine<\/em>, ont document\u00e9 une association dose-d\u00e9pendante et cumulative entre une charge anticholinergique \u00e9lev\u00e9e et une augmentation significative du risque d&rsquo;incidence de la d\u00e9mence et de la maladie d&rsquo;Alzheimer.<\/p>\n<p>Des \u00e9tudes en neuro-imagerie fonctionnelle et structurelle men\u00e9es par Risacher et al. (2016) ont mis en \u00e9vidence, chez des patients \u00e2g\u00e9s cognitivement sains expos\u00e9s de mani\u00e8re prolong\u00e9e \u00e0 des mol\u00e9cules \u00e0 fort pouvoir anticholinergique, une atrophie c\u00e9r\u00e9brale acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e ciblant sp\u00e9cifiquement l&rsquo;hippocampe, associ\u00e9e \u00e0 un hypom\u00e9tabolisme du glucose dans les cortex temporo-pari\u00e9taux, superposable au profil m\u00e9tabolique pr\u00e9coce de la pathologie neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rative d&rsquo;Alzheimer.<\/p>\n<p><span class=\"arabpsy-eq\" dir=\"ltr\">Par ailleurs, dans le domaine des soins intensifs et des urgences, les registres multicentriques de toxicologie clinique (notamment les revues de Dawson et al.) ont compar\u00e9 l&rsquo;efficacit\u00e9 et l&rsquo;innocuit\u00e9 de la physostigmine par rapport aux benzodiaz\u00e9pines seules. Ces donn\u00e9es probantes indiquent que la physostigmine diminue significativement la dur\u00e9e du delirium, le taux d&rsquo;intubation endotrach\u00e9ale et la dur\u00e9e de s\u00e9jour hospitalier, \u00e0 condition d&rsquo;\u00e9liminer formellement une intoxication par antid\u00e9presseurs tricycliques gr\u00e2ce \u00e0 un ECG rigoureusement interpr\u00e9t\u00e9 (dur\u00e9e du QRS &lt; 100 ms)<\/span>.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La pr\u00e9sentation et l&rsquo;incidence du syndrome anticholinergique varient substantiellement d&rsquo;une r\u00e9gion du globe \u00e0 l&rsquo;autre en fonction de la biodiversit\u00e9 botanique locale, des traditions pharmacop\u00e9iques et des r\u00e9glementations pharmaceutiques. Dans de nombreuses zones rurales d&rsquo;Asie du Sud, d&rsquo;Afrique subsaharienne et d&rsquo;Am\u00e9rique latine, l&rsquo;intoxication accidentelle ou volontaire par des esp\u00e8ces de <em>Datura<\/em> (telles que <em>Datura metel<\/em> ou <em>Datura inoxia<\/em>) ou par les graines de <em>Brugmansia<\/em> (\u00ab trompettes des anges \u00bb) repr\u00e9sente une part substantielle des urgences toxicologiques saisonni\u00e8res, souvent li\u00e9e \u00e0 des pratiques rituelles, divinatoires ou d&rsquo;initiation chamanique.<\/p>\n<p>Dans les pays industrialis\u00e9s occidentaux, le contexte a profond\u00e9ment \u00e9volu\u00e9 au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies. La diss\u00e9mination sur les forums en ligne et les r\u00e9seaux sociaux de \u00ab d\u00e9fis \u00bb r\u00e9cr\u00e9atifs impliquant des doses massives d&rsquo;antihistaminiques de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration en vente libre (comme le \u00ab Benadryl Challenge \u00bb sur les plateformes num\u00e9riques) a provoqu\u00e9 des vagues d&rsquo;admissions d&rsquo;adolescents en r\u00e9animation p\u00e9diatrique pour syndromes anticholinergiques compliqu\u00e9s d&rsquo;arr\u00eats cardiaques et de d\u00e9faillances multivisc\u00e9rales.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les pratiques de prescription m\u00e9dicale constituent un facteur culturel institutionnel d\u00e9terminant. Dans certains syst\u00e8mes de sant\u00e9 o\u00f9 la polym\u00e9dication g\u00e9riatrique est mal r\u00e9gul\u00e9e et o\u00f9 le recours aux psychotropes s\u00e9datifs est banalis\u00e9, l&rsquo;exposition chronique aux anticholinergiques atteint jusqu&rsquo;\u00e0 30 \u00e0 50 % des r\u00e9sidents en \u00e9tablissements d&rsquo;h\u00e9bergement pour personnes \u00e2g\u00e9es d\u00e9pendantes (EHPAD). \u00c0 l&rsquo;inverse, l&rsquo;adoption progressive de listes de m\u00e9dicaments potentiellement inappropri\u00e9s chez la personne \u00e2g\u00e9e (crit\u00e8res de Beers aux \u00c9tats-Unis, crit\u00e8res STOPP\/START en Europe) t\u00e9moigne d&rsquo;une prise de conscience transculturelle croissante de ce fl\u00e9au iatrog\u00e8ne.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des d\u00e9bats majeurs en pharmacologie clinique porte sur l&rsquo;h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 des outils d&rsquo;\u00e9valuation de la charge anticholinergique. Il existe actuellement plus d&rsquo;une quinzaine d&rsquo;\u00e9chelles de risque anticholinergique diff\u00e9rentes dans la litt\u00e9rature scientifique. Or, la concordance entre ces \u00e9chelles est souvent m\u00e9diocre : un m\u00e9dicament class\u00e9 \u00e0 risque \u00e9lev\u00e9 dans une nomenclature peut \u00eatre class\u00e9 \u00e0 risque interm\u00e9diaire ou nul dans une autre, en raison de m\u00e9thodologies d&rsquo;\u00e9valuation divergentes (jugement d&rsquo;experts cliniques vs affinit\u00e9 in vitro pour les r\u00e9cepteurs cloned muscariniques). Cette discordance complique l&rsquo;\u00e9laboration de recommandations th\u00e9rapeutiques universelles standardis\u00e9es.<\/p>\n<p>Une autre controverse diagnostique concerne la fronti\u00e8re floue entre le syndrome anticholinergique incomplet et d&rsquo;autres toxidromes hyperthermiques ou s\u00e9rotoninergiques. Tr\u00e8s souvent, les intoxications m\u00e9dicamenteuses en psychiatrie sont mixtes et polyvalentes. Lorsqu&rsquo;un patient ing\u00e8re simultan\u00e9ment un neuroleptique, un antid\u00e9presseur s\u00e9rotoninergique et un correcteur atropinique, les tableaux cliniques se superposent : la pr\u00e9sence de myoclonies, de tremblements et d&rsquo;une tachycardie peut tout autant \u00e9voquer un syndrome s\u00e9rotoninergique qu&rsquo;un toxidrome muscarinique pur.<\/p>\n<p>Enfin, la s\u00e9curit\u00e9 d&rsquo;utilisation de la physostigmine demeure l&rsquo;objet de vives discussions au sein des soci\u00e9t\u00e9s savantes de m\u00e9decine d&rsquo;urgence et de r\u00e9animation. Si les toxicologues am\u00e9ricains pr\u00e9conisent volontiers son emploi pr\u00e9coce pour \u00e9courter le d\u00e9lire toxique, de nombreuses \u00e9quipes europ\u00e9ennes demeurent tr\u00e8s r\u00e9ticentes, pr\u00e9f\u00e9rant une strat\u00e9gie purement symptomatique conservatrice \u00e0 base de fortes doses de benzodiaz\u00e9pines, par crainte des accidents cardiaques mortels rapport\u00e9s historiquement lors d&rsquo;erreurs de dosage ou d&rsquo;intoxications mixtes m\u00e9connues.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions diff\u00e9rentielles<\/h3>\n<p>La reconnaissance pr\u00e9cise du syndrome anticholinergique impose une diff\u00e9renciation s\u00e9miologique minutieuse avec d&rsquo;autres urgences neuro-psychiatriques et m\u00e9taboliques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Syndrome sympathomim\u00e9tique (intoxication aux amph\u00e9tamines, coca\u00efne, MDMA) :<\/strong> Il partage avec le syndrome anticholinergique la tachycardie, la mydriase, l&rsquo;agitation et l&rsquo;hyperthermie. Cependant, le syndrome sympathomim\u00e9tique se distingue formellement par une <em>diaphor\u00e8se profuse<\/em> (le patient est tremp\u00e9 de sueur), une peau moite et des bruits hydro-a\u00e9riques intestinaux pr\u00e9serv\u00e9s ou augment\u00e9s, contrastant avec la s\u00e9cheresse cutan\u00e9e absolue et le silence abdominal complet de l&rsquo;\u00e9tat anticholinergique.<\/li>\n<li><strong>Syndrome s\u00e9rotoninergique :<\/strong> Caract\u00e9ris\u00e9 \u00e9galement par une confusion, une hyperthermie et une tachycardie, il s&rsquo;en distingue par la pr\u00e9sence d&rsquo;un <em>clonus spontan\u00e9 ou inductible<\/em> (oculaire ou de la cheville), d&rsquo;une hyperr\u00e9flexie ost\u00e9otendineuse massive pr\u00e9dominant aux membres inf\u00e9rieurs, d&rsquo;une diarrh\u00e9e motrice et de sueurs abondantes.<\/li>\n<li><strong>Syndrome malin des neuroleptiques (SMN) :<\/strong> Il se manifeste par une hyperthermie et une instabilit\u00e9 dysautonomique, mais se caract\u00e9rise par une <em>rigidit\u00e9 musculaire majeure \u00ab en tuyau de plomb \u00bb<\/em> (signe de la roue dent\u00e9e), une \u00e9l\u00e9vation massive et pr\u00e9coce des cr\u00e9atine phosphokinases (CPK), une p\u00e2leur cutan\u00e9e et une diaphor\u00e8se, sans l&rsquo;agitation carphologique ni la mydriase ar\u00e9active typiques du toxidrome atropinique.<\/li>\n<li><strong>Sevrage alcoolique s\u00e9v\u00e8re ou Delirium Tremens :<\/strong> Tableau associant confusion, agitation, hallucinations et instabilit\u00e9 v\u00e9g\u00e9tative (tachycardie, hypertension), mais s&rsquo;accompagnant d&rsquo;une transpiration profuse et de tremblements posturaux rapides et fins, sans mydriase paralytique ni r\u00e9tention aigu\u00eb d&rsquo;urine primitive.<\/li>\n<li><strong>Glaucome aigu par fermeture de l&rsquo;angle :<\/strong> Peut constituer une composante p\u00e9riph\u00e9rique induite par le blocage muscarinique chez un patient anatomiquement pr\u00e9dispos\u00e9, se manifestant par un \u0153il rouge douloureux, une baisse d&rsquo;acuit\u00e9 visuelle et une c\u00e9phal\u00e9e unilat\u00e9rale, devant \u00eatre imm\u00e9diatement identifi\u00e9 pour pr\u00e9venir la c\u00e9cit\u00e9 d\u00e9finitive.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le syndrome anticholinergique est une urgence m\u00e9dicale toxique et iatrog\u00e8ne absolue provoqu\u00e9e par l&rsquo;inhibition comp\u00e9titive des r\u00e9cepteurs muscariniques de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine. L&rsquo;identification de ce toxidrome repose sur une triade fondamentale associant une <strong>anhidrose cutan\u00e9o-muqueuse<\/strong>, une <strong>hyperactivit\u00e9 cardiovasculaire et oculaire<\/strong> (tachycardie sinusale, mydriase non r\u00e9active) et une <strong>d\u00e9sorganisation neuropsychique centrale<\/strong> caract\u00e9ris\u00e9e par un delirium agit\u00e9 et une carphologie st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9tiologique, si l&rsquo;ingestion accidentelle ou rituelle de Solanac\u00e9es (datura, belladone) demeure une cause classique, la majorit\u00e9 des cas contemporains d\u00e9coule de la pharmacop\u00e9e psychiatrique et g\u00e9riatrique (antid\u00e9presseurs tricycliques, neuroleptiques s\u00e9datifs, correcteurs antiparkinsoniens, antihistaminiques H1). Chez les patients vuln\u00e9rables et les personnes \u00e2g\u00e9es, la charge anticholinergique cumulative repr\u00e9sente un d\u00e9terminant majeur de d\u00e9clin cognitif r\u00e9versible ou irr\u00e9versible.<\/p>\n<p>La prise en charge th\u00e9rapeutique exige l&rsquo;interruption sans d\u00e9lai des agents causaux, un refroidissement thermique physique imm\u00e9diat pour juguler l&rsquo;hyperthermie maligne, une s\u00e9dation titr\u00e9e par des benzodiaz\u00e9pines pour ma\u00eetriser l&rsquo;agitation, le sondage d&rsquo;un globe v\u00e9sical et, dans des indications scrupuleusement s\u00e9lectionn\u00e9es en milieu de r\u00e9animation, l&rsquo;administration d&rsquo;un antidote sp\u00e9cifique r\u00e9versible, la physostigmine.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Campbell, N., Boustani, M., Limbil, T., Ott, C., Fox, C., Maidment, I., Schubert, C. C., &amp; Munger, S. (2010). The cognitive impact of anticholinergics: A clinical review. <em>Clinical Interventions in Aging<\/em>, 5, 239\u2013251. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2147\/cia.s13558\">https:\/\/doi.org\/10.2147\/cia.s13558<\/a><\/li>\n<li>Dawson, A. H., &amp; Buckley, N. A. (2016). Pharmacological management of anticholinergic delirium &#8211; theory, evidence and practice. <em>British Journal of Clinical Pharmacology<\/em>, 81(3), 516\u2013524. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/bcp.12839\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/bcp.12839<\/a><\/li>\n<li>Gray, S. L., Anderson, M. L., Dublin, S., Hanlon, J. T., Hubbard, R., Walker, R., Yu, O., Crane, P. K., &amp; Larson, E. B. (2015). Cumulative use of strong anticholinergics and incident dementia: A prospective cohort study. <em>JAMA Internal Medicine<\/em>, 175(3), 401\u2013407. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamainternmed.2014.7740\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamainternmed.2014.7740<\/a><\/li>\n<li>Risacher, S. L., McDonald, B. C., Tallman, E. F., West, J. D., Farlow, M. R., Unverzagt, F. W., Gao, S., Boustani, M., Crane, P. K., Peters, R., &amp; Saykin, A. J. (2016). Association between anticholinergic medication use and cognition, brain metabolism, and brain atrophy in cognitively normal older adults. <em>JAMA Neurology<\/em>, 73(6), 721\u2013732. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamaneurol.2016.0580\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamaneurol.2016.0580<\/a><\/li>\n<li>Tune, L. E. (2001). Anticholinergic effects of medication in elderly patients. <em>Journal of Clinical Psychiatry<\/em>, 62(Suppl 21), 11\u201314. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/11603881\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/11603881\/<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le syndrome anticholinergique est un toxidrome aigu r\u00e9sultant du blocage des r\u00e9cepteurs muscariniques, alliant confusion mentale et d\u00e9r\u00e8glement neurov\u00e9g\u00e9tatif.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[32793,7375,33472],"tags":[34167,34172,31233,34173,34171,34169,34170],"class_list":["post-20596","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-psychiatrie-durgence","category-psychopharmacologie","category-toxicologie-clinique","tag-charge-anticholinergique","tag-delirium-toxique","tag-iatrogenie","tag-physostigmine","tag-recepteurs-muscariniques","tag-syndrome-anticholinergique","tag-toxidrome-atropinique"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20596","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20596\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20596"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20596"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20596"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}