{"id":20594,"date":"2026-10-24T05:45:05","date_gmt":"2026-10-24T05:45:05","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=medicament-anticholinergique-effets-psychologie"},"modified":"2026-10-24T05:45:05","modified_gmt":"2026-10-24T05:45:05","slug":"medicament-anticholinergique-effets-psychologie","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=medicament-anticholinergique-effets-psychologie","title":{"rendered":"Anticholinergiques : M\u00e9canismes et Neuropsychiatrie"},"content":{"rendered":"<p>Au carrefour de la pharmacologie fondamentale, de la neuropsychiatrie clinique et des neurosciences cognitives, les agents bloquant la neurotransmission cholinergique incarnent un paradoxe th\u00e9rapeutique majeur : s&rsquo;ils s&rsquo;av\u00e8rent indispensables pour soulager de multiples affections visc\u00e9rales et neurologiques, leur action antagoniste centrale alt\u00e8re substantiellement les processus cognitifs, l&rsquo;encodage mn\u00e9sique et la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale. Comprendre l&rsquo;architecture fonctionnelle de ces compos\u00e9s permet de mieux appr\u00e9hender les risques iatrog\u00e8nes majeurs qui p\u00e8sent sur l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 psychique des patients, notamment chez les sujets \u00e2g\u00e9s ou neurovuln\u00e9rables.<\/p>\n<h2>M\u00e9dicament anticholinergique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Un m\u00e9dicament anticholinergique est une substance pharmacologiquement active qui inhibe ou bloque de mani\u00e8re comp\u00e9titive les effets de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ac%C3%A9tylcholine\">ac\u00e9tylcholine<\/a>, le principal neurotransmetteur du syst\u00e8me nerveux parasympathique et des voies cholinergiques centrales. Cette inhibition s&rsquo;exerce principalement au niveau des r\u00e9cepteurs muscariniques (antimuscariniques) ou, plus rarement dans l&rsquo;usage clinique psychiatrique courant, au niveau des r\u00e9cepteurs nicotiniques (gangliopl\u00e9giques ou curarisants).<\/p>\n<p>Dans le domaine de la neuropsychiatrie et de la psychologie clinique, les anticholinergiques occupent une place singuli\u00e8re. D&rsquo;une part, ils sont employ\u00e9s pour contrecarrer les effets ind\u00e9sirables extrapyramidaux induits par les antipsychotiques conventionnels ou pour traiter des pathologies neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9ratives comme la maladie de Parkinson. D&rsquo;autre part, ils constituent une source fr\u00e9quente de morbidit\u00e9 iatrog\u00e8ne, provoquant des d\u00e9ficits d&rsquo;attention, des troubles de la consolidation mn\u00e9sique, des \u00e9pisodes de d\u00e9sorientation temporo-spatiale et, dans les cas s\u00e9v\u00e8res, des \u00e9tats confusionnels aigus ou un d\u00e9lirium.<\/p>\n<p>L&rsquo;expression \u00ab charge anticholinergique \u00bb d\u00e9signe le fardeau cumulatif g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par l&rsquo;administration simultan\u00e9e de plusieurs mol\u00e9cules dot\u00e9es de propri\u00e9t\u00e9s antimuscariniques, qu&rsquo;elles soient prescrites pour des motifs somatiques (incontinence urinaire, bronchopneumopathie, allergies, troubles gastro-intestinaux) ou psychiatriques (antid\u00e9presseurs tricycliques, neuroleptiques, hypnotiques). L&rsquo;accumulation de cette charge expose l&rsquo;organisme \u00e0 un risque accru de d\u00e9clin cognitif persistant et de d\u00e9mence incidentelle.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le mot \u00ab anticholinergique \u00bb est un n\u00e9ologisme scientifique construit \u00e0 partir de plusieurs racines d&rsquo;origine grecque classique. Le pr\u00e9fixe \u00ab anti- \u00bb provient du grec ancien <em>\u1f00\u03bd\u03c4\u03af<\/em> (ant\u00ed), signifiant \u00ab contre \u00bb, \u00ab en opposition \u00e0 \u00bb ou \u00ab \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 \u00bb. Ce morph\u00e8me indique la neutralisation active ou le blocage d&rsquo;un m\u00e9canisme biologique sous-jacent.<\/p>\n<p>Le radical \u00ab cholin- \u00bb d\u00e9rive du grec ancien <em>\u03c7\u03bf\u03bb\u03ae<\/em> (khol\u00ea), signifiant \u00ab bile \u00bb, racine isol\u00e9e au XIXe si\u00e8cle lors de la d\u00e9couverte de la choline dans la bile de b\u0153uf par le chimiste allemand Adolph Strecker en 1862. Enfin, le suffixe \u00ab -ergique \u00bb est issu du grec <em>\u1f14\u03c1\u03b3\u03bf\u03bd<\/em> (\u00e9rgon), signifiant \u00ab travail \u00bb, \u00ab action \u00bb ou \u00ab \u00e9nergie \u00bb, couramment utilis\u00e9 en physiologie pour caract\u00e9riser les syst\u00e8mes de transmission neuronale activ\u00e9s par une mol\u00e9cule sp\u00e9cifique (comme dans dopaminergique, s\u00e9rotoninergique ou adr\u00e9nergique).<\/p>\n<p>Le terme compos\u00e9 \u00ab anticholinergic \u00bb est apparu dans la litt\u00e9rature biom\u00e9dicale anglo-saxonne et europ\u00e9enne au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, au fur et \u00e0 mesure que les travaux d&rsquo;Henry Hallett Dale et d&rsquo;Otto Loewi clarifiaient le r\u00f4le de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine dans la transmission nerveuse autonome et synaptique. Le mot a \u00e9t\u00e9 naturalis\u00e9 en fran\u00e7ais sous la forme \u00ab anticholinergique \u00bb pour d\u00e9signer toute entit\u00e9 chimique capable d&rsquo;interrompre le message physiologique port\u00e9 par ce neurom\u00e9diateur.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, le mot se transcrit dans l&rsquo;alphabet phon\u00e9tique international sous la forme \/\u0251\u0303.ti.k\u0254.li.n\u025b\u0281.\u0292ik\/. En fran\u00e7ais standard, la syllabe \u00ab cholin- \u00bb se prononce avec une occlusive v\u00e9laire sourde [k] (\u00ab ko \u00bb) et non comme une fricative post-alv\u00e9olaire [\u0283] (\u00ab cho \u00bb), rappelant la parent\u00e9 morphologique avec le cholest\u00e9rol ou le chol\u00e9ra.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue morphosyntaxique, \u00ab anticholinergique \u00bb fonctionne \u00e0 la fois comme un adjectif qualificatif \u00e9pith\u00e8te ou attribut (par exemple : \u00ab un effet anticholinergique \u00bb, \u00ab des propri\u00e9t\u00e9s anticholinergiques \u00bb) et comme un substantif masculin (\u00ab un anticholinergique \u00bb, \u00ab les anticholinergiques au pluriel \u00bb). Son pluriel s&rsquo;accorde r\u00e9guli\u00e8rement par l&rsquo;adjonction d&rsquo;un \u00ab s \u00bb final. Dans le registre m\u00e9dical, l&rsquo;expression nominale \u00ab m\u00e9dicament anticholinergique \u00bb s&#8217;emploie fr\u00e9quemment de fa\u00e7on interchangeable avec \u00ab agent antimuscarinique \u00bb ou \u00ab parasympatholytique \u00bb.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour saisir l&rsquo;impact neuropsychologique des anticholinergiques, il convient de replacer l&rsquo;ac\u00e9tylcholine au c\u0153ur du fonctionnement du syst\u00e8me nerveux. L&rsquo;ac\u00e9tylcholine agit \u00e0 travers deux grandes classes de cibles prot\u00e9iques transmembranaires : les r\u00e9cepteurs ionotropes nicotiniques et les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/R%C3%A9cepteur_muscarinique\">r\u00e9cepteurs muscariniques<\/a> m\u00e9tabotropes coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G (subdivis\u00e9s en cinq sous-types, M1 \u00e0 M5). La quasi-totalit\u00e9 des m\u00e9dicaments dits anticholinergiques utilis\u00e9s en th\u00e9rapeutique courante sont en r\u00e9alit\u00e9 des antagonistes sp\u00e9cifiques ou non sp\u00e9cifiques de ces r\u00e9cepteurs muscariniques.<\/p>\n<p>Au niveau p\u00e9riph\u00e9rique, le blocage des r\u00e9cepteurs muscariniques induit une mise au repos relative du syst\u00e8me parasympathique, c\u00e9dant la pr\u00e9pond\u00e9rance au syst\u00e8me sympathique. Les manifestations cliniques p\u00e9riph\u00e9riques typiques comportent une r\u00e9duction des s\u00e9cr\u00e9tions exocrines (x\u00e9rostomie ou s\u00e9cheresse buccale, anhydrose cutan\u00e9e, alacrymie), une paralysie de l&rsquo;accommodation visuelle par par\u00e9sie du muscle ciliaire associ\u00e9e \u00e0 une mydriase, une diminution du tonus et du p\u00e9ristaltisme gastro-intestinal entra\u00eenant une constipation opini\u00e2tre, ainsi qu&rsquo;une r\u00e9tention aigu\u00eb d&rsquo;urine par atonie du d\u00e9trusor v\u00e9sical et resserrement sphinct\u00e9rien. Une tachycardie sinusale survient \u00e9galement par lev\u00e9e du frein vagal exerc\u00e9 par les r\u00e9cepteurs M2 sur le n\u0153ud sino-auriculaire cardiaque.<\/p>\n<p>Au niveau central, les implications psychologiques et cognitives sont profondes. Le syst\u00e8me cholinergique c\u00e9r\u00e9bral prend naissance dans deux foyers principaux : le complexe prosenc\u00e9phalique basal (comprenant le noyau basal de Meynert, la bandelette diagonale de Broca et le septum m\u00e9dial) et le complexe tegmental ponto-m\u00e9senc\u00e9phalique. Les projections issues du noyau basal de Meynert innervent massivement le n\u00e9ocortex et l&rsquo;hippocampe, jouant un r\u00f4le d\u00e9terminant dans l&rsquo;attention s\u00e9lective, le maintien de la vigilance, l&rsquo;apprentissage et l&rsquo;encodage de la m\u00e9moire \u00e9pisodique.<\/p>\n<p>Lorsque des mol\u00e9cules franchissent la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Barri%C3%A8re_h%C3%A9mato-enc%C3%A9phalique\">barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique<\/a> et s&rsquo;arriment aux r\u00e9cepteurs M1 et M3 corticaux et hippocampiques, elles interrompent la potentialisation \u00e0 long terme, le m\u00e9canisme cellulaire fondamental de la plasticit\u00e9 synaptique. Il en r\u00e9sulte un ralentissement du traitement de l&rsquo;information, une distractibilit\u00e9 accrue, des troubles mn\u00e9siques de fixation et une alt\u00e9ration du fonctionnement ex\u00e9cutif. \u00c0 fortes doses ou sur un terrain fragilis\u00e9, l&rsquo;inhibition cholinergique centrale d\u00e9clenche le syndrome anticholinergique central, caract\u00e9ris\u00e9 par une agitation psychomotrice, des hallucinations visuelles vives, des id\u00e9es d\u00e9lirantes fugaces, des myoclonies et un \u00e9tat confusionnel aigu.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;utilisation des propri\u00e9t\u00e9s pharmacologiques des anticholinergiques plonge ses racines dans l&rsquo;histoire des poisons botaniques et des m\u00e9decines traditionnelles. Depuis l&rsquo;Antiquit\u00e9 m\u00e9diterran\u00e9enne et asiatique, les propri\u00e9t\u00e9s hallucinog\u00e8nes, analg\u00e9siques et s\u00e9datives des plantes de la famille des Solanac\u00e9es \u2014 telles que la belladone (<em>Atropa belladonna<\/em>), la jusquiame noire (<em>Hyoscyamus niger<\/em>), le datura (<em>Datura stramonium<\/em>) et la mandragore (<em>Mandragora officinarum<\/em>) \u2014 \u00e9taient bien connues des gu\u00e9risseurs, des empoisonneurs et des adeptes de rituels magiques.<\/p>\n<p>Le tournant de la chimie moderne s&rsquo;op\u00e8re au XIXe si\u00e8cle. En 1831, le pharmacien allemand Heinrich Mein isole l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Atropine\">atropine<\/a> \u00e0 l&rsquo;\u00e9tat pur \u00e0 partir des racines de belladone, suivie quelques d\u00e9cennies plus tard par l&rsquo;identification de la scopolamine (ou hyoscine). Ces alcalo\u00efdes naturels deviennent des outils de premier ordre pour les physiologistes qui cherchent \u00e0 cartographier le syst\u00e8me nerveux autonome naissant. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle et au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, la scopolamine est introduite en psychiatrie pour calmer les \u00e9tats d&rsquo;agitation maniaque et est employ\u00e9e, combin\u00e9e \u00e0 la morphine, dans le c\u00e9l\u00e8bre protocole de \u00ab sommeil cr\u00e9pusculaire \u00bb (<em>D\u00e4mmerschlaf<\/em>) en obst\u00e9trique.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, avec l&rsquo;av\u00e8nement de la psychopharmacologie moderne et l&rsquo;introduction de la chlorpromazine en 1952, les cliniciens d\u00e9couvrent avec stupeur les effets secondaires neurologiques des neuroleptiques : parkinsonisme iatrog\u00e8ne, dystonies et akathisie. Pour neutraliser ces manifestations motrices invalidantes, l&rsquo;industrie pharmaceutique d\u00e9veloppe des anticholinergiques de synth\u00e8se \u00e0 tropisme central, tels que le trihexyph\u00e9nidyle, le bip\u00e9rid\u00e8ne et la benztropine. Parall\u00e8lement, la d\u00e9couverte des premiers antid\u00e9presseurs tricycliques (comme l&rsquo;imipramine) met en \u00e9vidence des propri\u00e9t\u00e9s antimuscariniques intrins\u00e8ques majeures qui fa\u00e7onneront la compr\u00e9hension des effets ind\u00e9sirables psychiatriques.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1970 et 1980, les travaux de David Drachman sur le \u00ab mod\u00e8le scopolaminique \u00bb de la d\u00e9mence d\u00e9montrent qu&rsquo;administrer une dose unique d&rsquo;anticholinergique \u00e0 de jeunes volontaires sains reproduit de fa\u00e7on troublante les d\u00e9ficits cognitifs observ\u00e9s chez les patients atteints de la maladie d&rsquo;Alzheimer. Cette d\u00e9couverte fonde l&rsquo;hypoth\u00e8se cholinergique du vieillissement cognitif et de la maladie d&rsquo;Alzheimer formul\u00e9e par Peter Davies et d&rsquo;autres chercheurs. Depuis les ann\u00e9es 2000, l&rsquo;attention scientifique s&rsquo;est d\u00e9plac\u00e9e vers l&rsquo;\u00e9tude \u00e9pid\u00e9miologique des risques \u00e0 long terme, r\u00e9v\u00e9lant que l&rsquo;exposition prolong\u00e9e aux anticholinergiques est associ\u00e9e \u00e0 une neurod\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e et \u00e0 un d\u00e9clin cognitif persistant.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neurobiologiques<\/h3>\n<p>La th\u00e9orie sous-jacente \u00e0 l&rsquo;action des anticholinergiques repose sur la dynamique synaptique du syst\u00e8me cholinergique central et p\u00e9riph\u00e9rique. Au sein de la fente synaptique, l&rsquo;ac\u00e9tylcholine lib\u00e9r\u00e9e par l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment pr\u00e9synaptique se lie \u00e0 des r\u00e9cepteurs sp\u00e9cifiques avant d&rsquo;\u00eatre rapidement hydrolys\u00e9e par l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase en ac\u00e9tate et choline. Les m\u00e9dicaments anticholinergiques interviennent comme des antagonistes comp\u00e9titifs r\u00e9versibles : ils se fixent sur le site orthost\u00e9rique des r\u00e9cepteurs muscariniques sans activer la cascade de signalisation intracellulaire, emp\u00eachant ainsi l&rsquo;ac\u00e9tylcholine endog\u00e8ne d&rsquo;exercer son action stimulatrice.<\/p>\n<p>Les cinq sous-types de r\u00e9cepteurs muscariniques se r\u00e9partissent en deux grandes familles fonctionnelles :<\/p>\n<p>Les r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s \u00e0 la prot\u00e9ine Gq\/11 (M1, M3, M5) stimulent la phospholipase C, g\u00e9n\u00e9rant de l&rsquo;inositol triphosphate (IP3) et du diacylglyc\u00e9rol (DAG), ce qui entra\u00eene une lib\u00e9ration intracellulaire de calcium et une excitation neuronale. Les r\u00e9cepteurs M1, abondants dans le cortex pr\u00e9frontal, l&rsquo;hippocampe et le striatum, soutiennent directement la potentialisation \u00e0 long terme et les fonctions ex\u00e9cutives. Le blocage pharmacologique de M1 alt\u00e8re la plasticit\u00e9 synaptique et d\u00e9grade l&rsquo;encodage des souvenirs r\u00e9cents.<\/p>\n<p>Les r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s \u00e0 la prot\u00e9ine Gi\/o (M2, M4) inhibent quant \u00e0 eux l&rsquo;ad\u00e9nylyl cyclase, diminuent la concentration d&rsquo;ad\u00e9nosine monophosphate cyclique (AMPc) et ouvrent les canaux potassiques \u00e0 rectification entrante, provoquant une hyperpolarisation membranaire. Les autor\u00e9cepteurs pr\u00e9synaptiques M2 et M4 modulent le r\u00e9trocontr\u00f4le de la lib\u00e9ration d&rsquo;ac\u00e9tylcholine et d&rsquo;autres neurotransmetteurs comme la dopamine dans les ganglions de la base.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique, le mod\u00e8le de l&rsquo;\u00e9quilibre dopamino-cholinergique striatal constitue un pilier th\u00e9orique fondamental. Dans le striatum, la dopamine issue de la substance noire exerce une inhibition tonique sur les interneurones cholinergiques striataux. Lorsque les m\u00e9dicaments antipsychotiques bloquent les r\u00e9cepteurs dopaminergiques D2, cette lev\u00e9e d&rsquo;inhibition entra\u00eene une hyperactivit\u00e9 cholinergique relative, responsable du tremblement parkinsonien, de la rigidit\u00e9 plastique et de la bradykin\u00e9sie. L&rsquo;administration d&rsquo;un m\u00e9dicament anticholinergique r\u00e9tablit artificiellement l&rsquo;\u00e9quilibre en bloquant les r\u00e9cepteurs muscariniques striataux, soulageant ainsi les sympt\u00f4mes extrapyramidaux au d\u00e9triment potentiel des performances cognitives.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et classifications<\/h3>\n<p>Les m\u00e9dicaments anticholinergiques peuvent \u00eatre class\u00e9s selon leur origine chimique, leur s\u00e9lectivit\u00e9 pour les sous-types de r\u00e9cepteurs et, sur le plan clinique, selon leur indication primaire versus leurs propri\u00e9t\u00e9s atropiniques secondaires non intentionnelles :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Alcalo\u00efdes naturels et d\u00e9riv\u00e9s h\u00e9misynth\u00e9tiques :<\/strong> Comprend l&rsquo;atropine, la scopolamine (hyoscine) et leurs d\u00e9riv\u00e9s quaternaires (bromure d&rsquo;ipratropium, bromure de tiotropium). Les d\u00e9riv\u00e9s quaternaires poss\u00e8dent une charge \u00e9lectrique permanente qui limite strictement leur passage \u00e0 travers la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique, confinant leur action aux territoires bronchiques ou p\u00e9riph\u00e9riques.<\/li>\n<li><strong>Anticholinergiques antiparkinsoniens centraux :<\/strong> Mol\u00e9cules synth\u00e9tiques sp\u00e9cifiquement con\u00e7ues pour franchir la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique afin de cibler les noyaux gris centraux. Les chefs de file sont le trihexyph\u00e9nidyle, le bip\u00e9rid\u00e8ne, la procyclidine et la benztropine.<\/li>\n<li><strong>Antispasmodiques urologiques et digestifs :<\/strong> Agents prescrits pour l&rsquo;incontinence urinaire d&rsquo;effort ou l&rsquo;hyperactivit\u00e9 v\u00e9sicale (oxybutynine, tolt\u00e9rodine, solif\u00e9nacine, f\u00e9sot\u00e9rodine) et les spasmes gastro-intestinaux (ti\u00e9monium, m\u00e9b\u00e9verine avec composante antimuscarinique faible). L&rsquo;oxybutynine, hautement lipophile, diffuse massivement dans le syst\u00e8me nerveux central et pr\u00e9sente une forte toxicit\u00e9 cognitive.<\/li>\n<li><strong>Psychotropes \u00e0 forte activit\u00e9 anticholinergique collat\u00e9rale :<\/strong> M\u00e9dicaments prescrits pour des pathologies psychiatriques mais dot\u00e9s d&rsquo;une puissante affinit\u00e9 antagoniste muscarinique non cibl\u00e9e. Cette classe inclut les antid\u00e9presseurs tricycliques (amitriptyline, clomipramine, imipramine), certains antipsychotiques de premi\u00e8re et deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration (chlorpromazine, l\u00e9vom\u00e9promazine, clozapine, olanzapine) et certains anxiolytiques ou s\u00e9datifs.<\/li>\n<li><strong>Antihistaminiques H1 de premi\u00e8re g\u00e9n\u00e9ration :<\/strong> Mol\u00e9cules s\u00e9datives et antiallergiques qui bloquent conjointement les r\u00e9cepteurs histaminiques H1 et les r\u00e9cepteurs muscariniques, telles que l&rsquo;hydroxyzine, la diph\u00e9nhydramine, la prom\u00e9thazine, la cyproheptadine et la doxylamine.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et illustrations cliniques<\/h3>\n<p>Pour illustrer la port\u00e9e clinique des anticholinergiques en pratique neuropsychiatrique, examinons deux situations cliniques repr\u00e9sentatives des d\u00e9fis th\u00e9rapeutiques contemporains :<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;impasse du parkinsonisme iatrog\u00e8ne chez le patient schizophr\u00e8ne.<\/strong> Un homme de 42 ans, suivi pour une schizophr\u00e9nie parano\u00efde stabilis\u00e9e sous 10 mg d&rsquo;halop\u00e9ridol par jour, d\u00e9veloppe un syndrome parkinsonien s\u00e9v\u00e8re associant une d\u00e9marche \u00e0 petits pas, une amimie faciale et un tremblement de repos invalidant. Son psychiatre adjoint du trihexyph\u00e9nidyle \u00e0 la posologie de 6 mg par jour. Les signes moteurs r\u00e9gressent rapidement en quelques jours. Cependant, au bout de trois semaines, l&rsquo;entourage rapporte que le patient peine \u00e0 se concentrer lors de son travail en atelier prot\u00e9g\u00e9, \u00e9gare continuellement ses effets personnels et se plaint d&rsquo;une bouche extr\u00eamement s\u00e8che. L&rsquo;\u00e9valuation neuropsychologique objective une chute significative des capacit\u00e9s d&rsquo;encodage mn\u00e9sique \u00e0 court terme et un ralentissement de la m\u00e9moire de travail directement attribuables au trihexyph\u00e9nidyle.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : Le syndrome confusionnel pr\u00e9cipit\u00e9 par polym\u00e9dication chez le sujet \u00e2g\u00e9.<\/strong> Une femme de 79 ans, vivant \u00e0 domicile avec des troubles cognitifs l\u00e9gers non explor\u00e9s, consulte son m\u00e9decin traitant pour des r\u00e9veils nocturnes fr\u00e9quents et des fuites urinaires. Elle se voit prescrire de l&rsquo;hydroxyzine (25 mg le soir) pour ses insomnies et de l&rsquo;oxybutynine (5 mg deux fois par jour) pour son imp\u00e9riosit\u00e9 urinaire. Elle prenait d\u00e9j\u00e0 de la parox\u00e9tine (20 mg par jour) pour des sympt\u00f4mes anxiod\u00e9pressifs. Cinq jours apr\u00e8s l&rsquo;introduction des nouveaux traitements, la patiente est admise aux urgences dans un \u00e9tat d&rsquo;agitation anxieuse majeure, d\u00e9sorient\u00e9e dans le temps et dans l&rsquo;espace, affirmant voir des insectes ramper sur les murs de sa chambre. L&rsquo;examen somatique r\u00e9v\u00e8le une tachycardie \u00e0 110 battements\/minute, des pupilles dilat\u00e9es et peu r\u00e9actives, une peau s\u00e8che et chaude, ainsi qu&rsquo;un globe v\u00e9sical. Le diagnostic de syndrome anticholinergique central est pos\u00e9 ; l&rsquo;arr\u00eat progressif des mol\u00e9cules incrimin\u00e9es et un sondage \u00e9vacuateur permettent une r\u00e9mission compl\u00e8te du d\u00e9lirium en 48 heures.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation, mesure et \u00e9chelle de charge anticholinergique<\/h3>\n<p>Face \u00e0 la diss\u00e9mination des propri\u00e9t\u00e9s antimuscariniques au sein de multiples familles pharmacologiques, les chercheurs et cliniciens ont d\u00e9velopp\u00e9 des instruments standardis\u00e9s permettant d&rsquo;\u00e9valuer la \u00ab charge anticholinergique totale \u00bb subie par un individu. Ces \u00e9chelles attribuent \u00e0 chaque m\u00e9dicament un score pond\u00e9r\u00e9 (g\u00e9n\u00e9ralement de 0 \u00e0 3) en fonction de son affinit\u00e9 <em>in vitro<\/em> pour les r\u00e9cepteurs muscariniques ou de sa capacit\u00e9 d\u00e9montr\u00e9e \u00e0 franchir la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique et \u00e0 perturber les fonctions cognitives.<\/p>\n<p>Parmi les outils les plus valid\u00e9s internationalement figure l&rsquo;\u00e9chelle ACB (<em>Anticholinergic Cognitive Burden Scale<\/em>), \u00e9labor\u00e9e par Malaz Boustani et son \u00e9quipe en 2008. Dans cette \u00e9chelle :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Score 1 (charge faible ou possible) :<\/strong> M\u00e9dicaments d\u00e9montrant une affinit\u00e9 de liaison <em>in vitro<\/em> sur les r\u00e9cepteurs muscariniques sans preuve clinique flagrante de toxicit\u00e9 cognitive isol\u00e9e (ex. : atenolol, captopril, diaz\u00e9pam, furos\u00e9mide, ranitidine).<\/li>\n<li><strong>Score 2 (charge mod\u00e9r\u00e9e d\u00e9montr\u00e9e) :<\/strong> M\u00e9dicaments franchissant la barri\u00e8re c\u00e9r\u00e9brale \u00e0 des concentrations susceptibles d&rsquo;induire des alt\u00e9rations cognitives (ex. : carbamaz\u00e9pine, pethidine, loxapine).<\/li>\n<li><strong>Score 3 (charge forte et s\u00e9v\u00e8re) :<\/strong> M\u00e9dicaments dot\u00e9s d&rsquo;un puissant antagonisme muscarinique central entra\u00eenant fr\u00e9quemment des \u00e9tats confusionnels (ex. : amitriptyline, clozapine, oxybutynine, hydroxyzine, chlorpheniramine, trihexyph\u00e9nidyle).<\/li>\n<\/ul>\n<p>D&rsquo;autres instruments compl\u00e9mentaires sont utilis\u00e9s dans la recherche g\u00e9riatrique et pharmaco-\u00e9pid\u00e9miologique, notamment l&rsquo;\u00e9chelle ARS (<em>Anticholinergic Risk Scale<\/em>) d\u00e9velopp\u00e9e par Rudolph, l&rsquo;index ADS (<em>Anticholinergic Drug Scale<\/em>) de Carnahan, et le DBI (<em>Drug Burden Index<\/em>) qui int\u00e8gre simultan\u00e9ment l&rsquo;exposition aux s\u00e9datifs et aux anticholinergiques en fonction de la dose quotidienne administr\u00e9e. Un score cumul\u00e9 sup\u00e9rieur ou \u00e9gal \u00e0 3 sur l&rsquo;\u00e9chelle ACB est universellement reconnu comme un seuil critique pr\u00e9dictif de d\u00e9clin cognitif acc\u00e9l\u00e9r\u00e9, d&rsquo;hospitalisation non programm\u00e9e et de morbi-mortalit\u00e9 accrue.<\/p>\n<h3>10. Applications et pertinence clinique et psychiatrique<\/h3>\n<p>La gestion des anticholinergiques en psychiatrie exige un arbitrage rigoureux entre b\u00e9n\u00e9fices symptomatiques imm\u00e9diats et risques neuropsychiatriques diff\u00e9r\u00e9s. Leurs applications l\u00e9gitimes demeurent circonscrites :<\/p>\n<p>Dans le traitement des effets ind\u00e9sirables extrapyramidaux des neuroleptiques, les anticholinergiques constituent une solution d&rsquo;urgence efficace contre les crises dystoniques aigu\u00ebs (spasmes musculaires douloureux du cou, de la langue ou crises oculogyres), o\u00f9 l&rsquo;administration parent\u00e9rale de bip\u00e9rid\u00e8ne ou de tropat\u00e9pine r\u00e9sout le tableau en quelques minutes. En revanche, leur prescription prophylactique syst\u00e9matique ou leur maintien ind\u00e9fini est formellement d\u00e9conseill\u00e9 par les recommandations internationales contemporaines, car ils ne pr\u00e9viennent pas l&rsquo;apparition de la dyskin\u00e9sie tardive et peuvent m\u00eame l&rsquo;aggraver en favorisant une hypersensibilit\u00e9 des r\u00e9cepteurs dopaminergiques striataux.<\/p>\n<p>Un autre d\u00e9fi clinique majeur r\u00e9side dans le potentiel d&rsquo;abus et de pharmacod\u00e9pendance associ\u00e9 aux anticholinergiques antiparkinsoniens. En interf\u00e9rant avec les boucles cortico-stri\u00e9es et en augmentant indirectement la biodisponibilit\u00e9 synaptique de dopamine dans la voie m\u00e9solimbique, ces mol\u00e9cules peuvent provoquer chez certains patients une euphorie mod\u00e9r\u00e9e, un sentiment d&rsquo;\u00e9nergie accrue ou une att\u00e9nuation de l&rsquo;anh\u00e9donie neuroleptique. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne, parfois qualifi\u00e9 de \u00ab toxicomanie aux correcteurs \u00bb, conduit certains patients schizophr\u00e8nes \u00e0 consommer des doses massives de trihexyph\u00e9nidyle pour ses effets r\u00e9cr\u00e9atifs psych\u00e9d\u00e9liques, avec un risque \u00e9lev\u00e9 de d\u00e9compensation psychotique toxique.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>Au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, la litt\u00e9rature neuroscientifique et \u00e9pid\u00e9miologique s&rsquo;est enrichie de donn\u00e9es longitudinales massives consolidant le lien entre exposition aux anticholinergiques et modifications structurales et fonctionnelles du cerveau. Deux vagues de recherches ont red\u00e9fini notre vision de ces th\u00e9rapeutiques :<\/p>\n<p>D&rsquo;une part, les \u00e9tudes observationnelles de cohortes prospectives ont apport\u00e9 des preuves robustes. Une \u00e9tude fondatrice men\u00e9e par Shelly Gray et ses collaborateurs (publi\u00e9e dans le <em>JAMA Internal Medicine<\/em> en 2015), suivant plus de 3 400 personnes \u00e2g\u00e9es de 65 ans et plus pendant plus de dix ans, a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une relation dose-r\u00e9ponse statistiquement significative entre l&rsquo;exposition cumulative aux anticholinergiques et le risque incident de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/D%C3%A9mence\">d\u00e9mence<\/a> et de maladie d&rsquo;Alzheimer. Les personnes situ\u00e9es dans le quartile d&rsquo;exposition le plus \u00e9lev\u00e9 pr\u00e9sentaient un risque relatif augment\u00e9 de 54 % par rapport aux non-expos\u00e9s, ce risque persistant m\u00eame apr\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat du traitement, ce qui sugg\u00e8re l&rsquo;existence d&rsquo;effets neurotoxiques non totalement r\u00e9versibles.<\/p>\n<p>D&rsquo;autre part, les travaux de neuro-imagerie men\u00e9s notamment par Shannon Risacher et ses coll\u00e8gues en 2016 ont document\u00e9 les corr\u00e9lats anatomiques de cette toxicit\u00e9. En comparant des sujets \u00e2g\u00e9s consommant des anticholinergiques \u00e0 des t\u00e9moins appari\u00e9s, les chercheurs ont mis en \u00e9vidence, par r\u00e9sonance magn\u00e9tique structurelle (IRM) et tomographie par \u00e9mission de positons (TEP au fluorod\u00e9soxyglucose), une atrophie corticale acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e pr\u00e9dominant au niveau de l&rsquo;hippocampe, une r\u00e9duction globale du volume de mati\u00e8re grise ainsi qu&rsquo;un hypom\u00e9tabolisme du glucose c\u00e9r\u00e9bral dans les r\u00e9gions temporales m\u00e9dianes et pari\u00e9tales. Ces alt\u00e9rations anatomiques concordaient directement avec les d\u00e9ficits objectiv\u00e9s lors des tests neuropsychologiques de m\u00e9moire verbale et d&rsquo;attention.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>La prescription et l&rsquo;usage des m\u00e9dicaments anticholinergiques s&rsquo;inscrivent dans des contextes socioculturels et syst\u00e9miques variables qui influencent consid\u00e9rablement les profils de morbi-mortalit\u00e9. Dans les pays occidentaux hautement m\u00e9dicalis\u00e9s, le vieillissement d\u00e9mographique conjugu\u00e9 \u00e0 la fragmentation des soins entre multiples sp\u00e9cialistes favorise une \u00ab cascade th\u00e9rapeutique \u00bb n\u00e9faste : un premier m\u00e9decin prescrit un m\u00e9dicament dot\u00e9 d&rsquo;effets atropiniques non d\u00e9clar\u00e9s ; les effets secondaires \u00e9mergents (constipation, insomnie, confusion l\u00e9g\u00e8re) sont interpr\u00e9t\u00e9s \u00e0 tort comme de nouvelles pathologies autonomes par un confr\u00e8re, qui prescrit \u00e0 son tour des laxatifs, des hypnotiques ou d&rsquo;autres psychotropes, alourdissant dangereusement la charge anticholinergique globale.<\/p>\n<p>Dans les \u00e9tablissements m\u00e9dico-sociaux et les unit\u00e9s de soins de longue dur\u00e9e (EHPAD), l&rsquo;usage d&rsquo;antihistaminiques s\u00e9datifs ou de neuroleptiques s\u00e9datifs \u00e0 vis\u00e9e de contention chimique face aux sympt\u00f4mes comportementaux et psychologiques de la d\u00e9mence demeure un probl\u00e8me de sant\u00e9 publique r\u00e9current. Bien que les directives d\u00e9conseillent ces pratiques, la p\u00e9nurie de personnel soignant form\u00e9 aux interventions non pharmacologiques favorise le recours passif \u00e0 des mol\u00e9cules anticholinergiques pour apaiser les cris et l&rsquo;agitation cr\u00e9pusculaire des r\u00e9sidents, au d\u00e9triment de leur autonomie fonctionnelle et de leur lucidit\u00e9 r\u00e9siduelle.<\/p>\n<p>Sur le plan transculturel, l&rsquo;accessibilit\u00e9 des anticholinergiques sans ordonnance (m\u00e9dicaments en vente libre pour le rhume, le mal des transports, la toux ou le sommeil contenant de la diph\u00e9nhydramine ou de la doxylamine) varie consid\u00e9rablement selon les pays. Dans certains pays \u00e9mergents ou en l&rsquo;absence de r\u00e9gulation pharmaceutique stricte, l&rsquo;autom\u00e9dication massive par ces compos\u00e9s expose de larges pans de la population g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 des risques de toxicit\u00e9 cognitive silencieuse, souvent ignor\u00e9e des syst\u00e8mes de veille sanitaire.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>La question de la causalit\u00e9 directe entre l&rsquo;exposition prolong\u00e9e aux anticholinergiques et l&rsquo;\u00e9mergence des pathologies d\u00e9mentielles demeure au c\u0153ur de vifs d\u00e9bats m\u00e9thodologiques. Certains pharmaco-\u00e9pid\u00e9miologistes soulignent le risque de causalit\u00e9 inverse (ou biais de prodrome) : les patients en phase pr\u00e9clinique de la maladie d&rsquo;Alzheimer \u00e9prouvent fr\u00e9quemment des sympt\u00f4mes pr\u00e9coces tels que des troubles du sommeil, de l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9, des douleurs somatiques ou des urgences mictionnelles, ce qui incite les praticiens \u00e0 leur prescrire des antid\u00e9presseurs, des s\u00e9datifs ou des antispasmodiques urinaires des ann\u00e9es avant le diagnostic formel de d\u00e9mence. Bien que les \u00e9tudes les plus r\u00e9centes aient tent\u00e9 de neutraliser ce biais en introduisant des p\u00e9riodes de latence de plusieurs ann\u00e9es, la part exacte attribuable \u00e0 la causalit\u00e9 directe versus la vuln\u00e9rabilit\u00e9 pr\u00e9existante continue de faire l&rsquo;objet d&rsquo;investigations pouss\u00e9es.<\/p>\n<p>Une autre controverse clinique concerne le sevrage des anticholinergiques (\u00ab d\u00e9prescription \u00bb). L&rsquo;interruption brutale d&rsquo;un traitement anticholinergique chronique peut provoquer un syndrome de rebond cholinergique s\u00e9v\u00e8re, caract\u00e9ris\u00e9 par des naus\u00e9es violentes, des vomissements, une diaphor\u00e8se profuse, des insomnies s\u00e9v\u00e8res, une anxi\u00e9t\u00e9 majeure et une aggravation aigu\u00eb des tremblements ou des dystonies motrices. Les cliniciens doivent donc naviguer avec prudence entre les dangers cognitifs du maintien th\u00e9rapeutique et les risques de d\u00e9compensation physique et psychique li\u00e9s \u00e0 un arr\u00eat trop pr\u00e9cipit\u00e9.<\/p>\n<h3>14. Termes apparent\u00e9s et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter les confusions conceptuelles fr\u00e9quentes dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale, il convient de distinguer pr\u00e9cis\u00e9ment les termes suivants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Anticholinergique vs Parasympatholytique :<\/strong> Le terme \u00ab parasympatholytique \u00bb d\u00e9crit l&rsquo;effet fonctionnel de blocage du syst\u00e8me nerveux v\u00e9g\u00e9tatif parasympathique p\u00e9riph\u00e9rique, tandis qu&rsquo;\u00ab anticholinergique \u00bb englobe \u00e0 la fois cette composante autonome p\u00e9riph\u00e9rique et les actions biochimiques exerc\u00e9es sur les neurones du syst\u00e8me nerveux central.<\/li>\n<li><strong>Antimuscarinique vs Antinicotinique :<\/strong> Les antimuscariniques bloquent s\u00e9lectivement les r\u00e9cepteurs coupl\u00e9s aux prot\u00e9ines G sensibles \u00e0 la muscarine (effets visc\u00e9raux et cognitifs), tandis que les antinicotiniques bloquent les canaux ioniques sensibles \u00e0 la nicotine, agissant soit sur les ganglions autonomes (gangliopl\u00e9giques), soit sur la jonction neuromusculaire des muscles squelettiques (curares et myorelaxants).<\/li>\n<li><strong>Cholinomim\u00e9tique \/ Parasympathomim\u00e9tique :<\/strong> Antonymes stricts des anticholinergiques. Ce sont des mol\u00e9cules qui reproduisent ou potentialisent l&rsquo;action de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine, soit directement en stimulant les r\u00e9cepteurs (comme la pilocarpine ou la nicotine), soit indirectement en inhibant l&rsquo;ac\u00e9tylcholinest\u00e9rase (comme le don\u00e9p\u00e9zil, la rivastigmine ou la galantamine utilis\u00e9s dans la maladie d&rsquo;Alzheimer).<\/li>\n<li><strong>Charge anticholinergique (<em>Anticholinergic Burden<\/em>) :<\/strong> Mesure math\u00e9matique ou clinique cumul\u00e9e de l&rsquo;ensemble des m\u00e9dicaments antimuscariniques pris par un patient, \u00e0 diff\u00e9rencier de la puissance intrins\u00e8que d&rsquo;une seule mol\u00e9cule isol\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, les m\u00e9dicaments anticholinergiques constituent une classe th\u00e9rapeutique indispensable mais \u00e0 double tranchant en neuropsychiatrie :<\/p>\n<ul>\n<li>Leur m\u00e9canisme d&rsquo;action repose sur l&rsquo;antagonisme comp\u00e9titif des r\u00e9cepteurs muscariniques de l&rsquo;ac\u00e9tylcholine, r\u00e9gulant \u00e0 la fois la r\u00e9ponse autonome parasympathique et la connectivit\u00e9 synaptique c\u00e9r\u00e9brale corticale et hippocampique.<\/li>\n<li>Leur usage s&rsquo;\u00e9tend des indications urologiques, digestives et respiratoires aux applications psychiatriques cibl\u00e9es (traitement des dystonies et du parkinsonisme induits par les antipsychotiques).<\/li>\n<li>Leur profil d&rsquo;effets ind\u00e9sirables associe des signes p\u00e9riph\u00e9riques constants (s\u00e9cheresse buccale, constipation, mydriase, r\u00e9tention urinaire, tachycardie) \u00e0 des troubles cognitifs aigus (troubles de la m\u00e9moire de travail, d\u00e9sorientation, d\u00e9lirium).<\/li>\n<li>L&rsquo;exposition cumulative et chronique \u00e0 une charge anticholinergique \u00e9lev\u00e9e chez l&rsquo;adulte \u00e2g\u00e9 est solidement corr\u00e9l\u00e9e \u00e0 un risque accru de d\u00e9clin cognitif persistant, d&rsquo;atrophie hippocampique et de d\u00e9mence incidentelle.<\/li>\n<li>L&rsquo;\u00e9valuation syst\u00e9matique de la charge anticholinergique \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;\u00e9chelles valid\u00e9es (telles que l&rsquo;\u00e9chelle ACB) et l&rsquo;adoption d&rsquo;une strat\u00e9gie prudente de d\u00e9prescription graduelle constituent des imp\u00e9ratifs majeurs de la pratique g\u00e9riatrique et psychiatrique contemporaine.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Boustani, M., Campbell, N., Munger, S., Maidment, I., &amp; Fox, C. (2008). Impact of anticholinergics on the aging brain: A review and practical application. <em>Aging Health<\/em>, 4(3), 311\u2013320. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.2217\/1745509X.4.3.311\">https:\/\/doi.org\/10.2217\/1745509X.4.3.311<\/a><\/li>\n<li>Drachman, D. A. (1977). Memory and cognitive function in man: Does the cholinergic system have a specific role? <em>Neurology<\/em>, 27(8), 783\u2013790. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1212\/wnl.27.8.783\">https:\/\/doi.org\/10.1212\/wnl.27.8.783<\/a><\/li>\n<li>Gray, S. L., Anderson, M. L., Dublin, S., Hanlon, J. T., Hubbard, R., Walker, R., Yu, O., Crane, P. K., &amp; Larson, E. B. (2015). Cumulative use of strong anticholinergics and incident dementia: A prospective cohort study. <em>JAMA Internal Medicine<\/em>, 175(3), 401\u2013407. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamainternmed.2014.7740\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamainternmed.2014.7740<\/a><\/li>\n<li>Risacher, S. L., McDonald, B. C., Tallman, E. F., West, J. D., Farlow, M. R., Unverzagt, F. W., Gao, S., Boustani, M., Crane, P. K., Petersen, R. C., Jack, C. R., Jagust, W. J., Aisen, P. S., Weiner, M. W., &amp; Saykin, A. J. (2016). Association between anticholinergic medication use and cognition, brain metabolism, and brain atrophy in cognitively normal older adults. <em>JAMA Neurology<\/em>, 73(6), 721\u2013732. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamaneurol.2016.0580\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/jamaneurol.2016.0580<\/a><\/li>\n<li>Rudolph, J. L., Salow, M. J., Angelini, M. C., &amp; McGlinchey, R. E. (2008). The Anticholinergic Risk Scale and anticholinergic adverse effects in older persons. <em>Archives of Internal Medicine<\/em>, 168(5), 508\u2013513. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1001\/archinternmed.2007.106\">https:\/\/doi.org\/10.1001\/archinternmed.2007.106<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Examen exhaustif des m\u00e9dicaments anticholinergiques : m\u00e9canismes r\u00e9cepteurs muscariniques, charge cognitive, risques de d\u00e9lirium et implications neuropsychiatriques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[46,958,7375],"tags":[6360,32735,34167,1012,1005,1434],"class_list":["post-20594","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neuropsychologie","category-psychiatrie-clinique","category-psychopharmacologie","tag-acetylcholine","tag-anticholinergique","tag-charge-anticholinergique","tag-declin-cognitif","tag-delirium","tag-neuropsychiatrie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20594","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20594\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20594"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20594"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20594"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}