{"id":20561,"date":"2026-10-24T04:22:00","date_gmt":"2026-10-24T04:22:00","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=rhizotomie-anterieure"},"modified":"2026-10-24T04:22:00","modified_gmt":"2026-10-24T04:22:00","slug":"rhizotomie-anterieure","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=rhizotomie-anterieure","title":{"rendered":"Rhizotomie ant\u00e9rieure : Neurochirurgie motrice"},"content":{"rendered":"<p>La rhizotomie ant\u00e9rieure constitue une intervention neurochirurgicale ablative historique et hautement sp\u00e9cialis\u00e9e qui consiste en la section s\u00e9lective des racines nerveuses ventrales de la moelle \u00e9pini\u00e8re. En interrompant de mani\u00e8re d\u00e9finitive la composante motrice eff\u00e9rente de l&rsquo;arc r\u00e9flexe spinal, cette proc\u00e9dure modifie radicalement le tonus musculaire, l&rsquo;activit\u00e9 motrice involontaire et les circuits sensorimoteurs sous-jacents, transformant en profondeur l&rsquo;exp\u00e9rience fonctionnelle, psychologique et comportementale des patients souffrant de spasticit\u00e9 s\u00e9v\u00e8re, de dystonies r\u00e9fractaires ou de torticolis spasmodique invalidant.<\/p>\n<h2>Rhizotomie ant\u00e9rieure<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>La <strong>rhizotomie ant\u00e9rieure<\/strong>, \u00e9galement qualifi\u00e9e de radicotomie motrice ventrale, d\u00e9signe la r\u00e9section ou la neurotomie chirurgicale intentionnelle des racines ventrales (ant\u00e9rieures) des nerfs spinaux \u00e9mergeant de la moelle \u00e9pini\u00e8re. Visant exclusivement ou pr\u00e9f\u00e9rentiellement les axones des motoneurones alpha et gamma, cette technique ablative est con\u00e7ue pour abolir la commande motrice p\u00e9riph\u00e9rique et d\u00e9sorganiser la boucle d&rsquo;hypertonie pathologique.<\/p>\n<p>Sur le plan fonctionnel, l&rsquo;interruption m\u00e9canique de ces fibres eff\u00e9rentes supprime l&rsquo;influx nerveux descendant et r\u00e9flexe dirig\u00e9 vers les muscles cibles, induisant une d\u00e9nervation partielle ou compl\u00e8te et substituant une paralysie flasque ou une hypotonie contr\u00f4l\u00e9e \u00e0 une contracture musculaire invincible. Dans le champ de la neurologie, de la neurochirurgie fonctionnelle et de la neuropsychologie, elle est historiquement mobilis\u00e9e pour soulager les contractions spasmodiques intraitables, les postures dystoniques douloureuses et les d\u00e9formations ost\u00e9oarticulaires secondaires qui compromettent la qualit\u00e9 de vie, l&rsquo;image corporelle et l&rsquo;autonomie comportementale du patient.<\/p>\n<p>Contrairement aux techniques percutan\u00e9es ou r\u00e9versibles contemporaines comme la neuromodulation ou la pharmacoth\u00e9rapie intrath\u00e9cale, la rhizotomie ant\u00e9rieure se caract\u00e9rise par son irr\u00e9versibilit\u00e9 et sa haute s\u00e9lectivit\u00e9 myotomique, n\u00e9cessitant une analyse rigoureuse du rapport b\u00e9n\u00e9fice-risque tant au niveau biom\u00e9canique qu&rsquo;au niveau du retentissement psycho-affectif induit par la perte de motricit\u00e9 volontaire.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le vocable \u00ab rhizotomie \u00bb d\u00e9rive du grec ancien <em>rhiza<\/em> (\u1fe5\u03af\u03b6\u03b1), signifiant \u00ab racine \u00bb, et de l&rsquo;\u00e9l\u00e9ment suffixal <em>tomia<\/em> (\u03c4\u03bf\u03bc\u03af\u03b1), lui-m\u00eame issu du verbe <em>temnein<\/em> (\u03c4\u03ad\u03bc\u03bd\u03b5\u03b9\u03bd), signifiant \u00ab couper \u00bb ou \u00ab sectionner \u00bb. Le terme s&rsquo;est structur\u00e9 dans le lexique m\u00e9dical europ\u00e9en \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle pour d\u00e9signer l&rsquo;incision d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e d&rsquo;une racine nerveuse, qu&rsquo;elle soit cr\u00e2nienne ou spinale.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab ant\u00e9rieure \u00bb provient du latin <em>anterior<\/em>, comparatif de <em>ante<\/em> (\u00ab avant \u00bb ou \u00ab devant \u00bb), caract\u00e9risant la situation anatomique des racines nerveuses qui \u00e9mergent du sillon ant\u00e9ro-lat\u00e9ral de la moelle \u00e9pini\u00e8re. En anatomie moderne, la d\u00e9nomination \u00ab racine ant\u00e9rieure \u00bb est couramment interchangeable avec celle de \u00ab racine ventrale \u00bb (du latin <em>venter<\/em>, le ventre), soulignant son orientation spatiale ventrale dans le canal rachidien par opposition aux racines dorsales ou post\u00e9rieures.<\/p>\n<p>Dans la litt\u00e9rature scientifique internationale, l&rsquo;expression <em>anterior rhizotomy<\/em> ou <em>ventral rhizotomy<\/em> a \u00e9t\u00e9 institutionnalis\u00e9e par les travaux pionniers de neurophysiologie exp\u00e9rimentale et de neurochirurgie humaine men\u00e9s notamment par Charles Bell, Fran\u00e7ois Magendie, Otfrid Foerster et Walter Dandy, consacrant la distinction anatomofonctionnelle entre racines motrices ventrales et racines sensitives dorsales.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standard, la locution nominale \u00ab rhizotomie ant\u00e9rieure \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement [\u0281i.z\u0254.t\u0254.mi \u0251\u0303.te.\u0281j\u0153\u0281]. Le terme \u00ab rhizotomie \u00bb est un substantif f\u00e9minin singulier qui s&rsquo;accorde au pluriel sous la forme \u00ab rhizotomies ant\u00e9rieures \u00bb.<\/p>\n<p>Sur le plan morphosyntaxique, l&rsquo;expression s&rsquo;utilise principalement comme syntagme nominal autonome ou en compl\u00e9ment de d\u00e9termination : \u00ab indication d&rsquo;une rhizotomie ant\u00e9rieure \u00bb, \u00ab s\u00e9quelles motrices post-rhizotomie ant\u00e9rieure \u00bb. Dans le jargon clinique sp\u00e9cialis\u00e9, on rencontre parfois les formulations \u00e9quivalentes \u00ab radicotomie ant\u00e9rieure \u00bb, \u00ab radicotomie ventrale s\u00e9lective \u00bb ou \u00ab d\u00e9nervation radiculaire motrice \u00bb.<\/p>\n<p>Son emploi requiert une distinction rigoureuse avec la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Rhizotomie\">rhizotomie<\/a> post\u00e9rieure ou sensitive, laquelle sectionne les voies aff\u00e9rentes dorsales et pr\u00e9serve l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 anatomique directe du motoneurone eff\u00e9rent. L&rsquo;omission du qualificatif \u00ab ant\u00e9rieure \u00bb ou \u00ab ventrale \u00bb cr\u00e9e une ambigu\u00eft\u00e9 conceptuelle majeure quant aux voies neurologiques cibl\u00e9es et aux cons\u00e9quences physiologiques directes de l&rsquo;intervention.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la port\u00e9e de la rhizotomie ant\u00e9rieure, il convient d&rsquo;examiner l&rsquo;organisation de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Arc_r%C3%A9flexe\">arc r\u00e9flexe<\/a> spinal et de l&rsquo;unit\u00e9 motrice. Dans les conditions physiologiques normales, la commande motrice volontaire issue des voies pyramidales et extrapyramidales s&rsquo;articule avec les circuits interneuronaux et les aff\u00e9rences proprioceptives de la moelle \u00e9pini\u00e8re afin de moduler le niveau d&rsquo;excitation des motoneurones alpha et gamma log\u00e9s dans la corne ant\u00e9rieure. Ces motoneurones projettent leurs axones my\u00e9linis\u00e9s par les radicelles ventrales qui s&rsquo;unissent pour former la racine ant\u00e9rieure du nerf spinal, transmettant les potentiels d&rsquo;action vers la jonction neuromusculaire.<\/p>\n<p>Lors d&rsquo;une l\u00e9sion du motoneurone sup\u00e9rieur cons\u00e9cutive \u00e0 un traumatisme cr\u00e2nien, un accident vasculaire c\u00e9r\u00e9bral, une paralysie c\u00e9r\u00e9brale ou une affection d\u00e9my\u00e9linisante telle que la scl\u00e9rose en plaques, le contr\u00f4le inhibiteur supraspinal est interrompu. Cette perte de r\u00e9trocontr\u00f4le engendre une hyperexcitabilit\u00e9 pathologique des boucles r\u00e9flexes myotatiques, caract\u00e9ris\u00e9e par une spasticit\u00e9 s\u00e9v\u00e8re, des clonus in\u00e9puisables, des spasmes en flexion ou en extension et des postures dystoniques permanentes. Ces anomalies motrices provoquent des r\u00e9tractions tendineuses, des douleurs neuropathiques et musculo-squelettiques chroniques, ainsi qu&rsquo;une impotence fonctionnelle majeure.<\/p>\n<p>La rhizotomie ant\u00e9rieure intervient comme une d\u00e9connexion terminale de l&rsquo;effecteur moteur. En sectionnant physiquement les axones moteurs au niveau radiculaire, le chirurgien neutralise la capacit\u00e9 de la moelle \u00e9pini\u00e8re \u00e0 d\u00e9clencher ou maintenir la contraction musculaire dans les myotomes correspondants. Cette l\u00e9sion voulue entra\u00eene une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence wall\u00e9rienne de la portion distale de l&rsquo;axone et induit une par\u00e9sie ou une paralysie flasque du groupe musculaire cible, interrompant instantan\u00e9ment la boucle hypertonique vicieuse.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9tendue et les fronti\u00e8res de cette intervention sont strictement balis\u00e9es par l&rsquo;anatomie radiculaire. Si la racine est sectionn\u00e9e dans sa totalit\u00e9 au niveau d&rsquo;un \u00e9tage spinal donn\u00e9, le d\u00e9ficit moteur est complet pour les faisceaux musculaires d\u00e9pendants exclusivement de ce segment. Pour pallier cette cons\u00e9quence d\u00e9l\u00e9t\u00e8re et conserver une motricit\u00e9 r\u00e9siduelle ou une stabilit\u00e9 posturale, les neurochirurgiens ont progressivement d\u00e9velopp\u00e9 des approches s\u00e9lectives ou partielles, guid\u00e9es par la stimulation perop\u00e9ratoire \u00e9lectrophysiologique afin d&rsquo;\u00e9pargner les fibres n\u00e9cessaires aux fonctions motrices fondamentales.<\/p>\n<p>Au-del\u00e0 de l&rsquo;impact biom\u00e9canique, la rhizotomie ant\u00e9rieure modifie l&rsquo;int\u00e9gration somatosensorielle centrale. La suppression brutale des r\u00e9troactions motrices et des tensions m\u00e9caniques musculaires r\u00e9organise la plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale au sein du cortex moteur et somatosensoriel. Sur le plan psychologique, ce bouleversement impose une adaptation cognitive et corporelle majeure : le patient doit red\u00e9finir son sch\u00e9ma corporel, s&rsquo;accommoder de la perte d\u00e9finitive d&rsquo;un tonus pathologique qui servait parfois d&rsquo;appui postural paradoxal, et r\u00e9ajuster ses strat\u00e9gies de coping face \u00e0 un nouvel \u00e9tat fonctionnel.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;assise scientifique de la rhizotomie ant\u00e9rieure trouve son point d&rsquo;ancrage fondamental dans la d\u00e9couverte de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Loi_de_Bell-Magendie\">loi de Bell-Magendie<\/a> au d\u00e9but du XIXe si\u00e8cle. Les d\u00e9monstrations exp\u00e9rimentales men\u00e9es par Sir Charles Bell en 1811 et compl\u00e9t\u00e9es avec rigueur par Fran\u00e7ois Magendie en 1822 ont scell\u00e9 l&rsquo;anatomie fonctionnelle des racines spinales, \u00e9tablissant formellement que les racines ant\u00e9rieures assument une fonction purement motrice tandis que les racines dorsales conduisent les impulsions sensitives.<\/p>\n<p>\u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle et \u00e0 l&rsquo;aube du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;essor des techniques de laminectomie a rendu possible l&rsquo;acc\u00e8s chirurgical direct au canal m\u00e9dullaire. Le chirurgien anglais William Bennett r\u00e9alisa en 1888 des sections de racines spinales pour des douleurs intraitables, mais c&rsquo;est le neurologue et neurochirurgien allemand Otfrid Foerster qui \u00e9rigea la rhizotomie en paradigme th\u00e9rapeutique \u00e0 partir de 1908. Bien que Foerster se soit d&rsquo;abord concentr\u00e9 sur la rhizotomie post\u00e9rieure pour traiter la spasticit\u00e9 de la maladie de Little et les crises gastriques du tab\u00e8s, ses travaux ont ouvert la voie \u00e0 la manipulation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e des racines motrices ventrales dans les syndromes moteurs r\u00e9fractaires.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1920 et 1930, Walter Dandy, \u00e9minent pionnier de la neurochirurgie am\u00e9ricaine, introduisit la section des racines motrices cervicales ant\u00e9rieures pour le traitement du torticolis spasmodique grave. Cette proc\u00e9dure, souvent combin\u00e9e \u00e0 la section radiculaire post\u00e9rieure ou \u00e0 la radicotomie du nerf spinal accessoire (XI), fut d\u00e9sign\u00e9e sous le nom d&rsquo;op\u00e9ration de Foerster-Dandy. Elle offrait pour la premi\u00e8re fois une solution chirurgicale radicale aux spasmes rotatoires cervicaux incoercibles qui plongeaient les patients dans une d\u00e9tresse physique et psychologique intol\u00e9rable.<\/p>\n<p>Au milieu du XXe si\u00e8cle, des neurochirurgiens tels que Charles Frazier et James White ont affin\u00e9 les indications de la rhizotomie ant\u00e9rieure, l&rsquo;\u00e9tendant aux parapl\u00e9gies spasmodiques avec contractures en flexion douloureuse chez les patients n&rsquo;ayant aucun espoir de r\u00e9cup\u00e9ration motrice volontaire. Dans ces situations cliniques dramatiques, transformer une parapl\u00e9gie spasmodique intol\u00e9rable en une parapl\u00e9gie flasque permettait de pr\u00e9venir les escarres de d\u00e9cubitus, de faciliter le nursing et d&rsquo;att\u00e9nuer le fardeau d\u00e9pressif des bless\u00e9s m\u00e9dullaires.<\/p>\n<p>Durant le dernier tiers du XXe si\u00e8cle et le d\u00e9but du XXIe si\u00e8cle, l&rsquo;av\u00e8nement de la pharmacoth\u00e9rapie avanc\u00e9e (baclof\u00e8ne intrath\u00e9cal, toxine botulique) et des techniques de stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde a rel\u00e9gu\u00e9 la rhizotomie ant\u00e9rieure totale au second plan des interventions neurochirurgicales. Toutefois, elle a simultan\u00e9ment \u00e9volu\u00e9 vers des formes microscopiques et s\u00e9lectives ultra-pr\u00e9cises, soutenues par le monitorage neurophysiologique perop\u00e9ratoire en temps r\u00e9el, garantissant des d\u00e9nervations motrices millim\u00e9triques dans des indications rigoureusement cibl\u00e9es.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;architecture th\u00e9orique sous-jacente \u00e0 la rhizotomie ant\u00e9rieure s&rsquo;enracine dans la neurophysiologie de la commande motrice et les mod\u00e8les cybern\u00e9tiques de la boucle gamma d\u00e9velopp\u00e9s au cours du XXe si\u00e8cle par des physiologistes tels que Sir Charles Sherrington et Ragnar Granit. La th\u00e9orie du r\u00e9flexe myotatique stipule que le maintien de la posture et la r\u00e9gulation du tonus reposent sur un \u00e9quilibre dynamique entre les d\u00e9charges des fibres aff\u00e9rentes Ia et les motoneurones alpha spinaux.<\/p>\n<p>Lors d&rsquo;une rupture du faisceau corticospinal, le d\u00e9s\u00e9quilibre entre l&rsquo;excitation descendante r\u00e9siduelle et l&rsquo;inhibition r\u00e9ticulospinale m\u00e9diale engendre une facilitation aberrante du motoneurone alpha et une co-activation excessive du syst\u00e8me fusimoteur gamma. La th\u00e9orie de la d\u00e9nervation s\u00e9lective postule que l&rsquo;interruption m\u00e9canique des voies de sortie motrices au niveau radiculaire ventral court-circuite irr\u00e9versiblement ce syst\u00e8me en boucle ferm\u00e9e, r\u00e9duisant le gain global de l&rsquo;amplificateur r\u00e9flexe spinal au niveau des m\u00e9tam\u00e8res incrimin\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et comportemental, le cadre th\u00e9orique du sch\u00e9ma corporel (d\u00e9fini par Henry Head et enrichi par Paul Schilder) offre une grille de lecture indispensable pour appr\u00e9hender les cons\u00e9quences d&rsquo;une telle chirurgie. Le sch\u00e9ma corporel n&rsquo;est pas une repr\u00e9sentation statique, mais une synth\u00e8se dynamique continuellement r\u00e9actualis\u00e9e par les r\u00e9troactions sensorimotrices. La contracture chronique s\u00e9v\u00e8re alt\u00e8re profond\u00e9ment cette carte interne, enfermant le sujet dans un v\u00e9cu corporel marqu\u00e9 par l&rsquo;hypertonie et l&rsquo;ali\u00e9nation de son propre corps.<\/p>\n<p>La transfiguration op\u00e9r\u00e9e par la rhizotomie ant\u00e9rieure impose une restructuration psychomotrice compl\u00e8te. En neutralisant la rigidit\u00e9, elle lib\u00e8re le patient des distorsions posturales perp\u00e9tuelles, mais elle le confronte simultan\u00e9ment \u00e0 l&rsquo;obligation de faire le deuil de toute motricit\u00e9 volontaire dans le territoire d\u00e9nerv\u00e9. Les mod\u00e8les th\u00e9oriques de l&rsquo;adaptation cognitive au handicap chronique (notamment les th\u00e9ories de la r\u00e9\u00e9valuation cognitive et du coping appliqu\u00e9es \u00e0 la neurologie) \u00e9clairent la mani\u00e8re dont la s\u00e9dation chirurgicale des spasmes permet de r\u00e9investir la sph\u00e8re relationnelle et sociale malgr\u00e9 l&rsquo;installation d&rsquo;une paralysie flasque d\u00e9finitive.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La rhizotomie ant\u00e9rieure se d\u00e9cline en plusieurs modalit\u00e9s techniques et dimensions anatomo-cliniques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Rhizotomie ant\u00e9rieure cervicale haute (C1-C3) :<\/strong> Souvent associ\u00e9e \u00e0 la neurotomie du nerf accessoire spinal dans l&rsquo;intervention de Foerster-Dandy, cette composante vise la d\u00e9nervation bilat\u00e9rale ou homolat\u00e9rale des muscles rotateurs et extenseurs profonds du cou (sterno-cl\u00e9ido-masto\u00efdien, spl\u00e9nius, trap\u00e8ze) pour neutraliser le torticolis spasmodique r\u00e9fractaire.<\/li>\n<li><strong>Rhizotomie ant\u00e9rieure lombo-sacr\u00e9e :<\/strong> Concerne les racines ventrales L2 \u00e0 S1 ou S2. Historiquement appliqu\u00e9e aux parapl\u00e9gies spastiques compl\u00e8tes avec r\u00e9tractions vicieuses, elle supprime les spasmes violents des membres inf\u00e9rieurs en sacrifiant toute motricit\u00e9 motrice r\u00e9siduelle dans ces territoires.<\/li>\n<li><strong>Rhizotomie ant\u00e9rieure totale vs partielle (s\u00e9lective) :<\/strong> La variante totale sectionne l&rsquo;int\u00e9gralit\u00e9 du contingent de radicelles motrices d&rsquo;un \u00e9tage donn\u00e9, produisant une d\u00e9nervation absolue. La forme partielle ou s\u00e9lective ne r\u00e9s\u00e8que qu&rsquo;un pourcentage d\u00e9fini (par exemple 30 % \u00e0 50 %) des radicelles motrices apr\u00e8s stimulation \u00e9lectrique perop\u00e9ratoire, pr\u00e9servant une force r\u00e9siduelle tout en mod\u00e9rant l&rsquo;hypertonie.<\/li>\n<li><strong>Composante \u00e9lectrophysiologique perop\u00e9ratoire :<\/strong> L&rsquo;utilisation combin\u00e9e des potentiels \u00e9voqu\u00e9s moteurs (PEM) et de l&rsquo;\u00e9lectromyographie (EMG) en temps r\u00e9el constitue une dimension m\u00e9thodologique incontournable pour cartographier avec exactitude chaque radicelle avant toute r\u00e9section.<\/li>\n<li><strong>Dimension anatomique unilat\u00e9rale vs bilat\u00e9rale :<\/strong> Selon la sym\u00e9trie du tableau clinique (comme dans les dystonies axiales g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es ou les asym\u00e9tries spastiques s\u00e9v\u00e8res), la d\u00e9connexion peut \u00eatre unilat\u00e9rale afin de pr\u00e9server l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 controlat\u00e9rale ou bilat\u00e9rale pour neutraliser les postures vicieuses complexes en r\u00e9trocolis ou ant\u00e9colis.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Un cas classique illustrant l&rsquo;utilit\u00e9 historique et contemporaine de la rhizotomie ant\u00e9rieure cervicale est celui d&rsquo;un patient de 48 ans atteint d&rsquo;un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Dystonie\">torticolis spasmodique<\/a> s\u00e9v\u00e8re (dystonie cervicale focale), \u00e9voluant depuis une d\u00e9cennie. Malgr\u00e9 des doses massives d&rsquo;injections de toxine botulique r\u00e9p\u00e9t\u00e9es ayant entra\u00een\u00e9 une immunisation par anticorps neutralisants, et l&rsquo;\u00e9chec de la stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde du globus pallidus interne, le patient pr\u00e9sentait une rotation involontaire violente de la t\u00eate vers la droite, accompagn\u00e9e d&rsquo;un tremblement dystonique continu et d&rsquo;hypertrophie majeure du muscle sterno-cl\u00e9ido-masto\u00efdien gauche et du spl\u00e9nius droit. Cette affection induisait une cervicalgie invalidante cot\u00e9e \u00e0 9\/10, un isolement social total cons\u00e9cutif au regard d&rsquo;autrui et un \u00e9pisode d\u00e9pressif majeur caract\u00e9ris\u00e9 par un sentiment d&rsquo;impuissance acquise. La r\u00e9alisation d&rsquo;une d\u00e9nervation radiculaire ant\u00e9rieure s\u00e9lective de C1 \u00e0 C3 combin\u00e9e \u00e0 une neurotomie p\u00e9riph\u00e9rique a permis de stabiliser la t\u00eate en position neutre, d&rsquo;\u00e9radiquer les spasmes paroxystiques, d&rsquo;amener les douleurs \u00e0 un niveau r\u00e9siduel minime (1\/10) et de restaurer les interactions psychosociales et professionnelles du sujet.<\/p>\n<p>Un second exemple embl\u00e9matique concerne un patient de 32 ans ayant subi une l\u00e9sion m\u00e9dullaire compl\u00e8te au niveau thoracique haut (T4) \u00e0 la suite d&rsquo;un polytraumatisme. Plusieurs mois apr\u00e8s l&rsquo;accident, le d\u00e9veloppement d&rsquo;une hyperr\u00e9flexie autonome et de spasmes massifs en flexion des membres inf\u00e9rieurs d\u00e9clench\u00e9s par le moindre stimulus cutan\u00e9 provoquait des flexions brutales des genoux contre l&rsquo;abdomen, des luxations r\u00e9cidivantes de la hanche, des ruptures cutan\u00e9es favorisant des escarres sacr\u00e9es profondes et une perturbation majeure du sommeil. Les traitements conventionnels par myorelaxants oraux et perfusion de baclof\u00e8ne intrath\u00e9cal s&rsquo;\u00e9tant r\u00e9v\u00e9l\u00e9s inefficaces ou grev\u00e9s d&rsquo;intol\u00e9rances s\u00e9v\u00e8res, une rhizotomie ant\u00e9rieure lombo-sacr\u00e9e bilat\u00e9rale a \u00e9t\u00e9 entreprise. Bien qu&rsquo;induisant une paralysie flasque d\u00e9finitive, l&rsquo;abolition compl\u00e8te des spasmes musculaires a mis un terme aux d\u00e9charges autonomes dangereuses, a permis la cicatrisation d\u00e9finitive des plaies de d\u00e9cubitus et a consid\u00e9rablement all\u00e9g\u00e9 la charge d&rsquo;assistance quotidienne, transformant positivement le v\u00e9cu de r\u00e9adaptation globale.<\/p>\n<h3>9. \u00c9valuation et mesure<\/h3>\n<p>La d\u00e9cision de proc\u00e9der \u00e0 une rhizotomie ant\u00e9rieure repose sur un protocole d&rsquo;\u00e9valuation clinique et para-clinique pluridisciplinaire d&rsquo;une rigueur absolue. Sur le plan moteur, la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;hypertonie et des spasmes est mesur\u00e9e \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;instruments valid\u00e9s standardis\u00e9s tels que l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;Ashworth modifi\u00e9e (Modified Ashworth Scale), l&rsquo;\u00e9chelle de fr\u00e9quence des spasmes de Penn (Penn Spasm Frequency Scale) et l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;\u00e9valuation de la dystonie de Burke-Fahn-Marsden (BFMDRS) ou de Toronto (TWSTRS) pour la dystonie cervicale.<\/p>\n<p>Sur le versant fonctionnel et de l&rsquo;incapacit\u00e9 motrice, des outils comme la mesure de l&rsquo;ind\u00e9pendance fonctionnelle (MIF) et l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;\u00e9valuation globale des incapacit\u00e9s permettent de quantifier pr\u00e9cis\u00e9ment l&rsquo;impact de la rigidit\u00e9 pathologique sur les gestes de la vie quotidienne, les transferts, la toilette et l&rsquo;alimentation. L&rsquo;\u00e9valuation de la douleur s&rsquo;appuie quant \u00e0 elle sur l&rsquo;\u00e9chelle visuelle analogique (EVA) et le questionnaire concis sur la douleur (Brief Pain Inventory).<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation perop\u00e9ratoire constitue la pierre angulaire de la pr\u00e9cision chirurgicale. Elle s&rsquo;effectue sous anesth\u00e9sie g\u00e9n\u00e9rale sans curarisation r\u00e9siduelle prolong\u00e9e, sous contr\u00f4le \u00e9lectromyographique continu. Chaque radicelle ventrale individualis\u00e9e au microscope op\u00e9ratoire fait l&rsquo;objet d&rsquo;une microstimulation \u00e9lectrique bipolaire \u00e0 basse intensit\u00e9 (en milliamp\u00e8res). Les trac\u00e9s \u00e9lectromyographiques enregistr\u00e9s sur les diff\u00e9rents groupes musculaires d\u00e9terminent avec exactitude le myotome desservi par la radicelle explor\u00e9e, guidant le chirurgien dans la d\u00e9cision de la pr\u00e9server ou de la r\u00e9s\u00e9quer.<\/p>\n<p>L&rsquo;examen neuropsychologique et psychologique pr\u00e9op\u00e9ratoire \u00e9value la stabilit\u00e9 affective, les fonctions ex\u00e9cutives, les m\u00e9canismes de d\u00e9fense et le niveau d&rsquo;adh\u00e9sion du sujet face \u00e0 une chirurgie ablative d\u00e9finitive. Des tests psychom\u00e9triques tels que le questionnaire de d\u00e9pression de Beck (BDI) et l&rsquo;inventaire d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 \u00e9tat-trait de Spielberger (STAI) sont r\u00e9guli\u00e8rement administr\u00e9s pour rep\u00e9rer les comorbidit\u00e9s psychiatriques qui pourraient fausser les attentes du patient ou alt\u00e9rer sa capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation \u00e0 la paralysie flasque cons\u00e9cutive.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>Les applications cliniques de la rhizotomie ant\u00e9rieure se situent \u00e0 la crois\u00e9e de la neurochirurgie fonctionnelle, de la m\u00e9decine physique et de r\u00e9adaptation (MPR) et de la psychologie de la sant\u00e9 :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Traitement des dystonies cervicales s\u00e9v\u00e8res et r\u00e9fractaires :<\/strong> L&rsquo;intervention (variantes de l&rsquo;intervention de Foerster-Dandy ou de d\u00e9nervation s\u00e9lective de Bertrand) demeure une solution salvatrice face aux torticolis spasmodiques douloureux qui r\u00e9sistent aux th\u00e9rapeutiques pharmacologiques et \u00e0 la stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde.<\/li>\n<li><strong>Prise en charge des spasmes spinaux chez le bless\u00e9 m\u00e9dullaire :<\/strong> Chez les personnes pr\u00e9sentant une parapl\u00e9gie motrice et sensitive compl\u00e8te (grade ASIA A), la rhizotomie ant\u00e9rieure supprime les spasmes r\u00e9flexes hypertoniques violents qui menacent le pronostic cutan\u00e9, vasculaire et articulaire.<\/li>\n<li><strong>Facilitation des soins infirmiers et d&rsquo;hygi\u00e8ne :<\/strong> Dans les tableaux d&rsquo;enc\u00e9phalopathie anoxique ou de paralysie c\u00e9r\u00e9brale t\u00e9trapl\u00e9gique non communicante avec contractures vicieuses inextensibles, la lev\u00e9e chirurgicale de la spasticit\u00e9 permet d&rsquo;ouvrir les cuisses pour la toilette p\u00e9rin\u00e9ale, de redresser les membres pour pr\u00e9venir les attitudes vicieuses et de faciliter le positionnement ergonomique au fauteuil roulant.<\/li>\n<li><strong>Am\u00e9lioration de l&rsquo;estime de soi et r\u00e9habilitation sociale :<\/strong> En corrigeant des postures distordues qui renvoient une image corporelle d\u00e9grad\u00e9e, la rhizotomie restaure chez de nombreux patients la confiance n\u00e9cessaire pour reprendre une vie relationnelle, limitant le repli sur soi et la phobie sociale induite par le handicap visible.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche clinique consacr\u00e9e \u00e0 la rhizotomie ant\u00e9rieure s&rsquo;est articul\u00e9e autour de cohortes longitudinales \u00e9tudiant l&rsquo;efficacit\u00e9 \u00e0 long terme de la d\u00e9nervation motrice sur le contr\u00f4le du tonus et la satisfaction des patients. Les \u00e9tudes historiques men\u00e9es par Foerster, White, et plus tard les s\u00e9ries document\u00e9es par Claude Bertrand \u00e0 Montr\u00e9al sur la d\u00e9nervation p\u00e9riph\u00e9rique et radiculaire du torticolis spasmodique, ont mis en \u00e9vidence des taux de soulagement significatif de la douleur et des postures vicieuses atteignant 75 % \u00e0 85 % chez des patients r\u00e9fractaires \u00e0 toute autre approche.<\/p>\n<p>Les donn\u00e9es empiriques modernes ont \u00e9galement explor\u00e9 la neuroplasticit\u00e9 post-radicotomie. Des investigations par <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Imagerie_par_r%C3%A9sonance_magn%C3%A9tique_fonctionnelle\">imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle<\/a> (IRMf) et cartographie par stimulation magn\u00e9tique transcr\u00e2nienne (TMS) ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que la d\u00e9connexion motrice ventrale entra\u00eene une r\u00e9organisation sensible des aires motrices corticales primaires et de l&rsquo;aire motrice suppl\u00e9mentaire. L&rsquo;interruption de l&rsquo;afflux d&rsquo;informations proprioceptives induit par le rel\u00e2chement musculaire supprime l&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 du cortex sensori-moteur, confirmant que l&rsquo;action p\u00e9riph\u00e9rique modifie en profondeur la dynamique des r\u00e9seaux corticaux centraux.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique, les recherches \u00e9valuant la qualit\u00e9 de vie li\u00e9e \u00e0 la sant\u00e9 (HRQoL) via des questionnaires standardis\u00e9s tels que le Short Form-36 (SF-36) indiquent une progression substantielle des scores de sant\u00e9 mentale, de vitalit\u00e9 et de vie sociale apr\u00e8s l&rsquo;intervention. Les \u00e9tudes soulignent n\u00e9anmoins que la r\u00e9duction objective de l&rsquo;hypertonie ne se traduit pas toujours par un gain d&rsquo;autonomie fonctionnelle \u00e9quivalent si le patient n&rsquo;est pas soutenu par un programme intensif de r\u00e9\u00e9ducation physique et un accompagnement psychologique ciblant l&rsquo;acceptation de la nouvelle configuration corporelle.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;acceptation d&rsquo;une intervention chirurgicale ablative qui \u00e9change une raideur musculaire pathologique contre une paralysie flasque d\u00e9pend consid\u00e9rablement des repr\u00e9sentations culturelles de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 corporelle, de la notion de chirurgie invasive et du rapport au handicap. Dans les syst\u00e8mes de sant\u00e9 occidentaux, le mod\u00e8le biom\u00e9dical valorise souvent l&rsquo;\u00e9radication du sympt\u00f4me invalidant et la qu\u00eate de l&rsquo;autonomie individuelle, rendant la d\u00e9cision d&rsquo;une intervention radicale acceptable si elle permet d&rsquo;att\u00e9nuer la douleur et d&rsquo;optimiser l&rsquo;ergonomie de l&rsquo;individu.<\/p>\n<p>Dans d&rsquo;autres contextes culturels, o\u00f9 les croyances holistiques sur la sacralit\u00e9 ou l&rsquo;inviolabilit\u00e9 du corps pr\u00e9valent, l&rsquo;id\u00e9e de \u00ab couper d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment \u00bb des racines nerveuses saines sur le plan structurel (bien qu&rsquo;hyperactives sur le plan fonctionnel) peut susciter de vives r\u00e9ticences familiales et communautaires. La paralysie flasque peut y \u00eatre per\u00e7ue non comme une d\u00e9livrance, mais comme une mutilation active inflig\u00e9e par l&rsquo;institution m\u00e9dicale.<\/p>\n<p>Par ailleurs, l&rsquo;acc\u00e8s aux th\u00e9rapeutiques de pointe cr\u00e9e des disparit\u00e9s transculturelles notables. Dans les pays \u00e0 faibles ressources o\u00f9 le co\u00fbt prohibitif des pompes \u00e0 baclof\u00e8ne intrath\u00e9cal et des syst\u00e8mes de stimulation c\u00e9r\u00e9brale profonde emp\u00eache leur d\u00e9ploiement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9, les proc\u00e9dures neurochirurgicales ablatives telles que la rhizotomie conservent une pertinence th\u00e9rapeutique pr\u00e9pond\u00e9rante comme intervention unique, d\u00e9finitive et exempte de d\u00e9pendance \u00e0 une maintenance technologique continue.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La rhizotomie ant\u00e9rieure a fait l&rsquo;objet de vifs d\u00e9bats au sein des communaut\u00e9s neurochirurgicale, neurologique et bio\u00e9thique tout au long de son histoire. Le principal point de friction r\u00e9side dans le caract\u00e8re irr\u00e9versible de la r\u00e9section neuronale. Une fois sectionn\u00e9es, les fibres motrices du syst\u00e8me nerveux central au sein du canal vert\u00e9bral ne r\u00e9g\u00e9n\u00e8rent pas de mani\u00e8re fonctionnelle. Toute erreur de localisation m\u00e9tam\u00e9rique ou toute sur-r\u00e9section entra\u00eene un d\u00e9ficit moteur permanent, impossible \u00e0 corriger.<\/p>\n<p>Une seconde critique majeure concerne la perte de stabilit\u00e9 m\u00e9canique. Chez les patients pr\u00e9sentant une spasticit\u00e9 des membres inf\u00e9rieurs, l&rsquo;hypertonie musculaire sert parfois de soutien postural compensatoire permettant le maintien de la station debout ou la r\u00e9alisation de transferts lit-fauteuil de mani\u00e8re verrouill\u00e9e. En abolissant ce tonus, la rhizotomie ant\u00e9rieure risque d&rsquo;accentuer la d\u00e9pendance motrice, rendant le sujet incapable de se tenir debout et accentuant le sentiment de d\u00e9valorisation personnelle.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9mergence des alternatives neuromodulatrices r\u00e9versibles (administration intrath\u00e9cale continue de baclof\u00e8ne, neurostimulation m\u00e9dullaire, chirurgie par radiofr\u00e9quence puls\u00e9e) a \u00e9galement aliment\u00e9 les controverses autour du recours aux m\u00e9thodes l\u00e9sionnelles. Les partisans de la neuromodulation soutiennent que la chirurgie ablative devrait \u00eatre proscrite ou restreinte \u00e0 des situations d&rsquo;\u00e9chec absolu, tandis que les d\u00e9fenseurs des techniques l\u00e9sionnelles soulignent le co\u00fbt moindre, l&rsquo;absence de pannes de mat\u00e9riel, l&rsquo;absence de risque infectieux r\u00e9current li\u00e9 aux implants et l&rsquo;efficacit\u00e9 imm\u00e9diate chez des sujets rigoureusement s\u00e9lectionn\u00e9s.<\/p>\n<p>Enfin, sur le plan \u00e9thique, le consentement \u00e9clair\u00e9 pose un d\u00e9fi complexe, en particulier lorsque l&rsquo;intervention s&rsquo;adresse \u00e0 des patients polyhandicap\u00e9s souffrant d&rsquo;alt\u00e9rations cognitives associ\u00e9es. La d\u00e9cision repose alors sur les tuteurs ou les aidants, ce qui soul\u00e8ve la question d\u00e9licate de l&rsquo;appr\u00e9ciation du fardeau de la douleur et du b\u00e9n\u00e9fice r\u00e9el pour le patient face au b\u00e9n\u00e9fice pour l&rsquo;\u00e9quipe soignante en charge des soins d&rsquo;hygi\u00e8ne.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour \u00e9viter toute confusion terminologique et clinique, la rhizotomie ant\u00e9rieure doit \u00eatre soigneusement dissoci\u00e9e des concepts voisins :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Rhizotomie post\u00e9rieure (dorsale) :<\/strong> Intervention qui sectionne les racines sensitives aff\u00e9rentes pour traiter la douleur chronique r\u00e9fractaire ou r\u00e9duire la spasticit\u00e9 (rhizotomie dorsale s\u00e9lective chez l&rsquo;enfant dipl\u00e9gique spastique) en conservant intacts les axones des motoneurones alpha situ\u00e9s dans la racine ant\u00e9rieure.<\/li>\n<li><strong>Neurotomie p\u00e9riph\u00e9rique :<\/strong> Section s\u00e9lective de branches nerveuses motrices localis\u00e9es en p\u00e9riph\u00e9rie (par exemple le nerf obturateur ou les rameaux du nerf tibial), en aval du canal vert\u00e9bral, agissant sur un muscle individuel plut\u00f4t que sur l&rsquo;ensemble d&rsquo;un myotome spinal.<\/li>\n<li><strong>Radiculopathie :<\/strong> Atteinte pathologique (inflammatoire, compressive ou d\u00e9g\u00e9n\u00e9rative) d&rsquo;une racine nerveuse, d&rsquo;origine spontan\u00e9e ou traumatique (comme une hernie discale), et non un geste chirurgical d\u00e9lib\u00e9r\u00e9.<\/li>\n<li><strong>Cordotomie :<\/strong> Section chirurgicale des faisceaux spinothalamiques ant\u00e9rolat\u00e9raux de la moelle \u00e9pini\u00e8re elle-m\u00eame, visant l&rsquo;interruption des signaux nociceptifs ascendants dans le traitement des douleurs canc\u00e9reuses intraitables, sans cibler directement les racines nerveuses \u00e9mergentes.<\/li>\n<li><strong>Baclof\u00e8ne intrath\u00e9cal :<\/strong> Traitement pharmacologique r\u00e9versible d\u00e9livr\u00e9 par une pompe sous-cutan\u00e9e dans l&rsquo;espace sous-arachno\u00efdien, activant les r\u00e9cepteurs GABA-B spinaux pour d\u00e9primer l&rsquo;arc r\u00e9flexe sans destruction anatomique d\u00e9finitive des fibres nerveuses.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>La rhizotomie ant\u00e9rieure repr\u00e9sente un acte neurochirurgical ablatif majeur dont la singularit\u00e9 r\u00e9side dans l&rsquo;interruption irr\u00e9versible des voies motrices eff\u00e9rentes de l&rsquo;arc r\u00e9flexe spinal. Fond\u00e9e sur la c\u00e9l\u00e8bre loi de Bell-Magendie d\u00e9montrant la nature motrice exclusive des racines ventrales, elle neutralise d\u00e9finitivement la commande nerveuse vers les groupes musculaires d\u00e9pendants des m\u00e9tam\u00e8res sectionn\u00e9s.<\/p>\n<p>Indiqu\u00e9e dans les cas s\u00e9v\u00e8res de dystonie cervicale intraitables, de spasmes spinaux paroxystiques chez le parapl\u00e9gique complet ou d&rsquo;attitudes vicieuses inextensibles chez le patient polyhandicap\u00e9, elle permet de substituer une hypotonie ou une paralysie flasque indolore \u00e0 une spasticit\u00e9 destructrice et douloureuse.<\/p>\n<p>Bien que son utilisation ait \u00e9t\u00e9 circonscrite par le d\u00e9ploiement de technologies m\u00e9dicales et de neuromodulations r\u00e9versibles, la rhizotomie ant\u00e9rieure s\u00e9lective, \u00e9paul\u00e9e par l&rsquo;\u00e9lectrophysiologie perop\u00e9ratoire la plus fine, conserve une place d\u00e9terminante dans l&rsquo;arsenal th\u00e9rapeutique contemporain. Elle d\u00e9montre avec force comment une intervention physique sur la biom\u00e9canique du syst\u00e8me nerveux modifie simultan\u00e9ment l&rsquo;\u00e9quilibre postural, le sch\u00e9ma corporel et l&rsquo;\u00e9quilibre psychologique des patients confront\u00e9s au handicap neurologique lourd.<\/p>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Bennett, W. H. (1889). A case in which the operation of trephining the spine for the relief of intractable pain was performed with complete success. <em>British Medical Journal<\/em>, 1(1462), 1-3. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1136\/bmj.1.1462.1\">https:\/\/doi.org\/10.1136\/bmj.1.1462.1<\/a><\/li>\n<li>Bertrand, C., &amp; Molina-Negro, P. (1988). Selective peripheral denervation in 111 cases of spasmodic torticollis: Rationale and results. <em>Advances in Neurology<\/em>, 50, 637-643. <a href=\"https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/3400514\/\">https:\/\/pubmed.ncbi.nlm.nih.gov\/3400514\/<\/a><\/li>\n<li>Foerster, O. (1913). On the indications and results of the excisions of posterior spinal roots in man. <em>Surgery, Gynecology &amp; Obstetrics<\/em>, 16(5), 463-474.<\/li>\n<li>Magendie, F. (1822). Exp\u00e9riences sur les fonctions des racines des nerfs rachidiens. <em>Journal de Physiologie Exp\u00e9rimentale et de Pathologie<\/em>, 2, 276-279.<\/li>\n<li>Peacock, W. J., &amp; Arens, L. J. (1993). Selective dorsal rhizotomy in the treatment of spastic cerebral palsy: Historical perspective and rationale. <em>Neurosurgery Clinics of North America<\/em>, 4(4), 743-749. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1042-3680(18)30559-0\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/S1042-3680(18)30559-0<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>D\u00e9couvrez la rhizotomie ant\u00e9rieure, intervention neurochirurgicale ciblant les racines nerveuses ventrales motrices pour traiter la spasticit\u00e9 s\u00e9v\u00e8re et la dystonie.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[34088,34089,46],"tags":[24945,34092,22555,34091,34093,34090,30015],"class_list":["post-20561","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-neurochirurgie","category-neurologie-fonctionnelle","category-neuropsychologie","tag-arc-reflexe","tag-dystonie-cervicale","tag-loi-de-bell-magendie","tag-neurochirurgie-motrice","tag-paralysie-flasque","tag-rhizotomie-anterieure","tag-spasticite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20561","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20561\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20561"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20561"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20561"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}