{"id":20532,"date":"2026-10-24T03:03:13","date_gmt":"2026-10-24T03:03:13","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cycle-menstruel-anovulatoire"},"modified":"2026-10-24T03:03:13","modified_gmt":"2026-10-24T03:03:13","slug":"cycle-menstruel-anovulatoire","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=cycle-menstruel-anovulatoire","title":{"rendered":"Cycle anovulatoire : neurobiologie et psych\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Le cycle menstruel anovulatoire constitue une manifestation clinique et neuro-endocrinienne singuli\u00e8re caract\u00e9ris\u00e9e par la survenue de saignements ut\u00e9rins en l&rsquo;absence totale de lib\u00e9ration d&rsquo;un ovocyte mature par l&rsquo;ovaire. Loin d&rsquo;\u00eatre une simple anomalie m\u00e9canique, ce ph\u00e9nom\u00e8ne refl\u00e8te une d\u00e9synchronisation complexe de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-ovarien, intimement intriqu\u00e9e avec la r\u00e9gulation du stress psychologique, le statut m\u00e9tabolique et le bien-\u00eatre affectif de l&rsquo;individu. Comprendre ses m\u00e9canismes fondamentaux offre un \u00e9clairage pr\u00e9cieux sur les interactions bidirectionnelles entre la psych\u00e9, les neurom\u00e9diateurs centraux et l&rsquo;hom\u00e9ostasie reproductive.<\/p>\n<h2>Cycle menstruel anovulatoire<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>cycle menstruel anovulatoire<\/strong> d\u00e9signe un cycle ut\u00e9rin au cours duquel les h\u00e9morragies p\u00e9riodiques surviennent sans rupture folliculaire pr\u00e9alable ni formation cons\u00e9cutive d&rsquo;un corps jaune fonctionnel s\u00e9cr\u00e9tant de la progest\u00e9rone. Bien qu&rsquo;il puisse simuler cliniquement une menstruation normale en termes de p\u00e9riodicit\u00e9 apparente ou de dur\u00e9e de saignement, il se distingue physiologiquement par l&rsquo;absence d&rsquo;ovulation et par une pr\u00e9dominance oestrog\u00e9nique non contrebalanc\u00e9e.<\/p>\n<p>Sur le plan psycho-endocrinologique, cette entit\u00e9 se situe au carrefour de la sant\u00e9 reproductive et de la sant\u00e9 mentale. Elle traduit fr\u00e9quemment une alt\u00e9ration transitoire ou chronique de la pulsatilit\u00e9 des neurohormones c\u00e9r\u00e9brales, souvent pr\u00e9cipit\u00e9e par des facteurs psychosociaux, des perturbations du comportement alimentaire, un \u00e9puisement \u00e9motionnel ou des d\u00e9s\u00e9quilibres m\u00e9taboliques sous-jacents.<\/p>\n<p>Ainsi, le cycle anovulatoire n&rsquo;est pas uniquement un \u00e9v\u00e9nement gyn\u00e9cologique isol\u00e9, mais un barom\u00e8tre somatique sensible qui t\u00e9moigne de la capacit\u00e9 d&rsquo;adaptation de l&rsquo;organisme face aux stresseurs environnementaux, psychologiques et biologiques.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le syntagme \u00ab cycle menstruel anovulatoire \u00bb d\u00e9rive de plusieurs racines linguistiques gr\u00e9co-latines qui d\u00e9crivent avec pr\u00e9cision la nature du processus. Le substantif \u00ab cycle \u00bb tire son origine du grec ancien <em>kuklos<\/em> (\u03ba\u03cd\u03ba\u03bb\u03bf\u03c2), signifiant \u00ab cercle \u00bb, \u00ab r\u00e9volution \u00bb ou \u00ab mouvement p\u00e9riodique r\u00e9current \u00bb, illustrant la cadence r\u00e9p\u00e9titive des \u00e9v\u00e9nements physiologiques f\u00e9minins.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab menstruel \u00bb provient du latin <em>menstruus<\/em>, d\u00e9riv\u00e9 de <em>mensis<\/em> (\u00ab mois \u00bb), lui-m\u00eame rattach\u00e9 \u00e0 la racine indo-europ\u00e9enne d\u00e9signant la Lune et la mesure du temps. Ce terme renvoie historiquement \u00e0 la survenue mensuelle des pertes sanguines ut\u00e9rines observ\u00e9es chez la femme en \u00e2ge de procr\u00e9er.<\/p>\n<p>Le qualificatif \u00ab anovulatoire \u00bb est un n\u00e9ologisme m\u00e9dical moderne structur\u00e9 \u00e0 partir du pr\u00e9fixe privatif grec <em>a- \/ an-<\/em> (\u1f00\u03bd-), exprimant la n\u00e9gation ou l&rsquo;absence, et du latin <em>ovulum<\/em>, diminutif d&rsquo;<em>ovum<\/em> (\u00ab \u0153uf \u00bb), enrichi du suffixe relationnel <em>-toire<\/em>. Litt\u00e9ralement, le terme d\u00e9signe donc \u00ab ce qui est d\u00e9pourvu d&rsquo;expulsion de l&rsquo;\u0153uf \u00bb. Introduit dans la litt\u00e9rature m\u00e9dicale \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle et popularis\u00e9 au cours du XXe si\u00e8cle par les pionniers de la physiologie reproductive, ce vocabulaire a permis de scinder formellement le concept de saignement ut\u00e9rin de celui de f\u00e9condit\u00e9 r\u00e9elle.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression se prononce phon\u00e9tiquement \/sikl m\u0251\u0303s.t\u0281\u0265\u025bl a.n\u0254.vy.la.twa\u0281\/. Sur le plan morphologique et grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un groupe nominal masculin singulier, compos\u00e9 d&rsquo;un nom noyau masculin (\u00ab cycle \u00bb) qualifi\u00e9 par deux adjectifs relationnels postpos\u00e9s (\u00ab menstruel \u00bb et \u00ab anovulatoire \u00bb). Au pluriel, il prend la forme de \u00ab cycles menstruels anovulatoires \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le discours clinique et les publications sp\u00e9cialis\u00e9es, l&rsquo;adjectif \u00ab anovulatoire \u00bb s&#8217;emploie \u00e9galement pour qualifier d&rsquo;autres manifestations li\u00e9es, telles que les \u00ab m\u00e9trorragies anovulatoires \u00bb, les \u00ab saignements anovulatoires \u00bb ou encore une \u00ab infertilit\u00e9 anovulatoire \u00bb. On rencontre parfois la nominalisation \u00ab anovulation \u00bb, qui d\u00e9signe l&rsquo;\u00e9tat ou le m\u00e9canisme intrins\u00e8que d&rsquo;absence d&rsquo;ovulation, ind\u00e9pendamment de la pr\u00e9sence ou de l&rsquo;absence de saignement visible.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Pour appr\u00e9hender la complexit\u00e9 du cycle menstruel anovulatoire, il convient d&rsquo;analyser le cycle ovarien r\u00e9gulier. Dans un cycle ovulatoire typique, l&rsquo;hormone de lib\u00e9ration des gonadotrophines hypophysaires (<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gonadolib%C3%A9rine\">gonadolib\u00e9rine<\/a> ou GnRH), s\u00e9cr\u00e9t\u00e9e de mani\u00e8re pulsatile par l&rsquo;hypothalamus, stimule la production d&rsquo;hormone folliculo-stimulante (FSH) et d&rsquo;hormone lut\u00e9inisante (LH) par l&rsquo;ad\u00e9nohypophyse. Cette dynamique orchestre la maturation d&rsquo;un follicule dominant, culminant avec un pic massif de LH d\u00e9clenchant l&rsquo;expulsion de l&rsquo;ovocyte. Par la suite, le follicule rompu se m\u00e9tamorphose en corps jaune, une structure endocrine \u00e9ph\u00e9m\u00e8re produisant d&rsquo;importantes quantit\u00e9s de progest\u00e9rone. Cette progest\u00e9rone induit la diff\u00e9renciation s\u00e9cr\u00e9toire de l&rsquo;endom\u00e8tre, pr\u00e9parant la muqueuse \u00e0 une \u00e9ventuelle nidation embryonnaire ; en l&rsquo;absence de f\u00e9condation, la lut\u00e9olyse entra\u00eene une chute hormonale brutale, provoquant la desquamation ordonn\u00e9e de la muqueuse ut\u00e9rine, constitutive des r\u00e8gles v\u00e9ritables.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;inverse, lors d&rsquo;un cycle anovulatoire, cette cascade harmonieuse est rompue \u00e0 un niveau critique de l&rsquo;axe hypothalamo-hypophyso-ovarien. Bien que la s\u00e9cr\u00e9tion de FSH puisse amorcer le recrutement initial de follicules ovariens, la croissance folliculaire s&rsquo;av\u00e8re insuffisante, d\u00e9sordonn\u00e9e ou avort\u00e9e, emp\u00eachant l&rsquo;atteinte du seuil d&rsquo;oestrog\u00e8nes n\u00e9cessaire pour d\u00e9clencher la r\u00e9troaction positive centrale qui provoque le pic ovulatoire de LH. En l&rsquo;absence de ponte ovulaire, aucun corps jaune ne se constitue, ce qui engendre un d\u00e9ficit complet en progest\u00e9rone durant la seconde moiti\u00e9 du cycle.<\/p>\n<p>Sur le plan histologique et h\u00e9modynamique, l&rsquo;endom\u00e8tre reste soumis \u00e0 une impr\u00e9gnation oestrog\u00e9nique continue ou fluctuante sans la stabilisation structurale conf\u00e9r\u00e9e par la progest\u00e9rone. Les \u0153strog\u00e8nes stimulent la prolif\u00e9ration cellulaire continue de la muqueuse ut\u00e9rine. Priv\u00e9 du signal de maturation s\u00e9cr\u00e9toire, l&rsquo;endom\u00e8tre s&rsquo;\u00e9paissit de fa\u00e7on anarchique, d\u00e9passe les capacit\u00e9s de vascularisation de son stroma sous-jacent et finit par subir des foyers de n\u00e9crose superficielle asynchrone.<\/p>\n<p>Ce m\u00e9canisme engendre ce que la gyn\u00e9cologie nomme une \u00ab h\u00e9morragie de rupture oestrog\u00e9nique \u00bb (<em>estrogen breakthrough bleeding<\/em>) ou, dans les cas de fluctuations hormonales aigu\u00ebs, une \u00ab h\u00e9morragie de privation oestrog\u00e9nique \u00bb (<em>estrogen withdrawal bleeding<\/em>). Contrairement aux menstruations ovulatoires universellement limit\u00e9es dans le temps et dans leur flux par la chute hormonale synchronis\u00e9e, les saignements anovulatoires sont notoirement impr\u00e9visibles. Ils peuvent se manifester par des spottings indolores mais prolong\u00e9s, des cycles faussement r\u00e9guliers, ou au contraire par des m\u00e9trorragies s\u00e9v\u00e8res et prolong\u00e9es exposant la patiente \u00e0 une an\u00e9mie ferriprive et \u00e0 un \u00e9puisement psychologique profond.<\/p>\n<p>L&rsquo;impact psychologique de cette instabilit\u00e9 biologique est consid\u00e9rable. La variabilit\u00e9 impr\u00e9visible des saignements mine le sentiment de contr\u00f4le corporel, engendre une d\u00e9tresse li\u00e9e \u00e0 la fertilit\u00e9 et s&rsquo;accompagne fr\u00e9quemment de fluctuations thymiques s\u00e9v\u00e8res provoqu\u00e9es par l&rsquo;instabilit\u00e9 des \u0153strog\u00e8nes c\u00e9r\u00e9braux et l&rsquo;absence des m\u00e9tabolites s\u00e9datifs de la progest\u00e9rone, tels que l&rsquo;allopr\u00e9gnanolone.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement et \u00e9volution historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension scientifique du cycle menstruel anovulatoire a longtemps \u00e9t\u00e9 entrav\u00e9e par le dogme mill\u00e9naire assimilant syst\u00e9matiquement les saignements ut\u00e9rins \u00e0 la preuve indiscutable d&rsquo;une f\u00e9condit\u00e9 potentielle. Durant l&rsquo;Antiquit\u00e9 et le Moyen \u00c2ge, la pens\u00e9e hippocratique et gal\u00e9nique consid\u00e9rait les menstruations comme un m\u00e9canisme d&rsquo;\u00e9vacuation d&rsquo;humeurs superflues ou nocives indispensable \u00e0 la pr\u00e9servation de la sant\u00e9 f\u00e9minine, sans relier ce ph\u00e9nom\u00e8ne \u00e0 une m\u00e9canique folliculaire encore inconnue.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, les travaux novateurs de l&rsquo;anatomopathologiste autrichien Robert Meyer et des gyn\u00e9cologues am\u00e9ricains George Corner et Emil Novak ont r\u00e9volutionn\u00e9 la physiologie de la reproduction. En pratiquant des biopsies endom\u00e9triales s\u00e9ri\u00e9es et des observations anatomiques directes lors de laparotomies, Corner a d\u00e9montr\u00e9 d\u00e8s les ann\u00e9es 1920 chez les primates non humains, puis chez la femme, que des saignements cycliques tout \u00e0 fait similaires en apparence \u00e0 des r\u00e8gles r\u00e9guli\u00e8res pouvaient se produire en l&rsquo;absence de tout stigmate d&rsquo;ovulation r\u00e9cente.<\/p>\n<p>Cette d\u00e9couverte a boulevers\u00e9 la gyn\u00e9cologie en invalidant l&rsquo;\u00e9quivalence universelle entre \u00ab \u00e9coulement catam\u00e9nial \u00bb et \u00ab cycle fertile \u00bb. Au cours des ann\u00e9es 1960 et 1970, l&rsquo;av\u00e8nement des dosages radio-immunologiques d\u00e9velopp\u00e9s par Rosalyn Yalow et Solomon Berson a permis de quantifier avec une pr\u00e9cision in\u00e9dite les concentrations s\u00e9riques de gonadotrophines et de st\u00e9ro\u00efdes sexuels tout au long du cycle, cartographiant pour la premi\u00e8re fois la cin\u00e9tique fine du pic de LH et de l&rsquo;ascension de la progest\u00e9rone.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, l&rsquo;essor de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neuroendocrinologie\">neuroendocrinologie<\/a> moderne, men\u00e9e par des chercheurs comme Ernst Knobil, a d\u00e9voil\u00e9 le r\u00f4le cardinal de la pulsatilit\u00e9 du g\u00e9n\u00e9rateur hypothalamique de GnRH. Ces avanc\u00e9es ont \u00e9tabli que l&rsquo;anovulation r\u00e9sultait bien souvent d&rsquo;une alt\u00e9ration fonctionnelle subtile du syst\u00e8me nerveux central plut\u00f4t que d&rsquo;une d\u00e9faillance intrins\u00e8que primitive des ovaires, ouvrant la voie \u00e0 la reconnaissance de l&rsquo;am\u00e9norrh\u00e9e et de l&rsquo;anovulation hypothalamiques fonctionnelles d&rsquo;origine psychologique ou m\u00e9tabolique.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques et neuro-endocriniens<\/h3>\n<p>D&rsquo;un point de vue th\u00e9orique et biopsychosocial, le cycle menstruel anovulatoire s&rsquo;articule autour de l&rsquo;int\u00e9gration continue de multiples signaux neuro-endocriniens aff\u00e9rents au niveau de l&rsquo;hypothalamus. La reproduction constitue une fonction biologiquement co\u00fbteuse en \u00e9nergie ; en cons\u00e9quence, l&rsquo;\u00e9volution a dot\u00e9 les mammif\u00e8res de syst\u00e8mes de r\u00e9tro-contr\u00f4le permettant de suspendre la fertilit\u00e9 lorsque les conditions internes ou externes menacent la survie de la m\u00e8re ou de la prog\u00e9niture future.<\/p>\n<p>Au c\u0153ur de cette m\u00e9canique r\u00e9side le r\u00e9seau des neurones \u00e0 kisspeptine, neurokinine B et dynorphine (souvent d\u00e9sign\u00e9s sous l&rsquo;acronyme neurones KNDy), situ\u00e9s dans le noyau arqu\u00e9 et la r\u00e9gion p\u00e9riventriculaire de l&rsquo;hypothalamus. Ces neurones agissent comme de v\u00e9ritables int\u00e9grateurs m\u00e9taboliques et hom\u00e9ostatiques qui commandent directement la pulsatilit\u00e9 des neurones \u00e0 GnRH. Une fr\u00e9quence de pulsation inad\u00e9quate de la GnRH emp\u00eache la lib\u00e9ration synchronis\u00e9e de LH et de FSH n\u00e9cessaire \u00e0 la maturation folliculaire compl\u00e8te.<\/p>\n<p>L&rsquo;axe corticotrope joue un r\u00f4le perturbateur majeur. Lors d&rsquo;un stress psychologique aigu ou chronique, l&rsquo;activation de l&rsquo;hypothalamus entra\u00eene la lib\u00e9ration de corticolib\u00e9rine (CRH) et de vasopressine, lesquelles stimulent la production d&rsquo;hormone adr\u00e9nocorticotrope (ACTH) par l&rsquo;hypophyse, suivie d&rsquo;une s\u00e9cr\u00e9tion accrue de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cortisol\">cortisol<\/a> par les glandes surr\u00e9nales. L&rsquo;hypercortisol\u00e9mie et l&rsquo;\u00e9l\u00e9vation centrale de CRH exercent une inhibition directe puissante sur les neurones \u00e0 GnRH et sur les neurones \u00e0 kisspeptine. Ce m\u00e9canisme adaptatif d\u00e9tourne les ressources m\u00e9taboliques de la fonction reproductive vers les processus de survie imm\u00e9diate.<\/p>\n<p>Simultan\u00e9ment, les neurom\u00e9diateurs centraux impliqu\u00e9s dans l&rsquo;humeur et la r\u00e9gulation h\u00e9donique, notamment les endorphines c\u00e9r\u00e9brales, la dopamine et la s\u00e9rotonine, modulent la fonction gonadotrope. Une \u00e9l\u00e9vation du tonus opio\u00efde endog\u00e8ne, observ\u00e9e lors de l&rsquo;exercice physique ext\u00e9nuant ou du stress psychique prolong\u00e9, ralentit la fr\u00e9quence des d\u00e9charges pulsatiles de GnRH, aboutissant \u00e0 une anovulation fonctionnelle.<\/p>\n<p>Sur le versant m\u00e9tabolique, des signaux p\u00e9riph\u00e9riques tels que la leptine (hormone de la sati\u00e9t\u00e9 et signal de r\u00e9serves adipeuses suffisantes) et l&rsquo;insuline sont indispensables pour autoriser le d\u00e9roulement normal de la cascade ovulatoire. Un d\u00e9ficit leptinique, rencontr\u00e9 lors des restrictions caloriques ou de l&rsquo;anorexie mentale, signale au syst\u00e8me nerveux central une p\u00e9nurie \u00e9nerg\u00e9tique, verrouillant l&rsquo;axe gonadotrope. \u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, une r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;insuline s\u00e9v\u00e8re associ\u00e9e \u00e0 une hyperinsulin\u00e9mie stimule la st\u00e9ro\u00efdog\u00e9n\u00e8se th\u00e9phale ovarienne au d\u00e9triment de l&rsquo;aromatisation des androg\u00e8nes en \u0153strog\u00e8nes, bloquant le d\u00e9veloppement folliculaire terminal comme dans le syndrome des ovaires polykystiques.<\/p>\n<h3>7. Composantes, types et dimensions cliniques<\/h3>\n<p>L&rsquo;anovulation ne constitue pas une entit\u00e9 nosologique monolithique ; elle se manifeste sous des formes physiologiques ou pathologiques vari\u00e9es, que l&rsquo;Organisation Mondiale de la Sant\u00e9 (OMS) a structur\u00e9es en plusieurs dimensions nosologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Anovulation physiologique d\u00e9veloppementale ou transitionnelle :<\/strong> survient naturellement aux extr\u00eames de la vie reproductive. Lors de la pubert\u00e9 et de la post-m\u00e9narche imm\u00e9diate, l&rsquo;immaturit\u00e9 de la r\u00e9troaction oestrog\u00e9nique positive sur l&rsquo;axe hypothalamique engendre couramment des cycles anovulatoires pendant un \u00e0 trois ans. De m\u00eame, durant la p\u00e9rim\u00e9nopause, l&rsquo;\u00e9puisement progressif de la r\u00e9serve folliculaire et la baisse d&rsquo;inhibine B provoquent une desynchronisation endocrinienne responsable de cycles anovulatoires fr\u00e9quents alternant avec des cycles ovulatoires raccourcis.<\/li>\n<li><strong>Anovulation hypothalamique fonctionnelle (Groupe I de l&rsquo;OMS &#8211; hypogonadotrope hypooestrog\u00e9nique) :<\/strong> caract\u00e9ris\u00e9e par un effondrement de la pulsatilit\u00e9 de la GnRH sans l\u00e9sion organique du syst\u00e8me nerveux central. Elle r\u00e9sulte principalement de facteurs de stress psychosocial intense, d&rsquo;un d\u00e9ficit \u00e9nerg\u00e9tique relatif li\u00e9 au sport d&rsquo;endurance intensif ou de troubles s\u00e9v\u00e8res des conduites alimentaires.<\/li>\n<li><strong>Dysfonctionnement ovulatoire normogonadotrope normooestrog\u00e9nique (Groupe II de l&rsquo;OMS) :<\/strong> repr\u00e9sente la cat\u00e9gorie la plus vaste, domin\u00e9e par le syndrome des ovaires polykystiques (SOPK). Les taux de gonadotrophines sont conserv\u00e9s mais d\u00e9r\u00e9gul\u00e9s (rapport LH\/FSH souvent augment\u00e9), et l&rsquo;hyperandrog\u00e9nie intra-ovarienne bloque la s\u00e9lection du follicule dominant.<\/li>\n<li><strong>Insuffisance ovarienne pr\u00e9matur\u00e9e (Groupe III de l&rsquo;OMS &#8211; hypergonadotrope hypooestrog\u00e9nique) :<\/strong> li\u00e9e \u00e0 un \u00e9puisement folliculaire pr\u00e9coce ou \u00e0 des alt\u00e9rations auto-immunes\/g\u00e9n\u00e9tiques des r\u00e9cepteurs ovariens, caract\u00e9ris\u00e9e par des taux s\u00e9riques de FSH et de LH massivement \u00e9lev\u00e9s et une absence irr\u00e9versible d&rsquo;ovulation.<\/li>\n<li><strong>Anovulation hyperprolactin\u00e9mique :<\/strong> cons\u00e9cutive \u00e0 une \u00e9l\u00e9vation de la prolactine (d&rsquo;origine m\u00e9dicamenteuse, li\u00e9e au stress ou secondaire \u00e0 un microad\u00e9nome hypophysaire), hormone qui inhibe directement la s\u00e9cr\u00e9tion pulsatile de GnRH.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;analyse de situations cliniques concr\u00e8tes permet de saisir la diversit\u00e9 d&rsquo;expression des cycles anovulatoires et leur intime connexion avec la vie psychique et environnementale des patientes.<\/p>\n<p><strong>Cas 1 : L&rsquo;anovulation de stress chez une jeune \u00e9tudiante.<\/strong> Une jeune femme de 21 ans, pr\u00e9parant des concours acad\u00e9miques hautement comp\u00e9titifs, consulte pour des \u00e9pisodes de saignements irr\u00e9guliers, survenant tous les 45 \u00e0 60 jours, parfois tr\u00e8s abondants, alors que son rythme menstruel ant\u00e9rieur \u00e9tait scrupuleusement de 28 jours. Les bilans hormonaux montrent des taux d&rsquo;\u0153stradiol bas \u00e0 normaux, une FSH normale mais l&rsquo;absence totale d&rsquo;\u00e9l\u00e9vation de la progest\u00e9rone plasmatique mesur\u00e9e \u00e0 plusieurs reprises. L&rsquo;\u00e9chographie pelvienne ne r\u00e9v\u00e8le aucune anomalie anatomique. Ce tableau illustre une anovulation hypothalamique fonctionnelle d&rsquo;origine psychosociale : l&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 chronique de performance et la privation de sommeil ont activ\u00e9 l&rsquo;axe corticotrope, dont les flux de cortisol et de CRH ont d\u00e9synchronis\u00e9 l&rsquo;horloge pulsatile de la GnRH sans pour autant suspendre enti\u00e8rement la production d&rsquo;\u0153strog\u00e8nes.<\/p>\n<p><strong>Cas 2 : L&rsquo;anovulation insidieuse du syndrome des ovaires polykystiques (SOPK).<\/strong> Une femme de 28 ans consulte pour une infertilit\u00e9 primaire apr\u00e8s 18 mois de tentatives infructueuses de conception. Elle rapporte des cycles apparemment \u00ab normaux \u00bb de 30 \u00e0 35 jours, ce qui la laissait penser qu&rsquo;elle ovulait r\u00e9guli\u00e8rement. La r\u00e9alisation d&rsquo;une courbe thermique sur trois mois cons\u00e9cutifs montre une courbe monophasique sans d\u00e9calage thermique, et les dosages de progest\u00e9rone r\u00e9alis\u00e9s sept jours avant la date pr\u00e9sum\u00e9e des r\u00e8gles sont syst\u00e9matiquement inf\u00e9rieurs \u00e0 1 ng\/mL. L&rsquo;\u00e9chographie met en \u00e9vidence un aspect d&rsquo;ovaires polykystiques et les bilans biologiques r\u00e9v\u00e8lent une hyperandrog\u00e9nie mod\u00e9r\u00e9e associ\u00e9e \u00e0 une r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;insuline. Ce cas illustre le pi\u00e8ge classique du cycle anovulatoire eueurythmique, o\u00f9 des h\u00e9morragies de privation oestrog\u00e9nique imitent superficiellement une menstruation sans qu&rsquo;aucun ovocyte ne soit lib\u00e9r\u00e9.<\/p>\n<h3>9. Mesure, \u00e9valuation et diagnostic<\/h3>\n<p>La confirmation diagnostique d&rsquo;un cycle menstruel anovulatoire exige le recours \u00e0 une combinaison de m\u00e9thodes cliniques, biologiques et d&rsquo;imagerie m\u00e9dicale, car l&rsquo;anamn\u00e8se seule ne permet pas de garantir la r\u00e9alit\u00e9 de l&rsquo;ovulation.<\/p>\n<p>Sur le plan clinique direct, l&rsquo;enregistrement de la <em>temp\u00e9rature corporelle basale<\/em> (courbe thermique au r\u00e9veil) constitue la m\u00e9thode historique la plus accessible. L&rsquo;action thermog\u00e9nique de la progest\u00e9rone sur les centres hypothalamiques r\u00e9gulateurs de la temp\u00e9rature corporelle provoque une \u00e9l\u00e9vation thermique de 0,3 \u00e0 0,5 \u00b0C durant la phase lut\u00e9ale. Une courbe thermique strictement monophasique sur l&rsquo;ensemble d&rsquo;un cycle constitue un indicateur fiable d&rsquo;anovulation.<\/p>\n<p>L&rsquo;observation des modifications de la glaire cervicale (m\u00e9thode de Billings) apporte des \u00e9l\u00e9ments cliniques compl\u00e9mentaires : l&rsquo;absence d&rsquo;\u00e9claircissement et de filance ovulatoire caract\u00e9ristique, ou au contraire une persistance indue d&rsquo;une glaire oestrog\u00e9nique sans \u00e9paississement lut\u00e9al secondaire, oriente vers une anomalie ovulatoire.<\/p>\n<p>Les examens paracliniques biologiques fournissent les preuves les plus d\u00e9cisives :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Dosage s\u00e9rique de la progest\u00e9rone :<\/strong> mesur\u00e9 en phase lut\u00e9ale pr\u00e9sum\u00e9e (typiquement au 21e jour d&rsquo;un cycle th\u00e9orique de 28 jours, ou r\u00e9p\u00e9t\u00e9 hebdomadairement lors de cycles longs). Une concentration s\u00e9rique de progest\u00e9rone inf\u00e9rieure \u00e0 3 ng\/mL (ou 10 nmol\/L) atteste formellement l&rsquo;absence d&rsquo;un corps jaune fonctionnel et signe le caract\u00e8re anovulatoire du cycle en cours.<\/li>\n<li><strong>Tests urinaires d&rsquo;ovulation :<\/strong> bas\u00e9s sur la d\u00e9tection immunochromatographique du pic urinaire de LH. Bien que pratiques, ils peuvent g\u00e9n\u00e9rer des faux positifs en cas de taux toniquement \u00e9lev\u00e9s de LH (comme dans le SOPK) ou ne d\u00e9tecter aucun pic si le d\u00e9clenchement est \u00e9mouss\u00e9.<\/li>\n<li><strong>\u00c9chographie pelvienne par voie endovaginale :<\/strong> constitue l&rsquo;\u00e9talon-or morphologique. Le monitorage folliculaire s\u00e9ri\u00e9 permet de visualiser l&rsquo;absence de maturation d&rsquo;un follicule dominant (qui doit normalement atteindre un diam\u00e8tre de 18 \u00e0 24 mm avant rupture), l&rsquo;absence d&rsquo;affaissement du follicule et l&rsquo;absence d&rsquo;\u00e9panchement liquidien dans le cul-de-sac de Douglas, attestant la persistance du blocage folliculaire.<\/li>\n<li><strong>Exploration neuro-endocrine compl\u00e9mentaire :<\/strong> inclut le dosage de la TSH (pour \u00e9liminer une dysthyro\u00efdie subclinique), de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Prolactine\">prolactine<\/a>, des androg\u00e8nes libres et totaux, de la FSH, de la LH et de l&rsquo;AMH (hormone anti-m\u00fcll\u00e9rienne) afin de pr\u00e9ciser l&rsquo;\u00e9tiologie sous-jacente du dysfonctionnement.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications cliniques et pertinence psychologique<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude et la prise en charge du cycle menstruel anovulatoire occupent une place centrale en psychologie de la sant\u00e9, en psychiatrie de liaison et en m\u00e9decine psychosomatique. Les retentissements de l&rsquo;anovulation d\u00e9bordent largement le cadre strict de l&rsquo;appareil reproducteur :<\/p>\n<p><strong>1. Vuln\u00e9rabilit\u00e9 affective et r\u00e9gulation de l&rsquo;humeur :<\/strong> La progest\u00e9rone est m\u00e9tabolis\u00e9e au niveau c\u00e9r\u00e9bral en allopr\u00e9gnanolone, un st\u00e9ro\u00efde neuroactif agissant comme un modulateur allost\u00e9rique positif puissant des r\u00e9cepteurs GABA-A. L&rsquo;absence chronique de phase lut\u00e9ale prive le cerveau de ce compos\u00e9 aux propri\u00e9t\u00e9s anxiolytiques et s\u00e9datives naturelles. Cette carence peut favoriser une instabilit\u00e9 \u00e9motionnelle, une anxi\u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e ou une r\u00e9activit\u00e9 accrue aux stresseurs du quotidien. Inversement, l&rsquo;absence des chutes brutales d&rsquo;allopr\u00e9gnanolone caract\u00e9ristiques de la fin de phase lut\u00e9ale prot\u00e8ge certaines patientes des manifestations s\u00e9v\u00e8res du trouble dysphorique pr\u00e9menstruel (TDPM), r\u00e9v\u00e9lant la complexit\u00e9 neurobiologique des interactions hormonales.<\/p>\n<p><strong>2. Psychopathologie de l&rsquo;infertilit\u00e9 :<\/strong> Pour les couples ou les femmes d\u00e9sireuses d&rsquo;enfants, la d\u00e9couverte de cycles anovulatoires s&rsquo;accompagne fr\u00e9quemment d&rsquo;un choc psychologique assimilable \u00e0 un traumatisme narcissique ou \u00e0 un deuil blanc. L&rsquo;impossibilit\u00e9 de pr\u00e9voir ses p\u00e9riodes fertiles suscite un sentiment d&rsquo;impuissance corporelle, de honte et d&rsquo;auto-d\u00e9valorisation, propice \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;\u00e9pisodes d\u00e9pressifs majeurs.<\/p>\n<p><strong>3. Troubles des conduites alimentaires (TCA) :<\/strong> L&rsquo;anovulation et l&rsquo;am\u00e9norrh\u00e9e constituent des marqueurs s\u00e9miologiques cardinaux de l&rsquo;anorexie mentale et des r\u00e9gimes restrictifs s\u00e9v\u00e8res. L&rsquo;\u00e9valuation gyn\u00e9cologique et la restauration de cycles ovulatoires r\u00e9guliers servent d&rsquo;indicateurs objectifs de r\u00e9cup\u00e9ration nutritionnelle et psychique au cours de la prise en charge psychoth\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p><strong>4. Risque somatique \u00e0 long terme :<\/strong> Une exposition prolong\u00e9e aux \u0153strog\u00e8nes non compens\u00e9e par la progest\u00e9rone (hyper\u0153strog\u00e9nie relative) induit un risque accru d&rsquo;hyperplasie de l&rsquo;endom\u00e8tre et, \u00e0 terme, d&rsquo;ad\u00e9nocarcinome endom\u00e9trial, n\u00e9cessitant une collaboration \u00e9troite entre gyn\u00e9cologues, psychiatres et psychologues pour restaurer une cin\u00e9tique hormonale \u00e9quilibr\u00e9e.<\/p>\n<h3>11. Recherche contemporaine et donn\u00e9es empiriques<\/h3>\n<p>La recherche translationnelle r\u00e9cente s&rsquo;est attach\u00e9e \u00e0 d\u00e9crypter les m\u00e9canismes \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques, m\u00e9taboliques et neuro-inflammatoires associ\u00e9s aux cycles anovulatoires chroniques. Les investigations de l&rsquo;\u00e9quipe de George Chrousos sur l&rsquo;axe du stress ont mis en lumi\u00e8re le r\u00f4le central des cytokines pro-inflammatoires (TNF-alpha, interleukine-6) dans la gen\u00e8se de l&rsquo;anovulation. L&rsquo;inflammation syst\u00e9mique de bas grade, souvent exacerb\u00e9e par le stress psychosocial chronique ou l&rsquo;adiposit\u00e9 visc\u00e9rale, perturbe directement la sensibilit\u00e9 ovarienne \u00e0 la FSH et perturbe la st\u00e9ro\u00efdog\u00e9n\u00e8se.<\/p>\n<p>Par ailleurs, les travaux sur l&rsquo;<em>Energy Availability<\/em> (disponibilit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique) conduits par Anne Loucks et ses collaborateurs ont quantifi\u00e9 le seuil m\u00e9tabolique en de\u00e7\u00e0 duquel l&rsquo;axe reproducteur f\u00e9minin entre en anovulation fonctionnelle. Leurs \u00e9tudes exp\u00e9rimentales ont d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;une disponibilit\u00e9 \u00e9nerg\u00e9tique inf\u00e9rieure \u00e0 30 kcal par kilogramme de masse maigre et par jour entra\u00eene une alt\u00e9ration imm\u00e9diate de la pulsatilit\u00e9 de la LH et une suppression de l&rsquo;ovulation, confirmant le caract\u00e8re d&rsquo;adaptation biologique conservatrice du ph\u00e9nom\u00e8ne.<\/p>\n<p>Dans le domaine des neurosciences affectives, des \u00e9tudes d&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique fonctionnelle (IRMf) ont d\u00e9montr\u00e9 que les femmes pr\u00e9sentant des cycles anovulatoires li\u00e9s au stress ou au SOPK pr\u00e9sentent des sch\u00e9mas d&rsquo;activation anormaux du cortex pr\u00e9frontal et de l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Amygdale_(cerveau)\">amygdale<\/a> lors de t\u00e2ches de r\u00e9gulation \u00e9motionnelle. Ces donn\u00e9es sugg\u00e8rent que les anomalies des st\u00e9ro\u00efdes sexuels et la dysr\u00e9gulation centrale de la r\u00e9ponse au stress s&rsquo;entretiennent mutuellement au sein d&rsquo;une boucle de r\u00e9troaction d\u00e9l\u00e9t\u00e8re.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La signification sociale, culturelle et symbolique du cycle menstruel anovulatoire varie profond\u00e9ment selon les contextes g\u00e9ographiques et les repr\u00e9sentations traditionnelles du corps f\u00e9minin. Dans de nombreuses cultures traditionnelles o\u00f9 la valeur sociale d&rsquo;une femme est intrins\u00e8quement li\u00e9e \u00e0 sa f\u00e9condit\u00e9 imm\u00e9diate, l&rsquo;infertilit\u00e9 anovulatoire est per\u00e7ue non comme une affection m\u00e9dicale soignable, mais comme une mal\u00e9diction, une d\u00e9faillance morale ou un motif l\u00e9gitime de r\u00e9pudiation et d&rsquo;isolement social.<\/p>\n<p>L&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 des saignements anovulatoires soul\u00e8ve \u00e9galement des d\u00e9fis rituels et religieux majeurs. Dans les traditions prescrivant des interdits religieux stricts pendant les menstruations (tels que la <em>Niddah<\/em> dans le juda\u00efsme rabbinique ou les r\u00e8gles d&rsquo;impuret\u00e9 rituelle dans l&rsquo;islam), la survenue de saignements irr\u00e9guliers, impr\u00e9visibles ou prolong\u00e9s induits par l&rsquo;anovulation plonge les femmes dans une incertitude anxiog\u00e8ne permanente quant \u00e0 leur statut rituel, affectant leur vie conjugale, spirituelle et communautaire.<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales industrialis\u00e9es, le ph\u00e9nom\u00e8ne prend une autre coloration socio-culturelle. La valorisation de la performance physique, le culte de la minceur extr\u00eame et l&rsquo;injonction \u00e0 la productivit\u00e9 professionnelle cr\u00e9ent un environnement propice \u00e0 l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une anovulation fonctionnelle de stress largement sous-estim\u00e9e. De nombreuses femmes consid\u00e8rent \u00e0 tort des saignements anovulatoires provoqu\u00e9s par la prise de contraceptifs oraux ou secondaires \u00e0 un \u00e9puisement psychologique comme de v\u00e9ritables menstruations naturelles, masquant une alt\u00e9ration profonde de leur \u00e9quilibre hormonal.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites conceptuelles<\/h3>\n<p>La d\u00e9finition et l&rsquo;appr\u00e9hension clinique du cycle anovulatoire continuent de susciter d&rsquo;importants d\u00e9bats scientifiques. L&rsquo;une des principales controverses r\u00e9side dans la pertinence de qualifier ces \u00e9pisodes de \u00ab cycles menstruels \u00bb. De nombreux physiologistes soutiennent que le terme \u00ab menstruation \u00bb devrait \u00eatre r\u00e9serv\u00e9 de mani\u00e8re stricte au saignement survenant apr\u00e8s la lut\u00e9olyse d&rsquo;un v\u00e9ritable corps jaune progestatif. Pour ces auteurs, l&rsquo;usage de l&rsquo;expression \u00ab cycle menstruel anovulatoire \u00bb rel\u00e8ve d&rsquo;une contradiction terminologique (oxymore physiologique), masquant la r\u00e9alit\u00e9 pathologique d&rsquo;une simple m\u00e9trorragie dysfonctionnelle.<\/p>\n<p>Une seconde controverse concerne le surdiagnostic ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, le sous-diagnostic de l&rsquo;anovulation dans la population g\u00e9n\u00e9rale. L&rsquo;utilisation croissante de capteurs thermiques connect\u00e9s et d&rsquo;applications mobiles d&rsquo;auto-suivi du cycle g\u00e9n\u00e8re des alertes automatis\u00e9es d&rsquo;anovulation bas\u00e9es sur des algorithmes parfois non valid\u00e9s scientifiquement. Cela induit une \u00ab anxi\u00e9t\u00e9 de fertilit\u00e9 \u00bb iatrog\u00e8ne chez des femmes dont les variations thermiques rel\u00e8vent simplement de l\u00e9g\u00e8res fluctuations physiologiques naturelles.<\/p>\n<p>Enfin, la m\u00e9dicalisation excessive des cycles anovulatoires de transition (\u00e0 l&rsquo;adolescence et en p\u00e9rim\u00e9nopause) fait l&rsquo;objet de critiques nourries. Certains praticiens d\u00e9plorent la prescription h\u00e2tive de contraceptifs oraux combin\u00e9s pour \u00ab r\u00e9gulariser \u00bb artificiellement des cycles pubertaires instables, ce qui masque l&rsquo;installation progressive de pathologies sous-jacentes (comme un SOPK d\u00e9butant ou une anorexie restrictive atypique) au lieu d&rsquo;accompagner l&rsquo;apprentissage et la maturation naturelle de l&rsquo;axe gonadotrope.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions nosologiques<\/h3>\n<p>Pour assurer une rigueur terminologique en recherche et en pratique clinique, il convient de distinguer le cycle anovulatoire de concepts physiopathologiques proches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Am\u00e9norrh\u00e9e :<\/strong> d\u00e9signe l&rsquo;absence totale de saignements menstruels pendant au moins trois mois cons\u00e9cutifs chez une femme pr\u00e9alablement r\u00e9gl\u00e9e (ou l&rsquo;absence de survenue des premi\u00e8res r\u00e8gles \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 15 ans). Alors que l&rsquo;am\u00e9norrh\u00e9e implique l&rsquo;arr\u00eat complet des h\u00e9morragies ut\u00e9rines, le cycle anovulatoire se caract\u00e9rise par la persistance de saignements r\u00e9currents.<\/li>\n<li><strong>Oligom\u00e9norrh\u00e9e :<\/strong> caract\u00e9ris\u00e9e par des cycles anormalement longs, espac\u00e9s de plus de 35 jours \u00e0 90 jours. Bien qu&rsquo;une grande majorit\u00e9 des cycles oligom\u00e9norrh\u00e9iques soient anovulatoires, certains d&rsquo;entre eux peuvent comporter une ovulation tr\u00e8s tardive et fonctionnelle.<\/li>\n<li><strong>Insuffisance lut\u00e9ale (dysovulation) :<\/strong> situation interm\u00e9diaire o\u00f9 l&rsquo;ovulation a effectivement lieu, mais o\u00f9 le corps jaune form\u00e9 pr\u00e9sente une production insuffisante ou trop br\u00e8ve de progest\u00e9rone (phase lut\u00e9ale de moins de 10 \u00e0 11 jours). Le cycle est ici ovulatoire, mais qualitativement d\u00e9fectueux pour la nidation.<\/li>\n<li><strong>H\u00e9morragie ut\u00e9rine anormale fonctionnelle (HUA) :<\/strong> terme parapluie de la classification FIGO d\u00e9signant tout saignement ne r\u00e9pondant pas aux crit\u00e8res de volume, de r\u00e9gularit\u00e9 ou de dur\u00e9e habituels, dont le cycle anovulatoire repr\u00e9sente l&rsquo;une des causes non anatomiques majeures.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>Le cycle menstruel anovulatoire repr\u00e9sente un ph\u00e9nom\u00e8ne neuro-endocrinien fondamental o\u00f9 les h\u00e9morragies ut\u00e9rines surviennent sans lib\u00e9ration pr\u00e9alable d&rsquo;ovocyte ni s\u00e9cr\u00e9tion cons\u00e9cutive de progest\u00e9rone lut\u00e9ale. Les \u00e9l\u00e9ments cardinaux \u00e0 retenir sont les suivants :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Origine centrale et multifactorielle :<\/strong> Il d\u00e9coule principalement d&rsquo;une rupture du contr\u00f4le pulsatile exerc\u00e9 par l&rsquo;hypothalamus (neurones \u00e0 GnRH et neurones KNDy) sous l&rsquo;impact conjugu\u00e9 du stress psychologique, des stresseurs m\u00e9taboliques ou de d\u00e9r\u00e8glements endocriniens p\u00e9riph\u00e9riques (SOPK, prolactine, thyro\u00efde).<\/li>\n<li><strong>Cons\u00e9quences tissulaires directes :<\/strong> L&rsquo;absence de progest\u00e9rone expose l&rsquo;endom\u00e8tre \u00e0 une stimulation oestrog\u00e9nique non oppos\u00e9e, entra\u00eenant une fragilisation vasculaire et des saignements de rupture asynchrones souvent impr\u00e9visibles.<\/li>\n<li><strong>Carrefour psychologique et somatique :<\/strong> L&rsquo;anovulation chronique alt\u00e8re le bien-\u00eatre \u00e9motionnel par la privation d&rsquo;allopr\u00e9gnanolone c\u00e9r\u00e9brale, induit une souffrance psychique majeure face aux difficult\u00e9s de conception et signale fr\u00e9quemment une situation de surmenage psychophysiologique globale.<\/li>\n<li><strong>Prise en charge int\u00e9grative :<\/strong> L&rsquo;\u00e9valuation n\u00e9cessite des crit\u00e8res objectifs rigoureux (dosages s\u00e9riques de progest\u00e9rone, courbe thermique, \u00e9chographie) et une approche holistique combinant restauration du bilan \u00e9nerg\u00e9tique, psychoth\u00e9rapie de soutien ou th\u00e9rapie cognitive et comportementale (TCC) de gestion du stress, et th\u00e9rapeutiques m\u00e9dicales adapt\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9tiologie identifi\u00e9e.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Corner, G. W. (1923). The problem of cyclic menstruation in the absence of ovocytes. <em>American Journal of Obstetrics and Gynecology<\/em>, 6(4), 415-423.<\/li>\n<li>Gordon, C. M., Ackerman, K. E., Berga, S. L., Kaplan, J. R., Mastorakos, G., Misra, M., Murad, M. H., Santoro, N. F., &amp; Warren, M. P. (2017). Functional hypothalamic amenorrhea: An Endocrine Society clinical practice guideline. <em>The Journal of Clinical Endocrinology &amp; Metabolism<\/em>, 102(5), 1413-1439. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1210\/jc.2017-00131\">https:\/\/doi.org\/10.1210\/jc.2017-00131<\/a><\/li>\n<li>Knobil, E. (1980). The neuroendocrine control of the menstrual cycle. <em>Recent Progress in Hormone Research<\/em>, 36, 53-88. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1016\/b978-0-12-571136-4.50008-6\">https:\/\/doi.org\/10.1016\/b978-0-12-571136-4.50008-6<\/a><\/li>\n<li>Loucks, A. B., &amp; Thuma, J. R. (2003). Luteinizing hormone pulsatility is disrupted at a threshold of energy availability in regularly menstruating women. <em>The Journal of Clinical Endocrinology &amp; Metabolism<\/em>, 88(1), 297-311. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1210\/jc.2002-020369\">https:\/\/doi.org\/10.1210\/jc.2002-020369<\/a><\/li>\n<li>Yen, S. S. C., &amp; Jaffe, R. B. (1999). <em>Reproductive Endocrinology: Physiology, Pathophysiology, and Clinical Management<\/em> (4e \u00e9d.). W.B. Saunders.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le cycle menstruel anovulatoire est une manifestation neuro-endocrinienne o\u00f9 des saignements surviennent sans ovulation ni s\u00e9cr\u00e9tion de progest\u00e9rone. D\u00e9couvrez ses causes psychologiques, ses m\u00e9canismes hormonaux et ses implications cliniques.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[34026,31966,65],"tags":[34030,34027,34031,1753,34028,33382,34029],"class_list":["post-20532","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-gynecologie-psychosomatique","category-neuroendocrinologie","category-psychologie-de-la-sante","tag-axe-hypothalamo-hypophysaire","tag-cycle-anovulatoire","tag-hormones-et-humeur","tag-neuroendocrinologie","tag-ovulation","tag-sopk","tag-stress-et-fertilite"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20532","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20532\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20532"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20532"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20532"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}