{"id":20452,"date":"2026-10-23T23:42:10","date_gmt":"2026-10-23T23:42:10","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=l-animal-psychologie-modele-cognition"},"modified":"2026-10-23T23:42:10","modified_gmt":"2026-10-23T23:42:10","slug":"l-animal-psychologie-modele-cognition","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=l-animal-psychologie-modele-cognition","title":{"rendered":"L&rsquo;Animal : Miroir et Mod\u00e8le de la Psych\u00e9"},"content":{"rendered":"<p>Depuis les premi\u00e8res th\u00e9orisations de l&rsquo;esprit jusqu&rsquo;aux d\u00e9veloppements contemporains des neurosciences computationnelles, l&rsquo;animal occupe une place charni\u00e8re dans la compr\u00e9hension de la trajectoire psychologique humaine. Loin de constituer un simple objet d&rsquo;observation biologique, il incarne \u00e0 la fois un mod\u00e8le exp\u00e9rimental fondamental, un homologue \u00e9volutif indispensable et un partenaire relationnel dot\u00e9 d&rsquo;une agentivit\u00e9 propre. Explorer la figure de l&rsquo;animal en psychologie permet ainsi d&rsquo;interroger les fronti\u00e8res m\u00eames de la conscience, des processus cognitifs fondamentaux et des dynamiques affectives universelles.<\/p>\n<h2>L&rsquo;Animal en Psychologie<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Dans le champ des sciences psychologiques, l&rsquo;<strong>animal<\/strong> d\u00e9signe tout organisme vivant pluricellulaire eucaryote et h\u00e9t\u00e9rotrophe non humain, dot\u00e9 d&rsquo;une motilit\u00e9 autonome et d&rsquo;un syst\u00e8me nerveux centralis\u00e9 ou diffus, utilis\u00e9 comme sujet d&rsquo;\u00e9tude, syst\u00e8me mod\u00e8le ou m\u00e9diateur intersubjectif pour investiguer les structures comportementales, cognitives, \u00e9motionnelles et biologiques partag\u00e9es ou divergentes avec l&rsquo;esp\u00e8ce humaine.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue fonctionnel et \u00e9pist\u00e9mologique, l&rsquo;animal repr\u00e9sente en psychologie l&rsquo;ancrage phylog\u00e9n\u00e9tique de l&rsquo;esprit. Il permet l&rsquo;exploration des lois universelles de l&rsquo;apprentissage (conditionnement classique et op\u00e9rant), l&rsquo;analyse des substrats neurobiologiques des affects fondamentaux (peur, attachement, agression) et la cartographie des \u00e9mergences cognitives complexes (m\u00e9moire \u00e9pisodique, r\u00e9solution de probl\u00e8mes, communication symbolique). Par ailleurs, dans le domaine de la psychologie clinique et environnementale, l&rsquo;animal non humain est appr\u00e9hend\u00e9 comme une alt\u00e9rit\u00e9 signifiante, capable de catalyser des r\u00e9gulations \u00e9motionnelles majeures chez l&rsquo;individu \u00e0 travers des dynamiques d&rsquo;attachement intersp\u00e9cifiques.<\/p>\n<p>Cette approche implique d&rsquo;\u00e9tudier l&rsquo;animal non pas comme un automate r\u00e9actif sans int\u00e9riorit\u00e9, mais comme un agent pourvu d&rsquo;un <em>Umwelt<\/em> \u2014 un monde sensoriel et perceptif sp\u00e9cifique \u2014, dont l&rsquo;\u00e9tude comparative \u00e9claire les fondements universels et les sp\u00e9cialisations singuli\u00e8res de la psych\u00e9 terrestre.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab animal \u00bb tire ses racines directes du substantif latin <em>animal<\/em>, lui-m\u00eame d\u00e9riv\u00e9 de l&rsquo;adjectif <em>animalis<\/em> (\u00ab pourvu de souffle, anim\u00e9, vivant \u00bb). \u00c0 la source de ce lex\u00e8me se trouve <em>anima<\/em>, signifiant \u00ab souffle vital \u00bb, \u00ab air \u00bb, puis \u00ab \u00e2me \u00bb dans le sens de principe animateur du corps biologique. Sur le plan \u00e9tymologique, l&rsquo;animal est donc ontologiquement d\u00e9fini par la possession de l&rsquo;<em>anima<\/em>, cette force vitale motrice qui s&rsquo;oppose \u00e0 l&rsquo;inertie min\u00e9rale et au caract\u00e8re stationnaire du v\u00e9g\u00e9tal.<\/p>\n<p>Le glissement du mot dans la langue fran\u00e7aise s&rsquo;op\u00e8re d\u00e8s le XIIe si\u00e8cle, d&rsquo;abord sous une acception philosophique et th\u00e9ologique h\u00e9rit\u00e9e du latin scolastique, o\u00f9 l&rsquo;homme est paradoxalement qualifi\u00e9 d&rsquo;\u00ab animal raisonnable \u00bb (<em>animal rationale<\/em>) suivant la tradition aristot\u00e9licienne. Progressivement, \u00e0 partir du XVIIe si\u00e8cle et sous l&rsquo;influence du dualisme cart\u00e9sien, l&rsquo;usage populaire et scientifique a disjoint l&rsquo;animal de l&rsquo;homme, r\u00e9servant l&rsquo;expression \u00ab l&rsquo;animal \u00bb aux seules esp\u00e8ces non humaines afin de marquer une c\u00e9sure cat\u00e9gorielle \u00e9tanche.<\/p>\n<p>Lors de la naissance de la psychologie scientifique \u00e0 la fin du XIXe si\u00e8cle, la r\u00e9introduction darwinienne de la continuit\u00e9 phylog\u00e9n\u00e9tique a rendu \u00e0 l&rsquo;\u00e9tymologie premi\u00e8re son sens le plus profond : l&rsquo;animal redevient le r\u00e9ceptacle d&rsquo;un psychisme primitif ou \u00e9labor\u00e9, guidant l&rsquo;essor de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Psychologie_compar%C3%A9e\">psychologie compar\u00e9e<\/a> et de la zoopsychologie.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En fran\u00e7ais standardis\u00e9, le terme se prononce phon\u00e9tiquement \/a.ni.mal\/. Il s&rsquo;agit d&rsquo;un substantif masculin variable, dont le pluriel r\u00e9gulier adopte la morphologie alternante \u00ab animaux \u00bb (\/a.ni.mo\/). Le terme s&#8217;emploie \u00e9galement comme adjectif qualificatif au masculin singulier (\u00ab le comportement animal \u00bb), adoptant la forme f\u00e9minine \u00ab animale \u00bb (\/a.ni.mal\/) et ses pluriels respectifs (\u00ab animaux \u00bb, \u00ab animales \u00bb).<\/p>\n<p>Dans le discours scientifique, l&rsquo;usage grammatical requiert souvent une pr\u00e9cision taxonomique ou contextuelle. On parle ainsi d&rsquo;\u00ab animal sentiant \u00bb pour souligner la capacit\u00e9 \u00e0 \u00e9prouver des exp\u00e9riences subjectives positives ou n\u00e9gatives, d&rsquo;\u00ab animal mod\u00e8le \u00bb dans les protocoles biom\u00e9dicaux et neurocomportementaux, ou d&rsquo;\u00ab animal non humain \u00bb pour pr\u00e9server la rigueur anthropologique et biologique rappelant l&rsquo;inclusion de l&rsquo;esp\u00e8ce humaine (<em>Homo sapiens<\/em>) au sein du r\u00e8gne animal.<\/p>\n<p>Au niveau s\u00e9mantique, l&rsquo;utilisation de l&rsquo;article singulier g\u00e9n\u00e9ralisant (\u00ab l&rsquo;animal \u00bb) est de plus en plus critiqu\u00e9e dans les champs contemporains de l&rsquo;\u00e9thologie et de la philosophie de l&rsquo;esprit, car elle tend \u00e0 homog\u00e9n\u00e9iser de fa\u00e7on r\u00e9ductionniste un ensemble biologique d&rsquo;une diversit\u00e9 colossale, allant de la pieuvre au chimpanz\u00e9.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Appr\u00e9hender le concept d&rsquo;animal au sein des sciences psychologiques exige de d\u00e9passer la scission simpliste entre d\u00e9terminisme biologique strict et flexibilit\u00e9 psychologique. L&rsquo;animal n&rsquo;est pas un syst\u00e8me r\u00e9actif passif r\u00e9gent\u00e9 par des pulsions rigides et aveugles. Il est d\u00e9sormais reconnu comme un syst\u00e8me biologique complexe, capable de repr\u00e9sentations internes, de flexibilit\u00e9 attentionnelle et de r\u00e9gulation cognitive sophistiqu\u00e9e. Son \u00e9tude implique d&rsquo;examiner comment des cerveaux de structures vari\u00e9es parviennent \u00e0 r\u00e9soudre des probl\u00e8mes d&rsquo;adaptation \u00e9cologique fondamentaux.<\/p>\n<p>Le spectre conceptuel de l&rsquo;animal en psychologie s&rsquo;articule autour de trois paradigmes cardinaux :<\/p>\n<p>Premi\u00e8rement, l&rsquo;animal est un vecteur d&rsquo;isomorphisme et d&rsquo;homologie neurocomportementale. En vertu du transformisme darwinien, les syst\u00e8mes c\u00e9r\u00e9braux sous-tendant les fonctions ex\u00e9cutives, l&rsquo;apprentissage associatif et les \u00e9motions primaires partagent une architecture commune \u00e0 travers les taxons vert\u00e9br\u00e9s. Le mod\u00e8le animal permet d&rsquo;isoler des variables neurobiologiques inaccessibles chez l&rsquo;\u00eatre humain pour des motifs d\u00e9ontologiques, fournissant ainsi les cl\u00e9s de vo\u00fbte de la neuropsychologie, de la psycho-endocrinologie et de la psychopathologie exp\u00e9rimentale.<\/p>\n<p>Deuxi\u00e8mement, l&rsquo;animal constitue une figure d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Cognition_animale\">alt\u00e9rit\u00e9 cognitive<\/a>. L&rsquo;\u00e9tude comparative met en lumi\u00e8re une multitude de formes d&rsquo;intelligences, souvent divergentes de nos r\u00e9f\u00e9rentiels anthropocentriques. L&rsquo;observation d&rsquo;outils chez les corvid\u00e9s, de m\u00e9moires spatiales prodigieuses chez les rongeurs diss\u00e9minateurs ou de communications symboliques chez les c\u00e9tac\u00e9s d\u00e9montre que l&rsquo;\u00e9volution produit des solutions cognitives h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes face aux contraintes du milieu. Ce d\u00e9centrement conceptuel permet \u00e0 la psychologie cognitive de red\u00e9finir la notion d&rsquo;esprit en dehors du prisme exclusif du langage articul\u00e9 humain.<\/p>\n<p>Troisi\u00e8mement, l&rsquo;animal s&rsquo;inscrit au sein d&rsquo;une intersubjectivit\u00e9 partag\u00e9e et d&rsquo;une co-\u00e9volution psycho-affective. Dans le cadre de la domestication, des liens d&rsquo;attachement \u00e9troits se sont forg\u00e9s, modifiant r\u00e9ciproquement les trajectoires socio-\u00e9motionnelles de l&rsquo;humain et de l&rsquo;animal. Les interactions canines et \u00e9quines dans les interventions th\u00e9rapeutiques contemporaines t\u00e9moignent du statut de partenaire relationnel que l&rsquo;animal occupe, mobilisant des m\u00e9canismes de r\u00e9sonance empathique et de soutien psychosocial mesurables chez le patient.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>La trajectoire historique de l&rsquo;animal en psychologie est jalonn\u00e9e de ruptures \u00e9pist\u00e9mologiques majeures, passant du paradigme de l&rsquo;animal-machine \u00e0 celui d&rsquo;une sentience complexe reconnue par la science institutionnelle :<\/p>\n<p>Dans l&rsquo;Antiquit\u00e9, Aristote propose une continuit\u00e9 graduelle dans son trait\u00e9 <em>De l&rsquo;\u00c2me<\/em> (<em>Peri Psych\u00e8s<\/em>), concevant une \u00e2me sensitive commune aux b\u00eates et aux hommes, bien que ces derniers poss\u00e8dent en sus l&rsquo;\u00e2me intellective. Cette continuit\u00e9 relative est balay\u00e9e au XVIIe si\u00e8cle par Ren\u00e9 Descartes. Dans son <em>Discours de la m\u00e9thode<\/em> (1637), Descartes formalise la th\u00e9orie des animaux-machines : d\u00e9pourvus de <em>res cogitans<\/em> (substance pensante) et de langage rationnel, les animaux ne sont que des automates m\u00e9caniques m\u00fbs par des rouages mat\u00e9riels, incapables de ressentir une douleur consciente au sens ph\u00e9nom\u00e9nologique.<\/p>\n<p>Le tournant paradigmatique s&rsquo;op\u00e8re en 1859 avec la publication de <em>L&rsquo;Origine des esp\u00e8ces<\/em> puis en 1872 avec <em>L&rsquo;Expression des \u00e9motions chez l&rsquo;homme et les animaux<\/em> de Charles Darwin. Darwin affirme une continuit\u00e9 non seulement anatomique mais psychique entre les esp\u00e8ces : la diff\u00e9rence entre l&rsquo;esprit humain et celui des animaux sup\u00e9rieurs n&rsquo;est qu&rsquo;une diff\u00e9rence de degr\u00e9, non de nature. George Romanes poursuit cette voie par la m\u00e9thode anecdotique, tombant parfois dans un anthropomorphisme na\u00eff, ce qui incite Conwy Lloyd Morgan (1894) \u00e0 formuler son c\u00e9l\u00e8bre canon de parcimonie : aucune action ne doit \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9e comme relevant d&rsquo;une facult\u00e9 psychique sup\u00e9rieure si elle peut \u00eatre expliqu\u00e9e par un processus psychologique situ\u00e9 plus bas dans l&rsquo;\u00e9chelle \u00e9volutive.<\/p>\n<p>Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle, l&rsquo;animal devient le c\u0153ur battant du b\u00e9haviorisme exp\u00e9rimental. Edward Thorndike, avec ses bo\u00eetes \u00e0 probl\u00e8mes pour chats, \u00e9tablit la \u00ab loi de l&rsquo;effet \u00bb. John B. Watson et Burrhus F. Skinner exploitent intens\u00e9ment le rat blanc et le pigeon pour \u00e9laborer les lois universelles du conditionnement op\u00e9rant, rejetant toute introspection au profit de l&rsquo;\u00e9tude stricte des stimuli et des r\u00e9ponses comportementales. Simultan\u00e9ment en Europe, l&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89thologie\">\u00e9thologie classique<\/a> \u00e9merge avec Konrad Lorenz et Nikolaas Tinbergen, remettant l&rsquo;animal dans son \u00e9cosyst\u00e8me naturel pour d\u00e9chiffrer les patrons moteurs inn\u00e9s et les d\u00e9clencheurs comportementaux \u00e9cologiques.<\/p>\n<p>\u00c0 partir des ann\u00e9es 1970, Donald Griffin impulse une v\u00e9ritable r\u00e9volution avec l&rsquo;\u00ab \u00e9thologie cognitive \u00bb, bravant les interdits behavioristes pour postuler l&rsquo;existence d&rsquo;une conscience et d&rsquo;une pens\u00e9e chez l&rsquo;animal. Parall\u00e8lement, Frans de Waal r\u00e9volutionne la primatologie en \u00e9tudiant la politique, l&#8217;empathie, la r\u00e9conciliation et le sens de l&rsquo;\u00e9quit\u00e9 chez les bonobos et les chimpanz\u00e9s, ancrant solidement la psychologie morale et sociale dans notre h\u00e9ritage animal.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude psychologique de l&rsquo;animal s&rsquo;enracine dans plusieurs \u00e9difices th\u00e9oriques majeurs qui structurent nos grilles d&rsquo;analyse du comportement et de la pens\u00e9e :<\/p>\n<p>La <strong>th\u00e9orie synth\u00e9tique de l&rsquo;\u00e9volution<\/strong> fournit la structure de base. Elle postule que les fonctions psychologiques sont des adaptations fa\u00e7onn\u00e9es par la s\u00e9lection naturelle et sexuelle afin de r\u00e9soudre des imp\u00e9ratifs de survie et de reproduction. L&rsquo;approche comparative utilise deux axes conceptuels : l&rsquo;analogie (convergences adaptatives face \u00e0 des pressions similaires chez des esp\u00e8ces \u00e9loign\u00e9es, comme la cognition spatiale chez l&rsquo;oiseau et le mammif\u00e8re) et l&rsquo;homologie (traits h\u00e9rit\u00e9s d&rsquo;un anc\u00eatre commun, tels que les structures limbiques sous-tendant la peur chez les vert\u00e9br\u00e9s).<\/p>\n<p>Le <strong>cadre des quatre questions de Tinbergen<\/strong> constitue une grille m\u00e9thodologique ind\u00e9passable pour tout psychologue \u00e9tudiant l&rsquo;animal. Tout ph\u00e9nom\u00e8ne comportemental doit \u00eatre scrut\u00e9 sous l&rsquo;angle de : (1) sa causalit\u00e9 proximale ou m\u00e9canisme sous-jacent (neurologie, hormones), (2) son ontogen\u00e8se (d\u00e9veloppement au cours de la vie de l&rsquo;individu), (3) sa valeur de survie ou fonction adaptative, et (4) sa phylogen\u00e8se (histoire \u00e9volutive \u00e0 travers les taxons). Cette quadruple grille permet d&rsquo;\u00e9viter les raccourcis fonctionnalistes ou m\u00e9canistes \u00e9troits.<\/p>\n<p>La <strong>th\u00e9orie de l&rsquo;\u00e9cologie cognitive et de l&rsquo;Umwelt de Jakob von Uexk\u00fcll<\/strong> postule que chaque organisme per\u00e7oit le monde \u00e0 travers des filtres sensoriels sp\u00e9cifiques qui construisent une r\u00e9alit\u00e9 ph\u00e9nom\u00e9nologique subjective propre. Un psychologue ne peut comprendre le comportement animal s&rsquo;il calque ses propres perceptions sensorimotrices sur un animal guid\u00e9 par l&rsquo;\u00e9cholocalisation, l&rsquo;\u00e9lectror\u00e9ception ou l&rsquo;olfaction ch\u00e9mosensorielle fine.<\/p>\n<p>Enfin, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Th%C3%A9orie_de_l%27attachement\">th\u00e9orie de l&rsquo;attachement<\/a> de John Bowlby et les travaux pionniers de Harry Harlow sur les jeunes macaques rh\u00e9sus ont fond\u00e9 l&rsquo;\u00e9tude des liens affectifs. Harlow a prouv\u00e9 que le besoin de r\u00e9confort de contact et de s\u00e9curit\u00e9 affective chez le jeune primate prime sur la simple satisfaction alimentaire, invalidant le r\u00e9ductionnisme pulsionnel primaire et \u00e9clairant les bases universelles de l&rsquo;attachement maternel et filial.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, typologies et dimensions<\/h3>\n<p>Dans l&rsquo;analyse psychologique du monde animal, les chercheurs d\u00e9coupent les manifestations mentales et comportementales selon des composantes structurelles et fonctionnelles sp\u00e9cifiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Les syst\u00e8mes \u00e9motionnels primaires :<\/strong> Identifi\u00e9s notamment par le neuroscientifique Jaak Panksepp, ces sept r\u00e9seaux sous-corticaux universels chez les mammif\u00e8res regroupent la RECHERCHE (exploration\/app\u00e9tence), la PEUR (survie face au danger), la RAGE (d\u00e9fense de ressource\/frustration), la PANIQUE\/D\u00c9TRESSE (angoisse de s\u00e9paration sociale), le JEU (socialisation et apprentissage moteur), le SOIN (comportement maternel) et le D\u00c9SIR SEXUEL.<\/li>\n<li><strong>Les dimensions cognitives :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>La cognition physique :<\/em> Capacit\u00e9 \u00e0 cat\u00e9goriser les objets, comprendre la permanence de l&rsquo;objet, appr\u00e9hender la causalit\u00e9 physique et manipuler ou fabriquer des outils (ex. corbeaux cal\u00e9doniens, grands singes).<\/li>\n<li><em>La cognition spatiale :<\/em> Repr\u00e9sentation topographique, cartographie cognitive, m\u00e9moires de travail et de r\u00e9f\u00e9rence appliqu\u00e9es \u00e0 la navigation \u00e9cologique.<\/li>\n<li><em>La cognition temporelle :<\/em> Pr\u00e9sence d&rsquo;une m\u00e9moire \u00e9pisodique (rem\u00e9moration du \u00ab quoi, o\u00f9 et quand \u00bb) et projection prospective rudimentaire (planification du futur imm\u00e9diat chez les geais buissonniers).<\/li>\n<li><em>La cognition sociale :<\/em> Reconnaissance individuelle des cong\u00e9n\u00e8res, hi\u00e9rarchie sociale, apprentissage par imitation, coalitions, tromperie tactique et pr\u00e9mices d&rsquo;une th\u00e9orie de l&rsquo;esprit (compr\u00e9hension des \u00e9tats visuels ou attentionnels d&rsquo;autrui).<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Les typologies d&rsquo;utilisation en psychologie :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>L&rsquo;animal comme mod\u00e8le analogue (exp\u00e9rimental) :<\/em> Rongeurs ou primates utilis\u00e9s en laboratoire pour d\u00e9coder les m\u00e9canismes des phobies, de l&rsquo;addiction, du stress chronique ou du vieillissement c\u00e9r\u00e9bral.<\/li>\n<li><em>L&rsquo;animal comme sujet \u00e9thologique :<\/em> \u00c9tude de l&rsquo;animal dans son biotope pour comprendre l&rsquo;\u00e9volution du psychisme dans des conditions de validit\u00e9 \u00e9cologique r\u00e9elle.<\/li>\n<li><em>L&rsquo;animal comme partenaire th\u00e9rapeutique (m\u00e9diation animale) :<\/em> Chiens, chats, chevaux int\u00e9gr\u00e9s dans des contextes de soin pour faciliter la communication, l&rsquo;apaisement sensoriel et l&rsquo;alliance de travail.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Plusieurs cas c\u00e9l\u00e8bres ont marqu\u00e9 les annales de la psychologie et illustrent de mani\u00e8re saisissante l&rsquo;\u00e9mergence des concepts li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;animal :<\/p>\n<p><strong>Le cheval Clever Hans (Hans le Malin) :<\/strong> Au d\u00e9but du XXe si\u00e8cle \u00e0 Berlin, ce cheval semblait capable d&rsquo;effectuer des calculs arithm\u00e9tiques complexes en frappant du sabot. L&rsquo;investigation rigoureuse du psychologue Oskar Pfungst en 1907 r\u00e9v\u00e9la que Hans ne calculait pas : il \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 un observateur ultrasensible des micro-signaux involontaires \u00e9mis par son dresseur (mouvements infimes des sourcils, modification de la respiration) lorsque le nombre exact de coups de sabot \u00e9tait atteint. L&rsquo;\u00ab effet Clever Hans \u00bb est devenu un avertissement m\u00e9thodologique cardinal en psychologie contre les biais de l&rsquo;exp\u00e9rimentateur et l&rsquo;illusion d&rsquo;une cognition anthropomorphis\u00e9e chez l&rsquo;animal.<\/p>\n<p><strong>Le chimpanz\u00e9 Washoe et la linguistique compar\u00e9e :<\/strong> Dans les ann\u00e9es 1960, les psychologues Allen et Beatrix Gardner ont \u00e9lev\u00e9 la jeune femelle chimpanz\u00e9 Washoe en lui enseignant la langue des signes am\u00e9ricaine (ASL). Washoe a acquis plus de 250 signes, d\u00e9montrant une aptitude \u00e0 combiner des symboles pour forger de nouveaux concepts (comme d\u00e9signer un cygne par \u00ab oiseau d&rsquo;eau \u00bb). Cette exp\u00e9rience a ouvert un d\u00e9bat fondamental sur la fronti\u00e8re entre communication animale associative et syntaxe g\u00e9n\u00e9rative humaine.<\/p>\n<p><strong>Le perroquet jaco Alex et Irene Pepperberg :<\/strong> Durant trois d\u00e9cennies de recherches en psychologie cognitive aviaire, le perroquet Alex a prouv\u00e9 que la cognition complexe n&rsquo;est pas le monopole des mammif\u00e8res dot\u00e9s d&rsquo;un n\u00e9ocortex pliss\u00e9. Alex distinguait plus de cinquante objets diff\u00e9rents, sept couleurs, cinq formes, comprenait les concepts de \u00ab pareil \u00bb et \u00ab diff\u00e9rent \u00bb, ainsi que la notion de quantit\u00e9 jusqu&rsquo;au chiffre six, red\u00e9finissant la neuroanatomie cognitive compar\u00e9e.<\/p>\n<p><strong>Les exp\u00e9riences d&rsquo;isolement de Harry Harlow :<\/strong> Dans une s\u00e9rie d&rsquo;\u00e9tudes troublantes et \u00e9thiquement lourdes men\u00e9es dans les ann\u00e9es 1950, Harlow a s\u00e9par\u00e9 des b\u00e9b\u00e9s macaques de leur m\u00e8re d\u00e8s la naissance, les pla\u00e7ant face \u00e0 deux substituts maternels inanim\u00e9s : l&rsquo;un en fil de fer fournissant du lait, l&rsquo;autre recouvert de tissu doux mais sans nourriture. Les nourrissons passaient l&rsquo;\u00e9crasante majorit\u00e9 de leur temps accroch\u00e9s \u00e0 la \u00ab m\u00e8re de tissu \u00bb, confirmant que le lien affectif primaire repose sur le besoin inn\u00e9 d&rsquo;attachement tactile et s\u00e9cure, une pierre angulaire de la psychologie du d\u00e9veloppement.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation des comp\u00e9tences psychologiques et de l&rsquo;\u00e9tat \u00e9motionnel de l&rsquo;animal requiert des m\u00e9thodologies empiriques sophistiqu\u00e9es pour \u00e9viter tout anthropomorphisme tout en captant la r\u00e9alit\u00e9 de ses fonctions mentales :<\/p>\n<p><strong>Le test du miroir (Mirror Self-Recognition Test) :<\/strong> Con\u00e7u par Gordon Gallup en 1970, ce protocole \u00e9value la conscience de soi corporelle. Apr\u00e8s familiarisation avec un miroir, une marque color\u00e9e indolore et inodore est appos\u00e9e sur une partie du corps de l&rsquo;animal non visible directement (comme le front ou l&rsquo;oreille). Si l&rsquo;animal utilise son reflet pour examiner ou toucher spontan\u00e9ment cette marque, il d\u00e9montre qu&rsquo;il con\u00e7oit le reflet comme une repr\u00e9sentation de son propre corps et non comme un cong\u00e9n\u00e8re intrasp\u00e9cifique. Ce test a \u00e9t\u00e9 r\u00e9ussi par les grands singes, les \u00e9l\u00e9phants d&rsquo;Asie, les dauphins, les pies bavardes et certains poissons nettoyeurs.<\/p>\n<p><strong>Le labyrinthe aquatique de Morris et le labyrinthe en croix sur\u00e9lev\u00e9 :<\/strong> Utilis\u00e9s abondamment en neuropsychologie exp\u00e9rimentale chez le rongeur, ces outils mesurent respectivement la m\u00e9moire spatiale hippocampo-d\u00e9pendante et le niveau d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 comportementale. Dans le labyrinthe en croix sur\u00e9lev\u00e9 (<em>Elevated Plus Maze<\/em>), le temps pass\u00e9 dans les bras ouverts (anxiog\u00e8nes) par rapport aux bras ferm\u00e9s (s\u00e9curisants) sert de standard psychopharmacologique pour \u00e9valuer l&rsquo;efficacit\u00e9 de mol\u00e9cules anxiolytiques ou l&rsquo;impact de stress environnementaux.<\/p>\n<p><strong>Le paradigme du biais de jugement cognitif :<\/strong> Inspir\u00e9 de la psychologie cognitive humaine (qui observe que les individus d\u00e9prim\u00e9s traitent pr\u00e9f\u00e9rentiellement les stimuli ambigus de fa\u00e7on n\u00e9gative), ce test \u00e9value l&rsquo;humeur de l&rsquo;animal. Apr\u00e8s avoir appris qu&rsquo;un stimulus A signale une r\u00e9compense et qu&rsquo;un stimulus B signale une punition ou l&rsquo;absence de r\u00e9compense, l&rsquo;animal est expos\u00e9 \u00e0 un stimulus ambigu m\u00e9dian. La vitesse ou la probabilit\u00e9 d&rsquo;une r\u00e9ponse positive traduit un \u00ab optimisme \u00bb ou un \u00ab pessimisme \u00bb, devenant un biomarqueur clinique incontournable du bien-\u00eatre animal.<\/p>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension psychologique de l&rsquo;animal irrigue plusieurs secteurs cruciaux de la pratique contemporaine :<\/p>\n<p>En <strong>psychologie clinique et en sant\u00e9 mentale<\/strong>, la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/M%C3%A9diation_animale\">m\u00e9diation animale<\/a> (ou zooth\u00e9rapie) mobilise le lien d&rsquo;attachement intersp\u00e9cifique pour intervenir aupr\u00e8s de populations vuln\u00e9rables. Chez des enfants atteints de troubles du spectre de l&rsquo;autisme (TSA), la pr\u00e9sence d&rsquo;un animal sp\u00e9cialement \u00e9duqu\u00e9 stimule les initiatives de communication verbale et non verbale, am\u00e9liore l&rsquo;accordage affectif et diminue les comportements st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s. Chez les personnes \u00e2g\u00e9es institutionnalis\u00e9es atteintes de d\u00e9mence de type Alzheimer, le contact avec l&rsquo;animal favorise le rappel de souvenirs anciens et r\u00e9duit de fa\u00e7on statistiquement significative les \u00e9pisodes d&rsquo;agitation et d&rsquo;apathie.<\/p>\n<p>Dans le secteur de la <strong>psychopathologie exp\u00e9rimentale et des neurosciences<\/strong>, les animaux demeurent essentiels pour explorer l&rsquo;\u00e9tiologie de troubles psychiatriques majeurs tels que la d\u00e9pression majeure (par le mod\u00e8le de la \u00ab r\u00e9signation acquise \u00bb de Martin Seligman), les troubles de stress post-traumatique (par les protocoles d&rsquo;extinction de la peur conditionn\u00e9e) et les circuits de la d\u00e9pendance pharmacologique aux substances psychoactives.<\/p>\n<p>En <strong>psychologie du travail et ergonomie<\/strong>, l&rsquo;int\u00e9gration d&rsquo;animaux d&rsquo;assistance pour le soutien \u00e9motionnel ou l&rsquo;acceptation des animaux de compagnie en milieu professionnel (concept de \u00ab pet-friendly office \u00bb) a fait l&rsquo;objet d&rsquo;\u00e9valuations rigoureuses, montrant une diminution notable des taux de cortisol salivaire, une hausse de la coh\u00e9sion d&rsquo;\u00e9quipe per\u00e7ue et une r\u00e9gulation du stress professionnel aigu.<\/p>\n<p>Enfin, dans le domaine du <strong>bien-\u00eatre animal et de l&rsquo;\u00e9thique appliqu\u00e9e<\/strong>, les donn\u00e9es de la psychologie animale guident les l\u00e9gislations internationales sur les conditions de captivit\u00e9, imposant des programmes d&rsquo;enrichissement environnemental et cognitif dans les parcs zoologiques, les \u00e9levages et les laboratoires afin de pr\u00e9venir les st\u00e9r\u00e9otypies et les d\u00e9pressions d&rsquo;\u00e9puisement chez les animaux captifs.<\/p>\n<h3>11. Recherche et preuves empiriques<\/h3>\n<p>Les investigations contemporaines confirment l&rsquo;extraordinaire plasticit\u00e9 et l&rsquo;ampleur des capacit\u00e9s affectives et cognitives animales :<\/p>\n<p>Concernant la <strong>th\u00e9orie de l&rsquo;esprit et la m\u00e9tacognition<\/strong>, les travaux de Josep Call et Michael Tomasello au Max Planck Institute for Evolutionary Anthropology ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que les chimpanz\u00e9s sont capables de d\u00e9terminer ce que voit ou ignore un comp\u00e9titeur dans des contextes de qu\u00eate alimentaire. De son c\u00f4t\u00e9, David Smith a mis en \u00e9vidence des capacit\u00e9s m\u00e9tacognitives chez les macaques rh\u00e9sus et les dauphins : confront\u00e9s \u00e0 des t\u00e2ches de discrimination perceptive difficiles, ces animaux choisissent d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment l&rsquo;option \u00ab passer son tour \u00bb, prouvant qu&rsquo;ils ont conscience de leur propre \u00e9tat d&rsquo;incertitude et savent \u00ab ce qu&rsquo;ils ne savent pas \u00bb.<\/p>\n<p>Dans le domaine de l&rsquo;<strong>empathie et de la prosocialit\u00e9<\/strong>, Frans de Waal et ses collaborateurs ont accumul\u00e9 des preuves irr\u00e9futables de comportements de consolation et d&rsquo;aversion \u00e0 l&rsquo;iniquit\u00e9 chez les primates non humains. L&rsquo;exp\u00e9rience canonique de Sarah Brosnan et Frans de Waal (2003) chez les capucins a d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;un singe refuse d&rsquo;ex\u00e9cuter une t\u00e2che simple s&rsquo;il constate qu&rsquo;un cong\u00e9n\u00e8re re\u00e7oit une r\u00e9compense plus attrayante (un grain de raisin) pour le m\u00eame effort (qui n&rsquo;\u00e9tait pay\u00e9 que d&rsquo;une rondelle de concombre), illustrant un pr\u00e9curseur \u00e9volutif du sentiment de justice sociale.<\/p>\n<p>La recherche sur l&rsquo;<strong>intersubjectivit\u00e9 chien-humain<\/strong> men\u00e9e par \u00c1d\u00e1m Mikl\u00f3si et Brian Hare a document\u00e9 une convergence \u00e9volutive socio-cognitive unique. Les chiens domestiques sont bien plus performants que les loups \u00e9lev\u00e9s par des humains pour comprendre le pointage digital humain et le regard r\u00e9f\u00e9rentiel. De plus, l&rsquo;\u00e9quipe de Takefumi Kikusui (2015) a d\u00e9montr\u00e9 qu&rsquo;un regard mutuel prolong\u00e9 entre un chien et son tuteur humain d\u00e9clenche une lib\u00e9ration r\u00e9ciproque d&rsquo;ocytocine, analogue \u00e0 la boucle neuro-endocrinienne renfor\u00e7ant l&rsquo;attachement pr\u00e9coce entre la m\u00e8re humaine et son nourrisson.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et transculturelles<\/h3>\n<p>La conceptualisation de l&rsquo;animal varie consid\u00e9rablement selon les prismes ontologiques et culturels \u00e0 travers le monde, influen\u00e7ant profond\u00e9ment l&rsquo;attitude psychologique des soci\u00e9t\u00e9s humaines :<\/p>\n<p>Dans les soci\u00e9t\u00e9s occidentales modernes, largement domin\u00e9es par l&rsquo;ontologie \u00ab naturaliste \u00bb telle que th\u00e9oris\u00e9e par l&rsquo;anthropologue Philippe Descola, il existe une discontinuit\u00e9 fondamentale de l&rsquo;int\u00e9riorit\u00e9 (seul l&rsquo;humain poss\u00e9derait un esprit r\u00e9flexif dot\u00e9 de transcendance morale) combin\u00e9e \u00e0 une continuit\u00e9 physique de la mati\u00e8re organique. Cette coupure binaire a longtemps justifi\u00e9 une exploitation utilitaire d\u00e9nu\u00e9e de consid\u00e9ration psychologique pour le v\u00e9cu animal.<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;oppos\u00e9, les cultures animistes (notamment parmi les peuples autochtones d&rsquo;Amazonie ou de Sib\u00e9rie) postulent une continuit\u00e9 totale des int\u00e9riorit\u00e9s sous une discontinuit\u00e9 des enveloppes corporelles. Pour ces soci\u00e9t\u00e9s, l&rsquo;animal est per\u00e7u comme une personne non humaine dot\u00e9e d&rsquo;une culture, d&rsquo;intentions et d&rsquo;une subjectivit\u00e9, avec laquelle les chasseurs ou les chamans doivent n\u00e9gocier des relations d&rsquo;alliance et de r\u00e9ciprocit\u00e9 psychologique.<\/p>\n<p>De m\u00eame, les philosophies orientales comme l&rsquo;hindouisme, le ja\u00efnisme et le bouddhisme int\u00e8grent l&rsquo;animal dans le cycle des r\u00e9incarnations (<em>samsara<\/em>). Le principe cardinal d&rsquo;<em>ahimsa<\/em> (non-violence active envers toute cr\u00e9ature vivante) repose sur la conviction de la sentience universelle de l&rsquo;animal, conditionnant une \u00e9thique de compassion et une empathie intersp\u00e9cifique structurelle que la psychologie occidentale ne commence \u00e0 formaliser que depuis quelques d\u00e9cennies.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites<\/h3>\n<p>La recherche psychologique impliquant l&rsquo;animal se heurte \u00e0 des d\u00e9bats m\u00e9thodologiques et \u00e9thiques intenses :<\/p>\n<p>Le principal \u00e9cueil m\u00e9thodologique reste le tiraillement entre l&rsquo;<strong>anthropomorphisme<\/strong> (l&rsquo;attribution indue de motivations, d&rsquo;\u00e9motions ou de processus rationnels humains \u00e0 l&rsquo;animal) et l&rsquo;<strong>anthropod\u00e9ni<\/strong> (le refus a priori et non scientifique de reconna\u00eetre \u00e0 l&rsquo;animal des \u00e9motions ou des capacit\u00e9s cognitives proches des n\u00f4tres, souvent motiv\u00e9 par le d\u00e9sir de pr\u00e9server un statut d&rsquo;exception humaine). Trouver une \u00ab posture de parcimonie critique \u00bb reste un d\u00e9fi constant pour les chercheurs.<\/p>\n<p>Une seconde limite concerne la <strong>validit\u00e9 \u00e9cologique et la repr\u00e9sentativit\u00e9<\/strong> des mod\u00e8les animaux en psychologie cognitive et clinique. Observer des animaux captifs, n\u00e9s dans des conditions standardis\u00e9es d&rsquo;isolement sensoriel et social en laboratoire (les fameux mod\u00e8les murins), g\u00e9n\u00e8re des artefacts comportementaux massifs. De nombreux r\u00e9sultats exp\u00e9rimentaux obtenus sur des rongeurs stress\u00e9s se sont av\u00e9r\u00e9s impossibles \u00e0 r\u00e9pliquer chez l&rsquo;humain ou chez des animaux sauvages libres.<\/p>\n<p>Sur le plan \u00e9thique et philosophique, l&rsquo;utilisation de l&rsquo;animal comme \u00ab mod\u00e8le exp\u00e9rimental \u00bb fait l&rsquo;objet d&rsquo;une contestation grandissante. Les courants de l&rsquo;antisp\u00e9cisme et de l&rsquo;\u00e9thique animale (Peter Singer, Tom Regan) soulignent l&rsquo;incoh\u00e9rence fondamentale consistant \u00e0 attribuer \u00e0 l&rsquo;animal une proximit\u00e9 cognitive et \u00e9motionnelle suffisante pour servir de mod\u00e8le \u00e0 notre psychopathologie, tout en lui d\u00e9niant les droits moraux fondamentaux qui interdiraient de lui infliger de telles souffrances d\u00e9lib\u00e9r\u00e9es.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Pour clarifier l&rsquo;appareil conceptuel de la discipline, il convient de distinguer le terme \u00ab animal \u00bb d&rsquo;autres notions connexes :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Animal vs Homme :<\/strong> D&rsquo;un point de vue cladistique et biologique, l&rsquo;homme est une esp\u00e8ce animale particuli\u00e8re appartenant \u00e0 l&rsquo;ordre des primates et \u00e0 la famille des hominid\u00e9s. Dans le langage philosophique et psychologique traditionnel, la distinction a longtemps \u00e9t\u00e9 dress\u00e9e entre le r\u00e8gne de la pulsion\/instinct (l&rsquo;animal) et le r\u00e8gne du langage, de la culture et de la moralit\u00e9 (l&rsquo;homme). La psychologie \u00e9volutionniste contemporaine abolit cette dichotomie au profit d&rsquo;un continuum graduel.<\/li>\n<li><strong>Animal vs Sujet sentiant :<\/strong> Tous les animaux ne disposent pas du m\u00eame niveau d&rsquo;organisation nerveuse. Le concept de sentience s&rsquo;applique principalement aux animaux poss\u00e9dant un syst\u00e8me nerveux central capable d&rsquo;int\u00e9grer des informations pour g\u00e9n\u00e9rer des exp\u00e9riences affectives ph\u00e9nom\u00e9nologiques (douleur, plaisir). Tous les animaux (les \u00e9ponges, par exemple) ne sont pas sentients.<\/li>\n<li><strong>\u00c9thologie vs Psychologie compar\u00e9e :<\/strong> L&rsquo;\u00e9thologie s&rsquo;int\u00e9resse traditionnellement aux comportements naturels des esp\u00e8ces dans leur milieu \u00e9cologique en insistant sur l&rsquo;inn\u00e9 et la phylogen\u00e8se. La psychologie compar\u00e9e s&rsquo;est historiquement focalis\u00e9e sur l&rsquo;\u00e9tude exp\u00e9rimentale en laboratoire des processus d&rsquo;apprentissage, de cognition et de m\u00e9moire, souvent sur un nombre restreint d&rsquo;esp\u00e8ces mod\u00e8les (rats, pigeons, primates).<\/li>\n<li><strong>Anthropomorphisme vs Zoomorphisme :<\/strong> L&rsquo;anthropomorphisme projette des caract\u00e9ristiques humaines sur l&rsquo;animal, tandis que le zoomorphisme consiste \u00e0 interpr\u00e9ter des conduites, des pulsions ou des dynamiques humaines \u00e0 travers des grilles conceptuelles animales pr\u00e9con\u00e7ues.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. R\u00e9sum\u00e9 et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>L&rsquo;animal repr\u00e9sente l&rsquo;un des piliers fondateurs de l&rsquo;\u00e9difice psychologique contemporain, agissant \u00e0 la fois comme miroir de nos origines et t\u00e9moin de la diversit\u00e9 des expressions de l&rsquo;esprit. Les points fondamentaux \u00e0 retenir sont :<\/p>\n<ul>\n<li>L&rsquo;animalit\u00e9 n&rsquo;est pas r\u00e9ductible \u00e0 des automatismes m\u00e9caniques aveugles : les animaux non humains sont des \u00eatres sentients pourvus de syst\u00e8mes \u00e9motionnels sous-corticaux profonds, de m\u00e9moires complexes et d&rsquo;aptitudes cognitives hautement diversifi\u00e9es.<\/li>\n<li>La psychologie compar\u00e9e et l&rsquo;\u00e9thologie cognitive ont mis fin \u00e0 la c\u00e9sure cart\u00e9sienne, d\u00e9montrant une continuit\u00e9 \u00e9volutive dans des domaines aussi complexes que la m\u00e9tacognition, la culture mat\u00e9rielle, l&#8217;empathie et la communication symbolique.<\/li>\n<li>La m\u00e9diation animale et la psychologie des liens intersp\u00e9cifiques prouvent l&rsquo;importance de l&rsquo;animal dans l&rsquo;\u00e9quilibre psycho-\u00e9motionnel humain, mobilisant des m\u00e9canismes neurobiologiques ancestraux comme l&rsquo;attachement r\u00e9gul\u00e9 par l&rsquo;ocytocine.<\/li>\n<li>La recherche moderne requiert une vigilance m\u00e9thodologique aigu\u00eb pour naviguer entre l&rsquo;anthropomorphisme na\u00eff et l&rsquo;anthropod\u00e9ni r\u00e9ductionniste, tout en int\u00e9grant des standards \u00e9thiques rigoureux reconnaissant la valeur intrins\u00e8que de l&rsquo;animal.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Darwin, C. (1872). <em>The expression of the emotions in man and animals<\/em>. John Murray. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%27Expression_des_%C3%A9motions_chez_l%27homme_et_les_animaux\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/L%27Expression_des_%C3%A9motions_chez_l%27homme_et_les_animaux<\/a><\/li>\n<li>de Waal, F. B. M. (2016). <em>Are we smart enough to know how smart animals are?<\/em> W. W. Norton &#038; Company. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Frans_de_Waal\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Frans_de_Waal<\/a><\/li>\n<li>Harlow, H. F. (1958). The nature of love. <em>American Psychologist<\/em>, 13(12), 673\u2013685. <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Harry_Harlow\">https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Harry_Harlow<\/a><\/li>\n<li>Panksepp, J. (1998). <em>Affective neuroscience: The foundations of human and animal emotions<\/em>. Oxford University Press.<\/li>\n<li>Tinbergen, N. (1963). On aims and methods of ethology. <em>Zeitschrift f\u00fcr Tierpsychologie<\/em>, 20(4), 410\u2013433.<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;animal en psychologie : analyse approfondie de son r\u00f4le \u00e9pist\u00e9mologique, de la cognition compar\u00e9e aux th\u00e9rapies assist\u00e9es et aux neurosciences affectives.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[8329,6911,8356],"tags":[33847,8337,7300,31821,6194,33848],"class_list":["post-20452","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-ethologie-cognitive","category-psychologie-comparee","category-psychologie-evolutive","tag-animal","tag-cognition-animale","tag-ethologie","tag-modele-animal","tag-psychologie-comparee","tag-zootherapie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20452","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20452\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20452"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20452"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20452"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}