{"id":20431,"date":"2026-10-23T22:48:07","date_gmt":"2026-10-23T22:48:07","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=syndrome-angelman-neurogenetique"},"modified":"2026-10-23T22:48:07","modified_gmt":"2026-10-23T22:48:07","slug":"syndrome-angelman-neurogenetique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=syndrome-angelman-neurogenetique","title":{"rendered":"Syndrome d&rsquo;Angelman : Les cl\u00e9s neurog\u00e9n\u00e9tiques"},"content":{"rendered":"<p>Le syndrome d&rsquo;Angelman repr\u00e9sente une affection neurod\u00e9veloppementale g\u00e9n\u00e9tique rare mais majeure pour la compr\u00e9hension des m\u00e9canismes d&#8217;empreinte g\u00e9nomique chez l&rsquo;\u00eatre humain. Caract\u00e9ris\u00e9 par une association singuli\u00e8re d&rsquo;ataxie, de d\u00e9ficience intellectuelle s\u00e9v\u00e8re, d&rsquo;absence quasi totale de langage verbal et d&rsquo;un ph\u00e9notype comportemental jovial marqu\u00e9 par des rires fr\u00e9quents, ce trouble offre un mod\u00e8le neurobiologique fondamental sur l&rsquo;influence des g\u00e8nes \u00e0 expression parentale exclusive sur le d\u00e9veloppement du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<h2>Syndrome d&rsquo;Angelman<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>Le <strong>syndrome d&rsquo;Angelman<\/strong> est un trouble g\u00e9n\u00e9tique et neurod\u00e9veloppemental rare caus\u00e9 par l&rsquo;absence d&rsquo;expression ou la dysfonction du g\u00e8ne <em>UBE3A<\/em> d&rsquo;origine maternelle, localis\u00e9 sur le chromosome 15q11.2-q13. Sur le plan s\u00e9miologique, il se manifeste d\u00e8s les premi\u00e8res ann\u00e9es de la vie par une d\u00e9ficience intellectuelle s\u00e9v\u00e8re \u00e0 profonde, une alt\u00e9ration drastique de la communication verbale, des troubles moteurs caract\u00e9ris\u00e9s par une ataxie et des tremblements, ainsi qu&rsquo;une \u00e9pilepsie r\u00e9fractaire et des perturbations prononc\u00e9es du rythme circadien.<\/p>\n<p>Ce syndrome se distingue particuli\u00e8rement dans la litt\u00e9rature psychopathologique et p\u00e9dopsychiatrique par son profil comportemental tr\u00e8s sp\u00e9cifique : les personnes atteintes affichent une disposition d&rsquo;humeur apparente joyeuse et excitable, accompagn\u00e9e d&rsquo;\u00e9clats de rire faciles ou inappropri\u00e9s, d&rsquo;un battement fr\u00e9quent des mains (flapping) et d&rsquo;une fascination marqu\u00e9e pour l&rsquo;eau et les stimuli sensoriels r\u00e9p\u00e9titifs. En d\u00e9pit de cette sociabilit\u00e9 expressive et de cette qu\u00eate de contact social, le tableau clinique s&rsquo;av\u00e8re lourd, n\u00e9cessitant une prise en charge transdisciplinaire continue tout au long de l&rsquo;existence.<\/p>\n<p>Sur le plan psychopathologique et d\u00e9veloppemental, le syndrome d&rsquo;Angelman ne doit pas \u00eatre r\u00e9duit \u00e0 une simple arri\u00e9ration motrice ou intellectuelle. Il s&rsquo;agit d&rsquo;une perturbation globale des m\u00e9canismes de maturation synaptique et d&rsquo;int\u00e9gration corticale, o\u00f9 les syst\u00e8mes de communication non verbale conservent paradoxalement des capacit\u00e9s de compr\u00e9hension sup\u00e9rieures aux capacit\u00e9s de production, ouvrant des voies sp\u00e9cifiques pour la communication am\u00e9lior\u00e9e et alternative.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origines linguistiques<\/h3>\n<p>Le terme tire sa d\u00e9signation \u00e9ponymique du p\u00e9diatre britannique Harry Angelman (1916-1996), qui en d\u00e9crivit pour la premi\u00e8re fois les manifestations cliniques en 1965 dans une publication fondatrice intitul\u00e9e <em>\u00ab Puppet Children: A Report on Three Cases \u00bb<\/em>. Angelman exer\u00e7ait alors au Warrington General Hospital dans le Cheshire, o\u00f9 il observa trois enfants pr\u00e9sentant des postures saccad\u00e9es, un manque de langage, une d\u00e9marche chancelante et des acc\u00e8s spontan\u00e9s de rire.<\/p>\n<p>Le vocable initialement utilis\u00e9 en anglais, \u00ab Puppet Children \u00bb (enfants pantins), traduisait l&rsquo;observation visuelle des mouvements saccad\u00e9s et des bras lev\u00e9s en flexion coud\u00e9e, une m\u00e9taphore par ailleurs inspir\u00e9e au Dr Angelman par une peinture de la Renaissance italienne de Giovanni Francesco Caroto intitul\u00e9e <em>Fanciullo con pupazzo<\/em> (Enfant avec marionnette), aper\u00e7ue lors de vacances au mus\u00e9e de Castelvecchio \u00e0 V\u00e9rone. Cette appellation historique, bien que descriptive, fut abandonn\u00e9e au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 en raison de sa connotation p\u00e9jorative et stigmatisante pour les familles, au profit de l&rsquo;expression biom\u00e9dicale rigoureuse de \u00ab syndrome d&rsquo;Angelman \u00bb (<em>Angelman syndrome<\/em> en anglais).<\/p>\n<p>Sur le plan morphologique et terminologique, l&rsquo;insertion du terme dans la nosographie m\u00e9dicale francophone a conserv\u00e9 le patronyme officiel sous la forme du syntagme nominal \u00ab syndrome d&rsquo;Angelman \u00bb, fr\u00e9quemment abr\u00e9g\u00e9 sous l&rsquo;acronyme SA dans la litt\u00e9rature clinique et g\u00e9n\u00e9tique contemporaine. Cette d\u00e9nomination s&rsquo;inscrit pleinement dans la tradition s\u00e9miologique des grands syndromes microd\u00e9l\u00e9tionnels et \u00e9pig\u00e9n\u00e9tiques du d\u00e9veloppement.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>Sur le plan phon\u00e9tique, la d\u00e9nomination fran\u00e7aise se transcrit couramment sous la forme \/s\u025b\u0303.d\u0281om d\u0251\u0303.\u0292\u025bl.man\/ ou phon\u00e9tiquement avec une prononciation anglicis\u00e9e partielle du patronyme : \/\u025bnd\u0292\u0259l.m\u0259n\/. La prononciation couramment admise dans le champ hospitalier et universitaire francophone respecte la prononciation francis\u00e9e standardis\u00e9e du patronyme Angelman (\u00ab an-g\u00e8l-man \u00bb).<\/p>\n<p>Sur le plan grammatical, l&rsquo;expression constitue une locution nominale masculine invariable dans sa partie patronymique (au singulier : \u00ab le syndrome d&rsquo;Angelman \u00bb ; au pluriel : \u00ab les syndromes d&rsquo;Angelman \u00bb, bien que le pluriel r\u00e9f\u00e8re plut\u00f4t aux cas individuels ou aux ph\u00e9notypes distincts). L&rsquo;usage adjectival d\u00e9riv\u00e9 privil\u00e9gie la formule \u00ab un individu atteint du syndrome d&rsquo;Angelman \u00bb ou la d\u00e9nomination g\u00e9n\u00e9tique \u00ab ph\u00e9notype d&rsquo;Angelman \u00bb.<\/p>\n<p>Dans les \u00e9crits scientifiques et les rapports neuropsychologiques, le terme est employ\u00e9 comme un substantif d\u00e9signant \u00e0 la fois l&rsquo;entit\u00e9 nosologique sp\u00e9cifique class\u00e9e sous le code ORPHA:72 dans Orphanet et sous la classification CIM-11 (Code LD90.0) ou CIM-10 (Q93.5). L&#8217;emploi de la majuscule sur \u00ab Angelman \u00bb demeure obligatoire en vertu de son statut d&rsquo;anthroponyme propre.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle approfondie<\/h3>\n<p>Le syndrome d&rsquo;Angelman repr\u00e9sente une pathologie paradigmatique de l&rsquo;\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique m\u00e9dicale humaine, et plus particuli\u00e8rement du ph\u00e9nom\u00e8ne d&rsquo;<a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Empreinte_g%C3%A9nomique\">empreinte g\u00e9nomique parentale<\/a>. Chez l&rsquo;individu sain, la plupart des g\u00e8nes autosomiques sont transcrits de fa\u00e7on binucl\u00e9aire, c&rsquo;est-\u00e0-dire que les all\u00e8les maternel et paternel s&rsquo;expriment de mani\u00e8re \u00e9quivalente. Cependant, pour une sous-population restreinte de loci chromosomiques, l&rsquo;expression g\u00e9nique est conditionn\u00e9e par le sexe du parent transmetteur par le biais de m\u00e9canismes de m\u00e9thylation de l&rsquo;ADN et de modifications covalentes des histones.<\/p>\n<p>Le g\u00e8ne causal cl\u00e9, <em>UBE3A<\/em> (Ubiquitin Protein Ligase E3A), situ\u00e9 sur le locus 15q11.2-q13, est soumis \u00e0 une empreinte g\u00e9nomique tissu-sp\u00e9cifique : alors qu&rsquo;il est exprim\u00e9 de fa\u00e7on biall\u00e9lique dans la majorit\u00e9 des tissus somatiques p\u00e9riph\u00e9riques, il subit un silen\u00e7age transcriptionnel strict de l&rsquo;all\u00e8le paternel au sein des neurones matures du cortex c\u00e9r\u00e9bral, de l&rsquo;hippocampe et du cervelet. Ce silen\u00e7age neuronal s&rsquo;effectue via un long ARN non codant antisens (<em>UBE3A-ATS<\/em>), qui bloque la transcription de l&rsquo;all\u00e8le paternel. En cons\u00e9quence, l&rsquo;hom\u00e9ostasie prot\u00e9ique et la plasticit\u00e9 synaptique des r\u00e9seaux neuronaux d\u00e9pendent exclusivement de l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de l&rsquo;all\u00e8le maternel d&rsquo;<em>UBE3A<\/em>.<\/p>\n<p>La prot\u00e9ine cod\u00e9e par ce g\u00e8ne, l&rsquo;ubiquitine ligase E6AP, joue un r\u00f4le indispensable dans le syst\u00e8me ubiquitine-prot\u00e9asome, qui gouverne la d\u00e9gradation s\u00e9lective et la r\u00e9gulation spatio-temporelle de nombreuses prot\u00e9ines cellulaires cibles. Dans le tissu neuronal, la perte de cette enzyme entra\u00eene une accumulation anormale de substrats prot\u00e9iques r\u00e9gulateurs et compromet le remodelage des \u00e9pines dendritiques, la potentialisation \u00e0 long terme (LTP) et l&rsquo;\u00e9quilibre subtil entre transmission glutamatergique excitatrice et transmission GABAergique inhibitrice.<\/p>\n<p>D&rsquo;un point de vue neuropsychiatrique, ce d\u00e9s\u00e9quilibre synaptique explique l&rsquo;hyperexcitabilit\u00e9 neuronale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, qui se traduit cliniquement par une pr\u00e9disposition critique \u00e0 des crises d&rsquo;\u00e9pilepsie polymorphes et s\u00e9v\u00e8res, une vuln\u00e9rabilit\u00e9 aux dysrythmies lentes sur l&rsquo;\u00e9lectroenc\u00e9phalogramme (EEG), et une hyperr\u00e9activit\u00e9 motrice. L&rsquo;atteinte des r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9belleux et sous-corticaux est responsable de la dyspraxie majeure, des tremblements intentionnels et des anomalies proprioceptives qui caract\u00e9risent la locomotion des patients.<\/p>\n<p>Sur le versant affectif et cognitif, la jovialit\u00e9 constante et les \u00e9clats de rire ne doivent pas \u00eatre confondus avec un \u00e9tat maniaque ou une humeur euphorique au sens psychiatrique traditionnel. Ces comportements refl\u00e8tent plut\u00f4t une dysr\u00e9gulation sous-corticale et une r\u00e9ponse motrice involontaire exacerb\u00e9e aux stimulations de l&rsquo;environnement, potentiellement li\u00e9e \u00e0 des alt\u00e9rations fonctionnelles des projections dopaminergiques et limbiques m\u00e9senc\u00e9phaliques.<\/p>\n<h3>5. D\u00e9veloppement historique<\/h3>\n<p>L&rsquo;histoire de la caract\u00e9risation du syndrome d&rsquo;Angelman illustre les progr\u00e8s fulgurants de la g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire moderne au cours de la seconde moiti\u00e9 du XXe si\u00e8cle. Lorsqu&rsquo;en 1965, Harry Angelman publie sa premi\u00e8re s\u00e9rie clinique de trois cas dans le journal <em>Developmental Medicine &#038; Child Neurology<\/em>, la communaut\u00e9 m\u00e9dicale accueille ces observations avec scepticisme, consid\u00e9rant souvent ces enfants comme de simples cas atypiques de paralysie c\u00e9r\u00e9brale ou d&rsquo;arri\u00e9ration indiff\u00e9renci\u00e9e.<\/p>\n<p>Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 que des g\u00e9n\u00e9ticiens p\u00e9diatriques, notamment Charles A. Williams et Jaime L. Frias en 1982, r\u00e9examinent ces profils et confirment la validit\u00e9 nosologique du syndrome en rapportant de nouvelles cohortes. Ils proposent l&rsquo;adoption d\u00e9finitive du nom \u00ab Angelman syndrome \u00bb, inaugurant ainsi une phase de recherche intensive pour localiser le substrat anatomopathologique et cytog\u00e9n\u00e9tique sous-jacent.<\/p>\n<p>Le tournant d\u00e9cisif survient \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1980 avec l&rsquo;application de la cytog\u00e9n\u00e9tique \u00e0 haute r\u00e9solution. En 1987, Kaplan et ses collaborateurs mettent en \u00e9vidence une d\u00e9l\u00e9tion interstitielle r\u00e9currente sur le bras long du chromosome 15 (15q11-q13) chez plusieurs patients. Cette d\u00e9couverte cr\u00e9e initialement une \u00e9nigme scientifique majeure : cette m\u00eame r\u00e9gion chromosomique avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 impliqu\u00e9e dans le syndrome de Prader-Willi, un tableau clinique radicalement distinct marqu\u00e9 par une hypotonie n\u00e9onatale suivie d&rsquo;une hyperphagie massive et d&rsquo;un profil comportemental totalement diff\u00e9rent.<\/p>\n<p>La r\u00e9solution de ce paradoxe en 1989 par Arthur Beaudet et Robert Nicholls a constitu\u00e9 l&rsquo;une des validations les plus spectaculaires de l&#8217;empreinte g\u00e9nomique : la microd\u00e9l\u00e9tion 15q11-q13 produit le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_de_Prader-Willi\">syndrome de Prader-Willi<\/a> lorsqu&rsquo;elle est transmise par le p\u00e8re (perte des g\u00e8nes \u00e0 expression paternelle), alors qu&rsquo;elle d\u00e9clenche le syndrome d&rsquo;Angelman lorsqu&rsquo;elle est h\u00e9rit\u00e9e de la m\u00e8re (perte des g\u00e8nes \u00e0 expression maternelle). En 1997, deux \u00e9quipes ind\u00e9pendantes men\u00e9es par Joseph Wagstaff et Arthur Beaudet identifient formellement les mutations du g\u00e8ne <em>UBE3A<\/em> comme la cause unificatrice du syndrome d&rsquo;Angelman, ouvrant l&rsquo;\u00e8re actuelle des th\u00e9rapies g\u00e9niques et cibl\u00e9es.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension du syndrome d&rsquo;Angelman s&rsquo;appuie sur trois cadres conceptuels compl\u00e9mentaires : la biologie mol\u00e9culaire de l&#8217;empreinte g\u00e9nomique, les th\u00e9ories neurobiologiques du d\u00e9veloppement synaptique et les mod\u00e8les de la neuropsychologie d\u00e9veloppementale.<\/p>\n<p>Le premier fondement repose sur la <em>th\u00e9orie du conflit parental<\/em> ou hypoth\u00e8se de Haig (Kinship Theory). Propos\u00e9e par le biologiste \u00e9volutionniste David Haig, cette th\u00e9orie postule que l&#8217;empreinte g\u00e9nomique r\u00e9sulte d&rsquo;une divergence d&rsquo;int\u00e9r\u00eats s\u00e9lectifs entre les g\u00e9nomes maternel et paternel. Les g\u00e8nes exprim\u00e9s par le p\u00e8re tendent \u00e0 maximiser l&rsquo;extraction des ressources maternelles au profit de la prog\u00e9niture (croissance f\u0153tale, comportement de qu\u00eate nutritive), tandis que les g\u00e8nes exprim\u00e9s par la m\u00e8re visent \u00e0 pr\u00e9server les ressources maternelles pour l&rsquo;ensemble des port\u00e9es actuelles et futures. Dans ce cadre, la r\u00e9gion 15q11-q13 repr\u00e9sente un point d&rsquo;\u00e9quilibre conflictuel o\u00f9 l&rsquo;inactivation de l&rsquo;all\u00e8le maternel (Angelman) conduit \u00e0 une sociabilit\u00e9 active, un sevrage plus complexe et une demande attentionnelle massive, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 du profil l\u00e9thargique pr\u00e9coce observ\u00e9 dans le Prader-Willi.<\/p>\n<p>Le deuxi\u00e8me cadre th\u00e9orique rel\u00e8ve de la <em>plasticit\u00e9 synaptique d\u00e9pendante de l&rsquo;activit\u00e9<\/em>. L&rsquo;enzyme cod\u00e9e par <em>UBE3A<\/em> contr\u00f4le l&rsquo;ubiquitination et la d\u00e9gradation de prot\u00e9ines structurales et de signalisation synaptique, telles qu&rsquo;Arc (Activity-Regulated Cytoskeleton-Associated Protein). En l&rsquo;absence d&rsquo;UBE3A fonctionnelle, les niveaux d&rsquo;Arc s&rsquo;\u00e9l\u00e8vent de mani\u00e8re pathologique, provoquant une internalisation accrue et une diminution du nombre de r\u00e9cepteurs glutamatergiques AMPA \u00e0 la membrane postsynaptique. Cela bloque l&rsquo;induction et le maintien de la plasticit\u00e9 synaptique \u00e0 long terme, compromettant fondamentalement l&rsquo;apprentissage cellulaire et la maturation des circuits de connectivit\u00e9 corticale.<\/p>\n<p>Le troisi\u00e8me fondement th\u00e9orique s&rsquo;inscrit dans la <em>neuropsychologie des syst\u00e8mes de communication<\/em>. L&rsquo;absence de langage expressif articul\u00e9 dans le syndrome d&rsquo;Angelman illustre la dissociation entre la praxie bucco-phonatoire, hautement d\u00e9ficitaire en raison d&rsquo;une dyspraxie motrice globale et orofaciale, et les comp\u00e9tences intentionnelles pragmatiques. Les mod\u00e8les r\u00e9cents d\u00e9montrent que l&rsquo;intention de communication et le d\u00e9sir d&rsquo;affiliation demeurent largement pr\u00e9serv\u00e9s, requ\u00e9rant une th\u00e9orisation des apprentissages fond\u00e9e sur la compensation multimodale plut\u00f4t que sur un d\u00e9ficit d&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la s\u00e9miotique.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tiologie g\u00e9n\u00e9tique du syndrome d&rsquo;Angelman se d\u00e9cline en quatre m\u00e9canismes mol\u00e9culaires principaux, associ\u00e9s \u00e0 des variations ph\u00e9notypiques reconnues :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>D\u00e9l\u00e9tion maternelle 15q11.2-q13 (environ 70 \u00e0 75 % des cas) :<\/strong> Perte physique d&rsquo;un segment chromosomique englobant <em>UBE3A<\/em> ainsi que plusieurs g\u00e8nes adjacents (notamment les sous-unit\u00e9s du r\u00e9cepteur GABA-A : <em>GABRB3<\/em>, <em>GABRA5<\/em>, <em>GABRG3<\/em>). Ce sous-type pr\u00e9sente g\u00e9n\u00e9ralement le tableau clinique le plus s\u00e9v\u00e8re, caract\u00e9ris\u00e9 par une hypopigmentation cutan\u00e9o-oculaire fr\u00e9quente (due \u00e0 la d\u00e9l\u00e9tion concomitante du g\u00e8ne <em>OCA2<\/em>), une microc\u00e9phalie pr\u00e9coce et une \u00e9pilepsie particuli\u00e8rement pharmaco-r\u00e9sistante.<\/li>\n<li><strong>Mutation intrag\u00e9nique d&rsquo;UBE3A (environ 10 \u00e0 15 % des cas) :<\/strong> Mutations ponctuelles, non-sens, faux-sens ou d\u00e9calages du cadre de lecture touchant sp\u00e9cifiquement la s\u00e9quence codante de l&rsquo;all\u00e8le maternel d&rsquo;<em>UBE3A<\/em>. Les patients pr\u00e9sentent un ph\u00e9notype cognitif et moteur s\u00e9v\u00e8re, mais la croissance staturo-pond\u00e9rale est mieux pr\u00e9serv\u00e9e et l&rsquo;\u00e9pilepsie peut s&rsquo;av\u00e9rer moins agressive que dans les formes avec grande d\u00e9l\u00e9tion.<\/li>\n<li><strong>Disomie uniparentale paternelle (environ 3 \u00e0 5 % des cas) :<\/strong> H\u00e9ritage de deux copies du chromosome 15 d&rsquo;origine paternelle et d&rsquo;aucune copie maternelle. En raison du silen\u00e7age physiologique de l&rsquo;all\u00e8le paternel, aucune prot\u00e9ine UBE3A neuronale n&rsquo;est produite. Le tableau ph\u00e9notypique est globalement plus mod\u00e9r\u00e9 : moindre pr\u00e9valence de l&rsquo;\u00e9pilepsie, microc\u00e9phalie moins constante et capacit\u00e9s motrices souvent sup\u00e9rieures.<\/li>\n<li><strong>Anomalie de l&#8217;empreinte g\u00e9nomique (environ 2 \u00e0 4 % des cas) :<\/strong> D\u00e9faut \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique ou microd\u00e9l\u00e9tion touchant le centre de contr\u00f4le de l&#8217;empreinte (Imprinting Center) sur le chromosome 15 maternel, conduisant \u00e0 ce que le chromosome maternel adopte par erreur une marque \u00e9pig\u00e9n\u00e9tique de profil paternel. Les manifestations cliniques sont similaires \u00e0 celles de la disomie uniparentale, avec un risque de r\u00e9currence familiale potentiellement tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9 si une mutation structurale du centre de l&#8217;empreinte est pr\u00e9sente.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>Pour mieux appr\u00e9hender la r\u00e9alit\u00e9 clinique du syndrome, consid\u00e9rons le cas de Lucas, un jeune gar\u00e7on \u00e9valu\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 18 mois pour un retard global des acquisitions motrices. N\u00e9 \u00e0 terme sans complication obst\u00e9tricale majeure, Lucas a pr\u00e9sent\u00e9 d\u00e8s les premiers mois une hypotonie axiale mod\u00e9r\u00e9e et des difficult\u00e9s s\u00e9v\u00e8res de succion n\u00e9cessitant une adaptation des t\u00e9tines. \u00c0 l&rsquo;\u00e2ge de 9 mois, ses parents s&rsquo;inqui\u00e8tent de l&rsquo;absence de tenue assise autonome et d&rsquo;un regard vif mais constamment accompagn\u00e9 de tr\u00e9mulations des membres sup\u00e9rieurs et d&rsquo;\u00e9clats de rire r\u00e9p\u00e9t\u00e9s, sans d\u00e9clencheur \u00e9motionnel \u00e9vident. L&rsquo;examen neurop\u00e9diatrique rel\u00e8ve une d\u00e9marche en ataxie avec \u00e9largissement du polygone de sustentation lorsqu&rsquo;il est soutenu sous les bras, des mouvements de battements st\u00e9r\u00e9otyp\u00e9s des mains lors des phases d&rsquo;excitation et une microc\u00e9phalie relative acquise (p\u00e9rim\u00e8tre cr\u00e2nien passant sous le 3e centile).<\/p>\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e2ge de 2 ans et demi, Lucas d\u00e9veloppe des crises convulsives f\u00e9briles puis af\u00e9briles polymorphes, associant myoclonies p\u00e9riodiques et absences atypiques. L&rsquo;enregistrement EEG met en \u00e9vidence le trac\u00e9 hautement suggestif du syndrome : des bouff\u00e9es d&rsquo;ondes lentes delta amples (2 \u00e0 3 Hz) pr\u00e9dominant dans les r\u00e9gions frontales et des pointes-ondes lentes post\u00e9rieures. L&rsquo;analyse g\u00e9n\u00e9tique par hybridation g\u00e9nomique comparative (CGH-array) suivie d&rsquo;un test de m\u00e9thylation par MLPA (Methylation-Specific Multiplex Ligation-dependent Probe Amplification) confirme formellement une d\u00e9l\u00e9tion interstitielle maternelle de classe I en 15q11.2-q13.<\/p>\n<p>Un second cas repr\u00e9sentatif est celui de Clara, 12 ans, porteuse d&rsquo;une mutation non-sens du g\u00e8ne <em>UBE3A<\/em>. Contrairement \u00e0 Lucas, Clara n&rsquo;a jamais manifest\u00e9 d&rsquo;hypopigmentation et a commenc\u00e9 \u00e0 marcher de fa\u00e7on ind\u00e9pendante \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 3 ans et demi, bien que sa d\u00e9marche demeure ataxique et rigide. Elle ne verbalise aucun mot intelligible mais comprend des consignes simples de la vie courante. Gr\u00e2ce \u00e0 la mise en place pr\u00e9coce d&rsquo;outils de <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Communication_am%C3%A9lior%C3%A9e_et_alternative\">communication am\u00e9lior\u00e9e et alternative<\/a> (CAA) bas\u00e9s sur des pictogrammes robustes sur tablette tactile (logiciel dynamique avec synth\u00e8se vocale), Clara parvient \u00e0 formuler des choix pr\u00e9cis, \u00e0 exprimer ses douleurs physiques et \u00e0 participer activement aux rituels familiaux, r\u00e9duisant drastiquement les \u00e9pisodes de frustration comportementale.<\/p>\n<h3>9. Mesure, diagnostic et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>Le diagnostic du syndrome d&rsquo;Angelman repose sur une d\u00e9marche rigoureuse combinant le rep\u00e9rage s\u00e9miologique clinique, les investigations neurophysiologiques et une confirmation biologique par la g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire.<\/p>\n<p>Sur le plan des crit\u00e8res cliniques de consensus (\u00e9tablis par Williams et al.), les manifestations sont stratifi\u00e9es selon leur fr\u00e9quence statistique :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Signes constants (100 % des cas) :<\/strong> Retard de d\u00e9veloppement psychomoteur s\u00e9v\u00e8re, absence totale ou quasi-totale de mots articul\u00e9s avec capacit\u00e9s de communication r\u00e9ceptive sup\u00e9rieures aux capacit\u00e9s expressives, troubles de l&rsquo;\u00e9quilibre et de la coordination motrice (ataxie de la d\u00e9marche, tremblements des membres), et comportement singulier associant rires et sourires fr\u00e9quents, caract\u00e8re facilement excitable et battements de mains.<\/li>\n<li><strong>Signes fr\u00e9quents (plus de 80 % des cas) :<\/strong> Ralentissement de la croissance du p\u00e9rim\u00e8tre cr\u00e2nien entra\u00eenant une microc\u00e9phalie post-natale (vers l&rsquo;\u00e2ge de 2-3 ans), crises d&rsquo;\u00e9pilepsie d\u00e9butant habituellement avant 3 ans, et trac\u00e9 \u00e9lectroenc\u00e9phalographique sp\u00e9cifique caract\u00e9ris\u00e9 par des rythmes lents de grande amplitude ind\u00e9pendants de la survenue des crises cliniques.<\/li>\n<li><strong>Signes associ\u00e9s (20 \u00e0 80 % des cas) :<\/strong> Occiput aplati, strabisme, hypopigmentation cutan\u00e9e et choro\u00efdienne, langue protruse avec bave fr\u00e9quente, troubles s\u00e9v\u00e8res de l&rsquo;endormissement et maintien du sommeil, attraction irr\u00e9sistible pour l&rsquo;eau et intol\u00e9rance \u00e0 la chaleur.<\/li>\n<\/ul>\n<p>L&rsquo;algorithme diagnostique g\u00e9n\u00e9tique standardis\u00e9 d\u00e9bute imp\u00e9rativement par une <em>analyse de m\u00e9thylation de l&rsquo;ADN<\/em> au locus 15q11-q13 (par PCR sp\u00e9cifique de la m\u00e9thylation ou MS-MLPA). Ce test unique permet de d\u00e9tecter plus de 80 % des cas en r\u00e9v\u00e9lant l&rsquo;absence de l&#8217;empreinte maternelle normale. Si l&#8217;empreinte est anormale, des tests compl\u00e9mentaires (FISH, CGH-array, analyse de microsatellites) discriminent la microd\u00e9l\u00e9tion, la disomie uniparentale paternelle ou le d\u00e9faut d&#8217;empreinte. En cas de patron de m\u00e9thylation strictement normal mais face \u00e0 une suspicion clinique forte, le s\u00e9quen\u00e7age complet \u00e0 haut d\u00e9bit du g\u00e8ne <em>UBE3A<\/em> est r\u00e9alis\u00e9 pour identifier les mutations ponctuelles.<\/p>\n<h3>10. Applications pratiques et accompagnement clinique<\/h3>\n<p>La prise en charge du syndrome d&rsquo;Angelman est strictement symptomatique, r\u00e9\u00e9ducative et pluridisciplinaire, aucune th\u00e9rapie curative n&rsquo;\u00e9tant valid\u00e9e \u00e0 ce jour pour un usage en pratique courante.<\/p>\n<p>Le versant neurologique exige un contr\u00f4le pharmacologique minutieux de l&rsquo;\u00e9pilepsie. Les anti\u00e9pileptiques modulateurs du syst\u00e8me GABAergique comme le clobazam, le valproate de sodium, le l\u00e9v\u00e9tirac\u00e9tam ou la lamotrigine sont privil\u00e9gi\u00e9s de premi\u00e8re intention. Inversement, certains m\u00e9dicaments comme la carbamaz\u00e9pine, l&rsquo;oxcarbaz\u00e9pine ou la vigabatrine doivent \u00eatre \u00e9vit\u00e9s ou manipul\u00e9s avec une extr\u00eame prudence car ils peuvent paradoxalement aggraver les myoclonies et les absences atypiques chez ces patients.<\/p>\n<p>Le suivi r\u00e9\u00e9ducatif repose sur la kin\u00e9sith\u00e9rapie motrice intensive pr\u00e9coce pour favoriser l&rsquo;acquisition de la marche, pr\u00e9venir les contractures musculaires et surveiller l&rsquo;apparition fr\u00e9quente d&rsquo;une scoliose \u00e0 l&rsquo;adolescence. L&rsquo;ergoth\u00e9rapie joue un r\u00f4le capital dans l&rsquo;am\u00e9nagement de l&rsquo;environnement, l&rsquo;entra\u00eenement aux activit\u00e9s de la vie quotidienne et la r\u00e9gulation des particularit\u00e9s sensorielles (notamment l&rsquo;attrait pour l&rsquo;eau et les besoins de stimulations vestibulaires et proprioceptives).<\/p>\n<p>L&rsquo;orthophonie ne vise pas l&rsquo;apprentissage de la parole articul\u00e9e, souvent inatteignable compte tenu de la s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;apraxie verbale, mais s&rsquo;oriente imm\u00e9diatement vers l&rsquo;introduction d&rsquo;outils de CAA (syst\u00e8mes PODD, classeurs de communication par \u00e9change d&rsquo;images, tablettes num\u00e9riques sp\u00e9cialis\u00e9es). Parall\u00e8lement, la prise en charge des troubles du sommeil repr\u00e9sente une priorit\u00e9 absolue pour le soulagement des familles : l&rsquo;usage de m\u00e9latonine \u00e0 lib\u00e9ration imm\u00e9diate ou prolong\u00e9e, coupl\u00e9 \u00e0 des th\u00e9rapies comportementales environnementales strictes, s&rsquo;av\u00e8re indispensable pour r\u00e9guler des cycles de sommeil fr\u00e9quemment r\u00e9duits \u00e0 quelques heures par nuit.<\/p>\n<h3>11. Recherche empirique et perspectives th\u00e9rapeutiques<\/h3>\n<p>Le champ de la recherche sur le syndrome d&rsquo;Angelman conna\u00eet actuellement une r\u00e9volution translationnelle sans pr\u00e9c\u00e9dent, guid\u00e9e par la possibilit\u00e9 th\u00e9orique de restaurer l&rsquo;expression d&rsquo;<em>UBE3A<\/em> dans les neurones du cerveau mature.<\/p>\n<p>Puisque les neurones des patients poss\u00e8dent une copie intacte mais silencieuse d&rsquo;<em>UBE3A<\/em> h\u00e9rit\u00e9e du p\u00e8re, une des voies les plus novatrices consiste \u00e0 \u00ab r\u00e9veiller \u00bb cet all\u00e8le paternel dormant. Des chercheurs, \u00e0 la suite des travaux pionniers men\u00e9s par Benjamin Philpot et son \u00e9quipe en 2011, ont d\u00e9montr\u00e9 que des inhibiteurs de topoisom\u00e9rases ou, de fa\u00e7on bien plus sp\u00e9cifique, des <em>oligonucl\u00e9otides antisens<\/em> (ASO), sont capables de d\u00e9grader s\u00e9lectivement le transcrit <em>UBE3A-ATS<\/em>. Cette d\u00e9gradation supprime l&rsquo;obstacle transcriptionnel et permet la r\u00e9activation fonctionnelle de l&rsquo;all\u00e8le paternel d&rsquo;UBE3A. Plusieurs essais cliniques internationaux \u00e9valuant des ASO administr\u00e9s par voie intrath\u00e9cale sont en cours chez l&rsquo;\u00eatre humain.<\/p>\n<p>D&rsquo;autres approches th\u00e9rapeutiques explorent la th\u00e9rapie g\u00e9nique classique par vecteurs viraux ad\u00e9no-associ\u00e9s (AAV) transportant un transg\u00e8ne fonctionnel <em>UBE3A<\/em>, ainsi que des techniques d&rsquo;\u00e9dition g\u00e9nomique (CRISPR\/Cas9) ciblant le commutateur transcriptionnel de l&#8217;empreinte paternelle. Parall\u00e8lement, des mol\u00e9cules visant \u00e0 moduler l&rsquo;excitabilit\u00e9 synaptique, telles que les modulateurs allost\u00e9riques des r\u00e9cepteurs GABA ou les analogues du facteur neurotrophique d\u00e9riv\u00e9 du cerveau (BDNF), continuent d&rsquo;\u00eatre \u00e9tudi\u00e9es pour optimiser les performances cognitives et le contr\u00f4le des crises motrices.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations socioculturelles et diversit\u00e9<\/h3>\n<p>La pr\u00e9valence du syndrome d&rsquo;Angelman est estim\u00e9e entre 1 sur 12 000 et 1 sur 20 000 naissances sans disparit\u00e9 ethnique ou g\u00e9ographique significative, touchant \u00e9quitablement les personnes des deux sexes \u00e0 travers le monde. Toutefois, l&rsquo;expression per\u00e7ue et le diagnostic pr\u00e9coce de la pathologie se heurtent \u00e0 de fortes in\u00e9galit\u00e9s socioculturelles et \u00e9conomiques.<\/p>\n<p>Dans les pays disposant d&rsquo;un syst\u00e8me de sant\u00e9 dot\u00e9 d&rsquo;infrastructures de g\u00e9n\u00e9tique mol\u00e9culaire avanc\u00e9e, le diagnostic est pos\u00e9 en moyenne entre l&rsquo;\u00e2ge de 1 et 3 ans. Dans les zones \u00e0 faibles ressources m\u00e9dicales, le ph\u00e9notype jovial, l&rsquo;ataxie et l&rsquo;absence de langage sont souvent assimil\u00e9s \u00e0 des paralysies c\u00e9r\u00e9brales indiff\u00e9renci\u00e9es, \u00e0 des s\u00e9quelles d&rsquo;anoxie n\u00e9onatale ou \u00e0 des formes s\u00e9v\u00e8res de troubles du spectre de l&rsquo;autisme, retardant consid\u00e9rablement la prise en charge adapt\u00e9e de l&rsquo;\u00e9pilepsie.<\/p>\n<p>Sur le plan anthropologique et social, la perception de la disposition joviale des patients pr\u00e9sente des nuances culturelles notables. Si le sourire permanent et les rires communicatifs favorisent g\u00e9n\u00e9ralement une forte acceptation affective au sein du cercle familial, ils peuvent aussi masquer une d\u00e9tresse physiologique aigu\u00eb (douleur visc\u00e9rale, fracture, anxi\u00e9t\u00e9, prodrome de crise \u00e9pileptique) qui risque d&rsquo;\u00eatre ignor\u00e9e par des soignants ou des intervenants non avertis. Les associations de familles jouent \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle plan\u00e9taire un r\u00f4le d\u00e9terminant pour sensibiliser le corps m\u00e9dical \u00e0 cette dimension trompeuse du ph\u00e9notype comportemental.<\/p>\n<h3>13. Critiques, d\u00e9bats et limites diagnostiques<\/h3>\n<p>L&rsquo;un des d\u00e9bats conceptuels les plus intenses en neuropsychologie p\u00e9diatrique concerne le chevauchement symptomatique entre le syndrome d&rsquo;Angelman et le <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Trouble_du_spectre_de_l%27autisme\">trouble du spectre de l&rsquo;autisme<\/a> (TSA). Historiquement, une proportion importante d&rsquo;enfants Angelman recevait un diagnostic pr\u00e9alable d&rsquo;autisme lourd en raison du flapping des mains, de l&rsquo;absence de langage verbal et des st\u00e9r\u00e9otypies motrices. Or, les chercheurs contemporains soulignent que la sociabilit\u00e9 fondamentale dans le syndrome d&rsquo;Angelman diff\u00e8re structurellement de la clinique autistique classique : le contact oculaire est souvent soutenu, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat pour autrui est vif et l&rsquo;affect partag\u00e9 est authentique, m\u00eame s&rsquo;il est alt\u00e9r\u00e9 par une impulsivit\u00e9 majeure et des difficult\u00e9s de r\u00e9gulation sensorimotrice.<\/p>\n<p>Une autre controverse r\u00e9currente concerne la notion de \u00ab ph\u00e9notypes Angelman-like \u00bb. De nombreux enfants pr\u00e9sentent un tableau associant ataxie, \u00e9pilepsie, absence de langage et rires faciles sans qu&rsquo;aucune anomalie ne soit retrouv\u00e9e sur le chromosome 15. Les progr\u00e8s du s\u00e9quen\u00e7age de l&rsquo;exome ont r\u00e9v\u00e9l\u00e9 que ces pr\u00e9sentations cliniques similaires d\u00e9coulent de mutations dans d&rsquo;autres g\u00e8nes majeurs du d\u00e9veloppement neuronal, tels que <em>MBD5<\/em> (syndrome de microd\u00e9l\u00e9tion 2q23.1), <em>TCF4<\/em> (syndrome de Pitt-Hopkins), <em>CDKL5<\/em>, <em>FOXG1<\/em> ou <em>MECP2<\/em> (syndrome de Rett atypique). Cette h\u00e9t\u00e9rog\u00e9n\u00e9it\u00e9 a conduit la communaut\u00e9 m\u00e9dicale \u00e0 clarifier que l&rsquo;appellation \u00ab syndrome d&rsquo;Angelman \u00bb doit \u00eatre strictement r\u00e9serv\u00e9e aux alt\u00e9rations directes de l&rsquo;expression d&rsquo;<em>UBE3A<\/em>.<\/p>\n<p>Enfin, l&rsquo;\u00e9mergence des protocoles d&rsquo;essais cliniques sur les oligonucl\u00e9otides antisens soul\u00e8ve des questions \u00e9thiques et m\u00e9thodologiques cruciales concernant les crit\u00e8res d&rsquo;\u00e9valuation de l&rsquo;efficacit\u00e9 (outils psychom\u00e9triques standardis\u00e9s inadapt\u00e9s aux d\u00e9ficiences motrices et cognitives s\u00e9v\u00e8res) et le risque de susciter des attentes irr\u00e9alistes de \u00ab gu\u00e9rison \u00bb compl\u00e8te chez des adultes dont les circuits neuronaux ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9cocement remodel\u00e9s par des d\u00e9cennies d&rsquo;absence d&rsquo;UBE3A.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions nosologiques<\/h3>\n<p>Pour clarifier la nomenclature diagnostique, il convient de diff\u00e9rencier le syndrome d&rsquo;Angelman de plusieurs entit\u00e9s fronti\u00e8res :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Syndrome de Prader-Willi :<\/strong> Entit\u00e9 \u00ab miroir \u00bb sur le plan g\u00e9n\u00e9tique, caus\u00e9e par la perte d&rsquo;expression des g\u00e8nes paternels de la m\u00eame r\u00e9gion 15q11-q13. Il se distingue de l&rsquo;Angelman par une hypotonie n\u00e9onatale avec difficult\u00e9s d&rsquo;alimentation, suivie dans la petite enfance d&rsquo;une hyperphagie compulsive conduisant \u00e0 une ob\u00e9sit\u00e9 morbide, un ph\u00e9notype comportemental marqu\u00e9 par des rituels obsessionnels et une pr\u00e9servation relative du langage verbal.<\/li>\n<li><strong>Syndrome de Pitt-Hopkins :<\/strong> Pathologie neurod\u00e9veloppementale caus\u00e9e par des mutations du g\u00e8ne <em>TCF4<\/em> sur le chromosome 18q21. Les patients partagent la d\u00e9ficience intellectuelle s\u00e9v\u00e8re, l&rsquo;ataxie et des sourires fr\u00e9quents, mais pr\u00e9sentent des dysmorphismes faciaux tr\u00e8s caract\u00e9ristiques (ar\u00eate nasale large, l\u00e8vre sup\u00e9rieure en arc de Cupidon \u00e9vers\u00e9e) et des anomalies respiratoires \u00e9pisodiques (hyperventilation paroxystique alternant avec des apn\u00e9es).<\/li>\n<li><strong>Syndrome de Rett :<\/strong> Trouble d&rsquo;origine g\u00e9n\u00e9tique touchant quasi exclusivement les filles (li\u00e9 \u00e0 <em>MECP2<\/em>), caract\u00e9ris\u00e9 par une r\u00e9gression motrice et cognitive secondaire apr\u00e8s une phase de d\u00e9veloppement initialement normale (perte de l&rsquo;usage volontaire des mains au profit de st\u00e9r\u00e9otypies de lavage de mains, d\u00e9c\u00e9l\u00e9ration de la croissance cr\u00e2nienne et retrait social initial), profil d&rsquo;\u00e9volution absent dans le syndrome d&rsquo;Angelman o\u00f9 le retard est d&#8217;embl\u00e9e cong\u00e9nital sans r\u00e9gression brutale des praxies acquises.<\/li>\n<li><strong>Trouble du spectre de l&rsquo;autisme (TSA) syndromique :<\/strong> Regroupement nosologique o\u00f9 le retrait social, les d\u00e9ficits s\u00e9v\u00e8res de r\u00e9ciprocit\u00e9 socio-\u00e9motionnelle et les int\u00e9r\u00eats restreints pr\u00e9dominent, \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 de la qu\u00eate active d&rsquo;interaction et de la cordialit\u00e9 expressive typiques de la majorit\u00e9 des enfants atteints d&rsquo;Angelman.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s \u00e0 retenir<\/h3>\n<p>Le syndrome d&rsquo;Angelman est une pathologie neurog\u00e9n\u00e9tique d&rsquo;une grande complexit\u00e9 biologique et humaine, qui constitue une cl\u00e9 de vo\u00fbte dans la compr\u00e9hension de l&rsquo;\u00e9pig\u00e9n\u00e9tique m\u00e9dicale et des r\u00e9seaux synaptiques. Les \u00e9l\u00e9ments essentiels pour les professionnels de la sant\u00e9, les psychologues et les accompagnants incluent :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Origine mol\u00e9culaire unifi\u00e9e :<\/strong> Absence d&rsquo;expression fonctionnelle de l&rsquo;all\u00e8le maternel du g\u00e8ne <em>UBE3A<\/em> dans le syst\u00e8me nerveux central en raison d&rsquo;une microd\u00e9l\u00e9tion 15q11-q13 (m\u00e9canisme le plus fr\u00e9quent), d&rsquo;une mutation d&rsquo;<em>UBE3A<\/em>, d&rsquo;une disomie uniparentale paternelle ou d&rsquo;un d\u00e9faut de l&#8217;empreinte g\u00e9nomique.<\/li>\n<li><strong>T\u00e9tradae clinique caract\u00e9ristique :<\/strong> D\u00e9ficience intellectuelle s\u00e9v\u00e8re, absence ou limitation extr\u00eame de la parole articul\u00e9e, ataxie marqu\u00e9e avec tr\u00e9mulations motrices, et profil comportemental combinant rires fr\u00e9quents, excitabilit\u00e9 et fascination pour l&rsquo;eau.<\/li>\n<li><strong>Comorbidit\u00e9s majeures :<\/strong> \u00c9pilepsie pr\u00e9coce polymorphe souvent r\u00e9fractaire, anomalies du sommeil avec cycles circadiens tr\u00e8s \u00e9court\u00e9s, et microc\u00e9phalie post-natale acquise.<\/li>\n<li><strong>Priorit\u00e9s d&rsquo;intervention :<\/strong> Contr\u00f4le des crises, kin\u00e9sith\u00e9rapie, ergoth\u00e9rapie et surtout mise en place pr\u00e9coce et intensive d&rsquo;outils de communication am\u00e9lior\u00e9e et alternative (CAA).<\/li>\n<li><strong>Espoir th\u00e9rapeutique :<\/strong> D\u00e9veloppement actif de strat\u00e9gies th\u00e9rapeutiques cibl\u00e9es (notamment par oligonucl\u00e9otides antisens) visant \u00e0 lever le silen\u00e7age de l&rsquo;all\u00e8le paternel sain d&rsquo;<em>UBE3A<\/em> dans le tissu c\u00e9r\u00e9bral.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Angelman, H. (1965). &lsquo;Puppet&rsquo; children: A report on three cases. <em>Developmental Medicine &#038; Child Neurology<\/em>, 7(6), 681\u2013688. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1469-8749.1965.tb10973.x\">https:\/\/doi.org\/10.1111\/j.1469-8749.1965.tb10973.x<\/a><\/li>\n<li>Buiting, K., Williams, C., &#038; Horsthemke, B. (2016). Angelman syndrome: Insights into a rare neurogenetic disorder. <em>Nature Reviews Neurology<\/em>, 12(10), 584\u2013595. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrneurol.2016.133\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/nrneurol.2016.133<\/a><\/li>\n<li>Kishino, T., Lalande, M., &#038; Wagstaff, J. (1997). UBE3A\/E6-AP mutations cause Angelman syndrome. <em>Nature Genetics<\/em>, 15(1), 70\u201373. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/ng0197-70\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/ng0197-70<\/a><\/li>\n<li>Matsuura, T., Sutcliffe, J. S., Liang, P., Galjaard, R. J., Jiang, Y. H., Bressler, D. G., &#038; Beaudet, A. L. (1997). De novo truncating mutations in E6-AP ubiquitin-protein ligase gene (UBE3A) in Angelman syndrome. <em>Nature Genetics<\/em>, 15(1), 74\u201377. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1038\/ng0197-74\">https:\/\/doi.org\/10.1038\/ng0197-74<\/a><\/li>\n<li>Williams, C. A., Driscoll, D. J., &#038; Dagli, A. I. (2010). Clinical and genetic aspects of Angelman syndrome. <em>Genetics in Medicine<\/em>, 12(7), 385\u2013395. <a href=\"https:\/\/doi.org\/10.1097\/GIM.0b013e3181def138\">https:\/\/doi.org\/10.1097\/GIM.0b013e3181def138<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le syndrome d&rsquo;Angelman est un trouble neurog\u00e9n\u00e9tique rare li\u00e9 \u00e0 l&rsquo;alt\u00e9ration du g\u00e8ne UBE3A maternel, associant ataxie, d\u00e9ficience cognitive, \u00e9pilepsie et jovialit\u00e9.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"template":"","categories":[31486,46,6068],"tags":[33797,33798,7584,8739,33795,33796],"class_list":["post-20431","psych_term","type-psych_term","status-publish","hentry","category-genetique-medicale","category-neuropsychologie","category-pedopsychiatrie","tag-empreinte-genomique","tag-epilepsie-infantile","tag-genetique-comportementale","tag-neurodeveloppement","tag-syndrome-dangelman","tag-ube3a"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20431","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term"}],"about":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/psych_term"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/psych_term\/20431\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=20431"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=20431"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=20431"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}