{"id":20389,"date":"2026-10-23T20:51:22","date_gmt":"2026-10-23T20:51:22","guid":{"rendered":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=astrocytome-anaplasique-neurobiologie-clinique"},"modified":"2026-10-23T20:51:22","modified_gmt":"2026-10-23T20:51:22","slug":"astrocytome-anaplasique-neurobiologie-clinique","status":"publish","type":"psych_term","link":"https:\/\/french.arabpsychology.com\/?psych_term=astrocytome-anaplasique-neurobiologie-clinique","title":{"rendered":"Astrocytome anaplasique : Neurobiologie et clinique"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;astrocytome anaplasique repr\u00e9sente l&rsquo;une des n\u00e9oplasies malignes primitives les plus redoutables du syst\u00e8me nerveux central, se situant \u00e0 l&rsquo;intersection complexe de la neuro-oncologie mol\u00e9culaire et de la neuropsychologie clinique. Cette affection infiltrante alt\u00e8re insidieusement les r\u00e9seaux corticaux et sous-corticaux, engendrant des perturbations cognitives majeures, des modifications psycho-affectives profondes et un d\u00e9fi th\u00e9rapeutique permanent pour les \u00e9quipes pluridisciplinaires.<\/p>\n<h2>Astrocytome anaplasique<\/h2>\n<h3>1. D\u00e9finition concise<\/h3>\n<p>L&rsquo;astrocytome anaplasique est une tumeur c\u00e9r\u00e9brale primitive maligne d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 partir de cellules gliales \u00e9toil\u00e9es, les astrocytes, class\u00e9e historiquement et selon les crit\u00e8res de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9 (OMS) comme un gliome de haut grade (grade III). Il se caract\u00e9rise par une prolif\u00e9ration cellulaire anarchique, une atypie nucl\u00e9aire marqu\u00e9e, une activit\u00e9 mitotique accrue et une infiltration diffuse du parenchyme c\u00e9r\u00e9bral sans la n\u00e9crose extensive ni la prolif\u00e9ration microvasculaire florissante qui signent le glioblastome.<\/p>\n<p>Dans la nosologie moderne de la neuro-oncologie, notamment depuis la r\u00e9vision de la classification OMS des tumeurs du syst\u00e8me nerveux central de 2021, l&rsquo;entit\u00e9 autrefois qualifi\u00e9e d&rsquo;astrocytome anaplasique est int\u00e9gr\u00e9e au sein des <em>astrocytomes mut\u00e9s IDH de grade 3<\/em>. Cette tumeur se distingue par son potentiel \u00e9lev\u00e9 d&rsquo;invasion du neuropile avoisinant et sa propension naturelle \u00e0 \u00e9voluer, au fil du temps et des r\u00e9cidives, vers un grade histologique sup\u00e9rieur plus agressif.<\/p>\n<p>Sur le plan neuropsychologique et psychopathologique, cette pathologie perturbe l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 fonctionnelle des circuits neuronaux, provoquant des d\u00e9ficits neurocognitifs focaux et globaux, un syndrome dysex\u00e9cutif invalidant, ainsi qu&rsquo;une d\u00e9tresse psychologique consid\u00e9rable pour le patient et son entourage, faisant de sa prise en charge un champ d&rsquo;intervention hautement sp\u00e9cialis\u00e9.<\/p>\n<h3>2. \u00c9tymologie et origine linguistique<\/h3>\n<p>Le terme \u00ab astrocytome anaplasique \u00bb puise ses racines s\u00e9mantiques dans le grec ancien et le latin scientifique. Le mot \u00ab astrocyte \u00bb d\u00e9rive du grec <em>astron<\/em> (\u1f04\u03c3\u03c4\u03c1\u03bf\u03bd), signifiant \u00ab \u00e9toile \u00bb ou \u00ab astre \u00bb, combin\u00e9 au terme <em>kytos<\/em> (\u03ba\u03cd\u03c4\u03bf\u03c2), d\u00e9signant le \u00ab r\u00e9ceptacle \u00bb, la \u00ab loge \u00bb ou, au sens moderne biologique, la \u00ab cellule \u00bb. Le suffixe \u00ab -ome \u00bb provient du grec <em>-oma<\/em> (-\u03c9\u03bc\u03b1), traditionnellement employ\u00e9 en pathologie pour d\u00e9signer une excroissance, une tum\u00e9faction ou un processus n\u00e9oplasique. L&rsquo;astrocytome est donc, par d\u00e9finition litt\u00e9rale, une tumeur d\u00e9velopp\u00e9e aux d\u00e9pens des cellules stellaires de la n\u00e9vroglie.<\/p>\n<p>Le qualificatif \u00ab anaplasique \u00bb trouve son origine dans le grec <em>anaplasis<\/em> (\u1f00\u03bd\u03ac\u03c0\u03bb\u03b1\u03c3\u03b9\u03c2), form\u00e9 du pr\u00e9fixe <em>ana-<\/em> (\u1f00\u03bd\u03ac-), qui exprime le mouvement r\u00e9gressif, l&rsquo;inversion ou le retour en arri\u00e8re, et du verbe <em>plassein<\/em> (\u03c0\u03bb\u03ac\u03c3\u03c3\u03b5\u03b9\u03bd), qui signifie \u00ab former \u00bb, \u00ab modeler \u00bb ou \u00ab fa\u00e7onner \u00bb. En cytopathologie, l&rsquo;anaplasie d\u00e9crit ainsi un \u00e9tat de d\u00e9-diff\u00e9renciation biologique cellulaire, o\u00f9 la cellule mature perd ses caract\u00e9ristiques morphologiques et fonctionnelles sp\u00e9cialis\u00e9es pour r\u00e9gresser vers un \u00e9tat primitif, atypique et hautement prolif\u00e9ratif.<\/p>\n<p>Introduit dans le lexique m\u00e9dical au tournant du XXe si\u00e8cle, sous l&rsquo;influence des travaux des pathologistes allemands et anglo-saxons \u00e9tudiant les alt\u00e9rations structurales des <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Gliome\">gliomes<\/a> malins, le terme a \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matis\u00e9 dans la litt\u00e9rature francophone au milieu du si\u00e8cle dernier afin d&rsquo;individualiser les astrocytomes interm\u00e9diaires entre les tumeurs astrocytaires b\u00e9nignes ou bien diff\u00e9renci\u00e9es et le glioblastome polymorphe.<\/p>\n<h3>3. Prononciation et forme grammaticale<\/h3>\n<p>En langue fran\u00e7aise, l&rsquo;expression \u00ab astrocytome anaplasique \u00bb se prononce phon\u00e9tiquement [as.t\u0281\u0254.si.tom a.na.pla.zik]. Sur le plan grammatical, il s&rsquo;agit d&rsquo;un syntagme nominal masculin singulier. Le substantif \u00ab astrocytome \u00bb r\u00e9git le genre et le nombre de l&rsquo;adjectif qualificatif \u00e9pith\u00e8te postpos\u00e9 \u00ab anaplasique \u00bb.<\/p>\n<p>Au pluriel, la locution devient \u00ab astrocytomes anaplasiques \u00bb [as.t\u0281\u0254.si.tom a.na.pla.zik], les flexions orthographiques r\u00e9guli\u00e8res prenant la marque finale du \u00ab s \u00bb. On rencontre parfois dans les comptes rendus neuropathologiques l&rsquo;usage d&rsquo;abr\u00e9viations ou d&rsquo;acronymes, tels que \u00ab AA \u00bb (pour astrocytome anaplasique) ou \u00ab AIII \u00bb (pour astrocytome de grade III), bien que la standardisation moderne recommande d\u00e9sormais d&rsquo;expliciter le statut mutationnel biomol\u00e9culaire conjointement au nom.<\/p>\n<p>L&rsquo;adjectif \u00ab anaplasique \u00bb s&#8217;emploie \u00e9galement de mani\u00e8re autonome dans le discours nosologique pour qualifier l&rsquo;aspect d&rsquo;un tissu (\u00ab prolif\u00e9ration anaplasique \u00bb) ou d&rsquo;une l\u00e9sion particuli\u00e8re (\u00ab transformation anaplasique \u00bb), d\u00e9signant le processus pathologique de d\u00e9diff\u00e9renciation.<\/p>\n<h3>4. Explication conceptuelle d\u00e9taill\u00e9e<\/h3>\n<p>Sur le plan histologique et biomol\u00e9culaire, l&rsquo;astrocytome anaplasique correspond \u00e0 une l\u00e9sion gliale intraparenchymateuse maligne qui si\u00e8ge principalement dans les h\u00e9misph\u00e8res c\u00e9r\u00e9braux des adultes jeunes et d&rsquo;\u00e2ge m\u00fbr. Contrairement aux tumeurs bien d\u00e9limit\u00e9es, les cellules astrocytaires anaplasiques poss\u00e8dent la propri\u00e9t\u00e9 intrins\u00e8que de migrer le long des faisceaux de substance blanche, des parois vasculaires et de l&rsquo;espace sous-arachno\u00efdien p\u00e9rivasculaire. Cette infiltration microm\u00e9trique s&rsquo;\u00e9tend souvent bien au-del\u00e0 des limites visibles en imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique, ce qui interdit toute r\u00e9section chirurgicale v\u00e9ritablement curative et explique l&rsquo;in\u00e9vitabilit\u00e9 des r\u00e9cidives locales.<\/p>\n<p>Au microscope optique, le tissu tumoral se caract\u00e9rise par une forte densit\u00e9 cellulaire, une perte de l&rsquo;architecture astrocytaire normale, un polymorphisme nucl\u00e9aire avec pl\u00e9omorphisme important, et une pr\u00e9sence indiscutable de figures de mitose. Contrairement au glioblastome (grade 4 de l&rsquo;OMS), l&rsquo;astrocytome anaplasique classique ne pr\u00e9sente ni foyers de n\u00e9crose isch\u00e9mique en palissade, ni n\u00e9ovascularisation endoth\u00e9liale glom\u00e9rulo\u00efde exub\u00e9rante. Ces fronti\u00e8res anatomopathologiques ont \u00e9t\u00e9 affin\u00e9es par l&rsquo;av\u00e8nement des marqueurs g\u00e9n\u00e9tiques : la pr\u00e9sence conjointe d&rsquo;une mutation du g\u00e8ne de l&rsquo;isocitrate d\u00e9shydrog\u00e9nase (IDH1 ou IDH2), de la perte d&rsquo;expression de la prot\u00e9ine ATRX et d&rsquo;une accumulation nucl\u00e9aire de p53 permet de certifier la lign\u00e9e astrocytaire diffuse en l&rsquo;absence de co-d\u00e9l\u00e9tion 1p\/19q.<\/p>\n<p>Sur le versant neuropsychologique, le d\u00e9veloppement insidieux de la masse au sein du parenchyme perturbe les r\u00e9seaux neuronaux interconnect\u00e9s selon deux m\u00e9canismes distincts : l&rsquo;effet de masse direct avec \u0153d\u00e8me vasog\u00e9nique p\u00e9ritumoral, et l&rsquo;alt\u00e9ration de la connectivit\u00e9 synaptique \u00e0 longue distance. Lorsqu&rsquo;elle affecte les lobes frontaux ou temporaux, la tumeur d\u00e9stabilise les circuits cortico-sous-corticaux, engendrant une d\u00e9sorganisation cognitive et comportementale. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne illustre le concept de diaschisis, o\u00f9 une l\u00e9sion c\u00e9r\u00e9brale focale retentit fonctionnellement sur des zones c\u00e9r\u00e9brales saines mais connect\u00e9es \u00e0 distance.<\/p>\n<p>La plasticit\u00e9 c\u00e9r\u00e9brale tente initialement de compenser ces d\u00e9gradations anatomiques par une r\u00e9organisation fonctionnelle des aires adjacentes ou contralat\u00e9rales. Cependant, l&rsquo;acc\u00e9l\u00e9ration de la cin\u00e9tique tumorale d\u00e9passe rapidement les capacit\u00e9s d&rsquo;adaptation du cerveau, conduisant \u00e0 la manifestation clinique aigu\u00eb de d\u00e9ficits de la m\u00e9moire de travail, d&rsquo;un ralentissement psychomoteur global, de labilit\u00e9s thymiques et d&rsquo;un syndrome dysex\u00e9cutif. Cette trajectoire neuro-oncologique impose d&rsquo;envisager la pathologie non seulement comme un cancer biologique destructeur, mais \u00e9galement comme une alt\u00e9ration fondamentale de l&rsquo;appareil cognitif et de l&rsquo;identit\u00e9 psychique du patient.<\/p>\n<h3>5. \u00c9volution historique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension scientifique de l&rsquo;astrocytome anaplasique s&rsquo;est construite au fil de plus d&rsquo;un si\u00e8cle d&rsquo;avanc\u00e9es neuropathologiques, chirurgicales et mol\u00e9culaires. \u00c0 la fin du XIXe si\u00e8cle, Rudolf Virchow pose les bases de la pathologie cellulaire et individualise la \u00ab n\u00e9vroglie \u00bb, ouvrant la voie \u00e0 la caract\u00e9risation des n\u00e9oplasies d\u00e9velopp\u00e9es \u00e0 partir de ce stroma nourricier du syst\u00e8me nerveux central.<\/p>\n<p>Dans les ann\u00e9es 1920, le neurochirurgien Harvey Cushing et le neuropathologiste Percival Bailey publient leur classification princeps des tumeurs gliales fond\u00e9e sur l&rsquo;histogen\u00e8se embryologique. Ils introduisent la notion de prolif\u00e9ration astrocytaire, distinguant les astrocytomes fibrillaires des glioblastomes tr\u00e8s agressifs. Cependant, la zone grise s\u00e9parant les l\u00e9sions gliales indolentes des tumeurs ultra-invasives demeurait mal d\u00e9finie sur le plan nosologique.<\/p>\n<p>Dans les d\u00e9cennies 1940 et 1950, James W. Kernohan propose un syst\u00e8me de gradation histologique num\u00e9rique en quatre stades pour les <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Astrocytome\">astrocytomes<\/a>, le grade III correspondant pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 ce qui sera plus tard formellement nomm\u00e9 astrocytome anaplasique. Cette graduation reposait sur le degr\u00e9 croissant d&rsquo;atypie nucl\u00e9aire, de cellularit\u00e9 et de mitoses. Dans les ann\u00e9es 1980, le syst\u00e8me de St Anne-Mayo (d\u00e9velopp\u00e9 par Daumas-Duport et collaborateurs) affine ces crit\u00e8res microscopiques en quatre variables objectives : atypies nucl\u00e9aires, mitoses, prolif\u00e9ration endoth\u00e9liale et n\u00e9crose.<\/p>\n<p>Le tournant paradigmatique s&rsquo;op\u00e8re avec l&rsquo;av\u00e8nement des classifications de l&rsquo;Organisation mondiale de la sant\u00e9. \u00c0 partir de 2016, puis de mani\u00e8re encore plus radicale avec la 5e \u00e9dition en 2021 (classification OMS CNS5), l&rsquo;approche purement morphologique a \u00e9t\u00e9 supplant\u00e9e par une classification int\u00e9gr\u00e9e histo-mol\u00e9culaire. La d\u00e9couverte majeure des mutations somatiques de l&rsquo;isocitrate d\u00e9shydrog\u00e9nase (IDH1\/2) par l&rsquo;\u00e9quipe de Parsons et Yan en 2008 a r\u00e9volutionn\u00e9 la compr\u00e9hension de ces n\u00e9oplasies. Aujourd&rsquo;hui, l&rsquo;astrocytome anaplasique historique est formellement red\u00e9fini comme un \u00ab astrocytome diffus avec mutation IDH, de grade 3 \u00bb, confirmant que la biologie g\u00e9n\u00e9tique surpasse la morphologie descriptive pour \u00e9tablir le diagnostic et le pronostic.<\/p>\n<h3>6. Fondements th\u00e9oriques<\/h3>\n<p>L&rsquo;\u00e9tude de l&rsquo;astrocytome anaplasique mobilise des paradigmes fondamentaux issus de la biologie cellulaire, de la g\u00e9n\u00e9tique du cancer, de la connectomique et des neurosciences cognitives.<\/p>\n<p>Au niveau de la biologie oncologique, la th\u00e9orie des cellules souches canc\u00e9reuses c\u00e9r\u00e9brales postule que la tumeur est aliment\u00e9e par une sous-population de pr\u00e9curseurs gliaux immatures capables d&rsquo;auto-renouvellement et de r\u00e9sistance aux agents cytotoxiques. L&rsquo;alt\u00e9ration m\u00e9tabolique induite par la mutation du g\u00e8ne IDH entra\u00eene la conversion de l&rsquo;alpha-c\u00e9toglutarate en un oncom\u00e9tabolite d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, le 2-hydroxyglutarate (D-2-HG). L&rsquo;accumulation intracellulaire massive de D-2-HG provoque une hyperm\u00e9thylation globale de l&rsquo;ADN et des histones (ph\u00e9notype CIMP), bloquant la diff\u00e9renciation terminale des cellules souches neurales et p\u00e9rennisant leur prolif\u00e9ration anaplasique.<\/p>\n<p>Sur le plan des neurosciences syst\u00e9miques, la th\u00e9orie du r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bral (connectome) permet de comprendre l&rsquo;expression clinique de la l\u00e9sion. Le cerveau humain n&rsquo;\u00e9tant pas une simple mosa\u00efque de zones modulaires juxtapos\u00e9es mais un r\u00e9seau hautement int\u00e9gr\u00e9, l&rsquo;infiltration du stroma par les astrocytes tumoraux rompt la synchronisation temporelle et la transmission spatiale au sein de macro-r\u00e9seaux cruciaux, tels que le r\u00e9seau du mode par d\u00e9faut (DMN) ou le r\u00e9seau de contr\u00f4le ex\u00e9cutif central. Cela explique que m\u00eame de volumineuses l\u00e9sions astrocytaires d&rsquo;\u00e9volution lente puissent \u00eatre longtemps tol\u00e9r\u00e9es gr\u00e2ce au remappage cortical dynamique, jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;un seuil critique de d\u00e9connexion soit franchi.<\/p>\n<p>Sur le plan psychologique et psycho-oncologique, le cadre de la th\u00e9orie du fardeau allostatique et de la crise d&rsquo;adaptation d\u00e9crit la r\u00e9action existentielle et cognitive du sujet confront\u00e9 au diagnostic. L&rsquo;atteinte directe de l&rsquo;organe de la pens\u00e9e et de la personnalit\u00e9 engendre une menace identitaire profonde. Les perturbations neurochimiques induites par les cellules tumorales, conjugu\u00e9es \u00e0 l&rsquo;angoisse de mort et aux alt\u00e9rations neurocomportementales, n\u00e9cessitent une conceptualisation th\u00e9orique biopsychosociale int\u00e9grant la cytologie mol\u00e9culaire, les r\u00e9seaux c\u00e9r\u00e9braux et l&rsquo;\u00e9conomie psychique de l&rsquo;individu.<\/p>\n<h3>7. Composantes cl\u00e9s, types et dimensions<\/h3>\n<p>La caract\u00e9risation approfondie d&rsquo;un astrocytome anaplasique repose sur l&rsquo;\u00e9valuation simultan\u00e9e de multiples dimensions histopathologiques, g\u00e9n\u00e9tiques et neuropsychologiques :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Caract\u00e9ristiques histopathologiques fondamentales :<\/strong> hypercellularit\u00e9 parenchymateuse diffuse, pl\u00e9omorphisme nucl\u00e9aire important, noyaux hyperchromatiques bizarres, et activit\u00e9 mitotique d\u00e9montrable. L&rsquo;absence formelle de microvascularisation glom\u00e9rulo\u00efde et de n\u00e9crose constitue le crit\u00e8re morphologique d\u00e9marquant le grade 3 du glioblastome de grade 4.<\/li>\n<li><strong>Profil g\u00e9n\u00e9tique et signatures biomol\u00e9culaires :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Mutation IDH1 (notamment R132H) ou IDH2 :<\/em> marqueur cardinal d&rsquo;oncogen\u00e8se pr\u00e9coce et d\u00e9terminant pronostique favorable par rapport aux gliomes non mut\u00e9s.<\/li>\n<li><em>Inactivation du g\u00e8ne TP53 :<\/em> pr\u00e9sente dans plus de 80 % des cas, attest\u00e9e par une accumulation immunohistochimique anormale de la prot\u00e9ine p53.<\/li>\n<li><em>Mutation et perte d&rsquo;expression d&rsquo;ATRX :<\/em> alt\u00e9ration caract\u00e9ristique favorisant le maintien des t\u00e9lom\u00e8res par allongement alternatif (ALT).<\/li>\n<li><em>Statut 1p\/19q non cod\u00e9l\u00e9teur :<\/em> crit\u00e8re fondamental \u00e9liminant formellement le diagnostic d&rsquo;oligodendrogliome anaplasique.<\/li>\n<li><em>Absence de d\u00e9l\u00e9tion homozygote de CDKN2A\/B :<\/em> param\u00e8tre critique, car la pr\u00e9sence de cette d\u00e9l\u00e9tion reclasse d&#8217;embl\u00e9e la tumeur en grade 4 de l&rsquo;OMS, quel que soit son aspect histologique.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Typologie anatomo-clinique :<\/strong>\n<ul>\n<li><em>Formes frontales :<\/em> pr\u00e9dominance des troubles de l&rsquo;initiation, apathie, d\u00e9sinhibition et atteintes motrices.<\/li>\n<li><em>Formes temporales :<\/em> crises comitiales inaugurales fr\u00e9quentes, troubles mn\u00e9siques \u00e9pisodiques et aphasie sensorielle progressive.<\/li>\n<li><em>Formes pari\u00e9to-occipitales :<\/em> d\u00e9ficits visuo-spatiaux, troubles praxiques et alt\u00e9rations sensitives corticales.<\/li>\n<\/ul>\n<\/li>\n<li><strong>Dimensions neuropsychologiques et fonctionnelles :<\/strong> indice de performance selon le score de Karnofsky, niveau de pr\u00e9servation de l&rsquo;autonomie instrumentale, s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 de l&rsquo;asth\u00e9nie cognitive et intensit\u00e9 des perturbations psycho-affectives associ\u00e9es.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>8. Exemples et cas illustratifs<\/h3>\n<p>L&rsquo;observation clinique suivante met en relief la singularit\u00e9 de la trajectoire d&rsquo;un astrocytome anaplasique et la complexit\u00e9 de son retentissement cognitif et psychologique. Monsieur D., ing\u00e9nieur \u00e2g\u00e9 de 38 ans, sans ant\u00e9c\u00e9dents m\u00e9dicaux notables, consulte \u00e0 la suite d&rsquo;une crise \u00e9pileptique focale avec rupture de contact, suivie d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ralisation motrice tonico-clonique nocturne. Au cours des trois mois pr\u00e9c\u00e9dant cet \u00e9pisode critique, son entourage professionnel avait constat\u00e9 une baisse subtile de son efficacit\u00e9 au travail, caract\u00e9ris\u00e9e par des oublis fr\u00e9quents, des erreurs de calcul inhabituelles et une difficult\u00e9 progressive \u00e0 g\u00e9rer la planification de projets complexes.<\/p>\n<p>L&rsquo;imagerie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (IRM) c\u00e9r\u00e9brale r\u00e9v\u00e8le une masse expansive infiltrante au niveau de la jonction fronto-temporale gauche, apparaissant en franc hyposignal sur les s\u00e9quences pond\u00e9r\u00e9es en T1, en hypersignal sur les s\u00e9quences T2 et FLAIR, sans restriction marqu\u00e9e de la diffusion mais pr\u00e9sentant de discrets rehaussements h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes nodulaires apr\u00e8s injection de produit de contraste au gadolinium. Une cartographie fonctionnelle par IRM pr\u00e9op\u00e9ratoire objective une r\u00e9organisation des aires du langage dans le gyrus temporal sup\u00e9rieur adjacent.<\/p>\n<p>Une ex\u00e9r\u00e8se chirurgicale \u00e9veill\u00e9e sub-totale est r\u00e9alis\u00e9e avec succ\u00e8s. L&rsquo;analyse anatomopathologique et mol\u00e9culaire confirme un astrocytome diffus mut\u00e9 IDH1 R132H, sans co-d\u00e9l\u00e9tion 1p\/19q, avec perte de l&rsquo;expression nucl\u00e9aire d&rsquo;ATRX, un indice de prolif\u00e9ration Ki-67 estim\u00e9 \u00e0 14 % et la pr\u00e9sence de nombreuses mitoses sans n\u00e9crose ni d\u00e9l\u00e9tion de CDKN2A\/B, correspondant \u00e0 un astrocytome anaplasique de grade 3 selon les crit\u00e8res de l&rsquo;OMS. Sur le plan neuropsychologique postop\u00e9ratoire, le patient pr\u00e9sente un <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Syndrome_dysex%C3%A9cutif\">syndrome dysex\u00e9cutif<\/a> mod\u00e9r\u00e9 et des troubles du rappel mn\u00e9sique diff\u00e9r\u00e9, justifiant la mise en \u0153uvre pr\u00e9coce d&rsquo;un programme de rem\u00e9diation cognitive parall\u00e8lement au protocole de radioth\u00e9rapie conformationnelle et de chimioth\u00e9rapie adjuvante.<\/p>\n<h3>9. Mesure et \u00e9valuation<\/h3>\n<p>Le diagnostic et le suivi de l&rsquo;astrocytome anaplasique imposent une m\u00e9thodologie d&rsquo;\u00e9valuation standardis\u00e9e, multidisciplinaire et rigoureuse, combinant l&rsquo;imagerie multimodale, l&rsquo;analyse anatomopathologique haute d\u00e9finition et des bilans neuropsychom\u00e9triques s\u00e9ri\u00e9s.<\/p>\n<p>Sur le plan radiologique, l&rsquo;IRM c\u00e9r\u00e9brale multiparam\u00e9trique constitue l&rsquo;\u00e9talon-or. Les s\u00e9quences conventionnelles (T1 sans et avec gadolinium, T2, FLAIR) sont syst\u00e9matiquement enrichies d&rsquo;approches fonctionnelles avanc\u00e9es :<\/p>\n<ul>\n<li><em>Spectroscopie par r\u00e9sonance magn\u00e9tique (SRM) :<\/em> met en \u00e9vidence une chute drastique du pic de N-ac\u00e9tylaspartate (NAA), t\u00e9moignant de la destruction neuronale, une augmentation notable du pic de choline (Cho) li\u00e9e au renouvellement membranaire \u00e9lev\u00e9, ainsi que la d\u00e9tection sp\u00e9cifique du signal du 2-hydroxyglutarate (2-HG) \u00e0 2,25 ppm.<\/li>\n<li><em>Perfusion c\u00e9r\u00e9brale (IRM de perfusion) :<\/em> permet de mesurer le volume sanguin c\u00e9r\u00e9bral relatif (rCBV). Une \u00e9l\u00e9vation du rCBV renseigne sur l&rsquo;intensit\u00e9 de l&rsquo;angiogen\u00e8se et permet de guider le choix de la zone optimale de biopsie chirurgicale.<\/li>\n<li><em>Imagerie par tenseur de diffusion (DTI) :<\/em> visualise la d\u00e9sorganisation ou la d\u00e9viation des faisceaux d&rsquo;association de la substance blanche (faisceau arqu\u00e9, faisceau uncin\u00e9).<\/li>\n<\/ul>\n<p>Sur le plan histomol\u00e9culaire, la microscopie optique est coupl\u00e9e \u00e0 un panel complet d&rsquo;immunohistochimie (recherche de la mutation IDH1-R132H, ATRX, p53, indice Ki-67\/MIB-1) et \u00e0 des techniques de biologie mol\u00e9culaire cibl\u00e9e (s\u00e9quen\u00e7age de nouvelle g\u00e9n\u00e9ration [NGS] pour les mutations d&rsquo;IDH2, hybridation in situ en fluorescence [FISH] ou analyse par puces SNP pour \u00e9valuer l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de 1p\/19q et d\u00e9pister la d\u00e9l\u00e9tion homozygote de CDKN2A\/B).<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9valuation psychologique et neuropsychologique s&rsquo;appuie sur une batterie standardis\u00e9e adapt\u00e9e, administr\u00e9e en pr\u00e9op\u00e9ratoire, en postop\u00e9ratoire pr\u00e9coce et lors du suivi au long cours :<\/p>\n<ul>\n<li><em>\u00c9valuation cognitive globale :<\/em> \u00e9chelle d&rsquo;intelligence de Wechsler pour adultes (WAIS-IV) ou d\u00e9pistage cibl\u00e9 par le MoCA (Montreal Cognitive Assessment).<\/li>\n<li><em>Fonctions ex\u00e9cutives et attention :<\/em> test de classement des cartes de Wisconsin (WCST), Trail Making Test (TMT parties A et B), test d&rsquo;interf\u00e9rence de Stroop, batterie de tests d&rsquo;attention soutenue et s\u00e9lective (TEA).<\/li>\n<li><em>M\u00e9moire et langage :<\/em> test de m\u00e9moire verbale s\u00e9quentielle (RL\/RI-16), \u00e9chelle clinique de m\u00e9moire (WMS-IV), test de d\u00e9nomination orale d&rsquo;images (DO-80).<\/li>\n<li><em>Humeur et bien-\u00eatre subjectif :<\/em> \u00e9chelle de d\u00e9pression et d&rsquo;anxi\u00e9t\u00e9 en milieu hospitalier (HADS), inventaire de d\u00e9pression de Beck (BDI-II), questionnaire d&rsquo;\u00e9valuation de la qualit\u00e9 de vie sp\u00e9cifique en neuro-oncologie (EORTC QLQ-C30 associ\u00e9 au module c\u00e9r\u00e9bral BN20).<\/li>\n<\/ul>\n<h3>10. Applications et port\u00e9e pratique<\/h3>\n<p>La compr\u00e9hension approfondie de l&rsquo;astrocytome anaplasique guide directement les strat\u00e9gies th\u00e9rapeutiques, la r\u00e9habilitation cognitive et l&rsquo;accompagnement holistique du patient en milieu clinique et socio-professionnel.<\/p>\n<p>Dans la pratique neurochirurgicale, l&rsquo;objectif fondamental r\u00e9side dans l&rsquo;obtention de la r\u00e9section la plus \u00e9tendue possible tout en pr\u00e9servant scrupuleusement les fonctions cognitives et motrices (chirurgie oncologique \u00ab supratotale \u00bb ou maximale s\u00e9cure). L&rsquo;utilisation de la craniotomie en condition \u00e9veill\u00e9e, avec cartographie corticale et sous-corticale par stimulation \u00e9lectrique directe sous monitorage direct du neuropsychologue, permet d&rsquo;interrompre l&rsquo;ex\u00e9r\u00e8se d\u00e8s l&rsquo;apparition d&rsquo;un ralentissement du traitement de l&rsquo;information, de paraphasies s\u00e9mantiques ou d&rsquo;erreurs visuo-spatiales. Cette approche concert\u00e9e garantit la pr\u00e9servation de la qualit\u00e9 de vie du patient tout en optimisant le contr\u00f4le oncologique local.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la <a href=\"https:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Neuropsychologie\">neuropsychologie<\/a> clinique, les programmes de rem\u00e9diation cognitive cibl\u00e9e permettent d&rsquo;att\u00e9nuer les s\u00e9quelles postop\u00e9ratoires et les effets d\u00e9l\u00e9t\u00e8res iatrog\u00e8nes de la radioth\u00e9rapie conformationnelle et de la chimioth\u00e9rapie \u00e0 base de t\u00e9mozolomide ou de t\u00e9tralogie PCV (procarbazine, lomustine, vincristine). La r\u00e9\u00e9ducation des fonctions ex\u00e9cutives, l&rsquo;apprentissage de strat\u00e9gies d&rsquo;\u00e9tayage mn\u00e9sique externe (agendas num\u00e9riques, aides visuelles) et l&rsquo;entra\u00eenement \u00e0 la r\u00e9gulation attentionnelle favorisent le maintien de l&rsquo;autonomie et facilitent, lorsque l&rsquo;\u00e9volution l\u00e9sionnelle le permet, un r\u00e9am\u00e9nagement de l&rsquo;activit\u00e9 professionnelle \u00e0 temps partiel th\u00e9rapeutique.<\/p>\n<p>Sur le plan psycho-oncologique et familial, l&rsquo;impact d&rsquo;un astrocytome anaplasique chez l&rsquo;adulte jeune bouleverse l&rsquo;\u00e9quilibre du couple et de la cellule familiale. Les modifications subtiles du comportement et de la personnalit\u00e9 induites par l&rsquo;atteinte frontale (apathie, irritabilit\u00e9, perte de l&#8217;empathie cognitive) g\u00e9n\u00e8rent une d\u00e9tresse silencieuse et un \u00e9puisement pr\u00e9coce de l&rsquo;aidant principal. La mise en place de th\u00e9rapies de soutien individuel, d&rsquo;ateliers de psycho\u00e9ducation et de groupes de parole d\u00e9di\u00e9s aux proches aidants constitue une composante indispensable du panier de soins de support.<\/p>\n<h3>11. Recherche et donn\u00e9es probantes<\/h3>\n<p>La recherche clinique et translationnelle relative aux astrocytomes anaplasiques a connu des avanc\u00e9es spectaculaires, remettant en cause des paradigmes th\u00e9rapeutiques anciens et \u00e9tablissant des protocoles de r\u00e9f\u00e9rence \u00e9tay\u00e9s par des essais randomis\u00e9s internationaux de phase III.<\/p>\n<p>L&rsquo;essai historique CATNON (EORTC 26053-22054), dirig\u00e9 par Martin van den Bent et ses collaborateurs, a durablement transform\u00e9 la prise en charge des gliomes anaplasiques non cod\u00e9l\u00e9teurs 1p\/19q. Cette \u00e9tude prospective internationale a d\u00e9montr\u00e9 de mani\u00e8re indiscutable que l&rsquo;adjonction d&rsquo;une chimioth\u00e9rapie adjuvante par t\u00e9mozolomide apr\u00e8s la radioth\u00e9rapie conformationnelle apporte un b\u00e9n\u00e9fice statistiquement et cliniquement hautement significatif en mati\u00e8re de survie sans progression et de survie globale, particuli\u00e8rement chez les patients porteurs de la mutation IDH. Ces donn\u00e9es ont d\u00e9finitivement hiss\u00e9 l&rsquo;association radio-chimioth\u00e9rapique au rang de standard de soins universel.<\/p>\n<p>Parall\u00e8lement, les investigations men\u00e9es sur les inhibiteurs cibl\u00e9s de l&rsquo;oncom\u00e9tabolite IDH mutant marquent une \u00e8re nouvelle en th\u00e9rapeutique de pr\u00e9cision. Les r\u00e9sultats majeurs de l&rsquo;essai de phase III INDIGO, pilot\u00e9 par Ingo Mellinghoff et publi\u00e9 dans The New England Journal of Medicine, ont apport\u00e9 la preuve de l&rsquo;efficacit\u00e9 du vorasid\u00e9nib, un double inhibiteur d&rsquo;IDH1 et d&rsquo;IDH2 capable de franchir de fa\u00e7on optimale la barri\u00e8re h\u00e9mato-enc\u00e9phalique. Chez les patients porteurs d&rsquo;un astrocytome ou oligodendrogliome diffus mut\u00e9 IDH r\u00e9siduel ou r\u00e9cidivant de bas grade ou de grade 3, le vorasid\u00e9nib prolonge consid\u00e9rablement la survie sans progression et retarde substantiellement le recours aux traitements toxiques cytotoxiques traditionnels.<\/p>\n<p>Dans le domaine de la recherche cognitive, les travaux longitudinaux de Martin Klein, Linda Douw et leurs coll\u00e8gues ont cartographi\u00e9 les profils de neurotoxicit\u00e9 \u00e0 moyen et long terme des traitements focaux. Leurs donn\u00e9es longitudinales soulignent l&rsquo;imp\u00e9rieuse n\u00e9cessit\u00e9 de surveiller l&rsquo;int\u00e9grit\u00e9 de la connectivit\u00e9 fonctionnelle du r\u00e9seau c\u00e9r\u00e9bral par magn\u00e9toenc\u00e9phalographie (MEG) et IRM fonctionnelle au repos, d\u00e9montrant qu&rsquo;une d\u00e9connexion pr\u00e9coce des hubs fonctionnels est pr\u00e9dictive d&rsquo;une baisse des performances intellectuelles plusieurs ann\u00e9es avant la survenue de r\u00e9cidives morphologiques visibles.<\/p>\n<h3>12. Consid\u00e9rations culturelles et contextuelles<\/h3>\n<p>L&rsquo;exp\u00e9rience de la maladie canc\u00e9reuse du cerveau s&rsquo;inscrit au c\u0153ur d&rsquo;un environnement culturel et social complexe qui fa\u00e7onne la perception des sympt\u00f4mes, l&rsquo;adh\u00e9sion aux soins et l&rsquo;accompagnement de fin de vie. \u00c9tant donn\u00e9 que l&rsquo;astrocytome anaplasique touche le substrat anatomique direct des facult\u00e9s intellectuelles, de la conscience de soi et de la personnalit\u00e9, son irruption est fr\u00e9quemment v\u00e9cue de mani\u00e8re traumatique \u00e0 travers des prismes symboliques vari\u00e9s.<\/p>\n<p>Dans de nombreuses soci\u00e9t\u00e9s et communaut\u00e9s, l&rsquo;\u00e9mergence insidieuse de troubles neuropsychiatriques inauguraux (irritabilit\u00e9 soudaine, repli apathique, bizarreries d&rsquo;allure maniaque ou \u00e9pisodes de d\u00e9sinhibition verbale) fait souvent l&rsquo;objet d&rsquo;interpr\u00e9tations profanes erron\u00e9es. Ces manifestations peuvent \u00eatre prises initialement pour une d\u00e9pression majeure, un surmenage professionnel (burnout) ou m\u00eame, dans certains contextes traditionnels, pour une alt\u00e9ration d&rsquo;ordre mystique ou relationnel. Ces distorsions herm\u00e9neutiques contribuent fr\u00e9quemment \u00e0 retarder la r\u00e9alisation d&rsquo;une imagerie c\u00e9r\u00e9brale urgente.<\/p>\n<p>En outre, l&rsquo;acc\u00e8s \u00e0 la neuro-oncologie mol\u00e9culaire de pointe pr\u00e9sente d&rsquo;importantes disparit\u00e9s g\u00e9o-\u00e9conomiques. Alors que les centres acad\u00e9miques occidentaux disposent de plateformes d&rsquo;analyse g\u00e9nomique haut d\u00e9bit de routine pour d\u00e9terminer en quelques jours l&rsquo;absence de d\u00e9l\u00e9tion de CDKN2A\/B ou le statut IDH, les pays \u00e0 ressources mod\u00e9r\u00e9es doivent encore souvent composer avec des diagnostics purement fond\u00e9s sur la morphologie histologique classique, ce qui complique l&rsquo;application rigoureuse des standards th\u00e9rapeutiques modernes et influe n\u00e9gativement sur le suivi pronostique global des populations concern\u00e9es.<\/p>\n<h3>13. Critiques, controverses et limites<\/h3>\n<p>La classification et la prise en charge de l&rsquo;astrocytome anaplasique ont \u00e9t\u00e9 au centre de controverses scientifiques majeures au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cennie, dont certaines demeurent irr\u00e9solues.<\/p>\n<p>La principale controverse a concern\u00e9 la pertinence pronostique de l&rsquo;histologie par rapport aux biomarqueurs g\u00e9n\u00e9tiques. Historiquement, le diagnostic d&rsquo;astrocytome anaplasique \u00e9tait entach\u00e9 d&rsquo;une forte variabilit\u00e9 inter-observateur entre neuropathologistes : distinguer un astrocytome de grade II tr\u00e8s cellulaire d&rsquo;un astrocytome anaplasique de grade III, ou trancher entre un grade III mitotique et un glioblastome d\u00e9butant sans n\u00e9crose \u00e9vidente, relevait parfois d&rsquo;une part de subjectivit\u00e9. L&rsquo;int\u00e9gration des marqueurs mol\u00e9culaires a r\u00e9v\u00e9l\u00e9 qu&rsquo;une tumeur morphologiquement \u00e9tiquet\u00e9e \u00ab astrocytome anaplasique \u00bb mais d\u00e9pourvue de mutation IDH (IDH de type sauvage ou <em>wild-type<\/em>) poss\u00e8de en r\u00e9alit\u00e9 le profil agressif et le pronostic sombre d&rsquo;un glioblastome de grade 4. Cette d\u00e9couverte a justifi\u00e9 la quasi-disparition du terme \u00ab astrocytome anaplasique IDH non mut\u00e9 \u00bb des nomenclatures r\u00e9centes, tout gliome diffus infiltrant de haut grade non mut\u00e9 IDH de l&rsquo;adulte \u00e9tant assimil\u00e9 \u00e0 un glioblastome mol\u00e9culaire.<\/p>\n<p>Une seconde limite majeure concerne la toxicit\u00e9 neurocognitive iatrog\u00e8ne. Les protocoles agressifs comportant une irradiation pan-parenchymateuse focale \u00e0 dose \u00e9lev\u00e9e (59,4 \u00e0 60 Gy) associ\u00e9e \u00e0 des chimioth\u00e9rapies alkylantes sont susceptibles d&rsquo;entra\u00eener, chez ces patients souvent jeunes promis \u00e0 une survie prolong\u00e9e, une leucoenc\u00e9phalopathie radiotoxique tardive, une atrophie hippocampique et un d\u00e9clin cognitif progressif irr\u00e9versible. Les oncologues et neuropsychologues s&rsquo;affrontent sur le compromis \u00e9thique optimal entre la maximisation agressive du contr\u00f4le tumoral et la pr\u00e9servation indispensable de l&rsquo;\u00e9cologie cognitive et de la dignit\u00e9 personnelle des survivants \u00e0 long terme.<\/p>\n<h3>14. Termes connexes et distinctions<\/h3>\n<p>Afin d&rsquo;\u00e9viter les confusions diagnostiques et nosologiques, il convient de distinguer clairement l&rsquo;astrocytome anaplasique d&rsquo;autres entit\u00e9s neuropathologiques proches :<\/p>\n<ul>\n<li><strong>Glioblastome (grade 4 de l&rsquo;OMS) :<\/strong> tumeur astrocytaire de grade le plus \u00e9lev\u00e9, caract\u00e9ris\u00e9e histologiquement par la pr\u00e9sence de n\u00e9crose tissulaire et\/ou d&rsquo;une prolif\u00e9ration endoth\u00e9lio-vasculaire florissante, survenant le plus souvent sans mutation IDH (glioblastome IDH sauvage) et de pronostic particuli\u00e8rement s\u00e9v\u00e8re.<\/li>\n<li><strong>Astrocytome diffus de bas grade (grade 2 de l&rsquo;OMS) :<\/strong> n\u00e9oplasie astrocytaire infiltrante bien diff\u00e9renci\u00e9e, d&rsquo;\u00e9volution initiale plus lente, caract\u00e9ris\u00e9e par une atypie cellulaire mod\u00e9r\u00e9e sans mitoses d\u00e9tectables, qui tend inexorablement vers une transformation anaplasique apr\u00e8s plusieurs ann\u00e9es.<\/li>\n<li><strong>Oligodendrogliome anaplasique (grade 3 de l&rsquo;OMS) :<\/strong> tumeur gliale infiltrante de haut grade caract\u00e9ris\u00e9e obligatoirement \u00e0 la fois par la mutation IDH et par la cod\u00e9l\u00e9tion des bras chromosomiques 1p et 19q (1p\/19q co-d\u00e9l\u00e9tion), r\u00e9pondant g\u00e9n\u00e9ralement de mani\u00e8re plus favorable et plus prolong\u00e9e aux sch\u00e9mas de chimioth\u00e9rapie alkylante que l&rsquo;astrocytome anaplasique pur.<\/li>\n<li><strong>Astrocytome pl\u00e9omorphe xantho-astrocytome anaplasique :<\/strong> tumeur astrocytaire circonscrite rare, souvent superficielle et m\u00e9ning\u00e9e, fr\u00e9quemment associ\u00e9e \u00e0 une mutation du g\u00e8ne BRAF (V600E), distincte sur les plans mol\u00e9culaire et biologique des gliomes infiltrants diffus de la substance blanche.<\/li>\n<\/ul>\n<h3>15. Synth\u00e8se et points cl\u00e9s<\/h3>\n<p>En synth\u00e8se, l&rsquo;astrocytome anaplasique constitue une entit\u00e9 pathologique charni\u00e8re en neuro-oncologie et en neuropsychologie clinique :<\/p>\n<ul>\n<li>Il s&rsquo;agit d&rsquo;une tumeur c\u00e9r\u00e9brale primitive maligne d&rsquo;origine gliale, historiquement class\u00e9e comme grade III de l&rsquo;OMS et d\u00e9sormais d\u00e9finie au plan moderne comme un <em>astrocytome diffus mut\u00e9 IDH, de grade 3<\/em>.<\/li>\n<li>Son diagnostic de certitude requiert une synth\u00e8se int\u00e9gr\u00e9e alliant des constatations microscopiques (hypercellularit\u00e9, atypies, mitoses sans n\u00e9crose) et mol\u00e9culaires (mutation IDH1\/2, mutation TP53, perte d&rsquo;ATRX, absence de cod\u00e9l\u00e9tion 1p\/19q et int\u00e9grit\u00e9 du locus CDKN2A\/B).<\/li>\n<li>Les manifestations cliniques inaugurales comprennent de mani\u00e8re pr\u00e9dominante des crises \u00e9pileptiques focales ou secondairement g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9es, accompagn\u00e9es de d\u00e9ficits neurologiques moteurs, phasiques et de troubles dysex\u00e9cutifs insidieux.<\/li>\n<li>La prise en charge contemporaine repose sur une trilogie concert\u00e9e : chirurgie d&rsquo;ex\u00e9r\u00e8se maximale s\u00e9cure (fr\u00e9quemment sous condition \u00e9veill\u00e9e), suivie d&rsquo;une radioth\u00e9rapie conformationnelle combin\u00e9e \u00e0 une chimioth\u00e9rapie adjuvante \u00e0 base de t\u00e9mozolomide, avec l&rsquo;\u00e9mergence prometteuse des inhibiteurs s\u00e9lectifs d&rsquo;IDH comme le vorasid\u00e9nib.<\/li>\n<li>Le suivi neuropsychologique syst\u00e9matique et la prise en charge psycho-oncologique sont indispensables pour pr\u00e9server l&rsquo;autonomie, traiter les alt\u00e9rations \u00e9motionnelles et adapter le quotidien de ces patients jeunes confront\u00e9s \u00e0 une pathologie c\u00e9r\u00e9brale chronique \u00e0 fort impact existentiel.<\/li>\n<\/ul>\n<h2>R\u00e9f\u00e9rences<\/h2>\n<ul>\n<li>Louis, D. N., Perry, A., Wesseling, P., Brat, D. J., Cree, I. A., Figarella-Branger, D., Hawkins, C., Ng, H. K., Pfister, S. M., Reifenberger, G., Soffietti, R., von Deimling, A., &amp; Ellison, D. W. (2021). The 2021 WHO Classification of Tumors of the Central Nervous System: a summary. <em>Neuro-Oncology<\/em>, 23(8), 1231\u20131251. <a href=\"https:\/\/academic.oup.com\/neuro-oncology\/article\/23\/8\/1231\/6311214\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/academic.oup.com\/neuro-oncology\/article\/23\/8\/1231\/6311214<\/a><\/li>\n<li>van den Bent, M. J., Baumert, B., Erridge, S. C., Vogelbaum, M. A., Nowak, A. K., Sanson, M., Brandes, A. A., Clement, P. M., Baurain, J. F., Mason, W. P., Wheeler, H., Chinot, O. L., Gill, S., Griffin, M., Brada, M., Gorlia, T., Weller, M., &amp; Stupp, R. (2017). Interim results from the CATNON trial (EORTC study 26053-22054) of temozolomide in anaplastic astrocytoma without 1p\/19q co-deletion: a randomised, open-label, phase 3 study. <em>The Lancet<\/em>, 390(10103), 1645\u20131653. <a href=\"https:\/\/www.thelancet.com\/journals\/lancet\/article\/PIIS0140-6736(17)31442-3\/fulltext\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.thelancet.com\/journals\/lancet\/article\/PIIS0140-6736(17)31442-3\/fulltext<\/a><\/li>\n<li>Mellinghoff, I. K., van den Bent, M. J., Blumenthal, D. T., Touat, M., Peters, K. B., Clarke, J., Mendez, J., Yust-Katz, S., Welsh, L., Mason, W. P., Ducray, F., Umemura, Y., Nabors, B., Holdhoff, M., Hottinger, A. F., Arakawa, Y., Sepulveda, J. M., Wick, W., Soffietti, R., \u2026 Cloughesy, T. F. (2023). Vorasidenib in IDH1- or IDH2-Mutant Low-Grade Glioma. <em>The New England Journal of Medicine<\/em>, 389(7), 589\u2013601. <a href=\"https:\/\/www.nejm.org\/doi\/full\/10.1056\/NEJMoa2304194\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.nejm.org\/doi\/full\/10.1056\/NEJMoa2304194<\/a><\/li>\n<li>Klein, M., Duffau, H., &amp; De Witt Hamer, P. C. (2012). Cognition and quality of life in glioma patients: the biological perspective. <em>The Lancet Oncology<\/em>, 13(9), e377\u2013e386. <a href=\"https:\/\/www.thelancet.com\/journals\/lanonc\/article\/PIIS1470-2045(12)70290-7\/fulltext\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.thelancet.com\/journals\/lanonc\/article\/PIIS1470-2045(12)70290-7\/fulltext<\/a><\/li>\n<li>Weller, M., van den Bent, M., Preusser, M., Le Rhun, E., Tonn, J. C., Minniti, G., Bendszus, M., Balana, C., Chinot, O., Dirven, L., French, P., Hegi, M. E., Jakola, A. S., Platten, M., Roth, P., Rud\u00e0, R., Short, S., Smits, M., Taphoorn, M. J. B., \u2026 Wick, W. (2021). EANO guidelines on the diagnosis and treatment of diffuse gliomas of adulthood. <em>Nature Reviews Clinical Oncology<\/em>, 18(3), 170\u2013186. <a href=\"https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41571-020-00447-z\" target=\"_blank\" rel=\"noopener noreferrer\">https:\/\/www.nature.com\/articles\/s41571-020-00447-z<\/a><\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;astrocytome anaplasique est un gliome malin infiltrant de grade III de l&rsquo;OMS (astrocytome mut\u00e9 IDH de grade 3). 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